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mardi 16 août 2022

AUTOUR DE LA QUESTION Interview Didier Quilliot : Bypass, sleeve, anneau.. la question de l'accompagnement psychologique

Interview Bypass, sleeve, anneau : "On observe plus de suicides" après la chirurgie pour perdre du poids

En France, la chirurgie de l’obésité concerne environ 45 000 patients par an. Si elle a « un effet freinateur », le composant psychologique peut persister. Interview.

L’assurance maladie rembourse l’opération chirurgicale du bypass et l’hospitalisation à hauteur de 70 %. (©Illustration/Adobe Stock)
Par Briac Trebert Publié le 14 Août 22 Actu*

En 2017, Éric a eu recours au bypass, une opération qui réduit l’estomac. Il a perdu 60 kilos. Aujourd’hui, il regrette son choix et son plaisir de manger.  « Il y a un véritable décalage entre mon esprit et mon corps. J’ai envie de manger, mais mon corps est trop rapidement saturé. Je sais qu’en mangeant trop je me fais du mal, mais ça rend la frustration plus tolérable. Aujourd’hui, je regrette l’opération », expliquait-il récemment à notre rédaction actu Strasbourg.

Le quinquagénaire a traversé une importante dépression et a repris ses « mauvaises » habitudes alimentaires. Son estomac est plein dès qu’il a terminé son entrée, alors il essaie de picorer, sans grand succès, et a très souvent la nausée.

Ce témoignage, parmi d’autres, met en avant le problème bien identifié de la prise en charge psychologique de ces opérations, « car peu de psychologues/psychiatres ont une compétence dans ce domaine, et notamment dans les troubles du comportement alimentaire », explique à actu.fr le professeur Didier Quilliot, de l’unité multidisciplinaire de chirurgie de l’obésité au CHRU de Nancy. 

Actu : La chirurgie bariatrique connaît un véritable engouement en France, est-ce une particularité « française » ?

Didier Quilliot : Depuis 2013, plus de 40 000 patients se font opérer chaque année, oui. Il y a eu un effet Covid-19 avec moins d’interventions en 2020, mais ce sont effectivement entre 40 et même plutôt plus de 50 000 interventions qui se déroulent chaque année.
La France est clairement l’un des pays qui pratique le plus dans le monde la chirurgie bariatrique si l’on se rapporte à la population générale et à la population obèse, car nous sommes un pays plutôt préservé par l’obésité pour le moment.
En France, on opère depuis 1995 environ, donc on a du recul. Et le remboursement joue, évidemment. L’assurance maladie rembourse l’opération chirurgicale du bypass et l’hospitalisation à hauteur de 70 %. L’intervention ne peut néanmoins évidemment être remboursée que si le médecin conseil a accepté l’opération.

Quelles sont les « techniques » ?

DQ : La Haute autorité de santé (HAS) en a validé trois : la sleeve gastrectomy, le bypass gastrique en Y et l’anneau gastrique. En résumé, le gastric bypass, comme la sleeve gastrectomy, agissent essentiellement en diminuant la sensation de faim, en renforçant le rassasiement et la satiété. Les bypass consistent en une réduction de la taille de l’estomac associée à un court-circuitage d’une partie de l’estomac et de l’intestin grêle.
En règle générale, on mange quand on a faim, mais cela nous arrive de manger pour d’autres raisons… que souvent on définit comme de la gourmandise mais qui cachent en réalité une forme de compensation, ou de traitement de nos émotions.
Des patients mangent quand ils sont stressés, angoissés quand ils ont un mal-être, quand ils ne parviennent pas à gérer leurs émotions… La chirurgie a un effet freinateur, mais le composant psychologique peut persister, et c’est toute la difficulté.

L’Inspection générale des affaires sociales, l’Igas, avait pointé en 2018 un « mauvais encadrement » des chirurgies de l’obésité en France. Est-ce que des « garde-fous » ont été mis en place depuis ce rapport ?

DQ : Il faut avoir en tête que la chirurgie, c’est une chance. En moyenne, avec ces opérations, les patients gagnent six ans d’espérance de vie et neuf ans quand il y a un diabète…
Mais opère-t-on les « bons » patients ? Sûrement pas. Les diabétiques de type 2 ou prédiabétiques, les patients à haut risque de complications, devraient être les principaux bénéficiaires. Or, aujourd’hui, il reste difficile de convaincre les diabétologues de considérer la chirurgie bariatrique, et notamment le gastric bypass, comme un traitement de première ligne.
En France, les médecins (endocrinologues, diabétologues, nutritionnistes), ont mis beaucoup de temps à s’impliquer dans la chirurgie bariatrique. Au départ, probablement en raison d’un manque de preuves, d’un manque de compétences, et de l’investissement du domaine par les chirurgiens. Les équipes pluridisciplinaires ont tardé à se mettre en place et restent encore souvent insuffisamment structurées.

Le point faible concerne surtout la prise en charge psychologique ?

DQ : Oui, car peu de psychologues/psychiatres ont une compétence dans ce domaine, et notamment dans les troubles du comportement alimentaire.
La Haute autorité de santé (HAS) rappelle régulièrement que la chirurgie est un traitement de seconde intention de l’obésité – c’est-à-dire après échec d’un traitement médical, nutritionnel, diététique et psychothérapeutique bien conduit pendant six mois à un an – et concerne les patients dont l’indice de masse corporelle (IMC) est supérieur ou égal à 40 kg/m2, ou dont l’IMC est supérieur ou égal à 35 kg/m2, associé à au moins une comorbidité susceptible d’être améliorée après la chirurgie.
En cas de réussite, elle aide à une perte de poids importante et persistante. Pourtant, cet acte lourd ne doit être réalisé qu’à l’issue d’une décision médicale partagée, avec une information claire sur les techniques existantes, leurs avantages et inconvénients, leurs conséquences, les complications et sur la nécessité d’un suivi médical tout au long de la vie…. Mais il y a encore du travail.

Les risques sont connus, doivent être prévenus et gérés, notamment les risques nutritionnels. Et cela impose un suivi régulier obligatoire, encore trop mal organisé en France. En dehors du risque de carence, les principaux risques sont de basculer dans une autre addiction (alcool, médicaments, substances, jeux, achats, sexe….) ou de développer d’autres troubles psychologiques, comme la dépression, ainsi, on a observé trois à quatre fois plus de suicides suite à ces opérations. La chirurgie seule ne peut pas suffire.

La chirurgie de l’obésité entraîne une perte de poids durable aux répercussions certaines et visibles sur la vie quotidienne des personnes obèses, mais cette intervention peut aussi les remettre en question au plus profond d’elles-mêmes, puisqu’elle va d’une part les changer physiquement, et d’autre part les empêcher, en partie de gérer leur mal-être par la nourriture.
La nécessité, clairement identifiée, est celle de prendre en charge les patients de façon pluridisciplinaire et d’insister sur la prise en charge psychologique. En effet, les troubles du comportement alimentaire sont très souvent liés à des traumatismes psychologiques anciens. C’est indispensable pour prévenir ainsi tout risque de rechute ou de compensation du symptôme de l’addiction alimentaire par un autre tout aussi dévastateur.
Mais le manque de psy, formés, aujourd’hui pose un réel problème.

Actuellement, 30% des postes en psychiatrie ne sont pas pourvus dans les hôpitaux publics, selon la Fédération française de psychiatrie
https://actu.fr/societe/bypass-sleeve-anneau-on-observe-plus-de-suicides-apres-la-chirurgie-pour-perdre-du-poids_53059478.html
Publié par infosuicide à 16:07
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Libellés : TROUBLES ALIMENTAIRES

jeudi 13 janvier 2022

ETUDE RECHERCHE Tentative de suicide violente et anorexie mentale : le témoignage d’une adolescente soignée dans une unité de double prise en charge Médecine Physique Réadaptation et Pédopsychiatrie (MPR-psy)


Tentative de suicide violente et anorexie mentale : le témoignage d’une adolescente soignée dans une unité de double prise en charge Médecine Physique Réadaptation et Pédopsychiatrie (MPR-psy)
Nicolas Girardon

Pédopsychiatre, chef de service. Clinique fsef Neufmoutiers-en-Brie.
nicolasgirardon@gmail.com

Dans Enfances & Psy 2021/2 (N° 90), pages 70 à 81

Le suicide est une des causes principales de mortalité chez les patientes souffrant d’anorexie mentale restrictive. Le témoignage recueilli au décours d’un séjour dans une unité de double prise en charge Médecine physique réadaptation (mpr) et Pédopsychiatrie, auprès d’une adolescente de 14 ans souffrant d’anorexie mentale et ayant survécu à une tentative de suicidaire, apporte un éclairage sur les facteurs prédisposants et précipitants de son passage à l’acte.

Plan

  1. Observation médicale d’Alicia
  2. L’interview d’Alicia
  3. Discussion
    1. Sur l’anorexie mentale
    2. Sur la crise suicidaire
  4. Conclusion

 

Publié par infosuicide à 11:44
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Libellés : RECHERCHE, TEMOIGNAGE, TROUBLES ALIMENTAIRES

lundi 19 octobre 2020

DOSSIER INFORMATION INSERM Anorexie mentale

Dossiers d'information

Anorexie mentale


Dernière mise à jour 08.10.20

Un trouble essentiellement féminin, à la frontière de médecine somatique et de la psychiatrie

L’anorexie mentale est un trouble du comportement alimentaire essentiellement féminin qui apparait le plus souvent à l’adolescence. Il entraîne une privation alimentaire stricte et volontaire pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. L’anorexie est très souvent associée à des troubles psychologiques. Les chercheurs tentent de préciser les mécanismes impliqués dans l’émergence de ce trouble, ainsi que ses facteurs de risque et d’évolution. Ils cherchent aussi à améliorer la qualité de la prise en charge des patients : l’objectif est d’obtenir des guérisons plus fréquentes et plus rapides, limitant ainsi le risque de séquelles et de complications potentiellement fatales.


