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jeudi 7 janvier 2021

MàJ PARUTION Le Suicide Collection: Que sais-je? Nathalie de Kernier

Critique «Le Suicide», en cause de désespoir

Par Geneviève Delaisi de Parseval — 6 janvier 2021 https://next.liberation.fr/*
La psychanalyste Nathalie de Kernier décrypte le délitement narcissique à la base du passage à l’acte, notamment chez les personnes âgées.

L'essai de Nathalie de Kernier est loin de n'être que théorique.

«Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux : c’est le suicide», écrivait Camus dans le Mythe de Sisyphe. Certains ont des souvenirs des ouvrages de sociologie de Durkheim et de Halbwachs datant des années 30. Pour ces lecteurs-là, et pour d’autres, ce petit livre est un must, car l’abord du sujet est radicalement différent, même si l’autrice, une des meilleures spécialistes françaises du sujet, connaît les chiffres. Nathalie de Kernier, psychanalyste, voit dans certains éléments extérieurs négatifs (échecs, séparations, deuils) autant de variables qui entrent en jeu et risquent d’empêcher la transformation nécessaire du fonctionnement psychique des sujets concernés. Autant d’événements qui exposent en effet ces sujets à une disqualification du soi, au risque de déliter leurs bases narcissiques (rappelons que le narcissisme est l’énergie psychique - positive ou négative - que nous plaçons en nous-mêmes).

Ce remarquable petit livre est loin de n’être que théorique ; les contextes différents qui émaillent une vie sont finement analysés : on trouvera notamment un chapitre important sur le suicide des personnes âgées qui représentent (au-delà de 65 ans) la tranche de population la plus à risque. A contrario des sociétés traditionnelles qui accordaient une dignité particulière aux vieux, la tendance actuelle de les «regrouper» en Ehpad, qui accentue les vécus de solitude et de dépendance, sans un étayage suffisant, peut susciter des passages très insécurisants, violents parfois. Les hommes semblent vivre plus difficilement ces changements (leur taux de suicide est estimé trois fois supérieur à celui des femmes, même cinq fois au-delà de 80 ans). Où l’on voit que la vieillesse n’est pas forcément un «problème» ou un «risque» contre lequel la société devrait à tout prix se prémunir… Ce livre donne à penser. Geneviève Delaisi de Parseval

Nathalie de Kernier Le Suicide Préface de François Ladame. PUF «Que sais-je ?», 128 pp., 9 € (ebook : 6,99 €).
https://next.liberation.fr/livres/2021/01/06/le-suicide-en-cause-de-desespoir_1810487


1 er post : 11/12/2020



Psychologie et Psychanalyse »
Le Suicide



Le Suicide
Nathalie de Kernier
François Ladame
Collection:
Que sais-je?
Discipline:
Psychologie et Psychanalyse
Catégorie:
Livre
Date de parution:
09/12/2020


Résumé
« Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux : c’est le suicide. » En ouvrant ainsi Le Mythe de Sisyphe, Camus dit qu’on se suicide quand on juge que la vie ne vaut plus la peine d’être vécue.
Problème majeur de santé publique en France et dans de nombreux pays, ce phénomène est un défi pour la pensée. Comment aider ceux qui envisagent un geste désespéré ou qui l’ont tenté ? Quel rôle l’environnement social, familial et médical ont-ils à jouer ?
Des stoïciens jusqu’aux travaux actuels, Nathalie de Kernier revient sur les diverses façons d’appréhender un problème éminemment existentiel. Par son expérience du terrain hospitalier et ses propres recherches, elle ouvre des pistes et s’appuie sur des exemples cliniques variés, dégageant ainsi des perspectives préventives et thérapeutiques. Sa démarche ? Se fonder sur la quête de sens qui anime toute vie humaine.

Caractéristiques

Nombre de pages:
128
Code ISBN:
978-2-7154-0087-0
Numéro de tome:
4175
Numéro d'édition:
1

Format
11.5 x 17.6 cm

Sommaire

Autour de l'auteur

Maître de conférences habilitée à diriger des recherches à l’université Paris-Nanterre, Nathalie de Kernier est psychologue clinicienne, psychothérapeute et psychanalyste. Elle a notamment exercé à l’hôpital Necker-Enfants malades et est lauréate du premier prix scientifique de la Société française de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent et disciplines associées (2015).

Préface de François Ladame, psychanalyste (membre de la Société suisse de psy­chanalyse) et ancien professeur de psychiatrie à la faculté de médecine de Genève.


Source https://www.puf.com/content/Le_Suicide_1

jeudi 13 juin 2019

ROYAUME UNI Les psychothérapies au banc d’essai des études contrôlées

Les psychothérapies au banc d’essai des études contrôlées
Publié le 13/06/2019
https://www.jim.fr/*
Avec la place « de plus en plus importante » prise par les psychothérapies dans la prévention des conduites d’automutilation ou/et des tentatives de suicide, il est logique de s’interroger sur leur efficacité réelle. Cette question concerne en particulier les thérapies d’inspiration psychanalytique, parfois décriées (à l’heure du DSM hégémonique), pour leur approche très différente de l’actuelle « médecine fondée sur des preuves[1]. » Pour dépassionner le débat, et surmonter ainsi les antagonismes idéologiques sur la valeur accordée (ou refusée) à la psychanalyse, une équipe britannique a réalisé une revue systématique et une méta-analyse de la littérature médicale sur l’intérêt des psychothérapies, y compris analytiques, dans l’aide aux sujets tentés par l’automutilation ou le suicide. Cette recherche apprécie l’action des psychothérapies avec l’objectivité (garantie par la démarche statistique) identique à l’évaluation des traitements médicamenteux dans les essais thérapeutiques contrôlés.

La matière initiale était importante (3 290 articles) reflétant celle du sujet : on dénombre plus de 100 000 consultations annuelles dans les hôpitaux du Royaume-Uni pour des problèmes d’automutilation, et ce nombre « sous-estime pourtant l’acuité du phénomène car la plupart des actes d’auto-agressivité ne conduisent pas à l’hôpital ». Cependant, les auteurs ne retiennent finalement que 12 essais contrôlés répondant à leurs critères d’éligibilité. Cette méta-analyse permet de conclure que « les thérapies psychanalytiques et psychodynamiques se révèlent efficaces pour obtenir une réduction du nombre de tentatives de suicide » (OR [odds ratio] = 0,469 [intervalle de confiance à 95 % de 0,274 à 0,804]).

On observe aussi « la preuve d’une réduction significative de la répétition des actes d’automutilation pour un suivi de six mois, mais non pour un suivi de douze mois. » Malgré cette atténuation de l’effet de la psychothérapie au bout d’un an, on remarque également « des effets thérapeutiques significatifs sur l’amélioration du fonctionnement psychosocial et sur la réduction du nombre d’hospitalisations. »

Si cette étude plaide ainsi pour « une efficacité à court terme des psychothérapies psychanalytiques et psychodynamiques sur la réduction des comportements suicidaires ou d’auto-agressivité », et sur « l’amélioration du bien-être psychosocial », les auteurs estiment que « le petit nombre d’essais et la qualité modérée des preuves » incitent à proposer « d’autres études de meilleure qualité » pour confirmer ces résultats et pour « préciser quelles composantes spécifiques des psychothérapies sont efficaces. »

[1] https://ccf.cochrane.org/medecine-fondee-sur-des-preuves

Dr Alain Cohen
Références
Stephen Briggs et coll.: The effectiveness of psychoanalytic/psychodynamic psychotherapy for reducing suicide attempts and self-harm: systematic review and meta-analysis. Br J Psychiatry, 2019 ; 214 : 320–328.

https://www.jim.fr/e-docs/les_psychotherapies_au_banc_dessai_des_etudes_controlees__178053/document_actu_med.phtml

lundi 20 mai 2019

ETUDE RECHERCHE Perspectives freudiennes de l’acte suicidaire

Communication
Perspectives freudiennes de l’acte suicidaire
McGill University, Department of Psychiatry & Douglas Mental Health University Institute, McGill Group for Suicide Studies, FBC building, 3rd floor, 6875 boulevard Lasalle, H3W 2N1 Montréal, QC, Canada
Annales Médico-psychologiques, revue psychiatrique
Available online 18 May 2019
Résumé
Assez curieusement, sans écrire directement sur l’acte suicidaire, Freud a contribué à mettre ou plus exactement à remettre l’accent sur le caractère homicidaire et meurtrier du suicide. Dans Deuil et Mélancolie, il décrit le suicide comme un meurtre réfléchi et inversé, comme un homicide de l’autre à travers le meurtre de soi. Pour Freud, le suicide est un retournement centripète de la haine et de l’hostilité, comme l’expose l’étymologie latine sui (de soi-même) et cidium (meurtre). Freud n’a en effet jamais fait de l’acte suicidaire un sujet central dans ses écrits ; cependant, les occurrences freudiennes sur les thèmes de tentative de suicide ou du suicide sont nombreuses dans son œuvre. Ses écrits peuvent-ils nous apporter un éclairage sur la compréhension, bien qu’il demeure rare, de l’acte suicidaire ? Nous proposons à travers un prisme freudien d’éclairer le praticien dans son travail de compréhension et de prise en charge en clinique de l’acte suicidaire.

