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vendredi 5 avril 2024

Les morts maternelles en France : Les données clés de l'ENCMM 2016-2018. 7e rapport de l’Enquête nationale confidentielle sur les morts maternelles (ENCMM) 2016-2018

Les morts maternelles en France : Les données clés de l'ENCMM 2016-2018. 7e rapport de l’Enquête nationale confidentielle sur les morts maternelles (ENCMM) 2016-2018

Publié le 3 avril 2024
Mis à jour le 29 mars 2024

Principaux résultats, en chiffres et images, de la septième édition de l'enquête nationale confidentielle sur les morts maternelles 2016-2018 menée par le Comité national d'experts sur la mortalité maternelle..La deuxième infographie traite des principales causes de décès des mères selon le moment de survenue de la complication médicale.

Année de publication : 2024

"Un résultat marquant est la place prépondérante des suicides et causes psychiatriques de décès
qui se confirme pour la période 2016-2018, première cause de mortalité maternelle considérée
jusqu’à un an (17 %), avec un RMM de 1,9/100 000 NV, soit environ un décès maternel de cause
psychiatrique toutes les trois semaines in France. "

"Le suicide maternel n’est pas un acte isolé  mais une problématique de santé publique"

  • Le 7e Rapport de l’Enquête confidentielle sur les morts maternelles: 2016-2018, est en ligne ici

    • Infographie : Les données clés de l’enquête 2016-2018 Lien

    • Document de synthèse ENCMM 2016-2018 Lien

    • Infographie : Les principales causes de décès en fonction du stade de grossesse, 2016-2018 Lien

  •  Le Comité national d’experts sur la mortalité maternelle actualise les «  messages clés » issus de l’analyse de la période 2016-2018 Lien

vendredi 25 août 2023

ETUDE RECHERCHE Étude qualitative portant sur le dépistage et la prévention du risque de suicide maternel par les sages-femmes libérales d’Isère

 Étude qualitative portant sur le dépistage et la prévention du risque de suicide maternel par les sages-femmes libérales d’Isère

Céline Celestri Fonction : Auteur
PersonId : 1277416

Université Grenoble Alpes - UFR Médecine - Département de Maïeutique
Résumé
L’objectif de cette étude était d’interroger des sages-femmes libérales afin de savoir de quelle manière elles se sentent concernées par le suicide maternel et de comprendre comment elles dépistent et préviennent ce risque. Nous avons aussi cherché à connaître les connaissances générales des sages-femmes libérales sur ce sujet. Le recueil des données a été effectué par des entretiens individuels semi-directifs. Les sages-femmes inclues volontaires (n=8) avaient le sentiment d’avoir accompagné une patiente à risque de suicide maternel et travaillaient en libéral dans le département de l’Isère. Les résultats ont montré que les sages-femmes libérales sont sensibles à la santé mentale des femmes en période périnatale et qu’elles ont les capacités de dépister et de prévenir le risque de suicide maternel. Cependant, elles ignorent l’existence des outils mis à leur disposition ou les utilisent peu. De plus, les connaissances générales des sages-femmes libérales sur le suicide maternel en France semblent limitées. En conclusion, les données de notre étude sont concordantes avec la littérature et montrent l’importance des projets de santé nationaux. Le dépistage et la prévention du suicide maternel sont une priorité de santé publique et cela passe par la sensibilisation et la formation de tous les professionnels de santé dont les sages-femmes font partie.

https://dumas.ccsd.cnrs.fr/DUMAS/dumas-04187296v1

jeudi 16 mars 2023

ETUDE RECHERCHE Suicide en période périnatale : données épidémiologiques récentes et stratégies de prévention

Suicide en période périnatale : données épidémiologiques récentes et stratégies de prévention

Publié le 14 mars 2023
Mis à jour le 13 mars 2023

La période périnatale (grossesse et première année post-partum) est une période de vulnérabilité à la survenue/ l'aggravation de symptômes/troubles psychiatriques chez les mères pouvant conduire jusqu'au suicide. À partir des données du dernier rapport de l'Enquête nationale confidentielle sur les morts maternelles en France et de résultats majeurs de la littérature internationale, l'objectif de cet article est : i) de présenter et de discuter les principales données épidémiologiques concernant les suicides maternels (fréquence, caractéristiques, facteurs de risque, évitabilité), ii) de lister les principaux outils de dépistage et les interventions en prévention. En France, sur la période 2013-2015, les suicides représentaient la première cause connue de décès maternels en période périnatale (13,4% de l'ensemble des décès), soit 1,4 femmes pour 100 000 naissances vivantes (intervalle de confiance à 95% (IC95%): [1,0-2,0]). La majorité des suicides (77%) s'étaient produits après le 42e jour postpartum et en médiane vers le 4e mois post-partum. Les différents facteurs de risque retrouvés en France comme à l'international étaient notamment : la précarité, l'isolement, des évènements de vie douloureux, des antécédents psychiatriques et des complications pendant la grossesse ou l'accouchement. Les données nationales et internationales montrent également qu'une grande part de ces décès serait évitable. Parmi les stratégies de prévention, un dépistage précoce et répété des femmes à risque, et tout spécifiquement de celles présentant des troubles psychiatriques déjà connus ou incidents, et une prise en charge graduée sont à retenir. En France, le projet gouvernemental " 1 000 premiers jours ", les entretiens prénatals précoces et post-natals obligatoires vont dans ce sens. Néanmoins, seul un déploiement national et universel de ces mesures pourra infléchir cette problématique majeure.

Auteur : Doncarli Alexandra, Gorza Maud, Gomes Eugênia, Cardoso Thierry, Vacheron Marie-Noëlle, Regnault Nolwenn, Tebeka Sarah
Bulletin épidémiologique hebdomadaire, 2023, n°. 3-4, p. 68-76

jeudi 12 janvier 2023

ETUDE RECHERCHE Dépression, anxiété et idées suicidaires à deux mois post-partum : données de l’Enquête Nationale Périnatale de 2021

Dépression, anxiété et idées suicidaires à deux mois post-partum : données de l’Enquête Nationale Périnatale de 2021
Doi : 10.1016/j.gofs.2022.11.083
S. Tebeka 1, ⁎ , V. Demiguel 1, E. Lebreton 1, J. Boudet-Berquier 1, G. Apter 2, C. Crenn-Hebert 3, M. Vacheron 4, C. Le Ray 5, N. Regnault 1, S. Enp 6
1 Santé publique France, Saint-Maurice, France 
2 CHU Havre, Havre, France 
3 Hôpital Louis-Mourier, Colombes, France 
4 Hôpital Sainte-Anne, Paris, France 
5 Inserm–Équipe Epopé, Paris, France 
6 SpF–Drees–Inserm, Saint-Maurice, France 
⁎Auteur correspondant.
Gynécologie Obstétrique Fertilité & Sénologie Vol 51 - N° 1 P. 78 - janvier 2023 - 11/01/23
Résumé
Introduction
La dépression du post-partum (DPP) est un trouble qui peut avoir des conséquences délétères tant sur la mère que sur le nouveau-né. De l’anxiété ou des idées suicidaires peuvent également s’accentuer ou apparaître après l’accouchement. À partir de données de l’Enquête Nationale Périnatale menée en 2021, nos objectifs étaient (i) d’estimer la prévalence de la DPP, de l’anxiété et des idées suicidaires à deux mois post-partum chez les femmes accouchées en France en 2021, (ii) de décrire la prévalence de la DPP selon les régions.

