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lundi 10 août 2020

ETUDE RECHERCHE L’Échelle de Relation d’Objet et de Cognition Sociale de Westen : résultats préliminaires sur une population française d’adolescentes suicidantes hospitalisées

L’Échelle de Relation d’Objet et de Cognition Sociale de Westen : résultats préliminaires sur une population française d’adolescentes suicidantes hospitalisées

Objectifs

1) Dans un premier temps, nous présenterons une traduction synthétique de l’Échelle de Relation d’Objet et de Cognition Sociale de la forme dite « G » ou globale (SCORS-G) telle qu’elle a été conçue par Westen en 1985 et qui est basée à la fois sur l’expérience clinique, la recherche et la théorie. Le codage peut se faire à partir de narratifs issus d’entretiens cliniques, d’entretiens de recherche, des récits de rêve ou des récits du Thematic Apperception Test (TAT). L’auteur a identifié plusieurs domaines distincts — tels que la complexité des représentations des personnes, la tonalité affective des représentations des personnes, l’investissement émotionnel dans les relations et dans les normes morales, et la compréhension de la causalité sociale — et conceptualisés comme des processus cognitifs, affectifs et motivationnels médiateurs du fonctionnement interpersonnel. Leur but est de capter des schémas, des attentes, des affects, des désirs, des fantasmes et des conflits que la personne met en jeu dans ses relations interpersonnelles. 2) Dans un deuxième temps, nous souhaitons relater les résultats préliminaires d’une étude auprès d’adolescentes suicidantes hospitalisées et d’adolescentes non cliniques.

Méthode

Nous avons retranscrit (verbatim) 31 entretiens d’attachement (AAI) qui ont été codés indépendamment par trois codeurs avec la SCORS-G. La fidélité intercotateur est d’un niveau tout à fait acceptable.

Résultats

Les adolescentes suicidantes hospitalisées ont des scores significativement inférieurs à ceux du groupe contrôle et ce, pour les quatre dimensions de la SCORS (de p < 0,004 à p < 0,0001 selon les domaines). En nous basant sur les résultats globaux du groupe clinique, nous pourrions dire que leurs représentations de soi et d’autrui ne sont pas clairement différenciées et intégrées, qu’elles ont une capacité mineure d’élaboration de la vie mentale ; que leurs attentes et leurs attributions interpersonnelles ont une coloration affective mixte mais néanmoins plutôt négative ; que leur investissement à l’égard des personnes et des valeurs morales reste conventionnel et stéréotypé mais avec présence de culpabilité vis-à-vis de la transgression de la morale ; et qu’enfin leurs descriptions des événements interpersonnels comportent des lacunes ou des incongruités qui imposent un « travail » pour les comprendre pleinement. A contrario, les adolescentes non cliniques décrivent les personnes de manière plus évoluées, ont conscience de l’impact de leurs conduites sur les autres, relatent des expériences subjectives plus complexes avec une sensibilité affective mixte et équilibrée mais plutôt positive.

Discussion

La description des relations montre l’existence de sentiments conventionnels d’amitié, d’attention, d’amour et d’empathie dans les relations. Le sujet est concerné par les valeurs morales, ressent de la culpabilité et respecte les figures d’autorité. Les narrations sur les relations sont franches, claires et directes, les actions des individus proviennent de la façon dont ils ressentent et interprètent les situations.

Conclusions

Ainsi, par ce travail spécifique, nous pouvons apprécier le rôle des processus mentaux dans la formation des pensées, des sentiments, des conduites et des interactions interpersonnelles.


Acces article (disponible gratuitement pendant 50 jours) https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0014385520300037

vendredi 30 août 2019

ETUDE RECHERCHE Conduites suicidaires à l'adolescence

Conduites suicidaires à l'adolescence 


[37-216-H-10]  - Doi : 10.1016/S0246-1072(19)63168-8 

B. Mirkovic, Docteur en médecine, PhD, médecin pédopsychiatre a, b, , M.-A. Podlipski, Docteur en médecine c, d, P. Gerardin, Docteur en médecine, PhD, Professeur de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent c, d, e
a
 Service de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent, Groupe hospitalier La Pitié-Salpêtrière, 47-83, boulevard de l'Hôpital, 75013 Paris, France
b
 Unité de recherche EA4047, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, France
c
 Pôle de psychiatrie enfants-adolescent, Centre hospitalier du Rouvray, 4, rue Paul-Éluard, 76301 Sotteville-lès-Rouen, France
d
 Laboratoire CRFDP, Normandie Université, Rouen, France
e
 Département de pédiatrie médicale, Fédération hospitalo-universitaire de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent, Centre hospitalo-universitaire Charles-Nicolle/CH-Rouvray, Rouen, France 

Auteur correspondant.

Psychiatrie Sous presse. Épreuves corrigées par l'auteur. Disponible en ligne depuis le mercredi 28 août 2019

Résumé

Le suicide représente une des principales causes de mortalité, potentiellement évitable, chez les adolescents. Il s'agit d'un phénomène complexe qui constitue l'extrême d'un continuum appelé communément les conduites suicidaires. Au regard des données les plus récentes, il convient de considérer les conduites suicidaires comme résultant d'interactions multiples, bio-psycho-sociales. Une approche développementale et intégrative permet d'avoir une vision plus large dans la compréhension des voies étiopathogéniques. Une perspective évolutive, allant de la période de la grossesse à l'âge adulte, au sein d'un environnement familial et social particulier, est indispensable à la fois pour la compréhension des mécanismes psychopathologiques mais aussi pour l'élaboration des protocoles de prise en charge et de recherche. L'évaluation du risque suicidaire associe à l'évaluation des facteurs de risque celle des facteurs de protection. Les facteurs prédisposants comme les agressions pendant l'enfance constituent une des pistes importantes dans la recherche des mécanismes neurobiologiques associés aux conduites suicidaires. Des éléments de preuve suggèrent que les événements d'adversité précoce peuvent augmenter le risque suicidaire à l'adolescence et à l'âge adulte, par l'intermédiaire des modifications épigénétiques. La prise en charge des adolescents suicidants est difficile et marquée par un important taux de récidive. À ce jour, il n'existe pas de recommandations fondées sur des preuves pour la prise en charge des adolescents suicidants. Il n'existe que très peu de traitements ciblant spécifiquement les tentatives de suicide et ces prises en charge manquent cruellement d'évaluation. La thérapie comportementale dialectique et la thérapie fondée sur la mentalisation semblent être deux pistes ayant montré des résultats encourageants. Les interventions visant à maintenir un contact entre le patient et les services de santé mentale (connectedness care) sont en développement. Les progrès technologiques et les nouveaux modes de communication ont accéléré la recherche dans ce domaine, avec des résultats très encourageants.

