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vendredi 17 mars 2023

Le cabinet de curiosités d'Infosuicide.org : Tik tok, l'Algospeak & la question du suicide et de sa prévention

 Le cabinet de curiosités d'Infosuicide.org
La rubrique " Le cabinet de curiosités d'Infosuicide.org " des sujets, actualités, débats plus ou moins documentés et sous réserves d'informations complémentaires et/ou fiables, qui toutefois nous questionnent et nous interpellent...
Nous les relayons essentiellement comme matière à penser et à débattre.
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Comment les tiktokeurs arrivent à parler de suicide en contournant la modération ?

Sur TikTok, les utilisateurs utilisent des expressions innocentes pour parler de suicide sans attirer l'oeil des modérateurs.

 Publié le 15/03/2023 https://www.ladepeche.fr/*

(ETX Daily Up) - Le suicide est souvent considéré comme un sujet tabou sur les réseaux sociaux. Les applications, comme TikTok, appliquent d'ailleurs une modération importante, censurant parfois certains mots. Mais les utilisateurs redoublent d'inventivité pour discuter malgré tout de leurs pensées suicidaires grâce à des expressions d'apparence innocentes.

Si vous recherchez le mot "suicide" sur TikTok, vous allez vous heurter à la modération de la plateforme. Au lieu de découvrir des vidéos sur le sujet, un message suivant apparaît : "Tu n'es pas seul(e). Si toi ou quelqu'un que tu connais traverse une période difficile, de l'aide est toujours disponible". Un onglet "Voir les ressources" est alors proposé, et ouvre sur une page réunissant des numéros utiles tels que ceux de "S.O.S Amitié", "Suicide Ecoute, "SOS Suicide Phénix" et le 3114.

Pour éviter de subir cette modération et aborder ces sujets sur la plateforme, les utilisateurs ont trouvé un moyen original. Et cela passe par des expressions en apparence innocentes, et ne contenant aucun mot tabou. C'est en anglais que cette tendance s'est fortement développée. L'une d'entre elles n'est autre que "growing up watching sunsets" ou littéralement "grandir en regardant les couchers de soleil". Une expression le plus souvent utilisée par des jeunes mères, atteintes de post-partum, souffrant de dépression, ou tout simplement fatiguées par cette première expérience maternelle, mais ne souhaitant pas baisser les bras par peur de laisser leurs enfants "grandir en regardant les couchers de soleil". Dans ce contexte, "regarder les couchers de soleil" signifie alors "regretter une personne décédée".

Les utilisatrices ont été nombreuses à utiliser cette expression pour parler de leurs difficultés ouvertement sur l'application sans craindre de voir leur contenu supprimé. Et cela marche. Ce genre de vidéo peut réaliser des millions de vues. Preuve en est avec la vidéo de l'utilisatrice @laceyyyyg sur laquelle elle a écrit "god i'm so tired, but I don't want her growing up watching sunsets", soit "Mon Dieu, je suis si fatiguée, mais je ne veux pas qu'elle grandisse en regardant des couchers de soleil", faisant sans doute référence au suicide. Sa vidéo a totalisé 29,9 millions de vues et plus de 5,3 millions de "J'aime". D'après le site "know your meme", la vidéo TikTok de @laceyyyg a lancé cette nouvelle tendance le 21 février 2023. Depuis, d'autres utilisatrices ont reproduit ce genre de contenus pour parler du suicide et de la dépression post-partum des jeunes mères.

"Watching sunsets" n'est pas la seule expression détournée par les utilisateurs de TikTok pour appeler à l'aide. Ces derniers ont également repris le poème "Don't Kill Yourself Today" d'Hannah Dains, listant les différentes raisons pour ne pas se suicider. Certains des vers sont devenus viraux sur TikTok, dont "so don't kill yourself until you finish your shampoo and conditioner at the same time" ("ne vous tuez pas avant d'avoir fini votre shampoing et votre après-shampoing en même temps"), ainsi que "Don't kill yourself until you tell someone your best pasta recipe" ("Ne vous tuez pas avant d'avoir donné à quelqu'un votre meilleure recette de pâtes").

Sur TikTok, ces contenus se sont multipliés, créant ainsi une véritable trend sur l'application. L'utilisation de ces expressions détournées a eu un impact positif et a permis à de nombreux utilisateurs de partager leurs problèmes liés à leur santé mentale sur les réseaux sociaux. Mais en devenant une tendance, ces contenus peuvent également participer à la romantisation et à la banalisation du suicide et de la dépression. Grâce au succès de la tendance, les utilisateurs qui cumulent des millions de vues peuvent également tirer profit de leurs malheurs, rendant ainsi la tendance encore plus dérangeante.

Ce n'est pas la première fois que les utilisateurs contournent la modération sur la plateforme en utilisant des expressions grâce à l'Algospeak.

ETX Daily Up

https://www.ladepeche.fr/2023/03/15/comment-les-tiktokeurs-arrivent-a-parler-de-suicide-en-contournant-la-moderation-11064224.php

vendredi 15 juillet 2022

Pour prévenir du suicide, cet influenceur imagine une musique

Pour prévenir du suicide, cet influenceur imagine une musique
La rédaction
Pour prévenir du suicide, cet influenceur imagine une musique

YouTube. Les influenceurs qui se lancent dans la musique sont nombreux, mais certains se différencient des autres. Quand les premiers imaginent un son pour s’amuser, d’autres le font avec un message plus sérieux derrière. Leurs paroles et les images du clip viennent sensibiliser à une cause. C’est dans cette seconde catégorie que le créateur de contenu Un garçon stupide peut se classer. Le 11 juillet, l’influenceur a publié un clip musical sur sa chaîne YouTube.

« Je suis fier de vous dévoiler cette nouvelle musique: “31.14”, une musique que j’ai écrite et interprétée avec mon petit-copain Lorenzo Tenisci« , indique fièrement Franck, le vrai prénom du créateur de contenu. Avec cette musique, le couple a décidé de parler d’un sujet plus que sérieux: l’envie d’en finir quand on ne se sent pas à sa place. Au travers du clip, nous pouvons ainsi suivre un personnage qui ne se sent pas bien ni chez lui ni en cours, qui semble harceler et incompris de ses proches, notamment de ses parents. « C’est une musique qui parle d’un problème énorme chez les jeunes aujourd’hui, l’explosion des pensées et des gestes suicidaires chez les adolescents », indique l’influenceur.



La nouvelle musique de l’influenceur Un garçon stupide sur le suicide

Pour résumer le message plus clairement, le nom de la musique n’a pas été choisie au hasard. Il s’agit du numéro national de prévention du suicide. « Pourquoi 3114? Ce sont 4 chiffres qui peuvent sauver 1 vie. En effet, il s’agit d’un numéro, le numéro national de souffrance et de prévention du suicide. Un numéro gouvernemental créé par le ministère de la santé. Un numéro si important, mais si peu connu. Un numéro qui aurait pu éviter certaines choses de mon passé, donc je me dois de vous aider à le connaître aujourd’hui« , indique sur Instagram Un garçon stupide.

La musique « 31.14 » est disponible sur toutes les plateformes de streaming. Le créateur de contenu n’en est pas à sa première musique. En juin dernier, il avait déjà partagé un morceau en hommage à son papa et une plus tôt dans l’année, en mars, au sujet des commentaires négatifs reçus sous ses contenus. L’ensemble de ces textes essaient de faire passer un message bien précis.

https://gensdinternet.fr/2022/07/12/pour-prevenir-le-suicide-cet-influenceur-imagine-une-musique/

vendredi 24 juin 2022

Réseaux sociaux : la santé mentale des adolescents est-elle en danger ?

CSP 2022 Réseaux sociaux : la santé mentale des adolescents est-elle en danger ?

Hélène Joubert  22 juin 2022 francais.medscape.com*


Margot Morgiève

Lille, France – Gare aux raccourcis entre santé mentale et fréquentation des réseaux sociaux, a expliqué Margot Morgiève, chercheuse en sociologie Inserm-Cermes 3, lors de la séance inaugurale du congrès des Sociétés françaises de pédiatrie (SFP, 1-3 juin 2022, Lille) en s’appuyant sur une littérature scientifique de plus en plus prolifique [1].

En 2021, 4,2 milliards d’êtres humains naviguaient sur les réseaux sociaux [2], soit plus de la moitié de la population mondiale. 80,3 % des Français disposaient alors d’un compte sur les réseaux sociaux.

La « dépression Facebook » est-elle un mythe ?

Entre ceux qui accablent les réseaux sociaux dans la survenue des maux de nos adolescents et ceux qui y voient au contraire une planche de salut, que sait-on de leur impact sur la santé mentale des jeunes ?

