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jeudi 7 septembre 2017

AUTOUR DE LA QUESTION Regard de soignants "Les maladies mentales : pourquoi pas moi ?"

Les maladies mentales : pourquoi pas moi ?
Par Christian Gay
le 25/08/2017 sante.lefigaro.fr*

AVIS D’EXPERT - Les troubles psychiques se situent au troisième rang des maladies les plus fréquentes, après le cancer et les maladies cardio-vasculaires. Pour le docteur Christian Gay, psychiatre, parallèlement aux progrès médicaux, recréer du lien social est essentiel dans l’accompagnement de ces maladies.
Il est de bon ton d’affirmer que les maladies mentales n’arrivent qu’aux autres. C’est faux! Près de 2 millions de Français sont touchés par des troubles psychiques sévères. Certains sont passagers, d’autres plus durables. Au total, incluant les proches, cela représente 5 millions de personnes. Les troubles psychiques se situent au troisième rang des maladies les plus fréquentes, après le cancer et les maladies cardio-vasculaires. Sans distinction d’âge, de sexe ou de milieu social, les troubles psychiques et les épisodes de souffrance psychique concernent tout un chacun et sont souvent associés à une forte mortalité. Les «candidats» aux troubles psychiques sont par conséquent nombreux.
Même s’il existe une inégalité en matière de chance - nous ne présentons pas le même risque de développer un trouble psychique -, la donne reste la même que pour le cancer, les maladies cardiaques ou encore les maladies métaboliques comme le diabète. L’environnement (contexte familial traumatisant, prise de drogue…) est, en général, le facteur déclencheur.
« Ces maladies pas comme les autres, mais qui, comme les autres, sont des maladies »
Première cause d’invalidité et d’arrêts de longue durée, les troubles psychiques peuvent mettre la personne en situation de handicap, détériorer sa qualité de vie et celle de ses proches. Leurs répercussions économiques et sociales sont importantes: précarité, exclusion, conduites à risques, repli sur soi, l’isolement pouvant aller jusqu’à l’exclusion, la vie dans la rue (SDF) et le suicide. Ce sont les principales conséquences de «ces maladies pas comme les autres, mais qui, comme les autres, sont des maladies».
Pourtant, d’autres maladies s’attaquant à d’autres organes tels que le cœur, les reins, les poumons ou le foie ne génèrent pas de honte, de discrédit ou de culpabilité. Les hommes et les femmes fragilisés par un handicap psychique sont dans notre société victimes de stigmatisations en raison de la peur qu’ils suscitent alors que, dans l’immense majorité des cas, ces personnes ne sont dangereuses que pour elles-mêmes.
S’en sortir n’est pas aisé. Parallèlement aux progrès médicaux, on sait désormais que recréer du lien social est essentiel dans l’accompagnement de ces maladies. À la sortie de l’hôpital, les patients stabilisés grâce à leurs traitements ont souvent beaucoup de difficultés à retrouver une vie sociale normale. Ils ont perdu tout repère et sont souvent isolés, repliés sur eux-mêmes, parfois abandonnés par leur famille. Sans ressort. C’est à ce moment clé qu’une structure non médicalisée comme le Clubhouse répond parfaitement à cette problématique. S’inspirant d’un modèle qui a fait ses preuves dans plus de 30 pays, le Clubhouse s’appuie sur l’autonomisation, la cogestion, la solidarité entre pairs et l’ouverture sur l’extérieur, en particulier avec les entreprises.
Dans ce lieu d’accueil autogéré, sorte de passerelle entre l’hôpital et la vraie vie, personne n’est considéré comme malade mais comme une personne à part entière et, en l’occurrence, un membre - à vie -, d’où l’idée de club. Grâce au partage des tâches, en fonction de ses compétences, petites ou grandes, chacun retrouve vite de la dignité et de la confiance en soi, renouant ainsi avec l’envie de vivre, signe d’espoir s’il en est.
Le saviez-vous ? 20 % de la population en âge de travailler est concernée par un trouble psychique
Aussi, un taux important des membres du club retrouve après quelques mois un emploi. En effet, la vocation du Clubhouse n’est pas uniquement la réinsertion sociale mais aussi professionnelle des personnes vivant avec un trouble psychique (30 % des membres sont en réinsertion).
Le saviez-vous? 20 % de la population en âge de travailler est concernée par un trouble psychique. En 2020, la dépression sera la deuxième cause de maladie et d’arrêts de travail. Plus d’un Français sur quatre estime que les personnes souffrant de problème de santé mentale sont incompatibles avec une activité professionnelle. 90 % des Français estiment que les organisations professionnelles ne sensibilisent pas à la santé mentale. 37 est le score de Qualité de Vie au Travail des personnes porteuses d’un handicap mental (score moyen de 52, toutes situations de handicap confondues).
Alors, comment faire lorsque l’on ne doit pas montrer ses faiblesses dans le monde de l’entreprise? L’accompagnement individuel du Clubhouse permet d’aider à travailler sur un projet professionnel et de définir les facteurs clés de bonne intégration pour préparer par exemple une prise ou reprise de poste. À l’inverse, il permettra d’identifier les signaux d’alerte et pourra intervenir à tout moment en tant que médiateur dans une situation de blocage avec le collectif de travail dans l’entreprise.
Nous l’aurons compris, le rétablissement est un sujet très vaste qu’il est difficile d’aborder en quelques lignes. Il implique l’environnement familial, social, professionnel et scolaire. S’il existe d’autres structures, le modèle du Clubhouse permet de résumer à lui seul le type d’approche personnelle favorisant un rétablissement durable.
Le docteur Christian Gay est aussi cofondateur de France Dépression et du Clubhouse France

