vendredi 3 avril 2026

PROGRAMME Haute autorité de santé Programme pluriannuel « santé mentale et psychiatrie » 2025-2030

PROGRAMME HAS Haute autorité de santé Programme  pluriannuel « santé mentale et psychiatrie » 2025-2030
Validé par le Collège le 20 novembre 2024
Mis à jour en mars 2026

 Travaux inscrits au programme pluriannuel « santé mentale et psychiatrie » 2025-2030 :

 Thème 5. Santé mentale et psychiatrie de la personne âgée

2. Idées et conduites suicidaires chez la personne âgée : prévention, repérage, évaluation et prise en charge 

 Le taux de décès par suicide augmente fortement avec l’âge, en particulier chez les hommes. Il était
en 2017 de 5,9 pour 100 000 hommes de 15 à 24 ans et de 49,5 pour 100 000 hommes de 75 ans ou
plus (8).
Dans le cadre de la conférence de consensus « La crise suicidaire : reconnaître et prendre en
charge », elle a été décrite comme souvent peu apparente et difficile à reconnaître chez la personne
âgée. La détermination à se donner la mort a également été identifiée comme augmentant avec
l’âge (90), un ratio de l’ordre de quatre tentatives de suicide pour un suicide étant rapporté pour les
personnes de plus de 65 ans contre un ratio de 200 tentatives pour un suicide pour les personnes de
moins de 25 ans (89, 91).
Plusieurs facteurs de risque spécifiques ont été identifiés : « âge supérieur à 75 ans, le sexe masculin,
la perte du conjoint, les maladies somatiques (notamment celles sources de handicap ou de douleur),
les changements d’environnement (comme l’entrée en maison de retraite ou une admission à l’hôpital),
la perte des rôles, l’isolement, les conflits et la maltraitance, la dépression (quasiment constante même
si ses manifestations ne sont pas toujours typiques), l’existence de moyens de suicide par mort vio-
lente […] » (90).
Les EIGS en lien avec des suicides et tentatives de suicide de patients font par ailleurs partie des EIGS
les plus déclarés (92). Ils continueront à faire l’objet d’un suivi dont les résultats seront exploités pour
en tirer des enseignements pour la sécurité du patient.
➔ Dans ce contexte, le travail envisagé visera à produire des recommandations de bonne
pratique pour mieux prévenir, repérer, évaluer et prendre en charge les idées et con-
duites suicidaires chez la personne âgée

...


10. Autres thèmes

2. Prévention, repérage, évaluation et prise en charge des idées et conduites suicidaires chez les exploitants et salariés agricoles 

Les transformations du secteur agricole en pleine mutation génèrent de nombreux facteurs de risques
(charge mentale, injonctions paradoxales et incertitudes) liés à la pression de la rationalisation écono-
mique (performance, crises sanitaires ou énergétiques, cohérence éthique, etc.), aux pressions tech-
nologiques et numériques (capacités de développement atteintes, etc.) et à la pression politique et
démocratique (inflation normative, attentes sociétales [souveraineté alimentaire et transition écolo-
gique], etc.). Ces transformations s’accompagnent d’une érosion de l’entraide au sein de ce corps
social traditionnellement solidaire et de forts déséquilibres entre vie professionnelle et vie personnelle.
Dans ce contexte, de nombreux agriculteurs se trouvent en situation de mal-être et présentent un
risque suicidaire élevé (162-164). Ces difficultés sont dures à repérer en raison notamment de l’ab-
sence de médecine du travail ou équivalent, la situation étant encore plus compliquée pour les salariés
que pour les exploitants, en particulier pour les salariés en situation de travail dissimulé.
➔ La HAS a été saisie dans le cadre de la feuille de route pour la prévention du mal-être et
pour l’accompagnement des agriculteurs et des salariés agricoles pour élaborer des recom-
mandations de bonne pratique en vue d’améliorer « la prévention, le repérage, l’évaluation et la prise en charge des idées et conduites suicidaires chez les exploitants et salariés agricoles » (165). 

