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samedi 14 mai 2022

ETUDE RECHERCHE Recueil de l’opinion des médecins généralistes d’Isère, Savoie et Haute-Savoie sur la grille d'estimation de la dangerosité d’un passage à l'acte suicidaire

Recueil de l’opinion des médecins généralistes d’Isère, Savoie et Haute-Savoie sur la grille d'estimation de la dangerosité d’un passage à l'acte suicidaire
Florian Dhondt 1 Jean-Tony Vittori 1
1 UGA UFRM - Université Grenoble Alpes - UFR Médecine
Résumé : Contexte : Le médecin généraliste est de plus en plus sollicité pour des problématiques d’ordre psychiatriques et notamment des syndromes anxio-dépressifs, il doit faire face à des situations complexes et intriquées. Les données épidémiologiques montrent que les taux de tentatives de suicides restent élevés dans la plupart des pays occidentaux, associé au fait que les patients ne demandent que peu d’aide directement, même lorsqu’ils se rendent chez le médecin dans les semaines précédentes. Il a été suggéré par une étude de revue de la littérature, l’exploitation de la Grille d’estimation de la dangerosité d’un passage à l’acte suicidaire, outil conçu au Québec, en français, et utilisé par les travailleurs sociaux dans cette province, pour évaluer sa possible utilisation en soins primaire et son apport potentiel à la médecine générale. De même qu’une autre revue de la littérature décrivait elle l’absence d’outil de dépistage et de PEC du RS en MG. Objectifs : L’objectif principal était de réunir les opinions de médecins concernant la GEDPAS, à propos de son utilité en médecine générale et de sa mise en place en pratique. De plus cela permettrait de faire connaître cet outil à des médecins généralistes. Méthode : Les chercheurs ont donc réuni dix-huit médecins de Savoie, Haute Savoie et d’Isère en focus groupe pour mener une étude qualitative d’évaluation de cette Grille et discuter de leur mode de raisonnement et de pratique habituel face aux problématiques d’évaluation et de gestion du risque suicidaire ; selon un entretien semi-directif mené avec un guide d’entretien travaillé en amont. Résultats : La Grille a été accueillie favorablement, jugée claire, concise et pertinente. Elle peut permettre de mieux organiser la consultation, une évaluation complète sans oubli et donner des leviers de travail pour les consultations futures. Mais son système de cotation par couleur la rend inutilisable sans complément d’explication selon certains médecins interrogés. Elle présente des carences, principalement un manque de définition claire du moyen létal et ne renseigne que peu sur la suite de la prise en charge. Surtout elle ne peut fonctionner sans établissement du lien thérapeutique entre le médecin et son patient, qui est et doit rester à la base de la consultation. La Grille est un outil complémentaire mais pas l’enjeu primordial de la consultation. Conclusion : La GEDPAS peut devenir un outil supplémentaire en médecine générale pour l’évaluation et la gestion du RS. Utilisable sur divers supports et pouvant donner un langage commun à diverses professions de santé, elle ne pourra jamais se substituer au lien thérapeutique primordial. De futures études, permettant d’affilier un protocole au code couleur, permettraient de rendre cette grille plus attractive et améliorer la prise en charge du risque suicidaire, notamment par une meilleure communication entre les services de santé.
Type de document : Mémoires
https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-03649122
Soumis le : vendredi 22 avril 2022

Fichier 2022GRAL5028_dhondt_florian_et...

 Citation
Florian Dhondt, Jean-Tony Vittori. Recueil de l’opinion des médecins généralistes d’Isère, Savoie et Haute-Savoie sur la grille d'estimation de la dangerosité d’un passage à l'acte suicidaire. Médecine humaine et pathologie. 2022. ⟨dumas-03649122⟩


jeudi 14 avril 2022

ETUDE RECHERCHE Scoping review des outils de dépistage des conduites suicidaires des adolescents en milieu carcéral

Scoping review des outils de dépistage des conduites suicidaires des adolescents en milieu carcéral
Adrien Miranne Guivarc’h 1


1 UR UFRS - Université de La Réunion - UFR Santé
Résumé : Introduction : plusieurs études récentes ont montré que la santé mentale des adolescents incarcérés est plus dégradée que celle de la population générale du même âge. Les conduites suicidaires restent fréquentes au sein des prisons pour mineurs malgré une surveillance étroite. Notre étude propose de faire un état des lieux des outils de dépistage des conduites suicidaires d’adolescents incarcérés et de discuter de la pertinence de leur systématisation. Méthode : cette scoping review a utilisé les articles issus de la revue de la littérature de Borschmann et collaborateurs publiée en 2020, complétée secondairement par des recherches sur Pubmed/Embase et Google Scholar. Nous avons sélectionné des articles relatifs à des études ayant eu recours à au moins un outil de dépistage des conduites suicidaires d’adolescents incarcérés. Résultats : 25 articles ont été sélectionnés pour l’analyse des données. Parmi eux, nous avons identifié plusieurs outils de dépistage de conduites suicidaires d’adolescents incarcérés avec mis en exergue l’intérêt du Massachusetts Youth Screening Instrument. Nous avons également présenté les principales comorbidités associées au risque suicidaire dans cette population comme la toxicomanie et l’exposition traumatique. Conclusion : la systématisation d’un outil de dépistage du risque suicidaire et des autres comorbidités psychiatriques associées apparait primordial pour mieux repérer et prévenir les tentatives de suicides de ces adolescents à risque. Par ailleurs, au-delà d’un simple outil, des réévaluations régulières par des professionnels qualifiés et une bonne communication entre les différents services travaillant auprès de ces jeunes et leur famille s’avèrent primordiaux au vu de la vulnérabilité pédopsychiatrique de ces adolescents.

https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-03635167
Soumis le : vendredi 8 avril 2022 - 11:49:37
Dernière modification le : jeudi 14 avril 2022 - 03:24:06

Fichier Miranne_Adrien_37008336.pdf
Fichiers produits par l'(les) auteur(s)
Citation
Adrien Miranne Guivarc’h. Scoping review des outils de dépistage des conduites suicidaires des adolescents en milieu carcéral. Sciences du Vivant [q-bio]. 2021. ⟨dumas-03635167⟩

mardi 1 février 2022

MàJ Haute Autorité de Santé Recommandation de bonne pratique : Idées suicidaires chez l’enfant et l’adolescent : repérer, évaluer et orienter la prise en charge

Idées suicidaires chez l’enfant et l’adolescent : repérer, évaluer et orienter la prise en charge
Communiqué de presse - Mis en ligne le 30 sept. 2021 30 septembre 2021

En France, le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les jeunes. Les tentatives de suicide ont un retentissement psychologique et social très lourd, en plus des blessures et de la potentielle invalidité à long terme auxquelles il faut faire face. Pour tenter de prévenir ces événements, il est important de ne pas banaliser les idées suicidaires et d’y apporter une écoute attentive pour trouver une réponse rapide et adaptée. La HAS publie des recommandations de bonne pratique pour les professionnels chargés de repérer, évaluer et orienter les enfants et adolescents pouvant présenter un risque suicidaire à court, moyen ou long terme.

Depuis plus de 30 ans, le suicide représente la deuxième cause de mortalité chez les 15-24 ans et la 5ème cause de mortalité chez les moins de 13 ans. En 2016, 26 décès par suicide ont été enregistrés chez les moins de 15 ans et 352 chez les 15-24 ans, soit des taux respectifs de 0,3 et 4,5 pour 100 000 habitants.
Les professionnels en contact quotidien avec des enfants et adolescents se posent de nombreuses questions concernant les idées suicidaires : quels sont les principes généraux pour le repérage, la prise en charge et le suivi ? Comment repérer et évaluer les idées suicidaires ? Comment prévenir le passage à l’acte ?
Reconnaitre et prendre en charge un enfant ou un adolescent à risque suicidaire peut s’avérer délicat et demande un engagement collectif. Dans ce contexte et dans le cadre de son programme « Psychiatrie et santé mentale » 2018-2023, la HAS a décidé de mettre à jour ses recommandations de bonne pratique de prévention, repérage, évaluation et prise en charge des idées suicidaires chez l’enfant et l’adolescent à destination de l’ensemble des professionnels se trouvant régulièrement au contact d’enfants et d’adolescents. Ces recommandations sont adaptées aux différents maillons constituant la chaine de prise en charge (professionnels des urgences, acteurs de soins de 1ère ligne, hospitaliers et de 2ème ligne, professionnels non cliniciens, décideurs).
A terme, les objectifs sont multiples : réduire la fréquence des passages à l’acte, la mortalité, les handicaps et les incapacités résultant de tentatives de suicide et diminuer les nouvelles tentatives de suicide.