http://sante.lefigaro.fr/article/les-maladies-mentales-pourquoi-pas-moi- 

jeudi 8 décembre 2016

AUTOUR DE LA QUESTION Bastia : Des rencontres intergénérationnelles pour tisser des liens

Bastia : Des rencontres intergénérationnelles pour tisser des liens
Rédigé par Michela Vanti le Mardi 6 Décembre 2016 à 19:23 | Modifié le Mardi 6 Décembre 2016 www.corsenetinfos.corsica*


Échanges des savoirs, partage des compétences et nouvelles solidarités sont les thèmes abordés ce mardi à l’Ecole de la deuxième chance de Bastia où a eu lieu la première d’une série de rencontres intergénérationelles qui ont comme but de renforcer et faciliter les liens entre jeunes et seniors. Organisées par l’E2C en partenariat avec l’équipe en charge du programme européen VASIE, qui vise à favoriser le vieillissement actif et à développer la solidarité intergénérationnelle, les rencontres se poursuivront jusqu’en février prochain.


Bastia : Des rencontres intergénérationnelles pour tisser des liens
Si les jeunes ont besoin de leurs aînés pour se construire, les anciens ont besoin des plus jeunes pour rester dans le temps présent et mieux percevoir le monde actuel.
C’est comme ça qu’on pourrait résumer la première rencontre intergénérationelle organisée par l’Ecole de la deuxième chance et l’équipe en charge du programme européen VASIE, qui a eu lieu ce matin à Bastia dans les locaux de l’E2C où le partage des compétences et le renforcement des liens sociaux entre jeunes et seniors s’étaient donnés rendez-vous.


« La lutte des âges, l’ancienne conviction que les générations s'opposent est aujourd’hui dépassé par la profonde conviction que les deux générations ne sont pas si opposées ni indifférentes l’une de l’autre - nous dit un des seniors venus participer à cette rencontre. - Les coopérations existent dans tous les domaines, et les initiatives intergénérationnelles comme celle là démontrent que les jeunes ont besoin de leurs aînés et les anciens ont besoin des plus jeunes.»


