Les maladies mentales : pourquoi pas moi ? Par Christian Gay le 25/08/2017 sante.lefigaro.fr*
AVIS D’EXPERT - Les
troubles psychiques se situent au troisième rang des maladies les plus
fréquentes, après le cancer et les maladies cardio-vasculaires. Pour le
docteur Christian Gay, psychiatre, parallèlement aux progrès médicaux,
recréer du lien social est essentiel dans l’accompagnement de ces
maladies.
Il est de bon ton d’affirmer que les maladies mentales n’arrivent
qu’aux autres. C’est faux! Près de 2 millions de Français sont touchés
par des troubles psychiques sévères. Certains sont passagers, d’autres
plus durables. Au total, incluant les proches, cela représente
5 millions de personnes. Les troubles psychiques se situent au troisième
rang des maladies les plus fréquentes, après le cancer et les maladies cardio-vasculaires.
Sans distinction d’âge, de sexe ou de milieu social, les troubles
psychiques et les épisodes de souffrance psychique concernent tout un
chacun et sont souvent associés à une forte mortalité. Les «candidats»
aux troubles psychiques sont par conséquent nombreux.
Même s’il existe une inégalité en matière de chance
- nous ne présentons pas le même risque de développer un trouble
psychique -, la donne reste la même que pour le cancer, les maladies
cardiaques ou encore les maladies métaboliques comme le diabète.
L’environnement (contexte familial traumatisant, prise de drogue…) est,
en général, le facteur déclencheur.
« Ces maladies pas comme les autres, mais qui, comme les autres, sont des maladies »
Première cause d’invalidité et d’arrêts de longue durée, les troubles psychiques peuvent mettre la personne en situation de handicap,
détériorer sa qualité de vie et celle de ses proches. Leurs
répercussions économiques et sociales sont importantes: précarité,
exclusion, conduites à risques, repli sur soi, l’isolement pouvant aller
jusqu’à l’exclusion, la vie dans la rue (SDF) et le suicide. Ce sont les principales conséquences de «ces maladies pas comme les autres, mais qui, comme les autres, sont des maladies».
Pourtant, d’autres maladies s’attaquant à d’autres organes tels que
le cœur, les reins, les poumons ou le foie ne génèrent pas de honte, de
discrédit ou de culpabilité. Les hommes et les femmes fragilisés par un
handicap psychique sont dans notre société victimes de stigmatisations
en raison de la peur qu’ils suscitent alors que, dans l’immense majorité
des cas, ces personnes ne sont dangereuses que pour elles-mêmes.
S’en sortir n’est pas aisé. Parallèlement aux progrès médicaux, on sait désormais que recréer du lien social est essentiel dans l’accompagnement de ces maladies.
À la sortie de l’hôpital, les patients stabilisés grâce à leurs
traitements ont souvent beaucoup de difficultés à retrouver une vie
sociale normale. Ils ont perdu tout repère et sont souvent isolés,
repliés sur eux-mêmes, parfois abandonnés par leur famille. Sans
ressort. C’est à ce moment clé qu’une structure non médicalisée comme le
Clubhouse répond parfaitement à cette problématique. S’inspirant d’un
modèle qui a fait ses preuves dans plus de 30 pays, le Clubhouse
s’appuie sur l’autonomisation, la cogestion, la solidarité entre pairs
et l’ouverture sur l’extérieur, en particulier avec les entreprises.
Dans ce lieu d’accueil autogéré, sorte de passerelle entre l’hôpital
et la vraie vie, personne n’est considéré comme malade mais comme une
personne à part entière et, en l’occurrence, un membre - à vie -, d’où
l’idée de club. Grâce au partage des tâches, en fonction de ses
compétences, petites ou grandes, chacun retrouve vite de la dignité et
de la confiance en soi, renouant ainsi avec l’envie de vivre, signe
d’espoir s’il en est.
