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lundi 11 juillet 2016

PARUTION ROMAN Ceux qui restent Marie Laberge

Ceux qui restent
Marie Laberge (Auteur) Paru le 4 mai 2016 Roman (broché)

En avril 2000, Sylvain Côté se suicide sans raisons apparentes, plongeant ses proches dans une douleur extrême. Des années plus tard, sa femme Mélanie s'accroche à leur fils Stéphane, son père Vincent s'est retiré du monde, sa mère Muguette a laissé échappé le peu de vie qui lui restait. Sa maîtresse, la barmaid Charlène, continue à lui parler en pensée. Un roman sur la douleur de l'absence.




Article sur le sujet

«La mort, ça exalte l’urgence de vivre»
Littérature Dans la polyphonie de «Ceux qui restent», Marie Laberge trouve l’harmonie de son passé de comédienne à sa passion de romancière. Interview.


09.07.2016 sur www.24heures.ch*

Comme son extravagante crinière blanche sur aile de corbeau, la Québécoise Marie Laberge échappe aux étiquettes. La sexagénaire s’impose en romancière au long cours avec notamment Le goût du bonheur , best-seller absolu. La chroniqueuse de l’intime laisse deviner une dramaturge pointue, elle qui fut directrice de théâtre, après avoir exercé en comédienne. Mais tonitrue aussi celle qui eut l’honneur de rédiger avec Gilles Vigneault, le préambule à la Déclaration d’indépendance du Québec il y a 20 ans. La citoyenne de la Belle Province a imposé une voix universelle. Et pas seulement quand cette artiste au fort tempérament empoigne la défense de sa langue natale, ou milite contre l’analphabétisme. Sur la palette émotionnelle de la femme de lettres, cinquante nuances de gris précisent le bruissement du monde. Son dernier roman, Ceux qui restent, organise la cacophonie laissée par le désastre d’un suicide. Sylvain s’est tué en 2000. Ses mère et père, sa veuve, son fils, sa maîtresse se confient. Leurs versions endeuillées tissent le temps passé, de trous de mémoires en cruelles béances. «J’aboutis certainement à l’amalgame le plus réussi de mes deux carrières. Des voix qui parlent avec verdeur, franchise, directement, comme on peut en entendre sur scène. Et le récit qui se précipite avec la narration qui fait avancer l’action, qui décrit les événements, change le rythme… Ma facette théâtrale a pu prendre sa pleine place dans ce roman. Mais elle n’est jamais loin, remarquez.»

Rieuse en société, grave face à la page blanche, Marie Laberge écrit à la plume Sheaffer, à l’ancienne, «dans le silence parfait». Tellement moderne ou plutôt, si intemporelle. «J’ai les tempes blanches. La vie m’a fait cette tête, et je ne la contredis pas.»

Imposer ce français enrichi de Québécois a-t-il été difficile?

Je ne le ressens pas comme une imposition. C’est un trésor à garder, plutôt qu’un combat. Et à cultiver. Je n’ai jamais vu un éditeur parisien comme une sorte de sommet à atteindre. Par contre, le lecteur français, belge, suisse romand etc. est un atout appréciable dans ma vie d’écrivaine. Depuis une trentaine d’années, je suis traitée comme une écrivaine avec une voix qui dit quelque chose, pas seulement une voix exotique qui chante différemment la langue.

Dans ce roman choral, quelle voix avez-vous préféré écrire?

Si, quand j’écris, je me trouvais aux prises avec une préférence, je serais bien malheureuse. J’aime mes personnages, contradictoires ou choquants. Chaque personnage doit me prendre en otage.

Quel est le distinguo entre les personnages qui disent «je», et les autres?

Ceux qui disent «je» parlent pour eux-mêmes, pas pour les autres. Et il fallait entendre les autres. Quand une femme comme la mère, Muguette, cultive le déni, il n’est sûrement pas tentant pour elle de se livrer ou de se justifier. C’était à moi de la faire entendre. Au contraire, le père, Vincent, parle avec sa nouvelle foi, celle de la vérité. Et on peut dire qu’il l’avait évitée auparavant.

Auteur à succès, vous ne cédez pas à la facilité avec cette structure…

Est-ce qu’on possède jamais un public? Le succès n’est jamais assuré, jamais. Les lecteurs sont un cadeau, qui peut aussi ne pas être au rendez-vous. Les lecteurs me demandent une seule chose, je crois: persévérer, et ne pas laisser la crainte de ne pas être aimée censurer mon écriture. Camus disait cette phrase que j’adore: «Ceux qui écrivent obscurément ont bien de la chance; ils auront des commentateurs. Les autres n’auront que des lecteurs, ce qui, paraît-il, est méprisable». Je ne pense pas aux lecteurs quand j’écris mon premier jet: ça se passe entre moi et la poubelle. Après, quand je corrige — et dieu sait si je corrige! — je ne pense qu’à eux. Est-ce clair, limpide… les mille questions et doutes.

Pourquoi revenir au suicide à ce moment de votre expérience?

Ce n’est pas le suicide qui m’intéresse, ce sont les gens qui doivent vivre avec la conclusion de quelqu’un qui a décidé de ne plus vivre. Parmi tous les abandons, celui du suicide est le plus terrible. Et il me semble qu’il a toujours fait partie de mon monde intérieur. Tout comme la mort en général. C’est un thème qui revient très souvent dans mes livres. Mais contrairement à ce qu’on croit, il peut parler de la vie. Chez moi, la mort exalte l’urgence de vivre.

Si vous vous passionnez pour les bruissements du monde, vous restez intemporelle. Un paradoxe?

Être à la mode ne m’intéresse pas. Être lue, oui. Mais je suis persuadée que l’un ne commande pas l’autre. Ce n’est pas la mode qui fait qu’on nous lit avec constance, mais ce que l’on dit, la vie dont on témoigne.

Ceux qui restent, de Marie Laberge, éd. Stock.

(Créé: 09.07.2016, 15h30)
http://www.24heures.ch/culture/mort-exalte-urgence-vivre/story/25623750

jeudi 11 juin 2015

LITTERATURE Marc Masson : « Tolstoï était un personnage à la psychologie hors normes »

Marc Masson : « Tolstoï était un personnage à la psychologie hors normes »

« Il est intéressant d’établir un parallèle entre la destinée d’Anna Karénine et la trajectoire de Léon Tolstoï »

http://www.lecourrierderussie.com/2015/05/marc-masson-tolstoi/
 
Marc Masson est psychiatre, directeur médical de la clinique du Château de Garches dans la région parisienne et rédacteur en chef adjoint de la revue médicale L’Encéphale. Rencontre avec l’invité du prochain Mardi du Courrier de Russie, qui présentera son analyse du roman de Léon Tolstoï Anna Karénine le 12 mai.

Le Courrier de Russie : Pourquoi avez-vous décidé de procéder à l’analyse d’Anna Karénine ?

