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mardi 2 juillet 2019

INTERVIEW Carole Damiani, directrice de Paris Aide aux Victimes et docteure en psychologie, coordonne la cellule d'aide mise en place tout au long du procès France Télécom


Suicides à France Télécom: «La technicité des débats génère de la souffrance», avertit la psychologue qui accompagne les victimes
INTERVIEW Carole Damiani, directrice de Paris Aide aux Victimes et docteure en psychologie, coordonne la cellule d'aide mise en place tout au long du procès France Télécom
Propos recueillis par Helene Sergent
www.20minutes.fr*

  • Depuis le 6 mai dernier, le tribunal correctionnel de Paris est chargé de juger sept ex-dirigeants de France Télécom renvoyés pour «harcèlement moral». 
  • Une série de suicides a touché l'entreprise entre 2007 et 2010, dont 35 au cours des seules années 2008 et 2009.
  • Tout au long du procès, une cellule d'aide psychologique est déployée pour accompagner les proches des victimes ou les victimes. 
Depuis près de deux mois, ils se relaient sur les bancs de la 31e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Avec l’ouverture du procès de sept anciens dirigeants de France Télécom, ex-salariés ou proches d’employés décédés ont entamé une étape majeure de leur bataille judiciaire. Pour les accompagner, une cellule de soutien psychologique pilotée par l’association Paris Aide aux victimes a été mise place.
Car loin de réparer, le procès peut parfois rouvrir des plaies chez certaines victimes. Carole Damiani, docteure en psychologie et directrice de l’association, insiste sur la portée sociale de l’audience, et alerte sur les risques de déception quand les attentes thérapeutiques sont trop importantes.
En quoi consiste le dispositif de soutien psychologique mis en place pour le procès France Télécom ? Y a-t-il des spécificités ?
Il y a eu une adaptation mais l’équipe de psychologues – composée d’une dizaine de professionnels – est évidemment formée pour répondre aux questions liées à l’épuisement professionnel ou à la souffrance au travail. Il y a tout un travail en amont du procès. D’abord, nous avons un briefing obligatoire opérationnel avec les greffiers, les magistrats. Ensuite, on travaille avec l’équipe pour savoir combien de psychologues nous allons déployer en fonction du nombre de parties civiles et à quel moment. Puis nous rencontrons les victimes et nous organisons une visite de la salle d’audience, on leur explique à quelle heure elles peuvent venir, où elles peuvent s’installer.
Ça peut sembler anecdotique mais c’est très important de connaître les conditions dans lesquelles va se dérouler le procès. Ensuite, pendant le procès, les personnes qui le souhaitent peuvent solliciter les psychologues sur place au tribunal pour un échange informel ou pour des entretiens plus confidentiels. Dans le cas de France Télécom, une trentaine de victimes ont déjà fait appel à nous.
Est-ce que le fait que le procès France Télécom se déroule près de dix ans après la vague de suicides change quelque chose pour les victimes ?
Oui, c’est différent. Aujourd’hui on constate que certaines parties civiles sont à la retraite, d’autres ont changé de travail, se sont reconverties, elles ont un certain recul sur les choses, elles ne sont plus dans une réaction « à chaud ». Mais ce n’est évidemment pas le cas de tout le monde. Même dix ans après, certaines victimes vont avoir besoin d’un accompagnement parce qu’elles n’ont pas tout réglé d’un point de vue thérapeutique. Tout cela diffère d’un individu à l’autre.
La plupart des avocats mettent souvent en garde les parties civiles qu’ils défendent : un procès répare rarement. Qu’en pensez-vous ?
C’est vrai, un procès a une visée sociale, il n’est pas fait pour réparer mais pour sanctionner éventuellement un auteur. Un procès, ce n’est pas fait pour les victimes mais pour les auteurs même si bien souvent elles ont des attentes. Mais ce n’est pas thérapeutique, la thérapie, c’est quelque chose de très intime. Quand une victime va mal avant le procès, elle ira mal après le procès. Même si ce n’est pas toujours simple, on peut l’envisager comme une étape dans le processus thérapeutique mais pas comme une solution.
Y a-t-il des séquences où vous intervenez plus spécifiquement auprès des victimes ?
Au tout début oui, c’est important, on va les voir régulièrement. On peut les accompagner aussi avant leur témoignage ou leur déposition. Et au moment des interrogatoires des prévenus ou des accusés. Quand les personnes jugées nient les faits, ou disent « je n’y suis pour rien, ce n’est pas moi », ça peut être très mal vécu par les victimes. L’étape des plaidoiries et des réquisitions est un autre moment clé pendant lesquels nous sommes plus susceptibles d’intervenir. Dans le cas de France Télécom, la technicité des débats génère de la souffrance pour certains. Ça ne les intéresse pas et elles ne se sentent pas toujours considérées.