Méthodes
Notre échantillon incluait 7136 femmes majeures résidant en métropole en 2021 et ayant complété les 10 items de l’auto-questionnaire Edinburgh Postnatal Depression Scale (EPDS) à deux mois post-partum. Les prévalences nationales de la DPP (score de l’EPDS≥13), de l’anxiété (EPDS-3A≥5) et des idées suicidaires (item 10 de l’EPDS≥1) ont été calculées. Pour la DPP et l’anxiété, des prévalences régionales ont été estimées. Les données ont été pondérées pour le traitement de la non-réponse.

Résultats
En 2021, la prévalence nationale de la DPP deux mois après l’accouchement était de 16,7 % (IC95 % [15,7–17,7]). L’anxiété et les idées suicidaires concernaient 27,6 % ([26,5–28,8]) et 5,4 % ([4,7–6,1]) des femmes répondantes respectivement. Parmi les femmes atteintes de DPP, 83,3 % ([80,6–85,7]) présentaient également une symptomatologie anxieuse et 23,8 % ([12,1–26,9]) des idées suicidaires. On relevait une disparité régionale importante pour la DPP comme pour l’anxiété avec une prévalence variant de : (i) 11,5 % en Bourgogne-France-Comté, à 21,6 % en Centre-Val-de-Loire pour la DPP et (ii) 22 % en Normandie à 33,6 % en Centre-Val-de-Loire pour l’anxiété.

Discussion
En France, en 2021, près d’une femme sur six avaient déclaré une dépression à deux mois post-partum, deux femmes sur cinq avaient un niveau d’anxiété important et un peu moins d’une femme sur 20 déclaraient des idées suicidaires. Ces résultats sont en accord avec les données internationales publiées. Ils soulignent le caractère fondamental des politiques de prévention, de repérage et de soutien des femmes en période périnatale, à travers par exemple les entretiens pré- et postnataux. D’autres analyses permettront d’analyser les profils des femmes les plus à risque.
Source https://www.em-consulte.com/article/1566414

vendredi 29 juillet 2022

Anticiper, dépister, collaborer et accompagner pour prévenir les morts maternelles par suicide

Anticiper, dépister, collaborer et accompagner pour prévenir les morts maternelles par suicide


Sages-Femmes Volume 21, Issue 4, July–August 2022, Pages 25-31

Les maladies cardio-vasculaires et les suicides ont représenté les deux premières causes de morts maternelles entre 2013 et 2015 en France. Trente-cinq suicides maternels sont survenus, soit un tous les mois, dont 91 % ont été jugés évitables. Il est indispensable de sensibiliser les professionnels de la périnatalité au dépistage des facteurs de risque et des symptômes de souffrance psychique ainsi qu’à la prise en charge coordonnée des femmes à risque ou porteuses de troubles psychiatriques. Les sages-femmes jouent un rôle clé dans cette prévention primaire et secondaire.

https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S1637408822000761

vendredi 8 juillet 2022

L'Assurance Maladie veut cibler la prévention sur les femmes enceintes et les enfants

L'Assurance Maladie veut cibler la prévention sur les femmes enceintes et les enfants

SOLVEIG GODELUCK
Les Echos, no. 23745
France, vendredi 8 juillet 2022 
 

L'Assurance Maladie vise 1,2 milliard d'économies en 2023 grâce à la régulation des soins.

On n'en a pas encore fini avec le Covid. Mais l'Assurance Maladie est disposée à tirer les enseignements de la crise sanitaire, pour faire évoluer son action de régulateur des soins de ville. La caisse nationale (CNAM) a présenté jeudi à sonconseil un rapport annuel « charges et produits » qui s'inspire de l'expérience de deux années d'exception épidémique pour se projeter à la rencontre des populations fragiles et pour donner plus de place à la « santé publique » .

Le changement ne réside pas dans le montant des économies proposées pour l'année prochaine : 1,2 milliard d' « optimisation » des remboursements de frais de santé. C'est un peu plus quele milliard des deux années précédentes, et bien en-deçà des 2 milliards d'avant crise. La rigueur budgétaire n'est pas de mise, malgré un déficit de 26 milliards d'euros pour la branche maladie de la Sécurité sociale en 2021.

En revanche, la méthode a changé. D'abord, un nouveau tableau de bord fait son apparition, qui va permettre de mesurer les avancées de l'état de santé du pays dans la durée et par rapport à d'autres. Ce n'est pas toujours glorieux : 5 % des patients chroniques n'ont pas de médecin traitant; la consommation d'alcool (11,4 litres par an par personne) est supérieure à celle des Anglais; seules 37,4 % des filles de 16 ans sont vaccinées contre le cancer du col de l'utérus.

Ensuite, l'Assurance Maladie ajoute une approche « populationnelle » dans sa boîte à outils. D'habitude, la régulation des soins s'appuie sur une analyse fouillée des dépenses par pathologie, à chaque stade de la maladie. Le but est par exemple d'éviter qu'un diabète léger coûtant 3.800 euros par an par patient dégénère en amputation ou en insuffisance rénale sévère, une catastrophe humaine doublée d'une facture de 60.000 euros par an. Désormais, l'Assurance Maladie veut en parallèle développer une approche par populations, pour cibler ceux qui ont le plus besoin de soins, et surtout de prévention. Ce n'est pas la tradition française. Mais la crise du Covid a montré l'inadaptation d'un système de santé qui n'intervenait qu'en réaction, et servait de la même façon les ruraux, les banlieues paupérisées, les communautés isolées, les personnes âgées. Il a fallu « aller vers » les patients fragiles qui étaient moins vaccinés et attrapaient plus souvent le Covid.

Prévenir le risque de suicide post-partum

Pour commencer, cette logique va être répliquée en matière de maternité et de petite enfance. Les inégalités sociales sont très fortes face aux facteurs de risque de mortalité infantile et maternelle. Le tabagisme de la femme enceinte, qui est élevé en France (16 % contre 12 % au Royaume-Uni et 9 % en Allemagne), est beaucoup plus fréquent chez les ouvrières (33 %) que chez les cadres (6 %). De même, l'obésité frappe 17 % des premières, contre 5 % des dernières. Quant aux enfants de moins de six ans, ils sont « sur-médicamentés » en France (deux fois plus de prescriptions qu'en Suède), mais paradoxalement moins suivis. Un quart des enfants d'un an ont connu moins de 8 consultations dans leur vie, alors que la Sécurité sociale prend en charge les 11 examens recommandés à cet âge.

D'où une batterie de mesures préconisées : instauration d'un nouvel entretien post-partum pour que la sage-femme repère les signaux de dépression qui pourraient mener à un suicide (première cause de mortalité maternelle dans l'année qui suit l'accouchement); ouverture aux sages-femmes de la prescription de séances psy remboursées; création du statut de « sage-femme référente » ; extension de l'expérimentation de repérage des troubles visuels et du langage à 3 ans, par des enseignants formés par les orthophonistes... Dans les prochains mois, l'Assurance Maladie va aussi chercher à développer un carnet de santé numérique de l'enfant, sur la base de la nouvelle plateforme Mon espace santé.

Solveig Godeluck

Aussi paru dans
8 juillet 2022 -

mardi 22 mars 2022

NOTICE ARTICLE Suicide maternel périnatal : comment prévenir ?