Marc Masson


Marc Masson : Jean-Félix de la Ville Baugé m’a proposé d’animer une conférence dont le thème se situe à l’entrecroisement de la Russie, de la France, de la littérature et de la psychiatrie. Après quelque moment de réflexion, j’ai choisi ce roman de Tolstoï et plus particulièrement la figure d’Anna Karénine ; cette oeuvre a en effet familiarisé les lecteurs français dès la fin du XIXe siècle avec la littérature russe romantique. De plus, l’actualité du célèbre roman de Tolstoï me semble bien illustrée par le fait qu’en 100 ans, une dizaine de films d’après Anna Karénine sont sortis en salles ; l’héroïne principale a été incarnée par des actrices aussi remarquables que Greta Garbo, Vivien Leigh, Sophie Marceau ou encore Keira Knightley.

Сe roman qui évoque la place de la femme dans la société russe de la seconde moitié du XIXe siècle est encadré par deux scènes qui se déroulent dans une gare : la rencontre d’Anna et Vronski, et – la scène du suicide d’Anna sous le train. Je me suis demandé s’il était possible de relire le roman pour essayer de comprendre le cheminement d’Anna qui va aboutir à son geste dramatique qui illustre le désespoir absolu de l’héroïne.








LCDR : Qu’est ce qui vous frappe le plus dans ce roman ?

M.M. : C’est la trajectoire d’une femme qui a cherché la liberté et qui, finalement, s’est retrouvée prisonnière de ses sentiments et du cadre social qui était le sien. Tolstoï nous décrit avec une grande sensibilité la vie émotionnelle d’Anna à travers son mariage, son impossibilité d’être totalement libre dans sa relation avec Vronski et enfin dans sa désillusion amoureuse. L’écrivain dépeint avec beaucoup d’éclat la douleur intérieure d’Anna, ce que l’on appelle en psychiatrie la douleur morale, sachant que ce concept a été décrit au XIXe siècle par un psychiatre de Gand, Joseph Guislain que Tolstoï cite plus tard dans son petit opus Du suicide rédigé en 1910, quelques mois avant sa mort, et qui reste inachevé.

LCDR : Pourquoi selon vous Tolstoï s’est-il penché sur l’étude du suicide ?

M.M. : Le thème du suicide qui en psychiatrie est un acte pathologique dans l’immense majorité des cas, semble avoir fortement intéressé Tolstoï. A la fin de sa vie, l’écrivain a visité des hôpitaux psychiatriques, il s’est intéressé à la classification des pathologies mentales pour essayer de comprendre l’écart entre la raison et la déraison, entre l’idéal politique et la réalité sociale. Son petit opuscule, Du suicide, aurait été initialement intitulé « De la folie ». La question qui préoccupe Tolstoï, surtout à la fin de sa vie n’est pas tant celle de la folie au sens médical, mais plutôt celle de la folie au sens existentiel, sociologique et politique…

Il est intéressant aussi d’établir un parallèle entre la destinée d’Anna Karénine et la trajectoire de Léon Tolstoï, l’aristocrate russe, le génie littéraire, parallèle entre le désespoir amoureux d’Anna et le désespoir politique de Tolstoï face au rêve d’une société idéale. Quel que soit le lieu ou le système politique dans lequel on vit, rêver d’un avenir meilleur relève de la force vitale : je trouve que Tolstoï-l’écrivain l’exprime d’une manière magistrale et cela confère au roman un caractère intemporel. En même temps, Tolstoï-l’homme se heurte aux forces politiques de son temps ce qui aboutit notamment à son excommunication. Au soir de sa vie, Il disparaît de chez lui et meurt dans une gare dans la région de Lipetsk qui porte aujourd’hui son nom. Comme Anna, Tolstoï meurt donc dans une gare… Son corps est ensuite être exposé dans la chambre de sa résidence à Iasnaïa Poliana où il a écrit Anna Karénine. Je trouve ce rapprochement assez touchant voire troublant…

LCDR : Quel diagnostic prononceriez-vous sur l’héroïne du roman?

M.M. : Parmi les hypothèses les plus plausibles que l’on peut défendre à la lecture du roman, il me semble que l’idée qu’Anna Karénine soit atteinte d’une mélancolie amoureuse (une forme de dépression profonde qui s’achève dans le suicide) soit la plus intéressante à considérer. Anna a également recours à des drogues, à la morphine ; non pas parce qu’elle tombe dans ce que nous appelons aujourd’hui la « toxicomanie » mais pour soulager son intense souffrance et sa douleur intérieure.

Tout au début du roman, lors de la première rencontre entre Anna et Vronski, il y a ce fameux épisode où un employé de la gare meurt écrasé par le train. Le narrateur nous montre bien que ce drame a marqué Anna – j’y vois comme un renforcement de l’encadrement littéraire de la vie de l’héroïne. Une prémisse de mauvais augure que Tolstoï met en scène admirablement : ici, c’est le choc entre le traumatisme de la mort accidentelle (encore que cela ne soit pas très clair dans le roman) du cheminot et le traumatisme positif de la rencontre amoureuse, du coup de foudre entre Anna et Vronski. La rencontre amoureuse et la mort de cet homme sont liées narrativement et ne vont se délier que dans le suicide d’Anna – et c’est, pour elle, la façon de se libérer de la souffrance extrême provoquée par le désamour de Vronski.


Tolstoï et Gorki. Yasnaya Polyana. Photo de S. Tolstoï. Crédits : tolstoymuseum.ru

LCDR : Comment évaluez-vous le profil psychologique de Tolstoï ?

M.M. : Tolstoï lui-même était un homme idéaliste, passionné, rebelle. En 1897, un célèbre psychiatre criminologue italien Cesare Lombroso s’est rendu à Moscou pour un congrès international de médecine et a souhaité rencontrer Tolstoï pour l’examiner, intrigué par sa personnalité. Au début, les autorités impériales n’avaient pas autorisé cette rencontre avec Tolstoï qui sentait déjà le souffre… Mais ce médecin italien a beaucoup insisté et a obtenu finalement l’autorisation. Leur rencontre n’a pas été très positive : Tolstoï a écrit qu’il a trouvé ce savant « étroit d’esprit ». Max Nordau, l’élève allemand de Cesare Lombroso, qualifiera Tolstoï « de malade incurable » et de « dégénérées » ses « idées confuses sur la réalité »…

La démarche du psychiatre italien se heurte à certaines limites : il est certain que Tolstoï était un personnage hors normes, atypique, et d’une certaine façon inclassable. A mon avis, il pourrait rentrer dans la catégorie « des idéalistes passionnés » (qui est une forme plutôt sympathique de paranoïa) Ces types de personnalité vont focaliser une immense partie de leur énergie psychique sur un idéal (le plus souvent politique). Chez Tolstoï, cet idéal prend la forme notamment de la dénonciation de l’emprise de l’église sur la société. Son appel à la naissance d’un nouveau christianisme lui vaut d’ailleurs d’être excommunié. Cet idéal politique transparaît également dans sa correspondance avec le futur Mahatma Gandhi.

