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vendredi 18 novembre 2016

ETUDE RECHERCHE Les voix suicidaires: témoignages de traumatismes sur le lieu de travail français.

Original article Suicide voices: testimonies of trauma in the French workplace
Sarah Waters
  1. Correspondence to Dr Sarah Waters, School of Languages, Cultures and Societies, University of Leeds, Leeds LS2 9JT, UK; s.a.waters@leeds.ac.uk
Published Online First 9 September 2016  Med Humanit. 2016 Sep 9

Le suicide en milieu de travail est devenu une préoccupation sociale urgente à l'échelle internationale avec un nombre croissant d'employés choisissant de se tuer face aux pressions extrêmes au travail. Pourtant, la recherche sur ce phénomène est entravée par des données statistiques fragmentaires et la contentieuse pure de cette question. Cet article présente les résultats préliminaires d'un projet de recherche sur les suicides en milieu de travail en France où il y a eu une «épidémie de suicide» dans un large éventail d'entreprises. Je me fonde sur une analyse des lettres de suicide liées à 23 cas de suicide chez trois entreprises françaises au cours de la période 2005-2015. Mon approche méthodologique est inspirée du travail du sociologue suicide Jack D Douglas qui a souligné l'importance du récit, du témoignage et de la voix pour comprendre les causes du suicide. Douglas a soutenu qu'une analyse des «significations sociales» du suicide devrait commencer par une considération des motivations attribuées à l'auto-tuer par les individus suicidaires eux-mêmes et les proches d'eux. Pourquoi le travail ou les conditions de travail poussent-ils certaines personnes à se suicider? Qu'est-ce que les «voix suicidaires» exprimées dans des témoignages récents nous racontent les causes du suicide au travail? Dans cet article, je traite les lettres de suicide comme un mode de témoignage unique qui peut révéler certains des effets profonds des transformations sur le lieu de travail sur les expériences subjectives, intimes et vécues du travail. En examinant les témoignages de suicides français, mon objectif est d'approfondir notre compréhension de la nature et des causes du suicide dans les lieux de travail mondialisés d'aujourd'hui.

mardi 4 juin 2013

Articles en ligne : Sociologie : "Trente ans de solitude..." et "Enfermement et suicides..."

Trente ans de solitude... et de dépression.pdf
PAN KÉ SHON J.-L., DUTHE G., 2013, version de travail. La version finale est à paraître dans Revue française de sociologie, 54-2, 2013, pp. 225-362.
Résumé.
De 1970 à 2002, la dépression a augmenté notamment sous les effets conjugués de l’affaiblissement de l’intégration conjugale et des modifications des règles structurant l’intériorité de l’individu. L’augmentation des divers effectifs de personnes seules a cristallisé cette moindre intégration conjugale. La crise économique qui a suivi les Trente glorieuses, les injonctions sociales à être un soi distinct et performant sont intervenues simultanément, modifiant la régulation du sujet. En mobilisant les données relatives à la dépression et au suicide, en conjuguant les approches micro et macro, il est possible d’évaluer les effets de la progression des diverses catégories de personnes seules sur la dépression, de mieux appréhender l’impact des tensions liées à la crise économique des années 1980. L’examen en termes de chocs et d’état ordinaire du veuvage ou du chômage débouche sur l’hypothèse d’un modèle d’adaptation aux tensions, substituant une nouvelle normalité à l’ancienne, plutôt que sur celui d’une progression continue.


Enfermement et suicides. Approche compréhensive à partir de la dernière lettre des suicidés en prison.pdf
PAN KÉ SHON J.-L., version de travail. La version finale est à paraître dans Sociologie, n° 2 de 2013.
Résumé.
L ’analyse de la dernière lettre des suicidés en prison entre 2003 et 2010 révèle 7 types distincts de suicidés : les prisonniers «A bout» incapables de s’adapter à un univers de fortes contraintes, les «Ostracisés» discriminés par les autres détenus, les « Sortants » de prison déstabilisés par une réinsertion problématique, les « Protestataires » qui adressent leur suicide envers un système pénitentiaire ou judiciaire jugé abusif, les suicidés du type « Rupture » ne peuvent accepter la rupture sentimentale,le type « Remords » est affecté par la honte, le remords et la culpabilité, enfin, le suicide du type « Innocent » est à la fois vindicatif et représente un moyen d’échapper à l’institution carcérale ou judiciaire. D’un point de vue des théories sociologiques de la santé mentale et du suicide, les suicides en prison n’ entrent pas dans un schéma unique mais dans des schémas diversifiés qui demandent alors à réexaminer à la fois les théories et les actions préventives.