Affichage des articles dont le libellé est VIOLENCE. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est VIOLENCE. Afficher tous les articles

mardi 21 novembre 2023

AUTOUR DE LA QUESTION Le rapport public de la CIIVISE

 Le rapport public de la CIIVISE

« Violences sexuelles faites aux enfants : on vous croit »

17 novembre 2023 https://www.ciivise.fr*

Il y a 3 ans, la Commission Indépendante sur l’Inceste et les Violences Sexuelles Faites aux Enfants (CIIVISE) était installée, avec pour lettre de mission de recueillir les témoignages des personnes ayant été victimes de violences sexuelles pendant leur enfance en créant un espace inédit d’expression et faire des préconisations de politiques publiques pour améliorer la réponse des différentes institutions.

Par son rapport « Violences sexuelles faites aux enfants : on vous croit », publié ce vendredi 17 novembre, la CIIVISE restitue ces trois années d’engagement, livre son analyse des violences sexuelles faites aux enfants et présente des préconisations de politique publique. Quatre parties le structurent : les piliers, la réalité, le déni, la protection.

Les violences sexuelles faites aux enfants, l’inceste, sont un problème social historique et politique. Si longtemps confinées à la sphère privée et à l’intime secret, elles mettent aussi en question nos représentations collectives de la famille, de la sexualité, de la liberté, de la relation et du pouvoir. Face à cela, la culture de la protection ne peut être édifiée sans piliers inébranlables, afin de   regarder la réalité en face, et sortir du déni.

La réalité peut être décrite en quelques chiffres : 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année, 5,4 millions de femmes et d’hommes adultes en ont été victimes dans leur enfance, l’impunité des agresseurs et l’absence de soutien social donné aux victimes coûtent 9,7 milliards d’euros chaque année en dépenses publiques. Les deux tiers de ce coût faramineux résultent des conséquences à long terme sur la santé des victimes. La réalité c’est d’abord le présent perpétuel de la souffrance.

Ce que la CIIVISE a à dire après trois ans d’engagement, d’écoute, de discernement et d’action, c’est ceci : nous, la société, nous nous sommes trompés. Nous avons cru qu’il était préférable de faire comme si ça n’existait pas, comme si c’était impossible.  Nous avons préféré ne pas voir. La CIIVISE ne sera pas la première à mettre en évidence le déni dont les violences sexuelles faites aux enfants font l’objet.

Il est possible de sortir du déni, de remettre la loi à sa place, d’être à la hauteur des enfants victimes et des adultes qu’ils sont devenus. C’est le sens des 82 préconisations formulées de ce rapport. Elles sont réalistes et réalisables. Leur mise en œuvre sera moins coûteuse que le coût du déni.

La commission espère qu’il ne s’agit pas de son rapport final mais d’un rapport d’étape.

Elle espère que ce rapport sera lu et qu’il suscitera l’intérêt des mouvements et professionnels de la protection de l’enfance et celui des mouvements et professionnels de la lutte contre les violences sexuelles.

Elle espère qu’il sera lu par tous les citoyens, quel que soit leur métier ou leur engagement, parce que ce dont parle la CIIVISE les concerne nécessairement.

Elle espère que les personnes qui lui ont confié leur témoignage, et toutes les victimes de violences sexuelles dans leur enfance, se reconnaitront dans chaque mot, qu’aucun mot ne les troublera, que cette multitude de femmes et d’hommes se dira que la CIIVISE a été à la hauteur de leur attente, de leur parole, de leur exigence.

Elle espère enfin que ce rapport sera connu des enfants, d’une manière ou d’une autre ; que les enfants en entendront parler et se diront que cette CIIVISE a fait un travail sérieux, comme les enfants font un travail sérieux parce que les enfants sont des gens sérieux, qui vivent leur vie sérieusement ; que les enfants victimes se diront qu’ils vont être protégés, que les adultes qui les croient et veulent les protéger vont réussir parce qu’ils ne sont pas tout seuls.

 Le rapport https://www.ciivise.fr/wp-content/uploads/2023/11/VERSION-DEF-SUR-LE-SITE-1611.pdf

Synthèse https://www.ciivise.fr/wp-content/uploads/2023/11/Synthese-VF.pdf

 

https://www.ciivise.fr/le-rapport-public-de-la-ciivise/

lundi 14 février 2022

AVIS CRITIQUES DEBAT Maternités, le tabou des maltraitances

Maternités, le tabou des maltraitances

Le Point.fr, no. 202202
Société, mercredi 9 février 2022 

 Par Phalène de La Valette et Mathilde Cesbron https://www.lepoint.fr*

ENQUÊTE. Malgré des hôpitaux à la pointe, de plus en plus de femmes dénoncent la déshumanisation de l'accouchement et du post-partum.

« On m'a dit : "Vous êtes à dilatation complète, on revient." Mais personne n'est venu pendant deux heures. On sonnait, personne ne venait. Je hurlais, je me sentais partir, je voulais juste mourir pour que ça s'arrête. Puis ils sont arrivés tous d'un coup, m'ont posé une anesthésie qui m'a paralysée : j'étais incapable de pousser. Notre fille avait son coeur au ralenti. On ne m'a pas expliqué ce qu'il se passait. Un interne m'a arraché mon bébé au forceps, et une épisiotomie a été pratiquée, sans mon consentement. J'ai eu une déchirure complète du périnée... et j'ai subi le "point du mari" [épisiotomie recousue avec un ou deux points de suture supplémentaires pour resserrer l'orifice vaginal et supposément accroître le plaisir de l'homme lors des rapports, NDLR]. L'interne m'a dit le lendemain : "Mieux vaut trop serré que pas assez !" »

Avant de mettre au monde son premier enfant à la maternité du Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne), en 2016, Sara Maubert, 28 ans, avait « totalement confiance » dans l'hôpital public. Elle n'appréhendait pas son accouchement et pensait qu'en suivant les consignes des professionnels tout se passerait au mieux. « En sortant de là, tout était brisé. Ma confiance dans le corps médical, mon estime de moi, mon rapport à mon corps... Même aujourd'hui, le dossier n'est pas clos. À chaque fois que j'ai du mal à aller aux toilettes - parce que oui, tout n'est pas rentré dans l'ordre -, les souvenirs remontent. »

Les témoignages comme celui de Sara sont légion. Sur les forums dédiés aux parents, dans la presse, sur les plateformes de vidéos en ligne ou les réseaux sociaux, où fleurissent les hashtags comme #MonPostPartum, les femmes n'hésitent plus à partager le vécu douloureux de leurs accouchements et de leurs suites de couches. Même la ministre chargée de la Citoyenneté, Marlène Schiappa, évoque la « boucherie » de son premier accouchement dans le documentaire d'Arte Tu enfanteras dans la douleur. Toutes dessinent une maternité qui, loin d'être le cocon protecteur qu'on veut imaginer pour la naissance d'un bébé, s'est transformée en lieu de maltraitances ordinaires, voire de violences extraordinaires : paroles infantilisantes ou méprisantes du personnel hospitalier; manque d'écoute; gestes posés trop rapidement, sans tact, sans justification, sans consentement; expressions abdominales [une pratique interdite qui consiste à faire pression sur le fond de l'utérus pour faire sortir le bébé plus vite, NDLR]; césariennes à vif; bébés retirés à leurs parents dès les premières minutes sans un mot d'explication, etc.

Suicides maternels

Dérapages occasionnels ? Circonstances exceptionnelles ? Les chiffres plaident plutôt en faveur d'un problème de fond. 31 % des femmes ne se sont pas senties respectées ou entendues par l'équipe médicale, lors de leur premier accouchement; 37 % auraient souhaité qu'on leur explique les gestes pratiqués et qu'on recueille leur consentement; 29 % estiment avoir vécu des violences gynéco-obstétricales, relève par exemple l'enquête de l'ONG Make Mothers Matter (MMM), conduite sur 22 000 mères. Plus inquiétant encore, différentes études concluent qu'environ une femme sur trois souffre désormais de dépression post-partum. Et le suicide est devenu la deuxième cause de mort maternelle dans notre pays ! D'où ce constat, énoncé il y a deux ans déjà dans Le Figaro par le Dr Amina Yamgnane, chef du service maternité de l'Hôpital américain de Paris : « Le suicide en raison d'une dépression du post-partum est devenu la complication [mortelle] la plus fréquente de la grossesse. »

« Oui, on peut dire que les maternités sont devenues des lieux de maltraitance », confirme sans détour Anna Roy, qui a exercé dix ans comme sage-femme à la maternité des Bluets (Paris 12e), avant de se tourner à 100 % vers le libéral. Alarmée par la dégradation croissante de ses conditions de travail et au risque de heurter la profession, elle a lancé le hashtag #JeSuisMaltraitante, décrivant les mauvais traitements qu'elle a elle-même fait subir, par la force des choses, à ses parturientes. « Aujourd'hui, accoucher revient à jeter un dé en l'air. Si vous avez de la chance, vous allez tirer le bon numéro et tomber sur une garde super, avec peu de monde en salles de naissance et une équipe aux petits oignons. Si vous n'avez pas de chance, vous allez être massacrée. »