A quand remonte la mise en place de la première cellule d’aide psychologique pendant un procès ?
Cela fait plus de trente ans que nous faisons ça. Au départ, c’était expérimental et il n’y avait pas de protocole systématisé. Aujourd’hui, le parquet peut nous saisir en vertu d’un article du code de procédure pénale. C’est le cas lorsque se tiennent des procès sensibles avec un nombre important de parties civiles. En deux ans, nous sommes intervenus lors des procès de Jawad Bendaoud, de l’attentat du musée du Bardo en Tunisie ou lors des deux procès d’Abdelkader Merah. Mais l’association peut aussi être saisie à titre individuel par les victimes qui le souhaitent.

https://www.20minutes.fr/justice/2549955-20190628-suicides-france-telecom-technicite-debats-genere-souffrance-avertit-psychologue-accompagne-victimes

vendredi 7 décembre 2018

RESSOURCES 116 006 : le nouveau numéro d'aide aux victimes

Plateforme téléphonique

116 006 : le nouveau numéro d'aide aux victimes
Publié le 06 décembre 2018 - Direction de l'information légale et administrative (Premier ministre)
Illustration 1Crédits : © Ministère de la Justice
Illustration 1
Victimes d'un chauffard, d'une escroquerie sur internet, de propos racistes, de violence... Appelez le 116 006, le nouveau numéro d'aide aux victimes, gratuit et ouvert 7 jours sur 7 de 9h à 19h. Cette porte d'entrée unique pour toutes les victimes, proches et témoins directs remplace l'ancien « 08Victimes ».
Cette plateforme téléphonique s'adresse aux victimes d'infractions (vols, agressions...) mais aussi aux victimes d'accidents de la route, d'événements collectifs, d'attentats ou de catastrophes naturelles.
Dans le respect de l'anonymat de l'appelant, ce dispositif écoute et dirige les victimes vers les réseaux associatifs d'aide aux victimes et les services spécialisés.
Ce service est également accessible aux Français de l'étranger au 00 33 1 80 52 33 76.
  À savoir :
France Victimes met également à disposition du public un courriel : victimes@france-victimes.fr