Alors qu’une association significative a été retrouvée dans plusieurs études entre l’utilisation importante des réseaux sociaux et l’anxiété, les symptômes dépressifs [3] et le stress [4], en sus il a été constaté une moindre satisfaction à l’égard de la vie [5], ainsi qu’un bien-être général et une estime de soi [6] réduits.

« Du fait d’une plus grande occurrence entre troubles de l’humeur/dépression et utilisation des réseaux sociaux, des chercheurs ont voulu créer un trouble baptisé « Dépression Facebook [7]», commente Margot Morgiève, psychologue clinicienne et coordinatrice du pôle tchat et réseau sociaux pour le numéro national de prévention du suicide 3114.

Du fait d’une plus grande occurrence entre troubles de l’humeur/dépression et utilisation des réseaux sociaux, des chercheurs ont voulu créer un trouble baptisé « Dépression Facebook. Margot Morgiève

Mais ils se sont rapidement rendu compte qu’il serait erroné de le reconnaître en tant que trouble caractérisé car il semblerait que les effets néfastes des réseaux sociaux sur la santé mentale ne soient pas liés aux réseaux sociaux eux-mêmes mais davantage à l’utilisation problématique que l’on en fait [8] ».

La vie rêvée des ados

Il existe trois grandes familles d’utilisation problématique des réseaux sociaux (RS) dont la première est la comparaison sociale, c’est-à-dire la tendance spontanée des êtres sociaux à se comparer aux individus présentant des niveaux d’attractivité plus élevés.

Cette attitude n’est pas nouvelle, mais elle est ici exacerbée : les utilisateurs mettent en évidence les aspects positifs de leur vie, se présentent comme équilibrés, populaires et satisfaits.

Or, cela entraîne de fortes contraintes normatives, à l’origine d’une auto-évaluation négative dégradant l’estime de soi, et favorisant l’émergence de symptômes dépressifs. « Ça n’est donc pas le réseau social qui crée la dépression, mais le phénomène de comparaison qu’il porte à son paroxysme », résume la chercheuse.

Ça n’est donc pas le réseau social qui crée la dépression, mais le phénomène de comparaison qu’il porte à son paroxysme. Margot Morgiève

La seconde problématique liée aux RS est leur propension à favoriser le comportement de type addictif [9] par l’observation qui peut engendrer des comportements compulsifs et incontrôlés [10], illustré par le « FOMO » ou fear of missing out (la peur de manquer quelque chose/ anxiété de ratage).

D’où l’idée, là aussi rapidement abandonnée, de définir une entité spécifique dénommée « addiction aux réseaux sociaux ». Ce sont les fonctionnalités mêmes des réseaux sociaux qui vont entraîner cette peur et donc cette tendance, à l’exemple des news feed (mise à jour en permanence d’une liste personnalisée d’actualité).

L’utilisation « substitutive » est la troisième grande famille d’utilisation problématique des réseaux sociaux, lorsque le temps passé dans l’environnement « online » remplace celui passé « offline ». Les utilisateurs excessifs rapportent un sentiment de solitude, et une conscience du manque de liens intimes.

Le langage numérique de la détresse

Les premiers travaux utilisant l’intelligence artificielle et le machine learning tendent à montrer qu’il existe bien un langage numérique de la détresse. Des auteurs ont repéré que des thèmes liés à la haine de soi, à la solitude, au suicide, à la mort, à l’automutilation étaient corrélés à des utilisateurs présentant des niveaux de dépression plus élevés [11].

La structure même du langage (plus de mots, plus de « je », plus de références à la mort et moins de verbes) était corrélée à des utilisateurs en détresse [12].

Quant au vaguebooking (rédaction d’une phrase dont on ne sait s’il faut s’inquiéter ou pas, par exemple « de meilleurs jours vont arriver ») typique des réseaux sociaux, ils sont, selon des auteurs, un facteur prédictif important des idées suicidaires [13]. Le langage visuel de la détresse existerait aussi, l’utilisation de teintes plus sombres, à l’instar du filtre noir et blanc sans accentuations inkwell, d’Instagram.

A quels risques et dangers expose la Toile ?

Les risques et dangers des environnements numériques sont nombreux. Les pactes suicidaires et les suicides en ligne (à l’instar du suicide d’une jeune fille sur Periscope en 2016) restent rares mais sont viraux. Les challenges également. En 2015, le Blue Whale Challenge comprenait une liste de 50 défis allant du plus anodin au plus dramatique, le 50 ème étant « Pends toi ».

Sa grande médiatisation aurait pu participer à sa viralité si les RS n’avaient pas réagi de manière positive et rapide.

Pour sa part, le trolling consiste en la publication d’un contenu provocateur, dont l’intention est soit de déclencher un conflit, soit de causer de la détresse.

Quant au cyberharcèlement – le risque en ligne le plus courant auquel sont confrontés les adolescents – il s’agit de la communication d’informations fausses, embrassantes et/ou hostiles, de façon répétée.

Un danger qui se répand est le sexting (envoi, réception et/ou transmission de photographies, de messages, d’images sexuellement explicites), avec des conséquences potentielles assez graves comme le « revenge porn » (cyber viol), défini par la diffusion de contenus illicites sans consentement et dont la pratique a été corrélée à la dépression, et à l’engagement dans des comportements à risque.

Le risque d’exposition suicidaire n’est pas non plus à négliger, avec l’hypothèse que certains contenus en ligne relatifs au suicide produiraient un effet suggestif quant à l’idée et/ou à la méthode et précipiteraient des tentatives de suicide [14].

« Les personnes qui publient des propos suicidaires se retrouvent au sein de communautés étroitement connectées par des liens d’affiliation (abonnements, amitiés) et des activités (retweets, likes, commentaires), explique Margot Morgiève.

Or, dans ces communautés, l’information chargée émotionnellement, qui circule de manière rapide et redondante, pourrait favoriser la co-rumination, d’où le concept de « suicidocosme » développé par le psychiatre Charles-Edouard Notredame (service de Psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent du CHU de Lille) en 2017, pouvant engendrer et augmenter la contagion suicidaire sur le modèle de l’effet Werther.

L’information chargée émotionnellement, qui circule de manière rapide et redondante, pourrait favoriser la co-rumination, d’où le concept de « suicidocosme. Margot Morgiève

Un exemple parmi d’autre, le suicide de Marilyn Monroe a augmenté de 40 % le taux de suicides à Los Angeles aux Etats-Unis. Cet effet Werther est d’autant plus important que deux biais sont présents : le biais de prestige (identification à la personne que l’on admire) et le biais de similarité (je m’identifie à celui qui me ressemble).

Le biais de similarité est le plus déterminant à l’adolescence. A noter, le pendant positif de l’effet Werther est l’effet Papageno. Un exemple de l’effet Papageno sont les interventions sur les plateaux TV début 2022 du chanteur Stromae parlant de ses idées suicidaires, qui ont permis à des jeunes de se reconnaître dans leur souffrance et d’aller chercher de l’aide ».

A l’inverse, peut-on trouver du soutien sur les réseaux sociaux ?

Les RS peuvent augmenter la « connectedness », c’est-à-dire le sentiment, objectif mais surtout subjectif, d’être relié à quelque chose de significatif en dehors de soi. La connectedness favorise le bien-être psychologique, et la qualité de vie [15].

Or, les caractéristiques même des RS peuvent exacerber les composantes de la connectedness, d’une part sur la dimension objective, en accroissant la sphère sociale des utilisateurs et, d’autre part, sur la dimension subjective en renforçant le sentiment d’appartenance sociale et le bien-être subjectif.

Si l’on prend l’exemple de Facebook et sa fonction « anniversaire », il a été démontré que plus le nombre d’amis Facebook était élevé, plus les individus se percevaient comme connectés à une communauté. 

« Les milléniaux (personnes nées entre le début des années 1980 et la fin des années 1990) sont donc plus susceptibles de se saisir de l’environnement social numérique pour construire un nouveau rapport à la souffrance psychique et à ses tentatives d’apaisement, indique Margot Morgiève.

Ils ont également plus tendance à se tourner naturellement vers l’environnement numérique pour s’engager dans leur recherche d’aide [16]. Enfin, ils sont de plus en plus nombreux à rechercher des informations relatives à la santé mentale sur le web et à partager des expériences afin d’obtenir un soutien [17] ». 

En guise d’exemple, le « It Gets Better Project » qui illustre bien la structuration de communautés en ligne de pairs, avec les récits de personnes LGBTQ+ qui décrivent comment elles sont parvenues à faire face à l’adversité au cours de leur adolescence. Ainsi, les médias sociaux aideraient à identifier des pairs, des ressources positives habituellement indisponibles dans l’environnement physiquement proche. Ces communautés en ligne de soutien par les pairs pourraient de ce fait faciliter les interactions sociales, conforter le sentiment d’espoir et le sentiment d’appartenance groupale grâce aux modèles normatifs présents sur les réseaux sociaux extrêmement forts auxquels il est facile de se conformer ».

