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jeudi 1 avril 2021

ETUDE RECHERCHE : Approche socio-anthropologique du suicide en Polynésie française

Le suicide au fenua, « une vengeance » contre « une injustice »


Tahiti, le 29 mars 2021 – Bardée de diplômes, Yasmina Taerea s’est encore illustrée en décrochant le deuxième prix du jury au concours "Ma thèse en 180 secondes" à l’UPF. Son approche socio-anthropologique du suicide a permis de mettre en évidence le rôle de la famille dans le passage à l’acte, mais aussi dans la prévention de la récidive.
 
Licence d’Histoire-géo, licence en sciences humaines et sociales, en socio-anthropologie, Master en recherche comparative en anthropologie, histoire et sociologie à Marseille… Bardée de diplômes, Yasmina Taerea s’est encore illustrée récemment en décrochant le deuxième prix du jury au concours "Ma thèse en 180 secondes" à l’UPF. Également présidente de l'association polynésienne de prévention 'Te Torea', enseignante à l’Isepp, mais aussi mère de famille, elle a quand même pris le temps de vulgariser en peu plus en détail sa thèse sur une approche socio-anthropologique du suicide.  
 
"Je me suis toujours intéressée au rapport de l’homme à la vie et à la mort", confie la jeune femme, admettant une "inspiration philosophique" à son questionnement. "Qu’est-ce qui va pousser une personne à décider de mettre fin à ses jours ? Comment réagit la famille, que fait-on de la dépouille ?" Profondément troublée par "les raisons" du passage à l’acte, la doctorante en anthropologie se saisit de la question douloureuse du suicide au fenua, par le prisme du milieu familial. Parce que c’est souvent là que les raisons trouvent leur origine.
 
"Les suicides sont d’avantage liés à une situation affective ou conjugale, après une rupture sentimentale, une jalousie, ou à la suite d’une pression exercée par les parents sur leurs enfants, y compris lorsqu’ils sont devenus des adultes", précise la doctorante.
 
200 tentatives de suicide par an
 
Un registre "affectif" a priori caractéristique de la Polynésie. "En métropole ou au Japon, si on est licencié ou qu’on se voit refuser l’entrée d’une école, ça peut expliquer le passage à l’acte", commente la jeune femme. "Si on perd son emploi ici, on ne va pas se suicider pour autant. Par contre, si on perd sa campagne parce qu’on a perdu son emploi, là, c’est la partie affective qui prend le dessus." Elle fait par ailleurs remarquer que beaucoup de couples polynésiens se sont formés sur les bancs du lycée, voire du collège, avec des ruptures d’autant plus difficiles à gérer.
 
En moyenne au fenua, 200 personnes font une tentative de suicide et 30 à 40 y parviennent malheureusement chaque année. Un drame qui concerne autant les hommes que les femmes, "dont les méthodes employées et les raisons évoquées dans le passage à l’acte sont similaire", contrairement à ce qu’on peut observer ailleurs. "On a tendance à avoir des études genrées, notamment dans les pays occidentaux, où le passage à l’acte est beaucoup plus violent et létale chez l’homme", développe Yasmina Taerea. "Alors que la femme va préférer l’auto-intoxication ou la pendaison, l’homme préfère l’usage de l’arme à feu, d’un objet tranchant ou la défenestration." Ainsi en Polynésie, qu’on soit un homme ou une femme, la pendaison est la méthode privilégiée, puisque plus accessible d'un point de vue pratique. "Finalement, ici, le suicide n’a pas de genre."
 
Une réponse à une pression familiale
 
Les données ethnographiques recueillies sur un terrain comparatif (Tahiti, Moorea, Rangiroa, Raivavae) montrent notamment "qu’en majorité, se tuer, sous le verbe ha'apohe, répond à une pression exercée par la famille, laquelle pousserait au premier suicide, mais préviendrait des récidives".
 
La pression en question se caractérise souvent par le refus d’une liaison. Yasmina évoque ainsi le cas de deux jeunes femmes d’une vingtaine d’années qui reprochaient à leur père respectif de leur interdire une relation avec un garçon du même âge. "Dans ce cas-là, soit tu choisis ton partenaire et tu perds ta famille, soit tu choisis ta famille et tu perds ton partenaire, dans les deux cas tu es perdant", résume la doctorante. Entre le marteau et l’enclume, le suicidant choisit le passage à l’acte comme pour "se venger dans la mort d’une injustice vécue au sein de la famille". Il s’agit de montrer qui est la cause du suicide. "En général, tout est scénarisé : le lieu, le moment, pour que le corps soit découvert. Tout est rationalisé, rien n’est laissé au hasard, explicite la jeune femme. Il s’agit de culpabiliser celui qu’on accuse comme étant à l’origine du suicide : tu n’as pas voulu que j’épouse un tel, voilà le résultat."
 
Quel est l'impact du confinement ?
 
En revanche, lorsque que la personne échappe finalement au suicide et survit à l’acte, elle devient un formidable facteur de prévention des récidives. "La famille s’organise pour éviter une nouvelle tentative, ce qui amorce une réorganisation du fonctionnement familial", positive la jeune femme, soulignant le rôle des familles pour éviter le drame. À condition d’être à l’écoute. "Ici, on fonctionne beaucoup à la suggestion, on ne dit pas forcément les choses", reprend Yasmina. D'un côté "les enfants ne vont pas forcément exprimer leur mal-être en le disant, mais par des gestes ou des comportements", de l'autre "les familles ont tendance à se dire que la personne est capable d’encaisser."
 