Effondrement du nombre de maternités en France © Le PointComment en est-on arrivé là ? Du côté des professionnels de santé, la réponse est unanime : tout est parti des accords de périnatalité instaurés en 1998, toujours en vigueur et complètement dépassés. Ils fixent les effectifs, l'organisation et le ratio de sages-femmes par maternité. Sauf qu'à l'époque les techniques n'étaient pas les mêmes, le champ de compétences des sages-femmes non plus, et la France comptait quelque 1 500 maternités. On en trouve aujourd'hui moins de 500, alors que le nombre de naissances, lui, est resté assez stable. D'où les « usines à bébés », comme on les nomme dans le milieu, hyperstructures qui assurent jusqu'à 5 000 accouchements par an et souffrent particulièrement de ces ratios caducs. « Ça donne l'impression d'être livreur au McDrive », résume crûment Adrien Gantois, président du Collège national des sages-femmes de France (CNSF), qui a lui-même décidé de quitter l'hôpital public pour ne plus avoir à faire « de l'abattage ». « C'est vrai qu'il y a des situations où l'on est à la limite de la dangerosité, voire dans la dangerosité, parce qu'il n'y a pas assez de personnel pour surveiller tout le monde », reconnaît le Pr Olivier Picone, gynécologue-obstétricien à l'hôpital Louis-Mourier (Colombes). La profession réclame en vain de nouveaux accords de périnatalité avec la règle une femme/une sage-femme - « une sage-femme pour deux ou trois femmes serait déjà un progrès énorme », souffle le Pr Picone. Le ministère de la Santé invoque le Covid pour justifier les retards de réforme. « Personne ne comprend pourquoi ces nouveaux accords ne sortent pas », s'agace le Pr Alexandra Benachi, responsable du service de gynécologie-obstétrique à l'hôpital Antoine-Béclère. « Depuis vingt ans, je vois la situation dégénérer totalement. C'est un cercle vicieux et le seul moyen de le casser, c'était de mettre plus de sages-femmes. Sauf que, maintenant, il n'y en a plus ! La situation dans laquelle on arrive est explosive. »

Statut étrangement ambigu (profession médicale dans le Code de la santé publique, elle relève du paramédical à l'hôpital), salaire insuffisant (à peine plus que le smic en moyenne), métier épuisant (42,3 % de burn-out chez les cliniciennes salariées, selon le CNSF) : les sages-femmes sont de plus en plus nombreuses à raccrocher la blouse, y compris chez les étudiants. « Pour vous donner un exemple, dans une école du Grand Est, sur 30 sages-femmes diplômées en juin, 12 ont demandé leur reconversion », détaille Camille Dumortier, présidente de l'Organisation nationale syndicale des sages-femmes. « Jadis, 90 % des néodiplômées choisissaient d'intégrer un établissement hospitalier. Aujourd'hui, 40 % choisissent le libéral, alors qu'elles sont payées en moyenne 25 % de moins que dans le public », complète-t-il. « On les a détournées de leur coeur de métier », regrette le Pr François Goffinet, chef de service de la maternité de Port-Royal (Paris 14e). « C'est incroyable de se dire que la majorité des élèves qui sortent des écoles de sages-femmes aujourd'hui ne veut pas faire d'accouchement ! » À la suite de plusieurs mouvements de grèves nationales, le gouvernement a tenté un geste de revalorisation des salaires de 500 euros et annoncé une sixième année de formation en maïeutique. « De la politique Instagram », raillent les professionnels du secteur, qui estiment que ces mesures n'auront hélas aucun impact sur les conditions actuelles d'accouchement.

Réflexion de fond nécessaire

Il ne s'agit pas seulement, ni même peut-être d'abord, de moyens humains ou financiers. Il manque une vraie réflexion de fond sur l'accouchement et le post-partum dans son ensemble, pointent de concert femmes et sages-femmes. Marlène Schiappa indique ainsi avoir vécu une expérience désastreuse « dans un hôpital privé très réputé, qui avait tous les moyens pour un accouchement serein ». « Certains dysfonctionnements ne sont pas explicables par la question des moyens, confie la ministre. Il y a une question plus philosophique du rapport à la maternité. La fameuse injonction "tu enfanteras dans la douleur"... On considère qu'il est normal de souffrir avant, pendant et après l'accouchement, donc les femmes ne devraient pas se plaindre et il ne faudrait pas les prendre en compte. »

Alors que le bien-être de l'enfant est de mieux en mieux défendu, celui de la mère reste largement négligé : en témoignent tant la faible place accordée au sujet dans le rapport des 1 000 Premiers Jours commandé par le ministère de la Santé que la façon dont les femmes sont livrées à elles-mêmes en suites de couches, au moment où elles sont souvent le plus vulnérables. Pour la sociologue Illana Weizman, autrice de Ceci est notre post-partum, c'est précisément parce que cette vulnérabilité est forte que la société préfère l'ignorer. « Il y a un mythe de la maternité comme étant forcément belle, épanouissante, désirable. Dès que quelque chose contrecarre ce mythe, la société fait en sorte de le cacher, de ne pas en parler, analyse-t-elle. Le corps post-partum, c'est un corps qui saigne pendant des semaines. C'est un corps qui rappelle la vieillesse, qui va à l'encontre de ce qui est demandé aux femmes, en termes de productivité et d'esthétique. On va donc le laisser en coulisse, le temps qu'il soit à nouveau présentable. »

 Et puis, dire qu'on est en souffrance psychique quand on donne naissance à un enfant, qu'on peut avoir des regrets, c'est encore plus tabou », souligne de son côté Élise Marcende, présidente de l'association Maman Blues, qui a elle-même souffert d'une longue dépression périnatale. « On préfère penser que c'est exceptionnel, quelques mamans névrosées. » Maman Blues tente de vulgariser le concept de « matrescence » (sorte d'adolescence de la maternité) pour faire comprendre qu'en réalité « toutes les femmes traversent une crise existentielle lorsqu'elles deviennent mères ». Cette crise sera d'autant plus forte s'il y a eu maltraitances ou violences, et si la mère se sent seule en post-partum. Ce qui arrive de plus en plus souvent du fait de l'éclatement des familles et des villages d'autrefois.

On ne peut pas se contenter de sauvegarder les corps et se dire que tout se passe bien.Anna Roy, sage-femme

À ceux, nombreux dans le corps médical, qui pointent les faibles taux de mortalité infantile et maternelle pour se féliciter, à juste titre, de la compétence des maternités françaises et affirmer que « notre système de périnatalité marche plutôt bien », Anna Roy rétorque : « L'OMS définit la santé comme "un état de complet bien-être physique, mental et social". On ne peut pas se contenter de sauvegarder les corps, se dire que tout se passe bien parce que les femmes et les enfants ne meurent pas. On a sacrifié le caractère intime et privé de l'accouchement au profit de la sécurité médicale. Maintenant que la sécurité médicale est plus ou moins acquise, c'est le moment de rééquilibrer les choses. »

Moins de médical et plus d'humain, c'est effectivement ce que réclament 43 % des femmes, après leur premier accouchement, d'après l'enquête de MMM. Beaucoup dénoncent, par exemple, l'administration très courante d'ocytocine synthétique (64 % des accouchements par voie basse, selon l'Inserm), ce qui accélère le travail de l'accouchement, mais provoque souvent des contractions plus douloureuses, favorisant le recours à la péridurale. « Parlons-en, de la péridurale ! » s'exclame Marlène Schiappa, qui a fait le choix de s'en passer pour son deuxième enfant. « Si vous ne voulez pas de péridurale, vous êtes considérée comme une hippie, contre les avancées de la science ! Pour certaines, la péridurale est formidable et pour d'autres, elle n'est pas appropriée. On doit sortir du jugement et du manichéisme et laisser les femmes choisir. » En théorie, le choix existe; dans les faits, notre pays, champion de la péridurale (avec un taux de 82 %, l'un des plus élevés au monde, selon l'Inserm), a du mal à accompagner comme il le faudrait les projets de naissance physiologique. Par manque de temps, une fois de plus (un accouchement naturel requiert une présence constante), mais pas seulement. Maylis Villemain, 28 ans à l'époque, raconte qu'on lui a littéralement ri au nez lorsqu'elle a exprimé son souhait d'accouchement sans péridurale, bien qu'elle s'y soit longuement préparée et qu'il s'agisse de son troisième. « On infantilise les femmes et on leur fait perdre confiance dans leurs propres capacités », déplore-t-elle, regrettant au passage que tout le discours périnatal soit centré sur les risques et les dangers potentiels, comme si la grossesse était une pathologie.