Les médias sociaux aideraient à identifier des pairs, des ressources positives habituellement indisponibles dans l’environnement physiquement proche. Margot Morgiève

Les réseaux sociaux peuvent favoriser l’accès aux soins

Pour Margot Morgiève, « l’accès aux soins, particulièrement dans le domaine de la santé mentale des adolescents est très critique avec un défaut de prise en charge au moment même où ils en auraient le plus besoin (quantifié par le nombre de tentatives de suicides).

Deux types de barrières de recherche d’aide peuvent l’expliquer, notamment des barrières structurelles (trop coûteux, éloigné et trop d’attente) et les barrières personnelles dont le phénomène de négation du besoin d’aide (biais d’autosuffisance, sentiment de ne pouvoir être aidé, refuser d’inquiéter ses proches, craindre la stigmatisation, ressentir un sentiment de honte) ».

Ce type de barrières est d’autant plus difficile à franchir que les croyances relatives aux soins et aux soignants sont limitantes (doutes sur la confidentialité, la fiabilité, la compétence des soignants) ce qui est particulièrement observé chez les adolescents, du fait de velléités d’émancipation et de développement identitaire. La relation d’aide peut alors être vécue comme une subordination ou une aliénation.

Point positif, ce sont les propriétés même des réseaux sociaux qui vont permettre de surmonter ces obstacles à la recherche d’aide : l’omnidisponibilité spatiale permet de pallier le manque de mobilité des jeunes et les disparités territoriales, et garantit la discrétion et une liberté d’utilisation tout en amoindrissant les inhibitions.

La gratuité des RS permet de dépasser les obstacles structurels (coûts financiers et organisationnels), ainsi que personnels en facilitant l’engagement et en allégeant le coût motivationnel. Quant au pseudonymat ou à l’anonymat dissociatif, il réduit le sentiment de vulnérabilité associé au dévoilement de soi, et les craintes de rupture de confidentialité.

« Si la vie « offline » est silencieuse (les jeunes ne parlent pas de leurs idées suicidaires), la vie « online » permet véritablement une levée d’inhibition (prise de parole, relations, partage du vécu), résume la sociologue. La Toile offre donc de nouvelles possibilités aux adolescents pour s’exprimer, ce qu’ils ne font pas dans la vie réelle ».

La Toile offre donc de nouvelles possibilités aux adolescents pour s’exprimer, ce qu’ils ne font pas dans la vie réelle. Margot Morgiève

Les professionnels n’ont pas le choix : ils doivent investir le monde numérique 

On dénombre un suicide toutes les heures (8885 morts par an) et une tentative toutes les 4 minutes en France. Depuis les années 1950, les dispositifs de prévention et d’aide à distance en santé (PADS) financés par l’État sont apparus, qui ont pour valeurs et principes l’anonymat, la non-directivité et le non-jugement, et la neutralité (S.O.S Amitié, Suicide écoute, SOS Suicide Phénix…). A ces propositions associatives s’ajoute depuis quelques mois un dispositif professionnel de prévention à distance lancé par ministère de la Santé et de la Prévention : le 3114, numéro de prévention du suicide (écoute professionnelle et confidentielle 24h/24 et 7j/7) a vu le jour en octobre 2021.

Ses valeurs et principes sont la confidentialité, la proactivité, l’inquiétude et le souci de l’autre. A ce jour, 13 centres sont ouverts sur 17. Avec un recul de 6 mois, ils ont reçu 50 000 appels, avec une moyenne de 400 à 500 appels par jour. Sur l’application dédiée, le tchat a été co-conçu avec des utilisateurs (suicidants). Les réseaux sociaux jouent le jeu : par exemple, le 3114 apparaît lorsqu’un utilisateur de TikTok tape le mot « suicide ».

Margot Morgiève déclare n’avoir aucun lien d’intérêt avec le sujet présenté.

 

Références

  https://francais.medscape.com/voirarticle/3608682

 

jeudi 9 juin 2022

CANADA Ériger des remparts virtuels pour prévenir le suicide à partir du web

Ériger des remparts virtuels pour prévenir le suicide à partir du web

Ugo Giguère, La Presse Canadienne https://www.lavoixdusud.com*

MONTRÉAL — Dans un monde de plus en plus virtuel, où nos vies sont branchées en permanence sur internet, les stratégies de prévention du suicide doivent s’adapter, reconnaissent des experts qui cherchent à parsemer la toile de remparts contre les drames irréparables.

À titre d’exemple, pour une nouvelle génération qui utilise de moins en moins le téléphone pour passer des appels, préférant la rapidité et le détachement que permettent les textos ou le clavardage, il ne faut pas s’attendre à ce qu’ils se tournent vers une ligne téléphonique d’urgence en cas de crise. 

Lors de son témoignage devant l’Enquête publique du Bureau du coroner sur la thématique du suicide au Québec, lundi, le directeur général de l’Association québécoise de prévention du suicide (AQPS), Jérôme Gaudreault, a évoqué ce problème et a souligné le succès du service de clavardage «suicide.ca», où l’on peut parler à un professionnel par texto ou en ligne en tout temps pour demander de l’aide.

«Le service a plus d’un an et demi, l’augmentation de l’utilisation est en croissance constante, a-t-il affirmé devant la coroner Me Julie-Kim Godin. Tous les mois, on constate une hausse de 10 %.»

Cette plateforme serait très majoritairement utilisée par des gens de moins de 40 ans qui vivent une détresse plus grande que la clientèle au téléphone.

«Il y a peut-être un sentiment d’anonymat dans le fait de ne pas être entendu ni être vu», a-t-il avancé pour expliquer l’intérêt envers ce service. Les utilisateurs ne sont toutefois pas complètement anonymes puisqu’ils doivent se nommer.

L’ensemble de l’offre de services en ligne comprend aussi un outil d’autogestion pour aider les personnes qui souffrent à mieux contrôler leur état.

L’intelligence artificielle en renfort

Dans le cadre d’une conférence présentée dans le cadre du Congrès national en prévention du suicide, tenu le mois dernier à Montréal, le Dr Réal Labelle, professeur titulaire au département de psychologie de l’UQAM et psychologue clinicien, a décrit comment l’intelligence artificielle (IA) et l’apprentissage automatique pourraient éventuellement servir à détecter les comportements inquiétants en ligne.

Par l’analyse du discours, des algorithmes pourraient éventuellement être en mesure de repérer des mots et des expressions employés par un internaute pour signaler sa détresse. De tels outils sur les plateformes de réseaux sociaux permettraient possiblement de proposer des ressources d’aide à l’utilisateur par la publicité ciblée par exemple.

Cette même technologie d’analyse du discours oral ou écrit par l’IA pourrait même servir d’outil pour les professionnels de la santé dans l’établissement d’un diagnostic. On serait notamment en mesure de déterminer qui présente un plus grand risque de passer à l’acte et qui représente un moindre risque. Le professeur Labelle prévient cependant que l’on est encore loin de voir une telle chose se concrétiser dans nos hôpitaux.

«Ça va peut-être arriver dans 10 ou 15 ans. Avant qu’une pratique comme ça se retrouve officiellement utilisée par des professionnels de la santé mentale, elle doit franchir tout un univers de la recherche, mais aussi éthique et juridique», rappelle en entrevue le chercheur associé au Centre de recherche et d’intervention sur le suicide, enjeux éthiques et pratiques de fin de vie (CRISE).

D’une certaine façon l’IA est toutefois déjà mise à contribution dans la création d’outils complémentaires aux pratiques traditionnelles des professionnels de la santé mentale. Grâce à des questionnaires en ligne, par exemple, ils sont en mesure d’effectuer des évaluations plus avancées et d’obtenir des résultats instantanés, mesurés par l’application.

La technologie pourrait aussi servir à repérer les sites internet malveillants dits «prosuicides», où des gens mal intentionnés fournissent des moyens de passer à l’acte. Parmi ses recommandations soumises à l’enquête publique, l’AQPS a suggéré d’effectuer une veille, puis de bannir ces sites qui peuvent avoir un impact dévastateur.

Influenceurs et réseaux sociaux

Le merveilleux monde des réseaux sociaux est lui aussi associé à plusieurs incidents dramatiques impliquant des jeunes ayant choisi de diffuser leur détresse en ligne. Plusieurs gestionnaires de plateformes se retrouvent souvent dans la situation délicate de recevoir des confidences troublantes de personnes souffrantes.

Pour les aider, la plateforme «Commentparlerdusuicide.com» fournit divers outils, dont des guides de bonnes pratiques afin de savoir comment répondre à ces personnes en détresse. Les «influenceurs» aussi sont invités à consulter ce contenu avant de se livrer à des confidences devant leur auditoire.

