Guide d'information sur la prévention du suicide chez le personnel policier
Résumé
La nature du travail du personnel policier implique souvent d’être aux
premières loges de la détresse humaine. Les agressions, la violence, la
négligence, les problèmes de santé psychologique, la pauvreté et même la
mort peuvent faire partie de son quotidien. Ce contexte de travail peut
être propice au développement de la détresse psychologique et de divers
problèmes de santé psychologique, comme le trouble de stress
post-traumatique et la dépression majeure, qui semblent expliquer en
partie les comportements suicidaires de certains policiers et policières
selon les écrits scientifiques. Les comportements suicidaires et les
problèmes liés à la santé psychologique demeurent tabous dans la société
en général et ils semblent l’être encore plus dans les services de
police [1]. Dans l'exercice de leurs fonctions, les policiers et les
policières sont en contact avec des personnes aux prises avec des
problèmes de santé psychologique graves. Ces rencontres peuvent
contribuer à forger une attitude défavorable chez le personnel policier
qui ne souhaite pas être associé à ce type de problématique [2]. Être
identifié comme une personne fragilisée et les possibles conséquences
négatives sur sa carrière font partie des principales craintes
rapportées, et représentent, par le fait même, des obstacles à la
recherche d’aide. Conséquemment, un des grands défis des organisations
policières est de reconnaître rapidement la détresse psychologique et
les idéations suicidaires, d’offrir proactivement du soutien et
d’encourager la demande d’aide.
Ce document présente d’abord la problématique du suicide et de certains
problèmes de santé psychologique chez le personnel policier. Par la
suite, il explique les facteurs d’influence associés aux comportements
suicidaires et au suicide. Le modèle de prévention du suicide de
l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), les niveaux de prévention et
les définitions des concepts sont présentés [3]. Les définitions des
concepts sont regroupées dans l'annexe A. Des interventions et des
programmes issus de la littérature scientifique et grise sont ensuite
décrits. Les détails de ceux-ci se trouvent dans l’annexe B. Les
résultats d’études scientifiques sur les effets de certaines
interventions et programmes chez le personnel policier et des
populations connexes sont également rapportés. Une dernière section de
ce document comprend des pistes d’action s’adressant en particulier aux
organisations policières québécoises. L’annexe C intègre dans un schéma
les composantes du modèle de prévention du suicide et les pistes
d’action correspondantes.
Informations complémentaires Collection : Guides et outils techniques et de sensibilisation Catégorie : Guide technique Auteur(s) : Laurent Corthésy Blondin Marie-Hélène Poirier Christine Genest Champ de recherche : Prévention durable en SST et environnement de travail
Séminaire de sensibilisation au risque suicidaire dans la police Mise à jour : 30 janvier 2023 https://www.prefectures-regions.gouv.fr*
Le 27 janvier 2023, Georges-François Leclerc, préfet de la zone de
défense et de sécurité Nord, a ouvert le séminaire de sensibilisation au
risque suicidaire dans la police, organisé par le SGAMI Nord à l’école
nationale de police de Roubaix.
C’est un fait, un terrible fait : la mortalité
par suicide des policiers et gendarmes est plus élevée qu’au sein de la
population générale. Par conséquent, une politique de prévention
particulièrement robuste et humaine est indispensable. C’est en ce sans
que toutes les forces vives du ministère sont mobilisées.
Au
contact de la souffrance et de la détresse humaine, le métier de
policier comporte une charge émotionnelle forte qui peut favoriser un
état d’épuisement professionnel. La multiplication des agressions et des
menaces à l’encontre des forces de sécurité intérieure sont des
facteurs supplémentaires de fragilisation.
Parmi
les dispositifs mis en place par le ministère pour mieux prévenir les
situations à risque, le dispositif « sentinelle » a été déployé à partir
de 2021. Il s’agit d’un réseau de volontaires formés à identifier les
signes de détresse chez les policiers et à faciliter l’orientation vers
les professionnels de l’accompagnement.
La
région Hauts-de-France a été particulièrement sensible à la démarche, en
proposant à elle seule, durant la phase d’expérimentation, 30 % des
sentinelles formées. 180 sentinelles ont à ce jour été formées dans la
région.
Afin de les réunir et de mieux
appréhender le risque suicidaire, la préfecture de zone de défense et de
sécurité Nord a organisé ce vendredi 27 janvier 2023 à l’école
nationale de police de Roubaix, un séminaire de sensibilisation. Animée
par différents professionnels médico-psycho-sociaux, cette journée a
rassemblé près de 250 participants venus de toute la région : policiers
(sentinelles et chefs de service), psychologues, psychiatres, assistants
sociaux, conseillers de prévention, organisations syndicales …
Georges-François
Leclerc, préfet de zone de défense et de sécurité Nord, a souligné dans
ses propos introductifs la force du collectif et l’importance de la
camaraderie pour prévenir les risques de passage à l’acte. « Chaque
policier qui souffre doit pouvoir se confier rapidement et être
accompagné dans les plus brefs délais vers les réseaux de soutien ».
Au
cours de la matinée, des professionnels de santé ont exposé le
déroulement du processus pouvant conduire au passage à l’acte. A été
ensuite présentée l’antenne lilloise du 3114 (numéro national de
prévention du suicide). Des échanges nourris ont ensuite eu lieu autour
des dispositifs nationaux et régionaux de prévention ainsi que sur la
prise en charge du psychotraumatisme chez les policiers.
L’après-midi
était consacrée à une présentation, par Laurence Goutard-Chamoux,
sous-directrice de la prévention, de l’accompagnement et du soutien
(SDPAS) du bilan et des perspectives du programme de mobilisation contre
le suicide de la DGPN. Les témoignages et retours d’expérience de deux
sentinelles ont ensuite nourri les échanges, avant de laisser place à
une table ronde autour de l’accompagnement de l’agent et la place du
collectif.
Ce séminaire a permis aux
managers et aux sentinelles de se familiariser avec les outils à leur
disposition et d’échanger avec les différents intervenants pour faire
progresser la détection des situations fragiles.
Nos
remerciements vont à l’école nationale de police de Roubaix et à sa
directrice pour avoir accueilli ce séminaire. Ils s’adressent aux
équipes du SGAMI Nord, au service de soutien opérationnel et aux
différents intervenants pour leur mobilisation. Enfin, il n’était pas
envisageable d’oublier nos précieuses sentinelles, toujours vigilantes
et mobilisées auprès de leurs collègues en difficulté.
Sécurité Prévention contre le suicide en Eure-et-Loir : des sentinelles pour détecter les policiers et les gendarmes en détresse
Publié le 30/06/2022 lechorepublicain.fr
La police et la gendarmerie d’Eure-et-Loir ont mis en place des dispositifs permettant de détecter une fragilité de ses personnels, susceptibles d’aller jusqu’au suicide (déjà 48 suicides en France en 2022 autant que l'année 2021). Ces sentinelles, ou concertants, ont joué un rôle à plusieurs reprises, ont pu éviter un passage à l’acte et ont abouti à des aides multiples pour soutenir la personne en détresse, d’ordre privé ou professionnel.
Tabou. Suicide a longtemps été un mot sur lequel personne ne voulait s’exprimer, notamment dans la police et la gendarmerie. La situation a évolué. L’Eure-et-Loir a été l’un des départements précurseurs dans la mise en place du dispositif expérimental police baptisé Sentinelle. Le contrôleur général Mathieu Bernier, patron des 413 policiers euréliens, décrypte le concept : « Nos quatre sentinelles, deux au commissariat de Chartres et deux au commissariat de Dreux, sont des volontaires ayant une appétence pour l’humain. »
Ils ont été choisis pour leur personnalité et leur poste stratégique leur permettant de croiser leurs collègues : « Il fallait trouver une solution innovante. Sentinelle l’illustre parfaitement. » Détecter les signaux faibles et forts
Ces lanceurs d’alertes ne sont pas des officiers afin d’éviter d’être juge et partie. Ils ne doivent pas être perçus comme des “balances ou des espions”. Le contrôleur général Bernier développe : « Il y a un dosage à trouver. Ces “oreilles” sont en charge de détecter des signaux faibles ou forts de leurs camarades en détresse, d’ordre privé ou professionnel. Nous pouvons ainsi anticiper et réagir avant que la situation ne se dégrade. » Et qu’elle se termine par un suicide ou une tentative de suicide.
La police d’Eure-et-Loir compte au moins cinq suicides depuis une quinzaine d’années et plusieurs tentatives de suicide. Le concept Sentinelle prend donc tout son sens dans le département eurélien.
Le métier ne permet jamais au policier de surmonter le problème.
Les informations collectées sur le policier (ou l’administratif) consistent à l’orienter vers des interlocuteurs spécialisés, selon le degré de l’inquiétude, vers l’assistante sociale, le service de soutien psychologique opérationnel… « Le désarmement temporaire est parfois nécessaire. C’est ressenti comme une sanction mais c’est une mesure de protection pour lui-même », atteste le contrôleur général qui prend cette décision environ cinq fois par an. Le réarmement fait parfois débat : « Je me suis déjà opposé à l’avis positif du médecin car j’estimais que le policier n’était pas opérationnel. C’est ma responsabilité. »
Le patron des fonctionnaires drouais et chartrains fait également face à une liste de policiers en longue maladie depuis des années : « Plus importante ici que dans mes postes précédents. » Sur la nature des problèmes, il confie :
« C’est toujours un mélange privé et professionnel. L’élément déclencheur est l’un ou l’autre. Le métier ne permet jamais au policier de surmonter son problème. »
Un souci sentimental, familial ou professionnel (non-mutation, conditions de travail, pression hiérarchique) figure dans la longue liste des diagnostics de fêlure. L'après suicide
Le patron des policiers a vécu deux suicides dans sa carrière, à domicile et sur le lieu de travail : « Le point central, c’est la famille. Il faut aussi gérer le traumatisme des collègues qui culpabilisent. Une chape de plomb pèse sur le service qui est déstabilisé. Il y a enfin l’enquête sur la recherche des causes de la mort. Et pour le commandement, la recherche des causes du suicide. » Tout nouveau policier est obligé de suivre une formation de mobilisation contre le suicide.
Le colonel Stéphane Tourtin, qui dirige les 570 gendarmes d’Eure-et-Loir, est aussi actif sur ce thème : « Vivre en caserne est un atout pour la détection tôt des signaux. » Une multitude de capteurs ont été mis en place avec des référents dans les quatre compagnies du département mais aussi au sein du groupement : « Il s’agit de “concertants” élus ayant des suppléants. »
Le premier niveau d’alerte est la compagnie. Mais il est possible de s’adresser directement au concertant au niveau groupement pour signaler une difficulté d’un militaire. Le gendarme peut être reçu par le psychologue clinicien présent tous les mardis : « Je n’ai pas connaissance des rendez-vous. Il y a le secret médical. Mais si le risque du passage à l’acte est élevé, nous sommes informés. »
Un point annuel est effectué entre le psychologue et le colonel. La gendarmerie dispose d’un numéro vert, d’un soutien médical militaire, d’une assistante sociale… Dès son arrivée, le colonel a mis en place une réunion trimestrielle avec les concertants afin de suivre avec attention chaque situation sensible de ses militaires. L’assistante sociale et le psychologue clinicien se déplacent régulièrement dans les brigades pour se faire connaître, échanger, et créer un climat de confiance. « Cela peut éviter un drame »
Le colonel dispose d’un éventail d’options : « Si le militaire rate un maillon de la chaîne, il peut en saisir un autre. La sonnette d’alarme ne doit pas sonner dans le vide. L’essentiel, c’est l’écoute pour qu’il ne soit pas seul. Nous avons des leviers sociaux et médicaux. » Le colonel Tourtin a été confronté une fois à un suicide : « Dans une brigade, après une rupture amoureuse. Quelle que soit la cause, on ressent un sentiment de culpabilité collectif car nous vivons tous ensemble. »
Un gendarme référent égalité diversité a aussi été créé afin d’être à l’écoute des personnels victimes de comportement de discrimination au sens large du terme. Un militaire peut être sensible à ces situations et basculer dans le drame. Le colonel Tourtin finalise actuellement une note de service sur les risques sociaux.
Avant sa diffusion, elle sera présentée à l’assistante sociale et au psychologue clinicien afin de savoir si ce courrier résume bien le contexte et si des éléments pertinents doivent être ajoutés : « Nous sommes acteurs de la prévention du suicide. Ne pas révéler le problème d’un camarade, ce n’est pas lui rendre service. Cela peut éviter un drame. »
Les dispositifs d’aide : le 3114, le 0805.230.405, SOS policiers en détresse (association@peps-sos.fr), Assopol au 09.81.15.55.01, Alerte police en souffrance.
"Le suicide, c'est très tabou": des "sentinelles" formées dans les Yvelines à détecter les policiers en détresse F.R. avec AFP Le 04/06/2022 https://www.bfmtv.com/*
Depuis 2001, 45 policiers se suicident en moyenne chaque année. Dans les Yvelines, les premières "sentinelles", chargées de déceler ces "signaux d'alerte" chez leurs collègues en souffrance, commencent à être formées.
Une barbe mal rasée, une soudaine agressivité, des retards répétés: les premières "sentinelles" de la police, chargées de déceler ces "signaux d'alerte" chez leurs collègues en souffrance, commencent à être formées avec l'espoir d'enrayer enfin les vagues de suicides qui endeuillent l'institution depuis vingt-cinq ans.
Pendant deux jours, treize policiers et agents administratifs - huit femmes, cinq hommes - ont suivi l'une des premières formations organisée à Vélizy-Villacoublay (Yvelines), au siège de la direction zonale des CRS Paris.
