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vendredi 23 décembre 2022

ETUDE RECHERCHE USA Tendances saisonnières du suicide chez les adolescents aux États-Unis : ont-elles expliqué l'effet apparent de la serie Netflix 13 Reasons Why ?

Étude : Augmentation du taux de suicide chez les adolescents en 2017 en raison des changements saisonniers, et non de 13 Reasons Why

"Nous n'avons aucune preuve pour montrer que 13 Reasons Why a eu un effet sur le suicide [des adolescents]."

La série controversée Netflix 2017 13 Reasons Why  a déclenché des années d' études universitaires contradictoires sur la question de savoir si la série a déclenché une augmentation des suicides chez les adolescents (contagion suicidaire ou suicides par imitation ). Certains ont montré des impacts négatifs, tandis que d'autres ont trouvé des impacts bénéfiques. L'étude la plus accablante est apparue en 2019 , qui a fait état d'une forte augmentation des taux de suicide chez les jeunes âgés de 10 à 17 ans dans les mois qui ont suivi la sortie de la première saison, bien qu'elle n'ait pas réussi à trouver un lien de causalité direct entre les deux. En réponse, le service de streaming a supprimé la scène graphique originale de suicide dans la baignoire de trois minutes qui a déclenché la controverse.

Mais Dan Romer, psychologue au Annenberg Public Policy Center de l'Université de Pennsylvanie qui étudie les médias et les influences sociales sur la santé des adolescents, était sceptique quant à cette étude de 2019. Son  dernier article  sur le sujet, publié dans la revue Suicide and Life-Threatening Behavior, a révélé une tendance saisonnière aux taux de suicide chez les adolescents qui semble coïncider avec l'année scolaire, diminuant pendant les mois d'été. La prise en compte de cela et d'autres facteurs a effectivement éliminé l'effet de contagion signalé dans l'article de 2019. (Pour un examen approfondi de la controverse et un aperçu de plusieurs de ces études, voir mon article de 2021. )

Comme je l'ai écrit précédemment , la contagion suicidaire est un phénomène dans lequel l'exposition au suicide au sein d'une famille, entre amis ou par le biais des médias peut être associée à un comportement suicidaire accru. Il y a eu de nombreuses études au fil des ans sur la contagion suicidaire, parfois appelée « effet Werther », d'après le jeune protagoniste du roman de 1774 de Johann Wolfgang von Goethe, Les Douleurs du jeune Werther . Cependant, la mesure dans laquelle les représentations fictives du suicide peuvent contribuer à la contagion du suicide reste un véritable débat académique .

Quelques semaines après les débuts de 13 Reasons Why le 31 mars 2017, les professionnels de la santé mentale ont commencé à exprimer de fortes objections à l'émission destinée aux jeunes adultes, estimant que la représentation pourrait déclencher des pensées ou des actions suicidaires chez les adolescents vulnérables. Beaucoup ont exprimé leur inquiétude quant au fait que l'émission glorifiait le suicide et violait les directives journalistiques actuelles en matière de reportage responsable sur le suicide. En avril 2017, l'Association nationale des psychologues scolaires a publié une déclaration mettant en garde contre les effets indésirables potentiels de la série, et l'organisation a également envoyé une lettre aux professionnels de la santé mentale en milieu scolaire - la première fois qu'elle entreprenait une telle action.

L'étude de 2019 de Jeffrey Bridge de l'Ohio State University et de plusieurs autres collègues a analysé les données des Centers for Disease Control and Prevention sur les décès dus au suicide chez les personnes âgées de 10 à 64 ans au cours de la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2017. Alors qu'ils ont trouvé une augmentation de 28,9%, il y avait une augmentation statistiquement significative des taux de suicide chez les garçons, mais l'augmentation chez les filles n'était pas statistiquement significative - contrairement à l'hypothèse originale des auteurs selon laquelle la sortie de l'émission aurait un impact plus important sur les filles que sur les garçons.

Romer a mené sa propre étude de 2019 en temps réel alors que la deuxième saison était sur le point d'être diffusée. (Cette saison a traité des conséquences de tout ce qui s'est passé dans la première saison). Ces résultats ont montré des preuves d'effets bénéfiques, même parmi certains des téléspectateurs les plus vulnérables. Notant que les conclusions de Bridge et al . a contredit ce que nous savons jusqu'à présent sur la contagion du suicide, il a réanalysé les mêmes données du CDC. Romer pensait que les preuves de contagion auraient dû être plus fortes pour les filles que pour les garçons, étant donné que le protagoniste adolescent suicidaire de la série était une femme.

De plus, Bridge et al . n'ont pas pris en compte les tendances séculaires plus larges du suicide, en particulier chez les garçons. Les taux de suicide chez les adolescents âgés de 15 à 19 ans ont augmenté depuis 2008, et ils ont augmenté de 20 % entre 2016 et 2017. Sa nouvelle analyse a montré que l'augmentation des suicides chez les adolescents rapportée par Bridge et al. n'était pas supérieure à l'augmentation du mois précédant la sortie de l'émission et qu'il n'y avait aucun effet dans les mois suivants de la même année. Cependant, il a constaté une légère augmentation des suicides chez les filles en avril.

Un échange animé entre les deux groupes d'auteurs s'ensuit, avec Bridge et al . arguant dans un commentaire formel que la campagne de marketing de Netflix au cours du mois précédant la sortie de l'émission pourrait expliquer l'augmentation des taux de suicide observés chez les garçons au cours de ce mois. "Nous étions sceptiques quant à la conclusion selon laquelle l'émission produisait un effet durable sur le suicide", a déclaré Romer . "Trouver un effet pour les garçons était inattendu si la représentation par une protagoniste féminine produisait une contagion. Et voir un effet avant même la diffusion de l'émission aurait dû susciter des inquiétudes.

Pour ce dernier article, Romer s'est concentré sur le contrôle des tendances séculaires plus larges du suicide sur six ans de 2013 à 2018, soupçonnant que toute augmentation en mars et avril 2017 aurait pu simplement être le reflet des augmentations saisonnières annuelles du taux de suicide. Il a ventilé les données du CDC pour les mois avant et après la sortie de l'émission par semaine plutôt que par mois, car cela "permettrait d'examiner s'il y a eu un changement de mars à avril [2017] qui n'était pas évident avec les données mensuelles. "

Les résultats : "Le taux de suicide augmente au printemps pour les adolescents et les jeunes, comme pour tout le monde", a déclaré Romer . "La hausse du printemps a coïncidé avec la sortie de 13 Reasons Why à la toute fin mars. Lorsque vous contrôlez cela, l'augmentation apparente disparaît. En fin de compte, nous n'avons aucune preuve pour montrer que 13 Reasons Why a eu un effet sur le suicide en ce qui concerne les taux nationaux.

Ce même schéma saisonnier est également apparu dans les données sur le suicide chez les jeunes hommes âgés de 19 à 24 ans, mais le schéma n'est pas observé dans les données sur les adultes. Cela pourrait également expliquer pourquoi une autre étude antérieure a révélé une augmentation du nombre de suicides chez les adolescentes en avril 2017, car cette analyse n'a probablement pas non plus pris en compte la tendance plus large à la hausse des taux de suicide "qui était bien engagée avant 2017", selon Romer.

Donc, si 13 Reasons Why n'a pas provoqué l'augmentation des suicides, qu'est-ce qui l'a fait ? Romer a proposé quelques possibilités, avec les mises en garde requises, notamment l'intimidation à l'école, la pression pour réussir scolairement et les pressions économiques liées à la crise financière de 2008. Pourtant, "il était sage de la part des producteurs de supprimer la scène explicite du suicide qui a suscité tant de controverses dans les communautés de la santé mentale et de la prévention du suicide", a écrit Romer. "Il y a une raison considérable de s'inquiéter de telles représentations étant donné les preuves antérieures que les représentations peuvent produire une contagion même si elles sont fictives, et des recherches supplémentaires sont nécessaires pour identifier les caractéristiques des représentations fictives du suicide qui conduisent à la contagion."

DOI : Suicide et comportements menaçant la vie, 2022. 10.1111/sltb.12934  (About DOIs).

https://arstechnica.com/science/2022/12/study-2017-rise-in-teen-suicide-rates-due-to-seasonal-shifts-not-13-reasons-why/

 

 

 

vendredi 15 juillet 2022

MàJ : PARUTION L'effet Werther–Stars, médias et contagion suicidaire, Clément Guillet


Le suicide est-il (également) contagieux ? Entretien avec le psychiatre Clément Guillet
Entretien
Propos recueillis par Marion Messina
Publié le 12/07/2022 https://www.marianne.net*

Dans « L'effet Werther. Stars, médias et contagion suicidaire » (Éditions universitaires de Dijon), le psychiatre Clément Guillet s'est penché sur le lien établi entre suicide de célébrités et rebond du taux de suicide dans la population civile.