On est uniquement dans un registre de prescriptions ou de proscriptions », confirme Isabelle Derrendinger, présidente du Conseil national de l'ordre des sages-femmes et directrice d'une école à Nantes (Loire-Atlantique). « Face à l'hypertechnicité des maternités, je rejoins les usagers qui disent que les sages-femmes sont formées dans une optique technique purement médicale. » Sonia Bisch, présidente de Stop VOG, ne dit pas autre chose : « Il y a clairement un problème de formation à tous les niveaux, y compris chez les gynécologues. Très peu, voire aucune place n'est accordée à la dimension psychosociale. » S'ils reconnaissent qu'il peut y avoir des lacunes et des disparités d'un professionnel à l'autre, médecins et sages-femmes estiment cependant, et très majoritairement, qu'on leur fait là un faux procès. « La formation, on l'a, martèle Camille Dumortier. Mais je ne peux pas me permettre de prendre en compte le contexte psychosocial; si je demande à une patiente si elle a déjà subi des violences dans le passé et qu'elle me répond oui, j'en ai pour quarante-cinq minutes de discussion. Sauf que ces minutes, je ne les ai pas ! »

Un plan Marshall de la périnatalité

Le serpent qui se mord la queue ? La question des moyens refait surface, comme la crise générale que traverse l'hôpital public. Beaucoup se montrent fatalistes, estimant à l'instar du Pr Picone que, « dans l'état actuel de finances du système hospitalier », il ne faut espérer aucun miracle en maternité, d'autant que le sujet ne semble prioritaire pour personne. « Et pourtant, l'impact d'un accouchement sur la santé publique est énorme ! s'exaspère Adrien Gantois. Si, dans une société, on n'est même pas capable d'assurer sans maltraitance la mise au monde de nos futurs citoyens, alors quel intérêt ? Toutes les données scientifiques montrent que, si vous investissez pour que la naissance et le post-partum se passent bien, c'est bénéfique économiquement, à moyen et à long terme. Il faut un plan Marshall de la périnatalité : arrêter de mettre des bouts de sparadrap partout et repenser l'ensemble. »

Taux de mortalité infantile et maternelle en France et chez certains de nos voisins européens. © Le PointLes solutions trouvées par certains de nos voisins européens - qui affichent des taux de mortalité maternelle et infantile équivalents ou meilleurs que les nôtres - pourraient être autant de pistes de réflexion. Le développement des maisons de naissance et de l'accouchement accompagné à domicile mérite d'être étudié, sans naïveté ni dogmatisme. Quitte à imaginer, par ailleurs, de nouveaux modèles de maternité. « On aurait besoin d'une structure gérée par les gynécologues-obstétriciens pour la prise en charge des grossesses pathologiques et, juste à côté, afin qu'on puisse passer de l'un à l'autre, d'une structure gérée par les sages-femmes pour les accouchements naturels, mais où la péridurale reste possible, si les patientes le veulent, suggère le Pr Benachi. Il faut que les femmes aient vraiment le choix. »

Redonner le choix aux femmes et retrouver le caractère intime de l'accouchement : plus qu'une revendication syndicaliste ou un combat féministe, il s'agit, selon l'obstétricien Michel Odent, pionnier des méthodes d'accouchement alternatives en maternité, d'une question de civilisation. « On a oublié les besoins de base de la femme qui accouche. Dans ce domaine, comme dans tous les autres aujourd'hui, on atteint les limites de la domination de la nature. Pour changer le monde, commençons par changer le monde des naissances. »

Cet article est paru dans Le Point.fr

lundi 13 décembre 2021

Romain Huët - De si violentes fatigues, les devenirs politiques de l'épuisement quotidien

Romain Huët - De si violentes fatigues, les devenirs politiques de l'épuisement quotidien
sur Lundi Matin


 6 déc. 2021Le fardeau qui pèse sur les épaules, l’épuisement dans lequel certains ont le sentiment de traîner leur vie « comme un landau sous l’eau », la tristesse et l’abattement même dans lesquels nous pouvons nous trouver, toutes ces sensations de fatigue et de vides modernes sont-elles condamnées à une lecture et un traitement individuels ? Les dispositifs qui écoutent, soutiennent, aident ne privent-ils pas d’une mise en collectif de ces souffrances et de leur devenir politique ? Ne faut-il pas entendre dans nos intenses fatigues modernes qui semble avoir cédé sur tout désir le bouillonnement de la révolte à bas bruit ? C’est ce qu’essaie de penser Romain Huët dans l’excellent De si violentes fatigues, Les devenirs politiques de l’épuisement quotidien, à partir d’une enquête ethnographique et sociologique au long cours au sein d’une association de prévention contre le suicide. Nous en avons discuté avec lui.

 ***

De si violentes fatigues
Les devenirs politiques de l'épuisement quotidien

Romain Huët 
Collection:
Hors collection
Discipline:
Sociologie et Sciences de l’éducation
Catégorie:  Livre
Date de parution:
17/03/2021
Résumé
Que sait-on de la souffrance ordinaire, de l’épuisement quotidien et de ses conséquences politiques ? À partir d’une ethnographie réalisée au sein d’une association de prévention contre le suicide, ce livre plonge dans la vie de milliers de personnages ordinaires qui expriment leur renoncement à la vie et les causes de leur souffrance. Il éclaire aussi les raisons des colères sourdes, des indignations et des attentes existentielles déçues. On comprend alors la nécessité politique de l’attachement aux figures du sujet fatigué, de l’humilié et de l’angoissé. Car il s’agit bien là de sujets « explosifs », c’est-à-dire de personnes capables d’interpeller la société, tant pour en révéler la brutalité que pour réfléchir aux conséquences de sa fréquente inanité.

Autour de l'auteur
ROMAIN HUËT est maître de conférences en sciences de la communication Rennes 2. Il s’intéresse aux violences, que celles-ci soient dirigées contre soi ou contre le monde. Il est également l’auteur aux Puf du Vertige de l’émeute (2019) et co-réalisateur (avec Laurent L’Hermite) du film documentaire Après le printemps. Vies ordinaires des combattants syriens (2017).

https://www.puf.com/content/De_si_violentes_fatigues

jeudi 25 novembre 2021

Inceste : Tentatives de suicide, vie sexuelle altérée… Les cicatrices durables des victimes

Inceste : Tentatives de suicide, vie sexuelle altérée… Les cicatrices durables des victimes

PSYCHO-TRAUMA Deux mois après le lancement de son appel à témoignages, la Commission indépendante sur l’inceste (Ciivise) dévoile ce mercredi un premier bilan chiffré des séquelles à long terme chez les victimes
 Hélène Sergent
Publié le 17/11/21 Des manifestantes à Ajaccio après le mouvement — Pascal POCHARD-CASABIANCA / AFP https://www.20minutes.fr*

Depuis le mois de septembre, la Ciivise a reçu 3.800 questionnaires remplis en ligne par des victimes d’inceste.
L’analyse de ces nombreux témoignages démontre l’ampleur des conséquences de l’inceste sur la santé mentale et sexuelle des victimes.
Selon ces données, une victime sur trois rapporte avoir déjà fait une tentative de suicide et la même proportion indique n’avoir aucune vie sexuelle.

Mieux comprendre pour mieux soigner. Ce mercredi, la Commission indépendante sur l’inceste (Ciivise) dévoile les premières conclusions de l’appel à témoignages lancé le 21 septembre dernier. En deux mois, 3.800 personnes ont répondu au questionnaire en ligne mis à disposition des victimes de violences sexuelles dans l’enfance. Une source d’information précieuse qui permet de mesurer l’ampleur des traumatismes subis et les conséquences qu’ont eues ces viols ou agressions sexuelles tout au long de leur vie.

Les chiffres recueillis par la Ciivise et consultés par 20 Minutes témoignent du chaos provoqué par ces violences lorsqu’elles sont commises sur des mineurs. Ainsi, une victime sur trois rapporte avoir déjà fait une tentative de suicide au cours de sa vie. Une immense majorité d’entre elles – neuf sur dix – déclare que ces violences ont eu un impact négatif sur leur confiance en elles et sur leur santé psychologique. Et la santé mentale n’est pas la seule sphère mise à mal par l’inceste. D’après les questionnaires recueillis, une victime sur trois indique n’avoir aucune vie sexuelle et une femme sur trois souffre de problèmes gynécologiques.
« J’ai mis 35 ans à associer mes symptômes à ce que j’ai vécu »

Pour expliquer ces chiffres, il faut se plonger dans le fonctionnement des psychotraumatismes propres à l’inceste. Si la plupart des victimes (90 %) révèlent ce qu’elles ont vécu, beaucoup le font plusieurs années après les faits. Selon la Ciivise, sept victimes sur dix qui ont parlé de ces violences l’ont fait plus de dix ans après. Or « plus le temps passe entre l’agression et la révélation, plus les symptômes physiques ou psychiques associés à ce traumatisme vont s’aggraver », explique la docteure en psychologie clinique Karen Sadlier. A cela s’ajoute un manque criant d’informations à destination des enfants qui ont subi des viols ou des agressions sexuelles. « J’ai mis 35 ans à associer mes symptômes à ce que j’ai vécu », témoigne par exemple Isabelle Aubry. Violée par son père quand elle était enfant, la fondatrice de l’association Face à l’inceste pointe un « fléau de santé publique ».