 Les idées suicidaires chez l’enfant et l’adolescent ne doivent pas être banalisées

Le suicide est un sujet tabou, douloureux et intime. Il est très difficile, surtout chez les plus jeunes, d’accepter de demander de l’aide concernant sa santé mentale. Il est commun de penser que la période de l’adolescence est difficile pour tout le monde et propice aux idées suicidaires, et il arrive très souvent que celles-ci soient donc banalisées. Pourtant, selon une enquête IPSOS pour la Fondation Pierre Deniker¹, 95% des jeunes sont globalement heureux et intéressés par la vie.

Parmi les signes qui doivent alerter, on retrouve : un changement brutal du comportement, la consommation fréquente de drogue ou d’alcool, les actes d’automutilation ou encore les propos suicidaires, qui ne doivent jamais être pris à la légère. Le repérage des enfants et des adolescents suicidaires repose sur une écoute active et un questionnement direct. Il est donc important de prendre au sérieux la parole de tous les enfants et adolescents qui expriment ces idées et de leur apporter une réponse réactive et adaptée. Par ailleurs, il est primordial de noter que le fait de poser de façon explicite la question à un enfant ou un adolescent sur la présence d’idées suicidaires n’induira pas de telles idées ou même un passage à l’acte.

 Des recommandations pour permettre aux différents acteurs de première ligne d’évaluer le risque suicidaire

Pour orienter l’échange avec les enfants et les adolescents, les professionnels disposent de plusieurs outils qui peuvent les guider dans la conduite de la consultation mais qui ne remplacent pas une écoute attentive et un questionnement direct :

  • Le Bullying Insomnia Tobacco Stress Test (BITS) aborde des points tels que la qualité du sommeil, le stress lié au travail scolaire et à l’ambiance familiale, les maltraitances, le tabagisme...
  • L’Ask Suicide-Screening Questions (ASQ) est utile lors des consultations pour des difficultés en lien avec la santé mentale ou lorsque des difficultés se révèlent au cours de la consultation. Celui-ci aborde directement les idées suicidaires.
  • La Columbia Suicide Severity Rating Scale peut aider pour un état des lieux des idées suicidaires et du risque potentiel de passage à l’acte à court, moyen ou long terme.

Pour une appréciation plus complète du risque suicidaire, un entretien avec l’enfant ou l’adolescent dans un contexte propice doit être réalisé : lieu adéquat, climat d’empathie, de non-jugement et de bienveillance, respect de la confidentialité. Celui-ci sera complété par le recueil d’informations auprès du ou des titulaires de l’autorité parentale ainsi que d’autres personnes, dans le respect du secret médical (infirmier et/ou médecin scolaire, médecin traitant, pédiatre, etc.) tout en prenant systématiquement en compte l’environnement de l’enfant et de l’adolescent, en particulier ses interactions avec sa famille et ses pairs. Ces échanges permettront notamment de recueillir des éléments sur d’éventuels problèmes liés au harcèlement sur les réseaux sociaux. D'autres entretiens différés pourront faire suite, dont le délai d’organisation doit être inversement proportionnel au niveau d’urgence et de vulnérabilité estimé.

 Le risque de vulnérabilité ou d’urgence suicidaire doit déterminer la prise en charge

L’évaluation d’une crise suicidaire de l’enfant ou de l’adolescent repose sur l’estimation du niveau d’urgence et de vulnérabilité, qui déterminera la suite de la prise en charge :

  • L’urgence suicidaire correspond à la probabilité que la personne adopte une conduite suicidaire potentiellement létale sur le court terme. Celle-ci ne doit jamais être sous-estimée. Elle nécessite l’appréciation du niveau de souffrance ou de douleur psychique, la caractérisation des idées suicidaires, la recherche d’un scénario suicidaire, l’estimation du niveau d’intentionnalité suicidaire et la recherche de facteurs dissuasifs.
  • La vulnérabilité suicidaire correspond à la probabilité que la personne adopte une conduite suicidaire sur le moyen ou le long terme. Celle-ci est liée aux facteurs de risque, tels que les antécédents personnels et familiaux, l’existence d’un trouble psychiatrique ou encore de difficultés d’ordre familial, et les facteurs de protection présentés par la personne, notamment le soutien social, la cohésion familiale, la spiritualité et les croyances religieuses.

Tout enfant ou adolescent ayant fait une tentative de suicide récente doit être orienté vers un service d’urgences, quel que soit le niveau d’urgence suicidaire actuel.

 Si l’enfant ou l’adolescent présente des idées suicidaires mais n’a pas fait de tentative de suicide récente, la conduite à tenir est fonction de l’évaluation de l’urgence suicidaire :

  • Si l’urgence suicidaire est élevée (inquiétude quant à un passage à l’acte imminent), l’enfant ou l’adolescent est envoyé aux urgences ;
  • Si l’urgence suicidaire est faible à moyenne, l’enfant ou l’adolescent est orienté vers une prise en charge ambulatoire de deuxième ligne (telle qu’un centre médico-psychologique ou un centre médico-psycho-pédagogique, un psychiatre libéral, ou selon le territoire une Maison des adolescents).

En dehors des situations d’urgence élevée, une réévaluation peut être reconduite à 2 ou 3 jours afin de préciser le niveau d’urgence et de vulnérabilité.

Pour éviter un nouveau passage à l’acte, il est recommandé de recourir au plan de sécurité. Il s’agit d’une intervention souple, de mise en œuvre relativement simple et dont l’efficacité est soutenue par des éléments de preuve, en particulier chez l’adolescent après une tentative de suicide. Celui-ci comprend :

  • L’identification des signaux d'alarme associés à une aggravation de la crise suicidaire,
  • Le renforcement des stratégies de coping²;
  • La sécurisation de l'environnement en limitant l'accès aux moyens de suicide ;
  • La mobilisation du réseau social de proximité ;
  • Le renforcement de l'adhésion au suivi et mise à disposition de ressources en cas d'urgence.

 ¹ Enquête réalisée en ligne par IPSOS auprès de 603 jeunes de 15 à 25 ans, 601 parents d’enfants de 11 à 25 ans et 235 enseignants, réalisée du 2 au 12 février 2016

² Ensemble des procédures et des processus qu'un individu peut imaginer et installer entre lui et un événement qu’il juge inquiétant, voire dangereux, afin d'en maîtriser les conséquences potentielles sur son bien-être physique et psychique.

Source https://www.has-sante.fr/jcms/p_3289297/fr/idees-suicidaires-chez-l-enfant-et-l-adolescent-reperer-evaluer-et-orienter-la-prise-en-charge

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Idées et conduites suicidaires chez l’enfant et l’adolescent : prévention, repérage, évaluation, prise en charge

Recommandation de bonne pratique - Mis en ligne le 30 sept. 2021

L’objectif de ce travail est l’élaboration de recommandations dans le but d’améliorer le repérage, l’évaluation, la prise en charge et le suivi des enfants et adolescents ayant des idées suicidaires ou des conduites suicidaires.

Après une présentation des définitions et des quatre principes généraux de la prévention du suicide, la recommandation comporte les parties suivantes :

  • Comment identifier les enfants et adolescents suicidaires ou à risque suicidaire ?
  • Comment évaluer une crise suicidaire de l’enfant ou de l’adolescent ?
  • Comment orienter ?
  • Comment prendre en charge la crise suicidaire en aigu ?
  • Prise en charge hospitalière
  • Plan de sécurité
  • Accompagnement de moyen et long terme
  • À la sortie d’un séjour hospitalier ou des urgences

Documents

 source https://www.has-sante.fr/jcms/p_3288864/fr/idees-et-conduites-suicidaires-chez-l-enfant-et-l-adolescent-prevention-reperage-evaluation-prise-en-charge


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Idées suicidaires de l’enfant et de l’adolescent : quelle prévention ?

Stéphanie Lavaud 31 janvier 2022 https://francais.medscape.com/*

France – La Haute Autorité de Santé (HAS) a publié en octobre dernier de nouvelles recommandations consacrées à la « prévention des idées suicidaires chez l’enfant et l’adolescent ». Lors du congrès de l’Encéphale 2022, le Dr Charles-Edouard Notredame (MCU-PH dans le service de Psychiatrie de l'Enfant et de l'Adolescent du CHU de Lille), qui a co-dirigé ce travail, est revenu sur les nouveautés de ce texte, tandis que son collègue, le Dr Vincent Trebossen, psychiatre de l'enfant et de l'adolescent à l’hôpital Robert Debré (Paris) a abordé l’impact de la pandémie Covid-19 sur la santé mentale des jeunes [1].