Mots clés Autoagressivité Homicide Narcissisme Perte d’objet Psychanalyse Suicide Violence

vendredi 10 août 2018

Entretien Philippe Jeammet : « L'anorexie est un appel à la vie »

La Vie, no. 3806
Manger ensemble, jeudi 9 août 2018 - 2217 mots, p. 92,93,94
Entretien
Philippe Jeammet : « L'anorexie est un appel à la vie »
Spécialiste de l'adolescence, le psychiatre Philippe Jeammet connaît bien les pathologies liées à l'alimentation. Il formule une théorie originale à leur sujet.
Anne-Laure Filhol

Anorexie, boulimie, orthorexie, hyperphagie... tous ces troubles alimentaires destructifs sont, avant tout, d'après le psychiatre et psychanalyste Philippe Jeammet, des dysfonctionnements émotionnels chez des sujets à la grande sensibilité. Une manière pour ces derniers de reprendre en main leur existence, blessée dans ce qu'elle recèle de plus essentiel : le lien à soi et à l'autre. Et, même s'il peut se révéler long et sinueux, un chemin de guérison est possible.
La Vie. Les troubles alimentaires surgissent-ils à des moments spécifiques au cours de l'existence?
Philippe Jeammet. Souvent à l'adolescence, car c'est un moment où il faut se réapproprier ce qu'on a reçu des autres. À chaque fois que l'évolution physique ou des rencontres vous obligent à réévaluer vos rapports avec ceux qui vous entourent, il y a difficulté. Mais même si l'adolescence est une période à risque, les troubles alimentaires peuvent apparaître à tout âge et font souvent suite à des deuils, des séparations, des déceptions... On assiste même à des anorexies durant la vieillesse. Mais dans ces cas, il y a eu de petits épisodes, au moment de l'adolescence justement.
Les hommes et les femmes sont-ils différemment affectés par les troubles alimentaires?
P.J. Il n'y a à peu près que 10 % des anorexiques qui sont des hommes - davantage sont boulimiques. Les hommes vont plutôt agir sur leur comportement par des attitudes violentes ou d'opposition. Aussi, ils investissent différemment leur corps. Ceux à tendance anorexique sont en général très obsessionnels et peuvent, pour leur part, tomber dans une culture du muscle.
Cette société, où l'image est reine, peut-elle provoquer des anorexies?
P.J. Comme tout modèle, toute croyance, toute rencontre, les messages envoyés par la société peuvent tout à coup correspondre à ce que le sujet attend et il va s'y accrocher. Cela a donc un effet renforçateur et cela peut faciliter la légitimité du comportement. Mais il faut aussi bien voir que l'anorexie est connue depuis l'Antiquité, qu'elle a reconnue comme une maladie dite mentale à la fin du siècle dernier, au moment où la mode féminine était plutôt dans les rondeurs. Il ne faut donc pas accorder plus d'importance que cela aux effets de la société.
Comment expliquer les troubles alimentaires?
P.J. Il n'y a pas un gène de l'anorexie, tout comme il n'y a pas un gène de la schizophrénie ou de la bipolarité, mais des vulnérabilités génétiques qui vont s'exprimer en fonction de l'environnement. Sur le plan biologique, les émotions se répartissent sur deux grandes polarités que sont les circuits appétitifs, ceux de l'échange, et les circuits aversifs, ceux du repli sur soi et de la destruction du lien face au danger. Dans certains cas, les facteurs de vulnérabilité étant très importants, le trouble apparaîtra à peu près certainement, et dans d'autres cas cela dépendra de l'environnement. Si ce dernier est une source de menace, de déception, les sujets vont avoir tendance à y répondre par des comportements de maîtrise. Il n'y a donc pas une cause, mais un ensemble de facteurs.
Quels liens peut-on établir entre l'anorexie et la boulimie?
P.J. Les anorexiques ont peur de devenir boulimiques et elles - puisqu'il s'agit essentiellement de femmes - auront, pour beaucoup d'entre elles, des phases boulimiques. Les boulimiques, elles, aimeraient être anorexiques, mais cela leur est en général plus difficile. On ne peut qu'être frappé par ces oppositions en miroir. En outre, on retrouve une même appétence derrière ces troubles alimentaires. Pour faire une anorexie, il faut beaucoup d'appétit. Pas d'appétit de nourriture, mais une appétence pour une vie intense, le partage, pour quelque chose qui vous remplisse, qui soit grand. En parallèle, il y a un sentiment de ne pas être à la hauteur et d'être toujours dans l'insatisfaction. Ainsi, tout comme dans la bipolarité, où l'on passe de l'euphorie à la dépression, les personnes souffrant d'anorexie ou de boulimie ont une grande vitalité qui peut se retourner avec la même intensité dans son contraire.
S'il y a des causes communes, pourquoi une personne verserait-elle dans l'anorexie et une autre dans la boulimie?
P.J. C'est une question de tempérament, mais cela peut être aussi influencé par la mode, les relations, le lien avec une personne en particulier. Tous ces comportements ne sont pas choisis. Essayez d'être anorexique ou boulimique, vous n'y arriverez pas comme ça. Et parce qu'ils soulagent, ils s'imposent au sujet.
En quoi se priver de nourriture pour l'anorexique ou manger de façon excessive pour le ou la boulimique rassure-t-il?
P.J. Ce sont des comportements adaptatifs qui ont des vertus apaisantes, car ils permettent de se sentir acteur de sa vie. Ce besoin est très important chez l'être humain. Dès que nous nous sentons menacé, en danger, déséquilibré, insuffisant, qu'on n'a pas assez confiance en nous, il nous faut redevenir acteur. Et même si les troubles alimentaires s'imposent à nous, ils nous donnent le sentiment de faire quelque chose, de reprendre la maîtrise. On retrouve des mécanismes similaires dans la drogue, les troubles obsessionnels avec des personnes qui vont se laver les mains 10 à 15 fois d'affilée et que cela va rassurer. Les conduites anorexiques et boulimiques soulagent sur le moment, sauf qu'elles ne répondent pas aux attentes profondes. Et comme avec la drogue, où vous avez toujours besoin d'en prendre au risque d'être mal à nouveau, ces troubles alimentaires deviennent contraintes et engrenage pathogène, avec une augmentation de l'anxiété, de l'insatisfaction, du besoin de se rassurer par une attitude destructrice.
En quoi est-on acteur dans la boulimie alors qu'elle apparaît justement comme une non-maîtrise de son alimentation?
P.J. Lorsqu'elle mange, la boulimique est dans un comportement actif, qui certes la déborde, mais auquel elle adhère et qui l'apaise. Et lorsqu'elle se fait vomir pour essayer d'annuler, elle est dans une forme de maîtrise.
Derrière ce refus d'abandon - ou de non-maîtrise - qu'y a-t-il?
P.J. . Il y a un manque de confiance en soi et le sentiment de ne pas se sentir de valeur suffisante. Cela va provoquer une attente exagérée d'une réponse des autres, de leur regard sur vous. Or, le paradoxe est que ce besoin va très vite être ressenti comme un pouvoir de cet autre sur vous, comme une intrusion. De façon générale, tous les troubles dits « mentaux » , qui sont pour moi des troubles émotionnels, sont dus à un réajustement des liens avec les autres. On est confronté à ce paradoxe que pour être soi il faut se nourrir des autres à tous points de vue, et dans le même temps, se différencier d'eux. Or, dès qu'on est dans des relations de plaisir, d'amour, les frontières se brouillent entre soi et l'autre. Pour ceux qui ont un tempérament angoissé, ce brouillard est assez insupportable : ils ne savent plus où ils en sont et peuvent se sentir dissous dans la relation. D'où ce besoin de se raccrocher au refus, à la maigreur, aux vomissements, tous ces comportements où la sensation va les protéger des émotions. L'angoisse s'est fixée sur ce vecteur privilégié de partage de plaisirs et de souffrances qu'est le corps. Ainsi, il y a quelque chose dans l'anorexie et la boulimie qui va se retrouver dans la vie affective de la personne : on remarque que dans leurs relations, et notamment leurs relations amoureuses, elles sont prises entre un besoin presque fusionnel de contact, et celui de rompre par peur d'être complètement envahie par l'autre.
Rompre pour, à nouveau, être dans la maîtrise?
P.J. Je crois que tout être vivant, et a fortiori l'homme, dès qu'il se sent confronté à l'impuissance, à une menace sur son identité, sur sa personne, s'accroche. Et il n'y a que deux moyens pour s'accrocher : l'acte et surtout l'acte destructeur et la croyance qui est d'ailleurs l'équivalent d'un acte. Avec la croyance, tout prend sens et valeur à vos yeux. Pour revenir sur l'acte destructeur, la relation comporte toujours un risque : celui de la déception. Par contre, on n'a besoin de personne pour la destruction du lien : vous êtes le plus fort, vous êtes sûr, là, de pouvoir reprendre la main, le pouvoir. Et cela se retrouve dans toutes les formes de destruction, du suicide jusqu'aux scarifications du corps. Même le suicide d'ailleurs - tout comme l'anorexie ou la boulimie - n'est, je pense, pas désir de mourir mais de rester maître de la décision et de ne plus dépendre de l'autre, de la vie, pour se protéger.
On dit souvent de la personne souffrant de troubles alimentaires qu'elle aurait un lien fusionnel à la mère...
P.J. Dès que l'on vit une situation d'insécurité, de malaise, cela a certes à voir avec notre tempérament, mais aussi beaucoup avec les liens qui nous ont construits, surtout pendant l'enfance. Les premiers échanges ont en effet une fonction importante dans la confiance que l'on va avoir en l'autre et en soi, car tout se construit en miroir. Or, ces liens sont portés par des personnes de référence, notamment ce qui tient lieu de mère ou de père. Ainsi, le manque de confiance en soi est souvent lié à la nature des relations qu'on a construites avec un environnement qui lui-même a ses problèmes et difficultés...
Reste-t-on anorexique ou boulimique toute sa vie?
p.J. Pour certains, ces troubles vont devenir chroniques. Au bout d'un moment, le corps ne parviendra plus à se modifier et il sera difficile de totalement guérir. Ce qu'on fait nous fait aussi. Dans son livre, Voyage jusqu'au bout de la vie. Comment j'ai vaincu l'anorexie (Odile Jacob, 2016), Nicole Desportes raconte qu'elle a été suivie pendant 15 ans, dont 8 ans d'hospitalisation, et qu'elle s'en est sortie. Elle a aujourd'hui une cinquantaine d'années, est épanouie, son corps a récupéré. Mais elle explique qu'elle reste fragile, avec parfois ces oppositions très fortes en elle, appétitives et aversives.
Mais peut-on en guérir?
P.J. Bien sûr. C'est avant tout un comportement adaptatif, comme la drogue, certaines passions ou convictions idéologiques. Et des convictions très fortes peuvent être très violentes un temps, puis virer à l'opposé. J'ai encore des contacts avec des patients que je soignais dans les années 1970, et qui sont grands-parents maintenant. Une femme, après 20 ans de suivi pour anorexie, m'a dit : « Je ne comprends pas comment j'ai pu être anorexique. Je le voudrais, je ne le pourrais plus. » C'est pour ça que, pour moi, les maladies mentales n'existent pas. Il nous faut revoir ces expressions qui datent de siècles passés, et plutôt dire qu'il s'agit de dysfonctionnements émotionnels chez des personnalités hypersensibles. Et qui, à la mesure de cette richesse, ont eu des déceptions, des traumatismes.
Quels conseils donneriez-vous aux proches d'anorexique ou boulimique?
P.J. . Les proches peuvent dire à la personne en question qu'elle a sans doute des peurs qu'elle contrôle de cette manière. Et qu'on n'a pas besoin de s'abîmer pour se sentir moins mal. Que ces comportements la privent de ce qui est constitutif de la vie : l'échange épanouissant avec les autres. On peut l'inciter à trouver des outils pour en sortir, tels que les thérapies, voire la prise de psychotropes pour soulager l'angoisse. Sans oublier la spiritualité, qui peut être une voie d'apaisement face à cette soif très forte de vie et de partage.
Concrètement, peut-on forcer une personne qui se mettrait en danger à aller voir un médecin?
P.J. Je pense que oui. On ne laisse pas mourir quelqu'un. Mais il faut être clair sur la façon dont on le fait. Il n'y a pas de réponse absolue, tout dépend du contexte et du sens que l'on donne à ce trouble. Si on fait comprendre à la personne qu'elle n'est pas faible et qu'elle n'a pas choisi, qu'on ne peut pas la laisser s'abîmer, que son comportement n'est pas fou parce que cela la soulage... Notre propre conviction en tant que proches ou soignants est importante. Comme médecin, j'ai souvent réussi à convaincre de se faire soigner et n'ai jamais eu à interner de force. Derrière tout trouble, il y a eu une déception, au sens très large. Le regard de l'anorexique qui se voit grosse est chargé de toutes ces attentes qu'il y a derrière. Il est donc aussi important de lui demander quel est cet appétit, cette soif, qui la taraude.
Ces troubles sont donc un appel à la vie...
P.J. Exactement. Ce n'est pas que la personne anorexique ou boulimique ne veut pas vivre, c'est qu'elle ne se sent vivre que comme ça. Et avoir peur du lien révèle toute l'importance qu'il revêt aux yeux de la personne souffrante. Oui, il y aura toujours des risques de déception, mais nous sommes appelés à passer par-dessus. Et nous, proches et soignants, sommes là pour témoigner auprès de ceux qui sont dans des périodes où ils ne voient plus justement l'autre côté : celui de la vie qui est la plus forte, de l'ouverture aux autres, de la transmission.
Philippe Jeammet, psychiatre et psychanalyste, a dirigé pendant 20 ans le service de psychiatrie de l'adolescent et du jeune adulte à l'Institut mutualiste Montsouris, à Paris. Son dernier ouvrage, Quand nos émotions nous rendent fous. Un nouveau regard sur les folies humaines , est paru en 2017 (Odile Jacob).