Marianne : Vous évoquez les pics de suicides qui font suite au suicide d’une célébrité, les « modes » de suicide, la médiatisation. Parmi les exemples qui jonchent votre livre, on découvre, non sans surprise, que le suicide de Kurt Cobain a fait davantage d’émules en France qu’aux États-Unis.

Clément Guillet : Le suicide est un drame intime dans lequel la pathologie mentale joue un rôle fondamental. Mais on sait depuis Durkheim qu’il s’agit aussi d’un fait social, influencé par mouvements et les crises de la société. Plus récemment, il a été mis en évidence des phénomènes d’imitation suicidaire : lorsqu’une star se suicide, sa mort peut en entraîner d’autres. C’est ce qu’on appelle l’ « effet Werther », en référence au livre Les Souffrances du Jeune Werther de Goethe. À sa publication en 1774, il provoqua une épidémie de suicides, certains suicidés s’étant habillés comme le héros, gardant à côté d’eux le livre ouvert à la page fatale.

Les récits médiatiques de suicide et notamment les suicides de stars sont particulièrement à risque de susciter ces imitations chez des personnes fragiles. On estime qu’il y a en moyenne 13 % d’augmentation du taux de suicide après le suicide d’une star. Cela a été le cas avec Marilyn Monroe, Dalida ou encore Robin Williams. Des patients qui ont survécu, dont certains que j’ai pris en charge, y font clairement référence comme l’événement déclencheur de leur passage à l’acte.

« Il y existe une possibilité de contenir cet effet Werther. »

La contagion suicidaire est un phénomène connu au sein des collectivités : dans les écoles, les entreprises (cela a été évoqué pour France Telecom) ou encore les services psychiatriques. Mais c’est aussi un phénomène qui peut intervenir à une échelle beaucoup plus large. Le star system – qui joue sur le besoin d’identification – et les médias peuvent ainsi avoir des conséquences sur notre santé mentale, jusqu’au suicide.

Mais il y existe une possibilité de contenir cet effet Werther, notamment par une « médiatisation responsable » qui limiterait la communication relative aux détails morbides et insisterait sur les ressources disponibles afin d’obtenir de l’aide. L’exemple de Kurt Cobain est marquant. Lorsqu’il se suicide en 1994 à Seattle, le chanteur de Nirvana est l’idole de la génération X. Conscient du risque d’imitation, les autorités et les médias locaux prennent alors des précautions. Résultat : pas d’effet Werther à Seattle. Alors qu’en France, on dénombre près d’une centaine de suicides en plus, chez les personnes de cette tranche d’âge.

Vous mettez en évidence les aspects « valorisants » invoqués par certains survivants au suicide pour expliquer leur passage à l’acte : partir avec élégance, user de sa liberté individuelle, ne plus être un poids pour les autres, éviter des souffrances prévues au début d’une maladie. Pourtant, le monde européen longtemps marqué par le christianisme a toujours condamné sans équivoque le suicide. Faut-il y voir ici un recul de la religion, une fin de la « sanctuarisation » de l’existence humaine ?

Ce sont plutôt de fausses idées sur le suicide. Les personnes qui font une tentative de suicide ne témoignent pas d’un choix rationnel ; elles ne se sentent pas libres : elles ne voulaient pas mourir, mais ne plus souffrir. On retrouve dans 90 % des cas, des troubles psychiatriques tels que la dépression ou une addiction. Leur prise en charge permet d’amender les idées suicidaires et d’envisager la possibilité d’un avenir. Le suicide n’est pas monocausal, ce n’est ni un acte de force ni de faiblesse, c’est un acte de détresse. Une solution définitive à des problèmes qui sont souvent temporaires.

L’interdit religieux joue un rôle protecteur certain. Mais il s’agit aussi d’un tabou qui peut empêcher l’accès aux soins lorsqu’il existe des idées suicidaires. Dans certains pays très religieux, les suicidés ne sont tout simplement pas déclarés comme tels pour éviter que la honte ne retombe sur la famille.

À travers de nombreux exemples, vous illustrez comment des décisions politiques ont limité le nombre de suicides (l’exposition des corps, l’humiliation post-mortem, l’interdiction de sépultures). Aujourd’hui, l’incitation au suicide est considérée comme un crime. Quelles autres mesures légales, médicales, éducatives pourraient être prises selon vous ?

Il existe des possibilités d’intervention à plusieurs niveaux que ce soit par les soignants, les autorités ou les médias. Des mesures peuvent être prises en amont d’un suicide : limiter l’accès aux moyens létaux (comme les armes à feu) ou sécuriser les endroits où beaucoup de personnes se suicident. Un suicide évité est un suicide qui n’aura peut-être jamais lieu ailleurs. Plus généralement, il faut faciliter l’accès aux soins de santé mentale. La prévention doit être collective, mais elle peut l’être aussi au niveau individuel : aborder avec ses proches des questions de santé mentale ne provoque pas un passage à l’acte, mais peut au contraire contenir la tentation.
« Les maladies mentales font encore l’objet d’un tabou. »

Après une tentative de suicide, il faut prévenir la récidive en assurant le suivi : des dispositifs de rappels de patients commencent à se mettre en place récemment au niveau national. Après le suicide d’une star, c’est la responsabilité des journalistes d’aborder le sujet de manière mesurée pour limiter les imitations. Ces mesures ont un impact : le suicide a baissé de 25 % en 30 ans en France. Mais avec 9 000 morts par an et 200 000 tentatives de suicide, il reste encore beaucoup à faire.

Le suicide en France trahit-il selon vous une méconnaissance des maladies mentales et des problèmes dans la prise en charge au sein des institutions psychiatriques ?

Les maladies mentales font encore l’objet d’un tabou. Trop souvent, c’est la crise suicidaire qui va déclencher le début de la prise en charge – tandis que des soins en amont auraient évité un passage à l’acte. Cependant, depuis quelques années, la parole se libère au travers de témoignages de sportifs ou de célébrités. Quand une star fait son « coming out psychiatrique » et évoque la manière dont elle a surmonté ses envies de suicide, cela peut entraîner une baisse du taux de suicide, par imitation toujours. C’est l’inverse de l’effet Werther que l’on appelle l’effet Papageno. « Je suis pas tout seul à être tout seul, ça fait déjà ça de moins dans la tête. » Lorsque Stromae chante L’Enfer au JT de TF1 en évoquant ses idées suicidaires à une heure de grande écoute, son intervention est suivie d’une augmentation de +13 % des appels sur les lignes anti-suicide.


* Clément Guillet, L'effet Werther. Stars, médias et contagion suicidaire, Éditions universitaires de Dijon, 164 p., 10 €
https://www.marianne.net/agora/entretiens-et-debats/le-suicide-est-il-egalement-contagieux-entretien-avec-le-psychiatre-clement-guillet

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 1er post : 02/06/22

De Marilyn Monroe à Robin Williams: ces suicides qui en ont entraîné d'autres

Clément Guillet — 1 juin 2022 slate.fr
Dans «L'effet Werther–Stars, médias et contagion suicidaire», le psychiatre Clément Guillet s'est penché sur les célébrités aux idées suicidaires. Celles qui, en passant à l'acte, déclenchent des vagues de décès et celles qui, en brisant le tabou, sauvent des vies.


Selon David Philips, le suicide de Marilyn Monroe aurait été suivi d'une augmentation de 12% du taux de suicide aux États-Unis le mois suivant sa mort (+303 suicides). | Michèle Eckert via Unsplash


De Marilyn Monroe à Robin Williams en passant par Dalida, la mort de plusieurs célébrités a déjà provoqué des contagions suicidaires: c'est l'effet Werther. Par effet d'imitation, les stars peuvent influencer le public et, parfois, le mener à se donner la mort. À l'inverse, les célébrités qui surmontent leur crise suicidaire peuvent avoir un effet protecteur en libérant la parole sur le sujet encore tabou du suicide.

Après un essai sur les fans, Clément Guillet, médecin psychiatre, publie L'effet Werther–Stars, médias et contagion suicidaire, premier livre sur le sujet, aux Éditions universitaires de Dijon. Nous en publions des extraits.

«J'ai parfois eu des pensées suicidaires et j'en suis peu fier. On croit parfois que c'est la seule manière de les faire taire, ces pensées qui nous font vivre un enfer.»

Et Stromae créa le buzz. Le 9 janvier 2022, le chanteur est invité au JT de TF1 pour la promotion de son nouvel album après huit ans d'absence. À une question sur son mal-être, il répond avec sa chanson «L'Enfer». Soudain, le suicide, ce drame qui reste un tabou, s'invite en direct chez 8 millions de téléspectateurs. Une séquence qui deviendra virale. «C'est le meilleur clip de prévention du suicide», clament les acteurs de la prévention du suicide. «Cela va sauver des vies!», et le patron de l'OMS de féliciter le chanteur belge d'avoir osé aborder un sujet aussi délicat qu'important.