Mots-clés : Suicide, Tentative de suicide, Conduites suicidaires, Adolescent, Psychopathologie, Facteurs de risque et de protection, Recommandations

Plan
Introduction
Situation et problématique
Définitions et terminologie
Quelques repères épidémiologiques
Défis des cliniciens et des chercheurs
Modèles de compréhension
Facteurs de risque et facteurs de protection
Aspects morphologiques et neurobiologiques
Aspects génétiques et épigénétiques
Aspects socioanthropologiques et nouveaux modes de communication
Aspects psychopathologiques
Évaluation du potentiel et du risque suicidaire
Prises en charge des adolescents suicidants
Interventions psychosociales
Interventions pharmacologiques
Conclusion et perspectives
Perspectives cliniques
Perspectives de recherche

vendredi 29 mars 2019

ETUDE RECHERCHE le Syndrome de crise suicidaire comme diagnostic specifique


Syndrome de crise suicidaire: examen des preuves à l'appui d'un nouveau diagnostic spécifique au suicide

Titre original : Suicide Crisis Syndrome: A review of supporting evidence for a new suicide‐specific diagnosis
Allison Schuck 1 Raffaella Calati 1 Shira Barzilay 2 Sarah Bloch‐Elkouby2  Igor Galynker 1,2
1 Department of Psychiatry, Mount Sinai Beth Israel, New York, NY, USA
2 Icahn School of Medicine at Mount Sinai, New York, NY, USA
21 March 2019 SPECIAL ISSUE ARTICLE Behavioral Sciences & the law
Free Access

Le suicide est un problème majeur de santé publique et les taux de suicide ne cessent d'augmenter. Les stratégies actuelles d'identification des individus à risque de suicide, telles que l'utilisation des idées suicidaires auto-déclarées par le patient ou la preuve de tentatives de suicide antérieures, n'ont pas permis de réduire les taux de suicide. Récemment, des groupes de recherche se sont concentrés sur la détermination de l'état mental aigu précédant une tentative de suicide. Le développement d'un diagnostic suicidaire aigu, le syndrome de suicide en crise (SCS), vise à capturer cet état pour mieux traiter les individus. Le SCS comporte cinq composantes principales fondées sur des preuves: le sentiment d’être
piégé dans une situation, les perturbations affectives, la perte de contrôle cognitif, l'hyperexcitation et le retrait social. Le SCS peut donner aux cliniciens la capacité d'identifier les personnes qui présentent un état mental aigu pré-suicidaire, indépendamment de leurs idées suicidaires autodéclarées. Les recherches futures conduisant à l'intégration de ce diagnostic dans la pratique clinique pourraient améliorer la qualité des soins et réduire le fardeau personnel, sociétal et juridique du suicide.


Article en ligne https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1002/bsl.2397




vendredi 4 janvier 2019

USA Réduire le risque de suicide: le rôle de la psychothérapie, exemple de la Therapie cognitivo comportementale et la thérapie comportementale dialectique

Réduire le risque de suicide: le rôle de la psychothérapie
D'après article
"Reducing Suicide Risk: The Role of Psychotherapy" by Donna M. Sudak, MDAarya Krishnan Rajalakshmi, MD  26 décembre 2018 www.psychiatrictimes.com* Le volume: 35 . 12

Au cours des 30 dernières années, de nombreuses recherches ont été menées sur l’utilisation de la psychothérapie pour gérer le comportement suicidaire. Une bonne partie de cette recherche partait du prémisse que le comportement suicidaire doit être traité séparément du diagnostic principal (par exemple, la dépression) et que des techniques doivent être utilisées pour gérer le risque actuel et prévenir les récidives dans le futur. La plupart des cliniciens ne savent pas que le risque de suicide doit être traité spécifiquement et séparément du diagnostic psychiatrique primaire. Des approches pratiques, fondées sur des preuves, ont été développées pour réduire le risque de tentatives présentes et futures. Notre objectif est de fournir un bref résumé des résultats de la recherche, suivi de plusieurs exemples de stratégies utilisées par ce type de traitement.

Thérapie cognitivo-comportementale contre le suicide

Plusieurs revues systématiques ont analysé les données existantes sur l’effet des interventions thérapeutiques sur le risque de suicide. En 2008, Tarrier et al 1 ont examiné 28 essais cliniques comparatifs et randomisés (randomized controlled trials (RCTs))  impliquant des adultes et des adolescents. Les chercheurs ont conclu que les interventions basées sur la thérapie cognitivo-comportementale
cognitive behavioral therapy (CBT) démontraient une efficacité dans la réduction des comportements suicidaires. Une revue systématique effectuée ultérieurement par Mewton et Andrews 2 en 2016 a limité son attention aux RCT examinant les avantages de la CBT standard chez l'adulte. Leur conclusion est en accord avec l'observation de Tarrier et al 1: Le traitement est plus efficace lorsqu'il cible directement les pensées et les comportements suicidaires que lorsqu'il est conçu pour traiter la maladie mentale en partant du principe que les avantages auront également une incidence sur le comportement suicidaire. Par conséquent, la littérature souligne la nécessité d'interventions spécifiques ciblant les comportements suicidaires.

La méta-analyse réalisée par Ougrin et ses collègues 3 en 2015 a confirmé l'efficacité d'interventions thérapeutiques telles que la
CBT, la thérapie comportementale dialectique (dialectical behavior therapy (DBT)) et le traitement fondé sur la mentalisation pour réduire les méfaits de l'automutilation chez les adolescents. Le manque d'études reproduites indépendamment a empêché de tirer des conclusions définitives sur les avantages comparatifs de stratégies thérapeutiques spécifiques. Des essais indépendants ont porté sur l'efficacité de la DBT chez les adolescents à risque de suicide élevé. Le RCT de Mehlum et al 4 en 2014 et le RCT récemment publié de Mc Cauley et ses collègues 5 suggèrent des avantages certains de la DBT à court terme chez les adolescents ayant des traits de personnalité limites et ayant déjà commis des tentatives d'automutilation ou de suicide. Cette dernière étude a également montré la supériorité de la DBT en ce qui concerne le maintien de traitement.