A mon avis, il faut sans doute se garder de lever le voile du mystère qui entoure la personnalité de Tolstoï : c’est un être hors du commun, à la psychologie hors normes qui ne peut probablement pas s’intégrer dans un cadre diagnostique précis. La conférence de Marc Masson « Anna Karénine : une lecture psychiatrique du roman » se tiendra le mardi 12 mai dans les locaux du Courrier de Russie – Moscou, rue Milioutinski 10/1, salle de conférences au 1er étage, métro Loubianka ou Tchistiye Proudy.Evénement organisé en partenariat avec l’agence touristique Tsar Voyages.

Pour aller plus loin

Marc Masson, 24 textes fondateurs de la psychiatrie : Introduits et commentés par la Société Médico-Psychologique. Paris, Armand Colin, 2013.

Marc-Louis Bourgeois, Christian Gay, Chantal Henry, Marc Masson. Les troubles bipolaires. Paris, Lavoisier Médecine Sciences, 2014.

Léon Tolstoï. Du suicide. Editions de l’Herne, 2012.

Léon Tolstoï. Anna Karénine (traduction française : Henri Mongault). Paris, Gallimard, coll. La Pléiade, 1951.

vendredi 6 février 2015

LITTERATURE édition| Nouvelle parution Maupassant, Contes sur le suicide

édition| Nouvelle parution

Maupassant, Contes sur le suicide

Contes choisis par Eva Yampolsky.
Paris : Allia, 2015.
128 p.

6,50 EUR
source Information publiée le 5 février 2015 par Nicolas Geneix http://www.fabula.org/actualites/maupassant-contes-sur-le-suicide_66991.php
Présentation de l'éditeur :
Oh ! reprit le secrétaire, l'œuvre a une vogue inouïe. Tout le monde chic de l'univers entier en fait partie pour avoir l'air de mépriser la mort. Puis, une fois qu'ils sont ici, ils se croient obligés d'être gais afin de ne pas paraître effrayés. Alors, on plaisante, on rit, on blague, on a de l'esprit et on apprend à en avoir. C'est certainement aujourd'hui l'endroit le mieux fréquenté et le plus amusant de Paris. Les femmes mêmes s'occupent en ce moment de créer une annexe pour elles.
– Et malgré cela, vous avez beaucoup de suicides dans la maison ?
– Comme je vous l'ai dit, environ quarante ou cinquante par jour.

Le 1er janvier 1892, Guy de Maupassant se trancha la gorge à l'aide d'un coupe-papier. Bien qu'il n'en gardât qu'une blessure sans gravité, le maître de la nouvelle réaliste ne pouvait qu'évoquer ce thème de la mort volontaire dans ses écrits. Les huit nouvelles qui composent ce recueil en sont le saisissant témoignage. Trahison amoureuse, désillusion, humiliation ou solitude… peuvent aisément être invoquées comme causes du mal-être. La prise de conscience soudaine de la vacuité de l'existence peut aussi aboutir à ce geste irréversible. Comme ce comptable, monsieur Leras, heureux le matin, retrouvé pendu à un arbre du bois de Boulogne le soir. La confrontation du bonheur des autres avec la monotonie de sa propre vie lui fut insupportable. Geste parfois inexplicable aux yeux d'autrui, le suicide trouve aussi ses raisons dans les petits chagrins, voire dans une simple indigestion, comme l'explique cet homme qui a intenté à sa vie dans une lettre adressée… à lui-même. Le thème du miroir chez Maupassant trouve dans ces nouvelles traitant du suicide un sens nouveau : l'on traverse le miroir que nous tend la société ou celui que nous tendons à nous-mêmes… pour passer de l'autre côté.
Lire un extrait
Url de référence :
http://www.editions-allia.com

jeudi 30 octobre 2014

Littérature :Revanche de Cat Clarke

Revanche de Cat Clarke

source info : http://lionelfour.wordpress.com/


Revanche
Revanche
Titre original : Undone, Robert Laffont, collection R, 2013, 490 p.
Résumé : Jem Halliday est amoureuse de Kai, son meilleur ami. Depuis leur enfance, ils sont inséparables. Elle le voit comme le garçon idéal. Le seul problème est qu’il est gay. Lorsqu’une vidéo de lui en compagnie d’un garçon est postée sur Internet, il ne le supporte pas et se suicide. Dévastée, Jem prend trois résolutions, découvrir la vérité, venger son ami et se suicider un an plus tard. Une lettre anonyme va rapidement l’aider à avancer dans son projet.
Critique : Une adolescente mal dans sa peau doit faire le deuil de son meilleur et seul ami qui s’est suicidé après la diffusion d’une vidéo de lui avec un autre garçon. Le thème de ce roman est dur, son traitement ne l’est pas moins, l’héroïne répétant très régulièrement qu’elle souhaite mettre fin à ses jours, une fois sa vengeance mise en œuvre.
L’intrigue, qui se déroule sur une année, est rythmée par les lettres qu’a laissées Kai, l’ami disparu. Le suspense sur les responsabilités de chacun, suite à ce drame, est savamment entretenu, ce qui permet de se laisser prendre dans l’histoire. L’amitié presque amoureuse entre Kai et Jem est parfaitement décrite même si je n’ai pas été totalement convaincu par le personnage de Kai, trop heureux de vivre pour être suicidaire, aussi grande soit l’homophobie des adolescents du lycée.
Pour le reste, c’est un bon ouvrage de littérature ado, assez facile et agréable à lire qui aura le mérite d’alerter jeunes et parents sur le risque suicidaire chez les adolescents homosexuels et les dangers que peuvent représenter les réseaux sociaux et les nouvelles technologies lorsqu’ils sont utilisés pour nuire.