Dans un contexte de crise sanitaire, la doctorante s’apprête à actualiser les données de sa thèse en y intégrant la variable Covid. "La question se pose de savoir si le confinement peut avoir eu un impact sur les pressions familiales exercées sur les enfants, précise la doctorante. Les dynamiques sont-elles les mêmes ? Comment passer à l’acte à l’abri des regards s’il y a du monde à la maison ?"

https://www.tahiti-infos.com/Le-suicide-au-fenua-une-vengeance-contre-une-injustice_a199545.html 

 

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Info + 


 

lundi 29 mai 2017

PRESENTATION OUVRAGE Terry Williams, Teenage Suicide Notes. An Ethnography of Self-Harm

Terry Williams, Teenage Suicide Notes. An Ethnography of Self-Harm
Yannis Gansel sur lectures.revues.org*



Terry Williams, Teenage Suicide Notes. An Ethnography of Self-Harm, New York, Columbia University Press, 2017, 288 p., ISBN : 9780231177900.
Informations

En 2007, Gus Van Sant réalisait Paranoid Park, film tiré du livre éponyme de Blake Nelson centré sur les conduites à risque d’un adolescent de l’Oregon, qui provoquaient la mort accidentelle d’un adulte. Comme quatre ans plus tôt dans Elephant, inspiré par la tuerie de Columbine High School, le cinéaste dépeignait une adolescence américaine livrée à la déréliction, à la vacuité de la société de consommation et à l’abandon des adultes, cantonnés à de lointaines apparitions en arrière-plan, figures muettes ou absorbées dans leurs préoccupations. C’est, en peu de mots, sur une telle image que se referme Teenage suicide notes, an ethnography of self-harm de Terry Williams.
Le livre que Williams consacre au suicide et à l’automutilation des adolescents se structure en trois parties de volumes très différents. Le prologue et la brève introduction partent du récit d’une expérience personnelle de l’auteur ; le suicide d’un ami d’adolescence, mort par noyade en laissant derrière lui le mystère impénétrable d’une dernière missive et un vide qui ne s’est jamais complètement refermé. Williams revient plusieurs décennies plus tard sur cette mort, dont la mémoire se voit convoquée au cours d’une enquête sur les consommations de drogues et les parcours de jeunes dans des quartiers défavorisés de logements sociaux (les « projects ») de New-York.
Lire la suite http://lectures.revues.org/23001?utm_source=alert 

Terry Williams, Teenage Suicide Notes. An Ethnography of Self-Harm, New York, Columbia University Press, 2017, 288 p., ISBN : 9780231177900.
Informations

vendredi 24 février 2017

SOCIO ANTHROPOLOGIE le Suicides d’adolescents sur internet : signe de la souffrance ultime ?

Suicides d’adolescents sur internet : signe de la souffrance ultime ? 22 février 2017 de Jocelyn Lachance  Chargé d'enseignement et de recherche, Université de Pau et des pays de l'Adour
sur https://theconversation.com/suicides-dadolescents-sur-internet-signe-de-la-souffrance-ultime-73017

Au cours des derniers mois, plusieurs drames d’adolescents et de jeunes adultes se suicidant en direct sur Internet ont tristement fait l’actualité, notamment en France et aux États-Unis.
Cette forme inédite de mise en visibilité du suicide nous interpelle avec raison. Une question apparaît alors en filigrane : quel est rôle des dispositifs techniques utilisés au cours de ces mises en scène fatales ? S’agit-il d’un phénomène nouveau en soi ou bien d’une nouvelle mise en visibilité de la souffrance ?
Lire la suite https://theconversation.com/suicides-dadolescents-sur-internet-signe-de-la-souffrance-ultime-73017

vendredi 25 novembre 2016

ROYAUME UNI .. Prévention du suicide ferroviaire des anthropologues pour faire une «carte intelligente»

Des experts pour faire une «carte intelligente» des points chauds du suicide ferroviaire.
D'après article "Experts to make 'smart map' of railway suicide hot spots" 
telegraph.co.uk*  20 novembre 2016
Henry Bodkin
Une équipe d'anthropologues a été embauchée pour essayer de prévenir les suicides dans les endroits sensibles des chemins de fer où les perturbations peuvent engendrer des embouteillages. Network Rail a recruté des universitaires pour étudier les communautés autour de 32 endroits de ce genre. L'équipe utilisera des procédures d'enquête sur le terrain pour comprendre ce qu'il en est des emplacements «en grappes» qui attirent les tentatives de suicide, ce qui signifie que des mesures préventives comme des clôtures et des patrouilles de police peuvent être renforcées.
 Leurs données sont également destinées à aider à créer une carte intelligente similaire à celles utilisées par les analystes de consommateurs, pour essayer de prédire où les tentatives de suicide à venir se produiront. «Nous devons nous éloigner de la pensée que les clôtures sont la réponse à tout» Ian Stevens, chef du Programme de prévention du suicide.
Actuellement, la plupart des recherches sur le suicide sont dominées par des psychologues qui tentent d'expliquer le phénomène au niveau individuel ou par des sociologues qui cherchent à obtenir des explications sociétales.
Cependant, la nouvelle stratégie de Network Rail vise à profiler les communautés à proximité d'endroits à haut risque et à rechercher activement d'autres villes et villages qui correspondent au modèle. Ian Stevens, qui dirige le programme de prévention du suicide de l'organisation, a déclaré: «Nous devons nous éloigner de penser que les clôtures est la réponse à tout.
"Toutes les mesures de prévention que nous pourrions avoir sont en place à ces stations, mais malheureusement, les gens viennent encore prendre leur propre vie."Nous devons comprendre les communautés autour de ces lieus."En 2015-16, 252 personnes ont pris leur propre vie, ou soupçonnées de l’avoir fait sur le réseau ferroviaire. Ce chiffre était inférieur de 35 à celui de l'année précédente. En moyenne, chaque incident cause 2 000 minutes de retard dans les trains et les conducteurs impliqués dans des suicides perdent généralement 29 jours ouvrables à mesure qu'ils se remettent. L'équipe a testé ses méthodes à deux endroits avec un taux élevé de suicide. En décembre, son mandat sera élargi à quatre ou cinq autres, en vue de poursuivre son expansion au cours des prochains mois. Dr Robin Pharoah, l'anthropologue principal, a déclaré que sa première tâche dans une communauté donnée était d'encourager les survivants du suicide à revivre leur expérience pour découvrir quelles caractéristiques les attiraient à la voie ferrée à proximité."Nous allons chercher des indices", a-t-il déclaré."La seule chose que nous savons à l'avance, c'est que nous ne savons pas ce que nous trouverons intéressant."M. Stevens a déclaré que les données accumulées par Network Rail, mises à jour quotidiennement, signifiaient que le personnel identifiait parfois les zones à haut risque de suicide avant les autorités locales, les services de santé ou les organismes de bienfaisance."Si les autorités locales ne savent pas qu'il y a un flux de personnes qui viennent à la voie ferrée, ils ne peuvent pas aider", a t-il dit. "Nous essayons d'aider à peindre une image."
http://www.telegraph.co.uk/news/2016/11/20/experts-to-make-smart-map-of-railway-suicide-hot-spots/