Le professeur Réal Labelle souligne qu’au cours des dernières décennies, les médias traditionnels ont établi des pratiques éthiques pour traiter du suicide de manière responsable. Une éthique qui est trop souvent inexistante dans le contenu en ligne et qui «tarde beaucoup à venir», déplore le psychologue.

Si vous êtes en détresse et cherchez à obtenir de l’aide, plusieurs ressources sont disponibles:

– Tel-Jeunes: https://www.teljeunes.com/Accueil

– Suicide Action Montréal: 1 866 277-3553

– www.suicide.ca

https://www.lavoixdusud.com/nouvelles-nationales/eriger-des-remparts-virtuels-pour-prevenir-le-suicide-a-partir-du-web/

mardi 1 mars 2022

Kap Code & Nock Lab, un Département de Psychologie de l’Université de Harvard développent des algorithmes pour identifier les pensées suicidaires sur les réseaux sociaux

Kap Code développe des algorithmes de prévention du suicide avec Harvard

Source Camille Boivigny  mind Health (site web) Lundi 28 février 2022 

La start-up française a annoncé le 24 février 2022 le développement d'algorithmes visant à identifier les pensées suicidaires sur les réseaux sociaux. Spécialisée dans l'analyse des données de santé de vie réelle issues des réseaux sociaux, Kap Code met à disposition son expertise à travers le projet collaboratif Epilogue, autour de projets de recherche de santé publique. Elle s'associe pour ce faire à Nock Lab, un département de psychologie de l'université de Harvard. L'ambition est d'identifier précocement les signaux d'alertes sur les plateformes d'échange d'informations que sont les réseaux, précise le communiqué.

À noter : Kap Code a récemment rejoint l'accélérateur Future4Care aux côtés de 21 autres start-up.

Cet article est paru dans mind Health (site web)

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Communiqué de presse


Kap Code & Nock Lab, un Département de Psychologie de l’Université de Harvard développent des algorithmes pour identifier les pensées suicidaires sur les réseaux sociaux

Publié le 24 février 2022Source https://www.kapcode.f*

Paris, le 24/02/2022

Selon, l’Organisation mondiale de la Santé, plus de 700 000 personnes sont mortes par suicide en 2019, classant l’acte suicidaire en 4ème cause de mort après les accidents de la route, la tuberculose et la violence interpersonnelle chez les 15 à 29 ans[1]. Le suicide est souvent perçu comme un acte spontané. Cependant, la majorité des personnes qui se suicident expriment leurs pensées sur la mort ou le suicide bien avant le passage à l’acte. L’analyse de telles propos, retrouvés sur les plateformes d’échanges, permet une identification précoce de signaux d’alertes.

« La majorité des personnes qui meurent par suicide partagent leurs pensées à propos de la mort ou du suicide avant de mourir. Nous avons l’espoir qu’en travaillant ensemble, nous pouvons mieux identifier ces risques afin d’intervenir et sauver. »

Matthew Nock, PhD, Université de Harvard Tweet

Avec le projet collaboratif Epilogue, Kap Code met à disposition son expertise dans l’analyse de données de vie réelle issues des réseaux sociaux, autour de projets de recherche de santé publique. Ce projet a donné naissance à une collaboration avec les chercheurs du Nock Lab dans le Département de Psychologie de l’Université de Harvard sur la prévention des suicides, avec l’identification de propos suicidaires sur les réseaux sociaux.

Les suicides et les réseaux sociaux

Les réseaux sociaux sont utilisés, en premier lieu pour l’échange d’information. Bien que certains aspects de ces plateformes puissent être nocifs (cyberharcèlement, l’émergence viral de challenges dangereux[2], …), les réseaux sociaux représentent aussi une opportunité pour les individus de se connecter les uns aux autres par un partage d’expériences. Parce que les individus qui sont aux prises avec des problèmes de santé mentale, comme les pensées suicidaires, utilisent souvent les réseaux sociaux pour partager leurs expériences et obtenir le soutien de leurs pairs, ces sites représentent une perspective prometteuse pour identifier et aider les personnes dans le besoin. Idéalement, ce processus pourrait se dérouler automatiquement, afin d’identifier et de fournir des ressources en temps réel aux individus qui ont besoin d’aide. Il s’agirait, alors, d’un outil extrêmement puissant pour aider les personnes suicidaires au moment où elles en ont le plus besoin.

Un algorithme pour une prévention des suicides plus élaborée

Kap Code utilisent les données de vie réelle issues des réseaux sociaux. En effet, de nombreux internautes y compris des patients partagent et discutent de leur santé, leur traitement et leurs difficultés personnelles sur ces plateformes. Ces plateformes offrent la possibilité de détecter et d’intervenir précocement dans un large éventail de disparités en matière de santé mentale.

« La santé mentale est un enjeu majeur de santé publique, et c’est une opportunité incroyable de mettre à disposition notre expertise afin d’impacter positivement la prise en charge des patients. »

Adel Mebarki, Directeur Général chez Kap Code Tweet

Dans ce projet, Kap Code apporte son expertise d’analyse des messages postés sur Twitter qui contiennent des mots-clés liés au suicide. Ce partenariat permet de combiner l’expertise de prévention du suicide du laboratoire Nock Lab de l’Université de Harvard et l’expertise forte en machine learning de Kap Code permettant un suivi longitudinal. Ce projet a pour objectif de développer un outil capable d’identifier les références aux pensées et aux comportements suicidaires sur Twitter. Un tel outil pourrait un jour être utilisé pour contribuer à l’identification précoce des individus à risque et, par conséquent, sauver des vies.

Sources

[1] Suicide worldwide in 2019: global health estimates. Geneva: World Health Organization; 2021. Licence: CC BY-NC-SA 3.0 IGO.

[2] Eyuboglu, M., Eyuboglu, D., Pala, S. C., Oktar, D., Demirtas, Z., Arslantas, D., & Unsal, A. (2021). Traditional school bullying and cyberbullying: Prevalence, the effect on mental health problems and self-harm behavior. Psychiatry research, 297, 113730.

https://www.kapcode.fr/communiques-de-presse/kap-code-nock-lab-un-departement-de-psychologie-de-luniversite-de-harvard-developpent-des-algorithmes-pour-identifier-les-pensees-suicidaires-sur-les-reseaux-sociaux/

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Article sur le sujet


Suicide : quand les réseaux sociaux font office de sentinelles

Publié le 3 mars 2022 sur https://www.santementale.fr*
 
Avec le projet collaboratif Epilogue1, Kap Code, une start-up dévolue à la santé numérique et ses applications, met à disposition son expertise dans l’analyse de données de vie réelle issues des réseaux sociaux, autour de projets de recherche de santé publique. Ce projet a donné naissance à une collaboration avec les chercheurs du Nock Lab3 dans le Département de Psychologie de l’Université de Harvard sur la prévention des suicides, avec l’identification de propos suicidaires sur les réseaux sociaux.


« La majorité des personnes qui meurent par suicide partagent leurs pensées à propos de la mort ou du suicide avant de mourir. Nous avons l’espoir qu’en travaillant ensemble, nous pouvons mieux identifier ces risques afin d’intervenir et sauver » Matthew Nock, PhD, Université de Harvard Selon, l’Organisation mondiale de la Santé, plus de 700 000 personnes sont mortes par suicide en 2019, classant l’acte suicidaire en 4ème cause de mort après les accidents de la route, la tuberculose et la violence interpersonnelle chez les 15 à 29 ans2 . Le suicide est souvent perçu comme un acte spontané. Cependant, la majorité des personnes qui se suicident expriment leurs pensées sur la mort ou le suicide bien avant le passage à l’acte. L’analyse de telles propos, retrouvés sur les plateformes d’échanges, permet une identification précoce de signaux d’alertes.

Les suicides et les réseaux sociaux

Les réseaux sociaux sont utilisés, en premier lieu pour l’échange d’information. Bien que certains aspects de ces plateformes puissent être nocifs (cyberharcèlement, l’émergence viral de challenges dangereux4, …), les réseaux sociaux représentent aussi une opportunité pour les individus de se connecter les uns aux autres par un partage d’expériences. Parce que les individus qui sont aux prises avec des problèmes de santé mentale, comme les pensées suicidaires, utilisent souvent les réseaux sociaux pour partager leurs expériences et obtenir le soutien de leurs pairs, ces sites représentent une perspective prometteuse pour identifier et aider les personnes dans le besoin. Idéalement, ce processus pourrait se dérouler automatiquement, afin d’identifier et de fournir des ressources en temps réel aux individus qui ont besoin d’aide. Il s’agirait, alors, d’un outil extrêmement puissant pour aider les personnes suicidaires au moment où elles en ont le plus besoin.
Un algorithme pour une prévention des suicides plus élaborée

Kap Code utilise les données de vie réelle issues des réseaux sociaux. En effet, de nombreux internautes y compris des patients partagent et discutent de leur santé, leur traitement et leurs difficultés personnelles sur ces plateformes. Ces plateformes offrent la possibilité de détecter et d’intervenir précocement dans un large éventail de disparités en matière de santé mentale.