Le saviez-vous ? 20 % de la population en âge de travailler est concernée par un trouble psychique
Aussi, un taux important des membres du club retrouve après quelques
mois un emploi. En effet, la vocation du Clubhouse n’est pas uniquement
la réinsertion sociale mais aussi professionnelle des personnes vivant
avec un trouble psychique (30 % des membres sont en réinsertion).
Le saviez-vous? 20 % de la population en âge de travailler est concernée par un trouble psychique. En 2020, la dépression
sera la deuxième cause de maladie et d’arrêts de travail. Plus d’un
Français sur quatre estime que les personnes souffrant de problème de
santé mentale sont incompatibles avec une activité professionnelle. 90 %
des Français estiment que les organisations professionnelles ne
sensibilisent pas à la santé mentale. 37 est le score de Qualité de Vie
au Travail des personnes porteuses d’un handicap mental (score moyen de
52, toutes situations de handicap confondues).
Alors, comment faire lorsque l’on ne doit pas montrer ses faiblesses
dans le monde de l’entreprise? L’accompagnement individuel du Clubhouse
permet d’aider à travailler sur un projet professionnel et de définir
les facteurs clés de bonne intégration pour préparer par exemple une
prise ou reprise de poste. À l’inverse, il permettra d’identifier les
signaux d’alerte et pourra intervenir à tout moment en tant que
médiateur dans une situation de blocage avec le collectif de travail
dans l’entreprise.
Nous l’aurons compris, le rétablissement est un sujet très vaste
qu’il est difficile d’aborder en quelques lignes. Il implique
l’environnement familial, social, professionnel et scolaire. S’il existe
d’autres structures, le modèle du Clubhouse permet de résumer à lui
seul le type d’approche personnelle favorisant un rétablissement
durable. Le docteur Christian Gay est aussi cofondateur de France Dépression et du Clubhouse France
Bastia : Des rencontres intergénérationnelles pour tisser des liens
Rédigé par Michela Vanti le Mardi 6 Décembre 2016 à 19:23 | Modifié le Mardi 6 Décembre 2016 www.corsenetinfos.corsica*
Échanges des savoirs, partage des compétences et nouvelles solidarités sont les thèmes abordés ce mardi à l’Ecole de la deuxième chance de Bastia où a eu lieu la première d’une série de rencontres intergénérationelles qui ont comme but de renforcer et faciliter les liens entre jeunes et seniors. Organisées par l’E2C en partenariat avec l’équipe en charge du programme européen VASIE, qui vise à favoriser le vieillissement actif et à développer la solidarité intergénérationnelle, les rencontres se poursuivront jusqu’en février prochain.
Si les jeunes ont besoin de leurs aînés pour se construire, les anciens ont besoin des plus jeunes pour rester dans le temps présent et mieux percevoir le monde actuel.
C’est comme ça qu’on pourrait résumer la première rencontre intergénérationelle organisée par l’Ecole de la deuxième chance et l’équipe en charge du programme européen VASIE, qui a eu lieu ce matin à Bastia dans les locaux de l’E2C où le partage des compétences et le renforcement des liens sociaux entre jeunes et seniors s’étaient donnés rendez-vous.
« La lutte des âges, l’ancienne conviction que les générations s'opposent est aujourd’hui dépassé par la profonde conviction que les deux générations ne sont pas si opposées ni indifférentes l’une de l’autre - nous dit un des seniors venus participer à cette rencontre. - Les coopérations existent dans tous les domaines, et les initiatives intergénérationnelles comme celle là démontrent que les jeunes ont besoin de leurs aînés et les anciens ont besoin des plus jeunes.»