vendredi 4 avril 2014

MANIFESTATION Matinée d'études à Paris : Suicide et souffrance au travail, la troublante leçon japonaise 24/05/2014

Matinée d'études à Paris : Suicide et souffrance au travail, la troublante leçon japonaise

Les Éditions d'Ithaque vous convient à une matinée d'études,
à l'occasion de la parution de l'ouvrage de Junko Kitanaka,

De la mort volontaire au suicide au travail
Histoire et anthropologie de la dépression au Japon


Descriptif :
Si les états dépressifs et le suicide liés aux conditions de travail sont aujourd’hui un phénomène global, généralement associé aux transformations induites par la nouvelle gouvernance néolibérale, on ne prête guère d'attention aux différences étonnantes que ce mouvement montre au niveau local. Le Japon est un cas d'école. Le suicide (la « mort volontaire ») peut en effet
y incarner dans certains cas un idéal éthique. Comment et dans quelle mesure a-t-il donc été « médicalisé » ? Les Japonais, ensuite, ont longtemps résisté à l'intrusion de la psychiatrie dans leur quotidien, au point de penser que la dépression était une pure importation occidentale. Comment le DSM et le Prozac© se sont-ils introduits chez eux ? Pourquoi la dépression
des femmes y a-t-elle été si longtemps minoritaire ? Enfin, alors qu'il est banal en France
de dénoncer la « psychiatrie mondialisée » comme une nouvelle instance de contrôle social,
au Japon, c'est elle qui a au contraire permis la reconnaissance de la détresse des travailleurs provoquée par des conditions de travail abusives : sans DSM, il n'aurait pas été possible
de qualifier de maladie la souffrance psychique au travail, et d'obliger les employeurs
à indemniser les victimes.

Quelles leçons tirer de ces paradoxes ? Pour en débattre, l'auteur et le traducteur seront présents, avec plusieurs spécialistes français du Japon et du problème de la souffrance
au travail.

Avec :
Junko Kitanaka, Pierre-Henri Castel, Yves Clot,
Christian Galan, Marie Pezé, Philippe Petit

Entrée libre
Inscriptions recommandées (nombre de places limité) : nous écrire ici

Samedi 24 mai 2014 de 09h30 à 13h

Maison des Métallos, salle 1
94, rue Jean-Pierre Timbaud
75011 Paris

source info :http://www.ithaque-editions.com/agenda.php

vendredi 28 mars 2014

Réflexions autour du téléfilm Sacrifice et l’immolation volontaire par le feu

Agnès Cavet, « Sacrifice : le nouveau testament des « buissons ardents » », Lectures [En ligne], Les notes critiques, 2014, mis en ligne le 27 mars 2014, consulté le 28 mars 2014. URL : http://lectures.revues.org/14100


Extraits (Acces à l'article intégrale )

"Au-delà d’un retour salutaire sur ce pan de l’histoire, qui a marqué également les esprits à l’ouest de la Tchécoslovaquie, ce film nous invite à interroger le contexte, le sens et la portée d’un acte tel que l’immolation volontaire par le feu, comme moyen d’expression extrême d’un état de révolte, d’impuissance et de désespoir, comme signal d’alarme, comme tentative d’action contre un oppresseur et/ou comme sacrifice de soi au nom d’une cause perdue."

"Brûler plutôt que mourir
Les sciences sociales n’ont jusqu’à présent posé qu’un regard marginal sur les actes de violence auto-infligée. Leur forme s’inspire sans doute de ce que Durkheim qualifiait de « suicides altruistes »19 à connotation rituelle ou mystique, pratiqués dans certaines cultures asiatiques. Mais les embrasements protestataires ne semblent pas répondre à une volonté de mort, même si le risque en est bien présent et assumé – Jan Palach le confirme pour sa part lorsqu’il murmure dans l’ambulance « ce n’est pas un suicide ». Le recours à l’immolation à des fins politiques s’est d’abord développé en Asie au cours du siècle dernier, pour gagner plus récemment le Moyen-Orient et le reste du monde.

"Retourner contre soi le stigmate de la violence subie

Après s’être confronté au phénomène des immolations et des grèves de la faim, utilisées comme modes d’action par les militants kurdes qu’il a étudiés, Olivier Grojean propose d’aborder les « violences contre soi » à caractère protestataire ou revendicatif dans le cadre de la sociologie des mobilisations. Il observe qu’elles s’inscrivent dans un « répertoire d’actions », individuelles ou collectives, auquel ont particulièrement recours des « acteurs à faibles ressources, engagés dans des interactions fortement asymétriques », qui n’ont donc « pas d’autres moyens » de « débloquer une situation perçue comme intolérable ». Ces violences auto-infligées apparaissent « quand les revendications touchent aux fondements de l’identité sociale, politique, ethnique ou confessionnelle des acteurs engagés. La réclamation ou la contestation d’un statut, la volonté d’être traité avec dignité, le refus d’une politique inhumaine ne sont alors plus exigés de manière exclusivement symbolique, mais bien incarnés dans le supplice que l’on s’inflige ». Elles réalisent donc un « retournement des stigmates de la souffrance subie »21. Au-delà de cette première approche, il reste de la place pour des recherches plus approfondies sur ce phénomène qui ne cesse de gagner du terrain.