Les stars auraient-elles une telle influence qu'elles pourraient sauver des vies en chantant? Conséquence directe de cet instant télévisuel, un pic d'appels au 3114, la ligne nationale d'écoute et de prévention du suicide. Plusieurs personnes évoquent l'intervention de Stromae comme élément déclencheur de leur demande d'aide. Ceux-là, heureusement, ne passeront pas à l'acte. Mais ce n'est pas le cas de tout le monde.

[…]


Marilyn Monroe

En 1962, Marilyn Monroe est tout en haut de l'affiche. Norma Jeane Baker, de son vrai nom, a alors 36 ans. Dix ans auparavant, sa notoriété a explosé avec des films comme Les hommes préfèrent les blondes. La carrière de l'actrice américaine, sex-symbol et star d'Hollywood, est alors à son acmé. Mais derrière le strass et les paillettes, l'actrice souffre d'une grave dépression pour laquelle elle a déjà été hospitalisée en février de la même année. Elle a déjà fait plusieurs tentatives de suicide. «Oui, il y avait quelque chose de spécial chez moi. J'étais le genre de fille qu'on retrouve morte dans une chambre minable, un flacon de somnifères vide à la main», écrit-elle dans Confession inachevée, des mémoires qui ne seront publiées qu'après sa mort. Le 5 août 1962 dans la nuit, elle est retrouvée par son psychiatre, décédée. Si sa mort reste entourée de mystère, elle sera présentée par la presse comme un suicide. L'un de ceux ayant entraîné la plus forte imitation.

Selon le sociologue David Philips, le suicide de Marilyn Monroe aurait été suivi d'une augmentation de 12% du taux de suicide aux États-Unis le mois suivant sa mort (+303 suicides) et de 10% en Angleterre et au Pays de Galles (+60 suicides) par rapport au chiffre attendu dans les deux mois qui ont suivi son décès. Certains auteurs ont même avancé une augmentation de 40% des suicides à Los Angeles –la ville du décès– le mois suivant la mort de l'actrice.


Même chose en 2014, lorsque Robin William se suicide. Dans les cinq mois qui suivirent le décès de l'acteur du Cercle des poètes disparus, c'est cette fois un chiffre record de 1.841 suicides en plus par rapport aux années précédentes qui ont été dénombrés, soit une hausse de près de 10%: l'un des plus forts effets Werther recensés à ce jour. Avec une identification nette: ce sont en majorité des hommes qui sont passés à l'acte. On note même une imitation de la méthode de suicide –la pendaison– utilisée par Robin Williams, qui est souvent citée dans les articles: elle a fait un bond de 32,3%… Incarnant à l'écran des personnages souvent drôles ou profondément humains, l'acteur a entraîné à sa mort le plus fort effet Werther jamais recensé.

L'effet Werther en France

«It's better to burn out than to fade away» («Mieux vaut brûler rapidement que de s'éteindre à petit feu»). Lorsque Kurt Cobain est retrouvé mort, sa lettre d'adieu cite ces vers de Neil Young, résumant son destin de comète du rock. Après ce décès retentissant, de nombreux adolescents l'imitent. Au Liban, en Italie ou encore aux aux États-Unis, des jeunes se tuent en faisant référence au feu follet grunge.

La France aussi est atteinte d'un phénomène de mimétisme. Trois ans plus tard, en 1997, à Somain dans le Nord, Valentine et Aurélie, 13 et 14 ans, se suicident ensemble en faisant clairement référence à Kurt Cobain et de la même manière que lui. Elles sont retrouvées, enfermées dans leur chambre, une balle dans la tête, le fusil du père de l'une d'elles à leur côté. Depuis plusieurs semaines, les deux adolescentes avaient prévenu leurs amies de leur intention de «rejoindre Kurt Kobain». C'était devenu une obsession. «Une fascination amoureuse pour Kurt Cobain», dira le procureur de la République de Douai, Jean-Marie Descamps, qui les «aura poussées, par un phénomène de mimétisme, à agir comme il l'avait fait». Avant d'ajouter: «Cela devrait nous amener à réfléchir.»
Après le suicide de Kurt Cobain, on recense 93 suicides en plus (+9,14%). Avec une augmentation des suicides chez les personnes de même âge ou de même sexe.

Initialement, l'effet Werther a été mis en évidence pour des stars américaines. Mais qu'en est-il dans l'Hexagone? De Dalida à Kurt Cobain, selon l'une des rares études françaises sur le sujet, plusieurs suicides de célébrités ont bien entraîné un effet Werther en France. Par exemple, après le suicide de Pierre Bérégovoy, 187 suicides excédentaires ont été retrouvés le mois suivant par rapport au nombre attendu, soit une augmentation de 17,69% du taux de suicide.

Après le suicide de Kurt Cobain, on recense 93 suicides en plus (+9,14%). Avec une forte identification, c'est-à-dire une augmentation des suicides chez les personnes de même âge ou de même sexe. Pour le rockeur de 27 ans, on note une augmentation de 23,8% des suicides pour les 15-29 ans et de 21,2% pour les 30-44 ans.

Pour Sœur Sourire et Dalida aussi, on retrouve un effet d'âge. Pour la première, l'augmentation touche surtout les femmes (+13,68%). Alors que pour Dalida, morte à 54 ans, c'est dans la classe d'âge des 45-59 ans que se situe l'excédent du nombre de suicides (+23,5%).

[…]
Identification verticale et horizontale: star et working class heroe

Dalida, Kurt Cobain, Bérégovoy et Sœur Sourire, les stars ayant entraîné un effet Werther en France sont des chanteurs et un homme politique. Deux types de célébrités particulièrement à même de susciter des identifications à la fois verticales –de type admiration– et horizontales –de type projection. Un phénomène appelé l'identification différentielle: on s'identifie plus facilement aux personnes à la fois socialement valorisées et dont nous sentons proches.

Pour les chanteuses ou les acteurs, cela paraît évident: les stars de l'entertainment ont un fort pouvoir identificatoire. Particulièrement médiatisés, symboles de réussite, glorifiés pour leur talent artistique, ils entraînent une identification de type admiration: c'est l'identification verticale. Mais à travers les journaux people, les réseaux sociaux, mais aussi les médias généralistes, leur vie privée est exposée au public qui peut alors s'y reconnaître: ce qui entraîne une identification horizontale. D'autant plus si la star est d'origine populaire, un working class heroe comme Kurt Cobain, par exemple. Le public se projette dans les personnages incarnés par les acteurs et à travers les chansons des musiciens.

Le phénomène d'identification différentielle –à la fois horizontale et verticale– marche alors à plein régime. Les stars sont ainsi particulièrement susceptibles d'être un vecteur d'imitation, de susciter un désir mimétique. D'où l'utilisation pour la publicité: en achetant un produit incarné par une célébrité, c'est un peu du rêve et des paillettes de la star que l'on tire à soi. Mais ce qui est efficace pour vendre un café ou un parfum l'est aussi pour propager l'effet Werther.

[…]

«Moi qui ai tout choisi dans ma vie/Je veux choisir ma mort aussi.» Celle qui interprétait «Mourir sur scène», Dalida, la chanteuse aux 85 millions d'albums vendus et aux millions de fans se suicide à 54 ans. C'est logiquement la catégorie des 45-59 ans qui subit alors de plein fouet l'effet Werther. Comme si ceux qui grandirent avec sa musique ont pu s'identifier plus fortement à elle avant de passer à l'acte. Les commentaires des médias de l'époque, emplis de pathos, imprègnent sa mort d'une touche sacrificielle («elle se donnait corps et âme au spectacle»), n'évoquant presque jamais les troubles psychologiques de la chanteuse. Pourtant, la star évoquait déjà sa dépression et ses tentatives de suicide de façon explicite dans «Téléphonez-moi»:


«C'était la plus belle fille du monde/Elle était riche, elle était blonde/Pourtant au dernier coup de minuit/Adieu la vie/Téléphonez-moi, téléphonez-moi/C'est pas des histoires/Avant qu'il soit trop tard/Téléphonez-moi les pilules d'espoir.»

[…]

La quête de modèle est intrinsèquement humaine, mais peut entraîner des collages identitaires parfois dramatiques. Outre les différentes identifications d'âge ou de genre, l'effet Werther dépend aussi de la population touchée, de la star concernée et surtout du traitement médiatique.

Si vous avez des idées suicidaires, appelez le 31 14.

http://www.slate.fr/story/228631/bonnes-feuilles-effet-werther-stars-suicide-clement-guillet-editions-universitaires-dijon-marilyn-monroe-dalida-robin-williams-stromae

jeudi 7 octobre 2021

COREE DU SUD Le gouvernement élabore un plan pour prévenir les suicides de célébrités

CORÉE DU SUD Le gouvernement élabore un plan pour prévenir les suicides de célébrités 

Posté sur 30 septembre 2021 par Korea Bizwire

SEOUL, 30 sept. (Korea Bizwire) — Le gouvernement a élaboré un plan de prévention du suicide pour les artistes de la culture pop dans le cadre des efforts visant à prévenir le suicide de célébrités célèbres ainsi que les suicides par imitation.