 

ACCES DOCUMENT https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/2026-03/dir1/programme_pluriannuel_sante_mentale_psychiatrie_2025-2030.pdf 

AUVERGNE RHONE ALPES Agissons ensemble pour la prévention du suicide – LUCIOLE n°2, la newsletter santé mentale

Agissons ensemble pour la prévention du suicide – LUCIOLE n°2, la newsletter santé mentale
Actualité

Lettre d'information

Pour prévenir le suicide, ce 2ème numéro de Luciole met en lumière des initiatives, des ressources et des actions qui montrent qu’il est possible d’agir ensemble.

CANADA GUIDE Intervenir auprès de la personne à risque de suicide vivant avec un trouble neurocognitif

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La Fondation FondaMental lance Before Anyone Else (BAE), une application mobile gratuite de prévention du suicide pour les jeunes

La Fondation FondaMental lance Before Anyone Else (BAE), une application mobile gratuite de prévention du suicide pour les jeunes

Publié le 2 avril 2026  https://www.fondation-fondamental.org

Le 7 avril 2026, à l’occasion de la Journée mondiale de la santé, la Fondation FondaMental annonce le lancement de BAE, une application mobile gratuite destinée aux jeunes de 12 à 17 ans confrontés à des idées ou comportements suicidaires. 

Développée par la Fondation FondaMental avec le CHU de Montpellier (Pr. Philippe Courtet), l’INSERM (Dr. Margot Morgiève), le CHU Robert Debré (Dr. Vincent Trebossen), avec le soutien de l’association ASMA (Dr. David Soffer) et de la Région Île-de-France dans le cadre d’une Question d’Intérêt Majeur sur la santé mentale des jeunes, l’application permet aux adolescents de suivre leur état émotionnel et de construire, avec leurs proches, un plan d’action concret pour mieux gérer les moments difficiles.

Depuis la pandémie, la Fondation FondaMental alerte sur la détérioration persistante de la santé mentale des jeunes, marquée par des niveaux élevés d’anxiété, de dépression et de pensées suicidaires. Grâce au soutien de la Région Île-de-France, elle a développé, dans le cadre d’une Question d’Intérêt Majeur, un ensemble d’outils concrets pour aider les jeunes Franciliens confrontés à ces difficultés, comme MyMood ou la plateforme LENA.

Une application conçue par des experts, avec et pour les jeunes

Avec BAE, la Fondation franchit une nouvelle étape en proposant une application gratuite pour aider les adolescents confrontés à des idées suicidaires à mieux comprendre leur état émotionnel, à identifier les signes d’alerte et à mobiliser rapidement leurs proches ou leurs soignants en cas de crise. L’application complète l’accompagnement médical et psychologique existant, offrant un soutien concret et accessible au quotidien.

BAE a été développée par une équipe pluridisciplinaire composée de psychiatres, psychologues, sociologues, en collaboration avec des jeunes ayant vécu des idées ou comportements suicidaires, et sous l’impulsion de Philippe Courtet, professeur de psychiatrie à l’Université de Montpellier et chercheur à la Fondation FondaMental. 

Un dispositif sécurisé pour renforcer le lien adolescent–parents–soignants 

BAE permet à l’adolescent de suivre son état au quotidien et de constituer un plan de vigilance en collaboration avec ses parents et son médecin. 

L’application repose sur une triade de profils connectés : l’adolescent, le parent et, si nécessaire, le professionnel de santé. Chaque utilisateur peut suivre et partager des informations de manière contrôlée et sécurisée, renforçant ainsi le dialogue et le soutien familial et médical. L’adolescent peut décider, à chaque étape, ce qu’il souhaite partager avec son entourage de confiance. 

Un plan d’action sur-mesure pour affronter les moments difficiles

Lors de son inscription, l’adolescent est invité à remplir son espace personnel pour identifier ses signaux d’alerte (déclencheurs, pensées ou émotions à risque…), choisir ses personnes de confiance, et organiser un plan d’action en lien avec ses parents et son médecin incluant stratégies de régulation émotionnelle, traitements, mais aussi des films, musiques ou lieux rassurants pour lui. 