Maintenir la vitalité des personnes âgées, renforcer et faciliter les liens entre les générations sont justement les objectifs du programme européen VASIE que portée par l’IRIPS, Institut régional Corse pour l’insertion professionnelle et sociale, vise à favoriser le vieillissement actif et à développer la solidarité intergénérationnelle sur la base des compétences sociales. C'est donc en Corse que auront lieu les rendez-vous français de ce projet européen qui a six autres partenaires : Grèce, Italie, Tchéquie, Slovaquie, Belgique et Autriche que avec l'IRIPS ont mis en place, dans chaque pays, des rencontres intergénérationnelles axées sur le développement de compétences sociales pour permettre une meilleure intégration des différentes générations dans la société.
«Ces actions qui sont menées dans chaque pays qui participe au programme, contribuent aussi à soulager l'isolement, le mal-être, les difficultés ponctuelles des jeunes et des seniors. Individuelles ou collectives ces rencontres créent du lien social et familial, constituant un gisement d'actions innovantes et porteuses d'avenir. - nous explique Anita Lapayre chargée de mission du programme financé avec le soutien de la Commission Européenne. - Grâce à ces rencontres jeunes et seniors auront l'opportunité par ces échanges de mieux appréhender le contexte social dans lequel ils évoluent, de renforcer leur savoir-faire et leurs savoir-être.
Avec un maître mot : la réciprocité les rencontres intergenationelles se poursuivront jusqu’au mois de février.
En savoir plus sur http://www.corsenetinfos.corsica/Bastia-Des-rencontres-intergenerationnelles-pour-tisser-des-liens_a24682.html#cBo8JvwwP3CIJRkq.99
Le suicide est une cause majeure de décès aux USA, touchant plus
particulièrement les hommes d’âge moyen. En 2000, il en a été
dénombré près de 36 000 sur une population totale américaine de
plus de 300 millions, entrainant une perte de productivité de plus
de 60 milliards de dollars.
A côté de facteurs psychiatriques, psychologiques et
biochimiques cités en premier dans les comportements suicidaires,
Durkheim, dès le 19e siècle, avait mis en avant le rôle protecteur
de l’intégration sociale. Plus récemment, une étude de la World
Health Organization Mental Health a signalé que nombre de suicides
surviennent en l’absence de tout trouble mental patent. Une cohorte de professionnels de santé suivie pendant 24 ansAu vu du manque notable d’études prospectives sur ce
sujet, A C Tsai et collaborateurs se sont penchés sur les relations
possibles entre intégration sociale et mortalité par suicide. Ils
ont pris pour base les données de la Health Professionnals Follow-
up Study (HPFS) débutée en 1986 dans le but de suivre de façon
prospective et à long terme une cohorte composée uniquement
d’hommes, âgés de 40 à 75 ans, professionnels de santé (dentistes,
pharmaciens, vétérinaires…). Les participants ont rempli
initialement un questionnaire qui renseignait, de façon détaillée,
sur leur histoire médicale, leurs habitudes alimentaires, leur
style de vie et autres comportements en matière de santé.
Parallèlement il évaluait leur niveau d’intégration sociale à
partir d’un indice à 7 items comportant le statut marital,
l’importance du réseau social, la fréquence des contacts, la
participation à une communauté religieuse ou à d’autres
structures sociales. Le score, pouvant aller de 1 à 12, définissait
4 niveaux d’intégration plus ou moins élevés. L’âge des
participants, la date de recueil des données, la nature de la
profession, le statut tabagique, la consommation éventuelle
d’alcool, de caféine, d’anti- dépresseurs ainsi que l’indice
de masse corporelle, le degré d’activité physique et les
principales co- morbidités ont été notés. L’objet principal de la
présente étude était, dans cette population précise, d’examiner la
corrélation entre le nombre de décès observés jusqu' au 1 février
2012 et le niveau d’intégration sociale. Plusieurs analyses
de sensibilité ont été effectuées afin de tester la robustesse des
résultats globaux et de tenter d’éviter les erreurs de
classification. Les suicides par armes à feu et le rôle possible de
pathologies graves associées telles que maladies cardiovasculaires
ou cancer, ont fait l’objet d’analyses particulières.