Suicide maternel périnatal : comment prévenir ?
M.-N. Vacheron a, ⁎ , R. Dugravier b, V. Tessier c, C. Deneux-tharaux d
a Psychiatrie, psychiatrie et neurosciences, GHU Paris, secteur adulte pôle 14, 75014 Paris, France 
b Pédopsychiatrie, service de psychopathologie périnatale, psychiatrie et neurosciences, GHU Paris, pôle 14, 75014 Paris, France 
c Sage-femme, FHU Préma, AP–HP, HUPC, Maternité Port-Royal, 53, avenue de l’Observatoire, 75014 Paris, France 
d Inserm U1153, épidémiologie obstétricale, périnatale et pédiatrique (équipe EPOPé), Maternité Port-Royal, 53, avenue de l’Observatoire, 75014 Paris, France 

⁎Auteur correspondant. Psychiatrie, psychiatrie et neurosciences, GHU Paris, secteur adulte pôle 14, 1, rue Cabanis, 75014 Paris, France.Psychiatrie, psychiatrie et neurosciences, GHU Parissecteur adulte pôle 14, 1, rue CabanisParis75014France
L'Encéphale Sous presse. Épreuves corrigées par l'auteur. Disponible en ligne depuis le Tuesday 22 March 2022

Résumé

Le suicide maternel est une réalité encore trop méconnue par les psychiatres, et les intervenants de première ligne. Le 6e rapport de l’Enquête nationale confidentielle sur les morts maternelles (ENCMM) apporte des enseignements sur la fréquence, les facteurs de risque, les causes, l’adéquation des soins et l’évitabilité des morts maternelles survenues en 2013–2015 en France. Il montre la persistance d’inégalités sociales et géographiques de mortalité maternelle. Si le taux global reste stable, le profil des causes évolue : les maladies cardiovasculaires et les suicides deviennent les deux causes les plus fréquentes de mort maternelle. L’analyse qualitative du parcours des femmes décédées permet de dégager des facteurs d’évitabilité utiles pour cibler les éléments des soins et de leur organisation à améliorer. Il apparaît indispensable d’anticiper la grossesse par une consultation ante conceptionnelle afin d’adapter les thérapeutiques, favoriser la définition de parcours de soins plus personnalisés, sécurisés et coordonnés pour les femmes présentant une pathologie psychiatrique et les soutenir dans leur parentalité. Il faut également dépister les troubles psychiatriques apparaissant en cours de grossesse ou en post-partum par des évaluations régulières. Les troubles de l’humeur et de l’anxiété périnataux sont fréquents mais sous-diagnostiqués. Non traités, ils peuvent avoir des effets délétères sur les femmes et leurs enfants, allant d’un risque accru de mauvaise observance des soins médicaux, de perte de ressources interpersonnelles et financières, de toxicomanie, de troubles de l’interaction mère-enfant, jusqu’au suicide. La formation et la diffusion de bonnes pratiques tant du côté obstétrical que psychiatrique sont essentielles à la prévention.

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.

Mots clés : Suicide, Grossesse, Facteurs de risques, Symptômes d’alerte, Consultation préconceptionnelle

 
INFO +
Plus d'info sur le 6e rapport de l'Enquête Nationale Confidentielle sur la période 2013-2015 - Les Morts maternelles par suicide https://blogdinfosuicide.blogspot.com/2020/11/mortalite-maternelle-en-france-6e.html

lundi 14 février 2022

AVIS CRITIQUES DEBAT Maternités, le tabou des maltraitances

Maternités, le tabou des maltraitances

Le Point.fr, no. 202202
Société, mercredi 9 février 2022 

 Par Phalène de La Valette et Mathilde Cesbron https://www.lepoint.fr*

ENQUÊTE. Malgré des hôpitaux à la pointe, de plus en plus de femmes dénoncent la déshumanisation de l'accouchement et du post-partum.

« On m'a dit : "Vous êtes à dilatation complète, on revient." Mais personne n'est venu pendant deux heures. On sonnait, personne ne venait. Je hurlais, je me sentais partir, je voulais juste mourir pour que ça s'arrête. Puis ils sont arrivés tous d'un coup, m'ont posé une anesthésie qui m'a paralysée : j'étais incapable de pousser. Notre fille avait son coeur au ralenti. On ne m'a pas expliqué ce qu'il se passait. Un interne m'a arraché mon bébé au forceps, et une épisiotomie a été pratiquée, sans mon consentement. J'ai eu une déchirure complète du périnée... et j'ai subi le "point du mari" [épisiotomie recousue avec un ou deux points de suture supplémentaires pour resserrer l'orifice vaginal et supposément accroître le plaisir de l'homme lors des rapports, NDLR]. L'interne m'a dit le lendemain : "Mieux vaut trop serré que pas assez !" »

Avant de mettre au monde son premier enfant à la maternité du Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne), en 2016, Sara Maubert, 28 ans, avait « totalement confiance » dans l'hôpital public. Elle n'appréhendait pas son accouchement et pensait qu'en suivant les consignes des professionnels tout se passerait au mieux. « En sortant de là, tout était brisé. Ma confiance dans le corps médical, mon estime de moi, mon rapport à mon corps... Même aujourd'hui, le dossier n'est pas clos. À chaque fois que j'ai du mal à aller aux toilettes - parce que oui, tout n'est pas rentré dans l'ordre -, les souvenirs remontent. »

Les témoignages comme celui de Sara sont légion. Sur les forums dédiés aux parents, dans la presse, sur les plateformes de vidéos en ligne ou les réseaux sociaux, où fleurissent les hashtags comme #MonPostPartum, les femmes n'hésitent plus à partager le vécu douloureux de leurs accouchements et de leurs suites de couches. Même la ministre chargée de la Citoyenneté, Marlène Schiappa, évoque la « boucherie » de son premier accouchement dans le documentaire d'Arte Tu enfanteras dans la douleur. Toutes dessinent une maternité qui, loin d'être le cocon protecteur qu'on veut imaginer pour la naissance d'un bébé, s'est transformée en lieu de maltraitances ordinaires, voire de violences extraordinaires : paroles infantilisantes ou méprisantes du personnel hospitalier; manque d'écoute; gestes posés trop rapidement, sans tact, sans justification, sans consentement; expressions abdominales [une pratique interdite qui consiste à faire pression sur le fond de l'utérus pour faire sortir le bébé plus vite, NDLR]; césariennes à vif; bébés retirés à leurs parents dès les premières minutes sans un mot d'explication, etc.