L'engagement et le maintien des patients constituent un défi majeur dans la gestion des comportements suicidaires. Souvent, ces patients ne recherchent pas de traitement ambulatoire et se présentent en urgence lors de crises suicidaires. Le service des urgences doit donc être un site d'intervention clé. L'étude d'évaluation de la sécurité et du suivi des urgences ED-SAFE (Emergency Department Safety Assessment and Follow-up Evaluation)  réalisée par Miller et ses collègues 6 a conçu des interventions pour le dépistage et l'élaboration de plans de sécurité avec appels téléphoniques de suivi aux patients et à leurs proches. Stanley et al 7 ont discuté des avantages de telles interventions basées sur le SU dans la réduction du risque suicidaire. Leur étude de cohorte comparative a montré que les interventions de planification de la sécurité associées à un suivi structuré réduisaient le risque de comportement suicidaire de 50% et multipliaient par deux les chances d’engagement du traitement sur une période de six mois. L'intervention de planification de la sécurité comportait six stratégies spécifiques: identifier les signes avant-coureurs d'alerte, encourager les stratégies internes d'adaptation, contacter la famille / les amis, identifier d'autres personnes pouvant apporter un soutien lors de crises suicidaires, contacter des professionnels de la santé mentale et
réduction des moyens mortels. Cette étude à grande échelle illustre une approche réaliste et pragmatique du comportement suicidaire qui n'exige pas de ressources considérables et peut être facilement mise en œuvre dans un contexte de SU.

La thérapie cognitivo-comportementale pour la prévention du suicide est une autre intervention à court terme conçue pour traiter spécifiquement les comportements suicidaires ayant un impact significatif sur la réduction des tentatives de suicide futures. 8 Elle se compose de trois phases: une phase initiale favorisant l’engagement du traitement, une phase intermédiaire axée sur la stratégies comportementales ciblant les pensées suicidaires et la motivation de vivre, et phase finale visant à prévenir la rechute et à renforcer la capacité à utiliser efficacement les stratégies dans le cadre de futures crises suicidaires.
Chacune des études précédentes a des stratégies psychothérapeutiques communes qui peuvent être utilisées par tout clinicien. Tous sont enracinés dans le principe fondamental du thérapeute en tant que partenaire empathique qui forme une alliance thérapeutique forte avec les patients et qui reconnaît leurs pensées et leurs comportements suicidaires en réponse à une douleur intolérable ou à une détresse subjective aiguë. Le patient s'engage comme partenaire actif dans le processus de compréhension des risques personnels pour les crises suicidaires futures et dans le développement de remèdes pour de tels cas.

La section suivante décrit quatre stratégies spécifiques communes à ces approches, à savoir la réduction des moyens mortels, la planification de la sécurité, la mise au point de raisons d'espérer et retarder l'impulsion



Réduction des moyens mortels
 
La réduction des moyens mortels est le processus consistant à évaluer si les patients ont accès à une arme à feu ou à un autre moyen mortel de se suicider, puis à collaborer avec eux et leur réseau de soutien pour limiter l'accès à de tels moyens. C'est l'une des interventions les plus importantes et les plus soutenues pour réduire les tentatives de suicide. Collaborer avec le patient en exprimant une préoccupation réelle pour sa sécurité, en expliquant que la réduction de l’accès réduira le risque d’actes suicidaires, puis en négociant avec le patient et en aidant d’autres personnes à rendre l’environnement plus sûr, est essentiel au succès. Dans le cas où le moyen mortel disponible est une arme à feu, il faut évaluer la présence de plusieurs armes à feu, puis plaider en faveur du retrait de toutes les armes à feu. Les verrous à canon, le retrait des munitions ou les coffres à fusils sont également des moyens possibles de restreindre l'accès si le patient refuse de retirer le ou les pistolets de son domicile.

Une enquête méthodique sur les méthodes possibles et sur ce qui pourrait limiter la capacité du patient / de la famille à les éliminer est la tâche centrale du clinicien. Si le patient est hésitant, il est utile d’évaluer les avantages et les inconvénients d’un accès restreint, en rappelant au patient que cela peut être limité dans le temps. Comme dans tout travail avec des patients suicidaires, plus il est possible de collaborer avec des personnes qui apportent leur soutien, mieux c'est.

Planification de la sécurité

Généralement, le comportement suicidaire se produit comme une réponse réflexive à certains déclencheurs.  Il est courant pour les patients qui adoptent un tel comportement de considérer le suicide comme un moyen de résoudre des problèmes qu'ils considèrent comme insolubles. Ces patients ont souvent des déficits importants dans la résolution des problèmes. Lorsque les patients n'ont aucun soulagement de l'inquiétude ou de l'inquiétude face à leurs problèmes et qu'ils pensent au suicide, le soulagement qu'il peut apporter renforce les pensées suicidaires et augmente le risque d'une action ultérieure. Les déficiences des compétences des patients - résolution de problèmes, tolérance à la détresse, maîtrise des émotions et résolution de conflits - peuvent accroître le risque de vulnérabilité future au comportement suicidaire.

Une stratégie particulièrement efficace consiste à planifier des solutions de rechange assurant la sécurité du patient jusqu'à l'acquisition des compétences ou la mise en place d'autres solutions. La planification de la sécurité, telle que décrite par Stanley et ses collaborateurs 7, est une intervention au cours de laquelle le clinicien détermine activement et en collaboration avec le patient une liste prioritaire et personnalisée de signes avant-coureurs de crise. Le clinicien trouve ensuite des stratégies d’adaptation et des ressources internes et externes que le patient peut utiliser à ce moment là. Ce plan est issu d’une évaluation des risques et de la description narrative de la crise du patient. Il est conçu pour être surexploité (comme un exercice d’incendie) afin que le plan puisse être utilisé en cas de crise suicidaire. L'élaboration d'un plan de sécurité commence par une analyse en chaîne des pensées, des émotions et des comportements minute par minute qui ont conduit à des pensées suicidaires ou à une tentative et aux conséquences qui en ont résulté. Le patient doit comprendre que les pensées suicidaires sont transitoires et varient en intensité.

