Chaque
année en France, environ 9 000 décès par suicide et environ
200 000 tentatives sont enregistrés. Alors que ces drames sont « évitables », la France est « à la traîne » de ses voisins européens en termes de prévention, le sujet restant « tabou »,
a souligné le Pr Pierre Thomas, psychiatre au CHU de Lille et président
d’une toute nouvelle association baptisée Prévention Suicide France,
lors d’une conférence de presse.
Lancée
officiellement ce 18 décembre, cette structure se positionne comme un
fonds national dédié au financement d’initiatives généralisables sur la
prévention du suicide. « La France dispose de nombreuses
initiatives locales qui méritent d’être consolidées et partagées. Ce
fonds est conçu comme un accélérateur : il offre des moyens, un cadre,
et une dynamique collective pour renforcer la prévention du suicide », explique le Pr Thomas.
« Écarter les effets de mode et de privilégier des projets solides »
Pour
sélectionner les initiatives à soutenir, l’association a lancé en mai
un appel à projets, doté de 110 000 euros, abondés par des mécènes
privés*. Chaque projet est évalué selon des critères scientifiques,
organisationnels et expérientiels par un conseil scientifique
interdisciplinaire composé de chercheurs, de professionnels de santé et
de personnes concernées. « Cette méthodologie permet d’écarter les effets de mode et de privilégier des projets solides, transférables et évaluables »,
précise l’association. Les lauréats seront accompagnés sur deux à trois
ans : soutien financier, appui méthodologique et stratégique, mise en
réseau nationale, suivi et évaluation rigoureuse de leur impact.
Pour cette première édition, quatre projets ont été retenus, dont deux dans la catégorie « émergence ». Ils ont été « sélectionnés pour leur capacité à toucher des publics vulnérables, à innover et à produire des résultats évaluables », indique Prévention Suicide France.
L’association
Horizon Atlantique 17, basée en Poitou-Charentes se voit ainsi soutenu à
hauteur de 50 000 euros pour le développement d’une plateforme
numérique de pair-aidance en prévention du suicide. L’association est
déjà à l’origine de l’initiative Les Ulysses, qui recueille les
témoignages à visage découvert de personnes passées par l’expérience du
suicide. Il s’agit de lever le tabou et de proposer des récits pour « montrer que le rétablissement est possible », explique Émilie Sauvaget, psychologue et porteuse du projet. « La puissance préventive des témoignages est connue dans la littérature »,
ajoute le Dr Charles-Édouard Notredame, psychiatre et membre du conseil
scientifique de Prévention Suicide France. Pour son projet de
plateforme, l’association lauréate mise sur un lancement à la fin de
l’année 2027.
Autre projet financé cette fois à hauteur de 40 000 euros, « Lim on the road »,
proposé par l’association PTSM Limousin, vise le déploiement d’une
caravane itinérante allant à la rencontre des personnes endeuillées en
milieu rural. En sillonnant la Creuse, la Corrèze et la Haute-Vienne, la
caravane permettra de rompre l’isolement des familles et proches
touchés par un suicide. Le Limousin « affiche un taux de suicide supérieur à la moyenne nationale », souligne Céline Rebet-Hric, présidente de l’association, mais dans ce territoire où les ressources sont rares, « aucun accompagnement n’est proposé aux endeuillés ».
PTSM Limousin leur propose déjà un soutien via des consultations
individuelles, des stands d’information et des groupes de parole. Un
protocole de recherche sera mis en place pour objectiver les résultats,
précise Céline Rebet-Hric.
Un docu-fiction consacré au risque suicidaire chez les soignants
Deux
prix « émergence », dotés de 10 000 euros chacun, ont aussi été
attribués. Le premier soutiendra la réalisation d’un docu-fiction
consacré au risque suicidaire chez les soignants. Mené par l’association
La Fabrique des soignants, ce projet baptisé Le prix de la vocation
veut « outiller les professionnels et ouvrir le débat dans les établissements de santé ».
Le second, porté par l’association Capu, se nomme Balise et s’adresse
aux jeunes neuro-atypiques (11-30 ans). La jeune structure qui compte
80 bénévoles propose déjà une ligne d’écoute, des groupes de parole et
une orientation personnalisée. Les fonds alloués vont permettre de
sécuriser la structuration de cette association émergente.
À côté de l’appel à projets qui sera annuel, Prévention Suicide France entend « donner de la voix » et « porter un plaidoyer » sur les bénéfices de la prévention, expose le Dr Charles-Édouard Notredame. « En
soutenant les acteurs de terrain et en démontrant l’impact réel des
initiatives, nous voulons prouver que la baisse des taux de suicide est
un objectif atteignable », ajoute Bénédicte Dufour, déléguée générale de l’association.
*La Fondation de France, la Fondation Erié, le Fonds Colam Initiat et la Fondation Anber