jeudi 9 octobre 2014

“Rien ne s’oppose à la nuit”, un roman radiophonique

“Rien ne s’oppose à la nuit”, et le roman devint radiophonique
Radio | France Culture a su trouver le ton juste pour adapter le douloureux roman de Delphine de Vigan paru en 2011. Un feuilleton radio qui ne laisse pas indifférent…
Delphine Le Vigan
Delphine Le Vigan - ANDERSEN ULF/GAMMA/Eyedea Presse
« Ma mère était bleue, d'un bleu pâle mêlé de cendres, […] lorsque je l'ai trouvée chez elle, ce matin de janvier. » Après le suicide de cette dernière, Delphine de Vigan entame un voyage intérieur et temporel, dont elle tirera Rien ne s'oppose à la nuit (paru en 2011 aux éditions JC Lattès).
Ce formidable et douloureux roman est adapté en feuilleton par France Culture. Chaque jour pendant une demie-heure, on suit un difficile cheminement familial, trouble et troublant. « Comme des dizaines d'auteurs avant moi, j'ai essayé d'écrire ma mère », confie la narratrice. Petit à petit, le personnage de Lucile prend corps : une fillette grandie au milieu d'une nombreuse marmaille, en manque d'attention de sa propre mère ; hantée par la mort accidentelle d'un frère ; contrainte par l'arrivée d'un garçon « martyrisé », « une pièce de puzzle qu'on faisait entrer de force » dans la fratrie ; perturbée par la naissance d'un bébé mongolien ; très probablement violée par son père…
Quand elle sera mère à son tour, elle entamera une lente dérive vers la folie. « Lucile ne travaillait pas, s'occupait de ses deux filles. […] Pour elle, ce furent des temps de grande solitude – elle l'a souvent dit –, qui ont contribué à la destruction de sa personne – c'est moi qui l'écris. » Avec profondeur, Delphine de Vigan met en scène son propre travail d'écrivain. La façon dont elle contacte les membres de sa famille pour obtenir des informations, ses difficultés, ses doutes. « Ai-je le droit d'écrire que Georges a été un père nocif, destructeur et humiliant, qu'il a hissé ses enfants aux nues, les a encouragés, encensés, adulés et, dans le même temps, anéantis ? Que Liane [la mère de Lucile, ndlr] n'a jamais su ou pu faire contrepoids ? Je ne sais pas. »
La force de cette adaptation radiophonique de Louise Loubrieu, c'est qu'elle respecte scrupuleusement la finesse du roman, ne cherchant jamais à simplifier cet entremêlement de traumas, de sentiments. Dirigés par Juliette Heymann, les comédiens trouvent le ton juste. Johanna Nizard compose une narratrice subtile, à la voix légèrement détimbrée, à la fois attristée et apaisée. Luce Mouchel incarne une Lucile révoltante et poignante, incapable de prendre Delphine dans ses bras. Terriblement loin de la « bourgeoise d'intérieur […] qui ne se défonce pas tous les soirs » dont rêve sa fille.
Même dans les scènes les plus inquiétantes, explosives, destructrices (Lucile se croit télépathe, blesse l'un de ses enfants), elle convainc sans sombrer dans l'excès. L'accompagnement sonore – une musique originale de Denis Chouillet et les bruitages de Sophie Bissantz – reste sobre, n'envahit jamais. Permettant à l'émotion de s'insérer entre les mots, et de gagner inexorablement l'auditeur.
 
A écouter
Le feuilleton, du lundi 29 septembre au vendredi 10 octobre 2014 sur France Culture, à 20h30.
Adaptation de Louise Loubrieu, réalisation de Juliette Heymann. Avec Johanna Nizard, Elsa Lepoivre, Luce Mouchel, Suzanne Aubert…

mardi 12 août 2014

LITTERATURE ROMAN "Vieux, râleur et suicidaire La vie selon Ove"

Fredrik Backman – Vieux, râleur et suicidaire La vie selon Ove


Mars 2014
Presses de la Cité Etranger - Romans
21,50 € - 352 p.

Roman Suedois Traduit par Laurence MENNERICH
« Ove et le chat se sont rencontrés un matin à six heures moins cinq. Le chat a détesté Ove sur-le-champ. Le sentiment était plus que réciproque »

Dans le lotissement où il vit depuis quarante ans, Ove est connu pour être un râleur de la pire espèce. Mais depuis qu'il est sans travail, il se sent seul et inutile. Il erre dans sa maison, fait des rondes de quartier pour relever les infractions des habitants. Jusqu'au jour où, las de cette routine, il décide d'en finir. Corde au cou, debout dans le salon, il est prêt à passer à l'acte...
C'est sans compter l'arrivée de nouveaux voisins et d'un chat abandonné. Interrompant involontairement ses tentatives de suicide, ceux-ci vont peu à peu pousser Ove dans ses derniers retranchements et le ramener à la vie !
Tel un chat de gouttière amoché et craintif, à la fois drôle et touchant, Ove réveille l'instinct protecteur qui sommeille en chacun de nous. Mais attention, il griffe !
http://www.pressesdelacite.com





jeudi 7 août 2014

NOTICE ARTICLE Le rejet du suicide par les romanciers naturalistes : permanence d’une figure révoltante


Le rejet du suicide par les romanciers naturalistes : permanence d’une figure révoltante
par Sébastien Roldan
(Figura, UQAM/Ceriel, Université de Strasbourg)
Romantisme 2014/2 (n° 164)

Résumé

Français
La présente étude s’attache à éclairer un paradoxe : les romanciers naturalistes n’ont cessé de s’élever contre la représentation du suicide dans la littérature romantique ; leurs écrits théoriques (préfaces, essais, chroniques) dénoncent la facilité de cliché ; ils ne se sont cependant pas privés de l’employer à leur tour, en proposant un traitement ironique. Madame Bovary offrait à ce titre à la fois un alibi et un modèle. La question du suicide qui requérait l’attention des médecins et psychiatres contemporains se posait en tout cas pour les romanciers du dernier tiers du siècle avant tout sur le plan esthétique.

Plan de l'article

  1. DE LA GLORIFICATION AU MÉPRIS
  2. DES RÉVOLUTIONS DANS LES LETTRES
  3. DES REPRÉSENTATIONS COMMUNES AUX EXCEPTIONS
http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=ROM_164_0121
http://www.armand-colin.com/revues_article_info.php?idr=13&idnum=577881&idart=11208

samedi 1 février 2014

Revue de presse suicide et santé mentale de l'association STOP SUICIDE, Suisse

Revue de presse suicide et santé mentale de l'association STOP SUICIDE, suisse
http://www.stopsuicide.ch/site/sites/default/files/20140130_revue_presse.pdf
de la Semaine du 24 au 30 janvier 2014


Extraits :
"Une subtile histoire de Mélanie Chappuis dans la tête d’un jeune, qui raconte ses pensées dans un monologue personnel. La gare, les trains, l’envie peut-être de se jeter sur les voix...Et puis viennent des réflexions sur le cousin conducteur de locomotive notamment. Pour que finalement, la raison prenne le dessus, , parce que ce n’est pas l’envie de mourir qui prime, mais plutôt la souffrance, ou l’envie de «frapper dans un mur».

L'article en question :
Dans la tête de Damien mardi 28 janvier 2014
Sur un quai de gare, quand on perd espoir…
http://www.letemps.ch/Page/Uuid/a7758f84-8785-11e3-aaa7-e4f6fea031a1/Sur_un_quai_de_gare_quand_on_perd_espoir
Mélanie Chappuis

De prendre le train tous les matins, ça donne des idées. Surtout ici, où ils passent à toute allure, comme si je n’existais pas. Comme s’ils me giflaient avec leur puissance, leur arrogance. Circulez, il n’y a rien d’autre à voir qu’un paumé. Heureusement, il y a le régional, il arrive vide, il m’ouvre ses portes pour que je puisse aller étudier en ville. Je l’aime bien. Il y fait chaud, on a la paix un moment. On peut regarder par la fenêtre, on a le droit de ne rien faire, de rêvasser. Pas comme à la ferme. Mon vieux, il ne me laisse jamais tranquille. Il faut faucher, traire, tenir l’inventaire, répertorier chacun des pets de travers de nos vaches, et quels antibiotiques on leur donne, et combien, et à quelle fréquence… Ils nous emmerdent avec leurs machins administratifs. Comme je vais au gymnase, mon vieux croit que j’apprécie de faire le gratte-papier. Pourtant, ce que j’aime, ce sont les vaches. Je veux devenir vétérinaire de campagne. Enfin, quand je crois en moi.