Lire la suite https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/anorexie-mentale
Publié par infosuicide à 19:31
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Libellés : TROUBLES ALIMENTAIRES

jeudi 18 juin 2020

ETUDE RECHERCHE USA Étudiants américains – Quelle corrélation entre troubles du comportement alimentaire et suicide ?

Étudiants américains – Quelle corrélation entre troubles du comportement alimentaire et suicide ?
15 Juin 2020 https://www.addictaide.fr/*

Les troubles du comportement alimentaire (TCA) présentent le taux de mortalité direct le plus élevé de toutes les maladies mentales. Parmi les comorbidités associées aux TCA, le risque suicidaire est plus élevé chez ces patients  comparé à la population générale espace(1). Afin de prévenir au mieux le risque suicidaire et de limiter les passages à l’acte, il est important de comprendre davantage les liens entre le passage à l’acte et les TCA
Une enquête annuelle « Healthy Minds » axée sur la santé mentale et les facteurs associés dans les populations d’étudiants aux États-Unis permet de récolter de nombreuses données. De manière spécifique, des chercheurs de l’Université de santé publique de Boston ont étudié le risque suicidaire dans les TCA chez les étudiants américains. La population étudiante présente un intérêt particulier pour la prévention et l’intervention précoce des TCA. En effet, dans le système classique, les étudiants ont entre 18 et 25 ans ce qui correspond à l’âge médian de l’apparition des TCA (2).
L’apparition de ces problématiques peut s’expliquer par la transition que représente l’entrée à l’université aux États-Unis, source de stress car elle  demande une adaptation importante. En outre, la pression à la réussite en lien avec le coût financier des études peut se répercuter sur les étudiants. Autant de facteurs qui fragilisent cette population.
Cette étude publiée récemment dans la revue International Journal of Eating disorders avait pour but de comprendre les relations entre le risque de suicide et les symptômes des TCA dans cette population étudiante. Les auteurs ont associé le risque suicidaire (idéation et tentatives) et trois mesures validées du niveau de gravité et des symptômes associés aux TCA (comportements de restriction et/ou de purge …).
L’enquête de « Healthy Minds » a été menée sur 77 campus et l’analyse des données de 71 712 étudiants a permis d’évaluer si certaines caractéristiques individuelles étaient associées à un risque accru.Les auteurs ont observés que les symptômes des TCA sont hautement prédictifs du taux de suicide. Les étudiants ayant des niveaux de symptômes les plus élevés avaient 11 fois plus de chances de faire une tentative de suicide par rapport aux étudiants ne présentant aucun symptôme.
Par ailleurs, les étudiants des classes marginalisées, ceux issues de milieux défavorisés, en particulier les minorités sexuelles (bisexuelles, homosexuelles) et de genre (transgenre …), sont plus exposées au risque de suicide et de troubles alimentaires. Les résultats montrent que les femmes et les transgenres (par rapport aux hommes) ; et les bisexuels, homosexuels et autres orientations sexuelles (par rapport aux hétérosexuels) sont 4 à 8 fois plus susceptibles d’avoir un dépistage positif de troubles alimentaires et de faire une tentative de suicide.
Les auteurs ont observé que les symptômes des TCA sont hautement prédictifs du taux de suicide. 
Les implications de cette étude sont importantes pour la prévention et l’intervention précoce. Face à l’augmentation des taux de suicide des étudiants, les universités doivent trouver des pistes d’actions. Les TCA devraient faire partie des efforts de prévention du suicide sur les campus. En effet, les étudiants qui présentent un TCA sont probablement plus fragiles que les autres. Ils présentent souvent des difficultés dans la gestion des émotions. Or, une mauvaise gestion des émotions peut expliquer en partie les comportements suicidaires. Parmi les troubles des comportements alimentaires, on trouve également la boulimie. Les personnes boulimiques présentent souvent des comportements impulsifs et imprévisibles (caractéristique de la crise). Cette impulsivité peut également être mise en lien avec le risque suicidaire associé au TCA.
Léa Bessière et Valentin Flaudias
Texte de référence :
Lipson, S. K., & Sonneville, K. R. (2019). Understanding suicide risk and eating disorders in college student populations: Results from a National Study. International Journal of Eating Disorders. doi:10.1002/eat.23188
(1) Udo, T., & Grilo, C. (2018). Prevalence and correlates of DSM-5–defined eating disorders in a nationally representative sample of U. S. Adults. Biological Psychiatry, 84(5), 345–354. https://doi.org/10.1016/j. biopsych.2018.03.014
(2) Favaro, A., & Santonastaso, P. (1997). Suicidality in eating disorders: Clinical and psychological correlates. Acta Psychiatrica Scandinavica, 95(6), 508–514. https://doi.org/10.1111/j.1600-0447.1997.tb10139.x
(3) Schwartz, A. (2006). College student suicide in the United States: 1990–1991 through 2003–2004. Journal of American College Health, 54(6), 341–352.


https://www.addictaide.fr/risque-suicidaire-et-trouble-du-comportement-alimentaire-chez-les-etudiants/
Publié par infosuicide à 13:50
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Libellés : ADDICTIONS, TROUBLES ALIMENTAIRES

jeudi 5 mars 2020

ETUDE RECHERCHE Étude de l’association entre les troubles des conduites alimentaires et le risque suicidaire chez les adolescents et jeunes adultes

Étude de l’association entre les troubles des conduites alimentaires et le risque suicidaire chez les adolescents et jeunes adultes
Revue d'Épidémiologie et de Santé Publique
Volume 68, Supplement 1, March 2020, Page S32
L3
Étude de l’association entre les troubles des conduites alimentaires et le risque suicidaire chez les adolescents et jeunes adultes
P.
Duriez abc
K.Goueslard de C.Quantin defgh F.Jollant acij
a
GHU Paris psychiatrie et neurosciences, site Sainte-Anne, Paris, France
b
Institut de psychiatrie et neurosciences de Paris (IPNP), UMR_S1266, INSERM, Paris, France
c
Université de Paris, Paris, France
d
CHRU de Dijon, service de biostatistiques et d’information médicale (DIM), Dijon, France
e
Université Bourgogne Franche-Comté, Dijon, France
f
Inserm, CIC 1432, Dijon, France
g
Dijon university hospital, clinical investigation center, clinical epidemiology/clinical trials unit, Dijon, France
h
Biostatistics, biomathematics, pharmacoepidemiology and infectious diseases (B2PHI), Inserm, UVSQ, institut Pasteur, université Paris-Saclay, Paris, France
i
CHU de Nîmes, Nîmes, France
j
McGill University, Montréal (Québec), Canada
Available online 27 February 2020.
https://doi.org/10.1016/j.respe.2020.01.071Get rights and content

Introduction
Alors que le suicide représente la seconde cause de mortalité chez les 15–24 ans, l’adolescence apparaît comme la période charnière de décollage du nombre de cas de suicide. Il est clairement établi que les pathologies mentales peuvent augmenter le risque de suicide. Toutefois, en raison de la relative rareté du suicide, la connaissance des facteurs de risque de mortalité par suicide durant l’adolescence ou le début de l’âge adulte reste limitée. Les données du Système national des données de santé (SNDS) en population nous offrent l’opportunité d’étudier des évènements rares, difficilement accessibles par des études cliniques impliquant les personnes. L’objectif de notre étude était de mesurer les hospitalisations liées à un acte auto-infligé et la mortalité par suicide chez les adolescents souffrant de troubles des conduites alimentaires.

Méthode
À partir des données du SNDS, nous avons sélectionné les personnes âgées de 12 à 24 ans, hospitalisées en médecine-chirurgie-obstétrique ou psychiatrie entre 2013 et 2014, pour anorexie (codes diagnostiques F50.0, F50.1) et/ou boulimie (codes diagnostiques F50.2). Pour explorer la survenue d’hospitalisations liées à un acte auto-infligé et la mortalité par suicide, un suivi épidémiologique a été réalisé au cours des trois années suivant l’hospitalisation index. Un modèle de régression logistique a pris en compte les variables suivantes : l’âge, le sexe, certains antécédents tels que les antécédents de gestes auto-infligés, certaines pathologies somatiques majeures ainsi que le parcours de soins dans les jours précédant l’évènement d’intérêt. Les antécédents ont été recueillis sur une période de cinq ans précédant l’hospitalisation index.

Résultats
Entre 2013 et 2014, 3229 jeunes âgés de 12 à 24 ans ont été hospitalisés pour anorexie. Sur la même période, 1204 ont été hospitalisés pour boulimie. L’étude est en cours d’exploration pour les événements d’intérêt et les facteurs d’ajustement.

Discussion/Conclusion
Nos résultats permettront de mieux cibler certaines mesures de prévention des actes auto-infligés et du suicide chez les adolescents et jeunes adultes souffrant d’anorexie mentale ou de boulimie.