« En 2010, déjà, nous avions réalisé une enquête en partenariat avec Ipsos pour mesurer les conséquences médicales et psychologiques de l’inceste. Nous avions alerté le gouvernement et les pouvoirs publics, mais rien n’a été fait pour améliorer le parcours de soins des victimes ». A l’époque, pourtant, l’enquête démontrait que 98 % des victimes d’incestes se sentent ou se sont senties « régulièrement très déprimées », contre 56 % pour le reste de la population. Dans le cas d’Isabelle Aubry, la participation à un groupe de parole lui a permis de comprendre qu’elle n’était « plus toute seule » : « Quand je les ai entendus parler de leurs symptômes, de leurs comportements addictifs, du manque de confiance en eux ou dans les autres, je suis tombée des nues. Je me suis dit : "Mais en fait, je suis normale". »
Améliorer le repérage

Ces nouvelles données extraites des témoignages de 3.800 personnes doivent permettre d’affiner la prise en charge des victimes d’inceste, espère Louis Jehel, professeur au CHU d’Amiens et président de l’Institut de victimologie de Paris. « Le chiffre concernant la prévalence des tentatives de suicide chez ces patients doit nous permettre d’améliorer le repérage des victimes. Lorsqu’une personne arrive aux urgences pour ce motif, on devrait systématiquement l’interroger sur l’existence de violences sexuelles antérieures. Ce sont des questions délicates – et il faut qu’elles soient le plus ouvertes possible – mais il faut absolument encourager les professionnels de santé à le faire », estime-t-il.

Idem sur les problématiques gynécologiques et sexuelles, appuie-t-il : « L’examen gynécologique peut être traumatique et générer de l’appréhension pour certaines femmes victimes de violences. Il faut améliorer la formation pour être en mesure de repérer cette vulnérabilité. »
Développer un parcours de soins adapté

Et l’amélioration du repérage doit s’accompagner d’un travail sur un parcours de soins plus adapté, alerte Isbelle Aubry. « Quand j’ai monté l’association, il y a près de 20 ans, je me suis rendue au Canada. Là-bas, il existe des centres de prise en charge spécialisés. Ils sont tellement connus et identifiés qu’ils sont fléchés dans la rue », se souvient-elle. En France, la gestion du psychotraumatisme s’est consolidée après les attentats de Saint-Michel en 1995, rappelle Karen Sadlier. « Mais ces avancées se sont surtout construites pour accompagner les victimes d’un événement traumatique unique. Or, dans les affaires d’inceste, les agressions ou les viols ont souvent eu lieu de façon répétée et sur un temps plus long », ajoute la psychologue. Une spécificité qui nécessite une approche différente.

Au sein de son institut, le professeur Louis Jehel a développé une « approche transversale » : « L’inceste provoque des problèmes psychologiques mais aussi physiques parfois sociaux ou juridiques. On essaie de proposer un accompagnement coordonné, mais on rencontre des difficultés de financement », regrette-t-il. A l’heure actuelle, plus de 400 personnes sont en attente d’une prise en charge au centre de psychotrauma de Paris. Isabelle Aubry plaide pour une meilleure « lisibilité » du parcours de soins : « Aujourd’hui, quand vous vous faites voler votre carte bleue, vous savez exactement quoi faire et qui contacter. Mais quand vous êtes victimes d’inceste, vous ne savez ni à qui vous adresser ni où. Ce n’est pas normal ».

En novembre 2017, Emmanuel Macron avait annoncé la création de dix unités spécialisées dans la prise en charge globale du psychotraumatisme. Une initiative saluée par Louis Jehel mais insuffisante aux yeux d’Isabelle Aubry : « L’offre de soin reste trop éparpillée et pas suffisamment identifiée. Vous le constatez quand vous écoutez les victimes d’inceste. Elles restent trop nombreuses à dire "J’ai eu de la chance parce que je suis tombée sur les bonnes personnes". Ca ne devrait pas être une question de chance. »

https://www.20minutes.fr/societe/3172447-20211117-inceste-tentatives-suicide-vie-sexuelle-alteree-cicatrices-durables-victimes

 

En savoir plus https://www.ciivise.fr

samedi 13 février 2021

AUTOUR DE LA QUESTION : MusicToo : «La dénonciation des prédateurs est nécessaire», affirme Roselyne Bachelot

Article : Roselyne Bachelot : la Ministre se confie sur le suicide de la meilleure amie de sa mère, violée par un prêtre
Politique closermag.fr*

Alors que le mouvement Music Too qui recueille les témoignages de personnes harcelées ou agressées sexuellement dans l'industrie musicale prend de l'ampleur. La ministre de la Culture s'est exprimée sur ce sujet qui lui tient très à cœur.

Les Victoires de la musique se déroulent ce vendredi 12 février, l'occasion pour la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, de donner une interview dans le Parisien. Cette dernière y a surtout évoqué Music Too, le mouvement de libération de la parole des victimes de violences sexuelles dans l'univers de l'industrie musicale. "Il permet aux victimes de réaliser qu'elles ne sont pas seules et qu'elles ont les moyens d'obtenir justice, souligne Roselyne Bachelot. La dénonciation des prédateurs est nécessaire."
Roselyne Bachelot très engagée dans le mouvement Music Too

Un combat que la ministre soutient notamment pour des raisons très personnelles. "Cela a été une priorité pendant toute ma carrière associative et politique. C'est un combat que menait déjà ma mère, explique-t-elle avant de détailler, sa meilleure amie avait été violée par un prêtre et s'était suicidée en se jetant dans un puits lorsqu'elle avait appris qu'elle était enceinte. Les religieuses avaient rendu aux parents le corps de leur enfant suppliciée en leur disant qu'elle était une fille de mauvaise vie qui avait séduit un saint homme. Ils l'ont enterrée à la nuit tombée, sans personne. Ma mère avait 14 ans quand c'est arrivé et ce drame a contribué à la construire. Ce fut un des combats de sa vie et elle me l'a transmis."

Aujourd'hui, Roselyne Bachelot en fait l'une des priorités de son ministère, "les milieux culturels et artistiques sont des milieux fragiles, où les concurrences exacerbées, l'exaltation créatrice et la proximité sont des terrains de choix pour les prédateurs sexuels", prévient-elle.

https://www.closermag.fr/politique/roselynebachelot-la-ministre-se-confie-sur-le-suicide-de-la-meilleure-amie-de-sa-mere-violee-par-unpretre-1247356

samedi 31 octobre 2020

ETUDE RECHERCHE Violence victimization and suicide attempts among adolescents aged 12–15 years from thirty-eight low- and middle-income countries

Violence victimization and suicide attempts among adolescents aged 12–15 years from thirty-eight low- and middle-income countries

a The Cambridge Centre for Sport and Exercise Science, Anglia Ruskin University, Cambridge CB1 1PT, UK
b School of Psychology and Sport Science, Anglia Ruskin University, Cambridge CB1 1PT, UK
c Faculty of Medicine, University of Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, Montigny-le-Bretonneux 78180, France
d Research and Development Unit, Parc Sanitari Sant Joan de Déu, CIBERSAM, Dr. Antoni Pujadas, 42, Sant Boi de Llobregat, Barcelona 08830, Spain
e Anglia Ruskin University, Cambridge CB1 1PT, UK
f Faculty of Science and Engineering, Anglia Ruskin University, Cambridge CB1 1PT, UK
 g Department of Pediatrics, Yonsei University College of Medicine, Seoul, Republic of Korea
h ICREA, Pg. Lluis Companys 23, 08010 Barcelona, Spain

General Hospital Psychiatry Volume 66, September–October 2020, Pages 147-153

Received 7 May 2020, Revised 11 August 2020, Accepted 13 August 2020, Available online 22 August 2020.

Abstract

Objective

The association between violence victimization and suicide attempts in a large representative sample of adolescents from low- and middle-income-countries (LMICs) of multiple continents has never been investigated. Therefore, the aim of the present study was to examine the relationship between being a victim of physical attacks (independent variable) and suicide attempts (dependent variable) in a sample of 117,472 students aged 12–15 years [mean (SD) age 13.8 (0.9) years; girls 49.4%] from thirty-eight LMICs in Africa, the Americas, and Asia.

Methods

Cross-sectional data from the Global School-based Student Health Survey (GSHS) were analyzed. Self-reported data on past 12-month suicide attempts and exposure to physical attacks were collected. Logistic regression and meta-analysis were conducted.

Results

The overall prevalence of suicide attempts and physical attacks were 10.1% and 39.4%, respectively. Overall, the results of the meta-analysis based on country-wise estimates adjusted for potential confounders (i.e., age, sex, food insecurity, alcohol consumption, bullying victimization, anxiety-induced sleep problems, low parental support/involvement, loneliness) showed that physical attacks were associated with a 1.71 (95%CI = 1.62–1.81) times higher odds for suicide attempt.

Conclusions

In this large sample of adolescents from multiple LMICs, violence victimization was associated with significantly increased odds of suicide attempts. Future longitudinal studies are required to assess causality, and whether addressing exposure to violence can positively impact on adolescent suicide rates.