Maintenir la vitalité des personnes âgées, renforcer et faciliter les liens entre les générations sont justement les objectifs du programme européen VASIE que portée par l’IRIPS, Institut régional Corse pour l’insertion professionnelle et sociale, vise à favoriser le vieillissement actif et à développer la solidarité intergénérationnelle sur la base des compétences sociales. C'est donc en Corse que auront lieu les rendez-vous français de ce projet européen qui a six autres partenaires : Grèce, Italie, Tchéquie, Slovaquie, Belgique et Autriche que avec l'IRIPS ont mis en place, dans chaque pays, des rencontres intergénérationnelles axées sur le développement de compétences sociales pour permettre une meilleure intégration des différentes générations dans la société.


«Ces actions qui sont menées dans chaque pays qui participe au programme, contribuent aussi à soulager l'isolement, le mal-être, les difficultés ponctuelles des jeunes et des seniors. Individuelles ou collectives ces rencontres créent du lien social et familial, constituant un gisement d'actions innovantes et porteuses d'avenir. - nous explique Anita Lapayre chargée de mission du programme financé avec le soutien de la Commission Européenne. - Grâce à ces rencontres jeunes et seniors auront l'opportunité par ces échanges de mieux appréhender le contexte social dans lequel ils évoluent, de renforcer leur savoir-faire et leurs savoir-être.
Avec un maître mot : la réciprocité les rencontres intergenationelles se poursuivront jusqu’au mois de février.
En savoir plus sur http://www.corsenetinfos.corsica/Bastia-Des-rencontres-intergenerationnelles-pour-tisser-des-liens_a24682.html#cBo8JvwwP3CIJRkq.99

jeudi 21 août 2014

USA RECHERCHE Intégration sociale et mortalité par suicide chez les hommes

Moins de suicides parmi les hommes bien intégrés socialement…CQFD
Publié le 21/08/2014 http://www.jim.fr/e-docs/moins_de_suicides_parmi_les_hommes_bien_integres_socialementcqfd_147028/document_actu_med.phtml
Le suicide est une cause majeure de décès aux USA, touchant plus particulièrement les hommes  d’âge moyen. En 2000, il en a été dénombré près de 36 000 sur une population totale américaine de plus de 300 millions, entrainant une perte de productivité de plus de 60 milliards de dollars.
A côté de facteurs psychiatriques, psychologiques et biochimiques cités en premier dans les comportements suicidaires, Durkheim, dès le 19e siècle, avait mis en avant le rôle protecteur de l’intégration sociale. Plus récemment, une étude de la World Health Organization Mental Health a signalé que nombre de suicides surviennent en l’absence de tout trouble mental patent.