Le ministère de l'Éducation et le ministère de la Santé et des Affaires sociales ont élaboré ce plan après avoir tenu une conférence ministérielle sur les relations sociales mercredi.

Dans le cadre de ce plan, le nombre de consultations psychologiques que la Korea Creative Content Agency organise pour éliminer l'angle mort de la gestion de la santé mentale des artistes de la culture pop passera de 900 fois cette année à 1 300 fois l'année prochaine.

Des visites seront effectuées sur les plateaux de tournage présentant un risque de traumatisme, tandis qu'un service d'auto-examen basé sur une application mobile sera proposé.

En collaboration avec l'Association coréenne de neuropsychiatrie, les ministères géreront une clinique où les groupes à haut risque pourront bénéficier d'un diagnostic. En outre, ils soutiendront les artistes à faible revenu par une extension des prêts de stabilité de vie.

En cas de suicide ou de tentative de suicide, un diagnostic de santé mentale et des services de consultation individuelle seront proposés aux entreprises de divertissement afin de protéger les personnes touchées par ces tentatives, y compris les membres de la famille et les managers endeuillés.

Pour minimiser l'effet Werther, également connu sous le nom de suicide par imitation, le gouvernement prévoit de renforcer la surveillance des reportages des médias.

Source http://koreabizwire.com/govt-maps-out-plan-to-prevent-celebrity-suicides/200475

lundi 27 septembre 2021

NOTICE ARTICLE Comment comprendre la contagiosité du suicide ?

Communication
Comment comprendre la contagiosité du suicide ?

Available online 24 September 2021.

Annales Médico-psychologiques, revue psychiatrique
Available online 24 September 2021
https://doi.org/10.1016/j.amp.2021.09.007Get rights and content

Résumé

Si la réalité de la contagion suicidaire est un fait maintenant bien établi, il n’en a pas toujours été de même les siècles passés. L’important volume de littérature consacré au sujet a permis de mieux le comprendre et de tenter d’en expliquer les mécanismes. Ainsi, le phénomène des suicides de masse (Mass Cluster) s’oppose à des phénomènes de contagion suicidaire plus localisés appelés Point Cluster : dans le premier cas, le rôle délétère des médias dans la diffusion du phénomène a pu être établi, il est connu sous le nom d’effet « Werther ». L’importance de ce dernier est telle que les plus grandes autorités de santé font maintenant des recommandations à destination de la presse quant à la diffusion de ces informations. La contagion suicidaire remplit tous les critères de ce que nous avons nommé sous le terme de Phénomènes Psychogéniques Collectifs dont le caractère syndromique s’applique à de nombreux faits et permet de les modéliser.


Mots clés Contagion
Foyer de contamination  Imitation  Media Risque suicidaire Suicide Vulnérabilité

lundi 19 octobre 2020

ETUDE RECHERCHE Identification aux personnages de fiction : comment standardiser le risque de contagion suicidaire ?

Identification aux personnages de fiction : comment standardiser le risque de contagion suicidaire ?

Christophe Gauld 1
1 CHU - Centre Hospitalier Universitaire [Grenoble]
Résumé : La représentation cinématographique d'un suicide pourrait influencer le taux de suicide, par le biais d'un phénomène d'identification au personnage visualisé à l'écran. Lorsqu'elle conduit à l'imitation du geste suicidaire, cette projection identificatoire, par contagion suicidaire, est nommée « effet Werther » (EW) ; son corollaire, responsable d'une prévention potentielle du phénomène suicidaire, s'intitule « l'effet Papageno » (EP). Cet article a pour but d'analyser le rôle de l'identification au cinéma dans l'appropriation émotionnelle et cognitive de scènes de suicide, et son implication dans les EW et EP. Pour cela, nous nous sommes appuyés sur trois bibliographie scientifiques : celle portant sur la contagion suicidaire, celle portée par les études de communication, et celle offerte par les études sur le cinéma.
Mots-clés :
Type de document :
Pré-publication, Document de travail
Domaine :
Sciences de l'Homme et Société / Psychologie

https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02490138v1


vendredi 17 janvier 2020

ETUDE RECHERCHE Association entre la diffusion de la série Netflix "13 reasons why et les taux de suicide aux États-Unis une etude contradictoire

La série Netflix "13 reasons why" n'aurait finalement pas provoqué de vague de suicides


La diffusion de la série 13 Reasons Why n'aurait pas provoqué une augmentation du nombre de suicides aux États-Unis, selon une nouvelle étude qui contredit les conclusions de précédents travaux publiés en 2019.


Hannah Baker est interprétée par Katherine Langford.
 
Hannah Baker, une lycéenne américaine, vient de se suicider. Quelques jours plus tard, un de ses camarades de classe, Clay Jensen, reçoit une boîte portant son nom. À l'intérieur, des cassettes audio enregistrées par Hannah avant de mettre fin à ses jours. Abordé de façon très directe, le suicide chez les adolescents est au cœur de la série 13 Reasons Why, diffusée sur Netflix à partir de 2017. Au départ, le passage à l'acte de la jeune fille est montré dans les épisodes. Une étude publiée en 2019 dans le Journal of the American Academy of Child and Adolescent met en évidence une nette augmentation des suicides (29%, donc 195 cas de plus que les cinq années auparavant) chez les jeunes Américains âgés de 10 à 17 ans, le mois après la diffusion de la série. La scène du suicide a ensuite été retirée.
De nouveaux travaux viennent remettre en question la validité de cette première étude publiée en 2019. Les mêmes données, réanalysées, ne trouvent aucune preuve de contagion de suicide chez les adolescents après la diffusion de la série. Ces nouveaux éclairages sont publiés dans la revue spécialisée Plos One. L'analyse initiale avait dénombré 195 décès par suicide supplémentaires chez les garçons âgés de 10 à 17 ans (durant les neufs mois suivant la sortie de la série, le 31 mars 2017) mais aucun effet similaire n'a été observé chez les filles. "La hausse des suicides devrait être plus forte pour les filles que pour les garçons parce que cette série se concentre sur le suicide d'une lycéenne", avancent les auteurs de ces nouveaux travaux.

Le taux de suicide chez les jeunes de 15 à 19 ans aux États-Unis de 1981 à 2017. Crédit photo : Centers for Disease Control and Prevention.
Comment expliquer la hausse de suicides ?
Selon cette nouvelle étude, les premiers travaux n'auraient pas non plus pris en compte une forte tendance au suicide déjà bien installée chez les adolescents, en particulier chez les garçons, dans les années 2016-2017, donc avant même la diffusion du premier épisode de la série. "L'augmentation constatée en avril n'était pas différente de l'augmentation observée en mai, avant que le programme ne soit diffusé, ce qui suggère encore une fois que ce sont d'autres facteurs qui ont joué un rôle pendant les deux mois qui semblaient significatifs aux auteurs de la première étude." L'étude ne dénote qu'une légère hausse des suicides chez les filles pour le mois d'avril 2017, donc le premier mois de diffusion de la série. Une hausse qui s'arrête dès le mois de mai suivant. Au delà du suicide, cette nouvelle analyse souligne que le principal effet sur les filles pourrait bien être l'automutilation, bien qu'elle n'entraîne pas nécessairement la mort.
Depuis 2008, le taux de suicides chez les adolescents américains, aussi bien les garçons que les filles, ne cesse d'augmenter. Cette hausse a été particulièrement forte en 2017. De 2016 à 2017, le taux chez les jeunes hommes de 15 à 19 ans a augmenté de 21% et de 7% chez les jeunes femmes du même âge. Difficile d'expliquer ce chiffre. Les travaux publiés dans Plos One suggèrent de s'intéresser à d'autres motifs que la diffusion de la série 13 Reasons Why. Tandis que certaines analyses attribuent la hausse des suicides à l'utilisation accrue des réseaux sociaux, d'autres, comme cette nouvelle étude, penchent pour le stress économique déclenché par la crise financière de 2008, couplé à la pression accrue des adolescents pour obtenir une réussite sur le plan scolaire.
Ce n'est pas la première fois que cette équipe travaille sur le sujet. Lors d'une précédente étude, qui prenait aussi en compte les effets du visionnage de la deuxième saison de 13 Reasons Why, les effets sur les téléspectateurs s'étaient révélés à la fois bénéfiques et néfastes sur les jeunes téléspectateurs adultes. Les travaux montraient alors que les jeunes ayant regardé les deux saisons en entier avaient moins d'idées suicidaires que ceux qui s'étaient arrêtés avant la fin.
Des dommages potentiels chez les spectateurs
Au milieu de l'année 2019, plus de deux ans après la sortie de la série, Netflix a décidé de supprimer la scène qui montre le suicide d'Hannah dans la saison 1. Netflix avait alors aussi appelé à ouvrir le dialogue et encouragé les jeunes à "entamer des conversations sur des problèmes difficiles tels que la dépression ou le suicide et à chercher à se faire aider, même si c'est souvent la première fois." "Malgré tout, il ne semble pas que la série ait ralenti ou fait baisser l'augmentation continue du suicide chez les adolescents. Même si la série a eu des effets positifs pour certains spectateurs, les producteurs devraient reconnaître le potentiel dommage que peut causer le programme aux spectateurs les plus vulnérables. Il devrait pouvoir être possible de produire un programme qui montre les défis auxquels les jeunes sont confrontés sans qu'ils ne causent d'augmentation du nombre de suicides", conclut l'étude.
"Notre analyse montre aussi à quel point il est difficile de séparer l'effet Werther de l'effet Papageno lorsqu'il s'agit de suicide." L'effet Werther, surnommé ainsi après une vague de suicide survenue après la publication du livre Les souffrances du jeune Werther de Goethe, désigne la propension des lecteurs ou des spectateurs à commettre un suicide pour imiter un personnage de fiction. À l'inverse, l'effet Papageno désigne l'effet bénéfique que peuvent avoir les médias en présentant des alternatives au suicide dans les situations de crise. Son nom fait référence à Papageno, un personnage de la Flûte enchantée de Mozart, qui envisageait de se suicider avant que d'autres personnages ne lui suggèrent d'autres façons de résoudre ses problèmes.