Des 51 525 participants de sexe masculin initialement inclus
dans HPFS, 34 901 (67,7 %) ont répondu au questionnaire
d’intégration sociale et font parti de la cohorte prospective. Il
est à noter que, sur les 24 ans de suivi, les répondeurs ont eu,
dans l’ensemble, une incidence moindre de suicides que les non
répondeurs (21 vs 30/100 000 personnes-années). L’âge moyen des
participants, au départ, était de 56,6 ans (SD: 9,8). La
majorité d’entre eux étaient dentistes (56 %) ou vétérinaires
(20,7 %). Ils travaillaient en règle à plein temps. Sur une échelle
allant de 1 à 12, leur niveau d’intégration sociale se
situait à 6,6 (SD : 3,1) ; 41,5 % appartenaient à la
catégorie d’intégration la plus élevée. Les participants les
moins bien intégrés fumaient davantage, consommaient plus
d’alcool et de caféine, avaient moins d’activités
physiques.
Sur un total de 708 945 personnes-années de suivi, on a relevé
147 suicides, le plus souvent par arme à feu (60,5 %) ou par
empoisonnement (13,6 %). L’incidence des suicides a varié en
fonction du niveau d’intégration sociale de départ. Elle a
été la plus faible chez les individus qui avaient le meilleur
niveau (Hazard ratio ajusté [HRa] 0,41 ; intervalle de confiance,
IC, à 95 % : 0,24 et 0,69). Le HRa se situe à 0,52 pour la classe
suivante, témoignant d’un niveau d’intégration encore
satisfaisant (IC : 0,30- 0,91). Il s’éleve à 0,70 (IC : 0,43- 1,15)
pour le niveau le plus médiocre. Chaque variation d’1
point de l’indice est corrélée à une variation du risque
suicidaire de 10 %. Il a, par ailleurs, été possible
d’apprécier les changements éventuels de niveau survenus entre 1988
et 1996 chez 26 526 membres de la cohorte. Là encore, le risque a
été plus réduit dans la catégorie restée la plus élevée (HRa :
0,36; IC : 0,13- 0,99).
Etre marié et avoir un riche réseau social protège…
Trois des composants de l’indice : le statut marital, la taille
du réseau social et la participation à des services religieux
émergent comme étant les facteurs protecteurs de suicide les plus
significatifs. Il en va de même dans le groupe plus particulier des
suicides par armes à feu et après exclusion des co morbidités
cardiovasculaires ou néoplasiques lourdes. A côté de l’incidence
des suicides, la mortalité globale et celle de cause
cardiovasculaire évoluent aussi inversement avec le niveau
d’intégration sociale.
Ainsi, cette étude longitudinale de 34 901 américains de sexe
masculin, suivis pendant 24 ans, révèle-t-elle que le niveau
d’intégration sociale est inversement proportionnel au risque
suicidaire. La relation entre ces 2 variables est statistiquement
significative, de grande ampleur, robuste et non modifiée par les
autres causes de mortalité. Les conclusions de ce travail
rejoignent celles d’autres publications, dont celle de
Kposowa, parue en 2000 dans le Journal of Epidemiology Community
Health qui n’avait pris en compte que le seul facteur marital. Il
est souligné le rôle important de l’appartenance à un groupe
religieux et le fait que, même en cas de variations de
l’intégration sociale au fil des années, le maintien dans la classe
la plus élevée ou l’amélioration du niveau d’intégration
contribuent à une meilleure protection contre le suicide.