Une cohorte de professionnels de santé suivie pendant 24 ans
Au vu du manque notable  d’études prospectives sur ce sujet, A C Tsai et collaborateurs se sont penchés sur les relations possibles entre intégration sociale et mortalité par suicide. Ils ont pris pour base les données de la Health Professionnals Follow- up Study (HPFS) débutée en 1986 dans le but de suivre de façon prospective et à long terme une cohorte composée uniquement d’hommes, âgés de 40 à 75 ans, professionnels de santé (dentistes, pharmaciens, vétérinaires…). Les participants ont rempli initialement un questionnaire qui renseignait, de façon détaillée, sur leur histoire médicale, leurs habitudes alimentaires, leur style de vie et autres comportements en matière de santé. Parallèlement il évaluait leur niveau  d’intégration sociale à partir  d’un indice à 7 items comportant le statut marital, l’importance du réseau social, la fréquence des contacts, la participation à une communauté religieuse ou à  d’autres structures sociales. Le score, pouvant aller de 1 à 12, définissait 4 niveaux  d’intégration plus ou moins élevés. L’âge des participants, la date de recueil des données, la nature de la profession, le statut tabagique, la consommation éventuelle  d’alcool, de caféine,  d’anti- dépresseurs ainsi que l’indice de masse corporelle, le degré  d’activité physique et les principales co- morbidités ont été notés. L’objet principal de la présente étude était, dans cette population précise, d’examiner la corrélation entre le nombre de décès observés jusqu' au 1 février 2012 et le niveau  d’intégration sociale. Plusieurs analyses de sensibilité ont été effectuées afin de tester la robustesse des résultats globaux et de tenter  d’éviter les erreurs de classification. Les suicides par armes à feu et le rôle possible de pathologies graves associées telles que maladies cardiovasculaires ou cancer, ont fait l’objet  d’analyses particulières.
Des 51 525 participants de sexe masculin initialement inclus dans HPFS, 34 901 (67,7 %) ont répondu au questionnaire  d’intégration sociale et font parti de la cohorte prospective. Il est à noter que, sur les 24 ans de suivi, les répondeurs ont eu, dans l’ensemble, une incidence moindre de suicides que les non répondeurs (21 vs 30/100 000 personnes-années). L’âge moyen des participants, au départ, était de 56,6 ans (SD: 9,8). La majorité  d’entre eux étaient dentistes (56 %) ou vétérinaires (20,7 %). Ils travaillaient en règle à plein temps. Sur une échelle allant de 1 à 12, leur niveau  d’intégration sociale se situait à 6,6 (SD : 3,1) ; 41,5 %  appartenaient à la catégorie  d’intégration la plus élevée. Les participants les moins bien intégrés fumaient davantage, consommaient plus  d’alcool et de caféine, avaient moins  d’activités physiques.
Sur un total de 708 945 personnes-années de suivi, on a relevé 147 suicides, le plus souvent par arme à feu (60,5 %) ou par empoisonnement (13,6 %). L’incidence des suicides a varié en fonction du niveau  d’intégration sociale de départ. Elle a été la plus faible chez les individus qui avaient le meilleur niveau (Hazard ratio ajusté [HRa] 0,41 ; intervalle de confiance, IC, à 95 % : 0,24 et 0,69). Le HRa se situe à 0,52 pour la classe suivante, témoignant  d’un niveau  d’intégration encore satisfaisant (IC : 0,30- 0,91). Il s’éleve à 0,70 (IC : 0,43- 1,15) pour le niveau le plus médiocre. Chaque variation  d’1 point  de l’indice est corrélée à une variation du risque suicidaire de 10 %. Il a, par ailleurs, été possible  d’apprécier les changements éventuels de niveau survenus entre 1988 et 1996 chez 26 526 membres de la cohorte. Là encore, le risque a été plus réduit dans la catégorie restée la plus élevée (HRa : 0,36; IC : 0,13- 0,99).

Etre marié et avoir un riche réseau social protège…

Trois des composants de l’indice : le statut marital, la taille du réseau social et la participation à des services religieux émergent comme étant les facteurs protecteurs de suicide les plus significatifs. Il en va de même dans le groupe plus particulier des suicides par armes à feu et après exclusion des co morbidités cardiovasculaires ou néoplasiques lourdes. A côté de l’incidence des suicides, la mortalité globale et celle de cause cardiovasculaire évoluent aussi inversement avec le niveau  d’intégration sociale.
Ainsi, cette étude longitudinale de 34 901 américains de sexe masculin, suivis pendant 24 ans, révèle-t-elle que le niveau  d’intégration sociale est inversement proportionnel au risque suicidaire. La relation entre ces 2 variables est statistiquement significative, de grande ampleur, robuste et non modifiée par les autres causes de mortalité. Les conclusions de ce travail rejoignent celles  d’autres publications, dont celle de Kposowa, parue en 2000 dans le Journal of Epidemiology Community Health qui n’avait pris en compte que le seul facteur marital. Il est souligné le rôle important de l’appartenance à un groupe religieux et le fait que, même en cas de variations de l’intégration sociale au fil des années, le maintien dans la classe la plus élevée ou l’amélioration du niveau  d’intégration contribuent à une meilleure protection contre le suicide.
L’interprétation de ces résultats doit toutefois être assortie de quelques réserves. En premier lieu, l’état mental des participants n’a pas, directement, été étudié, seule l’utilisation possible  d’anti dépresseurs ayant été notifiée. En second lieu, ce travail n’a concerné qu'une population très spécifique de professionnels de santé  d’âge moyen et de sexe masculin et ne saurait, en l’état, être généralisé à des types de populations différentes selon le sexe ou le statut socio- économique. L’étude issue  d’HPFS rapporte, en effet, sur une période de 24 ans, un taux de suicide de 21/100 000 personnes, bien inférieur à celui constaté en 2010 qui oscillait entre 30,0 et 30,7/ 100 000 en général pour des hommes d'âge compris entre 45 et 59 ans. De plus ont pu être commises des erreurs de classification avec les morts violentes, cause de sous estimation possible du nombre de décès par suicide.
En résumé, une étude longitudinale sur 24 ans  d’une cohorte de professionnels de santé américains,  d’âge moyen et de sexe masculin, confirme qu'un bon niveau  d’intégration sociale représente un facteur protecteur de la mortalité par suicide. Dans l’avenir doivent être mieux précisés les mécanismes sous tendant cette relation, avec pour objectif final, une amélioration en matière de santé publique.
Dr Pierre Margent
Références
Tsai AC et coll. : Social Integration and Suicide Mortality among Men : 24-Year Cohort Study of US health professionals. Ann Intern Med., 2014; 161: 85-95.