Mots clés
Troubles des conduites alimentaires
Risque suicidaire
Adolescents et jeunes adultes
Base de données médico-administratives
 
https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0398762020300791
Publié par infosuicide à 15:45
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Libellés : ADOLESCENTS, TROUBLES ALIMENTAIRES

vendredi 22 novembre 2019

AUTOUR DE LA QUESTION STRUCTURE RESSOURCE Paris (75) Unité de jour spécialisée dans les troubles de conduites alimentaires pour adolescents

La 1ère unité de jour spécialisée dans les troubles de conduites alimentaires en France a ouvert à Paris
Source https://handicap.paris.fr/*

La 1ère unité de jour spécialisée pour adolescents présentant des troubles de conduites alimentaires en France a ouvert ses portes à la clinique de la Fondation santé des étudiants de France à Paris. Elle accueille les adolescents de 12 à 20 ans.
Catégorie : Enfance, jeunesse, Santé
La 1ère unité de jour spécialisée pour adolescents présentant des troubles de conduites alimentaires en France vient d’ouvrir ses portes à la clinique de la FSEF (Fondation santé des étudiants de France) à Paris dans le 16ème arrondissement.
Fondation santé des étudiants de France
Les troubles du comportement alimentaire (TCA), qui revêtent des aspects psychiques et somatiques, se traduisent par une anorexie mentale, une boulimie nerveuse, une hyperphagie alimentaire. Ils peuvent engendrer des complications nombreuses, telles que défaillance cardiaque, infertilité, dépression et même suicide. Le taux de mortalité varie de 5 à 15 %, c’est le plus élevé dans les maladies psychiatriques.
À l’inadaptation sociale qui touche ceux qui en souffrent s’ajoute le manque de prise en charge. Plus de la moitié de ces sujets ne sont pas traités.
L’unité de jour accueille les adolescents de 12 à 20 ans. Une équipe pluridisciplinaire soins-études propose une évaluation puis un programme de soins individualisé associé à une reprise progressive des études. L’offre de soins études-insertion, graduée et individualisée pour les adolescents et leur famille lui confère son originalité.
C’est la double évaluation effectuée par les équipes soignante et pédagogique qui détermine l’intensité de la scolarité en tenant compte des besoins de soins de chaque patient.

La Haute Autorité de Santé (HAS) insiste depuis 2010 sur l’utilité de développer des structures proposant une prise en charge « pluriprofessionnelle et coordonnée » sur le plan somatique, psychiatrique, nutritionnel, social et familial. Plus on agit précocement, plus la guérison est rapide.
Il n’en reste pas moins que les signes cliniques d’alerte ne sont pas facilement repérables. La HAS propose à cet effet 8 fiches outils consultables sur son site Internet.

Clinique Édouard Rist
14 rue Boileau
75016 Paris
Tél : 01 40 50 52 00
hdj.tca.rist@fsef.net
Plaquette de présentation


https://handicap.paris.fr/la-1ere-unite-de-jour-specialisee-dans-les-troubles-de-conduites-alimentaires-en-france-a-ouvert-a-paris/
Publié par infosuicide à 17:33
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Libellés : TROUBLES ALIMENTAIRES

vendredi 13 septembre 2019

Recommandation de bonne pratique HAS Boulimie et hyperphagie boulimique : Repérage et éléments généraux de prise en charge


Boulimie et hyperphagie boulimique : Repérage et éléments généraux de prise en charge
Recommandation de bonne pratique - Mis en ligne le 12 sept. 2019
https://www.has-sante.fr* Haute Autorité de Santé




Quels sont les objectifs de cette recommandation ?

Améliorer le repérage, le diagnostic, la prise en charge et le suivi des adolescents et des adultes souffrant de boulimie ou d‘hyperphagie boulimique.

Cette recommandation a été réalisée dans le cadre d’un partenariat HAS - Fédération Française Anorexie Boulimie (FFAB).

Elle complète la recommandation « Anorexie mentale, prise en charge » parue en 2010, et permet ainsi de proposer des recommandations sur l’ensemble des troubles des conduites alimentaires (TCA : anorexie, boulimie, hyperphagie boulimique).


A qui s’adresse cette recommandation ?


  • aux professionnels : médecins  généralistes, pédiatres, psychiatres de l’enfant et de l’adulte, diététiciens, chirurgiens-dentistes et orthodontistes, gynécologues, médecins et  infirmiers  scolaires (et  le milieu  scolaire en général), psychologues, endocrinologues, nutritionnistes, urgentistes,  réanimateurs,  médecins du sport, médecins du travail, gastro-entérologues, sages-femmes, kinésithérapeutes.
  • aux patients et à leur famille


Quels sont les messages clés
 ?


La boulimie se caractérise par des crises de boulimie (absorption d’une grande quantité de nourriture dans un temps restreint, associée à un sentiment de perte de contrôle) suivies de comportements compensatoires inappropriés tels que : vomissements provoqués, emploi abusif de laxatifs, diurétiques ou autres médicaments ; jeûne ; exercice physique excessif. En outre chez ces sujets l’estime de soi est affectée de manière excessive par l’apparence physique. Les personnes souffrant de boulimie ont généralement un IMC normal en raison des comportements compensatoires.

L’hyperphagie boulimique se caractérise par des épisodes récurrents de crises de boulimie, mais sans le recours aux comportements compensatoires inappropriés caractéristiques de la boulimie. C’est pourquoi les personnes souffrant d’hyperphagie boulimique sont généralement en surpoids ou en situation d’obésité. Ce trouble est responsable d’une souffrance importante.


Les données épidémiologiques


  • La boulimie, l’hyperphagie boulimique, et leurs formes partielles débutent le plus souvent à l’adolescence et au début de l’âge adulte.
  • La boulimie touche environ 1,5 % des 11–20 ans et concerne environ trois jeunes filles pour un garçon.
  • L’hyperphagie boulimique est plus fréquente (3 à 5 % de la population). Elle touche presque autant les hommes que les femmes et elle est plus souvent diagnostiquée à l’âge adulte.
  • Si l’hyperphagie boulimique débute un peu plus tardivement, le plus souvent « au-delà de 20 ans », il existe des formes plus précoces qui sont en outre plus sévères.



Quelles sont les conséquences de la boulimie et de l’hyperphagie boulimique ?

  • Les troubles des conduites alimentaires ont un retentissement important, tant sur un plan individuel, familial, que social.
  • La boulimie, l’hyperphagie boulimique, et leurs formes partielles ont un retentissement majeur sur la santé physique et psychique. Ces troubles sont associés à un risque important de surmortalité liée aux troubles métaboliques induits et au suicide.
  • La boulimie, l’hyperphagie boulimique, et leurs formes partielles sont fréquemment associés simultanément ou au cours de la vie à d’autres troubles psychiatriques, au premier rang desquels sont la dépression, les troubles anxieux, les troubles addictifs et les troubles de la personnalité.
  • Avoir souffert d’un trouble des conduites alimentaires fait courir le risque de souffrir d’une récidive ou d’une autre forme de trouble des conduites alimentaires au cours de la vie.
  • La boulimie et l’hyperphagie boulimique sont insuffisamment repérées et prises en charge ; leurs formes partielles le sont encore moins fréquemment.



Comment les repérer ?

  • Tout acteur du système de soins est à même d’effectuer ce repérage.
  • Les personnes atteintes de TCA consultent plus fréquemment leur médecin généraliste que la population générale dans les années précédant le diagnostic pour des plaintes somatiques diverses.
  • Un repérage ciblé doit être réalisé chez les groupes à risque (étudiants, sportifs, personnes en situation d’insuffisance pondérale ou d’obésité etc.).
  • Les éducateurs, professeurs de sport, le personnel scolaire, les parents, et tout intervenant en milieu de garde présent au moment des repas peuvent aussi participer au repérage.



Quelle prise en charge ?

  • Plus la prise en charge est précoce, meilleur est le pronostic.
  • La prise en charge est d’emblée pluridisciplinaire (somatique, psychologique, nutritionnelle, sociale et familiale), coordonnée entre les différents intervenants, adaptée à l’âge du patient et à l’intensité de ses troubles.
  • Pour l’établissement d’une alliance thérapeutique il est prioritaire d’instaurer une relation de qualité entre le professionnel, le patient et aussi souvent que possible l’entourage, y compris chez les adultes.
  • Expliquer l’objectif des soins : arrêt des crises, avec des objectifs thérapeutiques plus larges comprenant une dimension somatique, psychologique, sociale et relationnelle.
  • Il est préférable que la famille soit impliquée dans la prise en charge. Pour les adolescents et les jeunes adultes, la prise en charge sera adaptée à l’âge et impliquera leurs parents ou le tuteur légal.



Fiches outils

8 fiches outils ont été élaborées dans le cadre de cette recommandation afin de fournir des éléments d’information pratiques pour les professionnels, les patients et leur entourage :

  • Repérage
  • Comment en parler ? 
  • Évaluation initiale et initiation des soins
  • Complications somatiques et prise en charge
  • Prise en charge pluriprofessionnelle coordonnée
  • Aspects gynécologiques et obstétricaux
  • Repérage et prise en charge de l’état dentaire par le chirurgien-dentiste
  • Urgences  et troubles du comportement alimentaire


Documents

  • Boulimie et hyperphagie boulimique - Recommandations ReadSpeaker
  • Boulimie et hyperphagie boulimique - Argumentaire ReadSpeaker

Outils

  • Repérage - Fiche outil
  • Comment en parler ? - Fiche outil
  • Évaluation initiale et initiation des soins - Fiche outil
  • Complications somatiques et prise en charge - Fiche outil
  • Prise en charge pluriprofessionnelle coordonnée - Fiche outil
  • Aspects gynécologiques et obstétricaux - Fiche outil
  • Repérage et prise en charge de l’état dentaire par le chirurgien-dentiste - Fiche outil
  • Urgences et troubles du comportement alimentaire - Fiche outil

Documents complémentaires

  • Boulimie et hyperphagie boulimique : repérage et éléments généraux de prise en charge - Note de cadrage ReadSpeaker
https://www.has-sante.fr/jcms/c_2581436/fr/boulimie-et-hyperphagie-boulimique-reperage-et-elements-generaux-de-prise-en-charge
Publié par infosuicide à 17:59
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Libellés : RECOMMANDATIONS, TROUBLES ALIMENTAIRES

vendredi 10 août 2018

Entretien Philippe Jeammet : « L'anorexie est un appel à la vie »

La Vie, no. 3806
Manger ensemble, jeudi 9 août 2018 - 2217 mots, p. 92,93,94
Entretien
Philippe Jeammet : « L'anorexie est un appel à la vie »
Spécialiste de l'adolescence, le psychiatre Philippe Jeammet connaît bien les pathologies liées à l'alimentation. Il formule une théorie originale à leur sujet.
Anne-Laure Filhol