« Consumés par le travail »

Car depuis peu, la France est elle-même confrontée à un nombre croissant d’ignitions volontaires : une cinquantaine de cas recensés entre 2011 et 2013. Si ces actes ne peuvent être reliés à une cause politique organisée, comme celle des martyrs kurdes ou tibétains, on aurait tort de disqualifier toute dimension politique à ces gestes et de réduire leurs auteurs à des profils psychologiques déviants, comme tend à le faire le discours psychiatrique22. En effet, au moins onze de ces immolations récentes apparaissent directement liées à une problématique d’exclusion sociale, et plus particulièrement d’exclusion du travail. C’est sur ces cas que revient le remarquable web-documentaire de Samuel Bollendorff et Olivia Collo, Le grand incendie, publié fin 201323. Qu’ils soient cadres quinquagénaires mis au placard d’une grande entreprise de télécom ou chômeurs en fin de droits, les uns et les autres ont tenté de faire entendre un message fort en s’immolant sur le parking de leur entreprise ou devant une agence du Pôle emploi.

Les années 2000 ont déjà vu s’alourdir de façon inquiétante le décompte des suicides imputables à ce qu’il est convenu d’appeler la grande souffrance au travail24. Plans sociaux en cascade, restructurations incessantes visant à mieux servir les intérêts des actionnaires, management déshumanisé…, les causes du malaise sont bien connues des sociologues du travail. De grandes entreprises renommées se sont tristement illustrées par les épidémies de suicides qui touchent leurs personnels. Mais malgré les lettres explicites laissées par les uns, malgré le choix signifiant des autres de mettre fin à leurs jours sur le lieu même de leur travail, ces entreprises s’enferment trop souvent dans la dénégation, préférant alléguer des causes individuelles, psychologiques et familiales, plutôt que d’assumer leur part de responsabilité. Ainsi ces suicides au travail suscitent-ils davantage des réponses de santé publique que des solutions au cœur même de l’organisation du travail, confirmant par-là que le message des suicidés n’est pas réellement entendu pour ce qu’il est.
  • 24 Voir notamment Laurence Théry (dir.), Le travail intenable. Résister collectivement à l’intensification du travail, Paris, La Découverte, coll. « Entreprise & Société », 2006. Compte rendu de Laure Célérier pour Lectures : http://lectures.revues.org/1107 ; Christophe Dejours, La panne. Repenser le travail et changer la vie, Paris, Bayard, 2012. Compte rendu de Nadia Veyrié pour Lectures : http://lectures.revues.org/11204

Dans ce contexte de banalisation des suicides, faut-il vraiment s’étonner que certains éprouvent aujourd’hui la nécessité de franchir un nouveau cap et d’accomplir ce que l’historien Michel Vovelle considère comme « la plus grande transgression »25 ? Au travers des flammes auxquels ils se livrent en dernier recours pour attirer notre attention, saurons-nous voir l’urgence d’inverser le cours des rapports de forces dans le monde du travail ? Et serons-nous capables, en leur mémoire, de ne pas céder davantage à la compromission qu’à la résignation ?
25 Michel Vovelle, « L’immolation par le feu est la plus grande transgression », Le Point, 18 octobre 2011. http://www.lepoint.fr/societe/michel-vovelle-l-immolation-par-le-feu-est-la-plus-grande-transgression-18-10-2011-1386062_23.php.

vendredi 14 mars 2014

A ECOUTER Les Voix du Crépuscule / Anthropologie du suicide

Les Voix du Crépuscule / Anthropologie du suicide, 13/03 à 20h
http://www.radiocampusparis.org/2014/03/anthropologie-du-suicide-samedi-1er-fevrier-18h30-quai-branly/


Samedi 1er février 2014, Les Voix du Crépuscule étaient au salon de lecture Jacques Kerchache du musée du quai Branly, pour une émission consacrée à l’ « anthropologie du suicide ». Diffusion ce soir à 20h sur Radio Campus Paris.
Affichette-Anthropologie du suicideLe suicide, ce fait social au fondement de la sociologie et que Durkheim a érigé en modèle de l’action « coercitive » que la société peut exercer sur les individus, est aujourd’hui un parent pauvre des sciences sociales. Parce que le suicide est un phénomène dont on a trop vite fait de désigner les racines biographiques et psychiques, il est important de rappeler à chaque époque, dans chaque contexte social, combien les facteurs sociaux (âge, sexe, profession, bien sûr  mais aussi qualités et diversité des liens sociaux, temps de loisir, accès à la culture, etc…) lui donnent forme…
On se suicide 2 fois plus en Russie qu’en France et 10 fois plus au Japon qu’aux Philippines. Au Canada, les jeunes autochtones de 10 à 29 ans ont 5 à 6 fois plus de chances de mourir par suicide que leurs semblables  non-autochtones. Comment expliquer ces différences et quelles pratiques y a-t-il derrière ces statistiques?
C’est ce que nous explorerons avec:
  • Sophie Gergaud, docteur en anthropologie visuelle, cinéaste et membre du GITPA (Groupe International de Travail sur les Peuples Autochtones): http://sophiegergaud.blogspot.fr/
Nous parlerons également du mouvement zapatiste, qui fête en 2014 ses 20 ans. Nous lui consacrerons un carnet sonore ainsi qu’une chronique.
La dernière partie de l’émission sera consacrée comme d’habitude à vos questions, commentaires et témoignages, si vous nous rejoignez pour l’enregistrement public.
Pour en savoir plus sur le programme du salon de lecture Jacques Kerchache du musée du quai Branly: http://www.quaibranly.fr/fr/programmation/salondelecture.html

mardi 11 mars 2014

Le projet SEYLE identifie le risque de dépression chez un groupe «invisible» d'adolescents à risque