CRS, sécurité publique, police judiciaire, DGSI... les stagiaires représentent tous les métiers de la police: aucun n'est épargné par les suicides. Ils ont été "repérés comme ayant des profils empathiques et à l'écoute", explique le policier Rafael Allard, co-animateur de la formation. "J'ai déjà fait un peu la sentinelle"
Olivier s'est porté spontanément candidat. Ce major, en poste à Enghien-les-Bains (Val-d'Oise), a connu il y a cinq ans un burn-out suivi d'une dépression.
"J'ai eu deux affaires de viol sur des enfants de 4 ans en une semaine, ça m'a anéanti", confie ce quinquagénaire. Il passe alors quatre mois au château du Courbat (Indre-et-Loire), spécialisé dans l'accueil des forces de l'ordre en souffrance psychologique, et réussit à remonter la pente. "Depuis mon passage, j'ai envoyé plusieurs collègues là-bas, j'ai déjà fait un peu la sentinelle", glisse-t-il.
D'autres comme Marc, en poste dans une PJ de région parisienne, ont été proposés par leurs chefs de service.
"Ils m'ont rassuré et m'ont dit que je ne serai pas responsable s'il devait se passer quelque chose", raconte le policier, président de l'Amicale de son service.
45 suicides de policiers par année
Depuis 2001, 45 policiers se suicident en moyenne chaque année, sans que les dispositifs successifs de prévention ne parviennent à les endiguer.
Depuis le début de l'année, la police nationale a déjà déploré 30 suicides, dont 12 pour le seul mois de janvier.
En réaction, son patron Frédéric Veaux a annoncé vouloir former 1950 "sentinelles" en 2022, soit une pour 70 à 80 fonctionnaires. Jusqu'à présent, 81 agents ont été formés, dont 52 depuis le 1er janvier. "Le suicide, c'est très tabou, encore plus dans la police. On n'en parle que lorsque ça arrive, quand c'est trop tard", dit Olivier, l'un des stagiaires. En poste à Sarcelles (Val-d'Oise), il a connu un épisode dépressif en 2021: "personne n'est venu me voir, on manque de mains tendues".
"Tendre des perches", c'est le rôle attendu d'une "sentinelle", martèle Rafael Allard. "Ne comptez pas sur vos collègues pour venir vers vous. Pour beaucoup, parler de ses problèmes est impudique".
Quels mots choisir ? "On peut avoir peur de se tromper", souligne Séverine. "Poser la question des idées suicidaires n'induira pas de passage à l'acte", rassure Laura Novack, co-formatrice et médecin au ministère de l'Intérieur.
"Il faut rester naturel, ne pas adopter une posture trop caricaturale de psy qui pourrait freiner les échanges", conseille Rafael Allard. Orienter vers un professionnel de santé
Une "sentinelle" doit orienter vers un professionnel de santé, en toute confidentialité, mais jamais s'y substituer. "Votre mission à un moment doit s'arrêter. Ce n'est pas vous qui allez faire parler votre collègue 45 minutes chaque semaine, c'est le psy", insiste le formateur.
Une grille d'évaluation, avec des drapeaux de couleur, aide les stagiaires à estimer l'intensité de la souffrance d'un collègue et, ainsi, ajuster l'attitude à adopter.
Quand le policier présente des troubles de l'appétit, devient irritable ou augmente sa consommation d'alcool, c'est un simple drapeau jaune. "Il faut s'inquiéter en cas d'accumulations, d'apparition soudaine de ces changements ou de leur survenue dans un contexte à risque", comme des antécédents suicidaires dans la famille, explique Laura Novack.
En cas de propos suicidaires, même élusifs, c'est un drapeau rouge. "Les personnes en souffrance interpellent rarement de façon claire et explicite, d'où la possibilité de passer à côté", souligne Rafael Allard.
Le drapeau noir, enfin, se lève à l'évocation d'un scénario, d'une date et de l'arme, annonçant un passage à l'acte imminent. Dans ce cas, la hiérarchie doit être immédiatement informée pour procéder au désarmement.
Face aux suicides dans la police, le protocole "6C" comme solution Cette méthode venue d'Israël a pour objectif d'empêcher le traumatisme de s'installer après un drame ou un accident par exemple.
Par Paul Guyonnet , ACTUALITÉS 18/02/2022 huffingtonpost.fr
Pour lutter contre le syndrome de stress post-traumatique, largement responsable des suicides dans la police, certaines associations plaident pour l'enseignement du protocole "6C", une méthode venue d'Israël (photo d'illustration prise à Lille en juin 2016).
POLICE - C’est une méthode qui a fait ses preuves à l’étranger, et que les associatifs veulent voir adoptée en France. Alors que ce début d’année est marqué par une vague inquiétante de suicides dans les rangs de la police nationale, le protocole “6C” est vu par certains connaisseurs du problème comme une solution qui mérite d’être essayée.
Parmi eux l’association Pep’s (pour Police entraide prévention et lutte contre le suicide), dont le HuffPost vous a raconté les débuts en 2019, et qui a rencontré la direction de la police nationale courant janvier. Les policiers qui constituent la direction de ce groupe de soutien à destination de leurs collègues désemparés se sont formés à cette méthode venue d’Israël.
“Chez nous, la première cause d’appel de policiers, c’est soit parce qu’une intervention les a traumatisés, soit du fait de l’usure du métier et de l’accumulation des traumas, explique Christophe Girard, vice-président et porte-parole de Pep’s. Or le protocole 6C permet de diminuer de moitié le stress post-traumatique dans ses formes graves, et il est encore plus efficace contre les formes légères.”
La Suite Après Cette Publicité
Mais comment fonctionne cette méthode, mise au point par le maître de conférences à l’Université de Tel-Hai Moshe Farchi, et aujourd’hui approuvée et utilisée par l’armée et le Samu israéliens, l’US Army ou les militaires allemands? Ne pas céder au traumatisme
L’idée générale est d’activer, après un drame ou un événement choquant, par un processus neuroscientifique les réactions naturelles du corps les plus utiles pour ne pas céder au traumatisme et ne pas se laisser déborder par ses émotions. Voilà pour la théorie.
Après une agression, un viol, un accident de la route ou une autre tragédie du même acabit, la réaction naturelle peut-être l’hystérie, la sidération ou d’autres comportements contre-productifs qui laissent la détresse et l’incapacité à agir prendre le dessus sur l’être humain, expliquait récemment au micro de Sud Radio Emmanuelle Halioua, la seule formatrice agréée en France.
Dès lors, l’enjeu du protocole 6C est de former les professionnels intervenant dans ces situations (pompiers, urgentistes, policiers...) à casser ce schéma de réaction chez les victimes et les témoins. Et chez leurs propres coéquipiers. Toujours avec cette idée de les faire passer de l’état de sidération à celui d’individu actif capable d’aider et de gagner la lutte interne contre le trauma. Moins d’empathie, plus de “recrutement”
C’est à ce moment-là qu’interviennent les fameux six “C”. Six mots commençant par la lettre C donc, dont certains sont en anglais: Commitment (engagement), Cognition, Challenge (éprouver), Contrôle, Continuité et Communication. Soit les piliers de ce qui n’est pas un traitement, mais plutôt une méthode de réaction qui s’utilise à chaud et dans les 48 heures qui suivent le drame.
Et cela prend des formes parfois contre-intuitives. L’empathie n’est ainsi pas franchement au cœur du protocole. A l’inverse, il cherche à activer l’adrénaline, cette hormone sécrétée par le corps et qui permet une transmission d’information plus rapide qu’en temps normal et donc une faculté à agir décuplée lorsqu’elle est bien cadrée.
En ce sens, les personnes formées apprennent à créer rapidement un lien personnel avec la victime du traumatisme pour la sortir de sa torpeur en lui posant des questions et en la mettant en action. Sur un accident de voiture, “recruter” un rescapé en lui demandant de compter les victimes ou de distribuer des couvertures interdit à la sidération de s’installer et transforme l’individu en soutien supplémentaire.
Empêcher des troubles chroniques de s’installer
De la même manière, aider la personne à reconstruire la chronologie de ce qu’il vient de se passer pour la faire parvenir par elle-même à la conclusion que la menace est écartée participe à faire disparaître le sentiment d’impuissance ou de détresse, et à plus long terme à lutter donc contre le syndrome de stress post-traumatique si pénible à vivre.
En effet, ces troubles qui se créent, comme leur nom l’indique, à partir d’un traumatisme extrême, peuvent avoir des conséquences à très long terme. Pertes de mémoire, troubles anxieux et dépressifs, flashes-back récurrents, pensées intrusives, hypervigilance ou troubles de l’humeur font partie des symptômes les plus fréquents. Et peuvent se manifester de manière chronique pendant des années.
En théorie, le protocole pourrait être enseigné à n’importe quel individu, mais on comprend bien pourquoi les professionnels les plus exposés à des situations de danger imminent pourraient en être les premiers bénéficiaires. C’est la raison pour laquelle les associations de lutte contre le suicide dans les rangs des forces de l’ordre veulent le faire reconnaître médicalement de manière à ce qu’il devienne une pratique admise et encouragée au sein de la police et de la gendarmerie. Avec à terme la volonté d’en faire un outil qui serait utilisé après des interventions particulièrement difficiles, de manière à endiguer l’émergence possible d’un syndrome de stress post-traumatique.
Et en attendant cet éventuel agrément pour ce qui est des forces de l’ordre, il est déjà présenté en France. En Charente par exemple, les sapeurs-pompiers ont récemment été formés, comme l’a raconté France Bleu. Avec pour objectif donc d’apprendre à agir plutôt qu’à subir, et cela en mobilisant le cortex préfrontal, cette zone du cerveau qui permet à l’humain de planifier ses actions, plutôt que l’amygdale cérébrale, siège des émotions pouvant être surchargées dans le cas d’un traumatisme. En clair de quitter le registre émotionnel pour mobiliser les capacités de réflexion et d’action.
Suicides dans la police : le ministère de l’Intérieur veut augmenter le nombre de «Sentinelles» - 5 février 2022, https://actu17.fr* Le ministère de l’Intérieur souhaite, par cet intermédiaire, détecter plus facilement les fonctionnaires en difficulté. 41 « Sentinelles » ont été formées en 2021, la place Beauvau veut qu’il y en ait 2000 d’ici la fin 2022.
Douze policiers ont mis fin à leurs jours depuis le 1er janvier. Onze hommes et une femme. [...] Face à cette situation dramatique, le ministère de l’Intérieur a décidé de réagir à en développant son réseau de « Sentinelles ». Il s’agit de policiers formés à détecter leurs collègues fragilisés.
Ce vendredi, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a reçu les syndicats et associations spécialisées, en compagnie du directeur général de la police nationale (DGPN), Frédéric Veaux. Le ministre a notamment annoncé le lancement d’une mission confiée à l’Inspection générale de l’administration (IGA) pour renforcer « la médecine de prévention » et le « réseau de psychologues » de la police, a fait savoir la place Beauvau.
Gérald Darmanin doit également envoyer la semaine prochaine un courrier à tous les policiers pour leur témoigner son « soutien » et appeler l’encadrement à la « vigilance » face aux « signaux faibles de ces situations ». Le DGPN avait déjà réuni le 20 janvier les acteurs concernés. Un « rôle visible », « au cœur » de leur service
Le déploiement des « Sentinelles » va donc être accéléré afin de détecter plus facilement les fonctionnaires en difficulté. « Cela peut être quelqu’un qui va être plus discret, un peu plus négligé, fatigué, qui va perdre du poids, être cynique et faire des allusions à des intentions suicidaires ou avoir des retards inhabituels », a déclaré l’un de ses fonctionnaires, à l’AFP. En 2021, 41 d’entre eux ont été formés et l’objectif est d’en avoir 2000 d’ici la fin de l’année 2022. Ces personnes sont choisies parce qu’elles occupent un « rôle visible », « au cœur » de leur service ajoute ce même fonctionnaire.
« Cela fait vingt-cinq ans qu’on a 45 suicides par an en moyenne, il est temps d’essayer de nouveaux chemins », a appuyé le porte-parole de l’association PEPS SOS Policiers en détresse, Christophe Girard. Composée de 26 policiers, l’association a reçu plus de 6000 appels d’agents l’année dernière a-t-il ajouté. Christophe Girard a reçu le « feu vert » du DGPN, Frédéric Veaux, afin de se rendre prochainement au Canada, qui a utilisé des « Sentinelles » pour faire chuter drastiquement le nombre de suicides dans les rangs de sa police. Entre 1997 et 2008, le nombre de suicide a été réduit de 79%, ramené à quatre cas. Vingt psychologues supplémentaires
Gérald Darmanin a par ailleurs annoncé l’arrivée de vingt psychologues supplémentaires au sein du service de soutien psychologique opérationnel (SSPO), portant leurs effectifs à 120 pour les 145 000 policiers de France. Une structure créée en 1996 à la suite des attentats parisiens de 1995, notamment pour prendre en charge les syndromes de stress post-traumatiques des membres des forces de l’ordre.
Suicides dans la police : "La médecine préventive ou les psychologues sont sous-dimensionnés", selon Unité SGP Police FO
"Les suicides, c'est la partie apparente du mal-être de la police", pointe le secrétaire national du syndicat. Les "burn out" ne sont pas comptabilisés, selon lui. Article rédigé par franceinfo Radio France
Publié le 05/02/2022
"Tous nos services de support, que ce soit la médecine préventive ou les psychologues sont sous-dimensionnés", réagit samedi 5 février sur franceinfo Jean-Christophe Couvy, secrétaire national Unité SGP Police FO après la rencontre de la veille avec Gérald Darmanin au sujet des suicides dans la police.