Suicide : 2ème cause de décès chez les 15-24 ans

Avec 23 cas chez les 5-14 ans en 2017 et 312 chez les 15-24 en 2017, le suicide des enfants et des adolescents reste rare. « Néanmoins rapporté aux chiffres de la mortalité à ces âges-là, ces chiffres prennent de l’importance puisque le suicide représente alors 14% de la part de la mortalité chez les 15-24 ans et se place en 2ème position de la cause des décès dans cette tranche d’âge », a rapporté le Dr Charles-Edouard Notredame.

Avant la crise Covid, c’était 8 adolescents de 17 ans sur 100 qui disaient avoir eu des idées suicidaires tandis que 14 avaient fait une tentative de suicide hypothéquant leur pronostic vital. Des chiffres préoccupants « car des études ont montré qu’une tentative de suicide à l’adolescence péjorerait, indépendamment de toute pathologie psychiatrique, le risque vital et fonctionnel et augmenterait le risque de troubles psychiatriques ultérieurement, de même que celui d’avoir davantage de troubles somatiques, de souffrir d’isolement et d’avoir besoin d’aide sociale », a expliqué le psychiatre lillois. Cette hypothèque de l’avenir des jeunes après une tentative de suicide, justifie, pour l’orateur, « l’effort considérable à mener en termes de prévention. »

Le fort impact Covid

Et ce d’autant qu’il y a véritablement un avant et un après Covid quant à la santé mentale des jeunes. Depuis 2019, les chiffres ont littéralement explosé avec plus de 126% de passages aux urgences pour des idées suicidaires chez les 11-17 ans, et une augmentation de 30% des tentatives de suicide. « Et le début 2022 est très inquiétant avec des données qui sont déjà le double de 2021 », a précisé le psychiatre lillois.

Un constat inquiétant corroboré par le Dr Vincent Trebossen, qui a vu une nette augmentation des passages aux urgences de l’hôpital Robert Debré (Paris) à partir de septembre 2020, surtout chez les moins de 15 ans, par rapport aux années précédentes. « Il est indéniable que le Covid a eu un impact sur la santé mentale », a affirmé le psychiatre parisien. S’il y a une tendance à l’augmentation depuis 2010, on assite à une nette accélération ces derniers mois, a-t-il précisé.

C’est donc dans ce contexte tendu que la HAS a procédé à la mise à jour des recommandations en matière de prévention, de repérage, d’évaluation et de prise en charge des idées suicidaires chez l’enfant et l’adolescent, parue en octobre 2021, alors que les dernières dataient de 1998. « L’idée a été de capitaliser sur les anciennes pour en faire de nouvelles », a expliqué le Dr Notredame, qui a copiloté ce travail.

Plusieurs changements de paradigme

Parmi les changements de paradigme retenus figure le fait de ne plus mettre de limites d’âge aux recommandations pour les adolescents et les jeunes suicidants, mais de les étendre à la tranche allant de 11 à 25 ans, compte-tenu que l’adolescence est « sous-tendue par un processus développemental biopsychosocial », explique le psychiatre lillois. Autre grand principe : les idées suicidaires de l’enfant ou de l’adolescent ne doivent plus être banalisées, il faut, autrement dit, « en finir avec l’idée communément admise que tout ado a des idées suicidaires ou que faire une tentative de suicide à l’adolescence, c’est normal » sachant qu’il existe un « continuum » allant des pensées suicidaires au suicide complété. « Il est largement étayé que les personnes qui adoptent des conduites suicidaires préparatoires sont exposées à un surrisque de tentatives de suicide futures, et que le fait d’avoir fait une tentative de suicide augmente à son tour le risque de mourir de suicide. De même, les idées suicidaires augmentent la probabilité d’une tentative de suicide ultérieure, voire d’un suicide complété », peut-on lire dans les recommandations.

En termes de prise en charge, il s’agit par exemple « de ne plus préconiser de façon systématique l’hospitalisation car de nombreux autres dispositifs sont nés depuis [les dernières recommandations], des dispositifs ambulatoires, des dispositifs originaux ou renforcés, des suivis étroits tels l’Asma à Marseille ou à VigilanS, le dispositif permettant de recontacter les jeunes après une tentative de suicide. On peut donc désormais s’appuyer sur des dispositifs post-hospitaliers et on a décidé aussi de mutualiser les différentes solutions qui peuvent être mises en œuvre après une tentative de suicide », a considéré le psychiatre.

Autre changement en termes de priorités et des enjeux de la prévention du suicide : passer sur le mode collectif. « S’il y avait à l’époque, une volonté de mobiliser le sanitaire, on veut aujourd’hui aller plus loin » et faire en sorte d’engager « la responsabilité collective, avec la nécessité d’une mobilisation de l’ensemble des acteurs de la prévention, supposant une meilleure coordination de l’action de ses acteurs dans le respect du champ de responsabilité et de compétence de chacun », a-t-il précisé.

Changement de vocabulaire : « appeler un chat, un chat »

Un point sur lequel les auteurs de la recommandation se sont montrés « un peu pointilleux, voire exigeant » est celui du vocabulaire employé pour désigner les conduites et pensées relatives au suicide. « Premièrement, on a préconisé d’arrêter de parler de « suicide accompli ou réussi » ou de « tentative de suicide ratée » parce que nous avons voulu vider la terminologie autour des conduites suicidaires de toutes dimensions morales », explique le Dr Notredame, « en considérant que ce n’est jamais une réussite de se suicider, que ce n’est jamais un échec de faire une tentative de suicide ». « Deuxièmement, on a évité tout ce qui est « idées noires, tentative de suicide, parasuicide » pour appeler un chat, un chat. Si on veut faire de la prévention et de la recherche exigeantes, il faut pouvoir avoir des terminologies précises sans utiliser des éléments de pudeur ». Le champ du vocabulaire faisant référence au champ pénal est aussi à bannir. Ainsi on parlera non plus de « récidives suicidaires mais de ré-itération suicidaire », ne pas dire « commettre un suicide mais plus simplement, se suicider. » De même, essayer d’éviter les termes « menaces de suicide ou chantage au suicide » qui sont aussi très connotés moralement, a indiqué le Dr Notredame.

Une approche globale, développementale, éco-systémique et pro-active

Sinon, de façon plus générale, les auteurs de la recommandation HAS ont souhaité « ancrer quatre principes forts de la prévention du suicide, à savoir une approche globale, développementale, écosystémique et proactive », a rappelé le psychiatre lillois.

« L’approche globale, c’est une approche multi-niveau, ciblée, impliquée, sélective et universelle. Cela signifie qu’elle est multimodale, conjuguant différentes actions, multidisciplinaires, avec différents champs pouvant être convoqués, mais aussi multi-secteurs, englobant le sanitaire, le médico-social, le social, l’éducatif.... L’approche développementale signifie, elle, que l’on prend en compte les besoins et les modalités d’action spécifiques à l’enfant et à l’adolescent », a décrypté le psychiatre. Par approche éco-systémique, comprendre que la famille doit tenir une place importante dans la prise en charge de conduites suicidaires. « Dans l’approche proactive, exit le temps où l’on attendait que l’adolescent soit motivé ou soit en demande, pour le prendre en charge. L’idée, c’est d’aller au-devant des enfants et des adolescents, et d’assumer le fait qu’ils ont des difficultés (surtout les ados) à demander de l’aide (surtout quand ils ne vont pas bien) ».

Le but de toute cette démarche est de « structurer une chaine de prévention depuis la détection qui s’appuie sur le repérage et le dépistage, puis l’évaluation de l’urgence et de la vulnérabilité suicidaire, l’orientation vers les bonnes ressources et, enfin, la prise en charge en termes de protection, de soins et d’accompagnement », a précisé l’orateur. « Nous avons proposé que toute cette chaîne s’appuie sur la structuration de parcours territoriaux auprès des acteurs de primaire et de seconde ligne », a-t-il poursuivi, avant de promouvoir, pour clore son intervention la ligne de prévention du suicide 3114 (voir encadré ci-dessous) mise en place fin 2021.