Le projet SEYLE identifie le risque de dépression chez un groupe «invisible» d'adolescents à risque

[Date: 2014-02-24] http://cordis.europa.eu/news/rcn/36460_fr.html
La santé mentale fait partie intégrante de la santé, et les bases d'une bonne santé mentale sont définies dès l'enfance et l'adolescence. De nombreux problèmes de santé mentale développés pendant les jeunes années augmentent avec l'âge et affectent non seulement l'individu, mais également sa famille et la société dans son ensemble. La majorité des jeunes Européens semble bénéficier d'une bonne santé mentale, et pourtant 20% des enfants et des adolescents souffrent de problèmes développementaux, émotionnels ou comportementaux et environ 12% souffrent d'un trouble mental cliniquement diagnostiqué. Ce chiffre ne tient compte que des jeunes ayant été diagnostiqués, mais beaucoup d'autres sont considérés comme étant «à risque».

La plupart d'entre nous connaissent les facteurs de risque évidents traditionnellement associés à la dépression. Les problèmes comportementaux ou la consommation d'alcool et de drogues comptent parmi les signaux d'alarme. Pourtant, une récente étude dirigée par des chercheurs du Karolinska Institutet dans le cadre du projet SEYLE («Saving and Empowering Young Lives in Europe») a révélé d'autres facteurs de risque plus subtils qui devraient également être pris en considération. Selon l'étude, les adolescents qui démontrent une combinaison de facteurs tels qu'un manque d'activité physique, de longues heures passées sur les médias, ainsi qu'un manque de sommeil, font partie d'un groupe à risque qualifié d'«invisible» qui affiche une prévalence élevée de dépression et de symptômes psychiatriques. L'étude a montré que 58% des jeunes interrogés faisaient partie du groupe «à risque faible», 13% du groupe «à risque élevé» et le reste de ce groupe «invisible». Il serait facile d'ignorer ces signaux d'alarme et de les justifier comme un comportement typique des adolescents, mais les chercheurs ont constaté que ce groupe à risque «invisible» enregistre une prévalence similaire de pensées suicidaires, d'anxiété, de dépression infraliminaire et de dépression que le groupe à risque «élevé», dont le comportement est plus extrême et explicite.

Vladimir Carli, auteur principal de l'étude du Centre national de recherche sur le suicide et la prévention d'une mauvaise santé mentale (NASP) du Karolinska Institutet, expliquait que «près de 30% des adolescents compris dans le groupe 'invisible' avait un niveau élevé de symptômes psychopathologiques. Alors que le groupe à risque élevé est aisément identifiable par un comportement enclin à la consommation d'alcool et de drogues, les parents et les enseignants ne sont pas conscients que les jeunes du groupe à risque 'invisible' sont véritablement à risque».

Cette étude est la première à estimer la prévalence générale d'une plus grande gamme de comportements et de modes de vie à risque et leur association aux symptômes de mauvaise santé mentale chez les adolescents européens. Ces résultats, qui ont été publiés dans le numéro de février 2014 de la revue World Psychiatry, contribuent aux travaux du projet SEYLE visant à promouvoir la santé des adolescents par la prévention de prise de risques et de comportements autodestructeurs. Le projet a également réussi à développer et à mettre en place des interventions dans le domaine de la psychiatrie infantile, de l'anthropologie et de la suicidologie dans huit pays, et a généré des données de référence sur près de 9 000 adolescents scolarisés.
Pour plus d'informations, veuillez consulter:

SEYLE:
http://www.seyle.eu/

Fiche d'informations du projet:
http://cordis.europa.eu/projects/rcn/90593_fr.html
Catégorie: Projets
Source des informations: Karolinska Institutet
Référence du Document: D'après un communiqué de presse du Karolinska Institutet sur CORDIS Wire
Codes de Classification de l'Index des Sujets: Médecine, santé

mardi 18 février 2014

A PARAITRE : De la mort volontaire au suicide au travail. Histoire et anthropologie de la dépression au Japon

De la mort volontaire au suicide au travail.
Histoire et anthropologie de la dépression au Japon
Junko Kitanaka

Traduit de l'américain par Pierre-Henri Castel

Source http://www.ithaque-editions.com/livre/46/De+la+mort+volontaire+au+suicide+au+travail.+Histoire+et+anthropologie+de+la+depression+au+Japon




Parution : 10 avril 2014
153 x 220 mm, 288 pages

ISBN : 978-2-916120-40-9

Titre original

Depression in Japan. Psychiatric Cures for a Society in Distress
L'œuvre
Si le suicide lié aux conditions de travail est devenu un véritable sujet d’inquiétude dans tous
les pays développés, c’est par centaines qu’ils se produisent chaque année au Japon, et les graves dépressions procédant des mêmes causes se comptent par dizaines de milliers. Leur retentissement là-bas est énorme, car ces dépressions et ces suicides mettent à mal l’incarnation du travailleur-modèle : l’homme consciencieux, totalement dévoué à son entreprise, est submergé par des tâches écrasantes et un surcroît phénoménal d’heures supplémentaires. Dans ce contexte, le diagnostic
de « dépression », associé à l’idée de « risque suicidaire », a été universellement adopté par les médecins, les autorités, les malades eux-mêmes et le grand public, pour nommer et exprimer un mal-être collectif qui est allé en s’aggravant avec la crise économique de ces vingt-cinq dernières années.