lundi 18 juin 2018

PARUTION LES TENTATIVES DE SUICIDES DES ADOLESCENTS Du Négatif à la Subjectivation de Clément Rizet

LES TENTATIVES DE SUICIDES DES ADOLESCENTSDu Négatif à la Subjectivation
Clément Rizet


rectoversoaplat


A travers l'expérience d'un clinicien d'orientation psychanalytique quelles sont les possibilités de mettre au travail le Négatif en particulier chez l'adolescent dans le but de relancer le processus de Subjectivation chez les jeunes en grande souffrance ? Le concept de Subjectivation formé par Michel Foucault à partir d'une archéologie du « souci de soi » des antiques Grecs apparait fructueux dans la prise en charge d'adolescent(e)s suicidaires et suicidants.



Clément Rizet, docteur en psychologie clinique et psychopathologie, psychologue clinicien, exerce dans le service de santé de l'université de La Rochelle. Il est membre formateur du Groupement d'études en prévention du suicide (GEPS), et anime un séminaire au pôle universitaire de psychiatrie adultes de Poitiers.
Broché - format : 15,5 x 24 cm
ISBN : 978-2-343-14642-3 • 29 mai 2018 • 218 pages
EAN13 : 9782343146423
EAN PDF : 9782140091582

http://www.editions-harmattan.fr/catalogue/couv/aplat/9782343146423.pdf

lundi 3 avril 2017

NOTICE ARTICLE Tentative de suicide à l’adolescence : quel sens ?



Tentative de suicide à l’adolescence : quel sens ? 

D. Laimou a, ⁎, b

a Centre d’histoire des sociétés, des sciences et des conflits, université de Picardie-Jules-Verne, chemin du Thil, 80025 Amiens, France 

b Centre Henri-Piéron, laboratoire de psychologie clinique et psychopathologie, psychanalyse (Lpcpp) (EA 4056), université Paris Descartes, institut de psychologie, 71, avenue Edouard-Vaillant, 92774 Boulogne-Billancourt cedex, France 
Correspondance. dimitra.laimou@wanadoo.fr
Sous presse dans Neuropsychiatrie de l'Enfance et de l'adolescence. Épreuves corrigées par l'auteur. Disponible en ligne depuis le dimanche 02 avril 2017

Résumé

Face à la souffrance de l’adolescent suicidant, des interrogations fortes s’imposent au clinicien. Ces interrogations donnent lieu à des questionnements théorico-cliniques assez diversifiés : désir de vivre ou désir de mourir ? Recherche de l’autre ou anéantissement de l’objet ? Consacrer notre raisonnement au seul aspect destructeur de cet acte consisterait à laisser de côté les demandes adressées à l’objet. Reconnaître exclusivement dans la tentative de suicide la dimension relationnelle et organisatrice reviendrait à nier tout ce qui s’organise du côté de la mort. L’agir à l’adolescence nous met devant cette tâche difficile, consistant à « écouter » la souffrance d’autrui à des niveaux très contradictoires et à penser ce qui pour l’autre est impensable. Dans cet écrit, nous nous proposons d’illustrer la complexité de la clinique de l’adolescent suicidant, en prenant appui sur la diversité qui caractérise la réflexion psychanalytique francophone et anglophone, ainsi que sur le cas d’une adolescente suicidante de 15 ans. L’étude du discours de Léa, nous révèle que le geste suicidaire peut relever des processus psychiques et des degrés d’intrication pulsionnelle, très différents, pouvant cohabiter au sein d’un même sujet. En effet, certains passages à l’acte maintiennent une valeur structurante précieuse qui se potentialise dans la relation objectale, alors que d’autres dévoilent la massivité des processus primaires, le désinvestissement objectal, résultant d’un processus de déliaison pulsionnelle plus ou moins important.