mardi 11 mars 2014

AUTOUR DE LA QUESTION : L’architecture des prisons, un casse-tête non résolu


L’architecture des prisons, un casse-tête non résolu

Dans son rapport annuel, rendu public mardi 11 mars, le contrôleur général des lieux de privation de liberté appelle l’exécutif à repenser l’architecture carcérale.
11/3/14 - 10 H 59 sur http://www.la-croix.com/Actualite/France/L-architecture-des-prisons-un-casse-tete-non-resolu-2014-03-11-1118570
 


Photo du nouveau centre pénitencier de Corbas prise le 02 avril 2009 dans la banlieue de Lyon.
FRED DUFOUR/AFP Photo du nouveau centre pénitencier de Corbas prise le 02 avril 2009 dans la banlieue de Lyon.


L’immense majorité des prisons françaises est calquée sur un schéma très ancien hérité du XIXe  siècle.

Désireux d’innover, les architectes doivent souvent batailler contre l’administration pénitentiaire pour qui la sécurité prime.

Quitter la vétuste prison lyonnaise de Saint-Paul pour le centre pénitentiaire ultramoderne de Corbas (Rhône), Steeve en a rêvé pendant des mois. Jusqu’à son transfert un jour de 2009. Une fois sur place, il a vite déchanté. « Corbas, c’était propre, aussi nickel qu’un hôpital, se souvient l’ancien détenu. Mais tout était automatisé, il y avait des sas et des caméras partout, on se serait cru dans un film de science-fiction. »
Fonctionnelle, parfaitement sécurisée, la prison de Corbas a pendant un temps incarné la prison du futur. Un temps seulement. Les violences à répétition et les suicides en série ont fini par en faire un contre-exemple.
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La prison de Saint-Paul, à Lyon (c. AFP)

Juguler la surpopulation carcérale
 « C’est dans les prisons les plus récentes que le mal-être des détenus se révèle le plus profond, note l’aumônier Vincent Feroldi. Les lieux ont été mal conçus, de sorte que les condamnés se sentent à la fois plus isolés et plus oppressés. »
Un constat partagé par le contrôleur général des prisons, Jean-Marie Delarue, qui a choisi de consacrer toute une partie de son rapport annuel à l’architecture en prison. Son but : inciter les pouvoirs publics à réfléchir à la prison de demain, eux qui ont plutôt eu tendance, ces vingt dernières années, à construire dans l’urgence en vue de juguler la surpopulation carcérale.
En France, l’architecture des prisons est quasiment inchangée depuis le XIXe  siècle. Les établissements sont pratiquement tous conçus sur le même modèle : un bâtiment principal de plusieurs étages, des cellules fermées donnant sur de longues coursives, une cour de promenade entourée d’un mur d’enceinte doté de miradors.
Cette organisation spatiale fait de la cellule le lieu central de la vie en détention, ce qui n’encourage ni à la socialisation, ni à la réinsertion, ni à la responsabilisation du détenu, confiné dans sa cellule 22 heures sur 24.

