jeudi 17 octobre 2019

ETUDE RECHERCHE L'eskétamine obtient une ATU de cohorte dans le traitement de la dépression résistante


L'eskétamine obtient une ATU de cohorte dans le traitement de la dépression résistante
Le Quotidien du Médecin
Le Quotidien du médecin, mardi 24 septembre 2019
L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) vient d’accorder une autorisation temporaire d’utilisation (ATU) de cohorte à l’eskétamine pour le traitement de l’épisode dépressif caractérisé résistant. Ce premier antidépresseur sera réservé à un usage hospitalier.
Cette solution pour pulvérisation nasale réservée à l’usage hospitalier sera disponible, dès ce jour, pour les patients adultes en échec thérapeutique. C’est-à-dire, ceux dont l’épisode dépressif n’a pas répondu à au moins deux antidépresseurs (AD) de deux classes différentes et qui présentent une contre-indication à l’électroconvulsivothérapie (ECT), n’y ont pas accès, y sont résistants ou l’ont refusé.
L’eskétamine doit, par ailleurs, être co-administrée avec un nouvel AD par voie orale. « Depuis 30 ans, tous les AD disponibles ciblent les mêmes neurones et la voie monoaminergique. L’eskétamine est le premier AD qui cible les neurones au glutamate, c’est également le premier à diminuer les symptômes dépressifs dès les premiers jours de prise, où les AD classiques mettent entre 4 et 6 semaines pour commencer à agir » , souligne Sophie Bouju, directrice médicale Neurosciences chez Janssen France. Dans le cadre de cette ATU, l’eskétamine se positionne ainsi dès la troisième ligne, après échec de deux traitements antidépresseurs bien conduits, en alternative à l’ECT.
Une action rapide
Pour démontrer l’efficacité et la tolérance de l’eskétamine, 29 études cliniques (dont 5 en phase III) ont été conduites auprès de plus de 1 700 patients. Une quinzaine de centres hospitaliers français ont pu évaluer ce médicament dont l’hôpital Sainte-Anne, à Paris. Dans toutes les études menées en double aveugle, l’eskétamine a été associée à un nouvel AD versus un bras placebo également associé à un AD. « Les études à court terme confirment la rapidité d’action de l’eskétamine sur les symptômes dépressifs : ceux-ci diminuent dès les premiers jours et l’effet se maintient sur 28 jours. Cette rapidité d’action pourrait s’expliquer par le fait que l’eskétamine cible la voie glutamatergique et qu’il est administré par voie nasale (sans premier passage hépatique). Par ailleurs, une étude au long cours (sur 48 semaines) nous a permis d’observer que l’eskétamine associée à un autre AD permet de diminuer de 50 % le risque de rechute chez les patients en rémission, comparé à un AD utilisé seul » , indique Sophie Bouju.
Un profil de tolérance acceptable
Plusieurs autres études mettent en évidence une bonne tolérance générale de l’eskétamine et des effets secondaires bien connus et transitoires pour cette molécule : dissociation, sédation et troubles de la tension artérielle. « Une étude de tolérance en ouvert est également en cours. Nous en attendons les résultats à très long terme », précise la directrice médicale.
Dans le cadre de l’ATU, l’eskétamine (spray nasal) doit d’abord être administrée durant un mois, deux fois par semaine (56 mg avec possibilité d’atteindre 84 mg maximum). Dès le deuxième mois, il pourra être pris une seule fois par semaine. « Selon l’état de santé des patients, la prise pourra, ensuite, être davantage espacée : une fois toutes les deux semaines » , confie Sophie Bouju.
Entre 15 % et 30 % des patients dépressifs présenteraient une dépression résistante aux traitements (1). Cette pathologie entraîne un lourd fardeau pour les patients –qui s’isolent d’un point de vue social, familial et professionnel – et leurs familles. L’eskétamine répond ainsi à un besoin médical important. Cette spécialité a obtenu une autorisation de mise sur le marché (AMM) aux États-Unis en mars 2019 et fait l’objet d’une demande d’AMM, en cours d’évaluation au niveau européen.
Efficacité démontrée chez les patients à haut risque suicidaire
Enfin, lors du récent congrès de psychiatrie de Copenhague, les résultats positifs de l’étude de phase III sur l’eskétamine ont été rendus publiques chez des patients présentant un trouble dépressif caractérisé et ayant des idées suicidaires avec intention de passer à l’acte. « Chez ces derniers, il a été obsevé une diminution des symptômes dépressifs dès les 24 heures suivant la première administration. Courant 2020, une demande d’AMM devrait être déposée dans cette indication en Europe » , conclut Sophie Bouju.
(1) J. Holtzmann et al., Presse Med doi: 10.1016/j.lpm.2016.02.002.,2016
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