Le plan prévoit le temps nécessaire pour que ces pressions diminuent avant que des dommages permanents ne se produisent. Le patient est consulté en tant qu'expert sur son propre comportement suicidaire: «Qu'avez-vous fait vous-même pour réduire les pulsions de suicide?» Et "Comment vous en débarrassez-vous ?" Si le patient ne peut pas générer d'options, le le clinicien peut faire des suggestions. Celles-ci peuvent inclure des activités distrayantes, des pensées alternatives ou des stratégies pour diminuer les émotions douloureuses. Après avoir élaboré un plan de distraction, il est demandé au patient d’identifier deux groupes de contacts sociaux: : un groupe avec lequel il peut être distrait des pensées suicidaires et un groupe qui peut l'aider dans ses pensées suicidaires. Enfin, les services d'urgence sont identifiés et accessibles au patient en cas de crise imminente.
À chaque étape de l'intervention de planification de la sécurité, le patient est interrogé sur la probabilité d'utilisation de l'intervention, les obstacles qu'il prévoit à son utilisation et quels sont les obstacles qu'il pourra surmonter. Si le patient ne peut pas résoudre les obstacles ou s’engager à utiliser le plan, des soins plus restrictifs sont indiqués. Une fois le plan terminé, le plan écrit est remis au patient. On demande au patient où il sera conservé pour relecture et utilisation.

Lors de séances ultérieures, le thérapeute peut dispenser une formation sur les compétences absentes qui augmentent la vulnérabilité du patient au suicide, puis répéter mentalement le déploiement de ces compétences dans un environnement similaire à l’avenir. Les patients doivent constamment utiliser de nouvelles méthodes de pensée et de comportement pour pouvoir disposer de solutions autres que le suicide lors des périodes de stress futures. Les patients qui développent de meilleures façons de faire face à une crise et qui pratiquent de manière répétée ces compétences (même dans leur imagination) ont une plus grande résilience lors de situations stressantes et réduisent leur recours au suicide comme solution.

CASE VIGNETTE
Un ouvrier du bâtiment âgé de 45 ans a été blessé au bras droit par écrasement il y a 2 ans. Il a subi quatre interventions chirurgicales et une thérapie physique intensive, mais a continué à ressentir une douleur insoluble et n'a pas pu retourner au travail. Sa famille a eu du mal à joindre les deux bouts. Il utilise des analgésiques opiacés depuis l’accident, mais n’excède jamais les recommandations. Il a besoin d'aide pour toutes ses activités de la vie quotidienne, y compris s'habiller.

Après sa dernière intervention chirurgicale, il a été plus abattu. Il répond à tous les critères de la dépression majeure. Il a commencé à boire pour s'endormir la nuit. Sa femme l'a amené aux urgences après qu'il lui ait dit qu'il pensait que sa famille et elle seraient mieux sans lui.

Après l’avoir évalué aux urgences, le psychiatre détermine qu’il n’y a pas d’armes à la maison. Le patient a indiqué qu’il envisageait de prendre une surdose de médicament lorsqu’il a par son ordonnance mensuelle cette semaine. Lui et son épouse conviennent qu'elle gardera les pilules sous clé sur son lieu de travail et qu'elle ne lui donnera accès qu'une fois par jour. La psychiatre s’intéresse ensuite à l’élaboration d’un plan de sécurité avec son mari. Ils discutent d'abord de tous les déclencheurs qui produisent ses pensées de suicide intenses. On demande au patient ce qui l’empêcherait d’utiliser le plan.  Il dit que s'il n'arrivait pas à contacter un ami ou sa femme, il pourrait avoir des problèmes. Ils examinent l'aide professionnelle qu'il peut contacter. Il discute de son sentiment que cela le rend "faible", mais s'engage finalement à le faire.

Lorsqu'on lui demande des raisons de rester en vie, le patient dit: «Mes enfants.» Le psychiatre demande plus de détails: «Qu'est-ce qui est important pour vos enfants que vous fassiez ensemble? Qu'aimez-vous dans le fait d'être avec vos enfants? Que manquerait-il dans la vie de vos enfants si vous mouriez aujourd’hui? »Alors qu’il décrit plus en détail leur relation, il pleure et le psychiatre approfondit ses recherches sur ce qui pourrait lui manquer à l’avenir avec ses enfants s’il devait mourir. Il est beaucoup plus sûr d'utiliser le plan de sécurité de façon fiable après cette discussion.
Développer des raisons d'espérer

La plupart des interventions CBT/DBT s'adressent aux patients suicidaires dans le but de gérer le désespoir.  La pierre angulaire de la DBT est l’idée que le patient doit vivre une vie digne d’être vécue, même lorsque le patient a de nombreux problèmes de vie et qu’il souhaite mourir. Dans le cadre de la CBT, la surveillance et la gestion du désespoir constituent un principe fondamental, car la présence du désespoir est un facteur de risque de suicide important, même en l’absence de dépression.

Les méthodes qui améliorent le désespoir relient généralement les patients aux valeurs fondamentales et aux attaches pour les inciter à tolérer la douleur actuelle et à rester en vie. Faire une liste des raisons de vivre en général fait partie du plan de sécurité. Le psychiatre doit demander au patient de décrire clairement l'attachement du patient à ces raisons pour renforcer sa résolution.

Une autre technique consiste à créer une boîte à espoir. Il s'agit d'un ensemble d'éléments tangibles rappelant au patient les raisons de rester en vie. Cela peut inclure des photographies, des écritures ou citations inspirantes, de la poésie, des lettres, des souvenirs significatifs et des rappels de ce que le patient veut faire à l'avenir. Ces articles inspirent plus de liens émotionnels à l’engagement de rester en vie. Ces éléments peuvent être réels ou virtuels (c.-à-d. Dans une application téléphonique) afin que le patient puisse y accéder facilement.