De nouveaux outils

Si la période pandémique a été (et est encore) une période très difficile en termes d’impact psychologique sur les enfants et les adolescents, elle a aussi vu émergé de nouveaux outils à destination de la population, a fait remarquer la Pre Priscille Gerardin, responsable de la pédopsychiatrie au CHU de Rouen, qui co-animait la session. Le Dr Vincent Trebossen a ainsi souligné la création du site de ressources clepsy.fr qui regroupe de nombreuses fiches pratiques, conçues par les professionnels du Centre d’Excellence des Troubles Neurodéveloppementaux de l'Hôpital Robert Debré AP-HP (InovAND) sous la houlette du Dr Benjamin Landman, pour accompagner les familles dans leur quotidien. (Lire Des fiches pour aider les parents d’enfants en difficulté pendant le confinement). Le Dr Notredame a, quant à lui, fait la promotion du numéro national de prévention du suicide mis en place le 1er octobre dernier. Gratuit et confidentiel, le 3114 permet une prise en charge sanitaire des personnes ayant des idées suicidaires 7j/7 et 24h/24, sur tout le territoire national.

https://francais.medscape.com/voirarticle/3608079#vp_1

 

lundi 25 octobre 2021

CANADA Évaluation du risque suicidaire : un aperçu des pratiques exemplaires et considérations

Évaluation du risque suicidaire : un aperçu des pratiques exemplaires et considérations
25 oct. 2021 par MHCC CSMC


Bien que le suicide puisse être évité, les taux au Canada sont demeurés relativement stables au cours des deux dernières décennies. L’évaluation du risque suicidaire par les cliniciens et les professionnels de la santé mentale joue un rôle fondamental pour déceler les risques et prévenir le suicide. Dans ce webinaire, Dr David Klonsky, Dr Joseph Sadek, et Dre Allison Crawford présentent une approche clinique à l’évaluation du risque suicidaire et décrivent les conditions provoquant le risque suicidaire, les forces et les enjeux dans l’évaluation du risque suicidaire auprès des diverses communautés en plus des recommandations pour de futurs travaux.

samedi 23 octobre 2021

ETUDE RECHERCHE Dépistage de la suicidalité à l'adolescence: présentation d'un outil pratique - le BITS


Dépistage de la suicidalité à l'adolescence: présentation d'un outil pratique - le BITS
HALLER, Dagmar M., MEYNARD-COLOMB, Anne, BINDER, Philippe
Abstract
Dans le cadre du congrès d’automne de la SSMIG 2018, nous avons présenté un atelier sur le repérage de la suicidalité à l’adolescence. L’atelier avait pour objectif de situer le rôle du médecin généraliste dans le repérage en cabinet des adolescents suicidaires et de faire découvrir le BITS, un nouvel outil de repérage de la suicidalité à l’adolescence. Cet article reprend les éléments théoriques présentés dans cet atelier, ainsi qu’un cas pratique pour illustrer l’utilisation du BITS dans la consultation.
HALLER, Dagmar M., MEYNARD-COLOMB, Anne, BINDER, Philippe. Dépistage de la suicidalité à l’adolescence: présentation d'un outil pratique - le BITS. Primary and Hospital Care, 2021, vol. 21, no. 07, p. 221-222

DOI: 10.4414/phc-f.2021.10368
Texte intégral    Article (Published version) (125 Kb) - Accès libre

Source https://archive-ouverte.unige.ch/unige:155380


vendredi 27 août 2021

USA Nouvelles recherches sur la prévention du suicide & Prévenir les biais dans les algorithmes de détection du risque de suicide

Nouvelles recherches sur la prévention du suicide

Alors que les taux de suicide restent élevés, les chercheurs s'efforcent de déterminer qui est le plus à risque et à quel moment.

Par Stéphanie Pappas Date de création : 25 août 2021 https://www.apa.org* Titre original New research in suicide prevention Vol. 52 n° 60

Le taux de suicide en Amérique reste obstinément élevé. Environ 44 800 Américains sont morts par suicide en 2020, et si les recherches antérieures se vérifient, la plupart d'entre eux n'ont jamais vu de professionnel de la santé mentale avant leur décès.

Pour inverser la tendance, les chercheurs cherchent de plus en plus des moyens plus nuancés de comprendre le suicide. Les recherches émergentes examinent en détail les personnes à risque, les différentes voies que peuvent emprunter les idées suicidaires et les caractéristiques communes des traitements qui semblent fonctionner. Reconnaissant que le comportement suicidaire connaît des hauts et des bas, cette approche vise à rencontrer les personnes au moment où le risque est le plus élevé.

"Nous avons systématiquement manipulé et ajusté les interventions pour essayer d'affiner ces éléments cruciaux vraiment importants", a déclaré Craig Bryan, PsyD, ABPP, psychologue clinicien au Wexner Medical Center de l'université d'État de l'Ohio, qui étudie le suicide, "et je pense que nous y arrivons".

L'un des principaux défis consistera à s'assurer que les personnes qui rencontrent des obstacles pour accéder aux soins de santé en raison du racisme systémique ou de la pauvreté bénéficient de ces innovations. Alors que l'attention se porte de plus en plus sur les interventions numériques et les algorithmes d'intelligence artificielle pour prédire le risque, les professionnels de la santé mentale devront travailler dur pour s'assurer que les nouveaux traitements ne creusent pas les disparités en matière de santé (voir Prévention des algorithmes de biais et équité ).

Évaluation du risque

L'un des problèmes les plus persistants de la prévention du suicide consiste à évaluer qui fera une tentative. Des recherches menées par Gregory Simon, MD, MPH, du Group Health Research Institute de Seattle, ont révélé que parmi les patients qui ont exprimé des idées suicidaires sur l'échelle de dépression du questionnaire de santé du patient, une mesure ambulatoire couramment utilisée, moins de 10 % ont adopté un comportement suicidaire au cours de l'année suivante ( Psychiatric Services, vol. 64, n° 12, 2013). Pendant ce temps, environ la moitié des personnes qui tentent de se suicider ou qui meurent par suicide nient au préalable avoir eu des idées suicidaires (McHugh, CM, et al., BJPsych Open , Vol. 5, No. 2, 2019).

Pour compliquer encore les choses, l'idéation suicidaire n'est pas constante, et même les patients les mieux suivis n'évaluent généralement leurs pensées suicidaires avec un clinicien qu'une fois par semaine. Cela peut être trompeur, a déclaré Bryan : Imaginez deux patients qui passent à peu près le même temps à se sentir suicidaires chaque semaine. Si l'un d'eux signale son niveau de pensées suicidaires lors d'un reflux d'idées, il peut sembler être à faible risque. L'autre, qui remplit une évaluation à un moment élevé, peut sembler plus à risque qu'il ne l'est en réalité. Selon Bryan, les cliniciens devraient donc rechercher des schémas, et non des moments particuliers. Par exemple, des recherches récentes menées par Bryan et ses collègues montrent qu'une accélération des hauts et des bas de l'idéation - les montagnes russes émotionnelles de la pensée suicidaire - pourrait être un indicateur d'une période de risque accru  (New Ideas in Psychology, , Vol. 57, 2020).

La technologie pourrait être une aubaine pour la surveillance continue, a déclaré Benjamin W. Nelson, docteur en médecine, chercheur postdoctoral à l'Université de Caroline du Nord à Chapel Hill et chercheur clinique chez Meru Health. Environ 85 % des Américains possèdent un smartphone, un chiffre similaire pour toutes les origines et ethnies, et ces appareils recueillent de nombreuses informations comportementales sur les mouvements, la communication et les émotions. Les dispositifs portables, bien que beaucoup moins répandus, recueillent des données supplémentaires sur des mesures physiologiques telles que la fréquence cardiaque et le sommeil. Les écarts par rapport à la ligne de base chez un individu donné peuvent indiquer un niveau de risque accru. Nelson et ses collègues étudient actuellement un échantillon communautaire d'adolescents utilisant des dispositifs portables pour mesurer la fréquence cardiaque, le nombre de pas, les calories, la distance parcourue et d'autres paramètres pour prédire les états affectifs (mesurés trois fois par jour par une notification push sur un smartphone) et les comportements d'automutilation.

Afin d'éviter d'aggraver les disparités raciales en matière de santé, ces méthodes doivent toutefois être utilisées avec prudence. Les utilisateurs de Wearables, en particulier, sont susceptibles d'être blancs et aisés. Ils peuvent également fausser des mesures comme la fréquence cardiaque en fonction de la couleur de la peau, car la lumière verte utilisée pour détecter le pouls ne pénètre pas la peau riche en mélanine, a expliqué M. Nelson. "Il est très important pour nous, dès le départ, d'être aussi inclusifs que possible dans le recrutement des participants et la formation des algorithmes d'apprentissage automatique", a-t-il ajouté.

Selon M. Nelson, les dispositifs portables pourraient être particulièrement utiles pour surveiller les jeunes suicidaires, car les adolescents sont à l'aise avec les technologies qui font déjà partie de leur vie quotidienne. Le risque de suicide chez les adolescents est peut-être encore plus difficile à évaluer que chez les adultes, a déclaré Cheryl King, PhD, psychologue clinique pour enfants et adolescents à la faculté de médecine de l'Université du Michigan. La prévalence des pensées et des comportements suicidaires atteint son maximum à l'adolescence, bien que le taux de décès par suicide soit plus faible chez les adolescents que dans les groupes d'âge plus élevés. "Ils méritent tous toute notre attention et notre aide", a déclaré Mme King à propos des adolescents qui ont des pensées suicidaires, "mais l'un des défis consiste à déterminer quels adolescents sont vraiment à haut risque et doivent être étroitement surveillés et protégés."