Anorexie, boulimie, orthorexie, hyperphagie... tous ces troubles alimentaires destructifs sont, avant tout, d'après le psychiatre et psychanalyste Philippe Jeammet, des dysfonctionnements émotionnels chez des sujets à la grande sensibilité. Une manière pour ces derniers de reprendre en main leur existence, blessée dans ce qu'elle recèle de plus essentiel : le lien à soi et à l'autre. Et, même s'il peut se révéler long et sinueux, un chemin de guérison est possible.
La Vie. Les troubles alimentaires surgissent-ils à des moments spécifiques au cours de l'existence?
Philippe Jeammet. Souvent à l'adolescence, car c'est un moment où il faut se réapproprier ce qu'on a reçu des autres. À chaque fois que l'évolution physique ou des rencontres vous obligent à réévaluer vos rapports avec ceux qui vous entourent, il y a difficulté. Mais même si l'adolescence est une période à risque, les troubles alimentaires peuvent apparaître à tout âge et font souvent suite à des deuils, des séparations, des déceptions... On assiste même à des anorexies durant la vieillesse. Mais dans ces cas, il y a eu de petits épisodes, au moment de l'adolescence justement.
Les hommes et les femmes sont-ils différemment affectés par les troubles alimentaires?
P.J. Il n'y a à peu près que 10 % des anorexiques qui sont des hommes - davantage sont boulimiques. Les hommes vont plutôt agir sur leur comportement par des attitudes violentes ou d'opposition. Aussi, ils investissent différemment leur corps. Ceux à tendance anorexique sont en général très obsessionnels et peuvent, pour leur part, tomber dans une culture du muscle.
Cette société, où l'image est reine, peut-elle provoquer des anorexies?
P.J. Comme tout modèle, toute croyance, toute rencontre, les messages envoyés par la société peuvent tout à coup correspondre à ce que le sujet attend et il va s'y accrocher. Cela a donc un effet renforçateur et cela peut faciliter la légitimité du comportement. Mais il faut aussi bien voir que l'anorexie est connue depuis l'Antiquité, qu'elle a reconnue comme une maladie dite mentale à la fin du siècle dernier, au moment où la mode féminine était plutôt dans les rondeurs. Il ne faut donc pas accorder plus d'importance que cela aux effets de la société.
Comment expliquer les troubles alimentaires?
P.J. Il n'y a pas un gène de l'anorexie, tout comme il n'y a pas un gène de la schizophrénie ou de la bipolarité, mais des vulnérabilités génétiques qui vont s'exprimer en fonction de l'environnement. Sur le plan biologique, les émotions se répartissent sur deux grandes polarités que sont les circuits appétitifs, ceux de l'échange, et les circuits aversifs, ceux du repli sur soi et de la destruction du lien face au danger. Dans certains cas, les facteurs de vulnérabilité étant très importants, le trouble apparaîtra à peu près certainement, et dans d'autres cas cela dépendra de l'environnement. Si ce dernier est une source de menace, de déception, les sujets vont avoir tendance à y répondre par des comportements de maîtrise. Il n'y a donc pas une cause, mais un ensemble de facteurs.
Quels liens peut-on établir entre l'anorexie et la boulimie?
P.J. Les anorexiques ont peur de devenir boulimiques et elles - puisqu'il s'agit essentiellement de femmes - auront, pour beaucoup d'entre elles, des phases boulimiques. Les boulimiques, elles, aimeraient être anorexiques, mais cela leur est en général plus difficile. On ne peut qu'être frappé par ces oppositions en miroir. En outre, on retrouve une même appétence derrière ces troubles alimentaires. Pour faire une anorexie, il faut beaucoup d'appétit. Pas d'appétit de nourriture, mais une appétence pour une vie intense, le partage, pour quelque chose qui vous remplisse, qui soit grand. En parallèle, il y a un sentiment de ne pas être à la hauteur et d'être toujours dans l'insatisfaction. Ainsi, tout comme dans la bipolarité, où l'on passe de l'euphorie à la dépression, les personnes souffrant d'anorexie ou de boulimie ont une grande vitalité qui peut se retourner avec la même intensité dans son contraire.
S'il y a des causes communes, pourquoi une personne verserait-elle dans l'anorexie et une autre dans la boulimie?
P.J. C'est une question de tempérament, mais cela peut être aussi influencé par la mode, les relations, le lien avec une personne en particulier. Tous ces comportements ne sont pas choisis. Essayez d'être anorexique ou boulimique, vous n'y arriverez pas comme ça. Et parce qu'ils soulagent, ils s'imposent au sujet.
En quoi se priver de nourriture pour l'anorexique ou manger de façon excessive pour le ou la boulimique rassure-t-il?
P.J. Ce sont des comportements adaptatifs qui ont des vertus apaisantes, car ils permettent de se sentir acteur de sa vie. Ce besoin est très important chez l'être humain. Dès que nous nous sentons menacé, en danger, déséquilibré, insuffisant, qu'on n'a pas assez confiance en nous, il nous faut redevenir acteur. Et même si les troubles alimentaires s'imposent à nous, ils nous donnent le sentiment de faire quelque chose, de reprendre la maîtrise. On retrouve des mécanismes similaires dans la drogue, les troubles obsessionnels avec des personnes qui vont se laver les mains 10 à 15 fois d'affilée et que cela va rassurer. Les conduites anorexiques et boulimiques soulagent sur le moment, sauf qu'elles ne répondent pas aux attentes profondes. Et comme avec la drogue, où vous avez toujours besoin d'en prendre au risque d'être mal à nouveau, ces troubles alimentaires deviennent contraintes et engrenage pathogène, avec une augmentation de l'anxiété, de l'insatisfaction, du besoin de se rassurer par une attitude destructrice.
En quoi est-on acteur dans la boulimie alors qu'elle apparaît justement comme une non-maîtrise de son alimentation?
P.J. Lorsqu'elle mange, la boulimique est dans un comportement actif, qui certes la déborde, mais auquel elle adhère et qui l'apaise. Et lorsqu'elle se fait vomir pour essayer d'annuler, elle est dans une forme de maîtrise.
Derrière ce refus d'abandon - ou de non-maîtrise - qu'y a-t-il?
P.J. . Il y a un manque de confiance en soi et le sentiment de ne pas se sentir de valeur suffisante. Cela va provoquer une attente exagérée d'une réponse des autres, de leur regard sur vous. Or, le paradoxe est que ce besoin va très vite être ressenti comme un pouvoir de cet autre sur vous, comme une intrusion. De façon générale, tous les troubles dits « mentaux » , qui sont pour moi des troubles émotionnels, sont dus à un réajustement des liens avec les autres. On est confronté à ce paradoxe que pour être soi il faut se nourrir des autres à tous points de vue, et dans le même temps, se différencier d'eux. Or, dès qu'on est dans des relations de plaisir, d'amour, les frontières se brouillent entre soi et l'autre. Pour ceux qui ont un tempérament angoissé, ce brouillard est assez insupportable : ils ne savent plus où ils en sont et peuvent se sentir dissous dans la relation. D'où ce besoin de se raccrocher au refus, à la maigreur, aux vomissements, tous ces comportements où la sensation va les protéger des émotions. L'angoisse s'est fixée sur ce vecteur privilégié de partage de plaisirs et de souffrances qu'est le corps. Ainsi, il y a quelque chose dans l'anorexie et la boulimie qui va se retrouver dans la vie affective de la personne : on remarque que dans leurs relations, et notamment leurs relations amoureuses, elles sont prises entre un besoin presque fusionnel de contact, et celui de rompre par peur d'être complètement envahie par l'autre.
Rompre pour, à nouveau, être dans la maîtrise?
P.J. Je crois que tout être vivant, et a fortiori l'homme, dès qu'il se sent confronté à l'impuissance, à une menace sur son identité, sur sa personne, s'accroche. Et il n'y a que deux moyens pour s'accrocher : l'acte et surtout l'acte destructeur et la croyance qui est d'ailleurs l'équivalent d'un acte. Avec la croyance, tout prend sens et valeur à vos yeux. Pour revenir sur l'acte destructeur, la relation comporte toujours un risque : celui de la déception. Par contre, on n'a besoin de personne pour la destruction du lien : vous êtes le plus fort, vous êtes sûr, là, de pouvoir reprendre la main, le pouvoir. Et cela se retrouve dans toutes les formes de destruction, du suicide jusqu'aux scarifications du corps. Même le suicide d'ailleurs - tout comme l'anorexie ou la boulimie - n'est, je pense, pas désir de mourir mais de rester maître de la décision et de ne plus dépendre de l'autre, de la vie, pour se protéger.
On dit souvent de la personne souffrant de troubles alimentaires qu'elle aurait un lien fusionnel à la mère...
P.J. Dès que l'on vit une situation d'insécurité, de malaise, cela a certes à voir avec notre tempérament, mais aussi beaucoup avec les liens qui nous ont construits, surtout pendant l'enfance. Les premiers échanges ont en effet une fonction importante dans la confiance que l'on va avoir en l'autre et en soi, car tout se construit en miroir. Or, ces liens sont portés par des personnes de référence, notamment ce qui tient lieu de mère ou de père. Ainsi, le manque de confiance en soi est souvent lié à la nature des relations qu'on a construites avec un environnement qui lui-même a ses problèmes et difficultés...
Reste-t-on anorexique ou boulimique toute sa vie?
p.J. Pour certains, ces troubles vont devenir chroniques. Au bout d'un moment, le corps ne parviendra plus à se modifier et il sera difficile de totalement guérir. Ce qu'on fait nous fait aussi. Dans son livre, Voyage jusqu'au bout de la vie. Comment j'ai vaincu l'anorexie (Odile Jacob, 2016), Nicole Desportes raconte qu'elle a été suivie pendant 15 ans, dont 8 ans d'hospitalisation, et qu'elle s'en est sortie. Elle a aujourd'hui une cinquantaine d'années, est épanouie, son corps a récupéré. Mais elle explique qu'elle reste fragile, avec parfois ces oppositions très fortes en elle, appétitives et aversives.
Mais peut-on en guérir?
P.J. Bien sûr. C'est avant tout un comportement adaptatif, comme la drogue, certaines passions ou convictions idéologiques. Et des convictions très fortes peuvent être très violentes un temps, puis virer à l'opposé. J'ai encore des contacts avec des patients que je soignais dans les années 1970, et qui sont grands-parents maintenant. Une femme, après 20 ans de suivi pour anorexie, m'a dit : « Je ne comprends pas comment j'ai pu être anorexique. Je le voudrais, je ne le pourrais plus. » C'est pour ça que, pour moi, les maladies mentales n'existent pas. Il nous faut revoir ces expressions qui datent de siècles passés, et plutôt dire qu'il s'agit de dysfonctionnements émotionnels chez des personnalités hypersensibles. Et qui, à la mesure de cette richesse, ont eu des déceptions, des traumatismes.
Quels conseils donneriez-vous aux proches d'anorexique ou boulimique?
P.J. . Les proches peuvent dire à la personne en question qu'elle a sans doute des peurs qu'elle contrôle de cette manière. Et qu'on n'a pas besoin de s'abîmer pour se sentir moins mal. Que ces comportements la privent de ce qui est constitutif de la vie : l'échange épanouissant avec les autres. On peut l'inciter à trouver des outils pour en sortir, tels que les thérapies, voire la prise de psychotropes pour soulager l'angoisse. Sans oublier la spiritualité, qui peut être une voie d'apaisement face à cette soif très forte de vie et de partage.
Concrètement, peut-on forcer une personne qui se mettrait en danger à aller voir un médecin?
P.J. Je pense que oui. On ne laisse pas mourir quelqu'un. Mais il faut être clair sur la façon dont on le fait. Il n'y a pas de réponse absolue, tout dépend du contexte et du sens que l'on donne à ce trouble. Si on fait comprendre à la personne qu'elle n'est pas faible et qu'elle n'a pas choisi, qu'on ne peut pas la laisser s'abîmer, que son comportement n'est pas fou parce que cela la soulage... Notre propre conviction en tant que proches ou soignants est importante. Comme médecin, j'ai souvent réussi à convaincre de se faire soigner et n'ai jamais eu à interner de force. Derrière tout trouble, il y a eu une déception, au sens très large. Le regard de l'anorexique qui se voit grosse est chargé de toutes ces attentes qu'il y a derrière. Il est donc aussi important de lui demander quel est cet appétit, cette soif, qui la taraude.
Ces troubles sont donc un appel à la vie...
P.J. Exactement. Ce n'est pas que la personne anorexique ou boulimique ne veut pas vivre, c'est qu'elle ne se sent vivre que comme ça. Et avoir peur du lien révèle toute l'importance qu'il revêt aux yeux de la personne souffrante. Oui, il y aura toujours des risques de déception, mais nous sommes appelés à passer par-dessus. Et nous, proches et soignants, sommes là pour témoigner auprès de ceux qui sont dans des périodes où ils ne voient plus justement l'autre côté : celui de la vie qui est la plus forte, de l'ouverture aux autres, de la transmission.
Philippe Jeammet, psychiatre et psychanalyste, a dirigé pendant 20 ans le service de psychiatrie de l'adolescent et du jeune adulte à l'Institut mutualiste Montsouris, à Paris. Son dernier ouvrage, Quand nos émotions nous rendent fous. Un nouveau regard sur les folies humaines , est paru en 2017 (Odile Jacob).
Publié par infosuicide à 15:29
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Libellés : APPROCHE PSYCHANALYTIQUE, POINT DE VUE ACTEUR SOCIAL, TROUBLES ALIMENTAIRES