Keywords Suicide Violence Adolescents Low- and middle-income countries Epidemiology

https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0163834320301183?via%3Dihub

lundi 19 octobre 2020

ETUDE RECHERCHE Increased risk of suicidal ideation among French women: the mediating effect of lifetime sexual victimisation. Results from the nationally representative 2017 Health Barometer survey

Increased risk of suicidal ideation among French women: the mediating effect of lifetime sexual victimisation. Results from the nationally representative 2017 Health Barometer survey

Fabienne El-Khoury 1 Meryl Puget Christophe Leon 2 Enguerrand Du Roscoat 2 Annie Velter 2 Nathalie Lydié 2 Audrey Sitbon 2
1 iPLESP - Institut Pierre Louis d'Epidémiologie et de Santé Publique
2 Santé publique France
Abstract : Sexual victimisation has been associated with suicidal ideation, especially among women; however data on this association from a large sample of general population is surprisingly limited. Also, no study quantifies sex differences in the effect of sexual victimisation on suicide risk. We used data from the French Health Barometer, a general population phone survey, which recruited 25,319 adults aged 18 to 75 years in 2017. Data were weighted to be representative of the French adult population. Three outcomes were examined: (a) suicidal ideation in the preceding year, (b) suicidal imagery (having thought about how to commit suicide), and (c) suicide attempt in the preceding year. We conducted adjusted mediation analyses, using the counterfactual approach, to evaluate the contribution that lifetime sexual victimisation has in the association between sex and suicide risk. Women were around five times more likely to report lifetime sexual violence (9.1% vs 1.9%) and were more at risk of any suicidal ideation (Ora = 1.20 (95%CI: 1.07-1.36)) and suicidal imagery (Ora = 1.39 (95%CI: 1.20-1.61)), but not suicide attempt compared to men in adjusted analysis. In mediation analysis, sexual victimisation explained 49 and 40% of the increased risk women have compared to men in suicidal ideation and suicidal imagery, respectively. Sexual violence is more prevalent among women and explains a substantial share of sex difference in suicide risk. Our findings reiterate the importance of the prevention of sexual violence and an adequate care for victims, especially women, in public health and mental health policies and initiatives.
Keywords :
Type de document :
Article dans une revue

Domaine : Sciences du Vivant [q-bio] / Médecine humaine et pathologie / Psychiatrie et s

Fabienne El-Khoury, Meryl Puget, Christophe Leon, Enguerrand Du Roscoat, Annie Velter, et al.. Increased risk of suicidal ideation among French women: the mediating effect of lifetime sexual victimisation. Results from the nationally representative 2017 Health Barometer survey. Archives of Women's Mental Health, Springer Verlag, 2020, 23 (5), pp.635-641. ⟨10.1007/s00737-020-01021-3⟩. ⟨hal-02961664⟩

https://hal.sorbonne-universite.fr/hal-02961664/document

source https://hal.sorbonne-universite.fr/hal-02961664

samedi 20 juin 2020

ETUDE RECHERCHE Maltraitance infantile et risque de tentatives de suicide dans la dépression majeure: une approche spécifique au sexe

Childhood maltreatment and risk for suicide attempts in major depression: a sex-specific approach
Ximena Goldberg 1 Maria Serra-Blasco 1 Muriel Vicent-Gil 1 Eva Aguilar 1 Laura Ros 1 Barbara Arias 1 Philippe Courtet 2, 3 Diego Palao 1 Narcís Cardoner 1

1 UAB - Universitat Autònoma de Barcelona [Barcelona]

2 CHRU Montpellier - Centre Hospitalier Régional Universitaire [Montpellier]

3 Neuropsychiatrie : recherche épidémiologique et clinique

Abstract : Background: Childhood maltreatment increases the risk of suicide attempts in the general population, possibly having similar effects among patients with major depressive disorder (MDD). The few studies that have addressed this association have been restricted to specific populations (e.g. treatment-resistant depression, personality disorders) and have rarely taken sex into account. Objective: To examine the impact of childhood maltreatment on suicide attempts among MDD patients above and beyond other risk factors and potential confounders, while considering potential sex-specific effects. Methods: The study assessed 165 patients with a principal diagnosis of MDD. Neurological alterations, psychiatric comorbidities, and drug abuse were reasons for exclusion. Logistic regressions using the whole sample, and divided by sex, were run to test the association between childhood maltreatment and history of suicide attempts, controlling for symptom severity, comorbidities, and treatment-resistant depression. Results: There was a significant and clinically relevant association between childhood maltreatment and history of suicide attempts in the total sample. Patients with childhood maltreatment were 3.01 times more likely to present a history of suicide attempts than patients without childhood maltreatment. A family history of psychiatric disorders also contributed to the variance of attempted suicide, but its interaction with childhood maltreatment was not statistically significant. When testing the model separately, the effect of childhood maltreatment on suicide attempts remained for females, whereas for males, age of MDD onset and Childhood Trauma Questionnaire minimization–denial scale were predictive variables. Conclusions: Childhood maltreatment is a clear predictor of suicidal behaviour among MDD patients, and this effect remains significant after controlling for potential confounders. Also, the sex of patients emerges as a relevant factor that may model the mechanisms underlying the prediction of suicide attempts. Since suicide is the main cause of premature death among MDD patients, interventions targeting childhood maltreatment should be included in preventive and clinical strategies.


Domaine : Sciences du Vivant [q-bio] / Médecine humaine et pathologie / Psychiatrie et santé mentale Sciences du Vivant [q-bio] / Médecine humaine et pathologie / Pédiatrie Sciences du Vivant [q-bio] / Santé publique et épidémiologie
https://hal.umontpellier.fr/hal-02860815
Soumis le : lundi 8 juin 2020 - 16:27:26

Collections UNIV-MONTPELLIER | U1061 | BS

Citation Ximena Goldberg, Maria Serra-Blasco, Muriel Vicent-Gil, Eva Aguilar, Laura Ros, et al.. Childhood maltreatment and risk for suicide attempts in major depression: a sex-specific approach. European Journal of Psychotraumatology , Taylor & Francis, 2019, 10 (1), pp.1603557. ⟨10.1080/20008198.2019.1603557⟩. ⟨hal-02860815⟩

samedi 25 janvier 2020

AUTOUR DE LA QUESTION Nord (59) CAR’ADO poursuit sa route de la prévention

CAR’ADO poursuit sa route de la prévention
24 janvier 2020 - Par la capitaine Sophie Bernard

Fort de son succès, la Car’ado poursuit son itinérance en 2020. À l'occasion de cette deuxième édition, un second message de prévention sera diffusé, portant sur les dangers liés au harcèlement. - © © GGD 59
Cela fait six mois maintenant que le groupement de gendarmerie départementale du Nord a lancé l’opération Car’ado, un projet innovant amenant des jeunes volontaires à se déplacer vers d’autres jeunes pour prévenir les violences sexuelles et sexistes. Ce début d’année est l’occasion de dresser un premier bilan et de connaître leurs objectifs pour 2020.
L’opération de prévention Car’ado existe depuis déjà six mois dans le Groupement de gendarmerie départementale du Nord, alternant les rendez-vous sur l'espace public, dans les cinémas ou encore sur les réseaux sociaux, afin de sensibiliser les jeunes face aux violences sexuelles et sexistes.

Ce dispositif de primo-prévention, conduit par les jeunes et pour les jeunes, se distingue en effet par son itinérance dans l'espace et sa continuité dans le temps. Le message porté par les « caradistes » s'articule en quatre points :
- sensibilisation aux premiers signes de violences sexistes et sexuelles à l'occasion des premiers rapports amoureux ;
- promotion et sanctuarisation de l'égalité des genres ;
- diffusion d'adresses utiles dès lors qu'on est confronté directement ou indirectement à ces violences ;
- dénonciation permanente des violences faites aux femmes.

Édition 2019 : bilan très positifDepuis son lancement, l'été dernier, l’opération rencontre un franc succès, que ce soit du côté des des jeunes armant la Car’ado, dont l’essentiel des volontaires sont notamment issus du centre ÉPIDE (Établissement pour l'insertion dans l'emploi ) de Cambrai et du lycée Jean-Paul II de Denain, qu’auprès des différents partenaires, mais aussi et surtout, vis-à-vis des milliers de jeunes rencontrés.
En seulement six mois, le minibus sillonnant les routes du Nord a permis de diffuser ces messages de prévention auprès de plus de 6 000 adolescents. Par ailleurs, via les réseaux sociaux, ce sont plusieurs dizaines de milliers de personnes qui ont été sensibilisées par Car’ado.

En seulement six mois, le minibus sillonnant les routes du Nord a permis de diffuser ces messages de prévention auprès de plus de 6 000 adolescents. - © © GGD 59
L’initiative a également été saluée par les secrétaires d’État, Marlène Schiappa et Laurent Nunez, les parlementaires et élus des collectivités territoriales ainsi que par les plus hautes autorités administratives et judiciaires. Tous ont eu l’occasion de rencontrer les jeunes volontaires de la Car’ado à l’occasion de leurs différentes interventions.