Mots clés : Adolescence, Tentative de suicide, Cas clinique, Littérature psychanalytique, Déliaison pulsionnelle, Dimension relationnelle
Keywords : Adolescence, Suicide attempt, Clinical case, Psychoanalytic literature, Diffusion of instincts, Relational dimension

Plan

vendredi 17 février 2017

METTRE MOTS / METTRE FIN blog de Frédéric Mauvignier Écrivain / Psychanalyste

METTRE MOTS / METTRE FIN
Par Mauvignier Écrivain / Psychanalyste
MONTREUIL SOUS BOIS (93100) - France
Blog : Le blog de Frédéric Mauvignier le 29 janv. 2017*
DIRE : VOULOIR METTRE FAIM À SES JOURS SIGNIFIE-T-IL QU’IL Y A ENCORE DE L’APPÉTIT ?

Le suicidant : avoir le dernier mot, couper cour à la conversation, ne pas attendre de réponse. Donner par le passage à l’acte la riposte la plus précise, la plus radicale, la plus infinie qui soit, refuser le débat, mettre un terme, poser le terme, laisser sans voix.

Le dernier acte du suicidé est la parole ultime, la parole du réel, dans le réel indéfectible, bientôt seule résonance du souvenir, celui de l’absent. Il laisse une marque, la trace indélébile qui se porte par ceux qui restent, par ceux qui ont les traces du remord, de la culpabilité, de la faute intérieure, immortel dernier mot. L’acte de suicide comme dernière parole, un impossible retour.

Lire la suite *https://blogs.mediapart.fr/mauvignier/blog/290117/mettre-mots-mettre-fin

À paraitre pour le journal de SOS amitié 2017/  http://www.sosamitieidf.asso.fr/

vendredi 2 décembre 2016

ARTICLE EN LIGNE Alliance thérapeutique et engagement : une réflexion sur l’éthique de la prise en charge des patients suicidants en psychothérapie psychanalytique

Communication
Alliance thérapeutique et engagement : une réflexion sur l’éthique de la prise en charge
des patients suicidants en psychothérapie psychanalytique
E. Gontier a,*, Y. Prigent b
a  Psychologue, psychanalyste, 11, avenue du Général de Gaulle, 37300 Joué-lès-Tours, France
b  Neuropsychiatre, 9 bis, rue Auguste Goy, 29000 Quimper, France
Annales M edico-Psychologiques, Revue Psychiatrique, Elsevier Masson, 2011

Résumé : Les questions éthiques liées à la prise en charge des patients suicidants seront ici abordées à partir de deux foyers de contradictions qui apparaissent dans les codes de déontologie : d'une part, liberté individuelle et protection de la personne, et, d'autre part, secret professionnel et secret partagé. La réflexion développée à partir des repères théoriques psychanalytiques s'enrichit des apports de la gestion de crise. Elle est illustrée par l'évocation de situations cliniques tirées d'une pratique dans le domaine de la prévention du suicide. Elle met en évidence que le suicide ne correspond pas chez nos patients à l'exercice d'une liberté et qu'il requiert par conséquent l'exercice d'un devoir d'ingérence de la part du soignant. Les tentatives de suicide sont assez souvent associées à des pathologies dans lesquelles on retrouve une histoire de vie marquée par des ruptures, des abandons, des traumatismes, correspondant à une faillite de l'environnement que la prise en charge ne devra pas reproduire ; cela suppose, entre les termes contradictoires évoqués plus haut, le choix de la protection de la personne et du secret partagé. En ce qui concerne le cadre psychothérapeutique de référence analytique, les contours de la neutralité traditionnelle de l'analyste, dont la valeur reste entière, doivent être redéfinis au profit d'une position contre-transférentielle plus engagée.

http://docplayer.fr/23970734-Alliance-therapeutique-et-engagement-une-reflexion-sur-l-ethique-de-la-prise-en-charge-des-patients-suicidants-en-psychotherapie-psychanalytique.html
de HAL Id: hal-00765607
https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00765607

jeudi 10 novembre 2016

ARTICLE EN LIGNE Le suicide est-il le meurtre de soi-même ?

Le suicide est-il le meurtre de soi-même ?
Georges Rouan 1 Jean-Louis Pedinielli 1 Guy Gimenez 1
1 LPCLS - Laboratoire de Psychopathologie Clinique, Langage et Subjectivité

Résumé : Le suicide, identifié par l'Abbé Desfontaines comme le "meurtre de soi-même", témoigne d'une violence faite à soi-même. Le texte freudien "Deuil et Mélancolie" a su nous dévoiler que, dans la mélancolie délirante, la violence se déchainait en fait contre un objet auquel le sujet s'était identifié. Le meurtre de soi-même est alors le meurtre de l'autre en soi. Cette conception freudienne du suicide porte la marque du paradigme mélancolique présentée par Freud selon le modèle de la psychose. Pourtant il semble bien que le suicide puisse être réalisé aussi dans des conditions non psychotiques (qu'il s'agisse de structure ou d'état). Doit-on alors concevoir que tout suicide est psychotique (au sens très souple ou l'entend M. Laufer) ou bien que le suicide du névrosé, celui de l'état-limite ne reposent pas sur une aliénation du Moi comparable à la mélancolie et ne sont donc pas un meurtre de l'objet en soi ? Les auteurs se proposent de dégager, à partir de la clinique et des textes[...]
Article en ligne https://hal-amu.archives-ouvertes.fr/hal-01393532/document

Article dans une revue
Revue Française de Psychiatrie et de Psychologie Médicale, 1289-2130, 2000



Source https://hal-amu.archives-ouvertes.fr/hal-01393532

mardi 25 octobre 2016

ARTICLE Le cadre en configuration groupale..., un processus... en création ? À partir de l’expérience psychanalytique singulière d’un groupe de parole à l’hôpital

Le cadre en configuration groupale..., un processus... en création ?À partir de l’expérience psychanalytique singulière d’un groupe de parole à l’hôpital
par Clara Duchet et Morgane Kersalé et Gaëlle Abgrall-Barbry
Revue de psychothérapie psychanalytique de groupe 2016/1 (n° 66)  Pages 161 - 172 /240
Éditeur : ERES 
Clara Duchet, psychologue clinicienne, psychanalyste, maître de conférences, Laboratoire
pcpp EA4056 (Psychologie clinique, psychopathologie et psychanalyse), université Paris
Descartes Sorbonne Paris Cité ; Morgane Kersalé, psychologue clinicienne, Paris ; Gaëlle Abgrall-Barbry, responsable Unité de psychiatrie – psychotraumatologie – addiction, hôpital Tenon, Paris ; 


Résumé
L’expérience clinique d’un groupe de parole destiné à des patients adultes hospitalisés en service de psychiatrie spécialisé dans les problématiques traumatiques, suicidaires et addictives illustre une réflexion menée sur le cadre comme processus en création. Les auteurs proposent d’envisager le cadre des dispositifs thérapeutiques de groupe comme processus et donc comme objet d’un travail de création, de pensée et de transformation chez l’analyste lui-même, au service d’un mouvement créateur pouvant advenir a posteriori chez les patients. Avant toute considération du cadre comme « non-processus », celui-ci est ainsi appréhendé comme indissociable d’une dimension créative préalable. Une attention particulière a été donnée aux modalités mises en place et au travail d’élaboration dont elles font l’objet de façon constante, contraignant l’analyste à faire preuve de remaniements sous-tendus par un processus qui, s’il n’est pas de création, est du moins en création.
Mots-clés Groupe de parole dispositifs thérapeutiques cadre processus non-processus création
https://www.cairn.info/revue-de-psychotherapie-psychanalytique-de-groupe-2016-1-page-161.htm

mardi 11 octobre 2016

PARUTION : Antisuicide Essai de psychanalyse existentielle Claude Lorin

ANTISUICIDE Essai de psychanalyse existentielle
Claude Lorin  octobre 2016 • 218 pages

rectoversoaplat

Ce livre poursuit essentiellement deux buts. D'abord, envisager une prévention accrue du suicide selon des modes complémentaires et innovants. Ensuite, réfléchir sur des situations où le suicide est un enjeu chez quelques écrivains, philosophes et grandes figures de l'histoire à la lumière de la psychanalyse existentielle. Il ne s'agit en aucun cas d'un manuel de recettes.
Broché
 

source http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=51673


 

mardi 2 février 2016

A PARAITRE La vie après le suicide, Joanne Andre

La vie après le suicide (Broché)
Joanne Andre
Psychologue clinicienne, Joanne André est maître de conférence à l'université Paris Descartes.