Suicides maternels

Dérapages occasionnels ? Circonstances exceptionnelles ? Les chiffres plaident plutôt en faveur d'un problème de fond. 31 % des femmes ne se sont pas senties respectées ou entendues par l'équipe médicale, lors de leur premier accouchement; 37 % auraient souhaité qu'on leur explique les gestes pratiqués et qu'on recueille leur consentement; 29 % estiment avoir vécu des violences gynéco-obstétricales, relève par exemple l'enquête de l'ONG Make Mothers Matter (MMM), conduite sur 22 000 mères. Plus inquiétant encore, différentes études concluent qu'environ une femme sur trois souffre désormais de dépression post-partum. Et le suicide est devenu la deuxième cause de mort maternelle dans notre pays ! D'où ce constat, énoncé il y a deux ans déjà dans Le Figaro par le Dr Amina Yamgnane, chef du service maternité de l'Hôpital américain de Paris : « Le suicide en raison d'une dépression du post-partum est devenu la complication [mortelle] la plus fréquente de la grossesse. »

« Oui, on peut dire que les maternités sont devenues des lieux de maltraitance », confirme sans détour Anna Roy, qui a exercé dix ans comme sage-femme à la maternité des Bluets (Paris 12e), avant de se tourner à 100 % vers le libéral. Alarmée par la dégradation croissante de ses conditions de travail et au risque de heurter la profession, elle a lancé le hashtag #JeSuisMaltraitante, décrivant les mauvais traitements qu'elle a elle-même fait subir, par la force des choses, à ses parturientes. « Aujourd'hui, accoucher revient à jeter un dé en l'air. Si vous avez de la chance, vous allez tirer le bon numéro et tomber sur une garde super, avec peu de monde en salles de naissance et une équipe aux petits oignons. Si vous n'avez pas de chance, vous allez être massacrée. »

Effondrement du nombre de maternités en France © Le PointComment en est-on arrivé là ? Du côté des professionnels de santé, la réponse est unanime : tout est parti des accords de périnatalité instaurés en 1998, toujours en vigueur et complètement dépassés. Ils fixent les effectifs, l'organisation et le ratio de sages-femmes par maternité. Sauf qu'à l'époque les techniques n'étaient pas les mêmes, le champ de compétences des sages-femmes non plus, et la France comptait quelque 1 500 maternités. On en trouve aujourd'hui moins de 500, alors que le nombre de naissances, lui, est resté assez stable. D'où les « usines à bébés », comme on les nomme dans le milieu, hyperstructures qui assurent jusqu'à 5 000 accouchements par an et souffrent particulièrement de ces ratios caducs. « Ça donne l'impression d'être livreur au McDrive », résume crûment Adrien Gantois, président du Collège national des sages-femmes de France (CNSF), qui a lui-même décidé de quitter l'hôpital public pour ne plus avoir à faire « de l'abattage ». « C'est vrai qu'il y a des situations où l'on est à la limite de la dangerosité, voire dans la dangerosité, parce qu'il n'y a pas assez de personnel pour surveiller tout le monde », reconnaît le Pr Olivier Picone, gynécologue-obstétricien à l'hôpital Louis-Mourier (Colombes). La profession réclame en vain de nouveaux accords de périnatalité avec la règle une femme/une sage-femme - « une sage-femme pour deux ou trois femmes serait déjà un progrès énorme », souffle le Pr Picone. Le ministère de la Santé invoque le Covid pour justifier les retards de réforme. « Personne ne comprend pourquoi ces nouveaux accords ne sortent pas », s'agace le Pr Alexandra Benachi, responsable du service de gynécologie-obstétrique à l'hôpital Antoine-Béclère. « Depuis vingt ans, je vois la situation dégénérer totalement. C'est un cercle vicieux et le seul moyen de le casser, c'était de mettre plus de sages-femmes. Sauf que, maintenant, il n'y en a plus ! La situation dans laquelle on arrive est explosive. »

Statut étrangement ambigu (profession médicale dans le Code de la santé publique, elle relève du paramédical à l'hôpital), salaire insuffisant (à peine plus que le smic en moyenne), métier épuisant (42,3 % de burn-out chez les cliniciennes salariées, selon le CNSF) : les sages-femmes sont de plus en plus nombreuses à raccrocher la blouse, y compris chez les étudiants. « Pour vous donner un exemple, dans une école du Grand Est, sur 30 sages-femmes diplômées en juin, 12 ont demandé leur reconversion », détaille Camille Dumortier, présidente de l'Organisation nationale syndicale des sages-femmes. « Jadis, 90 % des néodiplômées choisissaient d'intégrer un établissement hospitalier. Aujourd'hui, 40 % choisissent le libéral, alors qu'elles sont payées en moyenne 25 % de moins que dans le public », complète-t-il. « On les a détournées de leur coeur de métier », regrette le Pr François Goffinet, chef de service de la maternité de Port-Royal (Paris 14e). « C'est incroyable de se dire que la majorité des élèves qui sortent des écoles de sages-femmes aujourd'hui ne veut pas faire d'accouchement ! » À la suite de plusieurs mouvements de grèves nationales, le gouvernement a tenté un geste de revalorisation des salaires de 500 euros et annoncé une sixième année de formation en maïeutique. « De la politique Instagram », raillent les professionnels du secteur, qui estiment que ces mesures n'auront hélas aucun impact sur les conditions actuelles d'accouchement.

Réflexion de fond nécessaire

Il ne s'agit pas seulement, ni même peut-être d'abord, de moyens humains ou financiers. Il manque une vraie réflexion de fond sur l'accouchement et le post-partum dans son ensemble, pointent de concert femmes et sages-femmes. Marlène Schiappa indique ainsi avoir vécu une expérience désastreuse « dans un hôpital privé très réputé, qui avait tous les moyens pour un accouchement serein ». « Certains dysfonctionnements ne sont pas explicables par la question des moyens, confie la ministre. Il y a une question plus philosophique du rapport à la maternité. La fameuse injonction "tu enfanteras dans la douleur"... On considère qu'il est normal de souffrir avant, pendant et après l'accouchement, donc les femmes ne devraient pas se plaindre et il ne faudrait pas les prendre en compte. »

Alors que le bien-être de l'enfant est de mieux en mieux défendu, celui de la mère reste largement négligé : en témoignent tant la faible place accordée au sujet dans le rapport des 1 000 Premiers Jours commandé par le ministère de la Santé que la façon dont les femmes sont livrées à elles-mêmes en suites de couches, au moment où elles sont souvent le plus vulnérables. Pour la sociologue Illana Weizman, autrice de Ceci est notre post-partum, c'est précisément parce que cette vulnérabilité est forte que la société préfère l'ignorer. « Il y a un mythe de la maternité comme étant forcément belle, épanouissante, désirable. Dès que quelque chose contrecarre ce mythe, la société fait en sorte de le cacher, de ne pas en parler, analyse-t-elle. Le corps post-partum, c'est un corps qui saigne pendant des semaines. C'est un corps qui rappelle la vieillesse, qui va à l'encontre de ce qui est demandé aux femmes, en termes de productivité et d'esthétique. On va donc le laisser en coulisse, le temps qu'il soit à nouveau présentable. »

 Et puis, dire qu'on est en souffrance psychique quand on donne naissance à un enfant, qu'on peut avoir des regrets, c'est encore plus tabou », souligne de son côté Élise Marcende, présidente de l'association Maman Blues, qui a elle-même souffert d'une longue dépression périnatale. « On préfère penser que c'est exceptionnel, quelques mamans névrosées. » Maman Blues tente de vulgariser le concept de « matrescence » (sorte d'adolescence de la maternité) pour faire comprendre qu'en réalité « toutes les femmes traversent une crise existentielle lorsqu'elles deviennent mères ». Cette crise sera d'autant plus forte s'il y a eu maltraitances ou violences, et si la mère se sent seule en post-partum. Ce qui arrive de plus en plus souvent du fait de l'éclatement des familles et des villages d'autrefois.