vendredi 30 décembre 2016

COMEDE Guide Migrants/étrangers en situation précaire - Soins et accompagnement

Victimes de violences
source : COMEDE , Comité pour la santé des exilés*
Cf. chapitre « Torture et traitements cruels, inhumains ou dégradants »
in Guide Migrants/étrangers en situation précaire - Soins et accompagnement éd. 2015 p.368-388
Etat des lieux
En 2013, 80% des demandeurs d’asile soignés au Comede déclaraient des antécédents de violence (définition OMS), 21% des antécédents de torture (définition ONU), et 17% des violences liées au genre et à l’orientation sexuelle. Parmi les patients suivis en psychothérapie, ces taux s’élèvent respectivement à 96%, 43% et 39%. Pour l’ensemble des patients suivis en médecine - incluant les non-demandeurs d’asile -, les antécédents de torture sont plus fréquents parmi les hommes, et les antécédents de violence liée au genre plus fréquents chez les femmes. Il existe également une forte corrélation entre les violences subies et le devenir de la demande d’asile. Les antécédents de violence sont plus fréquents parmi les personnes reconnues réfugiées que parmi celles qui ont été déboutées de leur demande de protection. Il en est de même pour les antécédents de torture et de violences liées au genre et à l’orientation sexuelle. Une telle différence, ainsi que la fréquence également très importante de tels antécédents parmi les déboutés, interroge les pratiques de reconnaissance du statut de réfugié dans un contexte de crise de la protection.
La présence des syndromes psychotraumatiques graves est corrélée aux antécédents de violence dans le pays d’origine et tout au long du parcours d’exil. Pour les femmes, le risque relatif de présenter un psychotraumatisme grave (suivi en psychothérapie) est de 1,4 en cas d’antécédent de violence, de 2,6 en cas d’antécédent de torture et de 2,3 en cas d’antécédent de violence liée au genre. Pour les hommes ce risque est également de 1,4 en cas d’antécédent de violence et de 2,6 en cas de torture, il s’élève à 4 en cas de violence liée au genre. Parmi les patients du Comede, la torture est plus fréquemment déclarée par les Sri-Lankais, les Guinéens, les Congolais/RD et les Mauritaniens.
Cette violence s’est davantage exercée à l’encontre de certains groupes professionnels, en particulier les ouvriers, employés et professions intellectuelles. Les violences liées au genre sont plus souvent déclarées parmi les personnes originaires de Côte d’Ivoire, d’Angola, de Guinée, du Congo et du Congo RD. Les personnes sans profession et les professions intermédiaires y ont été les plus exposées. Les différentes formes de violence sont également très liées aux indicateurs de vulnérabilité sociale. Leur fréquence est plus élevée parmi les personnes en situation de détresse sociale. Les antécédents de torture et de violence liée au genre sont fortement corrélés à la précarité du quotidien et de l’hébergement, à l’isolement social et plus encore à l’isolement relationnel : les personnes concernées sont 84% à avoir subi des violences, 25% des tortures et 21% des violences liées au genre.
La moitié des patients suivis en psychothérapie en 2013 présentaient des troubles de la concentration, de l’attention et/ou de la mémoire. De tels troubles sont plus fréquents chez les femmes, et concernent plus de la moitié des personnes ayant subi des tortures et/ou des violences liées au genre. Cette situation peut entrave notamment la capacité des demandeurs d’asile à mettre en récit leur parcours d’exil, a fortiori lors de convocations à l’Ofpra et à la CNDA. En raison de ces troubles, les personnes non francophones rencontrent également davantage de difficultés concernant l’apprentissage de la langue. L’importance des idées suicidaires et des antécédents de tentative de suicide parmi les exilés suivis en psychothérapie au Comede illustre la gravité de leurs troubles psychiques. Plus d’un quart des patients ont présenté des idées suicidaires au cours de la psychothérapie, et 6% avaient effectué une tentative de suicide au cours de leur vie. Les idées suicidaires sont plus fréquentes chez les hommes, chez les personnes en situation de détresse sociale, ainsi que parmi les exilés ayant subi des tortures.
En 2013, les psychologues et médecins ont pu caractériser ces troubles psychiques au moyen de la nouvelle catégorisation des principales maladies et syndromes observés. Parmi 190 patients pour lesquels ces données ont été documentées (voir tableau page suivante), 57% présentaient un syndrome psychotraumatique (SPT), 26% une dépression (DEP), 11% un trauma complexe, 4% des troubles anxieux et 1% des troubles psychotiques. Les femmes présentent plus souvent que les hommes un syndrome psychotraumatique (60% vs 54%), et moins souvent une dépression (23% vs 28%). Les syndromes psychotraumatiques apparaissent plus fréquents chez les personnes ayant subi des tortures (60%) et des violences liées au genre (60%), alors que le trauma complexe est fortement corrélé aux antécédents de torture (18%). Selon la région d’origine, on observe davantage de SPT chez les patients d’Afrique de l’Ouest (66%, et 68% des Guinéens), et chez ceux d’Afrique centrale davantage de dépression (29%) et de trauma complexes (20%). Enfin, il existe une forte corrélation entre les tableaux cliniques et l’évolution de la demande d’asile. Parmi les personnes suivies pour psychotraumatisme en 2013, les demandeurs d’asile en cours de procédure présentent plus souvent un syndrome psychotraumatique (58%) et un trauma complexe (14%), les personnes déboutées plus souvent une dépression (46%).
Suivi des patients
En 2014, les psychothérapeutes du Comede ont effectué 1 181 entretiens pour 210 patients, dont 44% en langue étrangère. La durée moyenne de suivi des patients est de 14 mois, ce qui correspond à la nécessité de proposer des suivis soutenus pour des patients présentant souvent des troubles psychiques graves, en lien avec des expériences de violences et tortures.
Au Centre de santé, l’orientation initiale vers le psychothérapeute est proposée par le médecin, généralement après les résultats du bilan de santé. Les troubles psychiques constituent la principale cause de morbidité chez les exilés, davantage encore chez les femmes. Les patients reçus souffrent pour la grande majorité d’entre eux de syndromes psychotraumatiques dans lesquels dominent cauchemars et reviviscences, troubles de la mémoire et de la concentration mais aussi douleurs physiques rebelles au traitement antalgique. Les syndromes psychotraumatiques prennent parfois des formes particulièrement graves dans lesquelles peuvent survenir des épisodes dissociatifs, s’exprimant par des moments de confusion, d’agitation ou encore de mutisme et de stupeur. Certains patients traversent des états de détresse psychique intense, associés à des dépressions graves, et témoignent d’idées suicidaires.
Si les violences ont un grand impact sur la vie psychique des personnes, il ne faut pas négliger le retentissement psychologique de la situation d’exil, marquée par la séparation d’avec les proches, la découverte d’un environnement nouveau et inconnu. En outre, la précarité sociale et administrative associée au contexte politique de l’accueil en France induit fréquemment une souffrance psychique importante. Le suivi des patients recouvre des modes de prises en charge - thérapies d’orientation psychanalytique et/ou thérapies de soutien - que l’on cherche à adapter à la situation du patient, dans laquelle se nouent les effets du traumatisme psychique et la précarité de la situation sociale. Face à un tableau clinique de syndrome psychotraumatique et/ou de dépression, les psychologues et médecins peuvent conduire l’essentiel des prises en charge requises, les médecins prescrivant au besoin des traitements anti-dépresseurs, anxiolytiques et hypnotiques. Toutefois l’avis d’un psychiatre reste nécessaire en cas de tableau psychotique, de dépression ou de syndrome psychotraumatique sévère.

lundi 8 octobre 2012

Conduites à risque et mises en danger des mineurs : le rôle des violences

"Conduites à risque et mises en danger des mineurs : le rôle des violences Sens : 5 ème journée sur les violences le premier octobre 2012 Docteur Muriel SALMONA
Psychiatre-psychothérapeute,  responsable de l'antenne 92 de l'Institut de Victimologie
Présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie
site : memoiretraumatique.org
Lien document : http://www.memoiretraumatique.org/assets/files/Documents-pdf/2012-10-01-SENS-conduites_a_risque_et_mises_en_danger_mineurs.pdf