PUF
A paraître le : 10/02/2016

Joanne André a exercé comme psychologue clinicienne au service des urgences d'un hôpital général. Là, elle a été amenée à écouter des sujets dits " suicidants " ; des femmes, plus souvent que des hommes, rencontrés pour la première fois au " réveil " de leur " tentative de suicide ". Ces premiers entretiens avec ceux qui ont tenté de se suicider dégagent un effet d'étrangeté que ce texte interroge.
Comment comprendre le geste suicidaire ? Que se joue-t-il lors du passage à l'acte ? Faut-il y lire un désir de mourir ? Avec délicatesse et ténacité, Joanne André cherche à lever le voile énigmatique qui recouvre la scène suicidaire. S'appuyant sur les mots de ces patients, elle tente de cerner ce qui se joue dans ces moments de crise aiguë. " Je voulais que ça s'arrête ", sont des mots souvent entendus.
C'est-à-dire que la vie change ?


HISTOIRE DE LA PENSEE SUR LE SUICIDE
ETRANGETE ET PARADOXE
L'INSAISISSABLE MOMENT SUICIDAIRE
SCENE SUICIDAIRE
TRAUMA FECOND ?
MYSTERE DE LA PASSIVITE ET DU FEMININ


source info  http://www.decitre.fr/livres/la-vie-apres-le-suicide-9782130731016.html

Sur l'auteur sur

Joanne ANDRE
Maitre de Conférence en psychopathologie psychanalytique de l’adulte
Université Paris Descartes
Institut de Psychologie     
Psychologue clinicienne
Joanne.andre@parisdescartes.fr
Publications
Revues internationales ou nationales indexées
- André J.,(2009)Du sentiment d’être qui vacille au geste suicidaire, quand le sujet ne se(re)connaît plus. Evol psychiatr 2009 ; 74 (3), p.445-457
- André J.(2012),Chouvier B., De l’insensé du geste suicidaire à la condensation signifiante de la scène suicidaire. Revista Latinoamericana de Psicopatologia Fundamental,Volume 15, Numéro 4, décembre 2012.
- André J., De la maîtrise « autocalmante » des excitations au geste suicidaire, une tentative d’hystérisation du trauma in Psychose et somatose, Revue française de psychosomatique, n° 43, 2013/1
A paraître
- André J., Lemeurtre d’une femme. Revue Française de Psychanalyse, juin 2014
Chapitre d'ouvrages  en langue française
André J.(2012), Entretien clinique avec le sujet suicidant in Chouvier B. et Attigui P. (ss la dir) L’entretien clinique, Paris :Armand Colin
André J.(2011), Les 100 mots de la sexualité, ss la dir  J. André, PUF, Que sais-je ?,
André J.(2013), Les 100 mots de l’enfant,ss la dir J. André, PUF, Que sais-je ?
Expertise scientifique
Membre du comité de lecture de la Revue L’Evolution psychiatrique.
source  http://recherche.parisdescartes.fr/pcpp_esl/Membres/Titulaires/ANDRE-Joanne

vendredi 31 juillet 2015

A paraitre : Le geste suicidaire à l'adolescence. Tuer l'infans Nathalie de Kernier

Le geste suicidaire à l'adolescence. Tuer l'infans 
Nathalie de Kernier
A Paraitre en septembre 2015

A propos des auteurs Nathalie de Kernier est psychologue clinicienne, docteur en psychologie, psychothérapeute et inscrite à l’Institut de psychanalyse de Paris. Membre du Collège international de l’adolescence, elle a exercé à l’Hôpital Necker et reçu le prix scientifique 2011 de la Fondation pour l’enfance. Elle est maître de conférences en psychopathologie psychanalytique à l’université Paris Ouest Nanterre.


Source : http://www.puf.com/Autres_Collections:Le_geste_suicidaire_%C3%A0_l%27adolescence._Tuer_l%27infans




Comprendre le geste suicidaire des adolescents pour stimuler la créativité des thérapeutes.

Caractéristiques
336 pages
34.00 €
Numéro :
ISBN : 978-2-13-063514-7
Collection "Fil rouge (le)"
N° d'édition : 1
Date de parution : 02/09/2015
Discipline : Psychologie/Psychanalyse

L'ouvrage

En partant de la sa pratique psychanalytique, Nathalie de Kernier propose une compréhension du geste suicidaire à l’adolescence, à la source duquel revient souvent le sentiment de ne pas avoir le choix. À travers le suivi de leur évolution après leur geste, trancrit dans des récits cliniques, une métaphore est proposée pour saisir un sens latent du geste suicidaire et pour stimuler la créativité du thérapeute : le meurtre de l’infans. Autrement dit, tuer la part de soi dépourvue de parole, radicalement impuissante, assujettie aux désirs d’autrui et débordée par une pulsionnalité dont elle ne sait que faire. L’élaboration de ce contenu de pensée est susceptible de restaurer les identifications en tant que contenants psychiques et organisateurs de l’ensemble du fonctionnement psychique. Dès lors, la représentation de l’infans donne forme aux éprouvés pubertaires potentiellement désorganisateurs, amenant l’adolescent à contenir la violence de ses désirs par la pensée plutôt que par l’acte et à la transformer en réamorçant son processus de subjectivation. En donnant sens à ses sens, l’adolescent accroît ses capacités de choix.

Table des matières

Préface de François Marty
I – À l’origine, le geste et le meurtre
Le « geste », un mouvement porteur de sens en deçà de la représentation ?
Actuellement, un contexte épidémiologique préconisant un suivi dans la durée
II – L’impansable pensé par des psychanalystes d’adolescents
Au cours de l’histoire, de la condamnation à la compréhension
S. Freud : « … du même coup et lui-même et l’objet à la fois aimé et haï »
A. Haim : l’adolescence comme facteur suicidogène
F. Ladame : une dialectique entre les dimensions interne et externe
M. et M. É. Laufer : une cassure de développement
P. Jeammet et É. Birot : fragilités internes chez l’adolescent
X. Pommereau : l’environnement externe et l’autre, destinataire du geste
D. Marcelli : vouloir vivre… mais autrement
M. Charazac-Brunel : l’adolescent prisonnier de l’idéal du moi parental
Vers notre contribution aux études psychanalytiques sur le geste suicidaire
III – L’identification comme indicateur de l’organisation psychique
D’une génération à l’autre, une mesure du temps humain
L’identification, une mesure de l’espace intrapsychique
L’identification mélancolique comme écrasement spatio-temporel
Tuer le mort : redémarrer à tout prix le processus de subjectivation ?
IV – Afflux pulsionnel excessif et désorganisation psychique
Pulsions : intrications et désintrications
Le masochisme : retournement contre soi et tentative paradoxale de reliaison
Pour ne pas détruire l’autre, se détruire soi… Un meurtre protecteur ?
La violence comme défense
V – Du chaos pubertaire, une mise en forme organisatrice : l’infans
Le pubertaire : un après-coup résonnant avec un avant-coup
Le pubertaire révélateur de l’infans en quête de contenant
Des vœux meurtriers, en écho à ceux attribués aux objets parentaux
Tuer l’infans en soi à l’adolescence : un scénario incontournable
VI – L’infans au cœur de la relation psychothérapeutique
L’infans dans le contre-transfert du thérapeute
Retisser un contenant familial et construire un cadre thérapeutique
Restaurer un contenant identitaire et contenir l’infans
Déploiement dynamique de représentations de scènes parricides et infanticides
Colère de l’infans envers le parent-thérapeute, ouvrant sur une triangulation
VII – Ouvertures pour conclure
Postface d’ Amélie Nothomb

samedi 6 juin 2015

PARUTION NOTICE ARTICLE Théories infantiles sur le suicide et tentative d’auto-engendrement

Théories infantiles sur le suicide et tentative d’auto-engendrement
par
Mireille Guittonneau-Bertholet


Psychanalyste Maître de conférences à l’Université Paris Diderot, Sorbonne Paris Cité, UFR Études psychanalytiques, CRPMS (EA 3522)
mireille.guittonneau.at.orange.fr
dans

dans Topique 2015/1 (n° 130) Pages 113 - 124

Résumé


Français
On découvre, chez certains enfants ou adolescents, la présence de théories infantiles sur le suicide, ayant été mises en acte dans un jeu paradoxal avec la mort. En effet, ces théories permettent simultanément la réalisation des théories sexuelles infantiles. L’acte suicidaire, transformé par ce processus de liaison, fait apparaître de nouveaux enjeux inconscients. Il s’agit alors de s’auto-engendrer et de se déprendre de la figure d’un mort à laquelle ils ont été précocement identifiés.