J’aime bien aller au gymnase, j’apprends plein de choses qui ne me serviront à rien. C’est mon luxe. Ça énerve le vieux. La plus belle fille de l’école est dans ma classe. Marie. J’ai cru que j’avais une chance. Je les ai rejoints, elle et d’autres copains, pour aller à une fête. On a rigolé, on a dansé, mais c’est un autre qu’elle a embrassé. De toute façon, avec ses talons, qu’est-ce qu’elle pourrait bien faire dans ma boue?

Je me suis tiré sans traire la Vicky, ça va rendre le vieux franc fou. Je suis à la gare. Le jour se lève. Je regarde les trains passer. On est samedi, il n’y a personne. Je peux penser à Marie. Hier soir, j’ai regardé une série américaine qu’un ami m’a prêtée. Ça commence par une femme qui se jette sur les rails quand le train arrive. On n’entend pas le choc, juste le vain crissement des freins. En classe, on lit Anna Karénine. C’est trop long, ce livre. Elle, c’est à la fin qu’elle se jette sous le train. Moi aussi, j’ai envie d’entendre le choc que ferait mon grand corps de mal-aimé. Un bruit sourd et lourd, et plus rien. Le néant où je pourrais flotter. Ça forcerait un de ces gros trains à s’arrêter dans ma petite gare qui sent la bouse.

J’ai un cousin qui est devenu conducteur de locomotive. Il dit qu’il y a une bonne quinzaine de suicides par mois. Il est aux premières loges quand ça arrive. Il a du mal à s’en remettre. Il a la peur au ventre à chaque fois qu’il prend son service. Il a vu les visages des suicidés, leur effroi. Il dit qu’aucun n’a l’air soulagé d’en finir durant ce fragment de seconde où leurs yeux croisent les siens. Mon cousin dont ils font un assassin. Et les suicidés, «accidents de personne» dont pas grand monde ne parle, pour ne pas donner des idées à ceux qui sont encore sur pied. Parmi ceux qui franchissent le pas, il paraît qu’il y a de tout, des hommes, des femmes, des citadins, des paysans… Le malheur frappe n’importe où. D’y penser, je me sens moins seul. Moins inadapté.

Je ne peux pas faire ça à mon cousin. Ni aux parents. Ni à moi. Marie quittera peut-être Fabrice. Je tomberai peut-être amoureux d’une autre. J’ai envie de pleurer, de frapper dans un mur, de dormir… Pas de mourir.
Dans la tête de Damien mardi 28 janvier 2014


Autre info extraite de la revue de presse  :
REVUE– International Journal of Child, Youth and Family Studies
Une numéro entièrement consacré au suicide des jeunes :  prévention , interventions, comportements,  etc. Un dossier de 200 pages pour un aperçu actuel de la recherche en prévention du suicide. International Journal of Child, Youth and Family Studies –Vol. 5, n° 2, 201


Le lien vers la revue avec les articles (en Anglais ) en ligne, CANADA
http://journals.uvic.ca/index.php/ijcyfs






Lire toute la revue de presse de stop suicide :

http://www.stopsuicide.ch/site/sites/default/files/20140130_revue_presse.pdf

jeudi 3 octobre 2013

Appel à contributions: « Le suicide à la scène », Noémie Courtès (dir.), EDPS n°7, 2016.

Appel à contributions: « Le suicide à la scène », Noémie Courtès (dir.), EDPS n°7, 2016. 

 source http://www.thefrenchmag.com/Appel-a-contributions-Le-suicide-a-la-scene--Noemie-Courtes-dir--EDPS-n-7-2016_a765.html



Coordinateur du numéro :
Noémie Courtès
noemie.courtes@free.fr


wikicommons. H. Wallis, The Death of Chatterton
wikicommons. H. Wallis, The Death of Chatterton
Albert Camus prétendait naguère, dans Le Mythe de Sisyphe (1942), qu’ « Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux : c'est le suicide ». Mais qu’en est-il de la spécificité proprement littéraire du thème sur la scène ? Là où la mort est « pour rire » et où les cadavres s’amoncellent, que ce soit dans Hamlet ou à la fin de Tosca ? Alors qu’il y a près de 200 suicides entre 1580 et 1620 en Angleterre et près d’une centaine à l’opéra…
Les articles porteront sur tous les genres de spectacles, sans limite nationale ni chronologique. Ils pourront être rédigés en français ou en anglais.

L’essentiel est que les articles éclairent la thématique proposée, dans laquelle on peut suggérer les axes suivants :

1. La nature du suicide. Quelle différence entre « vrai » et « faux » suicide, menace pastorale et dénouement tragique par exemple ? Suicide masculin et féminin, puisque les « femmes fortes » du Grand Siècle y trouvent la voie de la gloire ? Suicide solitaire ou suicide collectif comme dans Guru de Laurent Petitgirard (2010) où tous les personnages s'empoisonnent au finale, chœur compris ? Le suicide fait-il toujours avancer l’action de la même manière et y a-t-il une place particulière du suicide dans les œuvres ? Avec des pièces comme Le Suicidé de Nikolaï Erdman ou Cassé de Rémi de Vos, il faudra également envisager le suicide comme composante comique…

2. L’évolution de la représentation du suicide, en fonction du contexte historique et religieux (la condamnation catégorique d’Augustin en particulier), ou en fonction des nationalités. Y a-t-il des périodes et des lieux plus propices au suicide scénique (comme le théâtre élisabéthain) ? ou au contraire absolument rétifs à sa représentation ? Y a-t-il des théorisations explicites du suicide théâtral dans d’autres champs (théologique, moral…) et ont-elles une influence sur l’écriture de la fiction ?

3. La spécificité stylistique de la délibération et de la manifestation du suicide. Y a-t-il une rhétorique de la parole suicidaire, une codification du geste fatal ? Les stances du Cid n’auraient guère d’appas si la mort n’était une possibilité du dilemme, mais inversement, son attrait ne vient-il pas aussi de la forme travaillée des vers ?

4. La représentation imagée du moment paroxystique qu’est en général le suicide dans les pièces. Non seulement cette crise reste dans la mémoire des spectateurs, mais elle est souvent gravée dans les illustrations qui accompagnent le texte. Mais que représente-t-on exactement ? le moment du choix, celui du fait ou son résultat ?

5. L’aspect pratique de la représentation. Le suicide, avec quel accessoire, dans quel décor ? Comment représenter un acte banni du plateau à certaines époques ou au contraire le mettre directement en lumière à d’autres ? Quel impact représenter un suicide tous les soirs peut-il avoir sur les comédiens d’après les anecdotes dramatiques ou un acteur réel (on considèrera la possibilité de réaliser un entretien avec une personnalité du monde du spectacle) ?


La reproduction d’images illustrant les articles devra être limitée au strict minimum (reproduction des seuls documents peu accessibles, dans la limite de 10 images dans le volume).