L’interprétation de ces résultats doit toutefois être assortie
de quelques réserves. En premier lieu, l’état mental des
participants n’a pas, directement, été étudié, seule l’utilisation
possible d’anti dépresseurs ayant été notifiée. En second
lieu, ce travail n’a concerné qu'une population très spécifique de
professionnels de santé d’âge moyen et de sexe masculin et ne
saurait, en l’état, être généralisé à des types de populations
différentes selon le sexe ou le statut socio- économique. L’étude
issue d’HPFS rapporte, en effet, sur une période de 24 ans,
un taux de suicide de 21/100 000 personnes, bien inférieur à celui
constaté en 2010 qui oscillait entre 30,0 et 30,7/ 100 000 en
général pour des hommes d'âge compris entre 45 et 59 ans. De plus
ont pu être commises des erreurs de classification avec les morts
violentes, cause de sous estimation possible du nombre de décès par
suicide.
En résumé, une étude longitudinale sur 24 ans d’une
cohorte de professionnels de santé américains, d’âge moyen et
de sexe masculin, confirme qu'un bon niveau d’intégration
sociale représente un facteur protecteur de la mortalité par
suicide. Dans l’avenir doivent être mieux précisés les mécanismes
sous tendant cette relation, avec pour objectif final, une
amélioration en matière de santé publique.
Dr Pierre Margent
L’architecture des prisons, un casse-tête non résolu
Dans son
rapport annuel, rendu public mardi 11 mars, le contrôleur général des
lieux de privation de liberté appelle l’exécutif à repenser
l’architecture carcérale.
11/3/14 - 10 H 59 sur http://www.la-croix.com/Actualite/France/L-architecture-des-prisons-un-casse-tete-non-resolu-2014-03-11-1118570
FRED DUFOUR/AFP Photo du nouveau centre pénitencier de Corbas prise le 02 avril 2009 dans la banlieue de Lyon.
L’immense majorité des prisons françaises est calquée sur un schéma très ancien hérité du XIXe
siècle.
Désireux d’innover, les architectes doivent souvent batailler contre l’administration pénitentiaire pour qui la sécurité prime.
Quitter
la vétuste prison lyonnaise de Saint-Paul pour le centre pénitentiaire
ultramoderne de Corbas (Rhône), Steeve en a rêvé pendant des mois.
Jusqu’à son transfert un jour de 2009. Une fois sur place, il a vite
déchanté. « Corbas, c’était propre, aussi nickel qu’un hôpital, se souvient l’ancien détenu. Mais tout était automatisé, il y avait des sas et des caméras partout, on se serait cru dans un film de science-fiction. »
Fonctionnelle,
parfaitement sécurisée, la prison de Corbas a pendant un temps incarné
la prison du futur. Un temps seulement. Les violences à répétition et
les suicides en série ont fini par en faire un contre-exemple.
La prison de Saint-Paul, à Lyon (c. AFP)
Juguler la surpopulation carcérale « C’est dans les prisons les plus récentes que le mal-être des détenus se révèle le plus profond, note l’aumônier Vincent Feroldi. Les lieux ont été mal conçus, de sorte que les condamnés se sentent à la fois plus isolés et plus oppressés. »
Un
constat partagé par le contrôleur général des prisons, Jean-Marie
Delarue, qui a choisi de consacrer toute une partie de son rapport
annuel à l’architecture en prison. Son but : inciter les pouvoirs
publics à réfléchir à la prison de demain, eux qui ont plutôt eu
tendance, ces vingt dernières années, à construire dans l’urgence en vue
de juguler la surpopulation carcérale.
En France, l’architecture des prisons est quasiment inchangée depuis le XIXe
siècle. Les établissements sont pratiquement tous conçus sur le même
modèle : un bâtiment principal de plusieurs étages, des cellules fermées
donnant sur de longues coursives, une cour de promenade entourée d’un
mur d’enceinte doté de miradors.
Cette organisation spatiale fait
de la cellule le lieu central de la vie en détention, ce qui n’encourage
ni à la socialisation, ni à la réinsertion, ni à la responsabilisation
du détenu, confiné dans sa cellule 22 heures sur 24.