King et ses collègues travaillent à la validation d'un outil de dépistage universel, appelé Computerized Adaptive Screen for Suicidal Youth (CASSY), qui est conçu pour détecter le risque de suicide chez tout adolescent qui se rend au service des urgences. Au fur et à mesure que les jeunes avancent dans le dépistage, les questions s'adaptent aux réponses précédentes de l'utilisateur pour mesurer les différentes voies du risque, a expliqué M. King. Par exemple, un adolescent à risque peut consommer des drogues et de l'alcool de manière irréfléchie ; un autre peut ne jamais toucher aux substances mais être socialement isolé et anxieux. Dans une étude menée dans 14 services d'urgences pédiatriques et dans un hôpital de l'Indian Health Service, CASSY a pu identifier correctement 83 % des adolescents qui feraient une tentative de suicide dans les trois prochains mois, avec une spécificité de 80 % ( JAMA Psychiatry , Vol. 78 , n° 5, 2021).

Les chercheurs s'efforcent également de poser de meilleures questions aux adultes présentant un risque de suicide. Certains patients peuvent ne pas vouloir admettre leurs pensées suicidaires par peur d'une hospitalisation involontaire, tandis que d'autres peuvent vivre des idées suicidaires différentes de ce que demandent les questionnaires. "C'est là que nous mettons tous nos œufs dans le même panier, où tout dans le dépistage repose sur ce seul concept : Demander : "Pensez-vous à vous suicider ?"" a déclaré Bryan.

Le Dr Bryan et ses collègues travaillent sur d'autres méthodes de dépistage qui pourraient permettre de cerner les pensées sous-jacentes à une tentative de suicide. Leur Suicide Cognitions Scale demande aux patients dans quelle mesure ils sont d'accord avec des affirmations telles que "Je ne mérite pas d'être pardonné" ou "Je ne peux pas imaginer que quelqu'un puisse tolérer cette douleur".

"Ce que nous avons découvert maintenant dans de multiples études, c'est qu'elle permet en fait de prédire et d'identifier les patients qui font des tentatives de suicide mieux que de leur demander directement s'ils pensent à se tuer", a déclaré Bryan ( Military Psychology , première publication en ligne, 2021).

Améliorer les traitements

Aider les personnes à risque a parfois semblé être une bataille difficile. Une méta-analyse dirigée par Kathryn Fox, docteur en psychologie clinique de l'enfant à l'université de Denver, a révélé que 50 années d'essais contrôlés randomisés pour des interventions de prévention du suicide n'ont pas montré d'augmentation de l'efficacité des traitements développés au cours de cette période (Psychological Bulletin, , Vol .146, n°12, 2020).

Toutefois, cette méta-analyse n'incluait pas plusieurs essais prometteurs menés au cours des cinq dernières années. Les dernières recherches suggèrent que des interventions étonnamment brèves peuvent faire la différence.

Dans une étude dirigée par le président de l'Université de Memphis et psychologue clinicien M. David Rudd, PhD, les militaires randomisés pour recevoir une brève intervention de thérapie cognitivo-comportementale étaient 60% moins susceptibles de faire une tentative de suicide dans les 2 années suivantes que ceux randomisés pour un traitement habituel ( The American Journal of Psychiatry, Vol. 172, n° 5, 2015). L'intervention consistait en 12 séances individuelles de psychothérapie au cours desquelles le clinicien et le patient élaboraient un plan d'intervention en cas de crise, mettaient en pratique des compétences de base en matière de régulation des émotions et imaginaient utiliser ces compétences pour prévenir leur crise suicidaire initiale. Une étude de suivi sur le plan d'intervention en cas de crise - un document vivant dans lequel les patients élaborent des stratégies pour faire face aux techniques, aux réseaux de soutien et à la réduction de l'accès aux moyens létaux - a montré que la planification de la crise à elle seule réduisait les tentatives de suicide de 76 % au cours des six mois suivants, par rapport au fait de remplir un contrat de sécurité de base, qui demandait simplement au patient de promettre de ne pas se faire du mal ( Journal of Affective Disorders, Vol. 212, 2017). Les chercheurs se penchent également sur les moyens d'aider les patients à faire face aux pensées suicidaires qui peuvent s'immiscer dans leur vie quotidienne. Une étude récente dirigée par la psychologue clinicienne de l'Université Columbia, Barbara Stanley, PhD, qui a utilisé une évaluation écologique momentanée pour suivre la façon dont les personnes suicidaires faisaient face à leurs pensées suicidaires, a révélé que les techniques basées sur la distraction, telles que se tenir occupé ou socialiser, étaient les meilleures pour diminuer l'intensité des pensées suicidaires ( Journal of Psychiatric Research , Vol. 133, 2021).

"Plus n'est pas mieux", a déclaré Rudd. "Les interventions qui ont démontré leur efficacité sont brèves, et l'idée que la seule façon d'avoir un impact durable significatif et un changement de comportement est de recourir à des soins à long terme ne semble pas être soutenue scientifiquement."

Les traitements qui fonctionnent sont généralement faciles à comprendre, fondés sur la théorie et axés sur le traitement des patients en tant que partenaires, a déclaré Mme Rudd. Ils ciblent des compétences identifiables telles que la régulation des émotions et la résolution des problèmes, mettent l'accent sur la gestion des soins par le patient et améliorent l'accès au traitement et aux services de crise.

L'accès est crucial car plus de la moitié des adultes qui ont de sérieuses pensées suicidaires ne consultent pas un professionnel de la santé mentale (Substance Abuse and Mental Health Services Administration, National Survey on Drug Use and Health data review, 2016). Les personnes de couleur sont moins susceptibles d'avoir accès aux soins de santé mentale, et certains indices montrent que ces communautés sont en difficulté : Les données préliminaires de 2020 suggèrent que le taux de suicide aux États-Unis a diminué de 5 % pendant la pandémie, mais une analyse provisoire État par État suggère que le taux pourrait avoir augmenté dans certaines communautés de couleur  ( The New York Times, , 15 avril 2021).

Les chercheurs cherchent également des moyens d'élargir l'accès aux traitements les plus prometteurs. La pandémie a forcé l'expansion de la télésanté pour la prévention du suicide, qui fait encore l'objet de peu de recherches, ont écrit Alexander Chapman, PhD, psychologue de l'Université Simon Fraser, et Philippa Hood dans un commentaire récent (The Behavior Therapist, Vol. 43, No. 8, 2020). La télésanté a la capacité passionnante d'étendre la portée géographique des interventions contre le suicide, a déclaré M. Chapman, et elle peut être un ajustement naturel pour des interventions comme la thérapie comportementale dialectique (TCD), qui implique déjà un accompagnement par téléphone. Les chercheurs doivent cependant tester des interventions plus brèves dans le contexte de la télésanté, a ajouté Mme Chapman, car le nombre de prestataires formés pouvant assurer les interventions reste un facteur limitatif. Des interventions plus courtes, si elles sont efficaces, permettront de raccourcir les listes d'attente.

Étant donné qu'une grande partie des personnes ayant des idées suicidaires, quel que soit leur niveau socio-économique, se font initialement soigner dans les services d'urgence, la science de la mise en œuvre sera cruciale pour déterminer la meilleure façon d'aider le personnel des services d'urgence à dépister les patients et à les mettre en contact avec des services auxquels ils peuvent accéder et qu'ils trouveront utiles, a déclaré M. King. Il s'agit d'une question particulièrement urgente pour les adolescents, car la TCD est le seul traitement efficace et bien validé pour la prévention du suicide chez les jeunes, mais la plupart des patients pédiatriques ne peuvent pas recevoir de TCD parce qu'elle est difficile d'accès et coûteuse. "Je n'ai rien contre la TCD, a déclaré King, mais je pense qu'une partie de la question est de savoir comment développer d'autres interventions et traitements qui pourraient être plus accessibles."

L'avenir pourrait apporter des options pour un traitement auto-administré. Rudd et ses collègues testent une application basée sur la thérapie cognitivo-comportementale appelée Aviva pour la prévention du suicide chez les adultes. Cette application permet aux patients de se connecter à un clinicien par le biais de la télésanté, mais l'équipe teste également une version que les patients peuvent utiliser de manière autonome pour voir si elle fonctionne aussi bien. Si tel est le cas, les personnes ayant des pensées suicidaires pourraient obtenir l'application par l'intermédiaire des médecins généralistes, qui ont une portée bien plus grande que la plupart des spécialistes de la santé mentale.