vendredi 13 juillet 2018

”Une addiction sans drogue”: des anorexiques racontent leur souffrance

”Une addiction sans drogue”: des anorexiques racontent leur souffrance
10/07/18 lesinrocks.com*
Par  Clémence Carayol

Arte a sillonné l'Europe, de Bucarest à Milan en passant par Aix-la-Chapelle et Nice, pour rassembler les témoignages de patientes atteintes d'anorexie pour réaliser le documentaire d'une heure et demi "Chère anorexie", réalisé par Judith Du Pasquier en 2015 et en libre accès jusqu'au 7 septembre 2018. Pathologie souvent fatale, les jeunes femmes racontent le calvaire et l'addiction qu'elles ont vécus et lèvent le voile sur une maladie encore difficile à saisir et à soigner.
"J'avais l'impression d'être intense. Vivante. Comme si j'étais droguée." C'est le regard voilé et la voix cassée que cette ancienne patiente se souvient. Anorexique et boulimique pendant douze ans - comme en attestent les photos de son corps totalement décharné qu'elle tend à la caméra d'Arte - son combat contre la maladie, ponctué de rechutes, a été laborieux. Cette jeune femme blonde relate "la sensation d'être complètement vide" qu'accompagnait le refus de se nourrir. "Le contrôle est là. On sait que c'est l'enfer, mais on y va".
Un flirt avec la mort
Une autre femme à silhouette filiforme offre son dos à la caméra d'Arte pour que son visage reste dans l'ombre. Elle se rappelle avant tout de la jouissance "du contrôle total sur son corps". "C'est très très fort", chuchotera l'inconnue en parlant de sa "descente crescendo aux enfers". "Un jour je me suis dit que je n'arriverai jamais [à en sortir]. Que c'était fini." Elle a même "pris des médicaments" dans une tentative de suicide. L'anorexie est une maladie dont elle ne s'est pas complètement défaite : "Je rêve encore, la nuit, qu'on me coupe des bouts de fesse, de hanche, tous les bouts qui dépassent avec un véritable outil".
Ce trouble alimentaire a des répercussions sur la perception du monde du malade, et sur la rationalité dont celui-ci peut faire preuve. Une jeune patiente de 14 ans, hospitalisée à Nice, a décrété que le simple fait "d'inhaler l'odeur de la nourriture la faisait grossir", rapporte le personnel médical, passablement inquiet de l'état "de tristesse" de cette adolescente de 40 kilos. "Elle va parfois prendre des douches de deux heures où elle se frottera très violemment" parce qu'elle a l'impression que ce geste la fait maigrir.

"Vivante, comme si j'étais droguée"
En cause, les formes de jeune femme qui commencent à poindre sur des "endroits où on s'y attend pas ; l'anorexie va contre la sexualisation de son corps", expliquera une patiente. La pédopsychiatre Florence Askenazy abonde dans son sens : "C'est le refus d'être une jeune femme qui s'exprime ici. C'est une pathologie du refus. La patiente flirte avec la mort." Les anorexiques défient les lois de la nature, "l'ouverture sur la vie est impossible", explique la médecin.
Ce qui donne la force de tenir dans ce rituel infernal est "le sentiment d'euphorie" qui se propage chez le patient, souligne la psychiatre Brigitte Remy. Même pour le personnel soignant, la maladie est insoutenable : "il y avait un garçon qui était si maigre qu'il était impossible pour moi de le regarder, il me renvoyait l'idée de la mort", frissonne l'infirmière Cécile Laloum, pourtant habituée à suivre des anorexiques sévèrement atteints.
De nombreux suicides
L'anorexie est bien plus qu'un simple jeu morbide imposé à soi-même : "c'est de de plus en plus considéré comme une addiction sans drogue, avec les mêmes composantes psychologiques que dans d’autres dépendances, comme l'état dépressif et le manque d'estime de soi", expose la spécialiste Brigitte Remy. "Le jeûne mène à la perte du sentiment de faim" : atrophié par les carences, le cerveau disfonctionne, ce qui aboutit inexorablement à "effacer la pensée". Par ailleurs, "de tous les troubles psychiatriques, l’anorexie est celui pour lequel on meurt le plus en se suicidant", déclare le psychiatre Philip Gorwood : "Le patient a l’impression qu’il y a aucune sortie possible." "L'anorexie prend tout de toi", analyse une ancienne patiente, qui s'est coupée de son entourage après être tombée dans la maladie. C'est un véritable "dictateur interne qui s'installe", renchérit le psychiatre Maurice Corcos.
Beate Herpertz-Dahlmann, psychiatre allemande, explique qu'il n'y a pas une unique façon de soigner cette maladie. La méthode qu'elle emploie consiste entre autres à faire rédiger aux malades deux lettres. La première commence par "chère anorexie, tu es ma meilleure amie" et contient tous les aspects positifs que les malades associent à l'anorexie, comme le sentiment de contrôle. La seconde, par "méchante anorexie, tu es ma pire ennemie", à la suite de quoi le malade fait la liste des méfaits causés à son corps et son esprit par ce fléau.
Un dictateur interne
Si les méthodes varient, le but reste le même : celui de provoquer le déclic chez le malade. Car pour s'en sortir, il faut se rendre compte qu'on souffre d'une pathologie. Or elles sont nombreuses à expliquer qu'elle n'avaient pas du tout l'impression de souffrir d'un trouble pathologique. Une jeune femme se souvient de son déclic, qui lui a permis d'entamer une longue guérison en dos de scie : "quand on m'a hospitalisée, on m'a dit : 'tu risques de mourir. C’est toi qui décide si tu veux vivre ou pas.'"

https://www.lesinrocks.com/2018/07/10/actualite/une-addiction-sans-drogue-des-anorexiques-racontent-leur-souffrance-111103402/
Publié par infosuicide à 14:04
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Libellés : TEMOIGNAGE, TROUBLES ALIMENTAIRES

lundi 19 mars 2018

IDF Le 1er centre expert-référent des troubles du comportement alimentaire en Ile-de-France ouvre ses portes à la Clinique des Maladies Mentales et de l’Encéphale/CH Sainte-Anne