L’application offre plusieurs fonctionnalités :

  • Des auto-évaluations quotidiennes et spontanées permettant de mesurer l’état émotionnel de l’utilisateur et de détecter des signes de détresse.  
  • Une liste de projets personnels pour noter ses projets motivants et garder une trace de ses activités positives.
  • Un plan d’action personnalisé avec six modules interactifs : contacter un proche, exercices de relaxation, souvenirs positifs, lieux rassurants, musique et films/séries favoris.
  • Un accès rapide à l’aide : un bouton « J’ai besoin d’aide » permet de contacter rapidement ses proches ou les services d’urgence (3114 ou SAMU). 
  • Un journal pour permettre à l’utilisateur d’écrire librement ses pensées, émotions et expériences quotidiennes

Important : BAE ne remplace pas un suivi médical ou psychologique. Les réponses de l’application ne sont pas analysées en temps réel par un professionnel de santé. En cas de détresse, il est recommandé de contacter immédiatement le 3114.

Avec BAE, nous voulons rappeler à chaque jeune qu’il n’est jamais seul face à ses difficultés. L’application a été pensée avec eux, pour leur donner des repères simples et immédiats, les aider à mobiliser leurs proches et leur offrir un soutien concret, au quotidien comme dans les moments de crise.

Philippe Courtet, professeur de psychiatrie à l’Université de Montpellier, responsable du service Urgences et Post-urgences psychiatriques au CHU de Montpellier, Président de la section de suicidologie de l’European Psychiatric Association (EPA) et chercheur à la Fondation FondaMental

La santé mentale des jeunes est un enjeu majeur pour notre société. Avec BAE, la Région Île-de-France soutient une solution concrète, innovante et accessible, qui permet d’accompagner les adolescents dans les moments de fragilité et de renforcer le lien avec leurs proches et les professionnels de santé. Fidèle à son engagement en faveur du bien-être des jeunes Franciliens, la Région agit pour faire émerger des outils utiles, construits avec les experts et adaptés aux besoins du terrain.

Valérie Pécresse, Présidente de la Région Île-de-France

Le lancement de BAE illustre pleinement notre engagement, aux côtés de la Région Île-de-France, à proposer des solutions concrètes et innovantes pour répondre aux enjeux de la santé mentale des jeunes.

Marion Leboyer, Professeure de psychiatrie à l’Université Paris Est Créteil, Directeur adjoint du Département de psychiatrie et addictologie des Hôpitaux universitaires Henri Mondor, Directrice du laboratoire INSERM de psychiatrie translationnelle (U955) et Directrice générale de la Fondation FondaMental

La Région Île-de-France et les jeunes  

La Région Île-de-France agit de manière résolue en faveur des jeunes, en investissant dans leur santé, leur bien-être et leur avenir. Au-delà de son engagement pour la santé mentale, elle déploie des politiques ambitieuses en matière d’orientation, de logement, d’emploi, de transports et de lutte contre les inégalités. En accompagnant les jeunes Franciliens à chaque étape de leur parcours, la Région affirme sa volonté de construire avec eux un territoire plus solidaire, plus inclusif et plus innovant.

Contact Presse : 

Mathilde Couderc – mathilde.couderc@agence-constance.fr – 07 57 68 30 62

 

Source https://www.fondation-fondamental.org/actualites/la-fondation-fondamental-lance-before-anyone-else-bae-une-application-mobile-gratuite-0 

Poster De Conférence Etude exploratoire sur le deuil après suicide : Du deuil traumatique à la croissance post-traumatique

Poster De Conférence Année : 2026



Etude exploratoire sur le deuil après suicide : Du deuil traumatique à la croissance post-traumatique

Joanne Dubail (1) , Alice Einloft Brunnet (1) , Marie-Claire Gay (1)
1 CliPsyD - Clinique, Psychanalyse, Développement

Mots clés

Deuil après suicide Approche processuelle Postvention du suicide Rétablissement Croissance post-traumatique Deuil traumatique  


Fichier principal
Poster Cn2r 2026_Dubail et al.pdf (388.75 Ko) Télécharger le fichier




Joanne Dubail, Alice Einloft Brunnet, Marie-Claire Gay. Etude exploratoire sur le deuil après suicide : Du deuil traumatique à la croissance post-traumatique. 3ème colloque scientifique du Cn2r : Soutien social & psychotraumatismes, Mar 2026, Paris, France. , 2026. ⟨hal-05561371⟩


lundi 30 mars 2026

AUTOUR DE LA QUESTION Parler de son mal-être ou de ses difficultés psychologiques : résultats de l’enquête CoviPrev, mai 2022-septembre 2023