Le ministre de l'Intérieur a annoncé le recrutement d'une vingtaine de
psychologues dans les endroits les plus difficiles de la police
nationale. Depuis le 1er janvier, douze policiers se sont donné la mort.
"Ça va être un travail long", selon Jean-Christophe Couvy.
franceinfo : Est-ce que vous avez le sentiment d'avoir été
vraiment entendus, compris, et qu'on va sérieusement vous aider sur ce
sujet ?
Jean-Christophe Couvy :On a la
confirmation déjà que la place Beauvau ce n'est pas Poudlard [un
pensionnat pour jeunes sorcières et sorciers, dans l'univers de Harry
Potter]. D'un coup de baguette magique, on ne peut pas changer les
choses. On a expliqué d'où venait notre ressenti sur le mal-être de la
police. On sait que ça va être un travail long. Mais on n'a pas
l'impression non plus qu'on a une révolution managériale. On voit qu'il y
a des avancées, les choses essaient de bouger un tout petit peu. Ce
n'est pas ce qu'on attend non plus. On attend de retrouver cet esprit de
famille qui représente la police. La police, depuis des années, a été
sclérosée. C'était la course du chiffre. Il y a encore des indemnités de
résultats de performance.
"On voit une police qui, normalement, est un service public et qui devient maintenant un objet de performance et de production."
Jean-Christophe Couvy, secrétaire national Unité SGP Police FO
à franceinfo
Au sujet des changements concrets, qu'on vous a promis, il y a
d'abord une mission de l'Inspection générale de l'administration, des
consignes de vigilance, courriers de soutien, mais aussi 20 psychologues
de plus pour le service de soutien psychologique opérationnel, donc, ça
va faire 120 psychologues pour 145 000 policiers. Qu'en pensez-vous ?
Le ratio est faible. On voit bien effectivement que c'est
sous-dimensionné. Tous nos services de support, que ce soit la médecine
préventive ou les psychologues sont sous-dimensionnés par rapport au
nombre que nous sommes. Les policiers, tous les jours, accumulent les
petits traumatismes et, à un moment donné, il y a le traumatisme de trop
qui nous fait passer à l'acte. Il y a aussi tous les burn out qu'on ne
comptabilise pas parce que les suicides, c'est la partie apparente du
mal-être de la police. Il faut vraiment travailler sur du long terme et
aller dans la matière. Dans le fond.
Un autre dispositif mis en place, c'est celui des
sentinelles. Des policiers qui sont formés pour repérer les "signaux
faibles". L'objectif, c'est 2 000 sentinelles fin 2022. On n'en est pas
là du tout pour l'instant. Il y a une quarantaine de personnes à titre
expérimental. C'est ça ?
Bien sûr, c'est expérimental. On en voudrait 2 000 mais il en
faudrait presque 20 000. Il faut s'inspirer des modèles par exemple en
Israël ou au Québec. Ce sont des policiers qui sont formés. Mais
attention, on ne va pas faire du e-learning [enseignement à distance].
Il faut que ce soit des professionnels qui nous forment à détecter les
signaux faibles. Donc, tout ça, ça prend du temps. On a lancé la machine
et c'est en cours. Ça va être un travail long. Moi, je pense à toutes
ces familles endeuillées chaque année. On a passé un recrutement lors du
dernier quinquennat de 10 000 policiers. Mais combien vont se
suicider ? Est-ce que les jeunes qui rentrent dans la police savent
qu'ils ont une chance malheureusement d'un jour de suicider à cause du
métier ? Donc il faut changer les choses. Il faut changer ce paradigme.
Il faut justement retrouver cet esprit de famille, de cohésion.
« On porte encore l’uniforme comme une carapace » : des policiers veulent « libérer la parole » sur les cas de suicides Juliette Bénézit Le Monde (site web) societe, vendredi 4 février 2022 https://www.lemonde.fr*
Face au nombre de suicides dans la police, qui a connu un pic en janvier, des associations se sont constituées pour prévenir le phénomène et aider les collègues en difficulté.
Il était policier, comme elle. Le 24 mars 2018, le mari de Vanessa [qui n’a souhaité donner que son prénom] a mis fin à ses jours au domicile familial, avec son arme de service. Sa vie et celle de ses deux petites filles, alors âgées de 5 et 8 ans, a basculé en un instant. Au choc de l’événement ont succédé une douleur profonde et un sentiment de culpabilité qui s’enracine, qui ronge. « Je n’ai pas vu qu’il n’allait pas bien », dit Vanessa pudiquement. Depuis quatre ans, la policière se démène pour « redonner un équilibre à [ses] filles ». A la maison, on parle de ce papa qui « manque beaucoup ».
« C’était un père et un mari exemplaire. La seule chose que je lui reprochais, c’est qu’il ne disait rien quand ça n’allait pas et c’est ce qui l’a tué. »
Le week-end dernier, Vanessa a emmené ses filles au ski pour la première fois. Mais, « vu l’actualité », elle a eu du mal à lever la tête de son téléphone. Sur le seul mois de janvier, 12 policiers se sont donné la mort. Sombre bilan. Ils étaient 35 sur l’ensemble de l’année 2021. Derrière son écran, la fonctionnaire scrutait notamment les messages postés sur le groupe Facebook tenu par l’association dont elle est trésorière, PEP’S-SOS Policiers en détresse, une structure de prévention du suicide créée en 2018. Vanessa est l’une des administratrices de cet espace virtuel de « libération de la parole » sur le mal-être des policiers. Aider les collègues pour tenter de guérir : « On a tellement souffert, si on peut l’éviter à d’autres… », confie-t-elle.
Le nombre de suicides dans la police est supérieur de 36 % à 41 % à celui constaté dans l’ensemble de la population active
De façon publique ou anonyme, les policiers qui le souhaitent peuvent exprimer leurs doutes au sein du groupe, demander un conseil et, s’il le faut, passer un appel à l’aide. « On prend aussi les devants : on identifie ceux qui n’ont pas l’air d’aller bien, on prend contact avec eux », explique Christophe Girard, porte-parole de cette association qui compte 26 « aidants ». Ces policiers bénévoles sont devenus les oreilles attentives d’une institution meurtrie : depuis plusieurs années, le nombre de suicides dans la police est supérieur de 36 à 41 % à celui constaté dans l’ensemble de la population active française.
Dispositif « Sentinelles »
Vendredi 4 février, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a reçu les syndicats et les associations de prévention pour évoquer le sujet. Dès le 21 janvier, Frédéric Veaux, le directeur général de la police nationale, a annoncé le renforcement du dispositif « Sentinelles », prévoyant la formation de près de 2 000 policiers dont la mission est de repérer et d’orienter leurs collègues fragilisés vers des structures appropriées.
A la fin de janvier, le ministre de l’intérieur a, quant à lui, annoncé le renforcement du service de soutien psychologique opérationnel (SSPO), avec le recrutement de 20 psychologues supplémentaires, portant leur nombre à 120 pour un total de 146 000 agents. Ces mesures viennent s’ajouter à celles mises en place depuis plusieurs années, comme la création d’un numéro vert anonyme, gratuit et confidentiel (0805 230 405), la signature de partenariats avec les professionnels de santé ou encore le développement d’une e-formation.
Depuis 2018, à l’instar de PEP’S, d’autres jeunes associations principalement composées de policiers bénévoles, comme Alerte police en souffrance (APS) ou Assopol, ont pris les devants sur le sujet. Avec les moyens du bord : pour entrer en contact ou assurer le suivi d’un collègue, les discussions se font sur les réseaux sociaux, par messages privés, par e-mail ou sur les lignes téléphoniques personnelles de chacun, souvent jusque tard dans la nuit ou très tôt le matin. Selon la situation, parfois, un coup de fil suffira. En cas de crise suicidaire, il faudra déclencher une intervention en urgence. L’accompagnement pourra alors durer plusieurs mois, voire plusieurs années.
Lien de confiance « entre policiers qui parlent à des policiers »
« On n’est pas thérapeutes », répètent néanmoins tous les bénévoles interrogés. Pour qu’une libération de la parole soit amorcée, l’enjeu est d’instaurer un lien de confiance « entre policiers qui parlent à des policiers » : « On a souvent vécu des expériences similaires », explique Cyril Cros, cofondateur d’AssoPol. C’est tout le principe de la « pair-aidance ».
Lui-même a « failli avoir un geste malheureux », il y a quelques années. « Je ne parlais pas de ma situation, livre ce père de deux enfants, affecté à la direction départementale de la sécurité publique de Gironde. J’ai été hospitalisé et personne n’a rien vu venir. Quand je suis sorti, je suis revenu dans mon service et deux jours après, une collègue mettait fin à ses jours. » « J’ai perdu plus de copains qui se sont suicidés que lors d’interventions difficiles, alors que j’ai fait vingt-trois ans en BAC », rapporte Christophe Girard, aujourd’hui enquêteur à la brigade des stupéfiants :
« Quand vous passez la nuit à patrouiller avec quelqu’un, que vous pensez que tout va bien, et que deux jours plus tard, il met fin à ses jours, vous vous posez des questions. Et puis, à un moment donné, il y a la tentative de trop. Il fallait faire quelque chose. »
« Voir la violence, physique ou sociale, au quotidien, on n’en sort pas indemne »
Si les causes du mal-être dans les rangs de la police nationale sont toujours « multifactorielles », les associations identifient des récurrences, comme le stress post-traumatique par accumulation et le manque de préparation des effectifs aux effets de l’exposition à des événements traumatiques. « Un policier commence sa carrière avec un sac à dos qui va se remplir au fur et à mesure des choses qu’il voit sur le terrain, d’intervention en intervention, rapporte Grégory Joron, porte-parole du syndicat SGP-Police FO. Mettre un fœtus issu d’un viol sous scellé, ramasser les parties du corps de quelqu’un qui s’est jeté sous un train, voir la violence, physique ou sociale, au quotidien, on n’en sort pas indemne, explique Vincent (le prénom a été modifié), un policier qui s’est spécialisé sur la question des suicides. La culture du débriefing est trop absente. »
Lui se souvient d’une bagarre générale à laquelle il avait assisté et qui avait fait plusieurs blessés graves. Impossible de dormir pendant trois jours. Cyril Cros cite, quant à lui, l’exemple d’un collègue qui l’a contacté par téléphone, au petit matin. Pendant sa vacation de nuit, il avait été appelé sur un accident mortel et devait contacter la famille des victimes. « Ça faisait écho à un accident qu’il avait eu avec ses enfants et qu’il n’avait pas évacué, explique Cyril. On a discuté ensemble, il va prendre rendez-vous avec un psychologue avec qui on travaille. »
« Libérer la parole, c’est prévenir le suicide », résume Vincent. L’enjeu est de taille dans une institution où il ne fait pas bon avoir des états d’âme. « Quand je suis rentrée dans la police il y a quinze ans, on me disait “tes soucis, tu les laisses chez toi”, se souvient Vanessa. En parlant, il y a la peur d’être jugé, d’être mis à l’écart par les collègues du service, qu’on dise “celui-là, il ne tient pas le coup”. Il faut casser ces barrières. » « On porte encore l’uniforme comme une carapace », explique Vincent. L’agent parle aussi d’une « culture “viriliste” » dans la police :
« Il y a le mythe selon lequel un homme fort n’exprime pas ses émotions, sa tristesse… Pourtant, dire que ça ne va pas n’est pas un aveu de faiblesse, au contraire. »
« Méfiance vis-à-vis de la hiérarchie »
L’autre crainte est celle du désarmement. Tout un symbole. « Ça veut dire ne plus aller sur le terrain, ne plus pouvoir aider les collègues sur la voie publique », explique Cyril Cros. Alors, même si les professionnels du SSPO, rattaché à la direction générale de la police nationale, ont reçu près de 10 000 agents en 2020, un certain nombre de policiers redoutent de prendre contact avec eux, de peur que leurs supérieurs ne soient mis au courant de leurs difficultés. « Il y a une méfiance, voire une défiance vis-à-vis de la hiérarchie », rapporte Vincent. D’après les associations, le harcèlement et l’organisation du travail sont l’une des principales causes de mal-être dans les rangs.
Depuis leur création, les associations de policiers bénévoles se sont professionnalisées et ont tissé des liens étroits avec des psychologues, psychiatres, infirmières et cliniques spécialisées. Récemment, les équipes de PEP’S ont été formées à la méthode d’intervention israélienne dite « 6C », qui permet d’apporter les soins de « premiers secours psychologiques » à une personne en détresse. Elles plaident pour la diffusion du dispositif en France. En mai 2021, PEP’S et APS ont signé un protocole avec la direction générale de la police nationale visant à favoriser une collaboration efficace sur le sujet. Elles demandent désormais l’organisation d’un grand diagnostic sur les causes du suicide chez les policiers.
Au quotidien, Vanessa a souvent du mal à décrocher de l’association. « On est tout le temps sur notre téléphone, sauf quand on est au travail, en intervention, résume-t-elle. Parfois mes filles me font la remarque quand ça n’arrête pas de sonner. Je leur ai expliqué ce que je faisais. »
Le ministère des Solidarités et de la Santé fortement engagé en faveur de la prévention du suicide publié le 04.02.22 Communiqués et dossiers de presse https://solidarites-sante.gouv.fr*
A l’occasion de la journée nationale dédiée à la prévention du suicide le 5 février 2022, le ministère des Solidarité et de la Santé rappelle que la prévention du suicide est un enjeu majeur de santé publique et vous invite à prendre connaissance des outils mis à la disposition de tous.