Le texte définitif devra être remis impérativement en septembre 2015 pour une publication en 2016.

Les propositions d’article sont à adresser à Noémie Courtès, impérativement avant le 30 janvier 2014.
Sabine Chaouche

lundi 12 août 2013

LITTERATURE JEUNESSE : Cavale de Benoît Broyard

Cavale
de Benoît Broyard
Ed. Oskar
Coll. Court métrage
5€ / 62 p. / 2012
 
image (3)
Sujet :
Paul rend visite à sa maman, internée suite à une tentative de suicide. Elle en profite pour s'enfuir avec lui. Après un trajet en voiture, une visite chez une amie, ils se sauvent à nouveau en apercevant la police. Puis ils prennent le train pour aller voir la mer. Mais Paul s'inquiète de l'état de sa maman. Est-il un traître s'il prévient son papa de l'endroit où ils se trouvent?
à partir de 11 ans -
extraits avis  sur http://blogonoisettes.canalblog.com/archives/2013/07/27/27700538.html
"Cavale est un texte poignant, une nouvelle qui nous immerge en quelques pages dans la vie d'une jeune garçon d'une douzaine d'années, le narrateur, tiraillé entre sa mère dépressive, bipolaire et suicidaire et ses envies d'une vie normale.
Alors que sa mère a encore tenté de se suicider, Paul va lui rendre visite dans le centre où elle est internée. Mais sa mère décide de fuguer, et d'amener Paul avec elle. Pas toujours consciente de ce qu'elle fait, elle va traîner Paul dans son périple de Reims jusqu'à Nice. Si Paul est au début assez content de partager des moments privilégiés avec sa mère, il a quand même les pieds sur terre et espère que cette cavale ne durera pas trop longtemps (il a bientôt un contrôle de maths!)
L'histoire est forte, le contexte également. On a rarement l'occasion de lire un récit mettant en scène un parent souffrant de troubles bipolaires. Entre la folie et la fatigue, les personnages ne savent pas vraiment où situer tout ce qui leur arrive. Pas de morale ni de bonne conscience dans ce récit, mais un texte qui marquera le lecteur et qui le fera réfléchir.
J'ai juste un petit bémol à ajouter, je n'ai pas vraiment aimé la façon d'écrire de l'auteur qui, pour placer le petit garçon comme narrateur, a choisi comme parti pris d'écrire en langage oral. L'absence totale de négations dans les phrases m'a vraiment gêné dans ma lecture."

lundi 17 juin 2013

ROMAN :testament amoureux d’un quadra tenté par le suicide.

Chronique: d'après article "La mort remise à deux mains"
La mort remise à deux mains
© Hélène Pambrun
Frédéric Lenoir et Simonetta Greggio publient ensemble le testament amoureux d’un quadra tenté par le suicide.
Mêler deux plumes dans le même encrier, ça n’est pas si courant. Un peu de rose, un brin de bleu. Une touche féminine, une patte masculine, et l’écriture s’en ressent joyeusement. Comme une boule à facettes qui présenterait tantôt le talent de l’un, tantôt celui de l’autre. Frédéric Lenoir et Simonetta Greggio viennent de mettre au monde « Nina ». La complicité qui les unit était somme toute indispensable pour façonner ce roman à rebondissements. Un bien joli doublé. Frédéric Lenoir, à la fois philosophe, sociologue, historien des religions et donc romancier, met là toutes les cordes de son arc au service de l’imagination. Best-seller en vue, ses livres se hissent systématiquement en tête des ventes. Ses quarante ouvrages avoisineraient les quatre millions d’exemplaires. Fichtre ! Signalons les derniers : le « Petit traité de vie intérieure » ou encore « L’âme du monde ». Bref, un écrivain habitué au succès. Mais Frédéric Lenoir est avant tout un homme de réconciliation. Avec la vie. Tel est le fil conducteur de ses essais comme de ses romans. L’espoir, la non-résignation et le détachement font partie de sa philosophie personnelle. Son association avec Simonetta Greggio, elle aussi auteure de romans à succès («Dolce Vita » et « L’homme qui aimait ma femme »), prouve une fois de plus son ouverture aux autres. Greggio est italienne, elle écrit en français. On peut tenter de deviner l’inspiration de l’une, le souffle de l’autre. Mais pour quoi faire, après tout ? L’union est idéale. Les mots filent le parfait amour comme les personnages de ce roman l’ont rêvé. Pas un amour ordinaire, mais celui d’une vie. A 40 ans, Adrien se prépare à mourir. A se donner la mort. Le cocktail de médicaments est prêt. Reste à régler quelques petites affaires. Normal. Il lui faut aussi échapper à la vigilance de Rose, la vieille gouvernante. Attendre qu’elle achève sa journée pour mourir bien tranquille.

«Nina» s’apparente à un roman léger sur laquelle soufflerait un vent frais venu d’Italie

Adrien veut toutefois laisser une lettre à la première femme qu’il a aimée, Nina. Il était jeune et n’a jamais déclaré sa flamme à la jeune fille qu’elle était alors. Les mots glissent sur les feuilles blanches tandis que la vie s’accroche. La mort est repoussée au soir suivant. Puis au surlendemain. Il a tant à dire à Nina. « Le désir d’écrire a remplacé le désir de mourir. » La lettre est bouleversante. Les années passées, le temps perdu le submergent. « Ce qu’il y a de pire dans le silence de l’autre, pense t- il, c’est qu’il vous renvoie à vous-même, à vos peurs les plus profondes, à vos souffrances les plus inavouées. » Une fois la déclaration d’amour achevée, l’objectif est atteint, Adrien peut mener à terme son projet : disparaître. Les rebondissements n’en finissent pas. Même si on peut imaginer qu’un roman signé de ce duo terminera de façon heureuse, l’histoire n’en prend pas le chemin. Pourtant, « Nina » s’apparente à un roman léger, parfois même à une comédie sur laquelle soufflerait un vent frais venu d’Italie. Sa lecture est infiniment fluide et agréable. Mais la patte de Lenoir est inscrite. Elle incite à s’interroger sur des sujets lourds, très lourds même. La vie et la mort, la fin de vie et, surtout, l’amour et la jalousie. Elle nous entraîne aussi dans une réflexion sur la réussite de la vie, ses priorités. Ou comment ne pas passer à côté de sa propre existence.
« Nina », de Frédéric Lenoir et Simonetta Greggio, éd. Stock, 295 pages, 19 euros.

mardi 2 avril 2013

PARUTION : " Suite à un accident grave de voyageur" de Éric Fottorino

"Suite à un accident grave de voyageur " de Éric Fottorino, journaliste écrivain.
Collection Blanche, Gallimard
Parution : 28-02-2013

«En septembre 2012, à quelques jours de distance, trois personnes se sont jetées sur les voies du RER, derrière chez moi, dans les Yvelines. Un vieillard, une mère de famille, un homme qui n’a pu être identifié. À la violence de leur mort a répondu le silence. Il ne s'est rien passé. Nul n’a désigné la souffrance par son nom. Une voix neutre a seulement résonné dans les haut-parleurs de la gare : "Suite à un accident grave de voyageur…" Nos vies ont pris un peu de retard. À cause de trois détresses qui n’ont jamais existé.»