Dans ce projet, Kap Code apporte son expertise d’analyse des messages postés sur Twitter qui contiennent des mots-clés liés au suicide. Ce partenariat permet de combiner l’expertise de prévention du suicide du laboratoire Nock Lab de
l’Université de Harvard et l’expertise forte en machine learning de Kap Code permettant un suivi longitudinal. Ce projet a pour objectif de développer un outil capable d’identifier les références aux pensées et aux comportements suicidaires
sur Twitter. Un tel outil pourrait un jour être utilisé pour contribuer à l’identification précoce des individus à risque et, par conséquent, sauver des vies.

1- Épilogue est une plateforme collaborative avec pour volonté de rassembler un maximum de ressources et d’analyses sur la pandémie de la COVID-19.
2- Suicide worldwide in 2019: global health estimates. Geneva: World Health Organization ; 2022 Licence: CC BY-NC-SA 3.0 IGO.
3- Nock Lab se trouve dans le Département de Psychologie de l’Université de Harvard, sous la direction du Professeur Matthew Nock. La recherche dans le laboratoire est focalisée sur la compréhension de l’engagement de personnes dans des comportements qui sont nocifs pour eux-mêmes et la traduction de ce savoir dans de meilleurs méthodes pour évaluer et traiter les comportements nocifs.
4 -Eyuboglu, M., Eyuboglu, D., Pala, S. C., Oktar, D., Demirtas, Z., Arslantas, D., & Unsal, A. (2021). Traditional school bullying and cyberbullying: Prevalence, the effect on mental health problems and self-harm behavior. Psychiatry research, 297, 113730.

Communiqué de presse « Kap Code & Nock Lab, un département de psychologie de l’université de Harvard développent des algorithmes pour identifier les pensées suicidaires sur les réseaux sociaux ».

 https://www.santementale.fr/2022/03/60191/


samedi 22 janvier 2022

CANADA Une communauté virtuelle créée pour les endeuillés par suicide

Une communauté virtuelle créée pour les endeuillés par suicide
Par Johannie Gaudreault 21 janvier 2022
https://www.lemanic.ca/*



Du 30 janvier au 5 février se déroulera la 32e édition de la Semaine nationale de prévention du suicide sous le thème Parler du suicide sauve des vies. Photo courtoisie

Le Centre de prévention du suicide (CPS) Côte-Nord lancera le 31 janvier une communauté virtuelle pour les endeuillés par suicide de la région. Ce projet a pour objectif d’amener la prise de parole à un autre niveau.

« C’est sous la forme d’un groupe Facebook dans lequel le CPS agira à titre de modérateur que les Nord-Côtiers touchés par le suicide d’un proche pourront se retrouver et échanger sur les défis particuliers qu’apporte le deuil par suicide », précise la responsable des communications et du développement au CPS Côte-Nord, Kim Bouchard.

Selon l’organisme, cette action a pour but « d’apporter soutien, écoute et réconfort dans les moments plus difficiles vécus par ces endeuillés, mais surtout de démontrer qu’à travers le temps il est possible d’aller mieux ».

Une autre démarche sera initiée prochainement par le CPS régional. « Puisque les jeunes et les aînés ont été plus impactés par les effets des mesures sanitaires des derniers mois », comme le rappelle Mme Bouchard, le CPS offrira des boites culturelles aux maisons des jeunes et centres de jour pour aînés de la région afin de prendre part au mouvement aROCHEmoiunSOURIRE.

« Chaque boite contient une pierre et du matériel artistique et permet à l’artiste de créer l’œuvre de son choix. Puis, une fois terminée, la pierre est cachée dans un espace public du territoire dans l’espoir de faire sourire celui ou celle qui la trouvera », explique la responsable des communications.

Notons que le mouvement aROCHEmoiunSOURIRE, connu via son groupe Facebook, compte plus de 82 000 adeptes et arbore maintenant des vêtements promotionnels dont les profits sont remis au Regroupement des centres de prévention du suicide du Québec.

Semaine nationale

Du 30 janvier au 5 février se déroulera la 32e édition de la Semaine nationale de prévention du suicide sous le thème Parler du suicide sauve des vies. « Il est nécessaire de parler pour agir en prévention du suicide. Individuellement, mais aussi en tant que société solidaire, c’est en prenant la parole et en valorisant la demande d’aide que nous arriverons à bâtir un Québec sans suicide », déclare Kim Bouchard.

Les objectifs de la Semaine de prévention du suicide sont de sensibiliser et mobiliser les citoyens et les décideurs à l’ampleur à la problématique du suicide, d’augmenter la connaissance des ressources d’aide, soit la ligne 1-866-APPELLE et le www.suicide.ca, de normaliser et encourager la demande d’aide, et finalement, de favoriser la prise de parole en lien avec le suicide et guider dans les façons préventives d’en parler.

Rappelons que le service numérique québécois en prévention du suicide www.suicide.ca « constitue un outil technologique essentiel pour tous ceux et celles qui sont confrontés de près ou de loin par la problématique du suicide. En plus d’offrir bon nombre d’outils en ligne, la plateforme donne accès à un intervenant 24/7 par SMS ou par clavardage », fait savoir la porte-parole.

Dans le cadre de cette semaine nationale, les citoyens sont invités à poser des gestes simples dans leurs milieux afin d’ouvrir la discussion et de sensibiliser leurs pairs à l’importance de la prévention du suicide.

https://www.lemanic.ca/2022/01/21/une-communaute-virtuelle-creee-pour-les-endeuilles-par-suicide/

lundi 27 septembre 2021

USA ETUDE RECHERCHE Peut-on prévenir le suicide chez les jeunes en analysant leur comportement en ligne ?

Peut-on prévenir le suicide chez les jeunes en analysant leur comportement en ligne ?

Enquête : Cette étude intervient quelques jours après qu'une enquête a révélé que Facebook comprend l'impact négatif d'Instagram sur les jeunes, sans rien faire pour l'arrêter.

Par Jonathan Greig | Samedi 25 Septembre 2021  https://www.zdnet.fr*
Aux Etats-Unis, le Centre national de prévention et de contrôle des blessures et la société de sécurité en ligne Bark Technologies viennent de publier une étude menée conjointement, qui démontre que certains comportements en ligne des jeunes, qu'il s'agisse de harcèlement, de violence, de contenus liés à la drogue, de discours haineux, de contenus sexuels, liés à la dépression ou encore à l'automutilation légère, pourraient être utilisés pour prévenir les risques de suicide ou d'automutilation.

L'étude, publiée dans JAMA Network Open, consistait à examiner pendant 13 mois les activités en ligne de collégiens et de lycéens, sur des appareils fournis par les établissements scolaires, et de comparer les sujets ayant reçu ensuite une alerte pour un risque élevé de suicide ou de comportement autodestructeurs, à ceux qui n'ont pas reçu d'alerte.

Les chercheurs ont comparé les comportements en ligne des deux groupes, et ont constaté que les élèves ayant fait l'objet d'une alerte présentaient un nombre significativement plus élevé d'incidents en ligne antérieurs, ou de comportement en ligne à risque, signalés par Bark. Les huit facteurs de risque en ligne étudiés ont été associés à des alertes relatives au suicide.

Plus les signes sont détectés tôt, plus il est possible que l'individu obtienne l'aide nécessaire

L'auteur principal, le Dr Steven Sumner, des CDC (Centres pour le contrôle et la prévention des maladies aux Etats-Unis), indique que les taux de suicide et de comportements autodestructeurs ont augmenté chez les jeunes aux Etats-Unis au cours de la dernière décennie. « Il est important d'être attentif aux nouveaux facteurs de risque en ligne auxquels les jeunes sont confrontés aujourd'hui, et que nous les comprenions vraiment, afin de renforcer nos efforts de prévention », affirme-t-il.

Brian Bason, PDG de Bark, ajoute que plus les facteurs de risque et les signes de détresse sont détectés tôt, plus le jeune individu peut obtenir rapidement l'aide dont il a besoin.

