Voir le bon côté des maladies mentales Publié le 02/09/2016 sur jim.fr/
La plupart des recherches sociologiques sont consacrées aux
aspects négatifs des maladies mentales, notamment au problème de la
stigmatisation, y compris l’auto-stigmatisation (self-stigma,
qualifiée aussi de « stigmatisation interne »),
c’est-à-dire les perceptions négatives du sujet sur sa propre
affection psychiatrique. Mais des chercheurs des États-Unis
évoquent une question rarement traitée, symétrique de la précédente
: la possibilité d’ « opinions positives » concernant les
maladies mentales, autrement dit la tendance à voir plutôt « le
bon côté des choses. » Même si cette référence constitue bien
sûr une vision caricaturale d’une telle tendance à un «
incorrigible optimisme », on peut songer ici à la célèbre
chanson Always look on the bright side of life (Prenez toujours la
vie du bon côté)[1] clôturant le film de Monty Python, La Vie de
Brian [2].
Les opinions positives sur la problématique psychiatrique
(positive beliefs about mental illness) ont été évaluées chez 332
patients (dont 52,7 % de femmes) âgés de 18 à 70 ans (âge moyen =
32,44 ans ; déviation-standard = 13,18 ans). Le nombre moyen
d’hospitalisations en psychiatrie dans leurs antécédents est de
1,72 (déviation-standard = 0,71). Chez les participants évalués par
le MINI (Mini International Neuropsychiatric Interview) [3], les
diagnostics établis reflètent une grande « variété de troubles »
(avec un total supérieur à 100 % car plusieurs diagnostics peuvent
coexister) : dépression majeure (71,6 % des cas), trouble bipolaire
(24 %), troubles de l’humeur avec caractéristiques psychotiques
(11,6 %), psychose (7,6 %), trouble panique (36 %), etc.
Positiver, une utilité clinique ?
Les auteurs observent que les croyances sur la maladie mentale «
affectent la façon dont les individus peuvent faire face à
leurs symptômes », l’idée d’aspects positifs (comme une
créativité ou une cognition accrues) pouvant représenter un
bénéfice secondaire dans l’adversité, proche du concept
philosophique d’amor fati[4] résumé par l’aphorisme de Friedrich
Wilhelm Nietzsche, « Ce qui ne me tue pas me rend plus
fort. » Moins fréquente chez les personnes âgées et les
femmes, cette tendance à « positiver » sa maladie mentale
se révèle plus marquée en cas de troubles bipolaires et tend à
augmenter lors du traitement. L’importance de cette vision
positive des choses et ses changements au cours du traitement sont
associés à l’évolution clinique, notamment en termes de niveau
dépressif et de bien-être. Un renforcement des pensées positives
lors du traitement est associé à une réduction de la labilité
émotionnelle, seulement chez les patients sans trouble
bipolaire.
Malgré son manque de diversité ethnoraciale dans l’échantillon
limitant la généralisation des résultats , l’étude illustre
l’importance de cette appréciation positive, liée de façon
significative à des caractéristiques démographiques, au diagnostic
et à l’évolution clinique. Des recherches ultérieures
devraient déterminer, en fonction des différents diagnostics, si
des interventions pour renforcer cette vision positive présentent «
une utilité clinique. »
[1]
https://fr.wikipedia.org/wiki/Always_Look_on_the_Bright_Side_of_Life
& https://www.youtube.com/watch?v=SJUhlRoBL8M
[2]
https://fr.wikipedia.org/wiki/Monty_Python_:_La_Vie_de_Brian
[3] http://narr.bmap.ucla.edu/docs/MINI_v5_002006.pdf
[4] https://fr.wikipedia.org/wiki/Amor_fati Dr Alain Cohen
Les deux articles : le premier sur "La grande incertitude des pronostics en médecine" et le deuxieme"L’échec des logiciels de prévention des risques de récidive aux Etats-Unis" dans le domaine de la criminalité,ne portent pas sur la question du suicide néanmoins nous parait intéressants à mettre en parallèle et réflexions sur la complexité de prédire des risques et évolution et de leur enjeux.