https://www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/13-reasons-why-n-aurait-pas-provoque-de-vague-de-suicide-selon-une-nouvelle-etude_140548

vendredi 23 mars 2018

"13 Reasons Why" saison 2 : Netflix déploie de nouveaux outils de prévention au suicide


"13 Reasons Why" saison 2 : Netflix déploie de nouveaux outils de prévention au suicide


La sortie de "13 Reasons Why" saison 2 est prévue courant 2018 sur Netflix.Netflix  par Louise WESSBECHER
22/03/2018 mashable.france24.com*

Après avoir mené une étude auprès de ses spectateurs, Netflix accompagne la saison 2 de "13 Reasons Why" d’une série d’outils pour engager et soutenir les discussions autour du suicide et du mal-être psychologique.

Il y a tout juste un an, Netflix mettait en ligne la première saison de la série "13 Reasons Why", notamment co-produite par Selena Gomez. Ce teen drama, inspiré du roman de Jay Asher, évoque les causes et les conséquences du suicide d’une lycéenne nommée Hannah Baker qui laisse à son entourage un journal intime sous forme de 13 cassettes.

Si le choix du sujet et la qualité du casting avaient rapidement été salués, la série avait aussi déclenché un débat : faire du suicide la trame d’une série pour adolescents ne risquait-il pas de glamouriser cet acte désespéré ? Plusieurs associations s’étaient inquiétées de ce risque, et la Nouvelle-Zélande avait créé une nouvelle catégorie de visionnage exigeant qu’un mineur soit sous la supervision d’un adulte pour regarder les épisodes.


"Trois quarts des jeunes spectateurs ont déclaré que la série les avait aidés à se sentir plus à l’aise pour traverser ces situations"

À la suite de ces critiques, Netflix avait commandé à l’université de Northwestern une étude sur l’impact de la série auprès du jeune public et des parents. Les résultats ont été publiés le 21 mars, comme le rapporte le géant du streaming vidéo dans un communiqué. "71 % des adolescents et jeunes adultes ont pu s’identifier à la série, et près de trois quart des jeunes spectateurs ont déclaré que la série les avait aidés à se sentir plus à l’aise pour traverser ces situations", révèle l’étude.
Un message de prévention avant le premier épisode

Et si la prise de conscience et la libération de la parole sont salvatrices, de nombreux parents ont exprimé leur envie de voir Netflix fournir des ressources complémentaires pour compléter la série. Alors à l’approche de la sortie de la saison 2 – "plus tard dans l’année" - Netflix a élaboré plusieurs outils pour soutenir la prévention. Ainsi, le premier épisode de chaque saison démarrera par cette vidéo où les acteurs de "13 Reasons Why" préviennent les spectateurs que la série aborde des "sujets difficiles et bien réels : l’agression sexuelle, la consommation abusive de drogues et le suicide".





Comme c’était déjà le cas, la saison 2 sera accompagnée d’un after show "Beyond The Reasons" où les acteurs, mais aussi des experts et des éducateurs poursuivent la discussion autour de l’importance de la parole et de la sensibilisation. Enfin, le site 13ReasonsWhy.info va être alimenté par de nouveaux guides, notamment pour amorcer la discussion entre les parents et les enfants.

"Depuis le début, et parce qu’elle aborde des sujets pesants, nous croyons que la série a le potentiel pour participer au changement", assure Brian Wright, vice-président en chargement des séries originales de Netflix.

http://mashable.france24.com/divertissement/20180322-13-reasons-saison-2-netflix-suicide-outils-prevention

vendredi 1 décembre 2017

PRESSE le programme Papageno fait de la prévention une responsabilité collective

Luttons contre la contagion suicidaire
Le Monde*
Science & Médecine, mercredi 29 novembre 2017, p. SCH7
Le Monde Science et médecine
Tribune | Etre confronté de près ou de loin à un suicide engendrerait un risque d'imitation chez les personnes les plus vulnérables. Pour pallier ce phénomène, le programme Papageno fait de la prévention une responsabilité collective

C'est le plus souvent à l'occasion de faits divers tragiques que le suicide apparaît sur le devant de la scène. Mais, au-delà des émois de circonstance, difficile de mobiliser de façon durable l'action politique et citoyenne pour une problématique dont on voudrait qu'elle ne nous concerne jamais. Or, en France, chaque année, ce sont près de 10 000 personnes qui mettent fin à leurs jours. Trois fois plus de morts que sur les routes.

Il arrive cependant que la récurrence vaille symptôme et fasse de ­l'actualité un signal d'alarme impérieux. Après le suicide de 44 policiers et 16 gendarmes depuis le début de l'année, le ministre de l'intérieur, ­Gérard Collomb, demandait, le 12 novembre, une évaluation des mesures de prévention menées auprès des forces de l'ordre. La prise de conscience quant à la nécessité d'une action résolue pour éviter que d'autres morts ne surviennent est à reconnaître. Toutefois, la prévention ne saurait se dispenser d'un examen préalable rigoureux des déterminants à l'oeuvre dans les suicides. Surtout lorsque ceux-ci surviennent en série.

Un premier écueil serait de penser qu'il existe une cause unique au suicide. On sait, sans plus pouvoir en douter, qu'il procède d'une multitude de facteurs individuels d'ordre psychologique et/ou psychiatrique en même temps que de facteurs sociaux et sociétaux. Mais comment comprendre que certains lycées, certaines entreprises, certains corps de métier s'endeuillent à répétition de morts qui en viennent à se ressembler?

C'est qu'il existe un phénomène qui, sans oblitérer ni l'individuel ni le ­social, agirait comme un révélateur de leurs interactions. Déjà décrite par Emile Durkheim en 1897, la contagion suicidaire est le processus par lequel certains suicides tendent à se regrouper dans le temps et/ou dans l'espace. Il n'est bien sûr pas question de supposer que l'on deviendrait suicidaire comme on attraperait la grippe.

L'hypothèse évoquée à l'aune de ­cinquante ans de recherche serait plutôt que l'exposition directe ou indirecte à un événement suicidaire ­engendrerait un risque d'imitation chez les ­personnes les plus vulnérables. La ­littérature scientifique parle de « point cluster » lorsque la contagion reste circonscrite à une communauté ou à une institution et de « mass cluster » lorsque le surcroît de suicides est temporaire mais s'observe sur ­l'ensemble du territoire.

Ce dernier cas est connu sous le terme d' « effet Werther . De la même ­manière qu'un nombre considérable de jeunes hommes avait imité le geste ­fatal du héros du roman de Goethe après sa publication en 1774, il a été montré que la couverture médiatique d'un fait suicidaire est associée à un surcroît quasi systématique du taux de suicide. Le cas de l'actrice Marilyn Monroe (1926-1962) en est une illustration : le mois suivant son décès, le nombre de morts par suicide a augmenté de 12 % aux Etats-Unis et de 10 % en Grande-Bretagne (soit 363 suicides supplémentaires, rien que pour ces deux pays). De la même manière, la couverture sensationnelle d'un suicide dans le métro viennois, en 1986, a été à l'origine d'une multiplication du nombre d'incidents du même type, jusqu'à atteindre un pic de 19 cas par an et constituer ce que l'on qualifie de « hot spot » suicidaire.

La notion de la contagion ouvre une voie de compréhension qui éclaire, sans la réduire, la complexité du geste suicidaire. Mobilisant la psychologie, la sociologie et les sciences de la ­communication, elle postule le rôle central de l'identification comme lien ­social fondamental qui, lorsqu'il est mis à l'épreuve du suicide, risque de conduire les plus vulnérables à l'imitation du geste fatal.