On ne peut pas se contenter de sauvegarder les corps et se dire que tout se passe bien.Anna Roy, sage-femme

À ceux, nombreux dans le corps médical, qui pointent les faibles taux de mortalité infantile et maternelle pour se féliciter, à juste titre, de la compétence des maternités françaises et affirmer que « notre système de périnatalité marche plutôt bien », Anna Roy rétorque : « L'OMS définit la santé comme "un état de complet bien-être physique, mental et social". On ne peut pas se contenter de sauvegarder les corps, se dire que tout se passe bien parce que les femmes et les enfants ne meurent pas. On a sacrifié le caractère intime et privé de l'accouchement au profit de la sécurité médicale. Maintenant que la sécurité médicale est plus ou moins acquise, c'est le moment de rééquilibrer les choses. »

Moins de médical et plus d'humain, c'est effectivement ce que réclament 43 % des femmes, après leur premier accouchement, d'après l'enquête de MMM. Beaucoup dénoncent, par exemple, l'administration très courante d'ocytocine synthétique (64 % des accouchements par voie basse, selon l'Inserm), ce qui accélère le travail de l'accouchement, mais provoque souvent des contractions plus douloureuses, favorisant le recours à la péridurale. « Parlons-en, de la péridurale ! » s'exclame Marlène Schiappa, qui a fait le choix de s'en passer pour son deuxième enfant. « Si vous ne voulez pas de péridurale, vous êtes considérée comme une hippie, contre les avancées de la science ! Pour certaines, la péridurale est formidable et pour d'autres, elle n'est pas appropriée. On doit sortir du jugement et du manichéisme et laisser les femmes choisir. » En théorie, le choix existe; dans les faits, notre pays, champion de la péridurale (avec un taux de 82 %, l'un des plus élevés au monde, selon l'Inserm), a du mal à accompagner comme il le faudrait les projets de naissance physiologique. Par manque de temps, une fois de plus (un accouchement naturel requiert une présence constante), mais pas seulement. Maylis Villemain, 28 ans à l'époque, raconte qu'on lui a littéralement ri au nez lorsqu'elle a exprimé son souhait d'accouchement sans péridurale, bien qu'elle s'y soit longuement préparée et qu'il s'agisse de son troisième. « On infantilise les femmes et on leur fait perdre confiance dans leurs propres capacités », déplore-t-elle, regrettant au passage que tout le discours périnatal soit centré sur les risques et les dangers potentiels, comme si la grossesse était une pathologie.

On est uniquement dans un registre de prescriptions ou de proscriptions », confirme Isabelle Derrendinger, présidente du Conseil national de l'ordre des sages-femmes et directrice d'une école à Nantes (Loire-Atlantique). « Face à l'hypertechnicité des maternités, je rejoins les usagers qui disent que les sages-femmes sont formées dans une optique technique purement médicale. » Sonia Bisch, présidente de Stop VOG, ne dit pas autre chose : « Il y a clairement un problème de formation à tous les niveaux, y compris chez les gynécologues. Très peu, voire aucune place n'est accordée à la dimension psychosociale. » S'ils reconnaissent qu'il peut y avoir des lacunes et des disparités d'un professionnel à l'autre, médecins et sages-femmes estiment cependant, et très majoritairement, qu'on leur fait là un faux procès. « La formation, on l'a, martèle Camille Dumortier. Mais je ne peux pas me permettre de prendre en compte le contexte psychosocial; si je demande à une patiente si elle a déjà subi des violences dans le passé et qu'elle me répond oui, j'en ai pour quarante-cinq minutes de discussion. Sauf que ces minutes, je ne les ai pas ! »

Un plan Marshall de la périnatalité

Le serpent qui se mord la queue ? La question des moyens refait surface, comme la crise générale que traverse l'hôpital public. Beaucoup se montrent fatalistes, estimant à l'instar du Pr Picone que, « dans l'état actuel de finances du système hospitalier », il ne faut espérer aucun miracle en maternité, d'autant que le sujet ne semble prioritaire pour personne. « Et pourtant, l'impact d'un accouchement sur la santé publique est énorme ! s'exaspère Adrien Gantois. Si, dans une société, on n'est même pas capable d'assurer sans maltraitance la mise au monde de nos futurs citoyens, alors quel intérêt ? Toutes les données scientifiques montrent que, si vous investissez pour que la naissance et le post-partum se passent bien, c'est bénéfique économiquement, à moyen et à long terme. Il faut un plan Marshall de la périnatalité : arrêter de mettre des bouts de sparadrap partout et repenser l'ensemble. »

Taux de mortalité infantile et maternelle en France et chez certains de nos voisins européens. © Le PointLes solutions trouvées par certains de nos voisins européens - qui affichent des taux de mortalité maternelle et infantile équivalents ou meilleurs que les nôtres - pourraient être autant de pistes de réflexion. Le développement des maisons de naissance et de l'accouchement accompagné à domicile mérite d'être étudié, sans naïveté ni dogmatisme. Quitte à imaginer, par ailleurs, de nouveaux modèles de maternité. « On aurait besoin d'une structure gérée par les gynécologues-obstétriciens pour la prise en charge des grossesses pathologiques et, juste à côté, afin qu'on puisse passer de l'un à l'autre, d'une structure gérée par les sages-femmes pour les accouchements naturels, mais où la péridurale reste possible, si les patientes le veulent, suggère le Pr Benachi. Il faut que les femmes aient vraiment le choix. »

Redonner le choix aux femmes et retrouver le caractère intime de l'accouchement : plus qu'une revendication syndicaliste ou un combat féministe, il s'agit, selon l'obstétricien Michel Odent, pionnier des méthodes d'accouchement alternatives en maternité, d'une question de civilisation. « On a oublié les besoins de base de la femme qui accouche. Dans ce domaine, comme dans tous les autres aujourd'hui, on atteint les limites de la domination de la nature. Pour changer le monde, commençons par changer le monde des naissances. »

Cet article est paru dans Le Point.fr

lundi 7 février 2022

ETUDE RECHERCHE Les femmes enceintes ont parfois des idées suicidaires…

Les femmes enceintes ont parfois des idées suicidaires…
Publié le 06/02/2022
Selon l’enquête nationale confidentielle sur les morts maternelles 2013-2015 dont les résultats ont été publiés par l’INSERM et Santé publique France en janvier 2021, le suicide est devenu l’une des premières causes de mortalité maternelle (13,4 %), juste après les maladies cardiovasculaires (13,7 %). Pourtant, il n'existe que peu de recherches concernant la prévalence et les facteurs de risque d'idées suicidaires au cours de la grossesse dans les pays industrialisés.

Une étude multicentrique a été menée en Espagne à ce sujet (1). L'échantillon a inclus 1 524 femmes enceintes recrutées entre 2014 et 2017 dans des services d'obstétrique de deux hôpitaux universitaires. La prévalence d'idées suicidaires en période prénatale a été estimée entre 11 et 12 semaines d'aménorrhée en analysant les réponses à l'item 9 du Patient Health Questionnaire (PHQ-9). Le libellé de la question était : "Au cours des deux dernières semaines, vous est-il arrivé de penser qu'il vaudrait mieux mourir ou envisager de vous faire du mal d'une manière ou d'une autre". Les quatre réponses possibles étaient : "jamais", "certains jours", "plus de la moitié du temps" ou "presque tous les jours".

Parallèlement, une évaluation des facteurs de risque a été basée sur deux questionnaires, le premier élaboré spécialement dans le cadre de l'étude proposant des variables socio-démographiques et biomédicales, le second étant l'échelle de stress du Post-partum Depression Predictors Inventory revu dans sa version prénatale (PDPI-R).

2,6 % des femmes enceintes
Au total, 2,6 % des femmes enceintes ont déclaré avoir eu des idées suicidaires au moins plusieurs jours au cours de la quinzaine précédant les réponses. Ce pourcentage est identique à ceux obtenus dans deux autres enquêtes aux États-Unis en 2010 et 2011. Notons qu'en 2017 en France, 4,7 % des personnes de 18 à 75 ans déclaraient avoir pensé à se suicider au cours des 12 derniers mois (Baromètre de Santé publique France).