Retarder l'impulsion

Généralement, l'impulsion au suicide est momentanée. Si le patient peut retarder l'action sur l'impulsion, cela peut sauver la vie. Plusieurs stratégies facilitent les retards. Tout d'abord, on peut demander au patient de réfléchir aux choses qui lui manqueront s'il meurt, année après année. Cela met en lumière la finalité de la mort et la réalité de ce que le patient va manquer.  Deuxièmement, le patient peut être invité à s'engager à «éliminer le suicide de la table».  De nombreux patients suicidaires sont aux prises avec un nombre important de problèmes psychosociaux et ressentent un soulagement lorsqu'ils pensent que mourir est une évasion. Le patient a besoin de temps pour commencer à résoudre ces problèmes. Travailler avec de tels patients est un défi parce qu'il est impossible de discuter de quoi que ce soit d'autre que du suicide si c'est une possibilité réelle. Ainsi, il est souvent nécessaire de convenir que le patient s'engagera à un délai pour déterminer si les choses peuvent s'améliorer suffisamment pour permettre de travailler sur des problèmes psychosociaux.

Conclusion

Ce ne sont là que quelques exemples de la manière dont il est possible d’utiliser des interventions psychothérapeutiques pour gérer plus efficacement le patient avec une pensée et un comportement suicidaires. Bien que ces patients soient difficiles, nous savons que certains outils font la différence.

Le Dr Sudak est professeur et vice-président de l'éducation, Université Drexel, Philadelphie, PA, et le Dr Rajalakshmi est résident du département de psychiatrie de l'Université Drexel, Philadelphie, PA.

Les auteurs ne signalent aucun conflit d'intérêts concernant l'objet de cet article.



References: 
1. Tarrier N, Taylor K, Gooding P. Cognitive-behavioral interventions to reduce suicide behavior: a systematic review and meta-analysis. Behav Modif. 2008;32:77-108.
2. Mewton L, Andrews G. Cognitive behavioral therapy for suicidal behaviors: improving patient outcomes. Psychol Res Behav Manag. 2016;9:21-29.
3. Ougrin D, Tranah T, Stahl D, et al. Therapeutic interventions for suicide attempts and self-harm in adolescents: systematic review and meta-analysis. J Am Acad Child Adolesc Psychiatry. 2015;54:97-107.e2.
4. Mehlum L, Tørmoen AJ, Ramberg M, et al. Dialectical behavior therapy for adolescents with repeated suicidal and self-harming behavior: a randomized trial. J Am Acad Child Adolesc Psychiatry. 2014;53:1082-1091.
5. McCauley E, Berk MS, Asarnow JR, et al. Efficacy of dialectical behavior therapy for adolescents at high risk for suicide: a randomized clinical trial. JAMA Psychiatry. 2018;75:777-785.
6. Miller IW, Camargo CA Jr, Arias SA, et al; ED-SAFE Investigators. Suicide prevention in an emergency department population: the ED-SAFE study. JAMA Psychiatry. 2017;74:563-570.
7. Stanley B, Brown GK, Brenner LA, et al. Comparison of the safety planning intervention with follow-up vs usual care of suicidal patients treated in the emergency department. JAMA Psychiatry. 2018;75:894-900.
8. Wenzel A, Brown GK, Beck AT. Cognitive Therapy for Suicidal Patients: Scientific and Clinical Applications. Washington, DC: APA Books; 2009.

*http://www.psychiatrictimes.com/special-reports/introduction-turning-suicide-prevention-science-action/page/0/1 

vendredi 5 octobre 2018

CANADA Le médecin général annonce la publication du Guide du clinicien des Forces armées canadiennes sur la prévention du suicide

Le médecin général annonce la publication du Guide du clinicien des Forces armées canadiennes sur la prévention du suicide
Communiqué de presse
Le 3 octobre 2018 – Ottawa – Défense nationale/Forces armées canadiennes

Les Forces armées canadiennes (FAC) ont publié aujourd’hui le Guide du clinicien des FAC sur la prévention du suicide, dans le cadre de la Semaine de sensibilisation aux maladies mentales. Le Guide de clinicien des Forces armées canadiennes sur la prévention du suicide constitue une initiative clé de la Stratégie conjointe de prévention du suicide, annoncée le 5 octobre 2017.

Il s’agit d’un nouvel outil, élaboré en partenariat avec l’Association des psychiatres du Canada (APC) pour veiller à ce que nos cliniciens fournissent aux membres des FAC des soins de santé conformes aux pratiques exemplaires fondées sur des données probantes.

Le guide a été rédigé par des cliniciens en soins primaires et en santé mentale des Services de santé des Forces canadiennes (militaires, fonctionnaires et personnel sous contrat) à qui il incombe de veiller à la prestation de soins de santé aux membres des FAC. Il offre aux cliniciens des FAC une approche officialisée et normalisée en vue de l’identification, de l’examen et du traitement des patients qui sont à risque de se suicider.



Citations


« Notre gouvernement reconnaît les sacrifices consentis par le personnel militaire au service de notre pays; c’est pourquoi nous nous engageons à offrir aux femmes et aux hommes de nos Forces armées canadiennes un niveau élevé de soins et de soutien. Je suis heureux de présenter le Guide du clinicien des Forces armées canadiennes sur la prévention du suicide. Le suicide est un phénomène multidimensionnel complexe auquel on n’associe aucune cause unique ni aucune solution simple. Je crois que le guide permettra au Groupe des Services de santé des Forces canadiennes de prévenir le suicide parmi nos militaires. »

Harjit S. Sajjan, ministre de la Défense


« Les cliniciens qui travaillent dans le système de santé des Forces armées canadiennes sont fiers de la qualité des soins qu’ils assurent. Le Guide sur la prévention du suicide à l’intention des cliniciens rehaussera l’expertise clinique que l’on trouve déjà dans les cliniques des Services de santé des Forces canadiennes et leur offrir d’autres outils pour la prise de décisions. »

Brigadier-général Andrew Downes, médecin général


« Intervenants de première ligne au sein des services de santé mentale, les psychiatres s’efforcent de créer un environnement sécuritaire et propice à la guérison. Ce Guide s’inscrit dans l’esprit du rétablissement et de la guérison. Le suicide étant la troisième cause de mortalité chez les membres des Forces armées canadiennes, l’Association des psychiatres du Canada est fière de participer à cette importante initiative qui permettra d’améliorer la qualité des soins et de l’aide fournis aux braves hommes et femmes en uniforme au Canada. »

Dr Wei‑Yi Song, président, Association des psychiatres du Canada (APC)

Faits en bref


  • Le guide cadre avec les pratiques exemplaires actuelles fondées sur des données probantes en matière de prévention du suicide. De plus, il a été conçu précisément pour les cliniciens des FAC.