Humaniser la prison
Quelques
architectes ont pourtant tenté de repenser l’univers carcéral au début
des années 1980, encouragés par le ministre de la justice de l’époque,
Robert Badinter. « Il y a eu durant cette période une véritable volonté d’humaniser la prison, se souvient l’architecte Guy Autran. À ce moment-là, on a joui d’une vraie liberté. »
C’est
d’ailleurs de cette époque que date la prison de Mauzac
(Haute-Garonne). Unique en son genre, l’établissement s’organise autour
d’une vaste cour centrale partagée, chose rarissime, par les détenus et
par le personnel. Les cellules, elles, sont agencées sous forme
pavillonnaire.
Ce fut le seul et unique projet carcéral véritablement original de ces trente dernières années. Tous les autres ont échoué.
La prison de Mauzac, en Haute-Garonne (C: AFP)
Lieux de socialisation
Car
la moindre innovation fait l’objet d’interminables tractations entre
architectes et surveillants. Quand les premiers ambitionnent de repenser
en profondeur l’organisation carcérale, les seconds réclament avant
tout une sécurisation maximale des lieux. « L’administration pénitentiaire repousse tout ce qui sort de l’ordinaire, y compris les choses les plus anodines, déplore Guy Autran. Il
y a quelques années par exemple, j’ai suggéré que les services sociaux,
les salles de cours et le gymnase soient visibles depuis l’atrium
central de la prison. L’idée était de créer des lignes de fuite vers
l’extérieur et d’attirer les détenus vers ces lieux de socialisation.
L’administration a refusé, au motif que cela risquait de divertir les
détenus et donc de ralentir les déplacements à l’intérieur de la
prison. »
Marotte des architectes « Les architectes se font plaisir en imaginant sur leur planche à dessin la prison du troisième millénaire », rétorque un surveillant. À l’entendre, « libérer l’espace visuel » serait la grande marotte des architectes. « Ils
préconisent systématiquement de réduire le nombre de sas de sécurité
séparant les coursives et d’ôter les filets de sécurité placés au-dessus
de l’atrium central, explique ce surveillant. Pour avoir ce
genre d’idées, il faut vraiment ne rien connaître à la prison ! Les
filets empêchent les détenus de se suicider en sautant de la coursive et
les sas permettent de ralentir le mouvement en cas de mutinerie. Ce
n’est peut-être pas esthétique, mais pour l’heure, on n’a rien trouvé de
mieux ! »
Administration pénitentiaire
Désireuse
de faire évoluer les établissements pénitentiaires sans se mettre à dos
le personnel pénitentiaire, la chancellerie s’est fixé des objectifs
modestes. Mais elle s’y tient. « Nous avons pris acte des critiques formulées à l’encontre des prisons construites ces dernières années, assure Morgan Tanguy, à la sous-direction de l’administration pénitentiaire. À
l’avenir, nous prévoyons des établissements plus petits, de 500 places
au lieu de 700, afin de lutter contre le caractère trop impersonnel des
relations entre surveillants et détenus. Nous veillerons aussi à
construire à proximité des centres urbains, afin de faciliter les
visites des familles. »
Des engagements qui ne révolutionneront pas la vie en détention mais qui, selon Jean-Marie Delarue, vont déjà dans le bon sens.