Ciné-débats : des images sur des mauxAu total, l’action a déjà mené à une vingtaine de rendez-vous organisés sur la voie publique, autant sur les réseaux sociaux, ainsi que neuf ciné-débats autour de films traitant de cette thématique, comme « Darling » de Christine Carrière, « Arrêtez-moi » de Jean-Paul Lilienfeld, ou encore « L’emprise » de Claude-Michel Rome.
Deux ciné-débats auront encore lieu ce mois-ci avec la Car’ado : l’un à Fourmies, le lundi 27 janvier, et le second à l’Institution régional d’administration (IRA) de Lille, le vendredi 31 janvier. Ce sera en quelque sorte le jubilé de la Car’ado pour l’édition 2019.
Pour participer à ces rendez vous, il suffit de s’inscrire en envoyant un message via la page Facebook « Car’ado Team ».

Ce dispositif de primo-prévention, conduit par les jeunes et pour les jeunes, se distingue par son itinérance dans l'espace et sa continuité dans le temps. - © © GGD 59

Vers de nouveaux horizons en 2020Les violences, sous toutes leurs formes, demeurant malheureusement un fléau dans notre société, la Car’ado, fort de son succès, se doit de poursuivre son itinérance en 2020. À l'occasion de cette deuxième édition, un second message de prévention sera diffusé, portant sur les dangers liés au harcèlement.
En effet, tout aussi destructeur, celui-ci peut survenir dans différents cadres, que ce soit dans la rue, à l’école, sur Internet, ou encore au travail. Il constitue malheureusement aujourd’hui une véritable vulnérabilité à laquelle sont exposés les jeunes, susceptible de les conduire du mal-être jusqu'au suicide.
Par ailleurs, les partenariats déjà entrepris seront pérennisés et de nouveaux liens seront tissés avec des institutions intéressées par ce concept novateur de « prévention pour et par les jeunes ». Continuez de suivre la Car’ado sur Facebook (Car’ado Team et GGD 59), Instagram (car_ado__ ), ou encore Twitter (@gendarmerie59).

Les jeunes armant la Car’ado sont pour l'essentiel des volontaires issus du centre ÉPIDE de Cambrai et du lycée Jean-Paul II de Denain. - © © GGD 59
 
https://www.gendinfo.fr/Sur-le-terrain/Immersion/CAR-ADO-poursuit-sa-route-de-la-prevention 

lundi 25 novembre 2019

PRESSE journalistes de l'AFP Les suicides des auteurs de féminicides et profil

Un tiers des auteurs de féminicides se donnent la mort
Par Catherine Morozov
fr.sputniknews.com/*
Depuis le 1er janvier, 136 femmes ont été assassinées par leur conjoint ou ex-conjoint. Un tiers de ces meurtriers se donnent la mort. Des actes souvent commis sans préméditation, par des hommes dépressifs, qui ôtent non seulement des vies, mais toute possibilité de jugement de leurs actes.
Le 26 septembre 2019, une femme atteinte d’Alzheimer est tuée à bout portant par son mari, lequel met ensuite fin à ses jours. Fin octobre à Périgueux, un septuagénaire tue sa compagne de 83 ans avant de se donner la mort. Le 11 novembre à la Plaine-sur-Mer, un homme tue son ex-compagne puis se pend. Cette année, les féminicides sont en hausse par rapport aux années précédentes.
Depuis le 1er janvier, ce sont au total 136 femmes qui ont trouvé une mort violente, des meurtres parfois suivis du suicide de l’auteur. L’AFP relate qu’un tiers des auteurs se donnent la mort après être passé à l’acte. Le psychiatre Roland Coutanceau qualifie le suicide de «danger des gens déprimés» et la France compte d’ailleurs le nombre de suicides le plus élevé d’Europe, d’après les chiffres de l’année 2017 du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH), avec 9.000 suicides par an. Mais le psychiatre le rappelle que:
«Le fort taux de suicide chez les auteurs de féminicide montre que dans la masse des sujets violents, certains aussi ont des fragilités, se sentent écrasés, même si ça n’excuse en rien leur violence.» 
Fragilisé, complexé, n’ayant pas la notion de contrôle, mais souhaitant tout contrôler dans la vie de celle qui partage sa vie, voilà un profil courant chez ces meurtriers. Après avoir consulté les rapports des «morts violentes au sein du couple». CheckNews a constitué le profil psychologique de ces auteurs, souvent le même: un homme entre 40 et 50 ans, sans activité professionnelle. L’acte est commis au domicile, sans préméditation. Les homicides conjugaux arrivent fréquemment lors d’une séparation ou d’une dispute, près d’un quart des cas recensés par l’AFP en 2019.
«L’auteur pense: je ne suis plus rien sans elle. Je me tue ou je la tue, ça revient au même, tout s’écroule», estime Gérard Lopez, psychiatre expert auprès des cours d’assises.
Une fois mort, l’auteur du féminicide emporte avec lui non seulement sa compagne, mais aussi la possibilité d’un jugement.
«C’est insupportable pour les familles des victimes qu’aux yeux de la société, ils restent innocents, alors que dans la plupart des cas, il n’y a pas l’ombre d’un doute sur leur culpabilité», déclare Hélène de Ponsay, vice-présidente de l’Union nationale des familles de féminicide (UNFF).
***
Les féminicides en 2019: au moins 116 cas et des scénarios qui se répètent
afp,  le 22/11/2019 https://www.la-croix.com/France/feminicides-2019-moins-116-cas-scenarios-repetent-2019-11-22-1301062026

Julie, Stéphanie, Johanna... En France, on n'a jamais autant parlé de féminicides, mais les mêmes histoires se répètent de semaine en semaine : depuis janvier, au moins 116 femmes ont été tuées par leurs conjoints ou ex, selon un décompte et une étude au cas par cas des journalistes de l'AFP.

Le 10 novembre dans le Bas-Rhin, Sylvia, 40 ans, était poignardée par Jacky dont elle voulait divorcer. Le lendemain, en Loire-Atlantique, Karine, 48 ans, était tuée de la même manière par Tony, dont elle était séparée depuis deux ans. Idem le jour d'après en Seine-Saint-Denis pour Aminata, 31 ans, tuée par Alou devant leurs deux enfants.

Samedi à Paris, les proches des victimes de féminicides défileront en tête de la «marche nationale» contre les violences faites aux femmes. Deux jours plus tard, le gouvernement doit annoncer de nouvelles mesures contre les violences conjugales et les féminicides, après six semaines de concertations sur le sujet.i Pourquoi lire La Croix ?+
La Croix vous explique, avec lumière et clarté, le monde qui vous entoure, afin que vous puissiez bâtir votre opinion.

Depuis plusieurs années, le nombre de femmes tuées par leurs conjoints ou ex ne baisse pas en France : une tous les trois jours en moyenne, paroxysme de violences conjugales qui touchent 220.000 femmes par an. «Notre système ne fonctionne pas pour protéger ces femmes» et «c'est un drame», a admis vendredi la ministre de la Justice Nicole Belloubet.

Pour comprendre ce phénomène, l'AFP a, à partir de juillet, mobilisé ses journalistes dans toute la France pour étudier chaque cas de féminicide présumé.



Les féminicides par conjoint ou ex-conjoint en France en 2019 / AFP

Au moins 116 cas sont à ce stade considérés comme des féminicides, selon les informations recroisées localement auprès des services de police et de gendarmerie, de magistrats ou d'élus. A ce rythme, le bilan de 2019 pourrait bien dépasser celui de 2018, où le gouvernement avait dénombré 121 femmes tuées par leurs conjoints ou ex.

Des enquêtes se poursuivent par ailleurs pour une dizaine d'autres affaires où des femmes ont été tuées, selon ces sources.

- «Tu es ma chose» -




Les mobiles des féminicides / AFP

Les trois premières de 2019 ont été tuées le même jour, le 6 janvier. A Toulouse, Monica, 29 ans, est poignardée par son conjoint Felisberto qui l'accuse de la tromper, et la tue alors que leur fille est dans sa chambre. Dans les Yvelines, Pascale, galeriste d'art de 56 ans, se dispute avec son mari Robert, 69 ans, qui l'abat de plusieurs balles. Taïna, 20 ans, est retrouvée sous un pont en Seine-et-Marne: elle a été battue à mort à coups de barres de fer par son petit ami Jonathan, un militaire de 21 ans avec lequel elle venait de rompre.6Dans la plupart des cas, le scénario du féminicide ne fait pas de doute pour les enquêteurs même si la présomption d'innocence continue de s'appliquer.

Selon les psychiatres, témoins et autorités interrogés par l'AFP dans le cadre de cette enquête, les scénarios semblent en tout cas se répéter, mettant en scène, dans tous les milieux sociaux et classes d'âges, des hommes impulsifs, dépressifs ou manipulateurs, des femmes violentées, sous emprise ou qui veulent rester avec leurs enfants, des seniors affaiblis...

La séparation reste le premier motif des meurtres (dans au moins 23,5% des cas), devant les disputes (16,5%) et la jalousie (14%).



Suicide des auteurs de féminicides / AFP

En octobre 2018 à l'Ile-Rousse (Corse), Julie Douib, 35 ans, quitte Bruno, 42 ans, le père de ses deux enfants. Depuis trois ans, raconte-t-elle à ses proches, il la frappe régulièrement, la détruit psychologiquement et l'isole socialement.

