jeudi 10 octobre 2019

CANADA Un manuel pour aider les enseignants à prévenir le suicide chez les Autochtone

Un manuel pour aider les enseignants à prévenir le suicide chez les Autochtone
Delphine Jung
4 octobre 2019 https://ici.radio-canada.ca*
Une équipe d’universitaires et de travailleurs sociaux a créé un manuel à destination des enseignants pour les aider à aborder la question du suicide chez les jeunes Autochtones tout en respectant les valeurs des différentes communautés.
Il aura fallu deux années à l’équipe de Harvey McCue pour mettre en ligne ce manuel de près de 200 pages intitulé First Nations Youth Suicide Prevention Curriculum.
Le suicide est un enjeu qui touche beaucoup les communautés autochtones au Canada, explique Harvey McCue, membre de la communauté anichinabée de Georgina Island et co-directeur du projet.
L’idée d’un tel manuel lui est venue alors qu’il venait de fonder l’organisme First Nations Youth at Risk. Il avait alors réalisé que plusieurs communautés désiraient prendre le problème des suicides à bras le corps.
Des gens se recueillent, chandelles à la main.
Le chef de la communauté autochtone d'Attawapiskat avait déclaré l'état d'urgence après une vague de suicides en 2016.
Photo : Reuters / Chris Wattie
D’après les derniers chiffres de Statistique Canada publiés en 2019, le taux de suicide des populations autochtones est trois fois plus élevé que le taux de suicide observé au sein des populations non autochtones, entre 2011 et 2016.

Les professeurs, des « gardiens »

Pour remédier à cette situation, l’équipe de M. McCue, composée de huit personnes, dont cinq membres des Premières Nations, a ainsi décidé de miser sur les enseignants. Les problèmes des jeunes sont le plus souvent connus à l’école […], peut-on lire dans le guide qui présente les enseignants comme des « gardiens ».
L’équipe place donc beaucoup d’espoir en eux. Le manuel doit les aider à « comprendre les facteurs de risque [pour] réduire les tentatives de suicide et l'automutilation. L'objectif de ce programme est de promouvoir la résilience et d'inspirer l'espoir chez les jeunes Autochtones », précise Amy Alberton, la rédactrice en chef du manuel et doctorante à l'École de service social de l'Université de Windsor, en Ontario.
Il doit aussi permettre aux enseignants de prendre conscience des signes avant-coureurs et d'interpréter certains signes.
Des gens se recueillent autour d'une photo de Sheridan Hookimaw qui s'est suicidée en avril 2017.
La communauté d'Attawapiskat, dans le Nord de l'Ontario, a été frappé par plusieurs vagues de suicide chez les jeunes ces dernières années.
Photo : Reuters / Chris Wattie
Cet outil pédagogique disponible en ligne gratuitement est composé de 24 modules d’une durée d’environ une heure, accompagnés de courtes vidéos. On peut y entendre la voix de l’humoriste cri Howie Miller.
Il contient du matériel nécessaire pour animer des activités en classe, comme des jeux-questionnaires, la tenue d’un journal pour chaque élève, etc. Il est aussi expliqué quelle est la meilleure manière de parler du sujet délicat du suicide.
Pour le réaliser, l’équipe de M. McCue a épluché toute la littérature scientifique sur le sujet et s’est inspirée de ce qui se fait en termes de prévention en Australie et aux États-Unis.

Respecter la culture autochtone

Le principal défi pour M. McCue, qui a aussi été directeur de la Commission scolaire crie (1983-1988), était de créer un manuel qui respecte les valeurs des Autochtones : « le partage, la bienveillance… », évoque-t-il entre autres. Il peut donc être appliqué dans les différentes communautés autochtones du Canada, ajoute Mme Alberton.
Pour le co-directeur, certaines méthodes employées par les professeurs ne correspondent pas toujours aux cultures autochtones. Parler devant d’autres gens n’est pas facile pour eux. C’est quelque chose de très occidental. C’est quelque chose qui fonctionne en France, en Angleterre, mais pas avec les Autochtones, dit M. McCue. Ainsi, selon lui, tout enseignant qui tentera de créer un espace de discussion en classe devra faire face à un échec.
Nous avons donc prévu différentes techniques dans le programme pour permettre aux enseignants d'engager le dialogue avec leurs élèves sans s'en remettre aux discussions en classe, poursuit-il.
Pour le moment, le manuel s’adresse aux élèves de 11 à 14 ans.
À cet âge-là, ils commencent tout juste leur puberté, plein de choses arrivent dans leur vie, ils essayent de découvrir qui ils sont. Ils sont vulnérables.
Harvey McCue, co-directeur du projet First Nations Youth Suicide Prevention Curriculum
Toutefois, M. McCue aurait aimé toucher aussi les plus petits et les plus grands, mais les fonds manquaient.
Pour ce premier projet, l’équipe a reçu un financement de 250 000 $ de la part de Services aux Autochtones Canada.
Après six semaines d’utilisation par différents professeurs, M. McCue assure que les retours ont été pour l’heure très positifs. « Un suivi sera fait. C’est pour cela que nous avons distribué un questionnaire aux enseignants et aux élèves pour avoir leurs retours », dit-il.
Le manuel est utilisé dans plusieurs écoles au Canada et même aux États-Unis, notamment à Milwaukee, dans le Wisconsin. Il sera disponible en français début 2020.

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