jeudi 17 octobre 2019

AUTOUR DE LA QUESTION Val-d’Oise : contre le burn-out et la dépression, les médecins prescrivent des séances de... boxe

Val-d’Oise : contre le burn-out et la dépression, les médecins prescrivent des séances de... boxe
A la clinique des Orchidées d’Andilly, des ateliers de « boxe thérapie » sont proposés pour améliorer la confiance en soi et extérioriser ses angoisses.
Andilly. La pratique, qui fait partie du suivi médical, est proposée depuis trois ans, sous la houlette de Kamel Abdesselam. LP/Christophe Lefèvre
Par Christophe Lefèvre
Le 16 octobre 2019 leparisien.fr/

Cécile* enchaîne les coups de poing dans un sac de frappe, suspendu sous le regard bienveillant de Kamel Abdesselam. Le solide gaillard la guide et la conseille, gestes à l'appui. « Je ne m'attendais pas à ça, mais toutes les émotions ressortent », explique-t-elle après son cours, qu'elle finit en pleurs.

Nous ne sommes pas dans le cadre d'un entraînement de boxe traditionnel. Hospitalisée à la clinique des Orchidées après un burn-out, Cécile participe à un atelier de « boxe thérapie ». Des séances individuelles d'une demi-heure mises en place depuis trois ans dans cet établissement d'Andilly, pour les patients dépressifs.
Le noble art de la médiation

« C'est un lieu où on peut libérer ses émotions », explique en préambule Kamel Abdesselam, éducateur sportif chargé de l'atelier. Employé de la clinique depuis quatre ans, ce boxeur professionnel n'a pas hésité lorsque des docteurs et psychologues lui ont suggéré d'utiliser sa discipline de prédilection comme outil de médiation.

« Une aubaine », selon cet ancien champion de France, qui dresse un bilan après chaque séance et échange tous les jours avec les soignants, pour individualiser son travail. Il a lui-même créé des exercices et conçu sa méthode.

Frapper… et surtout verbaliser

Un peu plus tôt, c'est Philippe* qui était à ses côtés dans la salle des sports. Au programme du jour, un travail sur la distance, en présence d'une psychologue. Premier exercice : le patient soigné pour des addictions et hospitalisé après un burn-out doit toucher une frite en mousse utilisée dans les piscines sans se faire toucher. Il est ensuite placé à quelques centimètres d'un sac qu'il doit frapper de son poing gauche.

Au fur et à mesure, Kamel Abdesselam le fait reculer pour trouver « sa zone de confort ». « Verbalisez ! », demande la psychologue, avec qui il échange en permanence. Le quinquagénaire finit la séance en sueur. « À chaque fois que je ne me sentirai pas dans ma zone de sécurité, je penserai à ce travail, explique-t-il en reprenant son souffle. C'est une clé que je mets dans ma poche. »
Se défouler, « la partie visible de l'iceberg »

Sceptique quant à l'utilisation de la boxe dans sa thérapie, le patient est conquis après quatre rendez-vous. « Quand on m'a proposé la boxe, j'ai dit : Ce n'est pas pour moi, souffle le cadre supérieur. Je ne suis pas violent et pas sportif. Mais ça fait le lien avec la démarche qu'on a avec les thérapeutes au niveau de l'esprit. Là, on travaille avec le corps. La boxe est un excellent outil thérapeutique. Et contrairement à ce que l'on peut croire, ce n'est pas uniquement pour se défouler. Ça, c'est la partie visible de l'iceberg. »

Le noble art permet notamment de travailler sur la communication non verbale, la gestion des émotions, et surtout l'estime de soi. « On a remarqué une diminution de la prise d'anxiolytiques après les séances de boxe, explique Kamel Abdesselam. Les patients déchargent leurs angoisses. Cela permet de libérer la parole, les émotions. C'est un outil complémentaire à la prise en charge classique. »
Ces séances sont prescrites par les médecins. « Dans certaines situations, la boxe a pu faciliter la libération des émotions, explique le docteur Karine Cuvelier. Ça permet de mettre des mots »
« Avant la psychiatrie ne s'occupait que de la tête, précise sa collègue, le docteur Aude Delcuze. Maintenant on s'occupe aussi du corps. Toutes les approches autour du corps permettent de libérer soit la pensée, soit les émotions. La verbalisation est plus facile. » Pour ces docteurs, les progrès réalisés au cours des séances de boxe sont aussi bénéfiques pour la confiance en soi.

« A un moment, il faut se battre et avancer »

Dans des cas particuliers, « la boxe permet aussi d'extérioriser certaines craintes », selon le docteur Abdelkader Louiz. « On le voit par exemple avec les patients victimes d'agression, explique le psychiatre. Ils peuvent travailler certaines choses comme le repli sur soi. À un moment, il faut se battre et avancer. Après, certains blocages n'existent plus. »
La boxe thérapie pourrait être mise en place prochainement dans les autres établissements franciliens du groupe auquel appartient la clinique des orchidées. En France, d'après la Haute autorité de santé, une personne sur cinq a connu ou connaîtra dans sa vie un épisode dépressif, même de faible intensité.

* Les prénoms ont été modifiés.
http://www.leparisien.fr/val-d-oise-95/val-d-oise-contre-le-burn-out-et-la-depression-les-medecins-prescrivent-la-boxe-16-10-2019-8174325.php