Les facteurs de risque étaient des antécédents de syndrome dépressif (p < 0 ,05), le chômage (p < 0,05) et le statut d'immigrante (p < 0,01), un antécédent d'avortement (p < 0,01) et une grossesse obtenue par assistance médicale (p < 0,05). Les difficultés financières et les « conjugopathies » étaient également significatives : respectivement p < 0,05 et p < 0,01. On peut regretter qu'aucune question n'ait été posée concernant l'acceptation de la grossesse en cours.

Les auteurs considèrent donc comme critique le besoin de dépistage et d'intervention préventive adaptée aux femmes enceintes pour diminuer le risque de comportement suicidaire.

Plus de prématurité en cas de dépression anténatale

Une autre étude (2), menée aux États-Unis avait pour but d'évaluer la relation entre la présence de symptômes dépressifs en période prénatale et les risques d'effets indésirables sur la grossesse.

Il s'agissait de l'analyse secondaire d'une étude prospective et multicentrique d'une cohorte de femmes nullipares. Le Edinburgh Postpartum Depression Scale a été proposé au cours de deux visites prénatales, une première fois entre 6 et 14 semaines d'aménorrhée et la seconde entre 22 et 30 semaines. Les résultats des scores étaient considérés comme améliorés, stables ou aggravés selon que les scores évoluaient d'au moins une déviation standard entre les deux consultations.

Les fréquences de complications de la grossesse (hypertension artérielle, hématome rétro-placentaire, césarienne, accouchement prématuré, petit poids pour l'âge gestationnel, admission du nouveau-né en soins intensifs, et réhospitalisation de la patiente) étaient comparées à l'évolution des symptômes dépressifs par des analyses bivariées et multivariées. Dans une seconde étape, les auteurs ont évalué la fréquence d'accouchement prématuré spontané ou d'indication médicale selon l'âge gestationnel.

Au total, 8 784 femmes ont rempli le questionnaire lors des deux consultations prénatales. On a observé une amélioration des scores dans 13,0 % des cas, des scores stables dans 75,9 % et une aggravation dans 11,2 %.

Comparées aux femmes ayant présenté des scores améliorés ou stables, celles chez qui on notait une aggravation ont eu davantage d'accouchements prématurés (respectivement 8,3 %, 7,4 % et 9,9 %). Après élimination des facteurs confondants, une aggravation des scores restait associée à une fréquence plus importante d'accouchements prématurés (Odds ratio ajusté = 1,68 ; intervalle de confiance à 95 %: 1,10-2,57).

Il existe donc une association entre l'aggravation des symptômes dépressifs au cours de la grossesse et l'accouchement prématuré. De nouvelles recherches sont nécessaires pour mettre en œuvre des stratégies préventives, incluant le dépistage et des protocoles thérapeutiques en cas de symptômes dépressifs en période prénatale.  


Dr Charles Vangeenderhuysen
Références
1-Castelao Legazpi PC et coll. : Suicidal ideation: prevalence and risk factors during pregnancy. Midwifery, 2021;106:103226.DOI : 10.1016/j.midw.2021.103226
2-Miller ES et coll. : Trajectories of antenatal depression and adverse pregnancy outcomes. Am J Obstet Gynecol., 2022;226(1):108.e1-108.e9. DOI : 10.1016/j.ajog.2021.07.007

lundi 23 novembre 2020

Mortalité maternelle en France : 6e rapport de l'Enquête Nationale Confidentielle sur la période 2013-2015 - Les Morts maternelles par suicide,

Le suicide en période périnatale : Quel constat ? Comment prévenir ?
Dr Marie Noëlle Vacheron  Secteur 75G13, GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences
pour le CNEMM
Lors des  15ème Journée des Réseaux de Santé de périnatalité  du JEUDI 18 NOVEMBRE 2021
https://www.perinat-nef.org/wp-content/uploads/2021/11/intervention-RPN-Paris-Sud-18-novembre-3Pr-Marie-Noelle-VACHERON.pdf

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[Replay] 15ème Journée des Réseaux de Santé de périnatalité
La 6ème enquête nationale confidentielle sur les morts maternelles a révélé que le suicide était, avec les maladies cardio-vasculaires la première cause des morts périnatales.
Publié le 29 novembre 2021 https://www.ghu-paris.fr/*
Entre 2013 et 2015, 35 suicides ont été avérés sur 262 morts périnatales. Les conséquences auprès de la famille et des équipes soignantes sont importantes mais ces chiffres sont souvent méconnus.

L'enquête sociologique a établi le portrait de femmes âgées de 30 ans, vivant pour 43% d'entre elles dans une vulnérabilité sociale. Un tiers d'entre elles ont des antécédents psychiatriques connus et un tiers ont des antécédents existants mais méconnus et incomplètement connus de l'équipe obstétricale.
On estime que le suicide peut être ou probablement évité dans 21 sur 23 dossiers analysés, c'est-à-dire dans 91% des cas.

L'exposé du Dr Vacheron souhaite mettre en lumière la détresse psychologique de ces femmes afin de sensibiliser et former le personnel soignant à mieux les accompagner. L'organisation d'une coordination entre les maternités, les services de périnatalité et les services de psychiatrie adulte permettrait de mieux prévenir de ces passages à l'acte.
Retrouvez l'intervention Du Dr Vacheron :
cliquez ici
>>> En savoir plus sur l'enquête nationale confidentielle sur les morts maternelles : cliquez ici
https://www.ghu-paris.fr/fr/actualites/replay-15eme-journee-des-reseaux-de-sante-de-perinatalite

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Mortalité maternelle en France : 6e rapport de l'Enquête Nationale Confidentielle sur la période 2013-2015 - Les Morts maternelles par suicide, France 2013-2015Maternal mortality in France : 6th Report from the National Confidential Enquiry 2013-2015 - Maternal deaths due to suicide, France 2013-2015
Marie-Noëlle Vacheron 1 Véronique Tessier 2 Mathias Rossignol 3 Catherine Deneux-Tharaux 4
pour le Comité National d’Experts sur la Mortalité Maternelle
1 Psychiatrie adulte Secteur 75G13, pole 14, GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences, 1 rue Cabanis, 75014 Paris pour le CNEMM, France
2 FHU PREMA, Maternité de Port Royal, AP-HP, 53 avenue de l’Observatoire, 75014 Paris, France
3 SMUR, Unité de réanimation Chirurgicale Polyvalente, Hôpital Lariboisière, APHP, 2 Rue Ambroise Paré, 75010 Paris pour le CNEMM, France
4 Inserm U1153, CRESS, Equipe EPOPé, Epidémiologie Obstétricale Périnatale et Pédiatrique, Université de Paris, INRA, DHU Préma, 53 avenue de l’Observatoire, 75014, Paris, France

Gynécologie Obstétrique Fertilité & Sénologie Available online 5 November 2020


https://doi.org/10.1016/j.gofs.2020.11.008Get rights and content

Résumé


La grossesse représente une période de vulnérabilité psychique importante pour les femmes. Vingt pour cent d’entre elles présenteraient pendant la période périnatale des troubles mentaux variant de l’anxiété à la dépression. Chez celles présentant une maladie mentale préexistante, le risque de décompensation aigue est important. Dans ce sens, l’Organisation Mondiale de la Santé recommande de classer les suicides survenant pendant la grossesse et jusqu’à un an du post-partum comme mort maternelle. Ainsi, entre 2013 et 2015, 35 suicides maternels sont survenus en France, soit un ratio de mortalité maternelle de 1,4 pour 100 000 naissances vivantes (IC95% 1.0-2.0). Constituant 13,4% de l’ensemble des morts maternelles pour la période, ce groupe est l’un des 2 premières causes de mortalité maternelle. 23% des suicides sont survenus dans les 42 premiers jours du post-partum, et 77% entre 43 jours et un an après la naissance. 33,3% des mères suicidées présentaient des antécédents psychiatriques connus et 30.3% des antécédents de soins psychiatriques, méconnus des maternités. Les soins non optimaux sont présents dans 72% des cas avec 91% de décès potentiellement évitables, liés à un défaut de prise en charge multidisciplinaire, et une interaction inadéquate entre la patiente et le système de soins.