Les chercheurs s'efforcent également d'atteindre les populations qui pourraient se méfier des professionnels de la santé mentale ou résister à la recherche d'aide. La moitié des suicides aux États-Unis sont commis par arme à feu, a déclaré le psychologue Michael Anestis, directeur exécutif du New Jersey Gun Violence Research Center. Tous les propriétaires d'armes à feu ne sont pas vulnérables aux pensées suicidaires, mais Michael Anestis et ses collègues ont constaté que ceux qui achètent des armes en réponse à des événements menaçants - comme la pandémie de COVID-19 - sont plus susceptibles d'avoir eu des idées suicidaires récentes et dans leur vie ( American Journal of Preventive Medicine, Vol. 60, n° 3, 2021). "L'une des choses qui distingue le risque chez les propriétaires d'armes à feu pourrait être cette sensibilité générale à la menace et cette suspicion à l'égard du monde", a déclaré Anestis. "Malheureusement, cette même pulsion sous-jacente d'achat pourrait également les rendre à risque pour des choses comme les pensées suicidaires."

Anestis et son équipe travaillent sur des moyens d'adapter les messages sur le stockage sûr des armes à feu aux propriétaires d'armes (pour en savoir plus sur ses travaux, voir page 37), dans l'espoir que le stockage sûr ait un effet dissuasif pour ralentir le comportement suicidaire sur le moment. Un essai de contrôle randomisé mené auprès de membres de la Garde nationale du Mississippi a révélé qu'une brève intervention de conseil sur les moyens létaux et la fourniture de verrous amélioraient le stockage sécurisé des armes à feu par rapport au traitement habituel jusqu'à 6 mois après l'intervention ( American Journal of Public Health , Vol. 111, n° 2, 2021).

Il s'agit d'une approche légèrement oblique de la prévention du suicide, mais qui peut toucher des groupes qui ne peuvent pas ou ne veulent pas venir parler de leurs problèmes à un thérapeute. "La réalité est que les personnes qui se suicident à l'aide d'une arme à feu appartiennent à des groupes démographiques qui sont moins susceptibles de demander de l'aide", a déclaré M. Anestis. "Il s'agit de planter des graines".

Lectures complémentaires
Saving lives: Recognizing and intervening with youth at risk for suicide
Arango, A., et al,. Annual Review of Clinical Psychology, 2021
Gaining competency in suicide prevention (sources for graduate students)
APA
Telehealth tips: Managing suicidal clients during the COVID-19 pandemic
Center for Practice Innovations

 * https://www.apa.org/monitor/2021/09/news-suicide-prevention

 

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COMPLEMENT :
Prévenir les biais dans les algorithmes de détection du risque de suicide

Date de création : August 25, 2021  https://www.apa.org/* Titre original Preventing bias in algorithms to detect suicide risk  Vol. 52 n° 6

L'essor de l'apprentissage automatique a fait naître l'espoir que l'intelligence artificielle (IA), capable de déceler des schémas dans des ensembles de données complexes, pourrait faire mieux que les cliniciens pour évaluer le risque de suicide. L'application de programmes d'IA aux dossiers médicaux est encore une entreprise récente, et les algorithmes sont généralement meilleurs pour prédire qui ne se suicidera pas (presque tout le monde dans ces ensembles de données) que pour prédire qui se suicidera (un groupe beaucoup plus petit et plus insaisissable).

Une nouvelle étude met en garde contre le fait que, s'ils ne sont pas étudiés et déployés avec soin, ces algorithmes pourraient finir par faire plus de mal que de bien. L'étude a testé deux algorithmes conçus pour prédire les décès par suicide dans les 90 jours suivant une visite médicale, sur la base d'une analyse des dossiers médicaux électroniques des patients. Le premier algorithme a identifié correctement près de la moitié des décès par suicide chez les patients blancs, et le second, 41 %, chez ceux qui se situaient dans les 5 % les plus à risque (JAMA Psychiatry, vol. 78, n° 7, 2021). Mais les deux algorithmes ont obtenu des résultats abyssaux avec les patients de couleur. Le premier algorithme n'a identifié correctement que 7 % des patients noirs et amérindiens ou originaires d'Alaska dans les 5 % de risque les plus élevés qui allaient se suicider, et le second n'a identifié correctement que 3 % des patients noirs et 7 % des amérindiens ou originaires d'Alaska dans cette catégorie de risque qui sont morts par suicide.

Cette disparité est en partie d'ordre mathématique, a déclaré l'auteur principal, Yates Coley, docteur en biostatistique au Kaiser Permanente Washington Health Research Institute. Tout algorithme sera meilleur pour faire des prédictions sur des ensembles de données plus importants, et il y avait plus de patients blancs dans le système médical que de patients noirs et indigènes de couleur (BIPOC). Mais à ce problème s'ajoute celui du racisme structurel : Les populations noires et indigènes de couleur ont moins accès aux soins de santé mentale et ont donc moins de traces de leurs luttes, a déclaré Coley. "Même lorsque les populations BIPOC ont accès aux soins de santé mentale, elles sont moins susceptibles d'être diagnostiquées et traitées de manière appropriée, ce qui signifie que les données des dossiers médicaux ne reflètent pas précisément la gravité de la maladie", a-t-elle ajouté.

La recherche montre clairement l'importance de tester, modèle par modèle, si les algorithmes renforcent les disparités en matière de santé, a déclaré Mme Coley. "La mise en œuvre clinique des modèles de prédiction du suicide que nous avons examinés exacerberait les disparités existantes en matière d'accès à la santé mentale, de traitement et de résultats pour les patients noirs, amérindiens et autochtones de l'Alaska", a-t-elle déclaré.

https://www.apa.org/monitor/2021/09/sidebar-preventing-bias

vendredi 30 juillet 2021

ETUDE RECHERCHE Psychometric validation of the French version of the Suicidal Ideation Attributes Scale (SIDAS-FR)

Psychometric validation of the French version of the Suicidal Ideation Attributes Scale (SIDAS-FR)

Geoffrey Gauvin 1 , Cécile Bardon 1 2 , Louis-Philippe Côté 1 2
Affiliations
1 Centre for Research and Intervention on Suicide, Ethical Issues and End-of-Life Practices, Université du Québec à Montréal, Québec, Canada.
2 Department of Psychology, Université du Québec à Montréal, Québec, Canada.

PMID: 34282700
DOI: 10.1080/07481187.2021.1951395
. 2021 Jul 20;1-9. doi: 10.1080/07481187.2021.1951395. Online ahead of print.
Abstract

The purpose of this study was to validate in French the Suicidal Ideation Attributes Scale (SIDAS) using an online community survey that was completed by 2304 French-speaking Quebec participants (adolescents and adults). The SIDAS-FR demonstrated high internal consistency (α = .83), a unifactorial structure, and strong convergent validity with relevant constructs. Cutoff scores of ≥13 for moderate severity and ≥20 for high severity of suicidal ideations were optimal. The excellent psychometric properties of the French-Canadian version of the SIDAS support its use as an effective tool for online screening of suicidal ideations, for both adolescents and adults.
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/34282700/

Taylor & Francis


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INFO +
OUTIL EVALUATION Suicide Ideation Attribution Scale (SIDAS): un outil bref de repérage du risque suicidaire maintenant traduit et validé en français

vendredi 4 juin 2021

OUTIL EVALUATION Suicide Ideation Attribution Scale (SIDAS): un outil bref de repérage du risque suicidaire maintenant traduit et validé en français

Suicide Ideation Attribution Scale (SIDAS): un outil bref de repérage du risque suicidaire maintenant traduit et validé en français

lundi 31 mai 2021 source  crise.ca

Téléchargez le manuel de la version française du Suicidal Ideation Attribution Scale (SIDAS-FR)

Dans le contexte de la Stratégie numérique de prévention du suicide du Québec (www.suicide.ca), l’Association québécoise de prévention du suicide (AQPS) et le CRISE ont travaillé en collaboration étroite pour répondre à un besoin: se doter d’outils validés empiriquement pour soutenir l’identification et l’orientation des personnes suicidaires vers les services adéquats.

Pour ce faire, l’AQPS a mandaté des chercheurs au CRISE pour traduire et valider en français un bref outil de repérage du risque suicidaire, le Suicide Ideation Attribution Scale (SIDAS). Le SIDAS-FR a fait l’objet d’une recherche psychométrique de validation, effectuée en ligne en 2020. Une fois validé, et grâce à un travail en partenariat, le SIDAS-FR a été intégré dans l’algorithme d’autoévaluation en santé mentale, à la base de l’orientation et de l’accompagnement des utilisateurs des services numériques de prévention du suicide.

Le SIDAS-FR est une échelle conçue pour le repérage des personnes présentant des idéations suicidaires et l’estimation de la sévérité des idéations.