« Si l'on considère le nombre total de différents types de facteurs de risque en ligne parmi les huit mesurés, on constate un risque exponentiellement plus élevé d'alertes relatives au suicide ou à l'automutilation ; les jeunes dont l'activité en ligne comportait au moins cinq des huit facteurs de risque avaient une probabilité plus de 70 fois supérieure de recevoir ultérieurement une alerte de suicide ou d'automutilation », indiquent les chercheurs. « Les résultats de cette étude suggèrent que de nombreux types de facteurs de risque sont identifiables à partir de données en ligne, et associés avec un risque conséquent de comportement suicidaire. Si chaque facteur de risque correspond spécifiquement à un comportement suicidaire, le plus grand risque est bien sûr pour les jeunes présentant plusieurs types de facteurs de risque. »

Les réseaux sociaux ne se préoccupent pas assez de la sécurité de leurs jeunes utilisateurs

Titania Jordan, CMO de Bark, explique à ZDNet qu'il est extrêmement important de comprendre la façon dont les jeunes communiquent en ligne, en particulier pour leurs parents. Dans leurs interactions en ligne, les enfants dissimulent beaucoup de leurs peurs et de leur pensées, et elle estime que les parents et autres éducateurs ont besoin d'outils pour les aider à identifier des facteurs de risque et des signes de détresse, afin qu'ils puissent apporter leur aide quand elle est nécessaire.

Les réseaux sociaux ont fait l'objet de vives critiques ces dernières années, en raison de l'augmentation croissante du nombre de suicides et de dépressions chez les jeunes. La semaine dernière, The Wall Street Journal publiait à ce sujet une série de fichiers internes de Facebook, montrant que des chercheurs au sein d'Instagram ont constaté que l'application est « nocive » et « toxique » pour certains jeunes utilisateurs, et en particulier pour les adolescentes. « En réponse, Facebook affirme que les effets négatifs ne sont pas répandus, que la recherche sur la santé mentale est précieuse et que certains des aspects nocifs ne sont pas faciles à traiter », rapportait le journal.

Pour la CMO de Bark, même si l'étude menée avec le Centre national de prévention et de contrôle des blessures s'est penchée spécifiquement sur des appareils et des comptes scolaires, il apparaît plus clairement que jamais que « les plateformes de médias sociaux ne considèrent pas assez la sécurité des enfants comme une priorité. Souvent, les mesures annoncées pour résoudre les problèmes de la plateforme ne donnent qu'une illusion de sécurité. Le "contrôle parental" intégré est généralement facile à désactiver par les enfants à tout moment, sans l'accord de leurs parents. Il est facile pour des enfants férus de technologie d'échapper à la surveillance de parents qui ne le sont pas ».

« Les grandes entreprises technologiques doivent s'associer aux parents pour leur donner un meilleur aperçu de l'univers en ligne de leurs enfants. La sécurité des enfants en ligne est en fin de compte une responsabilité qui incombe aux parents, mais il est incroyablement difficile de naviguer sur le vaste marché des plateformes, où les enfants rencontrent des situations dangereuses sans que les bons outils de surveillance soient mis en place. »


Les effets de la technologie sur notre santé mentale

Titania Jordan ajoute qu'il existe des moyens pour les parents de surveiller les signes d'alerte sans envahir totalement la vie privée de leurs enfants. Cette étude confirme que les comportements en ligne peuvent prévenir des comportements futurs graves, liés au suicide ou à des comportements autodestructeurs.

Elle ajoute que, de manière plus générale, la santé mentale de presque toutes les catégories démographiques s'est détériorée au cours de la pandémie de Covid-19. Depuis janvier-mars 2021, la plateforme Bark a enregistré une augmentation de 143 % des alertes pour automutilation et idées suicidaires chez les jeunes de 12 à 18 ans.

Si les problèmes de santé mentale sont plus acceptés et mieux compris depuis quelques générations, l'influence des nouvelles technologies a eu des effets mitigés sur cette tendance. « Même si on accuse la technologie d'être la seule cause de ces problèmes, il n'est pas réaliste pour un parent d'interdire complètement à son enfant d'aller en ligne – nous vivons dans un monde connecté. Il faut plutôt leur donner des ressources pour qu'ils puissent avoir des conversations avec leurs enfants lorsqu'ils commencent à utiliser internet et à avoir un appareil connecté », explique-t-elle. « Tous les parents savent que lorsqu'un adolescent dit "Je vais bien", il y a de fortes chances qu'il ne dise pas tout. »

Source : ZDNet.com
https://www.zdnet.fr/actualites/peut-on-prevenir-le-suicide-chez-les-jeunes-en-analysant-leur-comportement-en-ligne-39929563.htm

 

samedi 25 septembre 2021

TikTok : Quand l’utilisateur tape « suicide », il est renvoyé vers un numéro d''écoute et différentes ressources utiles afin de l’aider dans son mal-être.

TikTok s’engage contre le suicide et lance un numéro vert pour ses utilisateurs

Pour la rentrée, TikTok lance un nouveau service d’aide auprès des jeunes. Quand l’utilisateur tape « suicide », il est renvoyé vers un numéro vert et différentes sources utiles afin de l’aider dans son mal-être. 
Léa Dechambre 20/09/2021 https://www.femina.fr*

TikTok redore son image. Comme tous les réseaux sociaux, il est pointé du doigt pour avoir un mauvais impact sur la santé mentale de ses utilisateurs. L’appli multiplie les mesures pour changer la donne comme en mars dernier où elle renforçait sa modération face aux commentaires haineux. Aujourd’hui, c’est la lutte contre les pensées suicidaires qui font l’objet d’une nouvelle fonctionnalité.


Un numéro vert et des conseils

Pour aider les jeunes déprimés et ceux qui ont des pensées suicidaires, l’appli a mis à disposition différentes ressources lorsque l’utilisateur tape le mot-clé « suicide » dans la barre de recherche. Il tombe alors sur un numéro « Suicide Écoute » qui permet d’entrer en contact avec des personnes pour se faire aider. On retrouve aussi des conseils comme « Parler à qui on a confiance », « faire une pause » ou encore « explorer les activités qui font du bien ».


Une initiative déjà disponible en France

Sur le blog du réseau social chinois, on peut lire : « Nous nous soucions profondément de notre communauté. Et nous cherchons toujours de nouvelles façons de favoriser son bien-être. C’est pourquoi nous prenons des mesures supplémentaires pour permettre aux gens de trouver plus facilement des ressources lorsqu’ils en ont besoin sur TikTok ». Pour le moment, le numéro n’est disponible que dans certains pays dont la France (01.45.39.40.00), 24h/24h. L’ensemble des initiatives pour lutter contre le suicide chez les jeunes devraient être proposées dans le monde entier très bientôt.

lundi 9 août 2021

Jusqu’à quel point les réseaux sociaux lèvent-ils le tabou sur les troubles psychiques ?

Jusqu’à quel point les réseaux sociaux lèvent-ils le tabou sur les troubles psychiques ?
Usbek & Rica *  Pauline Porro - 6 août 2021

Dans les œuvres de fiction, par la voix de célébrités… Jamais les troubles psychiques n’ont été si présents dans l’espace public. Une visibilité croissante à laquelle la crise du Covid n’est pas étrangère. En la matière, les réseaux sociaux font office d’espace d’expression privilégié. Comment comprendre cette libération de la parole numérique ? Mais surtout, jusqu’à quel point contribue-t-elle réellement à une véritable prise de conscience sociétale plus globale ?


Kristine souffre de bipolarité de type 2 et de cyclothymie. Lors d’une période de down particulièrement sévère, elle décide de créer la page cyclothymia.and.bipolar sur Instagram. « Je me suis dit qu’il devait bien exister quelque part quelqu’un qui souffrait de bipolarité et qui comme moi ne parvenait pas à être comprise par ses proches. »

 « J’ai toujours été très seule avec ma maladie, confie Julie, 30 ans, qui souffre de dépression chronique et d’anorexie mentale restrictive. À la suite de mon diagnostic en 2019, cela ne s’est pas arrangé ».

Afin de sortir de sa solitude, l’idée d’ouvrir un compte Instagram fait son chemin. Elle lance alors la page depression_sans_pression. Lorsqu’elle est hospitalisée sous contrainte en raison d’un risque suicidaire, elle témoigne au jour le jour de son quotidien sur son compte, où 1188 abonnés la suivent.


Je voulais mettre en évidence la gravité de la maladie mais également faire connaître le traitement hospitalier qui nous est réservé. Je voulais témoigner et surtout dénoncer

Sandra*, détentrice du compte Instagram Noire et Bipolaire

C’est suite à une hospitalisation particulièrement traumatique que Sandra* suit les conseils d’une amie psychologue et crée sa page Instagram, Noire et Bipolaire. « Je voulais mettre en évidence la gravité de la maladie mais également faire connaître le traitement hospitalier qui nous est réservé. Je voulais témoigner et surtout dénoncer. »
23,7 millions de publications pour #depression

À l’instar du compte de Kristine, Sandra ou de Julie, les réseaux sociaux regorgent de pages consacrées aux troubles psychiques et psychiatriques. En la matière, Instagram fait figure d’application reine. Sur le réseau social, le hashtag #depression culmine à 23,7 millions de publications, celui de #bipolar à 2,5 millions. À tel point que les psychologues en font désormais un lieu d’information et de promotion incontournable.