«Il lui disait tout le temps: +t'as pas de cerveau, tu es ma chose+», se souvient Lucien, le père de Julie. Le couple se partage la garde alternée des enfants. Cinq mois plus tard, le 3 mars, il débarque chez elle et l'abat de deux balles.

Un meurtre par arme à feu, premier mode opératoire des féminicides en 2019 à égalité avec les armes blanches (32%), les coups (18%) et la strangulation (16%), selon le décompte de l'AFP.

- Suicides et seniors -

Comme Julie Douib, de nombreuses femmes tuées, près de 30%, avaient déjà subi des violences (physiques ou psychologiques).

En début d'année près de Tours, Stéphanie, une institutrice de 39 ans, dépose une main courante contre son ex qui a poussé le harcèlement jusqu'à s'installer dans un appartement de la même résidence.

Le 31 mars dans la nuit, elle envoie un message inquiet à une amie: quelqu'un tente de forcer la serrure de son appartement. Elle sait que c'est Jean-Michel et appelle la police. «On ne se déplace pas pour ça Madame», lui aurait-on répondu selon ses proches. Le lendemain, son père la retrouve égorgée dans son appartement.

Les associations, qui dénoncent le manque d'attention des forces de l'ordre, demandent aussi qu'on «soigne» et «éloigne» les conjoints violents. «Ce ne sont pas les manquements de la police qui ont tué ces femmes, ce sont des hommes», rappelle Sandrine Bouchait, présidente de l'Union nationale des familles de féminicide (UNFF).

Autre enseignement, le fort taux de suicide ou tentative de suicide des auteurs après le meurtre, environ 41%. Comme Jean-Michel, retourné mettre fin à ses jours chez lui après avoir tué Stéphanie.

Le suicide est également très présent chez les plus de 70 ans, dont la part, méconnue, reste importante: environ 22% des victimes et des auteurs en 2019, comme en 2018.

Parmi eux, Simone, 81 ans et atteinte d'Alzheimer depuis 10 ans, étranglée par son mari Louis qui n'arrivait plus à s'en occuper et refusait de la laisser devenir «une poupée de chiffon» en maison de retraite. Mais aussi Paolo, un paisible retraité de 78 ans, qui n'a pas supporté que sa femme Jackie le quitte et l'a poignardée en pleine rue.
https://www.la-croix.com/France/feminicides-2019-moins-116-cas-scenarios-repetent-2019-11-22-1301062026
***

Que sait-on du profil psychologique des auteurs de féminicides ?
Par Pauline Moullot 7 septembre 2019 https://www.liberation.fr*

Les homicides conjugaux surviennent en général dans un contexte de dispute ou de séparation. Les auteurs n'ont pas de maladie mentale, mais des troubles de la personnalité.

Question posée par Dav le 30/08/2019

Bonjour,

Nous avons reformulé votre question, la voici en intégralité : «Y a-t-il déjà eu des recherches scientifiques sur le profil psychologique des auteurs de féminicide, et si oui, quelles conclusions peut-on en tirer ?»

La découverte du corps d’une jeune femme rouée de coups à Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes), le 1er septembre, pourrait être le centième «féminicide» depuis le début de l’année, selon les associations qui décomptent le nombre de femmes victimes d’homicides conjugaux. Alors que le Grenelle des violences faites aux femmes a débuté mardi, vous nous demandez quel est le profil psychologique des auteurs de ces homicides.

Chaque année depuis 2006, le ministère de l’Intérieur étudie les «morts violentes au sein du couple». CheckNews a consulté les rapports des cinq dernières années. Et à chaque fois, le résumé du profil de l’auteur de féminicide est quasiment le même.

Des hommes de moins de 50 ans

2014: «L’auteur masculin est, le plus souvent, marié, de nationalité française, a entre 41 et 50 ans, et n’exerce pas ou plus d’activité professionnelle. Il commet son acte à domicile, sans préméditation, avec une arme blanche. Sa principale motivation demeure la dispute suivie de près par le refus de la séparation.»

2015: «L’auteur masculin est, le plus souvent, marié, de nationalité française, a entre 41 et 50 ans, et n’exerce pas ou plus d’activité professionnelle. Il commet son acte à domicile, sans préméditation, avec une arme à feu. Sa principale motivation demeure le refus de la séparation suivi de près par la dispute».

2016: « L’auteur masculin est, le plus souvent, marié, de nationalité française, a entre 41 et 50 ans, et n’exerce pas ou plus d’activité professionnelle. Il commet ce crime à domicile, sans préméditation, avec une arme à feu. Sa principale motivation demeure le refus de la séparation suivi de près par la dispute.»

2017: «L’auteur masculin est, le plus souvent, marié, de nationalité française, a entre 41 et 50 ans, et n’exerce pas ou plus d’activité professionnelle. Il commet ce crime à domicile, sans préméditation, à égalité quasi parfaite avec une arme à feu ou avec une arme blanche. Sa principale motivation demeure la dispute suivie de près par le refus de la séparation.»

2018: «L’auteur masculin est, le plus souvent, marié, français, âgé de 30 à 49 ans, et n’exerce pas ou plus d’activité professionnelle. Il commet ce crime à domicile, sans préméditation, majoritairement avec une arme blanche ou une arme à feu. Sa principale motivation demeure la dispute suivie de près par le refus de la séparation.»

Dans le détail, voici ce qui ressort de l’étude 2018 : 149 homicides au sein d’un couple ont été recensés cette année-là. Ces 149 homicides conjugaux représentent 19% du total des homicides recensés sur l’année; 121 victimes sont des femmes, contre 28 hommes (comme nous l’expliquions dans cet article, les femmes auteures d’homicides ont en général été victimes de violences antérieures); 43 auteurs d’homicides au sein d’un couple se sont suicidés.

Sur les 118 cas où l’auteur est un homme, une dispute a mené à l’homicide à 43 reprises, et une séparation (passée ou en cours) à 28 reprises. Parmi les autres motifs: la maladie ou la vieillesse de la victime (16), les problèmes psychiatriques ou la dépression (9), la jalousie (8), la maladie ou la vieillesse de l’auteur (1), les difficultés financières (1). Dans cinq cas, il existe des causes multiples, et dans les sept derniers cas, le motif n’a pas pu être déterminé.

Parmi eux, 25 auteurs étaient âgés de 40 à 49 ans, 23 de 30 à 39 ans, 19 de 50 à 59 ans, 14 de 70 à 79 ans, 14 de plus de 80 ans, 13 de 60 à 69 ans, 6 de 26 à 29 ans et 4 de moins de 25 ans.

59% d’entre eux étaient les époux de leurs victimes, et 20% les concubins.



Sur la nationalité et la profession des auteurs d’homicides au sein des couples, l’étude ne détaille pas selon le sexe: 19 d’entre eux sont de nationalité étrangère, dont deux Européens, et près de 72% n’exercent pas d’activité professionnelle, 61 d’entre eux sont sans emploi et 46 retraités. Parmi les actifs, la majorité des auteurs sont des employés.



Enfin, «dans 54,6% des cas (soit 81 faits), on constate la présence d’au moins une substance susceptible d’altérer le discernement de l’auteur et/ou de la victime au moment des faits (alcool, stupéfiants, médicaments psychotropes)», note l’étude.

Ces données ne permettent pas pour autant de dresser un profil psychologique des auteurs d’homicides. Médecin légiste au CHU de Poitiers, Alexia Delbreil analyse depuis 1999 tous les dossiers judiciaires d’homicides conjugaux ou tentatives d’homicide jugés par la cour d’appel de Poitiers. Soit, 54 cas à ce jour.
Des troubles de la personnalité

La chercheuse explique ainsi que deux profils généraux se dégagent, dans le contexte des homicides conjugaux commis par des hommes sur des femmes. «Il y a d’abord l’auteur de violences conjugales physiques, qui exerce sa violence de manière chronique dans un rapport dominant-dominé et qui passe à l’acte dans ce contexte». Cela se passe souvent dans un cadre précaire et d’alcoolisation.

Deuxième contexte : les séparations. «La période la plus à risque est celle des trois à six mois qui suivent la séparation», note Alexia Delbreil. «Ce sont des auteurs qui pour la plupart n’ont jamais exercé de violences physiques mais qui exerçaient une emprise à bas bruit sur leur compagne. Ils sont incapables de se projeter dans cette séparation et celle-ci peut réactiver un sentiment d’abandon. Ils vivent leur relation comme immuable, et quand elle n’est plus là, tout s’effondre».

Dans ces deux situations, un profil psychologique des auteurs se dessine. Premièrement, ils ne sont pas atteints de maladie mentale, et ont donc tous été jugés responsables. «Mais beaucoup d’entre eux ont des troubles de la personnalité, qui se forment autour de carences affectives et éducatives et qui entraînent des angoisses d’abandon», analyse la chercheuse.