Le 1er centre expert-référent des troubles du comportement alimentaire en Ile-de-France ouvre ses portes à la Clinique des Maladies Mentales et de l’Encéphale/CH Sainte-Anne
Posté le 16 février 2018 http://www.ght-paris.com*

La Clinique des Maladies Mentales et de l’Encéphale (CMME) du CH Sainte-Anne/GHT Paris a lancé l’ouverture du premier centre expert-référent des troubles du comportement alimentaire (TCA) en Ile-de-France.
Ce centre vise à répondre plus rapidement et plus efficacement à une pathologie difficile à identifier et fortement suicidogène. Trop souvent, les personnes atteintes par ces troubles ne sont ni diagnostiquées ni orientées de manière adaptée. Comme en témoigne la baisse du taux de mortalité dans plusieurs pays depuis l’installation de centres référents TCA, la mise en place d’un tel dispositif permet d’accélérer leur reconnaissance et dès lors d’engager un processus thérapeutique précoce, donc plus efficace.
Quelques chiffres pour comprendre
En France, les troubles du comportement alimentaires concernent 5% de la population Française.
– 25% des sujets souffrent de symptômes de TCA.
– Seulement 1 patient sur 7 souffrant de trouble du comportement alimentaire est effectivement diagnostiqué.
– On évalue les dépenses de santé associés aux TCA à 20 millions d’€ par an, et près de 60 avec les coûts indirects.
– Le taux de mortalité en Suède est passé de 4.4% à 1.2% à la suite de l’instauration de centres experts TCA.
Lire le communiqué

http://www.ght-paris.com/fr/2018/02/16/1er-centre-expert-referent-troubles-comportement-alimentaire-ile-de-france-ouvre-portes-a-clinique-maladies-mentales-de-lencephalech-sainte-anne/
Publié par infosuicide à 20:05
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Libellés : PRESENTATION STRUCTURE RESSOURCE, REGION ILE DE FRANCE, TROUBLES ALIMENTAIRES

vendredi 27 octobre 2017

ETUDE RECHERCHE SUEDE image de soi et risques d'idéations suicidaires dans dans les troubles de l'alimentation chez les adultes.

Titre original Diagnosis-specific self-image predicts longitudinal suicidal ideation in adult eating disorders.
Andersén M1, Birgegård A1.
1 Centre for Psychiatry Research, Department of Clinical Neuroscience, Karolinska Institutet, & Stockholm Health Care Services, Stockholm County Council, Stockholm, Sweden.

Int J Eat Disord. 2017 Aug;50(8):970-978. doi: 10.1002/eat.22730. Epub 2017 Jun 5.
Abstract
OBJECTIVE:
Eating disorders (ED) are prevalent, serious illnesses with elevated mortality, mainly attributable to suicide. Predictors of suicidality include binge/purge symptomatology, impulsivity, and psychiatric comorbidity, as well as personality factors. Recent research has also shown self-image (the Structural Analysis of Social Behavior, SASB, model) to predict manifest suicide attempts in ED, and the study explored suicide risk prediction to increase knowledge of warning signs and intervention targets.
METHOD:
Participants were adult ED patients registered in the Stepwise clinical database (N = 1537) with anorexia nervosa (AN), bulimia nervosa (BN), binge-eating disorder (BED), or other specified feeding and eating disorder (OSFED). The SASB self-image questionnaire was used in stepwise regressions to predict 12-month suicidal ideation, both self- and clinician-rated, in models both excluding and including baseline clinical variables.
RESULTS:
Validation analyses showed fair correspondence between outcome variables as well as with suicide attempts. Different variables predicted suicidality in different diagnoses, over and above baseline clinical variables in all but one regression model. Low Self-protection was important in AN and BN, high Self-control in AN, and high Letting go of the self in BN. For BED, self-blame explained variance, and in OSFED, lack of self-love.
DISCUSSION:
Findings are in line with research showing differential self-image-based prediction of important outcomes in ED, with noteworthy consistencies across diagnoses and suicidality variables. Strengths included the large sample, and limitations pertained to measures, attrition and Type II error risk. Replication is needed, but findings are consistent with some previous work and offers clinical and research implications.

© 2017 Wiley Periodicals, Inc.
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/28580647
Publié par infosuicide à 14:43
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Libellés : RECHERCHE, SUEDE, TROUBLES ALIMENTAIRES

mardi 15 novembre 2016

Documentaire "Chère anorexie"

Chère anorexie
Documentaire - 2015
87 min
Réalisation :Judith Du Pasquier
Pays :France
Année :2015
Origine :ARTE F

À travers les témoignages poignants de malades et de soignants en Europe, une enquête sensible sur l'énigme de l'anorexie, dont la prise en charge ne cesse d'évoluer, à travers des thérapies complémentaires, y compris familiales ou artistiques.
Jeûneuses et mystiques au XV e siècle, hystériques et mélancoliques au XIXe... : le rapport au corps et à l'alimentation a toujours suscité des troubles du comportement. Si aujourd'hui l'anorexie, dopée par la mondialisation et le consumérisme, concerne majoritairement des filles, de plus en plus de garçons souffrent de cette pathologie, laquelle conduit plus que nulle autre au suicide. Spirale infernale liée au refus de s'alimenter, à l'idée d'effacement et de la sexualisation du corps à la puberté, l'anorexie, "addiction sans drogue", génère une euphorie. Traumatismes d'enfance, souffrances familiales occultées depuis des générations... : il est souvent difficile d'identifier ses causes. Mais sa prise en charge évolue, au travers des thérapies complémentaires, y compris familiales ou artistiques.
"Avide, elle te vole tout"
De la France à la Roumanie en passant par l'Allemagne, l'Angleterre et l'Italie, le film enquête avec délicatesse auprès des malades et du personnel soignant - psychiatres et infirmiers - sur l'invasive anorexie. "Avide, elle te vole tout", confie une ancienne malade. "Elle me donnait la sensation d'être vivante, intense, comme droguée", affirme une autre. Au fil des rencontres dans les centres de soins, ce documentaire explore en profondeur cette énigme. Les jeunes femmes témoignent ici avec une lucidité et une force bouleversantes de leur enfer en cours ou passé, de la perception abîmée de leur corps et de leur détermination à le contrôler dans une quête sans fin. Un document empreint d'une puissante humanité.
http://www.arte.tv/guide/fr/060825-000-A/chere-anorexie?country=FR

Comment (re)voir ce programme
Diffusion : jeudi 17 novembre à 09h25
En ligne du 18 octobre au 17 décembre 2016
Disponible en Europe
VOD-DVD
Ce programme est disponible en vidéo à la demande ou DVD.
Publié par infosuicide à 10:56
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Libellés : DOCUMENTAIRE, TEMOIGNAGE, TROUBLES ALIMENTAIRES

vendredi 13 mai 2016

Chirurgie bariatrique Améliorer le suivi postopératoire des patients livre blanc d'un collectif d’associations et de spécialistes de l’obésité

Obésité: Vers un meilleur suivi des patients après une chirurgie bariatrique
Publié le 11.05.2016 à 18:27 20minutes.fr/*

SOCIÉTÉ En France, chaque année, plus de 47.000 patients subissent une réduction de la taille de l’estomac et et de plus en plus d’études pointent des reprises de poids... En France un adulte sur deux est en surcharge pondérale. 16,9% sont obèses et 32,4% en surpoids. -

Maisons dédiées, infirmiers coordinateurs, suivi psychologique : un collectif d’associations et de spécialistes de l’obésité a présenté, ce mardi, un Livre blanc pour améliorer le suivi des plus de 47.000 patients subissant chaque année une chirurgie bariatrique (réduction de la taille de l’estomac).
Des lieux « relaxants et conviviaux »

Car, à long terme, l’opération ne donne pas tous les résultats escomptés et de plus en plus d’études pointent des reprises de poids. Un patient sur deux sort du parcours de suivi. La plupart sont perdus de vue au bout de deux ans en moyenne, « induisant un risque majeur de reprise de poids », a martelé le Dr Renaud Chiche, lors d’une conférence de presse présentant 13 propositions de suivi.

Parmi elles, la création de « maisons de l’obésité » est la plus emblématique. Ces maisons doivent être pensées comme des lieux « relaxants et conviviaux », a expliqué Faredj Cherikh, psychiatre au CHU de Nice. Le but est de pouvoir délivrer un suivi individualisé et adapté aux besoins du patient.
Une probabilité 50 % plus forte de faire une tentative de suicide

Les auteurs du Livre blanc avancent également l’idée d’un recours à des infirmières « coordinateurs référents » qui interviendraient avant, pendant et après l’hospitalisation. « Car le suivi nutritionnel, médical et même psychique doit se faire à vie », a insisté Anne-Sophie Joly, présidente du collectif national des Associations d’obèses, qui a fait notamment état de carences potentielles de vitamines pouvant conduire à des atteintes neurologiques graves.

Dans le cadre de ces maisons, ces infirmières pourraient établir un lien personnalisé avec les patients, les aider à changer leur comportement alimentaire, les inciter à faire plus d’exercice. Elles seraient en outre facilement joignables pour répondre à chaque instant aux questions des personnes opérées, souligne le Livre blanc. Un rapport qui rappelle qu’en octobre 2015, une étude faisait état d’une probabilité 50 % plus forte de faire une tentative de suicide chez les obèses ayant subi une chirurgie.
Sept millions de personnes obèses en France

En France, 15 % de la population adulte environ est atteinte d’obésité, soit sept millions de personnes parmi lesquelles 550.000 personnes souffrent d’obésité sévère.