Avantages

  • Questionnaire bref pouvant être rempli par l’usager
  • Peut être utilisé comme outil de repérage du risque suicidaire et d’estimation de la sévérité des pensées suicidaires
  • Validé pour un usage en ligne

Limites

  • Ne remplace pas une évaluation approfondie du risque suicidaire en complément
  • Normes du questionnaire doivent être confirmées des études subséquentes, particulièrement pour certains sous-groupes (ex. adolescents)
  • N’est pas encore validé pour le monitorage de l’évolution des idéations suicidaires

lundi 31 mai 2021

ETUDE RECHERCHE Étude Multi-Échelles de Profils de Patients avec Risque de Suicide

Étude Multi-Échelles de Profils de Patients avec Risque de Suicide
Victoire Bénard 1

1
Lille Neuroscience & Cognition, Inserm U1172, Univ Lille, University Hospital of Lille, France.

Résumé : Dans la littérature scientifique actuelle, des études ont mis en évidence par une approche transdiagnostique, l’implication de facteurs cliniques, biologiques et génétiques spécifiques des conduites suicidaires indépendamment d’un diagnostic de trouble psychiatrique de l’Axe I ou II du Manuel Diagnostique et Statistique des Troubles Mentaux (DSM) (1–3). De plus, l’existence d’un trouble psychiatrique n’apparaît pas être discriminante pour définir certains types de profils de patients à risque de suicide (4–6). En effet, le suicide peut toucher à la fois des personnes dites en situation de crise mais il est largement reconnu que les pathologies psychiatriques restent à haut risque de suicide, notamment les troubles de l’humeur tels que les troubles bipolaires et les dépressions unipolaires, et plus particulièrement avec caractéristiques psychotiques (7,8). De plus, des facteurs de risque spécifiques de suicide ont été retrouvés dans chacune de ces différentes populations (9,10). Ainsi, avec cette conception moderne du suicide, il semble pertinent d’étudier le risque suicidaire dans diverses populations de suicidants, souffrant ou non de troubles psychiatriques, et en utilisant une approche tant épidémiologique, dynamique avec l’actigraphie, et biologique (3,11,12). En me basant sur cette approche, mon projet de thèse s’articule en 3 axes décrits ci-après, et consiste à identifier des facteurs de risque de récidive de tentative de suicide ainsi qu’à définir des profils de patients suicidants dans des populations différentes. Pour cela, plusieurs études coordonnées permettront de réaliser une évaluation multi-échelles de la vulnérabilité suicidaire de façon transdiagnostique et de façon ciblée dans les troubles de l’humeur uni- et bi-polaires.
https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-03240566
Soumis le : vendredi 28 mai 2021

Fichier 2020LILUS010.pdf
Version validée par le jury (STAR)

Victoire Bénard. Étude Multi-Échelles de Profils de Patients avec Risque de Suicide. Médecine humaine et pathologie. Université du Droit et de la Santé - Lille II, 2020. Français. ⟨NNT : 2020LIL2S010⟩. ⟨tel-03240566⟩
 

lundi 8 février 2021

ROYAUME UNI/ CRITIQUE DEBAT REFLEXION "Ce que le travail dans les services d'urgence m'a appris sur le risque de suicide"

 "Ce que le travail dans les services d'urgence m'a appris sur le risque de suicide"

Traduction de l'article "What working in emergency care taught me about suicide risk", Gavin Tuckeris a trainee psychiatrist at the Maudsley Training Programme in London and co-president of the Junior Doctors Committee, 2020-21. His co-authored book A Guide to Psychiatric Examination is forthcoming in 2021.

Edited by Lucy Foulkes https://psyche.co/*


Isabel voulait échapper à la douleur avec laquelle elle a vécu pendant des années. Elle n'était pas sûre de ce qui allait arriver après la mort, mais elle savait que ce serait mieux que sa vie à ce moment-là. Quelques heures plus tard, après que son mari l'ait trouvée entourée de paquets de médicaments vides et d'une bouteille de vodka, je me prépare à l'évaluer aux urgences.

D'après ses notes, je vois qu'Isabel a consulté une équipe de santé mentale communautaire l'année dernière pour cause de dépression. Lors de la première consultation, ils ont remarqué une consommation excessive d'alcool pour faire face à ses sentiments, mais cela n'a pas été évoqué de nouveau. Je vois aussi qu'elle a eu un rendez-vous la semaine dernière pour augmenter la dose de son antidépresseur, et que l'équipe a mis à jour son évaluation des risques. Je vérifie le risque de suicide : faible.

Mon cœur s'enfonce. "Faible" ne me dit rien sur Isabel, et n'explique pas pourquoi elle a essayé de mettre fin à ses jours. Le mot "faible" m'a laissé plus confus que lorsque j'ai commencé.

À l'heure actuelle, dans de nombreuses régions du monde, toute personne évaluée par un professionnel de la santé mentale fait l'objet d'une évaluation du risque de suicide lors de son premier rendez-vous. Si elle est vue par une nouvelle personne - par exemple, dans un service d'urgence - l'évaluation sera refaite. Sur cette base, un patient est généralement classé comme présentant un risque de suicide faible, moyen ou élevé, voire aucun risque.

Le problème est que ces catégories ne permettent pas de prédire avec précision si un individu va mourir par suicide. Les recherches montrent que 85 % des personnes qui se sont suicidées alors qu'elles étaient prises en charge par des services de santé mentale ont été considérées comme présentant un risque immédiat "faible" ou "nul" lors de leur évaluation finale. Dans le même temps, seulement 5,5 % des personnes étiquetées comme présentant un "risque élevé" de suicide mourront de cette façon. Les enquêtes des experts ont maintenant clairement indiqué que ces outils d'évaluation "catégorique" des risques ne devraient pas être utilisés pour prendre des décisions cliniques, comme par exemple l'admission d'une personne à l'hôpital.

Malgré cela, la majorité (85 %) des services de santé mentale au Royaume-Uni utilisent ce type d'évaluation du risque de suicide. Cette approche est également courante dans d'autres pays, dont les États-Unis. Cela s'explique en partie par le fait qu'elles sont rapides et simples à utiliser : une simple série de cases à cocher (une section de texte libre est généralement fournie à la fin, mais elle est facultative). En outre, ces catégories simples facilitent la collecte de données à des fins de recherche. Mais la rapidité et la facilité ne comptent pas beaucoup lorsque l'outil n'est pas précis, et n'aide donc pas réellement les patients ou la communication entre les cliniciens.

Le problème est que les évaluations catégorielles des risques reposent trop sur des facteurs de risque à l'échelle de la population, au lieu de tenir compte des circonstances individuelles. La décision de savoir si une personne est à haut risque, et donc quel niveau de soins est nécessaire, est basée sur des facteurs généraux tels que l'âge et le fait qu'elle soit ou non au chômage. Mais ce sont les détails individuels qui nous indiquent à quel point une personne a besoin d'aide et ce que nous pouvons faire pour y remédier.

Le suicide est un comportement humain très complexe qui implique une myriade de facteurs personnels et une grande part d'incertitude. Comment placer une personne dans une catégorie de risque peut-elle être utile alors que les gens sont poussés et retirés de ces catégories chaque jour par les événements de la vie et les symptômes fluctuants de la maladie mentale ? Pensez à la possibilité qu'un parent laisse l'armoire à pharmacie ouverte, ou au décès d'un proche dans un accident de voiture, et à l'impact que ces événements auraient sur le risque de suicide d'une personne. En outre, les facteurs de risque de suicide à l'échelle de la population nous renseignent largement sur le risque de suicide d'une personne au cours de sa vie, mais dans la pratique clinique, nous devons porter un jugement sur les jours, les semaines et les mois à venir. Enfin, "faible" et "élevé" sont des termes comparatifs : "faible" et "élevé" comparés à quoi ? Cela n'est jamais précisé dans un outil d'évaluation des risques.

Quelle que soit la manière dont nous évaluons les risques, nous ne devons pas laisser la bonté et la compassion humaines s'effondrer

Malgré ces défis, nous ne pouvons pas devenir nihilistes, car nous croyons qu'il n'y a rien que nous puissions faire pour réduire le risque de suicide. Cela créerait des excuses pour les soins de qualité inférieure et ignorerait le vaste corpus de recherche sur les facteurs de risque de suicide et les interventions qui peuvent y contribuer. Par exemple, une intoxication alcoolique aiguë est associée à un risque plus de six fois plus élevé d'actes suicidaires. Comprendre cela inciterait les cliniciens à s'interroger, dans leurs évaluations, sur la consommation récente de boissons alcoolisées, et pas seulement sur la consommation chronique d'alcool. Cela créerait à son tour davantage de possibilités d'apporter un soutien à l'abus d'alcool, dont il a été démontré qu'il réduisait les taux de suicide.