La grande incertitude des pronostics en médecine
Par damien Mascret - le 17/05/2016 sante.lefigaro.fr
Interrogés sur les chances de survie après une hémorragie cérébrale, 752 médecins américains donnent des pronostics qui vont de guérison totale à mort certaine...
«Les prédictions de mortalité s'échelonnent de 0% à 100% dans la plupart des cas», explique le Dr Darin Zahuranec, neurologue à l'université du Michigan et investigateur principal d'une vaste étude dans la revue Neurology. Il a demandé à 752 médecins américains de faire un pronostic sur quatre cas de patientes ayant eu un accident vasculaire cérébral hémorragique (hémorragie cérébrale). Des cas de gravité variable et concernant des malades d'âges différents (de 56 à 83 ans). Le pronostic est important car il peut déterminer les actes thérapeutiques qui vont être engagés par la suite, jusqu'à, par exemple une intervention de neurochirurgie.
«J'ai été surpris de voir le niveau de variabilité parmi les médecins», ajoute le Dr Zahuranec. «Cette étude ne fait que confirmer que le pronostic n'est jamais simple en médecine», remarque le Pr Yannick Béjot, chef du service de neurologie du CHU de Dijon.
Imprévisibilité
«Le pronostic d'un accident vasculaire cérébral (AVC) hémorragique est absolument impossible, abonde le Pr Yves Agid, neurologue à la Pitié-Salpêtrière et fondateur de l'Institut du cerveau et de la moelle épinière. C'est un peu comme une grenade qui explose près de vous. Vous pouvez mourir sur le coup, n'avoir qu'un petit éclat ou des dégâts épouvantables.»
Par opposition aux AVC ischémiques (par obstruction d'une artère) dont l'évolution est plus prévisible, les AVC hémorragiques se signalent par leur imprévisibilité. «Le territoire cérébral touché est moins bien délimité et le saignement peut recommencer», explique le Pr Agid.
«Allez-vous le sauver?» Voilà pourtant la première question que vont poser les proches d'un malade. En particulier après une hémorragie cérébrale, qui laisse neuf fois sur dix le patient dans un état initial où il est incapable de communiquer.
«C'est très difficile de répondre aux familles qui nous interrogent, souligne le Pr Béjot, et si nos réponses peuvent sembler évasives, en dehors des situations évidentes, c'est tout simplement parce que l'évolution est incertaine.» Pour le Pr Patrice Queneau, ancien doyen de la faculté de médecine de Saint-Étienne et membre de l'Académie de médecine, «le médecin doit être exigeant sur ses connaissances scientifiques mais rester humble dans l'exploitation de celles-ci».
«L'espoir, première et dernière arme du médecin»
«Même si les professionnels souhaitent prendre du temps, ce sont parfois les familles qui demandent une décision rapide», note Emmanuel Hirsch, professeur d'éthique médicale à l'université Paris Sud, «or il faut du temps pour qu'il y ait un processus décisionnel».
«Avoir quelques jours de recul est utile, explique le Pr Béjot, cela permet de voir si le patient va mieux ou moins bien. C'est une donnée précieuse et qui d'ailleurs manquait dans l'étude américaine où les médecins ne disposaient que des informations à un moment donné et ne pouvaient pas voir les malades.»
Même prudence, polie par le fil, parfois rugueux, de l'expérience, pour le Pr Béjot: «Je suis très mathématique quand je rédige des articles scientifiques, mais devant un patient je me fie à quelque chose qui n'est pas chiffrable. Il se passe quelque chose au contact du malade qui est de l'ordre de l'expérience. Parfois on sent que quelque chose cloche sans savoir expliquer pourquoi et inversement.» Et sauf dans les cas très nets d'emblée, des améliorations ou dégradations brutales sont toujours possibles.