C'est l'angle d'approche qu'a choisi le programme national Papageno (du nom du personnage de l'opéra de ­Mozart La Flûte enchantée) pour penser et mettre en oeuvre sa stratégie multimodale et intégrée de prévention. Missionnée par la direction ­générale de la santé depuis 2015, l'équipe porte sur le territoire des ­actions synergiques ­impliquant des acteurs aussi divers que des journalistes, des étudiants en journalisme et en psychiatrie, des professionnels de santé mentale, des responsables d'institutions, des contributeurs du Web et des citoyens volontaires.

Son intervention s'articule selon deux axes : rendre plus responsables (c'est-à-dire moins empreintes d'idées reçues et de détails à risque d'imitation) les informations massivement diffusées au sujet du suicide, et déployer des actions de prévention dans les communautés, les institutions ou les lieux ­publics touchés par un tel drame.

Mais l'identification ne se résume pas à ses formes pathologiques. Il s'agit avant tout d'un processus psychologique central dans le développement de chaque individu, et qui fait le socle des relations interpersonnelles. D'où le ­second pan de la stratégie de Papageno, à la fois plus sensible et plus ambitieux : renverser l'identification à risque au profit d'une identification protectrice en promouvant l'entraide, le souci de l'autre et l'accès aux soins. Cette approche traversée par l'éthique de l'inquiétude est également partagée par le ­dispositif national VigilanS qui vise à tisser un véritable réseau autour des personnes ayant fait une tentative de suicide. Plus encore que de limiter la contagion suicidaire, Papageno aspire donc à la prendre à revers, à la devancer en faisant de la prévention du suicide une responsabilité collective. Note(s) :

L'équipe Papageno :

docteurs ­Charles-Edouard ­Notredame et Pierre ­Grandgenèvre, ­psychiatres, CHU de Lille, membres du Groupement d'études et prévention du suicide; ­
Nathalie Pauwels, chargée de communication, Fédération régionale de recherche en psychiatrie et santé mentale ­Hauts-de-France

http://www.lemonde.fr/sciences/article/2017/11/29/luttons-contre-la-contagion-suicidaire_5222171_1650684.html



mardi 24 octobre 2017

Projet porté par la F2RSM : Prévention de la contagion suicidaire : le programme Papageno

Prévention de la contagion suicidaire : le programme Papageno

source www.f2rsmpsy.fr*



Logo Papageno_noir

Papageno est un programme multimodal et intégré axé sur la gestion des conséquences du suicide



Son objectif est double :

  • Éviter la contagion suicidaire en limitant les effets d’identification vulnérante en jeux dans les suicides en grappes de masse (mass clusters) au profit d’une identification protective directe (identification à des personnes ayant surmonté une crise suicidaire incitant au recours au soin) et indirecte (identification aux aidants intervenant en prévention du suicide),
  • Circonscrire et limiter les effets de désorganisation institutionnelle en contexte de crise (point clusters), par un accompagnement étroit des institutions en question.

En cela, Papageno constitue un programme innovant et ambitieux de prévention suicide. Conçu pour s’ajuster au mieux aux évolutions sociales contemporaines, le modèle proposé mise sur le concept d’identification pour guider une stratégie audacieuse et novatrice. En plus de réduire le surcroit de mortalité lié à la contagion, il s’agit de lever les obstacles qui limitent l’accès des personnes en souffrance à des soins et services qui sont pourtant actifs et disponibles.

La force du programme tient non seulement aux actions qu’il mène, mais aussi – et c’est peut-être là le point fondamental – à sa philosophie et à son éthique.

Le programme a pour ambition d’aider les personnes qui traversent un moment difficile en éveillant en eux la conscience de leurs potentialités, à soutenir les collègues qui travaillent déjà à cette tâche en facilitant leurs efforts, et enfin, à supporter les acteurs sociaux que la question du suicide décontenance – notamment les journalistes - en leur permettant de s’en saisir pleinement en tant que partenaires de prévention.

L’idée n’est pas de répliquer (ni même d’appliquer) un modèle d’intervention que nous jugerions efficace, mais de se fonder sur la vivacité des ressources du terrain en proposant un méta-cadre organisationnel. Tel un rhizome (modèle que nous empruntons à Gilles Deleuze et Félix Guattari), le programme se déploie avec facilité et rapidité. L’action de proximité et l’ancrage territorial qui en résultent permettent au programme de se déployer dans le respect des spécificités de la communauté tout en faisant émerger les collaborations.

Pour Papageno, la communication (au sens fort du terme) occupe une place centrale dans la prévention de la contagion suicidaire. Elle est à la fois le référentiel expertal qui nous permet de penser les messages envoyés à la population générale et aux individus vulnérables, et le liant qui nous permet de fonder une action commune. Nous la voyons comme un véritable outil de prévention au service de la sensibilisation, de la déstigmatisation et de la co-opération.

Depuis la création du programme en 2014, nos efforts de prévention se sont concentrés sur la collaboration avec les médias afin de promouvoir un travail collaboratif entre journalistes et professionnels de la prévention en vue de limiter l’effet Werther (effet de contagion lié à un traitement médiatique du suicide à risque) et de promouvoir l’effet Papageno (effet de prévention lié à un traitement médiatique responsable du suicide)

Le tournant que nous prenons depuis 2017 n’est pas seulement de forme, il est aussi de fond. Les sollicitations, les besoins, les potentiels sont tels que nous ne pouvons pas ne pas envisager un engagement plus ambitieux :

  • Mise en place de plans de gestion de crise (postvention) au sein d'institutions
  • Repérage et suivi de l'intervention sur les « hot-spots » suicidaires

mais surtout, mise en place d’une stratégie d’intervention sur le web en déployant et mobilisant les ressources permettant de repérer les propos et conduites suicidaires ainsi que d’amener les personnes vers le soin.


Pour en savoir plus, visitez le site dédié.

* https://www.f2rsmpsy.fr/werther-papageno-role-medias-prevention-suicide.html

vendredi 15 septembre 2017

CANADA/USA CRITIQUE DEBAT REFLEXION La couverture médiatique

Article "Trois ans plus tard: Robin Williams et la couverture sur l’acte que l’on tait"
Parce que la santé mentale et le suicide sont cachés au public depuis tant d’années, beaucoup de désinformation a été faite dans la conscience populaire.
12/09/2017 quebec.huffingtonpost.ca*