«Ces carences sont majorées au moment de la rupture et les hommes ne vont ni reconnaître ni prendre en charge ce mal-être», poursuit-elle. Dans 50% des passages à l’acte, des menaces suicidaires ont ainsi été évoquées. «Ce mal-être évolue jusqu’à créer des tensions internes très importantes, qui aboutissent à un acte pulsionnel: pour qu’il y ait un retour à l’équilibre, il faut que l’un des deux disparaisse.»
Négation de l’autre

Il existe aussi une absence de distinction de l’autre, qui n’est pas considéré comme un individu propre. «L’autre est un effet miroir, qui apporte une valorisation de la personne et comble des failles narcissiques. Il y a une espèce de fusion qui a souvent été confondue avec ce qu’on appelait le "crime passionnel". Il y a un déni de l’autre: "J’ai besoin de l’autre et besoin de dominer la situation et la partenaire." Mais ce n’est ni de la passion ni de l’amour.»

Ces recherches, les seules aussi précises en France, sont transposables aux autres régions, explique Alexia Delbreil. «Nos résultats sont similaires aux chiffres annoncés par le ministère de l’Intérieur, et aux résultats d’enquêtes dans les autres pays: au Canada, en Europe du nord, en Espagne, au Portugal…»

Dans un article plus global recensant ses propres travaux de recherches et la littérature internationale, la légiste constate: «L’acte meurtrier est commis lorsque l’homme se rend à l’évidence que la séparation est irrémédiable, pour se venger de l’abandon ressenti, pour empêcher la femme d’être avec une autre personne. L’homicide est alors une réaction à la "dépossession", où l’amour laisse place à la haine. La compagne est assimilée à un objet qu’il désire être tout à lui. La vengeance et la querelle sont les motivations suivantes, le plus souvent dans un contexte où la violence et la consommation d’alcool sont courantes.» Pauline Moullot
https://www.liberation.fr/checknews/2019/09/07/que-sait-on-du-profil-psychologique-des-auteurs-de-feminicides_1748755

vendredi 8 novembre 2019

Fiches pratiques de Service.public.fr Violences scolaires, harcèlement, provocation au suicide : quels recours pour la victime ?

Violences scolaires, harcèlement, provocation au suicide : quels recours pour la victime ?
Publié le 07 novembre 2019 - Direction de l'information légale et administrative (Premier ministre)
www.service-public.fr/*
Alors qu'a lieu le jeudi 7 novembre 2019 la Journée nationale de lutte contre le harcèlement à l'école, retrouvez les fiches pratiques de Service.public.fr pour être guidé dans vos démarches en cas de harcèlement scolaire.
Alerter les services de l'Éducation nationale
Si votre enfant est victime de harcèlement scolaire, de violences scolaires, de provocation au suicide , il faut d'abord prévenir la direction de l'établissement, qui pourra prendre des mesures, et saisir la Direction académique des services de l'Éducation nationale (Dasen) , notamment pour demander un éventuel changement d'établissement.
Obtenir des conseils
La victime peut aussi obtenir conseils et écoute auprès de services dédiés :
  • « Non au harcèlement » au 3020 : ce service accueille les jeunes ou les parents, victimes ou témoins de harcèlement à l'école. Il est ouvert tout au long de l'année du lundi au vendredi de 9h à 20h et le samedi de 9h à 18h, sauf les jours fériés, appel et service gratuits depuis un téléphone fixe ou mobile ;
  • « Net Écoute » au 0800 200 000 : pour poser vos questions de façon anonyme et confidentielle sur le harcèlement en ligne. Ce service est ouvert du lundi au vendredi de 9h à 19h, appel et service gratuits.
Elle peut aussi contacter une association du réseau d'aide aux victimes de violence scolaire France Victimes .
Saisir la justice
La victime peut porter plainte auprès du commissariat de police ou de la brigade de gendarmerie jusqu'à 6 ans après les faits.
Pour des faits commis par un mineur de plus de 13 ans, la loi prévoit une peine de prison pouvant aller de 6 à 18 mois (selon les circonstances aggravantes) et une amende maximale de 7 500 €.

mercredi 16 octobre 2019

La maltraitance pendant l’enfance et ses conséquences : un enjeu de santé publique

La maltraitance pendant l’enfance et ses conséquences : un enjeu de santé publique 
BEH n°26-27 (15 octobre 2019) Sante Publique France revue /beh/bulletin épidémiologique hebdomadaire
Un enfant maltraité est un enfant dont on bafoue les droits, la santé et le développement
Maltraitance intrafamiliale envers les enfants : définitions d’une notion équivoque
Effets à court et à long terme de la maltraitance infantile sur le développement de la personne
Estimation de la prévalence des enfants de moins d’un an, hospitalisés en France pour maltraitance physique sur la période 2007-2014
Les enfants victimes de traumatismes crâniens infligés par secouement hospitalisés : analyse exploratoire des données du PMSI
État de santé mentale des personnes déclarant des antécédents de violences sexuelles avant l’âge de 15 ans – résultats du Baromètre de Santé publique France 2017
Maltraitance : recommandations pour les professionnels et informations pratiques
Publié le 15 Octobre 2019
Année de publication : 2019
Pages : 511-550

Télécharger PDF 0.99 MB
Lire le fichier en HTML

source https://www.santepubliquefrance.fr/revues/beh/bulletin-epidemiologique-hebdomadaire

Extraits
"En 2017, le Baromètre de Santé publique France a interrogé 25 319 personnes de 18 à 75 ans. La variable d’intérêt de l’étude est le fait d’avoir déclaré être victime de violences sexuelles pour la première fois avant l’âge de 15 ans.Résultats – Près de 6% des femmes et 1,4% des hommes ont déclaré avoir été forcés à subir ou à faire des attouchements sexuels, ou ont été forcés à avoir des rapports sexuels contre leur volonté avant l’âge de 15 ans. Les victimes de violences sexuelles dans l’enfance ont davantage de troubles de santé mentale – notamment les femmes – et ont un risque d’avoir tenté de se suicider au cours de la vie nettement plus élevé que les personnes n’ayant pas vécu cet événement"
"Le pourcentage d’hommes et de femmes perce-vant un mauvais état de santé générale était plus important chez ceux déclarant des antécédents de violences sexuelles (respectivement 3,3% et 9,3% ; OR=2,7 et 1,7 ; p<0,001), de même que la proportion de personnes déclarant des conduites suicidaires (pensées suicidaires au cours de l’année et tentatives de suicide au cours de la vie) et des EDC au cours de l’année (les OR variant de 2,9 à 7,7 selon ces indica-teurs ; p<0,001) (tableau 1) "

vendredi 30 août 2019

RETOUR SUR MANIFESTATION 23ème journée de Prévention du Suicide en Occitanie - Jeudi 07 février 2019 ALMA 31 - Prévention du Suicide en Occitanie

3977 - ALMA 31 - Prévention du Suicide en Occitanie

Ajoutée le 29 août 2019
23ème journée de Prévention du Suicide en Occitanie - Jeudi 07 février 2019 - Toulouse Le centre ALMA 31, le Pôle Ressources Régional des Maladies Neuro-Dégénératives et de l'Association Familliale Intercantonale de Montastruc ont été invités à participer à la table ronde "Aide, soins à domicile et violence intrafamiliale" Dans le cadre de situations de maltraitance à domicile, Cécile Kirnidis (présidente)et Mathilde Marmorat (coordinatrice) ont ainsi pu faire part des actions du centre ALMA 31 dans le cadre de la prévention du suicide, dans ses actions d'accompagnement des témoins et victimes (qui représentent 78% des dossiers accompagnés). Les échanges au cours de cette table ronde ont ainsi mis en lumière l'importance de l'expression, de la communication au sein de la famille, pour briser les tabous et l'omerta existants autour de ce sujet qu'est le suicide, et plus généralement la souffrance. Les personnes vulnérables sont exposées à des situations de violences, d'agressions, sans parfois s'en rendre compte, ainsi que leur entourage, (les maladies, les handicaps, l'âge de leur proche...) Afin d'être soutenus, écoutés, et accompagnés, il faut accepter d'avoir besoin d'aide et de conseils, et il faut surtout ** oser le dire **.
Pour toute demande d'information ► https://3977.fr/ - Rejoignez notre communauté Facebook ► - https://www.facebook.com/federation3977/ - Suivez-nous sur Twitter ► https://twitter.com/federation3977 - Abonnez-vous à notre compte Instagram ► .https://www.instagram.com/federation3...


 ***

Info + sur la journée

  • OCCITANIE

MARDI 5 FÉVRIER 2019 MONTPELLIER (34) & JEUDI 7 FÉVRIER TOULOUSE (31)

dans le cadre de la Journée Nationale de Prévention du Suicide en Région Occitanie
deux manifestations se tiendront en 2019 en Occitanie :
A MONTPELLIER
Une soirée cinéma débat se tiendra
Mardi 5 février 2019
au Cinéma Diagonal
Verdun
A 18 : 00
(entrée au tarif Cinéma)
A TOULOUSE
La journée tiendra à Toulouse
Jeudi 7 février 2019
A l’hôtel de région Occitanie
(Salle d’assemblée)
22, bd du Maréchal Juin
de 8h30-16h30
(entrée libre et gratuite)

Informations Contacts :
Prévention du Suicide en Midi-Pyrénées
3 bis rue Berthelot
31500 Toulouse
06 45 47 71 13
preventionsuicide.mp@laposte.net