  • Le guide servira de ressource aux cliniciens en soins de santé primaires et en santé mentale au moment d’évaluer, d’examiner et de traiter les membres des FAC qui sont à risque de se suicider.

Produits connexes

Personnes-ressources

Relations avec les médias
Ministère de la Défense nationale
Téléphone : 613-996-2353
Courriel : mlo-blm@forces.gc.ca


Source https://www.canada.ca/fr/ministere-defense-nationale/nouvelles/2018/10/le-medecin-general-annonce-la-publication-du-guide-du-clinicien-des-forces-armees-canadiennes-sur-la-prevention-du-suicide.html

mardi 23 mai 2017

ETUDE RECHERCHE NOTICE ARTICLE L’investissement perceptif du TAT au service de la dépendance du sujet, dans le contexte de la dynamique psychique de l’adolescent suicidant

L’investissement perceptif du TAT au service de la dépendance du sujet, dans le contexte de la dynamique psychique de l’adolescent suicidant
par Dimitra Laimou
dans Bulletin de psychologie  2017/1 (Numéro 547)
Pages : 80
DOI : 10.3917/bupsy.547.0045
Éditeur : Groupe d'études de psychologie
Pages 45 - 57
Résumé
Dans ce travail, nous avons étudié les aménagements de dépendance à la réalité externe-perceptive chez l’adolescent suicidant. Afin d’apprécier la capacité de l’adolescent à utiliser ses ressources fantasmatiques de manière relativement indépendante de la réalité perceptive, nous nous sommes intéressés à l’associativité des sujets au TAT. L’accent est mis sur leurs réactions face à l’hétérogénéité perceptive du matériel et notamment sur les processus psychiques qui se mobilisent lorsque le support externe disparaît du champ perceptif des sujets (planche 16). Notre échantillon se compose de 17 adolescents suicidants, de sexe féminin et masculin, âgés de 13 à 17 ans. Cette étude constitue une illustration de leur angoisse de séparation et de leurs liens de dépendance. Elle souligne également l’intérêt du TAT pour l’étude des aménagements de dépendance à la réalité externe-perceptive.

Plan de l'article
L’adolescent suicidant à l’épreuve de la séparation : la solution de la dépendance
Méthodologie
Résultats : le blanc au TAT, l’absence du support externe et la mise à mal des capacités d’élaboration
Inhibition
Intellectualisation
Recours à la représentation de mort
Recours au percept (évocation de la couleur blanche)
Affaiblissement voir absence du lien objectal
Discussion
Conclusion

https://www.cairn.info/revue-bulletin-de-psychologie-2017-1-page-45.htm

NOTICE ARTICLE Penser la prise en charge en urgence des individus suicidaires comme expérimentation de psychothérapie

Penser la prise en charge en urgence des individus suicidaires comme expérimentation de psychothérapie
par Frédéric Peter
Psychologue clinicien, Docteur en Psychologie, Équipe Mobile de Prévention Suicide, Établissement Public en Santé Mentale de la Sarthe, Allonnes-Le Mans. EPSM de la Sarthe – Equipe Mobile Prévention Suicide 20, avenue du 19 mars 1962 – BP 0004 – 72703 Allonnes Cedex France
f.peter.at.epsm-sarthe.fr
dans Psychothérapies 2017/1 (Vol. 37)  Pages 55 - 63
DOI : 10.3917/psys.171.0055
Éditeur : Médecine & Hygiène
 
Résumé La psychothérapie de crise, dans son versant communautaire, est encore peu commentée et utilisée. Nous souhaitons décrire ici les conditions et les particularités de son application dans la crise suicidaire, partant du travail du psychologue. Nous pensons le soin psychique en période de crise comme une expérimentation de psychothérapie, perçue par le patient comme un condensé théorico-clinique précis, lui permettant de saisir concrètement l’objet-thérapie, dont la fonction, au-delà de l’apaisement à court terme de la détresse psychique, serait l’engagement dans une prise en charge au long cours. Nous inscrivons notre pratique dans le champ de la psychiatrie communautaire, et nous approchons notre problématique grâce aux apports de la démarche phénoménologique. Les notions d’étrangeté dans la relation de soin, d’alliance thérapeutique, de confiance et d’attachement seront développées.

Plan de l'article
Introduction
Sortir de l’hôpital : la psychiatrie communautaire
L’inquiétante étrangeté de la psychothérapie et d’une clinique hors-cadre
L’alliance thérapeutique comme base de sécurité
De l’alliance à la confiance
De la confiance à l’éprouvé de soi
Conclusion
Cas clinique

https://www.cairn.info/revue-psychotherapies-2017-1-page-55.htm

mardi 28 février 2017

ROYAUME UNI Prévention du suicide chez les médecins: identification, intervention et réduction des risques

Prévention du suicide chez les médecins: identification, intervention et atténuation des risques
Titre original : Suicide prevention for physicians: identification, intervention and mitigation of risk
Alys Cole-King MB BCh DGM MSc FRCPsych is a Consultant Liaison Psychiatrist at the Betsi Cadwaladr University Health Board and Clinical Director of Connecting with People, UK. She works internationally with academics, Royal Colleges, voluntary bodies and experts by experience to raise awareness of well-being, suicide and self-harm prevention, and to promote understanding and a common language to ensure improved assessment and intervention. Competing interests: Clinical Director of Connecting with People, a not-for-profit social enterprise
Stephen Platt BA MSc PhD is Emeritus Professor of Health Policy Research at the University of Edinburgh, UK. He has a lifetime research interest in social, epidemiological and cultural aspects of suicide, self-harm and mental health and ill-health. He is an adviser on suicide prevention research and policy to Samaritans, the Irish National Office for Suicide Prevention, NHS Health Scotland and the Scottish Government. Competing interests: none declared
Medicine
Volume 45, Issue 3, March 2017, Pages 131–134
 