Selon le Pr Queneau la prudence fait aussi partie de la démarche de soin: «Il est criminel de ne pas laisser un coin de ciel bleu au malade et à ses proches. L'espoir est à la fois la première et la dernière arme du médecin. Un coin de ciel bleu c'est bien plus que de la poésie, c'est la capacité de se battre contre la maladie. Bien sûr que certaines situations sont plus graves que d'autres mais la médecine n'est pas que mathématique et un médecin doit toujours se dire que ce qui est vrai pour 1000 malades ne l'est peut-être pas pour celui qui est en face de lui.» http://sante.lefigaro.fr/actualite/2016/05/17/24975-grande-incertitude-pronostics-medecine
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L’échec des logiciels de prévention des risques de récidive aux Etats-Unis LE MONDE
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Aux Etats-Unis, de nombreuses juridictions locales utilisent des logiciels prédictifs pour tenter d’évaluer les risques de récidive des prévenus. Conçus comme des programmes « d’aide à la décision » pour les juges, lorsqu’ils doivent décider
d’une mise en liberté sous caution ou d’une condamnation, ces
programmes notent le plus souvent les prévenus sur une échelle de un à
dix, dix représentant un risque exceptionnellement fort de récidive.
Une enquête de ProPublica,
publiée lundi 23 mai, montre cependant que ces algorithmes sont en
réalité extrêmement peu efficaces. Les journalistes ont passé au crible
les résultats du logiciel Compas, de la société Northpointe, très
utilisé. En comparant les scores de risque de récidive attribués par le
programme et les cas de récidive réels – en excluant les personnes
incarcérées – sur l’ensemble d’un comté pendant deux ans, les enquêteurs
ont établi une série de statistiques sur l’efficacité du logiciel. Et les résultats sont accablants : « Le score reflète de manière
incroyablement erronée le risque de commission d’un crime violent :
seules 20 % des personnes dont le programme estimait qu’elles
commettraient un crime violent l’ont fait. Lorsqu’on prend en compte
l’ensemble des crimes et délits, comme la conduite sans permis, le
logiciel s’est avéré légèrement plus efficace qu’un pile ou face. Pour
les personnes dont on pensait que leur récidive était probable, 61 % des
personnes ont été arrêtées dans les deux années à suivre. »
Le risque de récidive des Afro-Américains largement surévalué
Autre sujet d’inquiétude, le logiciel surpondère systématiquement le
risque de récidive pour les Afro-Américains, qui se voient deux fois
plus souvent que les Blancs attribuer
un risque de récidive moyen ou important, notent les auteurs de
l’étude. Surtout, le programme échoue dans les deux cas : il surévalue
largement le risque de récidive des Noirs et sous-estime ce risque pour
les Blancs, montre l’analyse des condamnations ayant eu lieu par la
suite. Pour quelles raisons ce logiciel se trompe-t-il si souvent ? Northpointe, son éditeur, n’a pas voulu communiquer sa formule de calcul précise aux auteurs de l’étude, se bornant à affirmer qu’elle prend en compte divers critères, comme le niveau scolaire et le fait d’avoir un travail ou non. Plus précisément, le logiciel se base sur les réponses à une série de
137 questions, qui vont du contenu du casier judiciaire à l’adresse et
aux revenus du prévenu – aucune des questions ne porte sur l’origine
ethnique. Parmi ces questions figurent aussi celles sur la « moralité »,
le questionnaire demandant, par exemple, si le prévenu considère qu’il
est normal qu’une personne affamée vole pour se nourrir. La société a dit contester les conclusions de l’étude de ProPublica, sans critiquer sa méthodologie.