Pour rappel, on considère qu’à partir d’un indice de masse corporel (IMC) 35, les conséquences de l’obésité sont graves. L’obésité est dite sévère (ou morbide) lorsque l’IMC atteint 40.
* http://www.20minutes.fr/sante/1843935-20160511-obesite-vers-meilleur-suivi-patients-apres-chirurgie-bariatrique

Accès livre blanc https://fr.calameo.com/read/001280000447fe1649a8a
Publié par infosuicide à 13:05
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Libellés : TROUBLES ALIMENTAIRES

jeudi 28 janvier 2016

ETUDE RECHERCHE FRANCE Que deviennent les anorexiques ?

Que deviennent les anorexiques ?
Vincent Bargoin27 janvier 2016 sur medscape.com*

Paris, France – Que deviennent les patients anorexiques ? Tel était le sujet de l’exposé du Pr Stéphane Guillaume (CHU de Montpellier) sur le devenir des patients (dans 90% des cas des patientes) atteints d’anorexie mentale, lors du 14ème congrès de l’Encéphale .
Quatre points sont à retenir, de l’évolution la plus défavorable à la guérison.
1-La mortalité est élevée ; il faut évaluer le risque suicidaire
Les anorexiques font des gestes plus sévères avec une intentionalité plus importante -- Pr Stéphane Guillaume
La mortalité reste la plus élevée des pathologies psychiatriques : 5 à 10% selon les auteurs, « avec probablement des progrès durant la dernière décennie », note le Pr Guillaume.
La mortalité est maximale durant les 10 premières années, et jusqu’à 20% des décès seraient liés à un suicide.
Le sur-risque est énorme, puisqu’un facteur 31 par rapport à la population générale a été rapporté : x20 chez les bipolaires, x7,5 chez les boulimiques, x 2,5 chez les sujets dépendants du tabac. D’une manière générale, « les anorexiques font des gestes plus sévères avec une intentionnalité plus importante », souligne le Pr Guillaume.


2-De l’anorexie aiguë à l’anorexie chronique
Si le trouble du comportement alimentaire (TCA) devient chronique, la réévaluation des objectifs thérapeutique est nécessaire : il ne s’agit plus de guérir le trouble, mais de permettre à la personne de vivre avec en réduisant les risques.
La seconde évolution, par sévérité décroissante, est le passage la chronicité. « Il existe un seuil de durée de 5 à 8 ans au-delà duquel les chances de rémission diminuent drastiquement », indique le Pr Guillaume

Environ 20 % des patientes développeraient ainsi des formes résistantes, avec ce que ces formes impliquent d’isolement social et de complications somatiques – et de recours répétés au système de soins, relève aussi le Pr Guillaume.
Les facteurs de chronicisation
Selon Zipfel et al. (84 patientes hospitalisées suivies durant 21 ans), les facteurs associés à la chronicisation seraient l’anorexie de type binge/purging, un IMC bas, une prise de poids insuffisante pendant l’hospitalisation, les problèmes psychosociaux. En revanche, l’âge de début ne serait pas un facteur pronostic [2].
Face à ces patientes, le Pr Guillaume constate un comportement fréquent chez les soignants : « face à une adolescente de 17 ans, tout le monde admet qu’il faut se battre. Face à une patiente plus âgée, la stigmatisation est plus importante, favorisant une tendance au renoncement, aussi bien de la part des psychiatres que des somaticiens ».
A un certain stade, il faut savoir changer d’objectif thérapeutique, admettre qu’une patiente hautement résistante au traitement ne sera pas guérie par le traitement, et que l’objectif devient sa qualité de vie avec sa maladie chronique.
« Les choses peuvent alors beaucoup s’améliorer », résume le Pr Guillaume. « Les objectifs classiquement recherchés chez l’adolescent, restauration du poids et d’un comportement alimentaire « relax », ne sont plus cliniquement pertinents, et aboutissent à un épuisement du patient et des soignants. Il faut switcher vers le paradigme de la maladie chronique et de la réduction des risques. Les trois objectifs sont : la qualité de vie, la gestion des complications somatiques, la gestion des complications psychiatriques ».
Après 20 ans, il peut y avoir des guérisons, donc il ne faut pas fermer la porte -- Dr Nathalie Godart
Et ceci sans perdre de vue que « après 20 ans, il peut y avoir des guérisons, donc il ne faut pas fermer la porte », a rappelé le Dr Nathalie Godart (Paris) en commentant la présentation du Pr Guillaume. Néanmoins le message est que « ces patientes fortement stigmatisées peuvent faire l’objet d’interventions efficaces, sous formes de thérapies réalistes ».
3- La persistance d’un TCA à bas bruit
Les TCA sub-syndromiques que l’on voit apparaitre en cas de rémission partielle, se traitent comme les formes syndromiques.
Troisième groupe de patientes : les quelque 30% d’entre elles qui vont entrer en rémission partielle (chiffre naturellement variable selon les populations et les définitions retenues).
Il s’agit d’un groupe hétérogène, comprenant des patientes présentant une anorexie résiduelle ou récidivante, et des patientes développant un autre TCA, en particulier une boulimie. A ce propos, le Pr Guillaume rappelle qu’il faut faire attention avec l’Epitomax®, anti-épileptique volontiers utilisé comme coupe-faim par les sujets boulimiques, et qui peut induire en retour une anorexie.
« Chez les patientes en switch, le traitement est celui du nouveau trouble », rappelle-t-il également. « L’antécédent d’anorexie est néanmoins important à dépister car il modifie le pronostic et pourrait orienter la prise en charge ».
Par ailleurs, quel que soit le TCA, « les formes sub-syndromiques sont des évolutions naturelles, mais qui altèrent autant l’existence que les formes syndromiques : sub-syndromique ne veut pas dire pas grave. Le consensus est de les traiter comme des formes classiques, ce qui augmente les chances de rémission ».
4- Entre 50 et 60% de guérisons
Enfin la guérison. Les taux rapportés dans la littérature se regroupent vers 50-60% (51% de rémissions complètes selon Zipfel et al [2]).
La notion de guérison reste cependant relative. Sur le plan psychiatrique, les comorbidités sont la règle en cours d’évolution, mais après guérison, leur prévalence rejoindrait celle de la population générale. Les données restent néanmoins « peu claires ».
Sur le plan neurologique par ailleurs, l’anorexie mentale s’accompagne de souffrance cérébrale, avec perte de substance objectivée à l’imagerie. Certaines données sont en faveur d’une récupération à distance, mais ici encore, les résultats ne permettent pas de conclure.
De même sur le plan fonctionnel. Une moindre activation des circuits de récompense a par exemple été signalée chez des personnes guéries de leur anorexie. Mais il est très difficile si ces anomalies fonctionnelles sont des séquelles de l’anorexie, ou des facteurs de vulnérabilité préexistants.
Un suivi sur le plan somatique
On a davantage de certitudes sur l’impact somatique de l’anorexie, et le Pr Guillaume souligne qu’il est « important qu’il y ait un suivi », dans plusieurs domaines.
S’agissant de la grossesse d’abord, les femmes qui ont traversé une période d’anorexie présentent une fertilité diminuée, ainsi qu’un risque plus élevé d’accouchement prématuré et de petit poids de l’enfant à la naissance.
Risque familial
En ce qui concerne la transmission familiale, la littérature rapporte une transmission essentiellement aux filles, avec un risque un peu supérieur en cas de TCA chez la mère (RR=2,35) que chez le père (RR=1,97).
Dans les études de jumeaux, le risque de concordance apparait plus élevé encore. Sans préjuger d’un mode de transmission, génétique, éducationnel ou mixte, le risque de transmission intergénérationnelle est donc réel. Son importance demande toutefois à être relativisée, souligne le Pr Guillaume : « la grande majorité des enfants de parents présentant un TCA, n’en seront pas atteints eux-mêmes ».
Autre risque, beaucoup plus systématique : la déminéralisation osseuse. Une fragilité osseuse persiste, même à long terme, la masse osseuse perdue durant la maladie n’étant pas regagnée.
Le Dr Godart estime que le problème de la déminéralisation n’est « pas assez suivi ».
Elle souligne par ailleurs qu’en cas de vomissements fréquents, il faut penser à l’usure dentaire.
Le Pr Guillaume indique de son côté qu’un PHRC national est ouvert sur la question de la déminéralisation : « l’objectif est d’avoir un traitement qui, durant la phase aiguë, permette de ne pas trop perdre en masse osseuse ».
En ce qui concerne le cancer, selon des études récentes, l’anorexie ne s’accompagnerait pas d’une incidence accrue de cancers en général, en tout cas pas à un seuil détectable. En revanche, il semble exister un effet protecteur « assez clair » vis-à-vis du cancer du sein, et un effet favorisant vis-à-vis du cancer de l’œsophage. Le Dr Godart rappelle à ce propos la nécessité d’un traitement par IPP en prévention.
Un excès de cancers pulmonaires est également rapporté après anorexie, mais il disparait après ajustement sur le tabac.
Enfin les maladies auto-immunes. Ici encore, on ne sait pas si l’auto-immunité est une séquelle du trouble ou s’il existe des facteurs communs de vulnérabilité, mais tous les TCA semblent associés à ce type d’affection. C’est pour la boulimie que le risque est beaucoup plus élevé. Mais l’association existe aussi avec l’anorexie, où une inflammation de bas grade a été décrite.
Et les hommes ?
S’agissant d’anorexie, les psychiatres eux-mêmes parlent généralement des « patientes ». Il est vrai que les patients ne représentent que 10% de l’effectif. Que sait-on d’eux ? Pas grand-chose. Dans la littérature, certains auteurs affirment que les TCA sont plus graves chez les hommes, d’autres affirment qu’ils sont moins graves. Et il en est aussi qui disent que c’est pareil…
Le Pr Stéphane Guillaume a déclaré des liens d’intérêt avec Astra Zeneca, BMS, Lundbeck, Otsuka, Servier, Janssen.
REFERENCES:
Guillaume S. Devenir des anorexiques. Session parrainée par l’Association Française de Psychiatrie Biologique et Neuropsychopharmacologie. 14 ème congrès de l’Encéphale. Paris, 21 janvier 2016.
Zipfel S, Löwe B, Reas DL et coll. Long term prognosis in anorexia nervosa : lessons from a 21 years follow-up study . The Lancet 2000 ; 355 : 721-22.
* http://francais.medscape.com/voirarticle/3602095
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Libellés : RECHERCHE, TROUBLES ALIMENTAIRES

mardi 21 avril 2015

Etude préalable à une campagne de communication menée par l’association SabrinaTCA92 - SONDAGE