Ce dont nous avons besoin, c'est d'un cadre différent pour comprendre le risque de suicide. L'un de ces cadres est la formulation du risque, qui implique la création d'un récit de type prose narrative sur le risque d'une personne. Une version complète de ce cadre a été proposée par les cliniciens universitaires américains Anthony Pisani, Daniel Murrie et Morton Silverman en 2016. Au lieu de simplement classer un patient comme étant à risque faible, moyen ou élevé, la formulation du risque crée un plan de gestion hautement individualisé et totalement intégré dans le processus d'évaluation. Au lieu de demander "Quel est le niveau de risque ?", elle demande "Qu'est-ce qui contribue au risque, et que pouvons-nous faire pour aider ? Il est essentiel que les patients eux-mêmes soient impliqués dans la compréhension de leur risque et de ce qui peut être fait à l'avenir - un exemple de la "coproduction" recommandée dans le rapport 2020 du Collège royal des psychiatres sur le suicide et l'automutilation.

Avec cette approche, le clinicien recueille des informations à partir du dossier du patient, et des patients eux-mêmes, pour déterminer quatre aspects différents du risque :

1- Statut de risque. Cette partie est toujours catégorique (faible, moyen, élevé) mais la différence est que le clinicien doit préciser à quel sous-groupe la personne est comparée. Par exemple, je pourrais écrire que le niveau de risque d'Isabel est plus élevé que celui de la plupart des personnes souffrant de dépression en raison de ses antécédents de consommation excessive d'alcool. Cette étape est influencée par des facteurs de risque "statiques" tels que l'âge, le sexe et le fait que la personne ait des antécédents d'automutilation, ainsi que par des facteurs de protection tels que le fait que la personne ait des enfants ou de fortes convictions religieuses contre le suicide.
2- État de risque. Dans cette étape, nous examinons comment le niveau de risque actuel d'une personne se compare à son propre niveau de risque à un moment antérieur - comme lors de son dernier rendez-vous, ou fait la moyenne de plusieurs rendez-vous passés. L'état de risque est déterminé par des facteurs "dynamiques" : événements stressants récents tels qu'une perte d'emploi ou une rupture, tentatives de suicide récentes, niveau de détresse actuel du patient et relations avec les services de santé mentale. Cela nous permet de savoir si des changements importants dans la situation individuelle de cette personne ont pu la placer dans une situation de risque accru de suicide.
3- Ressources disponibles sur lesquelles s'appuyer (ou plan de sécurité). Ce plan décrit ce que les patients pourraient faire lorsqu'ils auront à nouveau des difficultés ou se sentiront suicidaires. Il est adapté aux circonstances spécifiques du patient et peut inclure des conseils pratiques pour rendre le domicile plus sûr, des activités apaisantes, des distractions et des sources de soutien.
4- Les changements prévisibles qui pourraient exacerber le risque. Au cours de cette étape, nous notons tous les problèmes potentiels tels qu'un changement prochain de soins pour une jeune personne, un logement instable, des difficultés financières et des problèmes relationnels. Cela nous aide à comprendre s'il pourrait y avoir des problèmes à l'horizon, ce qui peut ensuite alimenter le plan de sécurité ci-dessus. Par exemple, si nous savons qu'un patient boit souvent de façon excessive lorsqu'il se sent stressé ou perturbé, et qu'il a des antécédents de comportement suicidaire après avoir bu de façon excessive, alors un plan peut être créé pour l'aider à faire face différemment au stress potentiel à venir.

La formulation des risques telle qu'elle est présentée ici est encore un concept relativement nouveau. Cependant, elle est déjà en train de gagner du terrain dans un programme national de prévention du suicide aux États-Unis. Au Royaume-Uni, 15 % des services utilisent déjà des outils basés sur la formulation, mais ils sont souvent développés au niveau local. Des lignes directrices nationales sur la formulation du risque de suicide sont nécessaires, car elles fourniraient des détails sur une approche de "référence" en matière de formulation, garantissant la cohérence et la qualité de tous les services.

Nous avons également besoin d'études empiriques qui comparent les taux de suicide chez les personnes qui ont bénéficié d'une formulation du risque avec ceux qui ont bénéficié d'une évaluation catégorique du risque. Si ces études montrent que la formulation du risque améliore effectivement les résultats pour les patients, un changement culturel est nécessaire. Je sais, pour les avoir faites moi-même, que la rédaction de formulations demande beaucoup de temps et de travail, mais je sais aussi qu'elles permettent aux autres cliniciens de mieux comprendre les besoins d'un individu. Les systèmes de pratique dans le domaine des soins de santé sont profondément ancrés et mettent des années à changer, sans l'aide des systèmes informatiques déjà mis en place pour utiliser des outils d'évaluation catégorielle des risques. Il faudra du temps pour mettre en place le soutien massif nécessaire pour intégrer la formulation des risques dans la pratique psychiatrique standard.

Quelle que soit la manière dont nous évaluons les risques, nous ne devons pas laisser la bonté et la compassion humaines s'effondrer. L'"évaluation" est un exercice thérapeutique autant que diagnostique. Lorsque les cliniciens rencontrent un patient aux urgences, il est possible que cette personne n'ait jamais dit à personne ce qu'elle ressent et qu'elle partage ces sentiments avec un parfait inconnu. Les cliniciens doivent être chaleureux, empathiques et ne pas porter de jugement. Ils doivent valider la détresse de la personne et l'aider à donner un sens à ce qui lui arrive. Lorsque je rencontre Isabel dans le chaos d'un service d'urgence à 3 heures du matin, je dois me rappeler qu'elle n'est pas venue ici pour que je lui donne un diagnostic, ni pour lui dire à quel point je pense qu'elle pourrait être en danger. Elle est venue ici pour se sentir en sécurité, et je suis là pour l'aider.

Les opinions exprimées ici sont entièrement celles de l'auteur.

Aux États-Unis, le numéro de téléphone de la National Suicide Prevention Lifeline est le 1-800-273-8255
Au Royaume-Uni et en Irlande, les Samaritains peuvent être contactés au 116 123 ou par courriel à jo@samaritans.org ou jo@samaritans.ie
En Australie, le service de soutien en cas de crise Lifeline est 13 11 14
D'autres lignes d'assistance téléphonique internationales sont disponibles à l'adresse suivante : www.befrienders.org

https://psyche.co/ideas/what-working-in-emergency-care-taught-me-about-suicide-risk

vendredi 29 janvier 2021

CANADA Évaluation du risque suicidaire - trousse et guide

Évaluation du risque suicidaire - trousse et guide

L'Institut canadien pour la sécurité des patients (ICSP) s'est associé avec la Commission de la santé mentale du Canada (CSMC) afin d'aider les travailleurs et les organismes de soins de santé à sélectionner et comparer les outils d'évaluation du risque de suicide disponibles au Canada. Pour chaque décès par suicide, on estime qu'entre quinze et trente personnes sont profondément marquées - cette trousse peut aider à informer et à renforcer le processus d'évaluation du risque suicidaire.

Cette Trousse vise à dresser un portrait général des éléments à prendre en considération pour l'utilisation d'outils d'évaluation du risque suicidaire et propose une liste non exhaustive des outils canadiens et internationaux disponibles accompagnés de leurs descriptions. Elle se veut un guide informatif de consultation rapide, destiné aux travailleurs et aux organismes de soins de santé souhaitant comparer ces outils et les aider à faire un choix. Le processus d'évaluation du risque suicidaire est complexe. Bien que les outils d'évaluation aient un rôle important à jouer, ils devraient servir à étayer, et non à remplacer, le jugement clinique.

Utilisez cette trousse, élaborée par l'ICSP et la CSMC, pour vous aider à sélectionner/comparer les outils afin de compléter l'évaluation du risque suicidaire.

Téléchargez la trousse

Pour obtenir de plus amples renseignements sur l'évaluation du risque suicidaire, notamment sur le rôle des travailleurs et des organismes de soins de santé, consultez le Guide-répertoire des ressources sur l'évaluation et la prévention du risque suicidaire à l'intention des organismes de santé (disponible en anglais seulement).

Téléchargez le guide
(en anglais seulement)

Nous reconnaissons la nécessité de disposer d'outils d'évaluation du risque suicidaire qui soient réellement inclusifs et fondés sur des principes d'équité et de diversité. Nous vous encourageons à chercher des occasions de collaborer avec différentes populations, notamment les Premières nations, les Inuits, les Métis, les personnes qui s'identifient comme 2SLQBTQ+, ainsi que les groupes d'immigrants, de réfugiés, ethnoculturels et racialisés, afin de comprendre leurs besoins spécifiques et d'être en mesure d'y répondre.

Commandité par : l'Institut canadien pour la sécurité des patients (ICSP) et la Commission de la santé mentale du Canada (CSMC). La production de la présente trousse a été rendue possible grâce à la contribution financière de Santé Canada.

source https://www.patientsafetyinstitute.ca/fr/toolsresources/suiciderisk/pages/default.aspx