Les facteurs de risque de suicide Décrits D' après "Suicide Risk Factors Described, June 10, 2013 sur http://www.sciencedaily.com/ 10
juin 2013 - L'étude, d'après une collaboration entre l'Université de Lund en
Suède et l'Université de Stanford, a montré que le taux de suicide chez
les hommes est presque trois fois supérieur à celui des femmes. Être
jeune, célibataire et ayant un faible niveau d'éducation sont des
facteurs de risque plus important de suicide chez les hommes, tandis que
la maladie mentale est un facteur de risque plus important chez les
femmes. Le chômage est le facteur de risque social plus fort chez les femmes, tandis que le célibat était le plus fort chez les hommes. Parce
que l'étude a porté sur un éventail de maladies différentes dans les
soins aux patients hospitalisés et en ambulatoire ainsi que sur les facteurs
sociaux, les chercheurs ont pu avoir un aperçu des facteurs
particulièrement importants à garder à l'esprit lors de l'évaluation du
risque de suicide." De meilleures
stratégies sont nécessaires pour la collaboration entre les différentes
disciplines et la société en général, afin de réduire le risque de
suicide pour les personnes qui souffrent, par exemple, la dépression,
l'anxiété, la BPCO, l'asthme et certains facteurs de risque sociaux»,
explique le chercheur principal Professeur Jan Sundquist .Parmi
ceux qui se sont suicidés, 29,5% des femmes et 21,7% des hommes ont
visité un médecin au cours des deux semaines précédant leur suicide, et
57,1% des femmes et 44,9% des hommes avaient consulté un médecin au
cours des 13 semaines précédant leur suicide ."Cela
montre que beaucoup ont été en contact avec le service de santé
relativement peu de temps avant de se suicider. Les résultats ont une
signification clinique pour ceux qui travaillent dans les soins
primaires et autres soins hospitaliers et ambulatoires, y compris
la psychiatrie. Outre le service de santé, les services
de soutien social peuvent avoir besoin d'être impliqués dans le travail
afin de réduire le nombre de suicides dans la société », conclut Jan
Sundquist.Résultats:Dépression
(risque 32 fois de se suicider), l'anxiété (risque multiplié par 15),
la BPCO (risque 3,05 fois), l'asthme (risque 2,25 fois), accident
vasculaire cérébral (risque 1,67 fois) et le cancer (risque 1,72 fois). Ceux qui ont des réseaux sociaux pauvres sont également plus à risque de suicide (par exemple divorcé risque 2,25 fois).À propos de l'étude:Les
chercheurs ont utilisé la population suédoise et le registre de santé
et étaient donc en mesure de suivre plus de sept millions d'adultes
entre 2001 et 2008. De ce nombre, 8,721 suicidés.
C. Crump, K. Sundquist, J. Sundquist, M. A. Winkleby. Sociodemographic, psychiatric and somatic risk factors for suicide: a Swedish national cohort study. Psychological Medicine, 2013; : 1 DOI: 10.1017/S0033291713000810
François Régis Lenoir, agriculteur et psychologue - Etre indépendant n’empêche pas de créer du lien social ( Publié le 27/12/2011 sur terre-net.fr/ ) Problèmes relationnels ou familiaux, isolement, endettement, « paperasses », santé, management, conjoncture, météo... Les facteurs de stress ou de « mal être » ne manquent pas. François-Régis Lenoir est à la fois agriculteur et psychologue, il s’intéresse à l’Homme pour comprendre la structure des exploitations agricoles. Selon lui, une des solutions pour être bien dans son métier, serait de savoir créer davantage de liens sociaux.
Selon François-Régis Lenoir, « il n’y a pas d’économie sans hommes. Pour comprendre les structures agricoles, il est essentiel d’intégrer du complexe et de l’irrationnel. Cela permet par exemple d’expliquer les désaccords entre agriculteurs au sein d’une Cuma ou avec un salarié, et même, pourquoi certains achètent des tracteurs surdimensionnés par rapport à leurs besoins. »
« Les agriculteurs qui peuvent transmettre leur exploitation ne vont pas bien, et ceux qui ne peuvent pas transmettre ne vont pas bien non plus ! Les premiers s’inquiètent pour l’avenir de leurs enfants, les seconds se dévalorisent sur leur incapacité à transmettre leur métier », commente François-Régis Lenoir lors d’une conférence organisée à l’occasion de l’Assemblée Générale du Btpl (Bureau technique de la promotion laitière). Cet agriculteur des Ardennes est également docteur en psychologie sociale et professeur d’université. Un parcours atypique qui l’amène à s’intéresser aux stress et autres maux récurrents dans la profession agricole.