Dès l’automne 2020, Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, prenait en compte le rôle de la crise sanitaire comme catalyseur des problèmes de santé mentale en France, notamment chez certains publics spécifiques comme les jeunes, mettant en exergue la nécessité de porter une attention soutenue à cette problématique de santé.
Annoncées dès janvier 2021 par le Président de la République, les Assises de la santé mentale et de la psychiatrie fin septembre 2021 ont permis de dresser un état des lieux partagé de la promotion et de la prévention en santé mentale, de l’offre de soins en psychiatrie et de l’accompagnement proposés aux Français.
Les études épidémiologiques des dernières années ont permis d’identifier des actions permettant de diminuer la mortalité et la morbidité suicidaires de façon efficace : le suicide est en grande partie évitable.
Le ministère des Solidarités et de la Santé poursuit ainsi le renforcement de sa politique de prévention pour mettre œuvre de façon concrète et coordonnée un ensemble d’actions dans les territoires :
Le maintien du contact avec la personne qui a fait une tentative de suicide, grâce au dispositif Vigilans. Créé en 2015, le dispositif est un système de recontact et d’alerte qui organise autour de la personne ayant fait une tentative de suicide un réseau de professionnels de santé pour garder le contact avec elle. En février 2022, VigilanS est déployé dans 17 régions dont 4 régions d’Outre-mer. L’objectif en 2022 consiste à compléter la couverture territoriale avec notamment au moins un dispositif actif par région.
Des formations au repérage, à l’évaluation du risque suicidaire et à l’intervention de crise auprès des personnes en crise suicidaire. Ces formations rénovées en 2019, avec des contenus adaptés aux rôles et compétences des personnes formées, depuis les citoyens volontaires sentinelles jusqu’aux professionnels de santé, ont pour objectif de créer des réseaux de personnes ressources dans chaque région.
Des actions ciblées pour lutter contre le risque de contagion suicidaire, notamment grâce au programme PAPAGENO. Les personnes exposées directement ou indirectement à un événement suicidaire sont plus à risque d’avoir des idées suicidaires, ou même de passer à l’acte. Au niveau individuel, être exposé à un suicide multiplierait de 2 à 4 le risque de geste suicidaire. Exemples d’actions mises en œuvre : identification des zones à risque (hot-spots suicidaires) pour permettre des mises en sécurité de ces lieux ; formation des journalistes et interventions dans les media, pour éviter un effet d’identification et faire, au contraire, du traitement médiatique d’un suicide une occasion de prévention.
La mise en place depuis le 1er octobre 2021 du 3114, le numéro national de prévention du suicide, annoncé par Olivier Véran dans le cadre du Ségur de la santé. Gratuit, accessible 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 sur l’ensemble du territoire (métropole et Outre-Mer), ce numéro d’appel permet d’apporter une réponse immédiate : Aux personnes en détresse psychique et à risque suicidaire, A l’entourage des personnes à risque suicidaire, Aux endeuillés par suicide, Aux professionnels en lien avec des personnes suicidaires qui souhaitent obtenir des avis, conseils spécialisés.
Le 3114, c’est déjà 11 centres répondants en régions (de nouveaux centres viendront renforcer le dispositif en 2022), 169 professionnels hospitaliers spécifiquement formés (infirmiers et psychologues) placés sous la supervision d’un psychiatre, et plus de 34 000 appels cumulés depuis l’ouverture.
« Nous avons créé le 3114 pour permettre à toutes les personnes en grande détresse de trouver à l’autre bout du téléphone une oreille attentive et professionnelle pour les écouter, les orienter et parfois même leur venir en aide en urgence. Chaque jour, nous constatons encore d’avantage à quel point ce numéro unique est utile, et à quel point il est un pilier majeur de notre lutte contre le suicide et en faveur de la santé mentale de nos concitoyens », a déclaré Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé En complément de ce nouveau service hospitalier de prévention, de nombreuses associations sont impliquées et proposent un soutien aux personnes en souffrance. Tous ces services d’écoute et d’accueil, partenaires de la Stratégie nationale de prévention du suicide sont anonymes et gratuits. Certains contribuent à la réponse donnée dans le cadre du numéro vert Covid : 0 800 130 000.
Si le taux de suicide en France reste l’un des plus élevés des pays européens, on observe depuis 2000 sa baisse régulière. Osons parler de santé mentale et soyons attentifs aux signes de détresse de notre entourage.
Confrontée à une vague de suicides, la police mise sur ses "Sentinelles"
Par Alexandre HIELARD Vendredi 4 février 2022
Paris (AFP) - Au terme d'un mois de janvier noir marqué par douze suicides dans ses rangs, la police cherche à anticiper les passages à l'acte en développant son réseau de "Sentinelles", des policiers formés pour repérer leurs collègues fragilisés.
Mickaël H., 50 ans, brigadier-chef à la police aux frontières (PAF) de l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, s'est donné la mort dimanche dernier dans son pavillon de Saint-Martin-Longueau (Oise). Il est le dernier de la liste déjà longue des policiers qui ont mis fin à leurs jours depuis le début de l'année.
Douze au total: onze hommes et une femme. Deux de plus qu'en janvier de 2019, dernière année noire dans l'institution avec 59 suicides. En moyenne, de 30 et 60 fonctionnaires de police mettent fin à leurs jours chaque année.
Vendredi, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a reçu les syndicats et associations spécialisées, en présence du directeur général de la police nationale (DGPN) Frédéric Veaux.
Le ministre a notamment annoncé le lancement d'une mission confiée à l'Inspection générale de l'administration (IGA) pour renforcer "la médecine de prévention" et le "réseau de psychologues" de la police, a indiqué le ministère de l'Intérieur.
Gérald Darmanin doit également envoyer la semaine prochaine un courrier à tous les policiers pour leur témoigner son "soutien" et appeler l'encadrement à la "vigilance" face aux "signaux faibles de ces situations".
Le DGPN, "impliqué pour que les choses changent" selon un connaisseur du dossier, avait déjà réuni le 20 janvier les acteurs concernés.
Une décision a déjà été prise: accélérer le déploiement des "Sentinelles", des policiers formés à la détection des signaux faibles des difficultés de leurs collègues.
"Cela peut être quelqu'un qui va être plus discret, un peu plus négligé, fatigué, qui va perdre du poids, être cynique et faire des allusions à des intentions suicidaires ou avoir des retards inhabituels", détaille à l'AFP une de ces "Sentinelles".
- "Nouveaux chemins" -
Une première phase expérimentale a permis d'en former 41 en 2021. L'objectif est de disposer d'un vivier de près de 2.000 de ces policiers fin 2022.
"Aidantes par nature", ces personnes sont choisies parce qu'elles occupent un "rôle visible", "au c?ur" de leur service, "soit au secrétariat, soit parce qu'elles sont chefs d'une brigade, soit parce qu'elles font partie des plus anciens", précise la "Sentinelle".
"Cela fait vingt-cinq ans qu'on a 45 suicides par an en moyenne, il est temps d'essayer de nouveaux chemins", exhorte le porte-parole de "Peps SOS Policiers en détresse", Christophe Girard.
L'association, composée de 26 policiers, a reçu plus de 6.000 appels d'agents l'année dernière.
Frédéric Veaux lui a donné le "feu vert", dit M. Girard, pour se rendre au printemps au Canada, un pays pionnier dans la prévention du suicide dans la police. Grâce à ses "Sentinelles", la police de Montréal avait réduit de 79% le nombre de suicides dans ses rangs entre 1997 et 2008, alors ramené à seulement quatre cas.
Gérald Darmanin a aussi annoncé l'arrivée de vingt psychologues supplémentaires au sein du service de soutien psychologique opérationnel (SSPO), portant leurs effectifs à 120 pour les 145.000 policiers de France.
- "Ça déborde" -
La création de cette structure en 1996 a souvent été associée au nombre record de suicides (70) enregistrés dans la police cette année-là. Elle l'a en fait été après les attentats parisiens de 1995 pour traiter les syndromes de stress post-traumatiques dans les forces de l'ordre.
Le SSPO a mené près de 40.000 entretiens en 2021 auprès de plus de 10.000 policiers, une hausse de 45% depuis cinq ans, selon les chiffres communiqués à l'AFP par sa cheffe, Catherine Pinson.
"C'est le signe que le regard vis-à-vis des psychologues dans l'institution a changé. Un jeune policier aujourd'hui ira plus facilement demander de l'aide", estime Mme Pinson.
En poste depuis 2015, sa tâche principale, résume-t-elle, consiste à "permettre au policier de sortir du +blindage+ qu'il s'est construit, utile pour travailler dans un contexte de violences mais qui peut se retourner contre lui, et surtout ne doit pas l'empêcher de demander de l'aide".
"On démarre sa carrière avec un sac à dos vide. Et au fur et à mesure, on met des petits cailloux dedans, jusqu'à ce que ça déborde", image Grégory Joron, secrétaire général du syndicat Unité SGP FO.
Il met aussi en cause "le management, pas assez horizontal" et une action guidée par l'impératif de "mettre un maximum de personnes sur le terrain" au détriment de "la culture de groupe, des moments partagés, des débriefings".
Illustration(s) :
DENIS CHARLET Confrontée à une vague de suicides, la police cherche à anticiper les passages à l'acte en développant son réseau de "Sentinelles"
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« On porte encore l’uniforme comme une carapace » : des policiers veulent « libérer la parole » sur les cas de suicides Juliette Bénézit Le Monde (site web) societe, vendredi 4 février 2022
Face au nombre de suicides dans la police, qui a connu un pic en janvier, des associations se sont constituées pour prévenir le phénomène et aider les collègues en difficulté.
Il était policier, comme elle. Le 24 mars 2018, le mari de Vanessa [qui n’a souhaité donner que son prénom] a mis fin à ses jours au domicile familial, avec son arme de service. Sa vie et celle de ses deux petites filles, alors âgées de 5 et 8 ans, a basculé en un instant. Au choc de l’événement ont succédé une douleur profonde et un sentiment de culpabilité qui s’enracine, qui ronge. « Je n’ai pas vu qu’il n’allait pas bien », dit Vanessa pudiquement. Depuis quatre ans, la policière se démène pour « redonner un équilibre à [ses] filles ». A la maison, on parle de ce papa qui « manque beaucoup ».
« C’était un père et un mari exemplaire. La seule chose que je lui reprochais, c’est qu’il ne disait rien quand ça n’allait pas et c’est ce qui l’a tué. »
Le week-end dernier, Vanessa a emmené ses filles au ski pour la première fois. Mais, « vu l’actualité », elle a eu du mal à lever la tête de son téléphone. Sur le seul mois de janvier, 12 policiers se sont donné la mort. Sombre bilan. Ils étaient 35 sur l’ensemble de l’année 2021. Derrière son écran, la fonctionnaire scrutait notamment les messages postés sur le groupe Facebook tenu par l’association dont elle est trésorière, PEP’S-SOS Policiers en détresse, une structure de prévention du suicide créée en 2018. Vanessa est l’une des administratrices de cet espace virtuel de « libération de la parole » sur le mal-être des policiers. Aider les collègues pour tenter de guérir : « On a tellement souffert, si on peut l’éviter à d’autres… », confie-t-elle.
Le nombre de suicides dans la police est supérieur de 36 % à 41 % à celui constaté dans l’ensemble de la population active
De façon publique ou anonyme, les policiers qui le souhaitent peuvent exprimer leurs doutes au sein du groupe, demander un conseil et, s’il le faut, passer un appel à l’aide. « On prend aussi les devants : on identifie ceux qui n’ont pas l’air d’aller bien, on prend contact avec eux », explique Christophe Girard, porte-parole de cette association qui compte 26 « aidants ». Ces policiers bénévoles sont devenus les oreilles attentives d’une institution meurtrie : depuis plusieurs années, le nombre de suicides dans la police est supérieur de 36 à 41 % à celui constaté dans l’ensemble de la population active française.
Dispositif « Sentinelles »
Vendredi 4 février, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, a reçu les syndicats et les associations de prévention pour évoquer le sujet. Dès le 21 janvier, Frédéric Veaux, le directeur général de la police nationale, a annoncé le renforcement du dispositif « Sentinelles », prévoyant la formation de près de 2 000 policiers dont la mission est de repérer et d’orienter leurs collègues fragilisés vers des structures appropriées.
A la fin de janvier, le ministre de l’intérieur a, quant à lui, annoncé le renforcement du service de soutien psychologique opérationnel (SSPO), avec le recrutement de 20 psychologues supplémentaires, portant leur nombre à 120 pour un total de 146 000 agents. Ces mesures viennent s’ajouter à celles mises en place depuis plusieurs années, comme la création d’un numéro vert anonyme, gratuit et confidentiel (0805 230 405), la signature de partenariats avec les professionnels de santé ou encore le développement d’une e-formation.
Depuis 2018, à l’instar de PEP’S, d’autres jeunes associations principalement composées de policiers bénévoles, comme Alerte police en souffrance (APS) ou Assopol, ont pris les devants sur le sujet. Avec les moyens du bord : pour entrer en contact ou assurer le suivi d’un collègue, les discussions se font sur les réseaux sociaux, par messages privés, par e-mail ou sur les lignes téléphoniques personnelles de chacun, souvent jusque tard dans la nuit ou très tôt le matin. Selon la situation, parfois, un coup de fil suffira. En cas de crise suicidaire, il faudra déclencher une intervention en urgence. L’accompagnement pourra alors durer plusieurs mois, voire plusieurs années.