Parler de son mal-être ou de ses difficultés psychologiques : résultats de l’enquête CoviPrev, mai 2022-septembre 2023
Clément Mertens (clement.mertens@santepubliquefrance.fr), Enguerrand du Roscoät, Christophe Léon, Linda Lasbeur, Ingrid Gillaizeau
Santé publique France, Saint-Maurice
Soumis le 13.10.2025 // Date of submission: 10.13.2025
Publication BEH N° 8 - 24 mars 2026 Télécharger le numéro PDF

Résumé

Introduction –

En France comme à l’international, les troubles psychiques ont fortement augmenté au cours de la dernière décennie, avec une hausse marquée des états anxieux et dépressifs. Dans ce contexte, investiguer les comportements de recherche d’aide en santé mentale apparaît comme un enjeu crucial pour favoriser une prise en charge précoce. Cette étude a pour objectif d’identifier les principaux facteurs associés au fait de parler de son mal-être ou de ses difficultés psychologiques
(ME-DP), à la lumière des types d’interlocuteurs sollicités.

Méthode –

Les données étudiées sont issues des vagues 34 à 37 de l’enquête CoviPrev (mai 2022-septembre 2023), réalisée selon une méthode d’échantillonnage par quotas avec participants recrutés au sein d’un Access panel. Au total, 8 010 individus ont été interrogés sur l’ensemble des quatre vagues d’enquête, dont 2 919 ont déclaré avoir ressenti un ME-DP au cours de l’année précédant leur réponse à l’enquête. Des analyses bivariées ont d’abord été menées sur le fait d’avoir parlé de son ME-DP, avec une distinction en fonction des types d’interlocuteurs sollicités. Les facteurs associés au fait d’avoir parlé du sujet ont enfin été recherchés par la mise en œuvre d’un modèle de régression de Poisson avec variance robuste.

Résultats –

Dans notre sous-échantillon de personnes ayant ressenti un ME-DP au cours des 12 derniers mois, environ un individu sur deux a déclaré en avoir parlé à quelqu’un. Une interaction significative entre le sexe et l’âge a été relevée : les jeunes hommes (18-24 ans) ont autant déclaré que les jeunes femmes avoir parlé de leur ME-DP, utilisant davantage des canaux de communication alternatifs (ligne d’écoute téléphonique, réseaux sociaux, association, etc.). À l’inverse, les hommes âgés de plus de 65 ans sont ceux qui ont le moins souvent déclaré en avoir parlé. Outre le sexe et l’âge, les principaux facteurs associés étaient les problèmes de santé chronique, le fait de se percevoir en mauvais état de santé, de vivre seul ou d’avoir eu des pensées suicidaires au cours des 12 derniers mois. En revanche, résider en zone rurale et un état dépressif étaient associés à une plus faible probabilité d’avoir parlé de son ME-DP.

Conclusion –

Une proportion élevée de personnes en état de mal-être ou de difficultés psychologiques déclarent n’en parler à personne, ni à leur entourage ni auprès de professionnels de santé. Ces résultats soulignent l’importance de déployer des actions pour faciliter la parole autour de la souffrance psychique et réduire la stigmatisation, en accordant une attention particulière aux personnes ayant le moins tendance à s’exprimer à ce sujet.

https://beh.santepubliquefrance.fr/beh/2026/8/2026_8_1.html

INITIATIVE Doubs Suicide des agriculteurs : trois élèves voudraient briser le tabou

Doubs Suicide des agriculteurs : trois élèves voudraient briser le tabou

Hugo, Mathieu et Ethan, trois lycéens en BTS agricole au lycée Granvelle de Dannemarie-sur-Crète, dans le Doubs, ont décidé de s’attaquer à un sujet compliqué dans le cadre de leurs études. Ils vont créer un flyer et une vidéo sur le thème de la détresse des agriculteurs. Ils voudraient que l’on parle plus de ce sujet.