En collaboration avec la Msa, François-Régis Lenoir cherche à comprendre la « structure humaine » des exploitations. Selon lui, il y a une confusion entre les besoins d’indépendance et d’autonomie légitimes des agriculteurs, et le sentiment d’isolement. Avec trois fois plus de suicides dans le milieu agricole que dans l’ensemble de la population active, « la nécessité d’amener davantage de liens sociaux, d’entraide et de partage de compétences est réelle. Il y a un décalage entre le phénomène d’individualisme et la difficulté à aller chercher de l’aide lorsqu’on en a besoin », signale-t-il. Selon Florent Bouvard, administrateur à la Fncuma et agriculteur dans l’Ain : « la Cuma reste l’un des derniers endroits où l’on a l’occasion de rencontrer du monde. Mais il réside encore aujourd’hui une grande pudeur à parler de ses problèmes ». « Les personnes en avance aujourd’hui, le seront encore plus demain »
Une récente étude menée auprès d’éleveurs laitiers a permis d’identifier les nombreux facteurs de stress chez les exploitants. Il en ressort, par exemple, que les laitiers en Gaec sont souvent stressés par la qualité des relations entre associés. Ou alors, que les femmes sont plus tourmentées par l’endettement, tandis que les hommes s’inquiètent des pannes de machines.
« Les personnes qui arrivent à nommer leurs peurs sont mieux à même de vaincre leur stress. Cela demande un effort analytique, car de nombreux facteurs de stress sont liés à des éléments sur lesquels l’agriculteur ne peut pas agir directement tels que la météo, la conjoncture économique, les réglementations… Certains ruminent les problèmes au lieu de réfléchir aux solutions et alternatives possibles, » note François-Régis Lenoir. Le manque de visibilité dans l’avenir entraine des difficultés à prendre des décisions. Aussi, « nous remarquons que les agriculteurs qui sont engagés par un mandat (électoral, syndical, associatif,…) ont le sentiment de mieux contrôler la situation et prennent des décisions plus aisément. »
En fait, l’agriculteur n’a pas réellement d’épaule sur laquelle il peut se reposer. Alors que le salarié d’une entreprise peut s’appuyer sur ses collègues, l’agriculteur a peu de soutien et se sent rapidement pris en étaux entre l’amont et l’aval. « En effet, les banques, les conseillers, les technico-commerciaux ne sont pas des collaborateurs directs de l’exploitation et cherchent légitiment à tirer profit de leurs activités », fait remarquer François Régis Lenoir.
Les compétences sociales, ça s’apprend !
« Nous avons tendance à penser à tort, que l’agriculture ne fait qu’un ; alors que les filières et les agriculteurs ne se ressemblent pas. C’est un milieu très hétérogène avec des profils variés. Les différences se font de plus en marquées entre "paysans", "agriculteurs" et "entrepreneurs". Les personnes qui sont en avance aujourd’hui le seront encore plus demain. »
Manager une équipe ou un salarié, cela s’apprend, ce n’est pas inné. Les compétences requises dépendent certes de son propre parcours, de son expérience mais elles devraient surtout être enrichies par de la formation. Il faut essayer de donner de la méthode aux agriculteurs pour apprendre à travailler en groupe », explique l’agriculteur-psychologue. Il peut s’agir par exemple d’être à l’écoute, d’avoir de l’empathie, de la sociabilité, etc. Le bon développement d’une équipe de travail débute par l’énonciation des objectifs et de la façon dont on résoudra les problèmes qui surviendront tôt ou tard.
« Lorsque l’organisation est trop "monolitique", autrement dit, trop verticale avec des liens de subordination trop prononcés, les relations tendent à se dégrader. Il faut mettre en place des mesures préventives, comme la formation au management, avant de se retrouver devant des exploitations en situation critique. »