Lien de confiance « entre policiers qui parlent à des policiers »
« On n’est pas thérapeutes », répètent néanmoins tous les bénévoles interrogés. Pour qu’une libération de la parole soit amorcée, l’enjeu est d’instaurer un lien de confiance « entre policiers qui parlent à des policiers » : « On a souvent vécu des expériences similaires », explique Cyril Cros, cofondateur d’AssoPol. C’est tout le principe de la « pair-aidance ».
Lui-même a « failli avoir un geste malheureux », il y a quelques années. « Je ne parlais pas de ma situation, livre ce père de deux enfants, affecté à la direction départementale de la sécurité publique de Gironde. J’ai été hospitalisé et personne n’a rien vu venir. Quand je suis sorti, je suis revenu dans mon service et deux jours après, une collègue mettait fin à ses jours. » « J’ai perdu plus de copains qui se sont suicidés que lors d’interventions difficiles, alors que j’ai fait vingt-trois ans en BAC », rapporte Christophe Girard, aujourd’hui enquêteur à la brigade des stupéfiants :
« Quand vous passez la nuit à patrouiller avec quelqu’un, que vous pensez que tout va bien, et que deux jours plus tard, il met fin à ses jours, vous vous posez des questions. Et puis, à un moment donné, il y a la tentative de trop. Il fallait faire quelque chose. »
« Voir la violence, physique ou sociale, au quotidien, on n’en sort pas indemne »
Si les causes du mal-être dans les rangs de la police nationale sont toujours « multifactorielles », les associations identifient des récurrences, comme le stress post-traumatique par accumulation et le manque de préparation des effectifs aux effets de l’exposition à des événements traumatiques. « Un policier commence sa carrière avec un sac à dos qui va se remplir au fur et à mesure des choses qu’il voit sur le terrain, d’intervention en intervention, rapporte Grégory Joron, porte-parole du syndicat SGP-Police FO. Mettre un fœtus issu d’un viol sous scellé, ramasser les parties du corps de quelqu’un qui s’est jeté sous un train, voir la violence, physique ou sociale, au quotidien, on n’en sort pas indemne, explique Vincent (le prénom a été modifié), un policier qui s’est spécialisé sur la question des suicides. La culture du débriefing est trop absente. »
Lui se souvient d’une bagarre générale à laquelle il avait assisté et qui avait fait plusieurs blessés graves. Impossible de dormir pendant trois jours. Cyril Cros cite, quant à lui, l’exemple d’un collègue qui l’a contacté par téléphone, au petit matin. Pendant sa vacation de nuit, il avait été appelé sur un accident mortel et devait contacter la famille des victimes. « Ça faisait écho à un accident qu’il avait eu avec ses enfants et qu’il n’avait pas évacué, explique Cyril. On a discuté ensemble, il va prendre rendez-vous avec un psychologue avec qui on travaille. »
« Libérer la parole, c’est prévenir le suicide », résume Vincent. L’enjeu est de taille dans une institution où il ne fait pas bon avoir des états d’âme. « Quand je suis rentrée dans la police il y a quinze ans, on me disait “tes soucis, tu les laisses chez toi”, se souvient Vanessa. En parlant, il y a la peur d’être jugé, d’être mis à l’écart par les collègues du service, qu’on dise “celui-là, il ne tient pas le coup”. Il faut casser ces barrières. » « On porte encore l’uniforme comme une carapace », explique Vincent. L’agent parle aussi d’une « culture “viriliste” » dans la police :
« Il y a le mythe selon lequel un homme fort n’exprime pas ses émotions, sa tristesse… Pourtant, dire que ça ne va pas n’est pas un aveu de faiblesse, au contraire. »
« Méfiance vis-à-vis de la hiérarchie »
L’autre crainte est celle du désarmement. Tout un symbole. « Ça veut dire ne plus aller sur le terrain, ne plus pouvoir aider les collègues sur la voie publique », explique Cyril Cros. Alors, même si les professionnels du SSPO, rattaché à la direction générale de la police nationale, ont reçu près de 10 000 agents en 2020, un certain nombre de policiers redoutent de prendre contact avec eux, de peur que leurs supérieurs ne soient mis au courant de leurs difficultés. « Il y a une méfiance, voire une défiance vis-à-vis de la hiérarchie », rapporte Vincent. D’après les associations, le harcèlement et l’organisation du travail sont l’une des principales causes de mal-être dans les rangs.
Depuis leur création, les associations de policiers bénévoles se sont professionnalisées et ont tissé des liens étroits avec des psychologues, psychiatres, infirmières et cliniques spécialisées. Récemment, les équipes de PEP’S ont été formées à la méthode d’intervention israélienne dite « 6C », qui permet d’apporter les soins de « premiers secours psychologiques » à une personne en détresse. Elles plaident pour la diffusion du dispositif en France. En mai 2021, PEP’S et APS ont signé un protocole avec la direction générale de la police nationale visant à favoriser une collaboration efficace sur le sujet. Elles demandent désormais l’organisation d’un grand diagnostic sur les causes du suicide chez les policiers.
Au quotidien, Vanessa a souvent du mal à décrocher de l’association. « On est tout le temps sur notre téléphone, sauf quand on est au travail, en intervention, résume-t-elle. Parfois mes filles me font la remarque quand ça n’arrête pas de sonner. Je leur ai expliqué ce que je faisais. »
Pour tous ces policiers bénévoles, l’investissement physique et psychologique est colossal. Des formes de supervision collective et individuelle ont été mises en place. « Ce qu’on dit aux collègues, on se l’applique à nous-mêmes, rapporte Christophe Girard. Au moins une fois par semaine, je vais voir une psychologue. Et parfois, je l’appelle trois fois dans la semaine ! » Les histoires des uns et des autres peuvent se croiser, raviver des moments difficiles, alors il faut « évacuer ». Comme fil rouge de son engagement, Vanessa, elle, garde en tête les mots d’un policier qui n’allait pas bien et qui a fini par lui dire : « Grâce à toi, mon fils aura un papa pour grandir. » Cet article est paru dans Le Monde (site web)
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Suicides dans la police: le plan contre la «série noire»
Par Christophe Cornevin Publié 30/01/22 https://www.lefigaro.fr* Lorsque ce contexte se conjugue avec des rythmes de travail décalés, le contact quotidien avec la souffrance et la détresse humaine, ainsi qu’avec des problèmes de santé ou familiaux, le stress peut tourner au désespoir. 144322332/franz massard - Fotolia
DÉCRYPTAGE - L’institution va déployer 2000 «sentinelles» dans les services, où douze fonctionnaires se sont donné la mort en janvier, selon nos informations.
Si la grogne policière qui s’est exprimée dans les rues s’est éteinte, l’institution encaisse les coups et parfois les bleus à l’âme. Pris pour cibles et rudoyés dans les cités où les voyous tendent des guets-apens avec la volonté de sanctuariser leurs trafics, choqués il y a deux ans par la violence de simples citoyens ayant revêtu leurs gilets jaunes, pointés du doigt hier pour racisme et aujourd’hui en première ligne pour les contrôles de passes sanitaires, les effectifs sont en proie à une société de plus en plus rugueuse.
Lorsque ce contexte se conjugue avec des rythmes de travail décalés, le contact quotidien avec la souffrance et la détresse humaine, ainsi qu’avec des problèmes de santé ou familiaux, le stress peut tourner au désespoir. [..]. Une vraie série noire, si l’on considère que 35 suicides ont été recensés l’année dernière et 32 en 2020.
Au sein de la maison police, où l’alerte est prise très au sérieux, tout est fait pour endiguer ce début d’épidémie et ne pas renouer avec le pic de 2019, annus horribilis où 59 fonctionnaires avaient commis l’irréparable. Dès le 21 janvier, le directeur général de la police nationale (DGPN), Frédéric Veaux, a réuni et écouté les responsables syndicaux, ceux des associations, mutuelles et autres fondations impliquées dans la prise en charge des policiers en souffrance. Il en est sorti un plan de bataille dont Le Figaro dévoile le détail. Sur le front de la détection, il a décidé d’étendre sans délai à 2000 le nombre des «sentinelles» dans les services. «Il s’agit de policiers volontaires, allant du gardien de la paix jusqu’au commissaire, qui veillent sur leurs pairs en mettant en place un système de repérage au sein même des services, explique-t-on à la DGPN. Formés pour détecter d’éventuelles difficultés personnelles, financières ou familiales, ils ont vocation non pas à régler le problème mais à guider leur collègue vers une assistante sociale, un médecin, un psychologue, un médiateur ou encore un chef de service». Nourri du modèle de la police de Montréal, ce dispositif a été expérimenté depuis 2021, avec une quarantaine de «sentinelles», pionnières dans les commissariats de Chartres, Dreux, Valenciennes ou Cergy ainsi qu’à la police aux frontières de Lille ou encore dans des centres de rétention administrative de Lesquins ou Metz.
«Même s’il n’y a pas de solution miracle, l’idée est de déployer le plus d’outils et de capteurs possibles pour venir en aide aux 146.000 hommes et femmes qui travaillent dans nos rangs», estime-t-on au plus haut sommet de la police. Dans cet esprit, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a de son côté annoncé devant le Sénat, jeudi dernier, la création de 20 nouveaux postes au service de soutien psychologique opérationnel de la police (SSPO). Selon nos informations, cette structure, créée en 1996 et portée à 120 psychologues cliniciens, a organisé l’année dernière pas moins 39.000 entretiens avec des policiers, même si nombre d’entre eux rechignent à confier leur mal-être en interne. Syndromes de stress post-traumatique
En 2019, Christophe Castaner, alors ministre de l’Intérieur, avait décidé d’élargir le cercle des «écoutants» en faisant appel à un réseau externe à la police. Une nouveauté. À l’adresse des policiers qui éprouvaient une forme de «honte» ou avaient «peur d’être pointés du doigt», la société Pros-Consulte, qui a fait ses preuves auprès de 400 entreprises employant 3 millions de personnes, a alors ouvert une plateforme fonctionnant 24 heures/24, week-ends compris.
Pour resserrer encore les liens, l’administration a signé deux conventions respectives avec les associations «Alerte police en souffrance» et «Peps SOS policiers en détresse» qui sont à la pointe de la prévention. «Cela fait vingt-cinq ans qu’il y a urgence à agir car nous sommes à une moyenne de 45 suicides par an, assure Yohann Dechaine, président de Peps. À force d’accumuler des interventions violentes où nous voyons des cadavres d’enfants, des femmes battues et toute la misère du monde, il est difficile de ressortir indemnes d’un tel métier.» Pour lutter contre les syndromes de stress post-traumatique, c’est-à-dire là où se trouve le vrai problème, ce policier dans les Yvelines suggère de s’inspirer notamment du protocole israélien «6-C», mis en place par des neuroscientifiques pour mieux prendre en compte la charge émotionnelle des agents en opération. Ce dernier préconise en outre de déployer, comme au Canada, des psychologues de proximité au sein même des services, sachant qu’il y a près de 600 commissariats en France.
Pour compléter l’arsenal des mesures, Frédéric Veaux va renforcer les moyens de la médecine de prévention et relancer la pratique du sport dans les rangs, chaque policier étant censé en faire deux heures par semaine. En interne, des consignes sont martelées pour développer un «exercice bienveillant du pouvoir hiérarchique» et éviter que des agents se sentent déconsidérés, voire lâchés dans la tempête. «Si on essaie d’apporter une réponse globale, nous restons humbles face à la multiplicité des raisons intimes qui mènent à l’irréparable», lâche-t-on à la DGPN. Dimanche 23 janvier, la mort de Pierre L., gardien de la paix qui s’est suicidé avec son arme de service, a bouleversé toute la profession. Major de promotion affecté dans les quartiers nord de Marseille, il n’était âgé que de 22 ans.
43 suicides par an ces quinze dernières années NOMBRE DE SUICIDES DE POLICIERS PAR AN
*** "Nous, on n'a pas le droit de dire que cela ne va pas": le témoignage d'une policière qui a échappé au suicide
Entre trente et quarante policiers se
suicident chaque année en France. . [..]. . À une époque pas si lointaine, Fanny
aurait pu se rajouter à cette liste macabre. Aujourd'hui, c'est elle qui
répond au téléphone quand ses confrères sont en détresse.
Pierre PeyretPublié le 29/01/2022 https://www.nicematin.com*
"Je n'imaginais pas un tel mal-être dans la profession".Photo Jean Marc Vincenti
Aujourd'hui, c'est elle qui répond au téléphone. Modératrice pour l'association PEPS-SOS Policiers en détresse, Fanny (*), 46 ans, se mobilise quand ses confrères policiers ne vont pas bien.
Depuis bientôt trois ans, cette association aide, écoute et oriente
les policiers ou leur famille qui en ont besoin. L'an dernier, ces
fonctionnaires de police bénévoles, dont elle fait partie, ont répondu à
plus de 6.000 appels. "Je n'imaginais pas un tel mal-être dans la profession", assure-t-elle.
Le sien l'a pourtant conduit à plusieurs tentatives de suicide ces dernières années. La police, c'était sa vocation. "Dès toute petite, je savais que je voulais faire ce métier".
Si elle a épousé la fonction un peu tard, elle a vite été amenée à
travailler dans plusieurs commissariats, toujours en région parisienne.
Avant de gravir les échelons, sur le terrain, pour devenir officier de
police judiciaire.