Et c’est tout à fait étonnant. Car, longtemps, les Japonais ont farouchement résisté à l’intrusion des psychiatres dans leur quotidien, au point qu’on estimait nulles les chances de succès des antidépresseurs au Japon dans les années 1980 ! La dépression était une affection occidentale, prétendument inconnue dans l’archipel. Aussi, comment la tristesse ordinaire, le surmenage des travailleurs, le mal-être caché des femmes, et pour finir cet acte si emblématique de la culture japonaise, le suicide comme « mort volontaire », ont-ils été progressivement médicalisés ?

L’auteure dresse ici un portrait intérieur du Japon et expose une thèse aux consé­quences notables :
il serait tout simplement faux que la mondialisation soit un processus aussi uniforme qu’implacable.
Au contraire, Junko Kitanaka met en lumière la vigueur des appropriations locales de cette mondialisation qu’on croit toute-puissante. Elle montre les ressources paradoxales, voire subversives, que les individus peuvent y puiser – et les tensions inédites qui apparaissent alors.

L'auteur
Junko Kitanaka est professeure à l’université de Keio à Tokyo, où elle enseigne l’anthropologie de la médecine et de la psychiatrie. Ce livre a obtenu en 2013 le prix Francis Hsu, décerné par l’Association américaine d’anthropologie, qui récompense le meilleur ouvrage d’anthropologie d’Asie du Sud-Est.

jeudi 30 janvier 2014

MANIFESTATION Anthropologie du suicide, samedi 1er février 18h30, quai Branly, PARIS

Anthropologie du suicide, samedi 1er février 18h30, quai Branly

SOurce : http://www.radiocampusparis.org/2014/01/anthropologie-du-suicide-samedi-1er-fevrier-18h30-quai-branly/

Ce samedi 1er février 2014, Les Voix du Crépuscule vous invitent à leur enregistrement public, au salon de lecture Jacques Kerchache du musée du quai Branly, pour une émission consacrée à l’ « anthropologie du suicide ».
Affichette-Anthropologie du suicideLe suicide, ce fait social au fondement de la sociologie et que Durkheim a érigé en modèle de l’action « coercitive » que la société peut exercer sur les individus, est aujourd’hui un parent pauvre des sciences sociales. Parce que le suicide est un phénomène dont on a trop vite fait de désigner les racines biographiques et psychiques, il est important de rappeler à chaque époque, dans chaque contexte social, combien les facteurs sociaux (âge, sexe, profession, bien sûr  mais aussi qualités et diversité des liens sociaux, temps de loisir, accès à la culture, etc…) lui donnent forme…
On se suicide 2 fois plus en Russie qu’en France et 10 fois plus au Japon qu’aux Philippines. Au Canada, les jeunes autochtones de 10 à 29 ans ont 5 à 6 fois plus de chances de mourir par suicide que leurs semblables  non-autochtones. Comment expliquer ces différences et quelles pratiques y a-t-il derrière ces statistiques?
C’est ce que nous explorerons avec:
  • Sophie Gergaud, docteur en anthropologie visuelle, cinéaste et membre du GITPA (Groupe International de Travail sur les Peuples Autochtones): http://sophiegergaud.blogspot.fr/
Nous parlerons également du mouvement zapatiste, qui fête en 2014 ses 20 ans. Nous lui consacrerons un carnet sonore ainsi qu’une chronique.
La dernière partie de l’émission sera consacrée comme d’habitude à vos questions, commentaires et témoignages, si vous nous rejoignez pour l’enregistrement public.
Pour en savoir plus sur le programme du salon de lecture Jacques Kerchache du musée du quai Branly: http://www.quaibranly.fr/fr/programmation/salondelecture.html

vendredi 3 janvier 2014

COLLOQUE TAHITI juin 2014

Du 10 juin au 14 juin, 2014
6ème Conférence Asie-Pacifique de l'Association Internationale pour la Prévention du Suicide
La prévention du suicide : un voyage à travers l'Asie et l' Océanie

6ème Conférence Asie-Pacifique de l'Association Internationale pour la Prévention du Suicide
La conférence présentera les connaissances sur les aspects anthropologiques, socio- culturels, littéraires et philosophiques du suicide en Polynésie française et dans les îles du Pacifique. En collaboration avec le Bureau Régional de l'OMS du Pacifique occidental, la relation entre les troubles mentaux et le risque de suicide dans la région sera examiné avec le Réseau de Santé Mentale des Iles du Pacifique (PIMHnet). Puis notre voyage scientifique (dans le temps et l'espace) procédera à  l'objectif général de cette conférence, recueillir des informations sur les réseaux nationaux et régionaux de prévention du suicide. Cela comprendra l'identification des besoins de formation et d'éducation dans la région, le partage des connaissances sur les stratégies de prévention du suicide dans les différents pays de la région. En outre, nous souhaitons faire émerger de nouvelles stratégies de prévention et de formation plus spécifique avec une meilleure prise en compte des aspects culturels et socio -économiques des pays de la région.
Première annonce
Pour plus d'informations, clicquer ici.
Le thème du congrès, Dernières découvertes et nouvelles technologies en prévention du suicide, est axé sur la présentation de recherches de pointe et de découvertes cliniques de ce début du 21e siècle. Comme il est de mise dans tous les congrès de l'IASP, un large éventail de sujets sera à l'ordre du jour, des dernières découvertes en biologie et en génétique jusqu'aux arts, en passant par les nouvelles pratiques en matière de prévention et de suicidologie dans le respect des réalités culturelles différentes.

lundi 25 mars 2013

Dossier "Prévention du suicide dans les armées"

sommaire 1-2013 (format pdf, 46 kB).

Dossier "Prévention du suicide dans les armées"

00 éditorial 1-2013 psy (format pdf, 48 kB).