https://www.cairn.info/revue-topique-2015-1-page-113.htm

mardi 2 décembre 2014

PUBLICATION ACTES DE COLLOQUE La psychanalyse dans la cité, le CPCT face au suicide

La psychanalyse dans la cité, le CPCT face au suicide

actes de journée d'étude 06/12/2013

Éditeur : CPCT-Nantes
Prix de vente au public (TTC) : 10 €

Résumé : Le Centre Psychanalytique de Consultation et de Traitement (CPCT) de Nantes est une association à structure minimale qui offre la parole sur un temps limité à des sujets en situation de précarité tant matérielle que symbolique. Ces sujets sont plus particulièrement à risque face au suicide qui peut constituer à un moment donné la seule issue possible à l’impasse subjective de leur être. Le CPCT se propose donc d’accueillir et d’écouter ce qui ne peut se dire pour ces sujets et leur permettre de tirer au clair ce qui les pousse vers cette pente mortifère, d’extraire un savoir qui leur permette de sortir de l’impasse. Une après-midi d’étude a permis à des praticiens du CPCT d’exposer leur pratique et leur approche de cette délicate et sérieuse question du suicide à travers l’analyse de quatre situations particulières. Juste avant, Laura Sokolowsky, invitée pour l’occasion, a rendu compte d’un travail sur « la mort volontaire » à travers l’œuvre de Jean Améry. Au terme de l’après-midi, Jean-Louis Gault a tenté de dégager une clinique du suicide qui puisse permettre d’élaborer une pragmatique susceptible d’orienter les praticiens. Moins
Date de parution
01/12/2014

Annoncé par l'éditeur

http://nouveautes-editeurs.bnf.fr/annonces.html?id_declaration=10000000175456&titre_livre=La_psychanalyse_dans_la_cit%C3%A9,_le_CPCT_face_au_suicide#



Centre Psychanalytique de Consultations et de Traitements CPCT-Nantes
Adresse : 31 Rue des Agenêts, 44000 Nantes
Téléphone :02 51 13 53 52


lundi 10 novembre 2014

THESE EN LIGNE : LE TEST DU DESSIN DU PERSONNAGE CHEZ LE SUJET SUICIDAIRE

LE TEST DU DESSIN DU PERSONNAGE CHEZ LE SUJET SUICIDAIRE Université de Poitiers UFR : Sciences Humaines et Arts, département de psychologie Laboratoire de recherche en psychologie clinique et en psychopathologie
Année 2011 Thèse N°THESE DE DOCTORAT EN PSYCHOLOGIE CLINIQUE
Présentée et soutenue publiquement Le  31 mars 2011 à Poitiers
Par ANUSAKSATHIEN Narongdaj
http://nuxeo.edel.univ-poitiers.fr/nuxeo/site/esupversions/6db84f54-3bd6-41be-9625-310b8db6551b

vendredi 31 octobre 2014

Entretien – Suicide en Bretagne, les origines dans un trauma commun?

Entretien – Suicide en Bretagne, les origines dans un trauma commun?
source : http://archannad.eu/societe/entretien-suicide-en-bretagne-les-origines-dans-un-trauma-commun/ Le 24 octobre 2013 par Erwann Lucas-Salouhi
suicide source: Inserm
Jean-Yves Broudic est sociologue et psychanalyste. Dans son livre Suicide et alcoolisme en Bretagne au XX siècle. Sociologie-Histoire-Psychanalyse, il émet une théorie inédite afin d’expliquer pourquoi la Bretagne est plus touchée qu’aucune autre région par le suicide, alors qu’elle obtient dans le même temps les meilleurs scores en terme de qualité de vie.
Question d’addiction et de suicide, pourquoi travailler dessus ?
Je m’intéresse à la matière bretonne depuis de nombreuses années. J’ai grandi dans un milieu bretonnant donc la question bretonne m’intéresse. J’ai passé du temps dans diverses associations.
Au niveau de mon métier, la sociologie, j’ai eu l’occasion de travailler un moment dans un bureau d’étude en sociologie urbaine. En tant que sociologue, j’avais eu l’occasion de regarder et de lire les travaux de confrères sur les questions de suicide.

Comment déterminer de l’évolution de ces questions en Bretagne?
A la fin du XIXè,  on a le travail de Durkheim qui lance la sociologie française, avec son livre « Le suicide ». il cherche à fonder le suicide comme fait social, pas seulement au travers de l’étude statistique mais également en tentant d’apporter une explication. Il fonde la sociologie, via ce travail, et cherche des corrélation avec la religion, le développement économique, le statut matrimonial et pose une théorie là-dessus. Il pense que le suicide augmente là où le lien social se détend. Il pense ainsi que, lorsqu’il y a davantage de concubinage et de divorces, les gens sont plus malheureux et moins bien intégrés dans la société. Il reprend un certain nombre de lieux communs de la sorte. Qui se sont avérés être totalement faux.
A un moment donné, ayant ça en tête, j’ai réfléchi à la question du suicide en Bretagne. Il y a des études et des articles mettant en avant qu’il y a plus de suicide et d’alcoolisme en Bretagne qu’ailleurs. J’ai donc souhaité regarder tout ça de plus près, au niveau statistique tout d’abord, afin de faire le point sur tout ça. La surprise a été de constater que, s’il y a beaucoup plus de suicides en Bretagne depuis 50-60 ans, ce n’était pas du tout le cas au tournant du XIXè-XXè siècle. Au contraire même, la Bretagne était une région où l’on se suicidait peu. Il s’agit de statistiques sur de longues périodes, il n’y a donc pas lieu de penser que les statistiques sont erronées.
Par rapport à ce constat, que l’on trouve dès les années 1970-1980 dans plusieurs publications concernant la Bretagne, il y avait deux explications principales mises systématiquement en avant. La première était que les Bretons se sentaient inférieurs et infériorisés du fait de l’évolution culturelle, en particulier de la non reconnaissance de la langue bretonne et de l’obligation à passer au français. C’est vrai que l’on constate que la régression de la pratique du breton, qui est marquée après la Seconde Guerre Mondiale, correspond statistiquement à la montée du suicide. La conclusion de certains et donc d’y voir une relation de causalité. C’est cependant assez discutable car, lorsque deux phénomènes sont concomitants, ils ne sont pas nécessairement dans une relation de causalité. Au contraire, ils peuvent être tous les deux déterminés par un autre facteur commun. C’est donc assez discutable, d’autant que d’autres régions ont connu une situation similaire en terme de régression linguistique sans que l’on y trouve de surmortalité par suicide.
L’autre explication avancée est la présence forte du matriarcat en Bretagne. L’idée est que le matriarcat, qui est le pouvoir aux femmes, met les hommes en position inférieure et ça les rendrait plus fragile. C’est une idée très discutable car on parle du matriarcat celtique d’une manière générale. Or, si ce matriarcat permettait d’expliquer les choses, on observerait les mêmes effets non seulement avant la 2ème moitié du XXè siècle, mais également ailleurs dans d’autres pays celtiques. Par ailleurs, cette histoire est basée sur des observations et des tests auprès d’enfants, qui ont permis de constater qu’en Bretagne, par rapport à ailleurs, les enfants dessinaient les hommes plus petits que les femmes, ce qui fait certains parler du +matriarcat psychologique+ des Bretons.

Cette explication est-elle acceptable selon vous?
Pourquoi pas? Mais en même temps, j’ai développé une autre explication en partant de l’importance de la Première guerre mondiale. Car les femmes ne meurent pas mais elles souffrent durant cette période et après, en perdant qui un fils, qui un mari, un amoureux, un cousin ou un proche plus largement.
Puisqu’on observe une forte augmentation du suicide à partir des années 1945-1950, de même que les indicateurs épidémiologiques liés à l’alcoolisme, cela renvoie à ce qui s’est passé à la génération précédente. Car, si on constate une explosion du nombre de cirrhoses du foie dans ces années là, c’est nécessairement la résultante d’une forte consommation d’alcool pendant 20 ou 30 ans, ça ne se déclare pas d’un seul coup. Or, pendant la guerre de 14, il y avait une très forte consommation d’alcool, qui était même utilisé pour donner du «courage» aux soldats avant de partir à l’assaut.
Ce qu’il faut également avoir en tête c’est que les guerres du XXè siècle ont totalement changé de nature par rapport aux précédentes et sont devenues des guerres de masse. On a autant de morts en France lors de la guerre de 14 que sur l’ensemble du XIXèsiècle: 1,5 million pour une population de 40 millions de personnes, environ.
J’appuie mon hypothèse en me basant sur des données chiffrées et en observant ce qui se passe d’une génération à l’autre. C’est également en tant que psychanalyste que je parle là. Je pars de l’idée que nous sommes tous déterminés par notre inconscient qui n’est pas strictement individuel. Je ne parle bien entendu par du tout d’inconscient collectif mais il y a un rapport entre la manière dont un enfant va se construire psychiquement et la manière dont les parents ont vécu eux-mêmes psychiquement.