"J'avais déjà eu quelques alertes", concède-t-elle. "Des
traumatismes personnels auxquels se sont rajoutés des
traumatismes professionnels, avec des interventions qui m'ont marquée." Rien de comparable et notable avec ce qu'elle va vivre par la suite quand elle intègre, en 2015, un service spécialisé.
"J'ai commencé à plonger dans l'alcool"
Là, une intervention, sur laquelle elle ne souhaite pas s'étendre, va la marquer durablement. "Je
ne m'en suis pas rendue compte de suite mais j'ai buggé. Je n'ai aucun
souvenir du jour de l'intervention. Un black-out complet." C'est à compter de ce jour qu'elle a commencé à plonger dans l'alcool. "C'est venu progressivement. C'était ma manière de décompresser." Sans forcément en prendre conscience.
Puis un soir d'avril 2016, les médicaments viennent se rajouter à l'alcool. "C'était ma première tentative de suicide, mais c'était surtout un appel au secours". Un appel qui restera lettre morte. Elle encaisse. Garde tout pour elle. "Tout cela n'a pas eu de répercussion sur mon travail. De toute façon, pendant deux ans, je n'ai pas arrêté de travailler".
Quand
on est policier, on doit garder la tête haute. On est là pour aider les
gens. Vous savez, on intervient quand cela ne va pas pour les citoyens.
Nous, on n'a pas le droit de dire que cela ne va pas".
En 2018, elle demande une nouvelle mutation. Elle intègre la police judiciaire parisienne: "la plus grosse erreur de ma vie". Les souvenirs des interventions passées ressurgissent et la menace terroriste permanente lui "font péter les plombs". Nouvelle tentative de suicide. Elle s'en sort.
Nous sommes en 2019 et, sans trop se rappeler comment – " au détour d'une page Facebook" –, elle tombe sur PEPS-SOS Policiers en détresse et ses bénévoles.
"Ils n'aiment pas que je dise cela, mais ils m'ont sauvée"
"Ils n'aiment pas que je dise cela, mais ils m'ont sauvée. Je me
suis sauvée aussi, car j'ai travaillé sur moi-même pour m'en sortir".
Une hospitalisation en clinique, une cure de sevrage et un suivi
psychologique et psychiatrique font que, semaine après semaine, l'heure
de la reprise se rapproche.
C'est pour cela qu'elle tient aujourd'hui à être aidante à son tour.
Pour les fonctionnaires, il existe pourtant le service de soutien
psychologique opérationnel, le SSPO. "Ils font un travail énorme mais ils ne sont pas assez nombreux. Ce n'est pas qu'ils ne veulent pas, mais ils ne peuvent pas".
"Aujourd'hui, ce qui m'impressionne, c'est le nombre de collègues
qui me disent vouloir démissionner, alors qu'ils sont rentrés par
vocation". Comme elle.
Police « On ne peut pas sortir indemne de ce métier… » Quelles solutions pour endiguer la vague de suicides de policiers ?
Thibaut Chevillard Publié le 28/01/22 https://www.20minutes.fr* Depuis le début de l’année, des policiers et des gendarme ont mis fin à leurs jours. En moyenne, il est recensé entre 30 et 40 suicides par an. Les ministres de l’Intérieur successifs ont tour à tour pris des mesures pour tenter d’endiguer le phénomène. Sans réussir véritablement à y parvenir. Christophe Girard, vice-président de l’association Pep’s, explique que « la cause principale du mal-être des policiers est un syndrome de stress post-traumatique » lié aux interventions difficiles et au rythme de travail éprouvant des agents. Grégory Joron, secrétaire général du syndicat Unité SGP Police-FO, plaide pour la mise en place d’une « culture de la prévention » afin de déceler au plus tôt les agents en mal-être.
Un début d’année particulièrement noir pour la police. . [..]. « Les mois de janvier ont toujours été compliqués. Mais là, on est sur le double de la moyenne habituelle. C’est super inquiétant », explique à 20 Minutes Grégory Joron, secrétaire général du syndicat Unité SGP Police-FO. En moyenne, entre 30 et 40 suicides sont recensés chaque année. L’année 2019 avait marqué un record avec 50 suicides dans la police. « On est sur la même base niveau chiffres », s’alarme le syndicaliste.
Comment expliquer cette vague de suicides au sein de cette institution ? « En 2021, nous avons reçu 6.000 appels de collègues », nous explique Christophe Girard, vice-président de l’association Pep’s, une association d’entraide entre policiers. « La cause principale du mal-être des policiers, poursuit-il, c’est un syndrome de stress post-traumatique, que cela soit par accumulation ou identification. Les policiers voient le côté le plus noir de la société, le plus violent, tout au long de leur carrière. On ne peut pas sortir indemne de ce métier, il a un véritable impact sur les humains que nous sommes. » Grégory Joron pointe pour sa part le rythme de travail des agents – les fameux « cycles horaires » – et le management « très brutal, archaïque, vertical » dans la police. 39 % des agents en détresse psychique
Selon le baromètre de la Mutuelle des forces de sécurité (MGP), publié en juin 2021, 24 % des 6.000 policiers interrogés ont reconnu avoir eu des pensées suicidaires ou entendu leurs collègues évoquer des pensées suicidaires au cours des douze derniers mois. Par ailleurs, 39 % des agents seraient en détresse psychique selon cette étude. Au cours des 25 dernières années, plus de 1.100 policiers se sont suicidés, soit 44 suicides par an en moyenne. Le taux de suicide au sein de la profession est supérieur de près de 50 % à celui de la population française.
Les dispositifs pour venir en aide aux policiers qui se sentent mal sont pourtant déjà nombreux. En 2019, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a mis en place un numéro unique d’appel permettant aux fonctionnaires d’avoir un accès anonyme, confidentiel et gratuit à des psychologues. Son prédécesseur, Gérard Collomb, avait présenté une salve de mesures destinées à stopper cette sinistre épidémie qui frappe également les gendarmes. Avant lui, Bernard Cazeneuve avait également tenté de saisir le sujet à bras-le-corps en lançant, en 2014, un plan comprenant 23 mesures. Pas assez de psychologues
« Mais on est davantage dans la réaction alors qu’il faudrait mettre en place une culture de la prévention », remarque Grégory Joron. Et ce dernier de souligner : « Il y a 70 médecins de prévention pour toute la police nationale, 100 psychologues opérationnels pour 155.000 agents. Alors qu’il faudrait rendre, selon moi, systématique et obligatoire un rendez-vous avec un psychologue pour faire le point avec l’agent, et potentiellement détecter les personnels en souffrance. Mais nous sommes à des années-lumière de pouvoir le faire. »
Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a annoncé devant le Sénat le recrutement d'« une vingtaine de psychologues dans les endroits les plus difficiles de la police nationale » pour prévenir les suicides parmi les policiers. « Au total, il y en aura donc 122. On est très loin du compte pour avoir une culture de la prévention », note Grégory Joron. Sensibiliser les apprentis policiers
Le directeur général de la police, Frédéric Veaux, a annoncé, le 21 janvier dernier, le renforcement du dispositif « Sentinelles », lancé en 2021. Une quarantaine d’agents ont déjà été formés à repérer et orienter leurs collègues en situation de détresse. L’objectif, en 2022, est d’en former 2.000 de plus. Les responsables de l’association Pep’s lui ont présenté « le protocole Six’C ». Il s’agit d’un « protocole de premier secours psychologique d’urgence qui permet de nous préparer à une intervention, de faire attention aux uns et aux autres au cours de celle-ci, puis de faire un débriefing de manière spécifique », indique Christophe Girard. Ce protocole, dit-il, « va être expertisé par des médecins du ministère de l’Intérieur ». « S’ils sont d’accord, tous les policiers seront formés. »
Les membres de cette association, composée de 26 bénévoles, souhaitent également « pouvoir intervenir en écoles de police ». L’objectif, fait valoir son vice-président, est de « sensibiliser les élèves au fait que ce métier n’est pas anodin et qu’il est important de se réserver un espace de parole tout au long de sa carrière, de prendre soin de soi et de veiller sur ses collègues ».
Prévention des suicides dans la police : Gérald Darmanin annonce le recrutement d'une vingtaine de psychologues Par Le Figaro avec AFP Publié 27/01/2022 Depuis le début de l'année, neuf policiers et un gendarme ont mis fin à leurs jours. SARAH MEYSSONNIER / REUTERS
Gérald Darmanin a annoncé mercredi 26 janvier devant le Sénat le recrutement d'«une vingtaine de psychologues dans les endroits les plus difficiles de la police nationale» pour prévenir les suicides parmi les policiers.
. [..]. En moyenne, il est recensé entre 30 et 40 suicides par an. L'année 2019 avait marqué un record avec 50 suicides dans la police. C'est cette année-là que le ministre de l'Intérieur d'alors Christophe Castaner avait mis en place différents dispositifs dont la mise en place d'un numéro unique d'appel permettant aux fonctionnaires d'avoir un accès anonyme, confidentiel et gratuit à des psychologues. L'arme de service en cause
Mercredi, lors des questions au gouvernement au Sénat, Gérald Darmanin a annoncé avoir décidé de faire évaluer ces dispositifs par «une société de conseil extérieure». Le ministre de l'Intérieur a relevé que «l'essentiel des suicides» avait «un lien direct avec la vie personnelle et non pas professionnelle de ces personnes», tout en soulignant que cette précision ne visait pas à «les minimiser.
«Le fait que ces policiers et gendarmes ont une arme de service malheureusement contribue au passage à l'acte plus que dans d'autres administrations», a-t-il dit. Pour autant, a-t-il ajouté, «l'administration ne se sent pas dédouanée des drames que nous connaissons».
Gérald Darmanin a rappelé que la semaine dernière le patron de la police nationale Frédéric Veaux avait reçu l'ensemble des syndicats spécifiquement sur cette problématique. Ils ont décidé «à l'unanimité» de «recruter une vingtaine de psychologues dans les endroits les plus difficiles de la police nationale». Il a été décidé également de «coordonner davantage les moyens budgétaires et humains» à la prévention, a dit le ministre.
Comment la police tente de trouver des solutions face aux suicides dans ses rangs
Le Monde (site web) societe, jeudi 27 janvier 2022
Antoine Albertini Malgré
l’existence de dispositifs de prévention, le phénomène, de moins en
moins tabou, peine à être endigué.
Dimanche 23 janvier au soir,
Pierre, 22 ans, participait à une opération antidrogue à la cité du Plan
d’Aou, à Marseille. A la fin de son service, ce gardien de la paix
affecté à la brigade spécialisée de terrain (BST) de la division Nord
est rentré chez lui et a mis fin à ses jours à l’aide de son arme de
service. Originaire de l’est de la France, le jeune homme, dont le père
est également policier, était champion d’arts martiaux mixtes, sorti
major de sa promotion à l’école des gardiens de la paix, « très bien
noté, apprécié, dans un service qui tournait bien, avec une bonne
ambiance », dit l’un de ses collègues marseillais. Il est le neuvième
fonctionnaire de police à s’être donné la mort depuis le 1er janvier,
soit un mort tous les deux jours et demi. Macabre record.
Lille,
Strasbourg, Besançon, Châlon-sur-Saône (Saône-et-Loire), Noisiel
(Seine-et-Marne) : cette vague de suicides suscite l’inquiétude dans les
rangs d’une institution en crise. « Il a choisi de nous quitter ce
matin nous laissant là, dans la douleur et l’incompréhension. Il va
terriblement nous manquer », pouvait-on lire sur le compte Twitter de la
police nationale du Bas-Rhin après le décès d’un brigadier-chef de 43
ans, le 18 janvier. Un tel message, diffusé publiquement, démontre que
le sujet n’est plus tabou dans une institution qui a longtemps expliqué
par des « difficultés d’ordre personnel » les causes – toujours
plurielles – d’un suicide.
Désormais, la police reconnaît
l’existence de difficultés susceptibles d’être liées aux conditions
d’exercice d’un métier encore mal payé – du moins en ce qui concerne les
policiers de la « base » –, qui implique rythmes de vie décalés,
fréquentation assidue de la violence et, parfois, management toxique.
Profusion de dispositifs
L’association
Pep’s, composée de 26 bénévoles, tous policiers, qui assurent une
permanence téléphonique vingt-quatre heures sur vingt-quatre, plaide
pour un diagnostic d’ampleur sur les raisons des suicides, qui fait
encore défaut, mais estime que le stress post-traumatique serait en
cause dans une large majorité de cas. « Sur les 6 000 appels que nous
recevons en moyenne chaque année, il s’agit d’une constante : on
retrouve toujours des policiers confrontés à une répétition
d’interventions éprouvantes », assure Christophe Girard, porte-parole de
l’association. « Lorsque le vase déborde », le passage à l’acte peut
survenir « en quelques minutes ».
Or une « culture du
débriefing » à la suite d’opérations particulièrement marquantes, comme
la découverte de cadavres dégradés ou les atteintes aux enfants, serait
susceptible d’atténuer le choc psychologique en permettant une
libération de la parole. Mais elle peine encore à émerger au sein de la
police.
Cellule alerte prévention suicide, numéro vert anonyme
et gratuit, prise en charge par le service de soutien psychologique
opérationnel de la police (36 544 « entretiens de soutien » réalisés au
profit de 9 593 agents en 2020), ligne directe mise en place sous
l’égide du ministère de l’intérieur, partenariats avec les
professionnels de santé, médiateur national, e-formations du plan de
mobilisation contre les suicides : malgré une profusion de dispositifs,
le nombre de suicides reste supérieur, selon les estimations, de 36 % à
41 % à celui constaté dans l’ensemble de la population active française.