Article original

mardi 4 septembre 2012

SOUTENU PAR INFOSUICIDE.ORG - ZOOM SUR PARUTION OUVRAGE CORRESPONDANT DE SAO PAULO - BRESIL

"O Suicídio como Espetáculo na Metrópole"  de Fernanda Marquetti,  rencontrée lors d'un congrès en 2009 a eu la gentillesse de nous faire parvenir l'exemplaire publié de son travail de thèse très intéressant.
-  "le suicide comme spectacle dans la métropole de Sao Paulo."
Ouvrage en portugais. Année édition  : 2011
O Suicídio como Espetáculo na Metrópole

Le livre révèle les parcours, les usages et la caractérisation des espaces publics comme lieux d'interruption de la vie, réunissant les divers domaines des sciences humaines, comme l'histoire des mentalités, la sociologie, l'anthropologie urbaine et l'urbanisme, qui, en plus de fournir un appareil théorique, transmet le problème à son expression dans le contexte urbain à l'intersection de la santé publique et des sciences sociales, en essayant d'embrasser le caractère théâtral de l'événement et ouvrant un nouvel éventail de questions à cet égard.
À propos de l'auteur:
Fernanda Cristina Marquetti est professeur au Département des sciences du mouvement humain, Université Fédérale de São Paulo / BSdoctorat en santé publique de l'Université Fédérale de São Paulo et coordinateur du groupe de recherche «
“Percursos Suicidas, Sociedade, Cultura, História, Trabalho e Saúde”.

http://www.editorafapunifesp.com.br/shop/detalhe.php?id=32

jeudi 30 août 2012

DEBAT REACTIONS ACTU "pas facile de sortir des clichés sur le grand âge."

Presse : pas facile de sortir des clichés sur le grand âge. Explications de Bernadette Puijalon, anthropologue - AGEVILLAGE - 27/08/2012


Bernadette Puijalon est anthropologue, maître de conférences Université Paris XII, U.F.R. Sciences de l’Education et Sciences Sociales, responsable du Master professionnel Sciences de la société, Management des organisations, Option gérontologie.
Suite au traitement de l'épisode caniculaire dans la presse qui nous a interpellé, nous lui avons demandé son regard sur l'approche des journalistes sur les enjeux du vieillissement, l'impact de la vieillesse. En tant qu'expert, elle est régulièrement sollicitée pour des interviews, des enquêtes, des reportages.
Il faut beaucoup travailler avec eux pour qu'ils "passent une frontière" et se passionnent sur ces questions, analyse-t-elle.


"Les journalistes entament généralement leurs reportages ou enquêtes sur ces questions à reculons" constate Bernadette Puijalon.
Ils démarrent leur travail la tête farcie de stéréotypes, de clichés renforcés selon moi par les discours des professionnels de la gérontologie sur la dépendance, la fragilité.
Ils abordent les reportages avec une vraie angoisse des images qu'ils vont trouver. "Un jour ce sera nous".

Selon Bernadette Puijalon, le traumatisme des 15 000 morts de la canicule de 2003 reste bien présent dans les médias. Il accentue encore la vision des vieux : forcément fragiles et la culpabilité des proches, sans parler de l'impact systématiquement négatif du traitement de la maladie d'Alzheimer.
Elle pointe que l'année qui a suivi cette catastrophe, l'actualité sur le vieillissement a été marquée par la sortie du livre "La dernière leçon" de Noëlle Chatelet sur le suicide de sa mère Mireille Jospin à 92 ans, militante de l'ADMD (Droit de mourir dans la dignité). La presse a salué un ouvrage admirable. Mais dans quel sens ?
L'obligation de ne pas peser sur ses proches s'est renforcée dans les têtes.

Bernadette Puijalon constate aussi que pour parler des vieux, les journalistes se réfèrent souvent à la seule expérience qu'ils ont eux :  avec un grand-parent, généralement une grand-mère. D'où le "mamie" qui sort souvent dans les commentaires ?

Le discours alterne entre constats, chiffres démographiques, obligations sociales (de prendre soin, de donner à boire...), attendrissements, peurs et compassion.
Passer la frontière
Il faut de l'énergie, de l'investissement dans le sujet, du temps, de nombreuses discussions, des rencontres, des lectures, et ... "ils passent une frontière", constate Bernadette Puijalon.
Leur regard change sur les personnes, les services, les lieux d'accueil.
Ils découvrent que, comme à tout âge, toutes les vieilles personnes ne se ressemblent pas. Certes, certaines ont un besoin d'aides important, d'autres, au même âge, sont valides et donnent leurs conseils pour vivre la canicule !
Les regards évoluent aussi sur les professionnels dont les métiers, les services proposés, les environnement techniques... deviennent intéressants voire passionnants à raconter.
Elle note néanmoins un sujet encore trop difficile à aborder : l'isolement des personnes. A leur domicile, en établissement, comment parler de ces journées jugées vides, sans contacts avec d'autres personnes ?

Comment faire évoluer les regards ?
Cela prend du temps, demande beaucoup d'énergie, de volonté personnelle et collective. L'idéal seraient que les générations se croisent, se côtoient, montent des projets ensemble, plus souvent.
Elle parle non pas d'une inter-génération forcée, artificielle, "pour la photo" (le cliché des petits enfants de l'école voisine prenant le goûter chez des vieilles dames. Et si elles n'en n'ont pas envie...).
Parmi les initiatives, elle salue le travail de la Fondation Nationale de Gérontologie (FNG) sur ces questions de société et de regard sur le vieillissement et notamment du Prix Chronos de littérature pour la jeunesse qui permets aux très jeunes de se familiariser avec ces questions.
"Finalement la vieillesse ce n'est pas un défaut" ! s'est exclamé Arnaud 8 ans, lors d'un Prix Chronos.
Des figures âgées, des artistes âgés vont aussi faire bouger les lignes. L'indigné Stéphane Hessel est presque trop parfait, inatégnable, Bernadette Puijalon pense aussi à Jean-Louis Trintignant, touchant, solide, fragile, complexe... humain.