Britney Dennison
Conseillère en recherche au sein du programme Men's Health Research et directrice adjointe de l'organisme Global Reporting Centre.
Lucas Jackson / Reuters
La couverture médiatique sur le décès de Robin Williams n’a pas été parfaite.
Il y a trois ans, Robin Williams, l'acteur comique tant aimé, a été retrouvé mort. La police de la Californie a par la suite confirmé un décès par suicide. Une tempête médiatique s'est alors déclenchée : articles, blogues, couverture en direct, reportages télévisuels et déferlement d'émotions sur les réseaux sociaux.
Plus récemment, les réactions du public ont été similaires avec la mort de Chris Cornell, leader des groupes Soundgarden et Audioslave, décédé par suicide en mai dernier, et de Chester Bennington, chanteur principal de Linkin Park, lui aussi mort par suicide, le mois dernier.
La couverture globale est impressionnante, considérant qu'il n'y a pas si longtemps, les médias refusaient de rapporter les cas de suicide.
Depuis des décennies, l'effet d'entraînement est l'argument qu'utilisent les rédacteurs en chef, les journalistes et les universitaires pour justifier l'exclusion du suicide dans les nouvelles.
Les centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies décrivent la « contagion suicidaire » comme un processus voulant que l'exposition au suicide ou au comportement suicidaire d'une ou plusieurs personnes incite d'autres personnes à commettre ou à tenter un suicide. Or, voici où le bât blesse : en choisissant de ne pas relater un problème de santé mentale ou un suicide, les journalistes perpétuent la stigmatisation des personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale.
Parce que la santé mentale et le suicide sont cachés au public depuis tant d'années, beaucoup de désinformation a été faite dans la conscience populaire.
Parce que la santé mentale et le suicide sont cachés au public depuis tant d'années, beaucoup de désinformation a été faite dans la conscience populaire. Cela a compliqué le travail des journalistes qui souhaitent faire un récit factuel et attentif pour finalement rompre le silence.
Ces sujets complexes sont très délicats à traiter dans l'information, beaucoup plus qu'il n'y paraît. C'est peut-être ce qui explique les reportages que nous avons vus et qui peuvent avoir des répercussions néfastes, comme le reportage de Shepard Smith à Fox News qui a laissé entendre que Robin Williams aurait posé un geste lâche.
Or, parler de suicide est important, car cela permet de briser les mythes et de lutter contre la stigmatisation, mais les journalistes doivent écrire sur le sujet de manière réfléchie et avec de bonnes intentions.
Je me suis entretenue avec Cliff Lonsdale, auteur de Mindset: Reporting on Mental Health qui s'est penché sur la couverture médiatique entourant le suicide et sur la façon dont les médias ont traité le décès de l'acteur. Selon ses propos, pour chaque reportage négatif, on en comptait beaucoup plus ayant traité le sujet sous le bon angle.
Cela confirme, à son avis, le fait que les journalistes essaient maintenant de relever ce défi avec succès. Et beaucoup d'exemples confirment cette tendance.
Comme journaliste, il est important de comprendre le rôle que l'on tient dans la société, soit de trouver ce qui ne fonctionne pas bien et de le mettre au jour. Si l'empereur est nu, c'est au journaliste de le signaler.
Quelle serait donc la première étape pour améliorer les nouvelles et les articles sur la santé mentale et le suicide? D'abord, ne pas avoir peur d'en parler.
Effet de contagion
Beaucoup d'universitaires et de journalistes qui écrivent sur les problèmes de santé mentale ont discrédité la notion de contagion du suicide, tandis que d'autres soutiennent sa validité.
Madelyn Gould, professeure de psychiatrie à l'Université de Columbia, a déclaré dans le New York Times que la contagion du suicide est bien réelle. Son article sur la contagion par les médias et le suicide parmi les jeunes soutient que des suicides en série se produisent lorsque les jeunes sont exposés au suicide d'une autre personne.
De son point de vue, Cliff Lonsdale dit que la science derrière cette théorie pose un problème. Les statistiques sur le suicide, rapportées par Liam Casey dans la revue Ryerson Review of Journalism, révèlent qu'il n'y a pas eu d'augmentation du nombre de suicides après l'attention portée par les médias.
André Picard, journaliste sur les questions de santé, a affirmé dans Mindset que lorsque les médias ont cessé de couvrir les suicides, il n'y a pas eu de baisse notable de cas. Et bien que les médias canadiens aient accordé une attention croissante au cours des dernières années aux cas de suicide chez les adolescents, le taux global de suicide chez les adolescents est demeuré étonnamment stable.
Un autre problème est que la notion de contagion se confond parfois avec l'idée de « suicide par imitation ».
Un autre problème est que la notion de contagion se confond parfois avec l'idée de « suicide par imitation ». Les termes sont souvent utilisés indifféremment, comme dans cet article du Washington Post.
« Selon moi, le suicide par imitation est généralement lié à la méthode. Ce n'est pas la même chose que l'idée de contagion, selon les propos de Lonsdale. Le vrai problème, c'est que la question fait peur aux journalistes. Ils ont l'impression qu'ils devraient se taire sur cette question, donc tout ce qu'ils pourraient apporter de positif n'est pas transmis non plus. »
Ce qu'il faut retenir c'est que le problème n'est pas de rapporter ou non la nouvelle, mais plutôt la manière qu'on choisit de le faire.
Ne pas entrer dans le détail
Même si on a pu laisser croire aux lecteurs que c'était une convention journalistique au lendemain de la mort de Robin Williams, rien ne justifie d'écrire un article exhaustif et détaillé sur un suicide.
Presque tous les grands médias ont rapporté, dans des détails accablants, la méthode utilisée par l'acteur pour s'enlever la vie.
Presque tous les grands médias ont rapporté, dans des détails accablants, la méthode utilisée par l'acteur pour s'enlever la vie. Dans certains articles, que je ne mets pas en lien ici, les titres étaient brutalement explicites : « Voici comment Robin Williams s'est enlevé la vie ».
Non seulement ce type de nouvelle est contraire à l'éthique et irrespectueux, mais il peut aussi avoir des conséquences néfastes. On peut certes contester la notion de contagion du suicide, mais Lonsdale avance qu'il y a parfois une utilisation accrue du moyen employé pour un suicide, particulièrement après une description détaillée dans de nombreux articles.
Donc, annoncer la nouvelle d'un suicide pourrait n'avoir aucun effet incitatif sur une personne pour qu'elle développe des pensées suicidaires, mais cela pourrait convaincre une personne à risque de modifier sa méthode.
On ne sait pas ce qu'on ne sait pas
Un journaliste peut admettre qu'il ne connait pas une chose en particulier, d'ailleurs c'est beaucoup mieux ainsi que de spéculer ou de simplifier.
« Nous avons envie de simplicité. De toute évidence, la dépression a joué un rôle important dans le cas de [Robin Williams], de même que ses problèmes de dépendance. Nous commençons maintenant à voir qu'il avait d'autres problèmes médicaux. En général, ce n'est pas aussi simple que nous le pensons. Les êtres humains sont compliqués et, nous, les journalistes, aimons simplifier. Nous cherchons une raison simple pour tout expliquer dans nos articles et nous en tenir à ça », explique Cliff Lonsdale.
Or, la vie n'est pas aussi simple, surtout dans ce domaine. Lorsque les journalistes relatent un cas de suicide, ils ont l'occasion d'approfondir le sujet et de remettre en question les notions du passé. La complexité ne devrait pas leur faire peur et les empêcher de faire leur travail. Au contraire, cela devrait les forcer à s'améliorer.
Pourquoi, pourquoi et encore pourquoi?
Certains des meilleurs articles sur le suicide de Robin Williams se sont immédiatement éloignés de la question du quoi pour poser la question du pourquoi.
En ce qui concerne les nouvelles choquantes ou tragiques, la tendance est de s'attarder trop longtemps aux détails. Souvent, on oublie d'examiner le contexte et de creuser la problématique.
« Nous devons dépasser l'effet de surprise et nous pencher sur les raisons. Dès que vous vous posez la question, vous êtes déjà probablement sur la bonne voie », ajoute Lonsdale. L'un des meilleurs exemples de ce genre d'articles est celui d'André Picard.
Or, ce n'est pas toujours facile. N'oublions pas qu'André Picard est spécialisé dans les questions de santé et reconnu comme l'un des meilleurs. Il consacre beaucoup de temps à réfléchir à ces problèmes, et on lui accorde beaucoup de place dans un média pour qu'il puisse s'étendre sur un sujet, une condition qui n'est pas à négliger pour de nombreux journalistes généralistes, de nos jours.
« C'est plus difficile pour un journaliste qui traite de questions générales, et on devrait avoir un peu de sympathie pour eux, selon Lonsdale. Au final, nous ne sommes pas aussi mauvais que nous le pensons parfois. Si nous avons un peu plus confiance en ce que nous faisons, nous ne pourrons que nous améliorer. »
La couverture médiatique sur le décès de Robin Williams n'a pas été parfaite.
La couverture médiatique sur le décès de Robin Williams n'a pas été parfaite. De fait, on a vu de malheureux exemples par certains médias très réputés, mais il y a eu aussi des exemples positifs de couverture médiatique.
« Les journalistes ont la possibilité de faire beaucoup de bien dans ce domaine. Oui, nous commettons parfois des erreurs, car elles sont inévitables », rajoute-t-il.
« Si notre intention est de faire de la lumière plutôt que de verser dans le sensationalisme, nous pourrons faire avancer les choses. Nous ferons notre travail de journaliste. Aller dans le sens contraire, c'est s'éloigner de notre mission. »
Ressources utiles
Êtes-vous dans une situation de crise? Besoin d'aide? Si vous êtes au Canada, trouvez des références web et des lignes téléphoniques ouvertes 24h par jour dans votre province en cliquant sur ce lien.

Source http://quebec.huffingtonpost.ca/britney-dennison/trois-ans-plus-tard-robin-williams-et-la-couverture-sur-l-acte-que-l-on-tait-britney-dennison_a_23204882/

lundi 24 juillet 2017

Communication du programme Papageno La question du traitement médiatique

RAPPEL ET RESSOURCES POUR LES JOURNALISTES
La question du traitement médiatique du suicide suite au décès tragique de célébrités,  sur le site du
Le programme Papageno est un programme français visant à améliorer la qualité du traitement médiatique du suicide en vue de sa prévention
 