Depuis 2014, 43 cas sont enregistrés chaque année en moyenne, et une
pointe de 59 cas a été recensée en 2019, en pleine crise des « gilets
jaunes ».
« Le système mis en œuvre par l’administration est
réactif plutôt que préventif, observe Grégory Joron, secrétaire national
du syndicat Unité SGP Police-FO. Or la détection précoce d’un sentiment
de malaise est essentielle. La police souffre encore d’un manque de
bienveillance et d’écoute, de rapports trop rugueux. Et l’administration
prend rarement en compte les cas de management toxique avérés. »
D’après des chiffres présentés à l’occasion d’une réunion
extraordinaire du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de
travail (CHSCT) de la police consacrée aux suicides et convoquée jeudi
20 janvier, le réseau de médecine préventive ne compte que 70 postes de
médecin équivalent temps plein, 24 infirmières et 12 personnels
administratifs pour 155 000 fonctionnaires. Quant aux psychologues
employés par l’administration, nombre de policiers les considèrent comme
étant trop proches de la hiérarchie et redoutent, après un passage «
chez le psy », le désarmement, qui les signalerait, comme le souligne
l’un d’eux, « au mieux comme des fragiles, au pire comme des cas sociaux
».
Persistance d’un profond mal-être
Au mois de juin
2021, le baromètre établi auprès de 6 000 agents par la Mutuelle
générale de la police (MGP) témoignait de la persistance d’un profond
mal-être : 24 % de fonctionnaires de police interrogés disaient avoir
envisagé de se suicider ou entendu leurs collègues évoquer cette
perspective au cours des douze derniers mois, et 40 % d’entre eux
confessaient un état de « détresse psychologique ».
« Il faut,
dit Benoît Briatte, président de la MGP, commencer par améliorer l’effet
de groupe : la prise en charge collective par des collègues dès les
premiers signes de malaise. » Secrétaire national de l’UNSA-Police,
Thierry Clair reconnaît aussi la nécessité de cette « solidarité de
groupe » mais estime indispensable qu’une « situation d’isolement soit
évitée en impliquant tous les acteurs de la chaîne et en assurant un
recours plus fréquent aux cellules de veille » locales, sortes
d’émanations des CHSCT. « Lorsque les dysfonctionnements à l’origine
d’une situation de malaise sont clairement identifiés, poursuit M.
Clair, ces réunions doivent être suivies d’effets concrets. »
Le 21 janvier, le directeur général de la police nationale, Frédéric
Veaux, a annoncé le renforcement du dispositif « Sentinelles » inspiré
des exemples canadien et australien, qui prévoit la formation de 1 900
policiers pour repérer leurs collègues fragilisés et les orienter vers
des structures adéquates.
Les représentants de Pep’s, eux,
souhaiteraient que soit testé le protocole Six’C, une méthode d’«
intervention psychologique de premier secours » mise en au point en
Israël, à laquelle 18 de ses bénévoles ont été formés. Cette technique,
présentée comme révolutionnaire, connaît un début de diffusion auprès
des services de secours en France, après avoir été adoptée sous le nom
d’Icover par l’armée de terre américaine. Cet article est paru dans Le Monde (site web)
***
Prévention des suicides dans la police : une vingtaine de psychologues recrutés
Afp | Publié le 26/01/2022
Gérald
Darmanin a annoncé mercredi devant le Sénat le recrutement d’« une
vingtaine de psychologues dans les endroits les plus difficiles de la
police nationale » pour prévenir les suicides parmi les policiers. Entre 30 et 40 suicides par an
En moyenne, il est recensé entre 30 et 40 suicides par an. L’année 2019 avait marqué un record avec 50 suicides dans la police.
C’est cette année-là que le ministre de l’Intérieur d’alors Christophe
Castaner avait mis en place différents dispositifs dont la mise en place
d’un numéro unique d’appel permettant aux fonctionnaires d’avoir un
accès anonyme, confidentiel et gratuit à des psychologues.
Mercredi,
lors des questions au gouvernement au Sénat, Gérald Darmanin a annoncé
avoir décidé de faire évaluer ces dispositifs par « une société de
conseil extérieure ».
Le ministre de l’Intérieur a relevé que «
l’essentiel des suicides » avaient « un lien direct avec la vie
personnelle et non pas professionnelle de ces personnes », tout en
soulignant que cette précision ne visait pas à « les minimiser ». « Le
fait que ces policiers et gendarmes ont une arme de service
malheureusement contribue au passage à l’acte plus que dans d’autres
administrations », a-t-il dit. Pour autant, a-t-il ajouté, «
l’administration ne se sent pas dédouanée des drames que nous
connaissons ».
Avoir des pensées suicidaires n’est pas anodin.
Des professionnels sont à votre écoute dans les hôpitaux ou dans les
centres médico-psychologiques. N’hésitez pas à contacter votre médecin
traitant, à composer le 15 ou appeler une ligne d’écoute comme Suicide
écoute (01 45 39 40 00) ou SOS amitié (09 72 39 40 50). Ou le Fil santé
jeunes, un numéro anonyme et gratuit, au 0800 235 236, de 9 h à 23 h
chaque jour. https://www.lavoixdunord.fr/1132560/article/2022-01-26/prevention-des-suicides-dans-la-police-une-vingtaine-de-psychologues-recrutes
***
Suicides des policiers : syndicats et associations déplorent un manque d’écoute
.
[..]. , le directeur général de la police, Frédéric Veaux, reçoit
syndicats et associations jeudi et vendredi. Les associations dénoncent
un mal-être grandissant et un manque d’écoute au sein de la police
nationale.
Nils Sabin, le 21/01/2022 https://www.la-croix.com*
« Nous sommes de plus en plus sollicités, pour ne pas dire submergés. »
Stéphanie Eynard est secrétaire de l’Association police en souffrance
(APS), et elle dénonce « un mal-être grandissant dans la police », alors
que sept policiers se sont donné la mort depuis le début du mois de
janvier.
Un chiffre frappant, qui semble indiquer une nette
augmentation lorsqu’on le compare à la totalité des passages à l’acte
les années précédentes : 32 en 2020, 59 en 2019 et 35 en 2018. Et qui a
conduit le directeur général de la police, Frédéric Veaux, à organiser
une rencontre avec les syndicats de police et les associations d’aide
aux policiers jeudi 20 et vendredi 21 janvier. Ce qui compte vraiment dans l'actualité
Le
problème n’est pas nouveau. En 2018, déjà, un plan de mobilisation
contre les suicides dans la police était lancé après des concertations.
Celui-ci fixait trois axes : « Mieux répondre à l’urgence », « Prévenir
plus efficacement les situations de fragilité » et « Améliorer le
quotidien du travail ». Il y a eu aussi, en 2019, le lancement d’un
numéro Vert puis d’un dispositif d’écoute psychologique. Puis, en 2020,
le lancement du réseau « sentinelles », des policiers chargés de repérer
leurs collègues qui ne vont pas bien.
« Mais ça ne suffit pas,
commente Stéphanie Eynard, il faudrait beaucoup plus de suivi, d’écoute.
Par exemple, sur tout le département (de la Loire),nous n’avons qu’un
seul psychologue police. » Le manque d’écoute est aussi pointé par
Thierry Clair, secrétaire général du syndicat Unsa police. « C’est un
métier stressant, avec de fortes émotions tout au long de la carrière,
et il y a parfois un manque d’écoute au sein du service, que ce soit sur
des demandes de mutation ou de stage, ou alors à la suite de missions
traumatisantes », explique-t-il. Déni, culpabilité et démotivation
Cette
insuffisance de moyens est d’autant plus préjudiciable que les
policiers peinent à se confier. « Il y a aussi une forme de déni, ou en
tout cas un refus de se faire aider car ça revient à admettre ses
problèmes », ajoute Cyril Cros, policier et cofondateur d’Assopol, une
association d’aide aux policiers en détresse psychologique qui reçoit
autour de 200 sollicitations par mois. « Donc, on essaie surtout de
redonner confiance en l’aide psychologique. » En cause, la peur des
policiers d’être désarmés, selon les associations.
À ces
phénomènes de déni, s’ajoute le poids des passages à l’acte au sein de
la police. « Pour ceux qui vont mal, entendre qu’un policier s’est
suicidé, ça peut faire remonter des idées noires », souligne aussi
Stéphanie Eynard. Un « phénomène de contagion » qui serait favorisé par
l’esprit de corps au sein de la police, selon Éliane Theillaumas,
fondatrice, en 1996, du Service de soutien psychologique de la police
nationale (SSPO). Thierry Clair met en avant, lui, le « sentiment de
culpabilité » des policiers lorsqu’un de leurs collègues s’est suicidé. À lire aussi Au commissariat : un an au cœur de la police
Pour
Éliane Theillaumas, c’est surtout la motivation même du policier qui
est mal appréciée sur la durée : « On part du principe qu’elle est la
même chez le policier de 40 ans, après quinze ou vingt ans de carrière,
que chez celui qui vient juste d’entrer dans les rangs. Ce n’est pas
normal, il faudrait que ce soit réévalué à différents moments de la
carrière. » https://www.la-croix.com/France/Suicides-policiers-syndicats-associations-deplorent-manque-decoute-2022-01-21-1201196032
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«Comment lutter efficacement contre le suicide dans les rangs de la Police ?» Par Agathe Lecoulant Publié 21/01/2022 Sept policiers se sont suicidés depuis le début de l'année. Francois Bouchon / Le Figaro
FIGAROVOX/ENTRETIEN
- En réaction à la vague de suicides dans la police, le directeur
général de la Police nationale a réuni ce 20 janvier 2022 des syndicats
et des associations. Linda Kebbab regrette que la hiérarchie soit
déconnectée de la réalité et n'applique pas de mesures efficaces.
Linda
Kebbab est déléguée nationale de l'Unité SGP Police-FO. Elle a publié
en 2020 aux éditions Stock Gardienne de la paix et de la révolte.
FIGAROVOX.- Depuis le début de l'année sept policiers se sont donné la mort. Comment expliquez-vous ce chiffre dramatique ?
Linda
KEBBAB. - Un suicide est un événement difficile à appréhender et ne
peut être expliqué par une seule raison isolée. Néanmoins, s’agissant de suicides dans un métier
où l'esprit de corps est extrêmement fort, l'aspect professionnel ne
peut être totalement écarté. Contrairement à ce que certaines enquêtes IGPN
ou autorités policières peuvent annoncer sans nuance après un suicide.
En effet, par l'effet des rythmes de travail ou par le renfermement sur
soi face à la défiance d'une partie de l'opinion française, beaucoup policiers sont coupés du reste de la société.
S'ajoutent
les difficultés de libérer la parole dans un métier qui a longtemps
véhiculé l'image d'un virilisme silencieux ; mais aussi une certaine
omerta qui règne dans de nombreux services dans lesquels l'ambiance peut
être exécrable sans que personne n'y mette fin courageusement. Tout
cela peut avoir l'effet d'une bombe.
Le malaise est grandissant
dans nos rangs, en témoignent les associations des policiers de lutte
contre le suicide ou le service de soutien psychologique opérationnel
(SSPO) en place dans l'institution et de plus en plus sollicités voire
submergés d'appels.
Un rapport sénatorial de 2018 indique que le
taux de suicide oscille «autour de 14 suicides pour 100 000 habitants
pour l'ensemble de la population, ce taux s'élève en moyenne, sur les
dix dernières années, à 25 pour la gendarmerie nationale et à 29 pour la
police nationale» . Pourquoi les policiers sont-ils plus exposés au
suicide que dans d'autres métiers ? Quelles sont les causes
structurelles ?
Le rapport pointait également un profond mal
être psychologique pouvant être rapporté aux «difficultés liées à la
nature même du métier», notamment la confrontation permanente à la
violence et la misère humaine, sans sas de décompression faute de
volonté politique et administrative, et la vétusté de notre
environnement travail. De plus, les policiers sont en quête permanente
de sens sur leur action pour guider leur engagement, n'ayant pas le
sentiment d'être reconnus ni par ni par le pouvoir, ni par les médias,
ni par leur hiérarchie. Cette dernière, au contraire, au lieu de créer
un effet de solidarité contribue à l'individualité et donc la solitude.
Par exemple la prime aux résultats exceptionnels, ou mal nommée
familièrement «au mérite» qui devrait être rebaptisée «prime de la
discorde» est un véritable outil de démantèlement volontaire de la
cohésion et de l'épanouissement du groupe. Isolant les policiers des
seuls avec qui ils passent le plus clair de leur temps et partagent des
missions difficiles : leurs propres collègues.
Cet isolement
n'est pas corrigé par les responsables au contraire. Par exemple, les
récentes déclarations insensées du ministre de l'intérieur et du
président de la République parlent de mettre un terme au seul cycle de
travail, appelé «vacation forte», le plus à même de resocialiser le
policier en dehors des personnes de son métier. Pour une simple question
d'économie de bout de chandelle en effectifs… Le «quoiqu'il en coûte»
ne vaut pas pour la vie des policiers…
Le 20 janvier 2022,
Frédéric Veaux, le directeur général de la police a reçu des syndicats
et des associations. Qu'attendiez-vous de cette rencontre ? Quelles en
sont vos conclusions ?