Une méthodologie des logiciels prédictifs biaisée
Interrogé par ProPublica, Mark Boessenecker, un juge du comté de Napa
(Californie), qui a utilisé le logiciel, estime que c’est, dans son
ensemble, la méthodologie des logiciels prédictifs qui est biaisée : « Un
type qui violente un enfant tous les jours pendant un an obtiendra
peut-être un score de risque faible parce qu’il a un boulot. Alors qu’un
type arrêté pour ivresse publique obtiendra un score élevé parce qu’il
est sans domicile fixe. Les facteurs de risque ne vous disent pas si une
personne doit aller en prison ; ils vous disent surtout quels sont les bons critères fixer pour une mise à l’épreuve. » Or, depuis plusieurs années, les logiciels prédictifs sont de plus en
plus fréquemment utilisés pour décider des condamnations dans de
nombreuses régions des Etats-Unis. En 2014, le ministre de la justice,
Eric Holder, avait fait part de son inquiétude devant le déploiement
massif de ces programmes, et demandé à ses services d’étudier leurs
résultats en détail : « Ces outils ont été conçus avec les meilleures intentions, mais je crains qu’ils ne puissent accidentellement affaiblir nos efforts pour parvenir à une justice individualisée et équitable, et qu’ils puissent augmenter encore des injustices et des inégalités qui existent déjà dans notre système judiciaire et notre société. »
Sur http://www.jim.fr/medecin/actualites/medicale/e-docs/hip_hop_un_air_de_psy_143368/document_actu_med.phtml
Alors que l’un des succès de l’année 2013 fut précisément une
chanson de « rap rock » (The Monster, Le Monstre) [1] où
Rihanna incarnait une psychiatre et Eminem un patient, The British
Journal of Psychiatry propose une nouvelle rubrique originale,
Psychiatry in music (La psychiatrie en musique), consacrée en
l’occurrence au hip-hop et au rap. Marquant davantage les oreilles des Américains, ces courants
musicaux essaiment cependant sur toute la planète, depuis leur
développement à partir des années 1970-1980, d’abord au sein des «
ghettos noirs et latinos » de New York, associés d’ailleurs à
d’autres phénomènes culturels comme certaines modes de danse
acrobatique (breakdance, smurf, funky chicken...) ou de graffiti
urbains (tags), et bien sûr d’un certain code vestimentaire,
contesté parfois, comme dans ce titre du groupe marseillais (au nom
explicite !) Psy 4 de la Rime, intitulé No dress code [2]). Le lien principal entre le rap et la santé mentale réside dans
la promotion (voire la revendication) d’une marginalité
prétendument choisie, même si, dans la réalité, elle est le plus
souvent subie, sur fond de crise économique et de chômage. Certains
titres de rap parlent ainsi ouvertement de « comportement nuisible,
autodestructeur » où la drogue (en particulier dans le gangsta
rap[3]) et l’abus d’alcool sont des préoccupations fréquentes. Autre dimension souvent explicite : le sexe, présenté parfois
sous forme de « bravade machiste. » Mais la «
vulnérabilité mentale » du rappeur peut transparaître,
avec notamment des « pensées suicidaires » : l’auteur cite
l’exemple du morceau Moment of Truth [4] (Instant de Vérité) du duo
hip-hop Gang Starr où le sujet touche le fond, « atteint son
nadir » et songe au suicide, mais en s’efforçant de «
surmonter les pensées d’autodestruction. » Dans un autre
exemple, Do it ! (Fais-le !) de l’album Boy in Da Corner [5] (Le
Garçon dans un coin) du rappeur britannique Dizzee Rascal, il
s’agirait même d’un titre inspiré par « la propre dépression du
chanteur » où il explique « se réveiller certains jours en
souhaitant pouvoir dormir pour de bon » et penser « mettre fin à
ses jours » s’il avait « le courage de le faire. »
Néanmoins, il ne faudrait pas voir là une figure apologétique du
suicide. Au contraire, précise l’auteur, « le suicide n’est pas
un acte de lâcheté dans le rap », mais plutôt proche de «
l’idéal gréco-romain d’une mort honorable et exigeant du
courage. » Surtout, ce courant musical « encourage les auditeurs à
trouver leurs propres ressources pour surmonter les difficultés
mentales. » Car un message du rap consiste à rappeler qu’il
peut « être normal de se sentir déprimé », et que le
reconnaître « n’est pas nécessairement un aveu de
faiblesse », mais au contraire le premier pas vers une demande
d’aide. De sa place modeste (mais parfois décisive, comme dans la
chanson d’Indeep, Last night a D.J. saved my life [6], La nuit
dernière, un disc-jockey m’a sauvé la vie), la musique peut
contribuer à ce soutien.