Ouvrir un espace d’échanges ou d’aide mutuelle, volonté de dédramatiser et de démystifier la maladie, dénoncer les failles du système médical… les raisons qui poussent à médiatiser sa maladie mentale sur les réseaux sociaux sont multiples. En agissant comme révélateur, les réseaux sociaux participent d’un phénomène de libération de la parole autour de la maladie mentale, notamment pour le jeune public.


« La crise a suscité des idées suicidaires. Auparavant, on se battait pour lever les tabous liés à la santé mentale, mais désormais, on se permet beaucoup plus de communiquer sur ses maux, et de les assumer publiquement. »

Vanessa Lalo, psychologue clinicienne, spécialiste des pratiques numériques

Pour Vanessa Lalo, psychologue clinicienne, spécialiste des pratiques numériques, la visibilité croissante des troubles psychologiques sur les réseaux sociaux est incontestable. Surtout, elle constate « une augmentation de ce que l’on montre en termes de pathologies mentales sur les réseaux sociaux ». [1] [2] Pour la clinicienne, l’épreuve du confinement est également passée par là. « La crise a suscité des idées suicidaires. Auparavant, on se battait pour lever les tabous liés à la santé mentale, mais désormais, on se permet beaucoup plus de communiquer sur ses maux, et de les assumer publiquement. »

La Pop culture, autre relais fondamental

Pour la clinicienne, la question dépasse cependant largement le cadre des réseaux sociaux : « il s’agit d’un mouvement de grande ampleur. Des personnes très influentes annoncent être dépressifs, bipolaires, anxieux. » Mariah Carey, Kanye West, Selena Gomez… nombreuses sont les célébrités, surtout transatlantique, à avoir réalisé leur coming-out en la matière. Là encore, ce sont souvent via les réseaux sociaux que cette parole se fait entendre.

Dans le monde du sport, la levée du tabou s’est notamment illustrée cette année par la décision de la tenniswoman Naomi Osaka, quadruple gagnante du Chelem, de renoncer à Roland-Garros afin de « préserver sa santé mentale ». Teddy Riner, le judoka le plus titré de l’histoire, a lui médiatisé son suivi psychologique dans « Teddy », le documentaire qui lui a été consacré en 2020. Au Jeux Olympiques de Tokyo, la gymnaste Simone Biles a marqué les esprits en se retirant du concours général par équipe, déclarant qu’elle devait « lutter contre ses démons » et « préserver sa santé mentale ». C’est sur Instagram que la gymnaste la plus médaillée de l’Histoire a choisi de donner les détails de sa décision. Le phénomène n’est pas inédit : avant eux, Michael Phelps, ou encore André Agassi avaient évoqué publiquement leur combat contre la dépression. Une libération de la parole relative cependant : les troubles de la santé mentale affecteraient jusqu’à 35 % des athlètes d’élite à un stade ou à un autre de leur carrière, selon les chiffres du CIO.

Cette plus grande visibilité s’observe également sur le terrain de la production culturelle. D’après le psychiatre Jean-Victor Blanc, auteur de l’ouvrage Pop and Psy (Plon, 2019), les troubles mentaux seraient aujourd’hui beaucoup mieux représentés et documentés dans les œuvres de fiction. Les séries 13 Reasons why, Mental, Atypical, Euphoria, En Thérapie (Arte) ou Dans ma tête, tentent (avec plus ou moins de succès) de sortir des clichés sur la maladie mentale et de coller davantage à la réalité. Une évolution salvatrice et révélatrice d’un changement de paradigme, selon lui.
La visibilité des malades, une histoire de lutte

S’approprier sa maladie en décidant de la rendre visible, cela n’a pas toujours été possible. « L’histoire de la visibilisation des malades dans l’histoire de la médecine, qu’il s’agisse de personnes souffrant de troubles somatiques ou de troubles mentaux, c’est toujours une histoire de lutte, détaille le philosophe Guillaume Le Blanc. Cette visibilité, le savoir-pouvoir médical ne la confère pas facilement. »

Au XIXe siècle, la médecine envisage le malade comme un obstacle entre le médecin et la pathologie. C’est contre cette conception de la médecine que le médecin et philosophe Georges Canguilhem s’érige en 1943 avec sa thèse de médecine qui deviendra ensuite son ouvrage majeur, Le Normal et le Pathologique. « Canguilhem permet de penser que la relation thérapeutique est une relation fondamentalement clinique, ce qui signifie qu’il n’existe pas de maladie sans un individu malade qui perçoit une précarité de son intégrité corporelle et mentale », explique Guillaume Le Blanc. Canguilhem remet ainsi le malade au centre de la discipline médicale. Un préalable théorique indispensable pour que le malade se constitue enfin comme sujet, acteur de sa maladie.

L’histoire de la médecine peut en effet se comprendre comme une histoire de la promotion du malade. Les luttes sociales, menées par des collectifs de personnes psychiatrisées, ne sont pas absentes de cette évolution. En France, c’est notamment le cas du Groupe information asile (GIA), créé au début des années 1970 contre « l’usage répressif et normatif de la psychiatrie » ou de la Fédération Nationale des Associations d’usagers de la Psychiatrie (Fnapsy), créée en 1992, dans un registre moins contestataire.
Un risque de réduire les personnes à leurs troubles psychiques ?

Dans L’invisibilité sociale (PUF, 2009), Guillaume Le Blanc a réalisé un travail philosophique sur la question des normes et sur les processus d’invisibilisation de certaines existences. « L’une des manières de rendre une personne invisible, c’est de la survisibiliser, d’attacher à cette personne une ou plusieurs caractéristiques qui vont retenir toute l’existence. Si on identifie constamment une personne à un trait dominant, paradoxalement, on ne la voit plus telle qu’elle est, mais seulement à travers un symbole qui finit par devenir un trompe-l’œil. »

« Personne ne se revendique paranoïaque, pervers narcissique, ou fou. Le côté « déficitaire » de la maladie, lui, reste masqué et n’est jamais revendiqué »

Pierre Sidon, psychanalyste

Les réseaux sociaux, en ce qu’ils définissent et figent les identités à travers les profils, comportent ainsi le risque de réduire les personnes aux troubles dont elles souffrent. Donc, paradoxalement, à les invisibiliser. Pour le psychanalyste Pierre Sidon, le besoin d’identification est, pourtant, précisément au cœur du phénomène : « La revendication d’une identité, via les réseaux sociaux mais pas seulement, aujourd’hui peut passer par l’appropriation d’un diagnostic. » Quant à la plus grande visibilité des troubles psychiques, le psychanalyste est sceptique : « personne ne se revendique paranoïaque, pervers narcissique, ou fou. Le côté « déficitaire » de la maladie, lui, reste masqué et n’est jamais revendiqué. »

« Cela invisibilise dans le même temps les personnes qui sont-elles-même réellement dans la marge. Je ne suis pas sûre que l’enfant autiste qui tourne en rond tout seul chez lui a une plus grande visibilité… »

Mardi Noir

Même réserve du côté d’Emmanuelle Laurent. Plus connue sous le nom de Mardi Noir, la psychologue, autrice récemment de Êtes-vous bien sûr d’être normal ? (Flammarion, juin 2021) a contribué à travers sa chaîne Youtube « Psychanalyse toi la Face » à populariser les concepts lacaniens et dédramatiser le suivi psy – elle évoque régulièrement son analyse, qui dure depuis 15 ans. Pour elle, la plus grande visibilité des troubles psychiques est une illusion. « Cela invisibilise dans le même temps les personnes qui sont-elles-même réellement dans la marge. Je ne suis pas sûre que l’enfant autiste qui tourne en rond tout seul chez lui a une plus grande visibilité… »


Et de fait, en France, malgré une relative libération de la parole sur les réseaux sociaux et une production culturelle plus inclusive sur ses questions, le tabou autour de la santé mentale demeure. Selon une enquête réalisée en décembre 2020 par YouGov et Qare (une plateforme de téléconsultation), un Français sur dix aurait consulté un psy entre le premier confinement et l’enquête. 20 % d’entre eux n’en auraient parlé à personne. Plus éloquent, 87 % des personnes interrogées n’oseraient pas parler de leurs problèmes de santé mentale avec leur famille. « Dans beaucoup de milieux, ce n’est pas la norme de dire que l’on a rendez-vous chez le psy », abonde Mardi Noir.