 

 

 






Article presse sur le sujet :

Petit traité des «accidents graves» sur les lignes du RER Mohammed Aissaoui Mis à jour le 02/04/2013 Publié le 01/04/2013 Sur http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2013/04/01/01016-20130401ARTFIG00304-petit-traite-des-accidents-graves-sur-les-lignes-du-rer.php

Intervention de pompiers après un suicide. La profession parle de «personne sous un train» sans prononcer le mot suicide.
Intervention de pompiers après un suicide. La profession parle de «personne sous un train» sans prononcer le mot suicide. Crédits photo : P. LENGLIN/PHOTOPQR/LE PARISIEN
Chaque année, 450 personnes se suicident sur le réseau francilien. Éric Fottorino a été particulièrement touché par trois d'entre elles.

Chaque jour, plus d'un million de personnes prennent le RER A. Cette ligne est la plus dense d'Europe, allant de l'ouest francilien Saint-Germain-en-Laye et Cergy-Pontoise à l'est Marne-la-Vallée et Boissy-Saint-Léger, en passant par les stations les plus fréquentées de Paris: Châtelet-Les Halles, Opéra, Charles-de-Gaulle Étoile, Gare de Lyon…
Parmi ce million d'usagers, un écrivain qui fut également directeur du quotidien Le Monde: Éric Fottorino, il emprunte cette ligne depuis trente ans. L'auteur de Baisers de cinéma, prix Femina, habite dans une belle ville des Yvelines. Au début de l'automne 2012, tout près de chez lui, trois personnes se sont jetées sur les rails: «Un vieillard. Une jeune femme, du moins l'ai-je cru. Une mère de famille», écrit-il. Il ne les connaît pas, peut-être les a-t-il croisés. Des anonymes. Il enquête auprès des voisins, des pompiers, de la presse locale… Quelques pensées. Il raconte tout cela dans Suite à un accident grave de voyageur.
Homme de mots, Fottorino remarque d'abord que chaque fois qu'il y a un suicide, la SNCF ou la RATP prennent un grand soin à ne jamais prononcer le mot. Il ne peut s'empêcher de souligner le double sens du terme «personne»: que veut-on dire quand on parle «des accidents de personne»? De même, les pompiers qui interviennent après un suicide usent de l'expression «Personne sous un train». Qui s'est jeté sous un train, s'interroge Fottorino? Personne?

Romans autobiographiques

Bien sûr, ces histoires de suicide résonnent en lui. Ne l'a-t-il pas évoqué dans plusieurs de ses romans autobiographiques, notamment dans L'homme qui m'aimait tout bas? Mais l'écrivain a surtout voulu aller à la rencontre de ces détresses qu'on n'écoute pas, qui n'existent pas. Par ce texte, il a émis le vœu de déchirer ce voile du silence. «La mort des inconnus passe vite», dit-il.
Ce récit de 63 pages est extrêmement touchant. Il nous rappelle que chaque année en Ile-de-France, plus de 450 de ces inconnus se suicident sur le réseau francilien, soit plus d'un par jour. ­Désormais, quand on entendra la voix synthétique résonner dans les haut-parleurs «suite à un accident grave…», on réfléchira à deux fois avant de ­râler.
«Suite à un accident grave de voyageur», Éric Fottorino. Éd. Gallimard, 8,20 euros.

mardi 15 janvier 2013

N°14 revue ¿ Interrogations ? - Le suicide - Juin 2012 en ligne

N°14 revue ¿ Interrogations ? -Le suicide - Juin 2012 En ligne


Preface

Partie thématique
- Anomie néolibérale et suicide au travail, Burgi Noëlle
CNRS, Centre de recherches politiques de la Sorbonne
Résumé : Les gestes suicidaires en lien avec le travail se sont multipliés dans le monde ces dernières décennies et risquent d’augmenter dans les années à venir. On peut les considérer comme l’expression extrême d’une gamme de pathologies individuelles et sociales nourries par la compétition généralisée qui est au coeur du « nouvel esprit du capitalisme ». L’entreprise hy-permoderne, illustrée ici par le cas de France Télécom-Orange, représente un microcosme dans le contexte plus large d’une nouvelle «gouvernementalité néolibérale » œuvrant « pour le marché » (selon les expressions de Michel Foucault). Les individus atomisés y deviendraient les simples particules élémentaires de la machine concurrentielle. Ils sont niés dans leur altérité et contraints, sous peine de sanctions, à une obéissance aveugle. Placés au quotidien dans des situations tragiques de conflits de devoirs sans autre règle que l’injonction à la performance, les sujets perdent leurs capacités de jugement, l’estime de soi et la confiance en soi. L’expérience clinique tend à montrer que les plus vulnérables aux pulsions suicidaires sont les travailleurs les plus attachés à une éthique professionnelle et personnelle.
http://www.revue-interrogations.org/fichiers/285/Burgi_Suicide_au_travail.pdf

- Se suicider au grand âge : l’ultime recours à une vieillesse déchue ?, Campéon Arnaud
Docteur en sociologie ingénieur de recherche à l’EHESP, chercheur au CRAPE (CNRS UMR6051)
Résumé
L’espérance de vie a fortement augmenté au cours des dernières décennies et il est probable, qu’à l’avenir, elle continuera de croître. Cette évolution n’est pas sans poser de nouvelles interrogations quant à la qualité des années de vie gagnées, en particulier aux âges les plus avancés. C’est, entre autre, ce que nous rappellent les nombreux suicides au grand âge qui révèlent la vulnérabilité de nombreuses personnes âgées et qui interrogent également notre capacité collective à fournir les conditions matérielles et sociales propices à un vieillissement intégré et porteur de sens pour ceux qui le vivent.
http://www.revue-interrogations.org/fichiers/289/Campeon_Vieillissement_et_suicide.pdf

- Petits arrangements avec la mort volontaire. Suicide, folie et refus de sépulture dans la première moitié du XIXe siècle, Guillemain Hervé
Maître de conférences à l'université du Maine
La médicalisation de l’acte suicidaire dans la première moitié du XIXe siècle s’apparente-t-elle à un contrefeu allumé face à un catholicisme intransigeant prompt à marginaliser les sujets suicidés ? La thèse de la folie s’oppose-t-elle à celle de la responsabilité ? En mettant en valeur la déprise religieuse comme facteur de suicide, les aliénistes offrent certes une forme de préhistoire à la thèse durkheimienne. Cependant, à partir d’une observation au « ras du sol » des pratiques de refus de sépultures et des arrangements auxquels celles-ci peuvent donner lieu, l’histoire sociale, médicale et religieuse du suicide permet de construire un récit plus complexe de cet acte individuel.
http://www.revue-interrogations.org/fichiers/287/Guillemain_Petits_arrangements_avec_la_mort_volontaire.pdf