Humaniser la prison
Quelques architectes ont pourtant tenté de repenser l’univers carcéral au début des années 1980, encouragés par le ministre de la justice de l’époque, Robert Badinter. « Il y a eu durant cette période une véritable volonté d’humaniser la prison, se souvient l’architecte Guy Autran. À ce moment-là, on a joui d’une vraie liberté. »
C’est d’ailleurs de cette époque que date la prison de Mauzac (Haute-Garonne). Unique en son genre, l’établissement s’organise autour d’une vaste cour centrale partagée, chose rarissime, par les détenus et par le personnel. Les cellules, elles, sont agencées sous forme pavillonnaire.
Ce fut le seul et unique projet carcéral véritablement original de ces trente dernières années. Tous les autres ont échoué.
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La prison de Mauzac, en Haute-Garonne (C: AFP)

Lieux de socialisation
Car la moindre innovation fait l’objet d’interminables tractations entre architectes et surveillants. Quand les premiers ambitionnent de repenser en profondeur l’organisation carcérale, les seconds réclament avant tout une sécurisation maximale des lieux.
 « L’administration pénitentiaire repousse tout ce qui sort de l’ordinaire, y compris les choses les plus anodines, déplore Guy Autran. Il y a quelques années par exemple, j’ai suggéré que les services sociaux, les salles de cours et le gymnase soient visibles depuis l’atrium central de la prison. L’idée était de créer des lignes de fuite vers l’extérieur et d’attirer les détenus vers ces lieux de socialisation. L’administration a refusé, au motif que cela risquait de divertir les détenus et donc de ralentir les déplacements à l’intérieur de la prison. »

Marotte des architectes
 « Les architectes se font plaisir en imaginant sur leur planche à dessin la prison du troisième millénaire », rétorque un surveillant. À l’entendre, « libérer l’espace visuel » serait la grande marotte des architectes.
 « Ils préconisent systématiquement de réduire le nombre de sas de sécurité séparant les coursives et d’ôter les filets de sécurité placés au-dessus de l’atrium central, explique ce surveillant. Pour avoir ce genre d’idées, il faut vraiment ne rien connaître à la prison ! Les filets empêchent les détenus de se suicider en sautant de la coursive et les sas permettent de ralentir le mouvement en cas de mutinerie. Ce n’est peut-être pas esthétique, mais pour l’heure, on n’a rien trouvé de mieux ! »

Administration pénitentiaire
Désireuse de faire évoluer les établissements pénitentiaires sans se mettre à dos le personnel pénitentiaire, la chancellerie s’est fixé des objectifs modestes. Mais elle s’y tient.
 « Nous avons pris acte des critiques formulées à l’encontre des prisons construites ces dernières années, assure Morgan Tanguy, à la sous-direction de l’administration pénitentiaire. À l’avenir, nous prévoyons des établissements plus petits, de 500 places au lieu de 700, afin de lutter contre le caractère trop impersonnel des relations entre surveillants et détenus. Nous veillerons aussi à construire à proximité des centres urbains, afin de faciliter les visites des familles. »
Des engagements qui ne révolutionneront pas la vie en détention mais qui, selon Jean-Marie Delarue, vont déjà dans le bon sens.

mardi 11 juin 2013

SUEDE ACTU PUBLICATION RECHERCHE SUR LES FACTEURS DE RISQUE

Les facteurs de risque de suicide Décrits
D' après "Suicide Risk Factors Described, June 10, 2013 sur http://www.sciencedaily.com/