 résumé
 Les médecins généralistes et les médecins traitants sont à l'avant-garde de la prévention du suicide, et les patients sont généralement évalués ou admis au service des urgences et aux services médicaux suite à des tentatives d'atteinte à soi-même . Le taux de suicide est faible, ce qui rend difficile de déterminer qui est à risque. Les outils traditionnels d'évaluation des risques de suicide s’appuient principalement sur des facteurs de risque démographiques, malgré des décennies de recherche qui ne permettaient pas de trouver des associations cliniquement significatives. Le recours à l'identification des facteurs de risque échoue tant pour les cliniciens que pour les patients. Les études de prévision n'offrent aucune utilité clinique pour les patients individuels, car même les facteurs de risque associés un ratio d'incidence plus élevé et une corrélation statistique significative peuvent ne pas être cliniquement utiles lors de l'évaluation des individus. Pensées suicidaires et atteinte à soi-même devraient être prises au sérieux et toujours rencontrer l'empathie et la compréhension. Au lieu de se concentrer sur la quantification et la caractérisation du risque de suicide pour qu'il puisse être «géré», l'accent est mis sur l'identification des facteurs de risque, des besoins et des forces individuels, inculquant l'espoir et habilitant les individus à chercher et à accepter du soutien. Le suicide est évitable; Nous avons besoin d'un nouveau récit loin de «caractériser, de quantifier et de gérer les risques» et de nous concentrer davantage sur la «compassion, la sauvegarde et la planification de la sécurité». Nous fournissons un aperçu de la recherche actuelle et proposons des suggestions et des ressources cliniquement utiles pour soutenir les rencontres cliniques.

pour les auteurs Le clinicien doit connaître les facteurs de risque et les groupes à risque établis  pour le suicide au niveau de la population, mais il ne doit pas s'en remettre entièrement à ces connaissances pour évaluer le risque chez des individus particuliers. Ainsi, une personne peut être à risque de suicide même si elle n'est pas membre d'un groupe à haut risque.À l'inverse, tous les membres des groupes à haut risque ne risquent pas autant de se suicider. De plus, les pensées suicidaires (et le risque) peuvent varier sur une période de temps relativement court. L'évaluation du risque de suicide par le clinicien doit être individualisée et effectuée régulièrement

L'exigence répandue que le risque doit être contrôlé, et de préférence éliminé, pourrait paradoxalement augmenter plutôt que de réduire le «risque de suicide». C'est parce qu'il peut conduire le risque «souterrain» et rendre les praticiens réticents à identifier les patients à risque de suicide de peur qu'ils ne seront pas en mesure de «gérer le risque de suicide». L'atténuation du suicide est une approche plus utile que la «gestion du risque de suicide» . L'atténuation du suicide part de l'hypothèse que l'expression des pensées suicidaires doit toujours être prise au sérieux et remplie d'empathie et de compréhension. 




http://www.medicinejournal.co.uk/article/S1357-3039%2816%2930279-1/abstract#.WLWAu0Gy9iw.twitter

jeudi 22 décembre 2016

ETUDE RECHERCHE SUEDE Les expériences des psychiatres en matière d'évaluation du suicide

Les expériences des psychiatres en matière d'évaluation du suicide

Titre original : Psychiatrists’ experiences of suicide assessment
Auteurs de l’étude : Margda Waern 1, Niclas Kaiser 2,3  and Ellinor Salander Renberg 31 Section of Psychiatry and Neurochemistry, Gothenburg University
correspondant margda.waern@neuro.gu.se

2 Department of Psychology, Umeå University
3 Department of Clinical Sciences, Division of Psychiatry, Umeå University
BMC Psychiatry B
Published: 9 December 2016

Les lignes directrices cliniques pour la prévention du suicide soulignent souvent l'identification des facteurs de risque et de protection ainsi que l'évaluation de l'intention suicidaire. Cependant, nous savons très peu ce que les psychiatres font réellement lorsqu'ils font ces évaluations. L'objectif était d'enquêter sur les comptes propres aux psychiatres des consultations sur l'évaluation du suicide, en mettant l'accent sur leurs comportements, leurs attitudes et leurs émotions.méthodeDes entretiens semi-structurés en profondeur ont été réalisés avec une sélection ciblée de 15 psychiatres.RésultatsL'analyse thématique a révélé trois thèmes principaux: comprendre le patient dans une situation précaire, comprendre ses propres réactions et comprendre comment la relation médecin-patient a eu un impact sur l'évaluation des risques et les décisions de gestion. Le contact émotionnel et les questions de crédibilité étaient des sous-thèmes communs qui se posaient lorsque les répondants parlaient d'essayer de comprendre le patient. Les psychiatres ont souligné le caractère semi-intuitif de leurs évaluations. Les problèmes liés à l'utilisation des évaluations des facteurs de risque et des échelles de notation sont apparents. Les consultations d'évaluation pourraient évoquer des symptômes physiques et émotionnels d'anxiété et les préoccupations concernant la responsabilité pourraient mener à des décisions de gestion répressives. Dans des situations de confiance mutuelle, la consultation d'évaluation pourrait toutefois amorcer un processus thérapeutique.ConclusionCette étude met en lumière les expériences des psychiatres dans les situations cliniques d'évaluation du suicide. Les constatations ont des répercussions sur le perfectionnement professionnel et sur la prestation des services.


Article accès libre en anglais http://bmcpsychiatry.biomedcentral.com/articles/10.1186/s12888-016-1147-4

mardi 9 février 2016

POINT DE VUE CLINIQUE : Pourquoi est-il si difficile de prendre en charge les sujets « bordeline » ?