Le besoin pour les policiers de recourir
au Service de Soutien psychologique opérationnel (SSPO) dépend moins des
événements traumatiques majeurs comme les attentats que de la montée de
la violence et de la nécessité de présence importante au service. Or,
plus cette charge repose sur les policiers et moins ils bénéficient de
temps de répit moral ou psychologique. Un aspect qui semble échappé au
directeur général de la Police nationale dont le discours à l'occasion du CHSCT
le jeudi 20 janvier semblait déconnecté de la réalité, notamment
lorsqu'il a évoqué les temps de sport obligatoire alors que beaucoup de
ses propres chefs de service les refusent aux effectifs.
Ce fut
pour notre organisation syndicale l'occasion de rappeler que nous ne
pourrons indéfiniment pas nous contenter de réunions, commissions et
autres délégations non suivies d'effets ni d'être des lanceurs d'alerte
ignorés en permanence.Linda Kebbab
Malheureusement et sans
surprise, ce CHSCT extraordinaire n'a ni été l'occasion d'annonces
concrètes et pragmatiques ni celles de l'ouverture vers nos
revendications. C'était l'occasion de reconnaître l'échec de la
libération de la parole, voire la chasse contre ceux qui s'exprimeraient
sur le mal-être surtout s'il est professionnel.
Ce fut pour
notre organisation syndicale l'occasion de rappeler que nous ne pourrons
indéfiniment pas nous contenter de réunions, commissions et autres
délégations non suivies d'effets ni d'être des lanceurs d'alerte ignorés
en permanence. Ce fut aussi l'occasion de rappeler que la lutte contre
le suicide ne pourra se faire qu'avec la bonne volonté de tous ceux qui,
dans les différentes strates hiérarchiques et à tous les niveaux de la
police nationale, détiennent entre leurs mains la carrière et la vie des
agents, avec des abus que nous dénonçons.
Quelles sont, selon vous, les solutions pour répondre à cette urgence ?
Il
faut impérativement redimensionner les services du SSPO. 9000 policiers
font appel à eux chaque année mais le nombre de personnels dédiés à
cette mission est insuffisant. Actuellement 90, il faudra banaliser le
recours au SSPO, et instaurer le débriefing psychologique surtout lors
de missions confrontant nos collègues à de la souffrance sociale
(violences intra-familiales, suicides, accidents mortels de la
circulation…) durant lesquels les effets d'identification aux pairs sont
courants.
Comment nos technocrates ont pu imaginer un seul
instant qu'une matière aussi humaine [la formation interne à la
prévention contre le suicide] pouvait être dispensée par un PowerPoint
seul devant son écran ?Linda Kebbab
Mettre fin au simple
e-learning pour la formation interne à la prévention contre le suicide
des policiers. Comment nos technocrates ont pu imaginer un seul instant
qu'une matière aussi humaine pouvait être dispensée par un PowerPoint
seul devant son écran ?
Augmenter le nombre des policiers
sentinelles, ces agents chargés de détecter des collègues en souffrance
et d'alerter. La formation de ces sentinelles ne doit être dispensée que
par des professionnels issus du milieu médical. Notre administration
envisage de préempter cette formation et la confier à des policiers dont
la psychiatrie n'est pas le métier, aussi bons formateurs ou pédagogues
soient-ils. Contrôle administratif, économie budgétaire, ou volonté de
maintenir le discours et l'omerta systémique ? C'est tout ce dispositif
novateur, et qui a fait ses preuves à l'étranger car totalement séparé
du service, qui est mis en péril . Au contraire, il faut décentraliser
la procédure d'alerte, créer un réseau parallèle en dehors de la
hiérarchie. Tout l'inverse de ce vers quoi la DGPN s'embarque.
Nos
alertes restent au mieux lettre morte et les policiers qui témoignent
sont ignorés, au pire ces derniers sont sanctionnés.Linda Kebbab
Contrôler
et imposer une procédure coercitive lorsque les instances paritaires
mettent en évidence une situation de management toxique. Actuellement ni
les délégations d'enquête ni les CHSCT ne sont suivis d'effet même
lorsque ces dernières tirent la sonnette d'alarme. Nos alertes restent
au mieux lettre morte et les policiers qui témoignent sont ignorés, au
pire ces derniers sont sanctionnés. Et les auteurs dans la hiérarchie
sont intouchables.
La vague de suicides qui frappe la police fait réagir les pontes de l'institution 21.01.2022 https://fr.sputniknews.com*
La
vague de suicides touchant les rangs de la police nationale depuis le
début de l’année fait réagir son directeur qui prévoit ce 21 janvier une
rencontre avec des associations d’écoute de policiers en détresse.
Auprès de BFM TV, elles indiquent attendre un "acte, plutôt que des
promesses". . [..]. Cette vague funèbre a poussé le directeur
général de la police nationale, Frédéric Veaux, à organiser des réunions
avec des organisations syndicales le 20 janvier et avec plusieurs
associations qui viennent en aide aux policiers en détresse ce 21
janvier. Le plan de lutte de 2018 ne suffisant visiblement pas, de
nouvelles mesures concrètes sont attendues.
"Ce qu'on attend,
c'est un acte, plutôt que des promesses", indique à BFM TV Christophe
Girard, vice-président de l'association PEPS-SOS Policiers en détresse,
qui prendra part à la réunion. "On a identifié le problème, apporté des
solutions. On verra si elles sont écoutées."
Créée en 2019, son
association dénombre 26 forces de l'ordre formées pour pouvoir répondre
aux appels de collègues en détresse psychologique qui s’élèvent à
environ 500 par mois. Christophe Girard souligne l’importance de "taper
fort, à tous les étages" ce fléau lié à une accumulation de traumatismes
au cours d'une carrière qui "arrive souvent par vagues" et qui, selon
lui, fait 45 morts par an en moyenne.
"Dans les métiers de
secours, comme dans les forces de l'ordre, on est confrontés à tout ce
qu'il existe de plus bas dans la nature humaine. Des violences
conjugales, des décès d'enfants que l'on doit annoncer aux familles, des
morts violentes, des agressions...", explique Cyril Cros, cofondateur
d'Assopol, association qui aide les forces de l'ordre en détresse
psychologique.
Pour contrer ces expériences traumatisantes
capables d’entraîner un sentiment de mal-être, il propose notamment
d’installer un psychologue dans tous les services de police ou
d’instaurer des visites annuelles de contrôle. "Si demain on arrête de
faire ce que l'on fait, on sera les premiers contents", conclut Cyril
Cros.
Des statistiques qui inquiètent Ces 25 dernières années,
plus de 1.100 policiers se sont suicidés, soit 50% de plus que dans le
reste de la population, selon un baromètre de la Mutuelle des forces de
sécurité (MGP) réalisé auprès de 6.000 policiers et publié le 7 juin par
Franceinfo et Le Monde. En 2021, au moins 31 suicides de policiers ont
été dénombrés.
De plus, ce baromètre indique que 24% d'entre eux
"ont eu ou entendu des collègues évoquer des pensées suicidaires" au
cours des 12 derniers mois, et que 39% des policiers indiquent être "en
détresse psychologique".
Des dispositifs dédiés aux policiers mis en place Un
certain nombre de dispositifs sont déployés par le ministère de
l'Intérieur pour faire face à ces drames et soutenir les agents. Depuis
1996, les policiers peuvent bénéficier du service de soutien
psychologique opérationnel (SSPO). Les chiffres alarmants en 2018 ont
poussé le ministère de l'Intérieur à présenter en mai de cette année-là
son nouveau plan de prévention contre les suicides. Ce "programme de
mobilisation" visant à "amplifier les efforts afin d'améliorer la
détection des personnels en difficulté dans un environnement
professionnel qui expose par nature aux passages à l'acte" prévoyait
notamment de renforcer le repérage des "agents traversant une crise
suicidaire", de "soutenir plus efficacement les agents qui ont tenté de
se suicider" et de créer un guichet unique d’accompagnement destinés aux
agents fragilisés. En septembre 2019, Christophe Castaner, alors
ministre de l’Intérieur, avait annoncé la mise en place d'un nouveau
numéro vert "anonyme, confidentiel et gratuit, 24h/24 et 7 jours sur 7". En
août 2020, une plateforme d'écoute pour les policiers et gendarmes
"victimes d'attaque" a été lancée. Selon les chiffres d’Europe 1 publiés
le 24 novembre dernier, 750 agents en ont bénéficié depuis, soit une
moyenne de 50 policiers par mois.
Suicides de policiers : face au mal-être, "il y a des mesures préventives, mais c'est insuffisant"
Jeudi 20 janvier 2022 Par Emeline Ferry, France Bleu Berry Indre
Les
syndicats de police sont reçus, ce jeudi 20 janvier, par le directeur
général de la police pour parler du mal-être présent dans la
profession.. [..]. . Des drames qui révèlent un profond mal-être dans la
profession. Épuisement, manque d'écoute, effectifs réduits... Les
raisons sont nombreuses. Le directeur général de la police reçoit, ce
jeudi 20 janvier, les syndicats de police pour en parler. Vendredi, ce
sera au tour des associations qui viennent en aide aux policiers d'être
reçues.
"Aujourd'hui, la situation de la police n'a pas
tellement évolué, même s'il y a eu des renforts d'effectifs, regrette
Thierry Pain, secrétaire national délégué pour la région Centre-Val de
Loire du syndicat Unité SGP Police FO. On subit la crise du Covid. La
charge de travail reste la même, mais les effectifs sont en diminution".
Il reste encore 10, 15 ou 20% de mauvais chefs
Invité
de France Bleu Berry ce jeudi, il évoque "le sentiment d'impuissance
face aux violences urbaines, à la charge et au traitement des dossiers,
et tout ce qui va avec", mais aussi parfois "la mauvaise volonté de
l'administration de mettre en place un cycle de roulement pour les
agents". Cela entraîne "une mauvaise ambiance" et beaucoup de fatigue au
sein des effectifs.
"La hiérarchie a su évoluer, reconnait
Thierry Pain. Même s'il reste encore 10, 15 ou bien 20% de mauvais
chefs". Pour éviter de nouveaux suicides, le représentant syndical
compte sur les mesures mises en place par l'administration. "Pas mal de
mesures de prévention et de surveillance entre collègues, explique-t-il.
Il y a eu des formations pour déceler les signes d'alerte. Je pense que
de nombreux cas ont été sauvés grâce à ce dispositif. Mais c'est encore
insuffisant".
. [..]. . Une situation qui a
alerté le ministère de l'Intérieur qui a organisé une réunion avec
syndicats de police. Jeudi 20 janvier à Paris le directeur pour parler
du mal-être dans la profession. "C'est le même constat depuis des années"
Le
syndicat Unité SGP Police, majoritaire dans le Nord était présent à la
réunion. "Ce qui est ressorti de cette réunion c'est un constat. Et
c'est le même depuis des années. On a un problème pour repérer les
collègues qui vont mal", martèle Benoit Aristidou, délégué SGP Police
pour la zone Nord. "On a aussi un sérieux problème pour remettre
l'humain au centre des préoccupations de la police nationale",
ajoute-t-il.
Plusieurs pistes ont été envisagées au cours de la
rencontre notamment la mise en place d'une "vigie", un personnel
référent au sein des commissariats à qui les agents pourraient se
confier. "Mais c'est vraiment difficile à mettre en place", commente le
délégué syndical. "Il n'y a que les collègues dans un même groupe qui
arrivent à bien se connaître et c'est là qu'on a des alertes. Mais
mettre une seule personne dans un commissariat de 400 à 500 personnes ça
va être extrêmement compliqué", réagit Benoit Aristidou.
Une
nouvelle réunion est prévue vendredi 21 janvier avec les associations
qui viennent en aide aux policiers comme Peps-SOS-Policier en détresse
et l'Anas, un organisme qui prend en charge les policiers atteints de
dépression ou d'addictions. à lire aussi Lille : au cœur du 3114, le numéro de prévention du suicide qui "sauve des vies"
Si
vous avez des idées suicidaires, en parler peut tout changer. Appelez
le 3114, écoute professionnelle et confidentielle, 24h/24 et 7j/7. Appel
gratuit.
Suicides des policiers : le directeur de la police reçoit des syndicats et des associations jeudi et vendredi Extraits article de https://www.francetvinfo.fr/* du 18/01/2022
Frédéric Veaux,
le directeur général de la police reçoit syndicats et associations jeudi
et vendredi après-midi après plusieurs suicides dans les rangs de la
police depuis le début de l’année 2022, selon les informations de
franceinfo
mardi 18 janvier.
Le directeur général de la police recevra donc jeudi après-midi les
organisations syndicales et vendredi après-midi les différentes
associations qui viennent en aide aux policiers.
Selon Linda Kebbab, déléguée nationale Unité SGP FO., la police nationale "ignore toujours nos propositions pour aider nos collègues à sortir de l’entonnoir de la douleur psychique". Pour elle,
"les facteurs de souffrance sont ignorés même et surtout quand ils sont
professionnels. Les lanceurs d’alerte et les policiers harcelés
victimes de l’omerta systémique sont sanctionnés", regrette-t-elle.
"Les procédures sont longues et fastidieuses pour faire
reconnaître les déviances d'un système dont les outils d'alerte, de
prévention, sont trop faibles", renchérit Grégory Joron, secrétaire général Unité SGP POLICE, "Ni fatalité,ni résignation. L'humain doit être au cœur du débat", insiste-t-il sur son compte Twitter.
Si vous avez besoin d'aide, si vous êtes inquiet ou si vous êtes
confronté au suicide d'un membre de votre entourage, vous pouvez joindre
le 3114 24h/24 et 7 jours/7. La ligne Suicide écoute est également joignable au 01 45 39 40 00. D'autres informations sont également disponibles sur le site du ministère des Solidarités et de la Santé.