Le décès de Chester Bennington relance tristement la question du traitement médiatique du suicide
Ce 20 juillet, l’annonce du suicide à 41 ans de Chester Bennington, chanteur du groupe Linkin Park, replace la question sensible du décès tragique des célébrités sur le devant de la scène.
Ce type d’événement attire légitimement l’intérêt du public et des médias. Or, comme le montrent les études scientifiques, les suicides d’artistes ou de politiciens sont d’autant plus à même de susciter des comportements d’imitation chez les personnes vulnérables qu’ils concernent des personnalités reconnues et/ou admirées.
Certes le phénomène questionne. Comment un acte aussi intime et personnel que le suicide peut-il être influencé par l’exemple d’un autre individu, a fortiori quand il s’agit d’une star que l’on n’a jamais vue ?
À travers les médias de masse, la célébrité s’incarne auprès du public comme une personne proche, comme un semblable qui a acquis une position sociale et symbolique désirable. Depuis cette position, la star suscite souvent un fort sentiment d’empathie chez ses fans. Comme en lien direct avec elle, ceux-ci tendent à s’y identifier, à adopter certaines de ses valeurs ou à imiter certains de ses comportements. La célébrité devient un modèle, un point de référence pour guider ses propres choix ou faire face à ses propres difficultés.
Par conséquent, le suicide d’une célébrité envoie à ses fans un message douloureux. Auréolé de la force symbolique dont elle jouissait, son geste est susceptible d’apparaître de façon trompeuse comme une solution à adopter. Lorsque l’auditoire souffre lui-même d’idées suicidaires, une célébrité admirée qui se donne la mort lève une peu de l’inhibition à passer à l’acte. D’où le risque attesté de contagion suicidaire en de pareilles circonstances.
Pour ces raisons, traiter du suicide d’une célébrité devrait se faire avec une prudence toute particulière : sans valorisation indue, ni description détaillée de la méthode employée, mais en mettant davantage l’accent sur les conséquences que ce geste peut avoir. Il apparaît préférable de ne se prononcer que lorsque la cause du décès est attestée et d’éviter toute spéculation potentiellement néfaste. Comme pour tout suicide, veiller à ne pas publier l’éventuelle lettre d’adieu et respecter les endeuillés.
Nous invitons donc les professionnels des médias à consulter les recommandations rédigées par l’OMS. Prendre en compte ces indications permet de prévenir un effet de contagion suicidaire et de rendre le suicide évitable. L’insertion d’un numéro d’appel (le 15, un médecin généraliste, un centre médico-psychologique) en est un exemple.
Lire la suite :  * https://papageno-suicide.com/2017/07/21/le-deces-de-chester-bennington-relance-tristement-la-question-du-traitement-mediatique-du-suicide/

mardi 29 novembre 2016

PRESSE Le suicide ne doit pas faire exception au traitement de l'information

Le suicide ne doit pas faire exception au traitement de l'information
10/09/2016 sur huffingtonpost.fr* Jean-Claude Delgènes Fondateur et directeur général du cabinet Technologia

En 1984 à Berlin-Est, le capitaine de la Stasi Gerd Wiesler, matricule HGW XX/7, espionne le dramaturge Georg Dreyman, une figure de la dissidence est-allemande. A la suite du suicide d'un de ses amis metteur en scène dont la carrière a été détruite, Dreyman rédige, pour le magazine ouest-allemand Der Spiegel, un article destiné à révéler une vérité dérangeante pour le régime... On aura reconnu la trame du film "La vie des autres" qui a connu un immense succès en 2006. Mais quel était le secret explosif que Dreyman cherchait à faire connaître à l'ouest ? Il s'agissait d'un chiffre ; un chiffre simple mais qui dit presque tout de la vérité d'une société : le taux de suicide anormalement élevé en RDA...
Parler de suicide aujourd'hui en France et du nombre de morts (27 par jour...) n'a sans doute pas la même charge politique qu'il y a 30 ans en RDA. Néanmoins, parler du suicide c'est toujours prendre un risque. Cela revêt la même signification et surtout cela jette le même trouble : faut-il vraiment en parler et comment le faire sans être morbide, larmoyant, alarmiste, racoleur ou tout simplement incitatif ?
La question est lancinante ; elle ressurgit d'ailleurs à chaque nouvelle journée mondiale de prévention du suicide, le 10 septembre : n'y a-t-il pas un risque à aborder ouvertement cette question ? Les personnes concernées ne vont-elles pas en déduire qu'en raison d'une expression plus libre, l'acte suicidaire deviendrait acceptable et surtout accepté ? Tous ceux qui sont en charge du traitement de cette question dans les secteurs de la santé, des études, ou encore des médias, doivent-ils alors s'astreindre au silence ? Et les familles endeuillées, les amis meurtris, les collègues ou salariés choqués et interpelés par un suicide sur le lieu de travail... Doivent-ils se taire ? Si l'on répond "oui", même avec les meilleures raisons du monde, le débat est clos. Mais la question n'est pas pour autant réglée. Et le silence va devenir aussi pesant que dans "La vie des autres".
Avant d'être un désarroi devant ce qui peut être dit, le silence autour du suicide répond d'abord à la peur d'un effet de contagion. On connaît en effet, depuis le 18ème siècle, le fameux "effet Werther" dont les souffrances et la mise en scène romantique du suicide par Goethe, dans son premier roman, avaient provoqué une vague de suicides chez les jeunes européens de l'époque. Ce fut la même chose aux Etats-Unis après le 05 août 1962 et le suicide ultra-médiatisée de Marylin Monroe.
Cet effet de contagion est bien connu et peut conduire à ce qu'on appelle des "suicides en grappe". Il y a ainsi des effets de contagion dans certaines familles, certaines localités, ou encore dans certaines entreprises. Tout se passe comme si lorsqu'il y a crise suicidaire, l'acte renvoyait aux personnes en proie à des tourments existentiels une solution qu'elles n'avaient pas envisagée jusqu'ici pour traiter un problème qu'elles jugent insurmontable.
Pourtant, l'alternative ne se résume pas, d'un côté, à l'omerta lourde de culpabilité mais tissée de chuchotements gênés, et de l'autre à l'exhibition contagieuse, on pense par exemple à ce suicide d'une jeune femme filmé en direct sur Périscope en mai 2016. Disons-le, il n'existe pas de prévention sans expression ; pas de programmes éducatifs et pédagogiques envers les jeunes sans démarche collective ; pas de prise en charge des Anciens, souvent abandonnées dans un isolement facteur de passage à l'acte, sans mise en place de programmes d'assistance qui supposent là encore des actions d'information ; et enfin, pas de qualité de vie au travail sans la possibilité pour les salariés de mettre des mots sur la mort volontaire d'un collègue qu'ils en soient proches ou non. Il est donc nécessaire de parler du suicide. Encore faut-il savoir comment en parler.
C'est dans les collectifs et notamment les entreprises, parfois les écoles, que la question se pose de manière la plus aiguë.
Sortir du déni d'expression face au suicide c'est d'abord accepter de se préparer à subir la crise. C'est le temps de l'anticipation et de la prévention. A ce niveau, il est nécessaire de former ceux qui seront en première ligne en cas de suicide dans une équipe : les managers, les dirigeants, les représentants du personnel. Il s'agit à ce stade de les rendre sensibles aux signaux qu'envoient, sans forcément les exprimer clairement, ceux qui souffrent.
Le suicide est une mort qui jette sur ceux qui restent, les collègues, les éducateurs, les familles, une culpabilité lancinante : on recherche immédiatement les raisons d'un acte forcément insondable, les responsables ; on s'accuse, on se dédouane, on blâme la victime... Tout cela est naturel mais tout cela n'est pas sain. Parler du suicide, c'est d'abord suspendre son jugement pour laisser la tristesse et les faits simples et vrais parler en premier.
Ainsi parler, c'est d'abord nommer l'acte pour ce qu'il est, un suicide. Mais la parole doit savoir immédiatement se restreindre en matière de retranscription d'éléments matériels : rien sur les modalités de passage à l'acte, rien sur les circonstances trop précises de la mort, rien sur les personnes qui ont découvert le corps ou l'ont pris en charge. Dire donc, mais en mesurant le propos et en étant attentif aux effets négatifs possibles de ce que l'on dit. Attentif aussi aux proches et aux familles pour les aider à sortir de l'idée que l'acte suicidaire serait le seul événement humain dont on ne pourrait rien dire. Ce qui aggrave leur repli sur eux-mêmes et plus encore, leur culpabilité.
Si le déni du suicide n'est pas acceptable, le spectacle autour de l'acte ne l'est pas plus. Il faut tout de suite en souligner la gravité afin d'éviter tout risque de viralité et d'imitation. Parler donc, mais en évitant la spectacularisation, l'esthétisme ou le romantisme.
Cette retenue concerne aussi ceux qui ont survécu à leur passage à l'acte. Ils disparaissent un temps du collectif pour se soigner, reprendre pied mais regagnent un jour leur place dans l'entreprise. Là aussi, il n'est pas question de les ignorer et de passer sous silence leur retour au travail. Préparer au mieux leur retour dans l'entreprise suppose une prise de parole soigneuse et régulière vis-à-vis de l'encadrement et des collègues.
Comme on le voit, parler du suicide c'est prendre un risque ; celui de se tenir sur une ligne de crête entre le silence impuissant et l'expression maladroite. Mais c'est la seule certitude de pouvoir ainsi mener des actes de prévention, susciter des demandes d'aide, inciter à appeler les structures d'écoute, encourager à mettre en place des programmes de prévention dans les entreprises. La prévention ne peut avoir lieu sans une étape préalable de connaissance de la situation du suicide en France. C'est pour cela que nous nous étions mobilisés afin qu'existe un Observatoire des suicides et des crises suicidaires. Celui-ci fête aujourd'hui ses trois ans d'existence : cette première étape de compréhension du phénomène doit désormais mieux servir la prévention. C'est le sens que nous donnons à la journée nationale de prévention du suicide ce 10 septembre.
http://www.huffingtonpost.fr/jean-claude-delgenes/journee-suicide_b_11947468.html