Pourquoi est-il si difficile de prendre en charge les sujets « bordeline » ?
Article d'Aude Lecrubier sur francais.medscape.com*
04 février 2016
Paris, France-- Lors d’une session consacrée au trouble de la personnalité borderline (TPB) présentée au congrès de l’Encéphale 2016, le Dr David Gourion (psychiatre, hôpital Sainte-Anne, Paris) a expliqué pourquoi la prise en charge du TPB, aussi appelé, « état limite », était particulièrement difficile [1]. Il a insisté sur l’importance de maintenir un lien avec les patients en dépit des difficultés rencontrées.
Pour le psychiatre, l’hétérogénéité des présentations cliniques d’une part mais aussi les troubles de l’attachement très spécifiques à cette pathologie sont au cœur du problème.
Les troubles de l'attachement couvrent un ensemble de problèmes de comportements adaptatifs qui s'observent fréquemment chez les enfants qui n'ont pas reçu réponses à leurs besoins de protection et les soins nécessaires à leur assurer un sentiment de sécurité pendant les premières années de leur vie :
abandons, maltraitance, maternage insuffisant ou excessif, figure d’attachement régulièrement instable, indisponible…
Le paradoxe est que le patient souffrant de trouble de la personnalité borderline demande de l’aide, souhaite être sauvé alors qu’au fond de lui, il pense que personne ne peut l’aider.
« C’est un vrai trouble, il faut le prendre en charge même si c’est difficile. Le paradoxe est que le patient souffrant de trouble de la personnalité borderline demande de l’aide, souhaite être sauvé alors qu’au fond de lui, il pense que personne ne peut l’aider. Il s’attend à ce que vous, médecin, finissiez par être une mauvaise personne, à ce qu’encore une fois, il soit abandonné, déçu [comme il l’a été dans l’enfance]…», a commenté l’expert.
Trouble de la personnalité borderline : une présentation protéiforme
Le trouble de la personnalité borderline est caractérisé par une impulsivité majeure et une instabilité marquée des émotions, des relations interpersonnelles et de l'image de soi. Il est au moins aussi fréquent que les troubles bipolaires et fait partie des 3 pathologies psychiatriques à plus haut taux de suicide.
« Nous sommes dans un trouble qui est difficile à évaluer, à prendre en charge, relativement hétérogène et protéiforme dans sa présentation et dans son évolution », a précisé le Dr Gourion.
Les 5 principales dimensions du trouble sont :
-la désinhibition comportementale : risque suicidaire, comportement social inapproprié, perte des convenances ou de politesse, actes impulsifs, irréfléchis, voire imprudents … ;
-la dysrégulation/hyperréactivité émotionnelle :accès de colère ou crises clastiques tels la destruction ou le lancer d'objets, agressivité envers soi ou les autres, et menaces de se tuer;
-les troubles de l’attachement (très spécifiques, voir encadré) ;
-les troubles de l’identité :sentiment chronique de vide, sentiment d’être méchant, de ne pas savoir qui on est;
-la perturbation cognitive, dans les formes sévères.
Il existe des facteurs de vulnérabilité mais aussi, des facteurs précipitant au moment de l’adolescence
Les facteurs prédisposants sont d’ordre :
- biologiques : facteurs génétiques et épigénétiques, hyperréactivité axe hypothalamo-hypophysaire, opioïdes endogènes et récepteurs endocannabinoïdes, voies mono-aminergiques, anomalies de la sécrétion d’ocytocine ;
- socio-environnementaux : pauvreté, précarité, exclusion, stigmatisation, scolarité inadaptée, harcèlement scolaire ;
- psychologiques : univers familial instable, invalidant, ambivalent, punitif et rejetant ;
- les abus sexuels, maltraitances ;
- les abandons à répétition ;
- le tempérament impulsif, colérique.
Les facteurs précipitants sont l’alcool et le cannabis, les abus sexuels, les relations sentimentales destructrices, les relations familiales toxiques, l’influence négative des pairs, l’isolement social.
Maintenir la relation médecin-patient
Après une phase d’idéalisation, le lien médecin-patient est « attaqué » car le patient revit ses problématiques d’attachement.
Les patients qui consultent pour un trouble de la personnalité borderline sont jeunes, dans la grande majorité des femmes (ratio 4 :1), ont des situations de vie extrêmement difficiles, ont eu une histoire difficile...
La prise en charge est très ardue en raison des schémas parentaux précoces (maltraitance, abandons, instabilité...). Le patient pense que les personnes qui sont censées l’aider finiront toujours par le rejeter et le maltraiter…et le médecin n’y échappe pas.
« Après une phase d’idéalisation, où le médecin est perçu comme un sauveur, ce qui est d’ailleurs très valorisant pour lui, le lien médecin-patient est « attaqué » car le patient revit ses problématiques d’attachement, il devient agressif vis-à-vis du médecin, ce qui met le thérapeute en grande difficulté », indique le Dr Gourion.
« Nous avons envie d'aider mais plus on aide, plus on se retrouve en situation de difficulté. Or si on rejette le patient, on l'aggrave puisque se rejouent les problématiques d'abandon », précise le psychiatre.
Pour le Dr Gourion, bienveillance, souplesse, compréhension, associées à un certain nombre de limites, de cadre, sont les mots d’ordre pour prendre en charge au mieux ces patients.
« Même si, à un moment donné, la patiente décide d'arrêter, je lui dit que c'est son choix, que je le comprends, que ce n'est pas forcément très grave, que ma porte est ouverte et qu'elle peut me rappeler quand elle aura envie de revenir. Je ne suis pas dans une situation de rejet », commente le médecin.
En deux ans de prise en charge, le taux de tentatives de suicide ou d’automutilations passe de 80% à 20%.
Arriver à maintenir le lien sur la durée peut mener à une très bonne évolution, d’après le psychiatre.
« Il faut vraiment tenir le cap des 2 ans. Une étude publiée en 2015 dans le JAMA Psychiatry a montré qu’en deux ans de prise en charge, le taux de tentatives de suicide ou d’automutilations passe de 80% à 20% chez des patients de 18 à 25 ans », souligne le Dr Gourion.
Pour cela, il ne faut pas hésiter à s’aider de tous les moyens disponibles : prise en charge des familles, réseau de soins, interventions de psychoéducation, pharmacologie
(voir l’article : Troubles de la personnalité borderline : quelle place pour les médicaments ? )…

Le Dr Gourion a des liens d’intérêt avec les laboratoires Servier, Lundbeck et Janssen.
REFERENCE :
1. D Gourion. Fuir les soins de peur qu’on ne me sauve-psychopharmacologie du trouble de la personnalité borderline. Congrès de l’Encéphale. Mercredi 20 janvier 2016.
http://francais.medscape.com/voirarticle/3602118_2