- Le suicide d’Albine dans La Faute de l’abbé Mouret ou la sociologie de Durkheim à l’épreuve d’un suicide littéraire, Ledent David
Docteur en sociologie, Assistant d’enseignement et de recherche Mary Immaculate College, Université de Limerick (Irlande).
Cet article propose de confronter un cas de suicide littéraire, celui d’Albine dans La Faute de l’abbé Mouret de Zola, aux analyses de Durkheim dans Le Suicide. Après avoir retracé les différentes expériences sociales d’Albine, nous pourrons mettre son suicide à l’épreuve de la typologie formulée par Durkheim. Non seulement le suicide d’Albine est loin de constituer un suicide d’exception, mais son analyse permet d’éclairer sous un jour nouveau la sociologie de Durkheim. C’est dans le cadre d’une sociologie par la littérature que nous pourrons ainsi mesurer les problèmes que rencontre Durkheim pour passer d’une sociologie explicative à une sociologie compréhensive.
http://www.revue-interrogations.org/fichiers/290/Ledent_suicide_Albine.pdf

- De la laideur au suicide, Sagaert Claudine
Docteur en sociologie, enseigne la philosophie au Lycée Français de São Paulo.
Avec l’inflation de la prise en compte de l’apparence dans les sociétés contemporaines industrialisées, l’individu étiqueté comme laid est bien souvent dévalorisé, rejeté, mis à l’écart. Fragilisé par le regard de l’autre, il a honte d’être ce qu’il donne à voir de lui-même à tel point qu’il en vient bien souvent à générer les fruits d’une haine de soi et à devenir alors à ses yeux, objet de répugnance et de dégoût. Dans l’impossibilité d’être autre que ce qu’il est, il ne trouve pour seule issue que d’attenter à sa vie.
http://www.revue-interrogations.org/fichiers/288/Sagaert_De_la_laideur.pdf


voir les autres Articles du numéro
http://www.revue-interrogations.org/infos.php?num_ID=21

jeudi 29 mars 2012

ACTU DU CENTRE CRISE, QUEBEC... ZOOM SUR


ZOOM SUR A LIRE DANS LE BULLETIN VOLUME 1 NUMERO 2 DE MARS 2012 DE CRISE

Rebondir malgré la blessure indélébile
"Christine Genest, doctorante en sciences infirmières à l’Université de Montréal sous la direction du Professeur Francine Gratton, a présenté lors de la rencontre du CRISE de septembre 2011 les résultats
de sa recherche intitulée « Le processus de résilience familiale : comment survivre au suicide d’un adolescent ». Le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les adolescents de 15 à 19 ans au Canada. Ces morts
laissent les familles avec un sentiment de perte irrémédiable et certains de leurs membres deviennent également à risque de suicide. Comprendre l’impact de ce type de suicide sur les familles est essentiel si on veut donner des services adéquats aux proches endeuillés. En dépit de la prévalence de ces suicides,
il n’y avait jamais eu, jusqu’à présent, d’étude se penchant sur la résilience des familles suite au décès d’un
adolescent. Mme Genest a réalisé des entrevues en profondeur auprès des membres de 7 familles de tout type (nucléaire, recomposée, séparée, divorcée). Elle a également eu accès à certains documents personnels
comme des journaux intimes de certains membres de la famille, des interviews réali- Suite à la page 2 du bulletin

***


250 ans de rapports du Coroner: Une mine d’informations

Les mentalités face au suicide se sont considérablement transformées à travers les époques au Québec. Comprendre les raisons de ces changements est au coeur d’une large étude menée par deux professeurs du département de criminologie de l’Université d’Ottawa, le sociologue Patrice Corriveau et l’historien
André Cellard. En décembre dernier, ils ont présenté aux membres du CRISE, leur projet et la richesse de ce qu’ils découvrent. Bien que le suicide demeure un sujet tabou dans nos sociétés, la façon dont on parle
de ce sujet douloureux et dont on le traite a beaucoup évolué. Il y a 40 ans, la tentative de suicide était toujours considérée « illégale » au Canada, c'est-àdire un acte criminel punissable par la loi. Dans la Nouvelle-France du XVIIIe siècle, le suicide était perçu comme l’un des crimes les plus odieux. Le cadavre
du suicidé était traîné face contre terre dans les rues des villes, pendu par les pieds dans les places publiques,
avant d’être jeté à la voirie. L’Église catholique condamnait le suicidé aux peines éternelles et lui déniait le droit à la sépulture dans un cimetière. À partir du XXe siècle, les approches médicales et psychiatriques
ont fini par prendre les devants pour la compréhension et le traitement des suicidaires. Cela conduisit progressivement à un allègement des peines pour tentatives de suicide – qui originellement étaient punissables de mort – (Etudes sur les lettres des suicidés) Suite à la page 4
***

AUTRE INFO

La détresse psychologique et les idéations suicidaires chez les producteurs laitiers au Québec, en France et en Suisse. Ginette Lafleur présente aux suisses quelques résultats de son étude.

Habitués à une vie rude, les paysans ne s'écoutent pas suffisamment
Par Réane Ahmad
Agri: Hebdomadaire professionnel agricole de la Suisse Romande
24 Février 2012
Résumé: La situation sociale et de santé des éleveurs laitiers en Suisse romande, en Franche-Comté et au Québec a fait l'objet d'une étude. Celle-ci révèle que les pressions pesant sur les épaules des paysans sont multiples. Ce stress quotidien peut déboucher sur une détresse psychologique, voire mener dans les cas les plus extrêmes au suicide. Il ressort des travaux de Ginette Lafleur, candidate au doctorat au CRISE, que 55% des producteurs de lait suisses, 45% des éleveurs québécois et 40% de leurs confrères français estiment leur niveau de stress comme élevé, contre 27% de la population québécoise en général.


pour recevoir les bulletins du centre CRISE http://www.crise.ca/

mercredi 22 février 2012

Du suicide, Léon Tolstoï

Tolstoï commença la rédaction de cet essai, intitulé Du suicide, en mars 1910, peu de temps avant sa mort. C’est l’un de ses tout derniers textes. Il en reprit la rédaction quelques mois plus tard, après avoir visité deux hôpitaux psychiatriques, orientant sa réflexion sur la folie. Les nombreux brouillons et les variantes attestent du long travail de l’auteur qui revient une fois encore, avec un ton violent et dépouillé des artifices du style, sur cette tragédie qui l’a souvent hanté.
Tolstoï répond à de nombreux correspondants, candidats au suicide, qui s’adressent à l’écrivain devenu à l’époque un sage universellement connu. Il dénonce la folie du monde, reliant constamment dans son analyse la question politique à la problématique personnelle. Il ne fait pas reposer la responsabilité de cette folie uniquement sur les contradictions personnelles dans lesquelles se débattent les individus ou sur la perversion des institutions, mais il montre le rapport profond qui existe entre le social et l’individuel.

Du suicide, Léon Tolstoï
Traduit du russe, préfacé et annoté par Bernard Kreise
Coll. Carnets
9,60 € - 80 pages