Ndlr : Retrouvez  Bernadette Puijalon en images lors d'un colloque portant sur le thème "Bénévolat, citoyenneté et maladie d’Alzheimer : "Nous sommes aujourd'hui en panne de réciprocité" (septembre 2011)

AdV
mis à jour le 27/08/2012

vendredi 24 août 2012

SANTE PUBLIQUE ET STIGMATISATION

A lire le dans La santé de l'homme, INPES
N° 419 - mai-juin 2012
 

L'article "Stigmatisation sociale et santé publique : les enjeux éthiques" de Béatrice Lamboy PhD, chef du département Évaluation et expérimentation, direction des Affaires scientifiques, Inpes


"La stigmatisation, danger inhérent à toute action de santé publique, sape la prévention et, de surcroît, peut être délétère pour la société. L’anthropologue québécois Raymond Massé explique pourquoi l’absence de réflexion éthique sur les impacts des interventions de santé publique « n’est plus acceptable ». Il faut notamment former les intervenants quant aux coûts sociaux et éthiques des programmes d’intervention qu’ils mettent en application. Une santé publique éthique passe par la responsabilisation de ceux qui la mettent en œuvre au quotidien et des autorités politiques qui les mandatent."
"L’un des enjeux éthiques importants qui en découle – d’ailleurs pratiquement absent des codes éthiques mentionnés"– est celui de la stigmatisation  sociale de certains sous-groupes étiquetés  comme étant à risque."

Extraits
" De la même façon, certains ont refusé de participer à un programme de dépistage de prévention de
la violence conjugale, craignant que tous les membres des communautés ethniques ciblées ne soient étiquetés
« batteurs de femmes ». L’association de la population inuit à l’alcoolisme ou au suicide est un exemple manifeste d’étiquetage ethnique apparu suite aux résultats d’enquêtes épidémiologiques médiatisées. L’étiquetage peut, encore,toucher des quartiers ; le fait de cibler certains quartiers défavorisés pour l’implantation de programmes de prévention des abus et négligences envers les enfants est tout autant à risque de stigmatiser l’ensemble des habitants. Il peut toucher des travailleurs et des secteurs économiques. Des travailleurs d’une usine associée à une forte prévalence d’un type de cancer risquent d’être stigmatisés par les membres de leur réseau social et victimes de discrimination de la part de compagnies d’assurance ou de futurs nouveaux employeurs." P10

A télécharger : http://www.inpes.sante.fr/SLH/pdf/sante-homme-419.pdf

A lire également dans le même numéro "Stigmatisation, homophobie et boucs émissaires" de Éric Verdier Psychologue  communautaire, Chef du pôle Discriminations, violence et santé, Ligue française pour la santé mentale, Paris


A télécharger : http://www.inpes.sante.fr/SLH/pdf/sante-homme-419.pdf

mardi 22 mai 2012

PARUTION ANGLOSAXONE : ETHNOGRAPHIES DU SUICIDE

Numéro spécial de Culture, Medicine, and Psychiatry,  2012, (En anglais). consacrée à «ethnographies du suicide" est en ligne  L'introduction et la conclusion téléchargeables.

Culture, Medicine, and Psychiatry  Volume 36, Issue 2, June 2012  Special Issue: Ethnographies of Suicide




Guest Editorial
Situating Suicide as an Anthropological Problem: Ethnographic Approaches to Understanding Self-Harm and Self-Inflicted Death James Staples, Tom Widger Pages 183-203
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  Tales of Decline: Reading Social Pathology into Individual Suicide in South India Jocelyn Lim Chua Pages 204-224
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  Suffering, Frustration, and Anger: Class, Gender and History in Sri Lankan Suicide Stories Tom Widger Pages 225-244
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  Chol Understandings of Suicide and Human Agency Gracia Imberton Pages 245-263
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Suicidal Performances: Voicing Discontent in a Girls’ Dormitory in Kabul Julie Billaud Pages 264-285
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Behind the Statistics: The Ethnography of Suicide in Palestine Nadia Dabbagh Pages 286-305
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  Postcolonial Suicide Among Inuit in Arctic Canada Michael J. Kral Pages 306-325
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Erratum to: Postcolonial Suicide Among Inuit in Arctic Canada Michael J. Kral Page 326
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Gendered Endings: Narratives of Male and Female Suicides in the South African Lowveld Isak Niehaus Pages 327-347
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  Mad, Bad or Heroic? Gender, Identity and Accountability in Lay Portrayals of Suicide in Late Twentieth-Century England Christabel Owens, Helen Lambert Pages 348-371
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Ritual Vicissitudes: The Uncertainties of Singaporean Suicide Rites Ruth E. Toulson Pages 372-390
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Suicide and the Afterlife: Popular Religion and the Standardisation of ‘Culture’ in Japan Mary Picone Pages 391-408
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Explaining Suicide: An Afterword Jean La Fontaine Pages 409-418
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News
End Matters Page 419
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origine info http://historypsychiatry.com/2012/05/21/new-issue-culture-medicine-and-psychiatry-3/

mardi 24 avril 2012

ALGERIE - TIZI OUZOU JOURNEE D'ETUDE 25 avril 2012

Journée d’études : Le suicide : état des lieux et problématique

Organisée par l’université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou - Faculté des Sciences Humaines et Sociales en partenariat avec le Centre National de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle Crasc-Oran
http://www.crasc-dz.org/
Mercredi 25 avril 2012 à 09h00
A la Faculté des Sciences Humaines et Sociales ’’ Salle des conférences’’
Pôle universitaire Tamda de Tizi-Ouzou