Etude préalable à une campagne de communication menée par l’association SabrinaTCA92

Etude DIU
"On estime qu’il y a 600 000 personnes souffrant de TCA en France. 19% des adolescentes déclarent avoir des stratégies de contrôle du poids. Les tentatives de suicide touchent jusqu’à 20% des personnes ayant un problème d’anorexie et 35% des personnes ayant un problème de boulimie.
Cette enquête menée dans le cadre du DIU « santé mentale dans la communauté » a pour objectif d’évaluer l’intérêt des répondants pour impliquer les usagers lors de rencontres sur le thème des TCA et donner des pistes de réflexion pour la communication de l’association SabrinaTCA92 (association de lutte contre les TCA parrainée par le Pr Michel Lejoyeux).
Url pour répondre au sondage en ligne :
https://docs.google.com/forms/d/1807e12dyLoExOR2g-MkjnVTsgknMvF-88ep-lhahVu4/viewform

Merci de votre participation et de vos relais afin de maximiser le nombre de réponses : tout le monde peut participer à l’étude !
L’équipe SabrinaTCA92"

Post daté du 18 avril 2015
http://www.sabrinatca92.com/2015/04/18/etude-prealable-a-une-campagne-de-communication-menee-par-lassociation-sabrinatca92/
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Libellés : RECHERCHE, TROUBLES ALIMENTAIRES

mardi 3 mars 2015

PRESSE Anorexie Une pétition alerte François Hollande et Presentation du service de l'institut Monsouris


Santé : SOS anorexie Une pétition alerte François Hollande sur ce trouble de l’alimentation qui touche 600 000 personnes en France. Un service à l’écoute des ados malades nous a ouvert ses portes, à Paris.
Aude Rossigneux | 04 Févr. 2015, http://www.leparisien.fr/magazine/grand-angle/sante-sos-anorexie-04-02-2015-4505607.php#xtor=AD-1481423551

Nathalie Godart est responsable de l’unité d’hospitalisation psychiatrique des adolescents à l’Institut mutualiste Montsouris, à Paris (14e).

Nathalie Godart est responsable de l’unité d’hospitalisation psychiatrique des adolescents à l’Institut mutualiste Montsouris, à Paris (14e). Capucine Bailly
Dix silhouettes frêles attendent, nerveuses, devant une porte vitrée. Der­­rière, des tables, des chaises, et le couvert dressé. Un réfectoire. C’est l’heure du déjeuner. Quelques retardataires, rechignant à rejoindre le groupe, se font désirer. Ici, les repas ne sont pas des fêtes, mais des moments de tension, où les patientes dissimulent parfois ce qu’elles refusent d’ingurgiter.

Sur le même sujet
Les 32 lits de l’unité de psychiatrie de l’adolescent de l’Institut mutualiste Montsouris (IMM), à Paris (14e), accueillent deux tiers de patients atteints de troubles des conduites alimentaires (TCA), comme l’anorexie ou la boulimie. Aucun garçon ce jour-là, même s’ils représentent environ 10 % des malades. Ces structures sont si rares pour des maladies qui touchent 600 000 jeunes en France, que professionnels et patients* ont décidé d’en appeler au président de la République (lire la pétition ).
« A 93 %, nos patients bénéficient de soins en ambulatoire (soins qui nécessitent une hospitalisation d’une journée maximum, NDLR). Pour les 7 % restants, le séjour ici dure entre quatre et cinq mois, mais certains cas plus résistants peuvent rester plusieurs années dans le service », raconte le docteur Nathalie Godart, responsable de l’unité d’hospitalisation psychiatrique pour adolescents.
Un « contrat de poids » entre l’ado et les soignants
Séparé de sa famille afin de le couper du milieu où il a développé ses troubles, l’adolescent fraîchement arrivé se voit proposer ce qu’on appelle un « contrat de poids », en deux étapes. A partir de son poids d’entrée, il définit d’abord avec l’équipe soignante un seuil à atteindre pour être autorisé à revoir ses proches. Les cas les plus préoccupants sont équipés d’une sonde naso-gastrique, qui va du nez jusque dans l’estomac, quand l’alimentation par voie orale est encore trop difficile. Le deuxième poids, lui aussi fixé collégialement, permet le retour à la maison.
La phase de séparation, appelée à tort « isolement » car le patient n’est privé de contacts qu’avec sa famille, permet surtout une observation, assure le professeur Maurice Corcos, chef du service, qui rappelle que l’anorexie mentale ne doit pas être réduite à ses symptômes et qu’elle est avant tout une maladie psychiatrique : « L’anorexie est une pathologie du lien, une peur panique d’être dépendant des autres, qui conduit le sujet à s’effacer physiquement. » Mais pas question de culpabiliser l’entourage. Fini, le « c’est la faute des mères », autrefois brandi comme unique explication. « Ce qui m’intéresse, ce n’est pas de savoir si la mère est coupable, mais pourquoi elle se sent coupable, poursuit Maurice Corcos. D’ailleurs, dès que vous abaissez le seuil de culpabilité des parents, le patient va mieux. » Ici, on met donc l’accent sur les thérapies familiales. « Un parent sans culpabilité, ça n’existe pas. Confier son enfant à des médecins, c’est accepter de se dire qu’on a échoué. Les troubles alimentaires transforment l’entourage en profondeur. Le patient n’est pas le seul à vivre sa maladie », explique Zorica Jeremic, psychologue du service. « Il faut gérer l’anorexie, l’éventuelle hospitalisation, mais aussi la guérison et le retour à table : les familles doivent trouver un nouvel équilibre », renchérit sa collègue Irène Kaganski.
L’art-thérapie, « la créativité contre la destructivité »
L’IMM mise également sur ce que les soignants appellent les « médiations culturelles et corporelles ». Plusieurs fois par semaine, une socio-­esthéticienne masse les patientes pour les aider à redécouvrir leur sensualité et les contours charnels de leur enveloppe, tandis que des plasticiennes animent des séances d’art-thérapie. Sentir le volume, la matière, réapprendre à aimer les formes, lâcher prise. « Les pa­­tientes mettent du temps à retrouver la 3D et à donner du relief à leurs modelages. Quand elles lâchent la 2D, c’est bon signe », explique Barbara Maison, responsable d’un atelier. Une dizaine de patientes s’affairent autour d’une grande table, de blocs de terre glaise, et de flacons de peinture. Pendant quatre-vingt-dix minutes, elles laissent libre cours à leur expression, sans aucun objectif de performance. « C’est la créativité contre la destructivité », résume le professeur Corcos. A un contrôle absolu de son corps, on substitue une évasion artistique dénuée de compétition. Les créations, posées sur une étagère, suggèrent des chatons, des oiseaux, tantôt des cœurs brisés ou des corps étrangement agencés. « On a parfois des trucs durs, comme des pendus », reconnaît Barbara.
La mortalité des jeunes touchés par les TCA est entre six et douze fois plus élevée que chez le reste de la population. Les suicides sont à l’origine de la moitié des décès. Pour Maurice Corcos comme pour Nathalie Godart, le problème trouvera d’abord sa solution dans le dépistage. Ils l’assurent tous deux : plus le diagnostic est précoce, plus le pronostic est favorable.
*Fédération nationale des associations liées aux troubles du comportement alimentaire (FNA-TCA) et de l’Association française pour le développement des approches spécialisées des troubles du comportement alimentaire (Afdas-TCA).signes qui doivent alerter

Marcel Rufo, pédopsychiatre
« Une perte rapide de 5 kilos chez un adolescent mérite déjà un avis médical », prévient le professeur Marcel Rufo, pédopsychiatre à l’hôpital de La Timone, à Marseille.Il n’est pas normal de voir en consultation uniquement des anorexiques malades depuis des années. Il faut dire aux parents “Vous n’aurez jamais consulté trop tôt” et leur rappeler que la pédopsychiatrie, ce n’est pas dangereux ! »

Voici les quatre signes qui, selon lui, doivent alerter l’entourage :

« Un régime qui réussit trop bien, qui est surinvesti et accompagné d’un comportement rigoriste ou d’un trop grand ascétisme. A cet âge-là, un régime, c’est presque fait pour échouer ! »

« Une sorte de tristesse, un manque d’attrait pour les autres et une absence d’intérêt pour ses activités habituelles. Il faut se préoccuper d’un adolescent un peu ‘’frigidifié”. »

« La vision faussée du corps : ces jeunes ne se trouvent jamais assez maigres et ne se voient plus. »

« Lorsque le régime devient une personne à part entière dans la cellule familiale, qu’il s’invite dans les relations, avec son lot de manipulations et de dissimulations, on doit vraiment s’inquiéter. »

> Anorexie Boulimie info-écoute : 0 810 037 037 (Numéro Azur: prix d’un appel local).



Le trouble psychiatrique le plus meurtrier

600 000 personnes souffrent de troubles des conduites alimentaires (TCA) en France en 2014. Une population stable depuis 2000, et féminine à 90 %.

10 % C’est le taux de mortalité constaté parmi les anorexiques mentaux. C’est la maladie psychiatrique qui tue le plus.

14 et 17 ans Ce sont les deux pics d’âge de développement des troubles, mais la maladie peut survenir dès 8 ans.
Publié par infosuicide à 11:01
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