De l’analyse des cas, ont été tirés des messages forts permettant d’optimiser la prise en charge: améliorer la connaissance des antécédents psychiatriques dès l’inscription en maternité, améliorer le repérage des symptômes d’alerte et le recours au psychologue et/ou au psychiatre, mettre en place un parcours de soins spécifique et une collaboration multidisciplinaire en cas de pathologie psychiatrique connue.


https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S2468718920303305




lundi 23 mars 2015

PRESSE SCIENCESETAVENIR Dépression : les 4 périodes à risque & Dépression : les gènes, un facteur de vulnérabilité

Dépression : les 4 périodes à risque
Par Sylvie Riou-Milliot



Les trajectoires de vie présentent des moments de vulnérabilité psychique au cours desquelles certaines personnes peuvent être fragilisées.


Entre 55 et 85 ans, près d’une personne sur cinq est en souffrance psychologique. Et 40 à 60 % de ces cas ne sont pas diagnostiqués. 

NUMÉRIQUE. Cet article est extrait du magazine Sciences et Avenir n°817, en vente en mars 2015. Le magazine est également disponible à l'achat en version numérique via l'encadré ci-dessous.



DÉPRESSION. Si elle peut survenir à tout âge, la dépression frappe tout particulièrement à quatre moments précis de la vie. Ces périodes au cours desquelles les personnes les plus fragiles sont susceptibles d’être exposées à la maladie sont l’adolescence, la grossesse, l’apparition d’une maladie chronique grave au pronostic incertain altérant la qualité de vie (cancer, maladies neurologiques évolutives et invalidantes…) et l’avancée en âge. Autant de phases à risque, toutes marquées par la banalisation et le déni, deux freins à la consultation spontanée et à une demande d’aide.

Raison de plus pour être particulièrement attentif aux changements d'humeur au cours de ces périodes. En fait, en matière de dépression, "il est un paradoxe bien connu, pointe le Dr Adeline Gaillard, psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne (Paris). Les vrais déprimés n’ont pas accès aux traitements car ils ne sont pas repérés alors que d’autres, atteints de déprime légère, reçoivent des traitements alors qu’ils pourraient s’en passer." Pour que le diagnostic de dépression légère à modérée soit posé, au moins 5 à 7 des 9 symptômes caractéristiques doivent être présents presque tous les jours depuis au moins quinze jours. Au-delà de huit symptômes, on parle d’épisode dépressif majeur (EDM). 

Une détection précoce pour une meilleure prise en charge 


Mais les masques de ce trouble sont multiples. Résultat, à l’heure actuelle, "un déprimé sur deux n’est pas ou mal pris en charge", poursuit la psychiatre. Distinct de la déprime passagère, du léger blues ou du simple vague à l’âme, l’EDM touche en profondeur l’environnement familial et social du dépressif. 10 à 20 % de la population peut ainsi présenter un EDM à un moment de son existence et les femmes sont deux fois plus touchées, sans que l’on sache encore en expliquer réellement les raisons. Or, rappelons que la dépression est la première cause de suicide, 70 % des passages à l’acte survenant chez des déprimés non repérés. Une détection précoce permet donc une meilleure prise en charge, que celle-ci soit médicamenteuse ou non. L’objectif du traitement étant de réduire les symptômes mais aussi de limiter le risque de récidive. 

1 Adolescence : ne pas confondre avec la fameuse "crise"


"Les adolescents sont des homards pendant la mue", estimait Françoise Dolto, sans carapace pour faire face aux aléas de la vie, ce qui peut se révéler périlleux pour certains. On estime ainsi qu’un adolescent sur huit souffre d’une dépression qui, dans un cas sur trois, conduit à une tentative de suicide. Cet état dépressif est à distinguer de la "déprime" passagère, typique de la "crise d’adolescence" et souvent sans retentissement relationnel et scolaire graves. Il faut ainsi être attentif à différents signes cliniques pour repérer les symptômes associés : irritabilité, agressivité, troubles du sommeil, troubles de la pensée (enchaînement illogique des idées, difficulté à formuler une réponse, etc.), perte de plaisir… Avec, cette fois, des conséquences au quotidien comme le désinvestissement scolaire ou les idées suicidaires.

8% des adolescents entre 12 et 18 ans concernés


"À cet âge, les messages émis sont brouillés car les adolescents ont du mal à exprimer leurs émotions", précise le Dr Adeline Gaillard, psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne, à Paris. Résultat, la dépression peut ne pas être identifiée par des parents confrontés à un enfant avec qui le dialogue est devenu difficile. "Il ne faut pourtant pas hésiter à poser franchement des questions qui visent à rechercher d’éventuelles idées noires. Parler du suicide ne provoque pas le passage à  l’acte", poursuit la spécialiste. Les médecins généralistes, en première ligne, sont bien placés pour effectuer ce repérage. Pour les y aider, la Haute Autorité de santé (HAS) a d’ailleurs publié des recommandations en décembre dernier. Il est donc important de parvenir à convaincre un adolescent en difficulté d’accepter de consulter. Concernant la prise en charge thérapeutique, la HAS est formelle : les médicaments ne doivent jamais être donnés en première intention. Une psychothérapie de soutien doit d’abord être privilégiée. L’objectif à court terme étant de protéger l’adolescent et, à long terme, de l’aider à dépasser ses vulnérabilités.



2 Maternité : un risque méconnu pour la femme et l'enfant


Bien connu des praticiens et des jeunes mères, le "baby blues", qui concerne une femme sur deux et intervient dans les jours qui suivent l’accouchement, ne constitue pas un épisode dépressif grave. En revanche, la dépression périnatale reste méconnue. "Survenant plutôt au troisième trimestre de grossesse", explique le Dr Romain Dugravier, pédopsychiatre à l’Institut de puériculture (Paris), elle concerne 15 % des femmes enceintes. Preuve que les hormones, longtemps considérées comme bénéfiques pour le psychisme, ne protègent pas de la dépression. "Toute la difficulté consiste à repérer cet épisode", poursuit l’expert. Il est en effet souvent impossible pour les futures mères, culpabilisées, de mettre en mots leur souffrance et leurs appréhensions  durant cette période censée être un moment de bonheur intense. "C’est encore plus vrai pour les plus fragilisées d’entre elles, celles qui sont peu entourées, en situation de précarité. C’est aussi tabou pour les soignants", pointe le Dr Dugravier. Fatigue et troubles du sommeil font souvent écran, masquant l’angoisse profonde de ces femmes persuadées qu’elles ne pourront pas faire face à leur maternité. "Elles sont irritables, se disent débordées", détaille le Dr Dugravier. 