L’enfant intègre ces données par lui-même ?
Si on prend la question des traumatismes et de la mort, il est évident pour moi qu’un enfant, quelque soit son âge, va se construire différemment dans une famille où il n’y a pas eu trop de drames que dans une famille marquée par des décès prématurés. Dans des familles où la mort est arrivée de façon massive et anormale, ici la guerre, il faut tenir compte de ce qui s’y passe inconsciemment.
Sans entrer dans les détails, on a la question de l’angoisse, qui est liée à la question de la mort, mais pas seulement, qui peut être présente de façon diffuse dans certaines familles, d’une façon qu’il est difficile d’anticiper. Par définition, l’angoisse c’est un moment où l’on n’a pas de pensée. Quand on vit un moment de difficulté, cela crée de l’angoisse, du mal-être et on ne réussit plus à penser.
Si l’on prend la question des décès et de la mort, sans pour autant que cela soit un secret de famille, ne pas en parler car on estime cela comme étant trop difficile à aborder, crée de l’angoisse. Il y a des personnes qui témoignent de leurs difficultés à vivre et à grandir dans des familles où le père était absent. C’est par exemple le cas d’Albert Camus, dont le père meurt quand il est tout jeune, durant la guerre 14. Camus décrit bien la grande difficulté qu’il a eu à se construire en tant qu’enfant, il voyait sa mère en tant que veuve, triste et dépressive à cause de la mort de son père.
La question du deuil de masse est extrêmement importante. Depuis dix-vingt ans, il y a tout un courant autour de l’histoire de la guerre de 14 qui insiste et décrit les effets sur la société civile. Certains historiens disent que, dans la société française, les 2/3 de la population ont été touchée par le deuil. Quand 1,4 millions de personnes meurent, entre 18 et 40 ans environ, cela concerne les parents, les fratries, les femmes, les enfants. Il y a énormément de veuves et d’orphelins à ce moment-là. Et puis il faut ajouter ceux qui sont allés à la guerre, qui en sont revenus mais qui y ont vécu des choses horribles, qu’ils ont vu ou ont dû faire. Ces personnes-là ont été fortement marquées. Là, vous avez le tableau un peu général.
En ce qui concerne la Bretagne, je suis parti sur cette hypothèse, qui n’explique bien entendu pas tous les suicides, mais qui peut expliquer la situation particulière de la région en la matière, avec un taux bien plus élevé que le reste de la France.

On est sur quel rapport justement ?
En France, sur 100.000 habitants, on compte environ 30 suicides alors qu’en Bretagne, le taux est plutôt de 50 suicides pour 100.000 habitants, pour les hommes entre 1990 et 2000. Pour les femmes, sur la même période, cela tourne autour de 10 suicides pour 100.000 habitants en France contre 15-16 pour 100.000 en Bretagne. Et dans les deux cas, la Bretagne administrative est en tête des régions françaises.
Quand on regarde l’évolution de 1835 à 1997 sur la Bretagne historique, le taux augmente fortement entre 1945 et 1965 chez les hommes comme chez les femmes. C’est d’ailleurs ce qui m’a fait tiquer.
En Bretagne comme ailleurs, on constate une décrue du taux de suicide car, d’une manière générale, aussi bien en France que dans la région, le nombre de suicides n’a pas augmenté malgré l’augmentation de la population.
Les facteurs et éléments que je mets en avant pour soutenir mon hypothèse sont précisément cette évolution statistique en Bretagne avec une forte augmentation survenue une génération après le «trauma historique» de la guerre 14. Cela pourrait être contesté mais c’est quelque chose que l’on observe également dans d’autres pays qui ont vécu ce type de trauma. Si on prend en compte des phénomènes historiques, on peut comprendre des variations qu’autrement, on jugerait énigmatiques. Certains sociologues constatent que les taux augmentent mais sans trouver d’explication.
Les pays où l’on se suicide le plus en Europe sont en particulier l’ex-URSS, la Finlande et la Pologne, des pays particulièrement marqués par la Seconde Guerre mondiale. Souvent, les sociologues oublient la dimension historique. C’est en particulier lié au découpage entre les disciplines et la quasi absence de trans-disciplinarité.
L’autre volet que les sociologues ignorent totalement, c’est la psychanalyse. Pour vous donner un exemple, prenez la question du deuil. Quand des enfants sont confrontés au décès cela joue mais, dans une fratrie, si un grand-père est décédé à la guerre 14, cela ne va pas nécessairement toucher tout le monde, voire parfois toucher personne mais il y a des mécanismes qui existent malgré tout. L’un d’entre eux est le fait que, quand on perd quelqu’un de proche, on est d’une certaine manière lié à cette personne là, notamment dans les relations familiales. Certaines personnes vont rester plus attachées à la question de la mort qu’à la question de la vie. Elles vont répéter des gestes et des comportements qui vont renvoyer à ce décès car ça n’aura pas pu être intégré et accepté. Assez souvent, ces personnes vont se suicider ou faire des tentatives à des dates précises qui vont renvoyer à un autre décès. Si ce n’est pas la date, cela pourra alors être le lieu.
Si l’on perd quelqu’un de proche, cette personne disparue emporte avec lui quelque chose de nous et nous avons gardé quelque chose de cette personne. C’est largement montré dans la littérature par exemple, qui s’inspire énormément des drames.
Si l’on revient au deuil de masse qu’a connu la société bretonne durant la Première Guerre, il est évident que des personnes ont été marquées de manière indélébile par ces disparitions. Ça a généré de l’angoisse, qui pousse entre autres à l’alcoolisme, dans la mesure où l’alcool est un excellent anxiolytique. Il y avait une tradition d’ivresse festive en Bretagne pendant tout le XIXè siècle, mais l’alcoolisme de masse se développe sur le littoral, dans les milieux marins, eux-mêmes fortement marqués par la surmortalité durant cette période. Si on prend, à titre d’exemple, le quartier maritime de Paimpol, on compte environ 1.500 morts entre 1860 et 1920, parfois très jeunes. Cela crée une ambiance mortifère dans beaucoup d’endroits. L’alcoolisme est un élément important car il y a un certain nombre de personnes suicidaires qui passent à l’acte sous l’effet de l’alcool.

Selon vous la conséquence se fait sentir une génération plus tard. Comment explique-t-on ce décalage ?
Pour ce qui est de l’alcool, il s’agit avant tout de la mesure des effets à long terme d’une importante consommation; donc, l’effet est visible en même temps que la montée du suicide sur la génération suivante.
Pour cette dernière, il faut bien comprendre que des enfants peuvent prendre sur eux une part de l’angoisse de leurs parents, dès tout petit. Les enfants raisonnent inconsciemment comme ça, en voyant leurs parents en grande souffrance mais dans l’impossibilité d’en parler. L’enfant pense qu’en prenant un petit peu de la souffrance des parents, il pourra l’alléger. Car un père qui sort vivant de la guerre de 14 ne peut ni ne veut en parler, il va au contraire chercher à le masquer. Sauf qu’inconsciemment, le malaise est ressenti. De parents à enfants, une partie des choses passe de façon rationnelle et consciente, l’éducation, mais une autre partie passe de façon inconsciente.
Cette logique est bien entendu un peu stupide car, au final, les deux souffrent, enfants et parents. Dans la Bible juive, on dit «tu respecteras ton père et ta mère afin que tes jours se prolongent sur la Terre», et en hébreu, le «tu respecteras» est en fait «tu mettras à distance». C’est l’idée qu’il faut se séparer. Or, dans les situations familiales lourdes comme celles que l’on décrit ici, il y a cette impossibilité de mettre à distance. Un père qui a vécu ces choses va mettre un couvercle dessus, il n’en parlera pas. Mais certains des enfants, pas tous bien entendu, vont prendre sur eux une part de cette angoisse et ce malaise du père. Ou de la mère quand on parle de femmes qui ont élevé leurs enfants seules après la Guerre du fait du décès de leur conjoint.
Il y a toute une polémique en Bretagne sur le nombre de morts durant la Première Guerre, un taux plus élevé que dans le reste de la France. Quand je me suis intéressé à ça, j’ai été frappé de voir qu’il n’y avait pas vraiment d’étude détaillée et sérieuse sur le sujet. En cherchant, j’ai pu trouver des chiffres finalement. Et je peux vous affirmer qu’en effet, la Bretagne est la région de France qui a le plus souffert. A la fin de la Guerre, 1,4 millions de morts sur environ 10 millions de soldats pour l’armée française mais, en Bretagne, on est à un minimum de 150.000 sur 600.000 mobilisés. Un passe d’un taux de 1 mort pour 8 soldats au niveau national à 1 sur 4 au niveau breton. Et si on compare la Bretagne avec d’autres régions, telles que Paris, Lyon ou les bords de la Méditerranée, ces villes ont un taux de 1 mort sur 10 mobilisés.
Par ailleurs, s’il y a plus de personnes touchées par ces décès en Bretagne, il y en a également plus à revenir avec des séquelles physiques ou psychiques. Un tiers des combattants sont revenus avec de telles séquelles. Ce qui fait qu’au total, sur 600.000 hommes de 18 à 40 ans, entre un quart et un tiers ne reviennent pas et un quart à un tiers reviennent en mauvais état. Beaucoup se retrouvent en hôpital psychiatrique, marqués profondément par ces traumatismes de guerre.