10 juin 2013 - L'étude, d'après une collaboration entre l'Université de Lund en Suède et l'Université de Stanford, a montré que le taux de suicide chez les hommes est presque trois fois supérieur à celui des femmes. Être jeune, célibataire et ayant un faible niveau d'éducation sont des facteurs de risque plus important de suicide chez les hommes, tandis que la maladie mentale est un facteur de risque plus important chez les femmes. Le chômage est le facteur de risque social plus fort chez les femmes, tandis que le célibat était le plus fort chez les hommes.
Parce que l'étude a porté sur un éventail de maladies différentes dans les soins aux patients hospitalisés et en ambulatoire ainsi que sur les facteurs sociaux, les chercheurs ont pu avoir un aperçu des facteurs particulièrement importants à garder à l'esprit lors de l'évaluation du risque de suicide." De meilleures stratégies sont nécessaires pour la collaboration entre les différentes disciplines et la société en général, afin de réduire le risque de suicide pour les personnes qui souffrent, par exemple, la dépression, l'anxiété, la
BPCO, l'asthme et certains facteurs de risque sociaux», explique le chercheur principal Professeur Jan Sundquist .Parmi ceux qui se sont suicidés, 29,5% des femmes et 21,7% des hommes ont visité un médecin au cours des deux semaines précédant leur suicide, et 57,1% des femmes et 44,9% des hommes avaient consulté un médecin au cours des 13 semaines précédant leur suicide ."Cela montre que beaucoup ont été en contact avec le service de santé relativement peu de temps avant de se suicider. Les résultats ont une signification clinique pour ceux qui travaillent dans les soins primaires et autres soins hospitaliers et ambulatoires, y compris la psychiatrie. Outre le service de santé, les services de soutien social peuvent avoir besoin d'être impliqués dans le travail afin de réduire le nombre de suicides dans la société », conclut Jan Sundquist.Résultats:Dépression (risque 32 fois de se suicider), l'anxiété (risque multiplié par 15), la BPCO (risque 3,05 fois), l'asthme (risque 2,25 fois), accident vasculaire cérébral (risque 1,67 fois) et le cancer (risque 1,72 fois). Ceux qui ont des réseaux sociaux pauvres sont également plus à risque de suicide (par exemple divorcé risque 2,25 fois).À propos de l'étude:Les chercheurs ont utilisé la population suédoise et le registre de santé et étaient donc en mesure de suivre plus de sept millions d'adultes entre 2001 et 2008. De ce nombre, 8,721 suicidés.

C. Crump, K. Sundquist, J. Sundquist, M. A. Winkleby. Sociodemographic, psychiatric and somatic risk factors for suicide: a Swedish national cohort study. Psychological Medicine, 2013; : 1 DOI: 10.1017/S0033291713000810

jeudi 29 décembre 2011

REGARD ACTEURS SOCIAUX SUICIDE AGRICULTEUR


François Régis Lenoir, agriculteur et psychologue - Etre indépendant n’empêche pas de créer du lien social
( Publié le 27/12/2011 sur terre-net.fr/ )
Problèmes relationnels ou familiaux, isolement, endettement, « paperasses », santé, management, conjoncture, météo... Les facteurs de stress ou de « mal être » ne manquent pas. François-Régis Lenoir est à la fois agriculteur et psychologue, il s’intéresse à l’Homme pour comprendre la structure des exploitations agricoles. Selon lui, une des solutions pour être bien dans son métier, serait de savoir créer davantage de liens sociaux.

Selon François-Régis Lenoir, « il n’y a pas d’économie sans hommes. Pour comprendre les structures agricoles, il est essentiel d’intégrer du complexe et de l’irrationnel. Cela permet par exemple d’expliquer les désaccords entre agriculteurs au sein d’une Cuma ou avec un salarié, et même, pourquoi certains achètent des tracteurs surdimensionnés par rapport à leurs besoins. » 

 « Les agriculteurs qui peuvent transmettre leur exploitation ne vont pas bien, et ceux qui ne peuvent pas transmettre ne vont pas bien non plus ! Les premiers s’inquiètent pour l’avenir de leurs enfants, les seconds se dévalorisent sur leur incapacité à transmettre leur métier », commente François-Régis Lenoir lors d’une conférence organisée à l’occasion de l’Assemblée Générale du Btpl (Bureau technique de la promotion laitière). Cet agriculteur des Ardennes est également docteur en psychologie sociale et professeur d’université. Un parcours atypique qui l’amène à s’intéresser aux stress et autres maux récurrents dans la profession agricole.