Pourtant, des outils simples de repérage existent comme des auto-questionnaires lors de l’entretien périnatal mais qui ne sont pas systématiquement utilisés. Une prise en charge thérapeutique est en effet indispensable car les conséquences, tant pour la mère que pour l’enfant, sont nombreuses. "Au-delà du risque d’accouchement prématuré ou d’une dépression qui devient chronique, on sait que les enfants nés de mères déprimées présentent plus souvent des troubles dits de l’attachement, voire des troubles anxiodépressifs", poursuit le spécialiste. Les antidépresseurs classiques peuvent être proposés, sans risque pour le foetus, mais aussi des thérapies individuelles ou au sein de groupes de parole.



3 Maladies chroniques : quand souffrances physiques et morales s'additionnent


Souffrir à la fois d’une maladie chronique grave évolutive… et d’une dépression. Une association pas si facile à mettre en évidence. Car la douleur physique occupe souvent le devant de la scène, rendant malaisé le repérage de la souffrance morale. Pour preuve, une étude parue dans la revue The Lancet à l’été 2014, menée sur plus de 20 000 personnes atteintes d’un cancer, montrait que les trois quarts des malades atteints de dépression n’étaient ni dépistés ni traités. "En cancérologie, pour les patients comme pour les équipes soignantes, la dépression est souvent considérée comme une conséquence quasi inéluctable de la maladie. D’où sa banalisation", explique Hélène de La Ménardière, psychologue à l’hôpital Cochin, à Paris.

 Un manque de prise en charge regrettable car si 50 % des patients peuvent traverser une période marquée par l’anxiété, la peur et la tristesse, on estime que 5 à 10 % d’entre eux présentent un épisode dépressif majeur. "Face à la gravité du diagnostic, les soignants et l’entourage peuvent parfois être tentés de rationaliser de façon excessive les troubles de l’humeur", remarque la psychologue. Plusieurs éléments peuvent en effet se télescoper. Ainsi, la fatigue peut être due à la maladie ou aux effets secondaires des traitements, mais aussi à la dépression.

En outre, les troubles dépressifs sont rarement rapportés spontanément car "ce qui prévaut aux yeux de tous, soignés comme soignants, c’est “d’avoir le moral” pour assurer au mieux une guérison". En raison du manque de formation et de temps, les soignants sont également peu attentifs à poser ce diagnostic lors de consultations de courte durée, déjà denses et délicates. La prise en charge, médicamenteuse ou non, mais idéalement toujours multidisciplinaire fait donc défaut. Pourtant, les risques sont réels. Outre le risque de passage à l’acte suicidaire, les dépressifs peuvent être amenés à une moindre observance des traitements.



4 Vieillesse : un taux de suicide record


Sous-estimation, banalisation, déni des troubles par le patient, ses proches et les médecins… La liste des obstacles à la prise en charge de la dépression des personnes âgées est longue. Avec des résultats dramatiques : près d’un suicide sur trois concerne un senior en France. Et le taux augmente avec l’âge. Ainsi, chez les plus de 85 ans, il atteint 40 pour 100 000, soit deux fois plus que chez les 35-44 ans ! "La dépression des personnes âgées est un problème de santé publique, dénonce le Pr Frédéric Limosin, chef de service à l’hôpital Corentin- Celton (Issy-les-Moulineaux). Entre 55 et 85 ans, près d’une personne sur cinq est en souffrance psychologique. Or, 40 à 60 % de ces cas ne sont pas diagnostiqués."


Retraite mal vécue, isolement social ou familial, maladies, deuils… Les raisons de déclencher un épisode dépressif sont nombreuses et peuvent parfois se cumuler. Or, en repérer les symptômes est difficile. En effet, le manque de dynamisme ou la tristesse peuvent être mis sur le compte du vieillissement physique. Les seniors et leur entourage doivent donc être attentifs à tous les signes évocateurs complémentaires, comme une forte anxiété ou des plaintes somatiques multiples (douleurs diverses, fatigue). 

La prise en charge thérapeutique reste "classique", avec soutien psychologique et antidépresseurs en cas de dépression sévère. (Rappelons que la consommation de ces médicaments n’est pas associée à un risque de maladie d’Alzheimer.) Une particularité : leur délai d’action est rallongé, passant de quinze jours à trois à quatre semaines en raison d’un métabolisme ralenti. "Il ne sert donc à rien d’arrêter ou de changer de traitement trop tôt, note le Pr Limosin. Mais trop peu de recherches sont encore menées dans cette classe d’âge", pointe le spécialiste. Qui poursuit : "L’offre de soins en gérontopsychiatrie n’est surtout pas assez structurée et nous manquons d’établissements de proximité pour repérer et anticiper."

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Dépression : les gènes, un facteur de vulnérabilité
Par Elena Sender

Publié le 23-03-2015 http://www.sciencesetavenir.fr/sante/20150318.OBS4900/depression-les-genes-un-facteur-de-vulnerabilite.html?xtor=RSS-26


Des chercheurs suédois et australiens ont établi un lien entre notre ADN et notre vulnérabilité à la dépression. 

Le chromosome 17 (3e ligne à partir du haut, 5e colonne à partir de la gauche) est porteur des gènes impliqués dans la voie de la sérotonine, un régulateur de l'humeur. © CAVALLINI JAMES / BSIP / AFP
NUMÉRIQUE. Cet article est extrait du magazine Sciences et Avenir n°817, en vente en mars 2015. Le magazine est également disponible à l'achat en version numérique via l'encadré ci-dessous. Les gènes seraient responsables pour 40 % de notre vulnérabilité à la dépression. Du moins si l’on en croit des travaux suédois et australiens réalisés sur des paires de jumeaux. "Cette part génétique apparaît relativement basse comparée à celles de la schizophrénie (80 %) ou du trouble bipolaire (90 %)", souligne Nicolas Ramoz, chercheur au Centre de psychiatrie et neurosciences, Inserm U894, de l’hôpital Sainte- Anne (Paris).
L’environnement (stress, alimentation, alcool...) influe sur l’expression de l’ADN"
GÈNES. Quels sont les gènes impliqués ? Les plus étudiés jusqu’à présent ont été ceux de la voie de la sérotonine, portés par le chromosome 17 en cause dans les troubles de l’humeur. Le gène TPH2 codant pour l’enzyme de synthèse de la sérotonine a des variants associés à la dépression. Mais aussi le gène 5HTT, qui code pour le transporteur de recapture de la sérotonine et les récepteurs du neuromédiateur. Deux formes (allèles) du gène 5HTT existent, une forme longue (L) et une forme courte (S). Des travaux ont montré que les personnes qui développent davantage de dépression et d’idées suicidaires après des stress précoces dans l’enfance sont celles qui possèdent deux formes courtes (SS) du 5HTT. Les porteurs de forme longue (LL) semblent plus résistants. Mais ces gènes de l’ADN ne font pas tout.
"L’environnement (stress, alimentation, alcool...) influe sur l’expression de l’ADN, souligne Nicolas Ramoz. Ce sont les facteurs dits épigénétiques. Les recherches dans ce domaine sont très récentes." Ainsi, en juillet 2014, des chercheurs de l’université McGill (Montréal) ont établi que les cerveaux de personnes suicidées avaient une expression
des gènes différente de celles des cerveaux de témoins. Et cette expression se modifie chez des malades répondant au traitement antidépresseur.