Sur une population totale de combien d’individus en Bretagne ?
Il y a quasiment la même population qu’aujourd’hui. Sur les 4 départements, on a une population équivalente à celle des 5 départements aujourd’hui. La Bretagne est très peuplée alors. On parle par exemple de 30.000 morts dans le Finistère, autant dans les Côtes d’Armor.
Il y a eu un phénomène de déni, très commun dans les traumatismes. Et puis, ça a été pris dans le débat entre républicains et nationalistes, le nombre de morts devenant un enjeu politique d’une certaine manière. Mais, dans tous les cas, la Bretagne est la région qui a été le plus touchée. Aucun doute à ce niveau. On trouve des départements avec le même taux de mortalité mais, à l’échelle d’une région, c’est unique.
Pour revenir à Durkheim, il prouve que le suicide est un phénomène urbain à la fin du XIXè siècle et début du XXè. Cela devient un phénomène rural au milieu du XXè. Certaines cartes montrent bien ce basculement. Et elles mettent bien en avant que c’est dans l’Ouest, en particulier en Bretagne, que la hausse est la plus forte.

Ce trauma que vous situez à la Première Guerre mondiale, comment cela se transmet aux petits enfants ? Rentre-t-on dans un état de fait par la suite concernant le suicide ?
C’est assez difficile à expliquer, dans la mesure où il faut bien éviter la question du déterminisme. Mais dans le même temps, face à un phénomène de masse, les processus sont multiples dans les familles. Si je prends l’exemple des orphelins, un historien français, Olivier Faron, a cartographié la proportion des pupilles de la nation dans la population en 1921, et montre que, là encore, la Bretagne est la région la plus touchée.
On voit bien qu’aujourd’hui, les gens vivent 70-80 ans. Quelqu’un qui était orphelin de père après-guerre, qui n’a quasiment pas connu son père, jusqu’il y a 10-15 ans, il y en avait encore beaucoup. Et sa manière d’être père, pendant toute sa vie, va être déterminée par le fait qu’il a été orphelin. Et ses propres enfants vont aussi être en partie marqués, différemment cependant, dans leur approche en tant que père. Tout enfant va connaître des moments difficiles. Dans ces moments-là, il se raccroche à des repères, en particulier la filiation. S’inscrire dans une filiation est important pour se construire. Quelqu’un qui a un manque dans sa filiation va avoir un peu plus de difficultés pour se construire. Des études chez des personnes hospitalisées en unités psychiatriques montrent que ce qui a pu être vécu en tant qu’enfant jouent un rôle sur l’état psychiatrique de l’adulte.

Peut-on s’attendre à un retour à la normale du taux de suicide, qui se rapprocherait de la moyenne nationale ?
On voit apparaître une petite tendance au rapprochement depuis le début des années 2000, cela devrait donc se produire d’ici à 2050. Ce qui confirmerait mon hypothèse. Et cela irait d’ailleurs dans le sens de cet adage biblique qui dit «les parents mangent des raisons verts et les enfants en ont les dents agacées pendant sept générations». En d’autres termes, les parents vivent des choses terribles et ce sont les enfants qui en subissent les conséquences. Si la tendance baissière se confirme en Bretagne, on sera à sept générations puisque ça correspond à environ 150 ans.

Pour aller plus loin: Suicide et alcoolisme en Bretagne au XX siècle. Sociologie-Histoire-Psychanalyse, Jean-Yves Broudic, Editions Apogée, Rennes, 2008

lundi 22 septembre 2014

PARUTION NOTICE ARTICLE Antonin Artaud, délire, narcissisme et suicide

DENIS Paul
Art, délire et narcissisme
REVUE FRANCAISE DE PSYCHANALYSE

2014/1 (Vol. 78)

Page 150-165

Le narcissisme se construit dans les échanges objectaux et peut se réfugier dans l’art ou le délire. A partir des exemples de Vincent Van Gogh et Antonin Artaud les échanges entre narcissisme, art et délire sont envisagés. Le contact avec les œuvres d’art peut constituer en partie un substitut aux échanges interpersonnels. Le recours au passage à l’acte suicidaire est conçu à la fois, avec Artaud, comme tentative de reconstitution désespérée et comme attentat contre ceux qui restent.

Plan de l'article

  1. L’artiste et son espace narcissique
  2. L’enfer de Van Gogh
  3. Narcisse contre narcisse
  4. Traumatisme et délire
  5. Défaite narcissique et suicide
  6. Antonin Artaud, délire, narcissisme et suicide

http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=RFP_781_0150

samedi 8 mars 2014

NOTICE THESE 2013 : Du statut ontologique du suicide

Du statut ontologique du suicide / Pierre Vallet ; sous la direction de Jackei Royaux
Directeur de thèse Royaux, Jackie (Praticien Hospitalier ; 1949-...).
Université de Reims Champagne-Ardenne. Médecine. Médecine spécialisée. Psychiatrie : Reims : 2013
Num. national de thèse : 2013REIMM057
http://www.sudoc.fr/17232100X
Résumé(s) :

La question est de savoir si le suicide, dit « existentiel », c'est-à-dire sans comorbidité psychiatrique, existe ; et quelle est, dans ce cas, la conduite à tenir par le médecin confronté, lors d’une première évaluation clinique, à une personne animée d’une telle velléité. Existe-il des recommandations dans ce cas précis ? Les publications scientifiques peuvent-elles nous éclairer dans notre démarche diagnostique ? Une approche transdisciplinaire est nécessaire pour approfondir notre compréhension du phénomène : via la sociologie, la psychanalyse, et même une discipline qui lui serait spécifique, la « suicidologie ». Mais toute tentative de formalisation du problème bute sur une limite épistémologique, son statut ontologique. Son approche est par ailleurs conditionnée par des considérations morales, héritées d’une histoire, et dont la restitution permet de révéler les questions existentielles auxquelles le praticien est exposé : Comment établir une relation de confiance et de soin avec une personne confrontée à l’absurdité de la vie ? Enfin, comment s’accommode notre éthique de la législation, face à un tel cas limite ?


Localisation  
Université de Strasbourg - Bibliothèque de médecine et odontologie
4 rue Kirschleger
67085 Strasbourg CEDEX
Tél. 03.68.85.35.37
adresse électronique : peb.medecine@unistra.fr
Web : http://scd.unistra.fr/
Renseignements bibliographiques : par téléphone, par courrier, par messagerie : scd-pret-medecine@unistra.fr (tél. : 03 68 85 35 37 de 9h à 18h)

jeudi 20 juin 2013

ARTICLE : De la maîtrise « autocalmante » des excitations au geste suicidaire, une tentative d’hystérisation du trauma

De la maîtrise « autocalmante » des excitations au geste suicidaire, une tentative d’hystérisation du trauma , Joanne André, Revue française de psychosomatique 2013/1 (n° 43), PUF, (Page 149-164)

Source : http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=RFPS_043_0149

56, rue Nationale
38370 Les-Roches-de-Condrieu
Joanne André est psychologue clinicienne, maître de conférences en psychopathologie psychanalytique de l’adulte, Laboratoire de psychologie clinique et psychopathologie (LPCP), Université Paris-Descartes. Auteure de l’article « Du sentiment d’être qui vacille au geste suicidaire, quand le sujet ne se (re)connaît plus », in Évolution psychiatrique, 2009, vol. 74, no 3.
andre.joanne@orange.fr

Résumé

L’activité « autocalmante », entendue comme « un mode particulier de maîtrise des excitations », et le geste suicidaire sont mis au travail du côté de ce qu’ils incluent de traitement psychique. Si les « autocalamants » tentent un retour « avant le traumatisme », le geste suicidaire peut constituer une tentative d’hystérisation. De l’un à l’autre, un passage par le traitement psychique, un passage du silence au bruit.

Mots clés
geste suicidaire, autocalmants, traitement psychique, hystérisation

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PLAN DE L'ARTICLE

  • Premiers mots
  • L’agression et ce qu’elle réactualise
  • La répétition traumatique
  • La course immobile
  • De l’inertie au mouvement