En collaboration avec la Msa, François-Régis Lenoir cherche à comprendre la « structure humaine » des exploitations. Selon lui, il y a une confusion entre les besoins d’indépendance et d’autonomie légitimes des agriculteurs, et le sentiment d’isolement. Avec trois fois plus de suicides dans le milieu agricole que dans l’ensemble de la population active, « la nécessité d’amener davantage de liens sociaux, d’entraide et de partage de compétences est réelle. Il y a un décalage entre le phénomène d’individualisme et la difficulté à aller chercher de l’aide lorsqu’on en a besoin », signale-t-il. Selon Florent Bouvard, administrateur à la Fncuma et agriculteur dans l’Ain : « la Cuma reste l’un des derniers endroits où l’on a l’occasion de rencontrer du monde. Mais il réside encore aujourd’hui une grande pudeur à parler de ses problèmes ».
« Les personnes en avance aujourd’hui, le seront encore plus demain »

Une récente étude menée auprès d’éleveurs laitiers a permis d’identifier les nombreux facteurs de stress chez les exploitants. Il en ressort, par exemple, que les laitiers en Gaec sont souvent stressés par la qualité des relations entre associés. Ou alors, que les femmes sont plus tourmentées par l’endettement, tandis que les hommes s’inquiètent des pannes de machines.

« Les personnes qui arrivent à nommer leurs peurs sont mieux à même de vaincre leur stress. Cela demande un effort analytique, car de nombreux facteurs de stress sont liés à des éléments sur lesquels l’agriculteur ne peut pas agir directement tels que la météo, la conjoncture économique, les réglementations… Certains ruminent les problèmes au lieu de réfléchir aux solutions et alternatives possibles, » note François-Régis Lenoir. Le manque de visibilité dans l’avenir entraine des difficultés à prendre des décisions. Aussi, « nous remarquons que les agriculteurs qui sont engagés par un mandat (électoral, syndical, associatif,…) ont le sentiment de mieux contrôler la situation et prennent des décisions plus aisément. »

En fait, l’agriculteur n’a pas réellement d’épaule sur laquelle il peut se reposer. Alors que le salarié d’une entreprise peut s’appuyer sur ses collègues, l’agriculteur a peu de soutien et se sent rapidement pris en étaux entre l’amont et l’aval. « En effet, les banques, les conseillers, les technico-commerciaux ne sont pas des collaborateurs directs de l’exploitation et cherchent légitiment à tirer profit de leurs activités », fait remarquer François Régis Lenoir.

Les compétences sociales, ça s’apprend !

« Nous avons tendance à penser à tort, que l’agriculture ne fait qu’un ; alors que les filières et les agriculteurs ne se ressemblent pas. C’est un milieu très hétérogène avec des profils variés. Les différences se font de plus en marquées entre "paysans", "agriculteurs" et "entrepreneurs". Les personnes qui sont en avance aujourd’hui le seront encore plus demain. »

Manager une équipe ou un salarié, cela s’apprend, ce n’est pas inné. Les compétences requises dépendent certes de son propre parcours, de son expérience mais elles devraient surtout être enrichies par de la formation. Il faut essayer de donner de la méthode aux agriculteurs pour apprendre à travailler en groupe », explique l’agriculteur-psychologue. Il peut s’agir par exemple d’être à l’écoute, d’avoir de l’empathie, de la sociabilité, etc. Le bon développement d’une équipe de travail débute par l’énonciation des objectifs et de la façon dont on résoudra les problèmes qui surviendront tôt ou tard.

« Lorsque l’organisation est trop "monolitique", autrement dit, trop verticale avec des liens de subordination trop prononcés, les relations tendent à se dégrader. Il faut mettre en place des mesures préventives, comme la formation au management, avant de se retrouver devant des exploitations en situation critique. »


Source : Terre-net Média
Auteur : Robin Vergonjeanne
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