Pourtant, pour Sandra, le constat est net : sa page Instagram contribue à aider les personnes en situation de détresse psychique : « Cela m’aide car je me sens utile, autant auprès des malades, que des familles, ou que des personnels de santé. » Idem pour Julie : « On se sent pas mal inutile lorsque l’on est en dépression. Et très clairement, ma page m’aide à me sentir utile. »
« Ce n’est pas en communiquant sur Instagram que les gens iront mieux »

Du côté des psychanalystes en revanche, l’utilité thérapeutique de cette pratique est questionnée. Pour Mardi noir, « La santé mentale et l’offre de soins psychologiques vont très mal dans notre pays. Pour moi, ce qui permet d’aller mieux c’est d’aller voir des professionnels de santé. Parler de sa maladie mentale sur les réseaux sociaux peut soulager, mais ce n’est pas en communiquant sur les réseaux sociaux que les gens vont aller mieux. »

Psychanalyste, Pierre Sidon est également psychiatre et directeur du CSAPA UDSM, un centre d’addictologie à Champigny-sur-Marne. « En institut comme en libéral, je reçois de nombreuses personnes qui viennent avec une souffrance ou une addiction liée à la consultation de sites, des écrans en général, des réseaux sociaux en particulier. » Dans un rapport de 2017 qui a fait date, la Royal Society for Public Health classait Instagram comme le pire réseau social pour la santé mentale et le bien-être des jeunes. Sur les réseaux sociaux, la parole sur la maladie mentale se libère, certes. Mais gare à ce que les remèdes ne soient pas pire que les maux…

*Le prénom à été changé

* https://usbeketrica.com/fr/article/jusqu-a-quel-point-les-reseaux-sociaux-levent-le-tabou-societal-sur-les-troubles-psychiques

samedi 31 juillet 2021

CANADA Prévention du suicide à l’ère numérique: les jeunes peuvent ils vraiment trouver de l’aide en ligne?

Prévention du suicide à l’ère numérique: les jeunes peuvent ils vraiment trouver de l’aide en ligne?

Mis en ligne le  29 juil. 2021
Webinaire donné en 2019 par Jessica Rassy, PhD, professeure à l’École des sciences infirmières de la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke (Campus Longueuil)Résumé:Les technologies de l’information et de la communication (TIC) ont grandement transformé la façon dont les adolescents cherchent des réponses à leurs questions en matière de santé mentale, surtout concernant le suicide. Cet atelier vous permettra de plonger dans l’univers virtuel des adolescents à risque de suicide afin de mieux comprendre leur processus de recherche d’aide et mieux leur venir en aide.

 

mardi 16 mars 2021

CANADA Internet à la rescousse des ados suicidaires

Internet à la rescousse des ados suicidaires

Les réseaux sociaux et le Web peuvent être une bouée de sauvetage pour les jeunes au bord du suicide. Entrevue avec Jessica Rassy, professeure à l’École des sciences infirmières de l’Université de Sherbrooke.

Marie-Hélène Proulx: Vos travaux révèlent que les jeunes les plus à risque de se suicider sont ceux qui se tournent le plus vers le Web pour chercher de l’aide. Pourquoi, selon vous ?

Jessica Rassy: En général, ils ont plus de facilité à se dévoiler en ligne qu’en personne. Il y a quatre ans, j’ai mené des entrevues auprès de jeunes de 14 à 18 ans qui avaient déjà fait une tentative de suicide, ou qui étaient suivis en psychiatrie parce qu’ils risquaient de passer à l’acte. Bon nombre avaient sonné l’alerte sur les réseaux sociaux, faute d’être capables de le faire directement ou au téléphone — ça leur aurait demandé trop d’énergie. De plus, beaucoup se préoccupent des craintes qu’ils font vivre à leur famille, ils ne veulent pas en ajouter. Certains m’ont dit qu’ils aimaient pouvoir texter dans leur lit au milieu de la nuit pour faire sortir leurs émotions, au lieu de réveiller leurs parents. C’est donc quand même positif que ces jeunes aient désormais cette option. 

M.-H. P.: En même temps, ces ados risquent aussi de fouiller sur des sites pour trouver des manières d’en finir, ou de se joindre à des forums de discussion incitant au suicide…

J. R.: Tout à fait — des participants à mon étude m’ont avoué chercher de l’aide à mourir sur Internet. Mais beaucoup le font parallèlement à des comportements plus constructifs. Pendant nos rencontres, je leur fournissais un ordinateur et un téléphone, et je leur demandais de me montrer exactement ce qu’ils faisaient quand ils étaient en crise. Leur processus est assez étourdissant : souvent, ils passent de la phase « quels sont les moyens de se suicider » à « je regarde des vidéos de chats pour me distraire », pour ensuite aboutir sur des sites sérieux d’information sur la dépression. J’ai d’ailleurs été étonnée : la plupart connaissent les sources fiables en matière de santé mentale et de prévention, comme le gouvernement du Québec ou suicide.ca, le site de l’Association québécoise de prévention du suicide, qui offre du soutien par texto, téléphone et clavardage 24 heures sur 24. C’est une bonne nouvelle, car les études montrent que la capacité à reconnaître les symptômes de troubles mentaux réduit le risque de suicide chez les jeunes ; ça les incite à consulter un professionnel pour s’en sortir.

M.-H. P.: Comme parent, comment réagir quand on voit son enfant en détresse passer des heures sur le Web, sans trop savoir ce qu’il fabrique ?

J. R.: Certains décident de limiter l’accès à Internet, ce qui est un réflexe compréhensible ; mais du même coup, ça restreint les bienfaits des technologies de l’information et de la communication (TIC) sur ce que j’appelle la « noyade émotive ». Pour bien des jeunes à risque, jouer à des jeux vidéo ou regarder des vidéos sur YouTube sont des stratégies pour chasser les idées noires. Ils aiment aussi consulter les témoignages d’autres ados ayant vécu des souffrances sur Snapchat, Instagram ou TikTok, ou encore sur des sites de groupes de soutien en ligne. J’ai été surprise de découvrir que beaucoup cherchent à aider leurs pairs ; ça les valorise de penser qu’ils ont pu apporter de l’écoute et des conseils utiles, et ça les fait croître eux-mêmes. Je recommande donc aux proches de ne pas juger ou critiquer, en disant par exemple : « Tu passes ton temps sur ton téléphone ! », mais plutôt de s’intéresser aux plateformes que l’ado fréquente en lui posant des questions. C’est une manière efficace d’engager la conversation — en général, les jeunes adorent expliquer le fonctionnement des TIC aux plus vieux !

M.-H. P.: Vous dites qu’à partir du moment où un jeune réfléchit à un plan concret pour en finir, le risque qu’il fasse une tentative dans l’année suivant l’apparition de ses premières idées suicidaires est de presque 50 %. C’est donc un moment critique pour intervenir. Comment le personnel soignant peut-il agir plus efficacement, à la lumière de votre enquête ?

J. R.: Il faut vraiment intégrer davantage les TIC à nos interventions. Par exemple, l’ado peut se servir d’applications pour la gestion des humeurs entre les rencontres avec la psychologue ou l’infirmière qui le suit. RÉSO et PsyAssistance, notamment, fournissent des contacts d’urgence et des trucs pour aller mieux quand le moral décline. L’application Mes outils, du site suicide.ca, offre quant à elle un journal de bord en ligne pour évaluer ses émotions au quotidien. Les jeunes aiment ce genre d’outils parce que ça les rejoint dans leur réalité. Si on ne prend pas en considération leur existence virtuelle, c’est comme si on passait à côté d’une part de ce qu’ils sont, qu’on ne tenait pas compte de leur façon d’interagir avec le monde. L’idée est de les aider à utiliser les TIC de manière positive, en les orientant vers des ressources qui les encourageront à s’en sortir.

https://lactualite.com/societe/internet-a-la-rescousse-des-ados-suicidaires/

vendredi 5 mars 2021

SUISSE Guide “Parler du suicide et de la santé mentale sur les réseaux sociaux”


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Guide “Parler du suicide et de la santé mentale sur les réseaux sociaux”

 

Ces dernières semaines la question du suicide et de la santé mentale a pris de l’ampleur dans le débat public comme sur les réseaux sociaux. Face à la crise du COVID, nombre d’entre nous sont confronté.e.x aux défis qui affectent de plus en plus le moral et les émotions.

Les témoignages à ce sujet se multiplient, et des personnalités très suivies sur les réseaux sociaux se sont également fait le relai de ces messages poignants.

Briser le tabou sur le suicide est bénéfique pour la prévention. Mais il s’agit d’un sujet sensible, qui doit être abordé avec la plus grande délicatesse pour éviter tout risque d’incitation.

Pour soutenir le travail des utilisateur.ice.x et créateur.ice.x de contenu sur les réseaux sociaux, STOP SUICIDE a créé ce guide, qui présente quelques points de repère pour parler du suicide avec bienveillance. Il est destiné à toute personne qui souhaite s’exprimer en ligne sur le suicide et la santé mentale. À partager à volonté !

STOP SUICIDE peut également vous aider et vous conseiller dans la production de contenus sur ces sujets. N’hésitez pas à nous contacter !

Télécharger le guide !