Didier Fohr - 28 mars 2026
Mathieu Wanner, Hugo Houpin et Ethan Choquet mènent un projet sur un sujet tabou : le suicide des agriculteurs. Ils voudraient contribuer à sa prévention.  Photo Franck Lallemand
Mathieu Wanner, Hugo Houpin et Ethan Choquet mènent un projet sur un sujet tabou : le suicide des agriculteurs. Ils voudraient contribuer à sa prévention. Photo Franck Lallemand

« Nous sommes concernés plus ou moins directement », dit Mathieu. « Mais c’est un sujet qui nous inquiète. Nous serons bientôt acteurs du monde agricole et nous voulons parler de ce phénomène. Faire de la prévention. Contribuer à notre manière. C’est pour ça qu’on a voulu lancer ce projet. »

Mathieu est fils d’agriculteur et destiné à reprendre l’exploitation familiale. Hugo et Ethan viennent d’autres horizons mais s’orientent, eux, vers le métier de vétérinaire en passant par un BTS agricole ME (Métiers de l‘élevage). « C’est un sujet sur lequel beaucoup de gens travaillent. Nous avons pros des contacts avec Solidarité Paysans ou encore la Mutualité sociale agricole (MSA) qui fait un gros boulot. Et puis il y a d’autres acteurs. Mais étrangement dans le monde paysan, on n’en parle pas tellement. Il y a encore un énorme tabou. »

Normes et crises

Dans un rapport sur la santé mentale des agriculteurs en 2023 , l’Assemblée Nationale a rappelé que les agriculteurs sont plus exposés de 46 % que les autres professions au risque de suicide. Si les chiffres sont difficiles à confirmer, les trois lycéens citent un chiffre : en 2015, on comptait un suicide d’agriculteur par jour en France.

« Il faut dire que le nombre d’agriculteurs a diminué de moitié en dix ans dans le pays », ajoute Ethan. « Les exploitations sont beaucoup plus grandes et il y a plus d’isolement. Il y a aussi le poids des normes. Il y a aussi les crises à répétition, quand ce n’est pas le prix du lait. En trois ans, il y a eu la FCO (fièvre catarrhale ovine, la MHE (maladie hémorragique épizootique) et la DNC (Dermatose nodulaire contagieuse). Notre idée est de réaliser un flyer pour alerter les acteurs du monde paysan, inviter à réfléchir et puis surtout informer sur les aides qui existent », explique Ethan. « Nous voulons aussi réaliser une vidéo qui sera diffusée le jour de la présentation de nos travaux ».

Inviter à réfléchir

Les trois garçons confient aborder le sujet avec un peu d’inquiétude. « C’est notre futur, celui de nos collègues. Ce n’est pas forcément rassurant. Il y a aussi l’agribashing, ces normes qui s’accumulent, nous sommes montrés du doigt. Et les vétérinaires ont pris cher aussi pendant la DNC alors qu’ils ne faisaient que leur travail… C’est une bonne raison pour inviter tout le monde à réfléchir à l’agriculture qu’on veut. Et puis nous voulons aussi transmettre notre travail aux élèves qui nous succéderont pour qu’ils puissent le reprendre à leur compte ».

La présentation est prévue fin mai. Dans la classe de Mathieu, Ethan et Hugo, certains élèves sont plus touchés que d’autres, parfois directement. C’est aussi pour eux et tous les autres, aux familles endeuillées, que les trois veulent se battre avec toute leur énergie.

https://www.estrepublicain.fr/economie/2026/03/28/suicide-des-agriculteurs-trois-eleves-voudraient-briser-le-tabou 

vendredi 27 mars 2026

Etude criminologique du filicide-suicide. Comprendre pour prévenir

Etude criminologique du filicide-suicide. Comprendre pour prévenir
Institut Robert Badinter

Le projet d’une étude criminologique du filicide-suicide – à savoir l’homicide d’enfants par un parent, suivi du suicide ou de la tentative de suicide de ce dernier – s’inscrit dans un contexte national de lutte contre les violences intrafamiliales. Ce phénomène soulevant des questionnements éthiques, sociaux et cliniques, il importait de l’étudier au prisme de l’interdisciplinarité et avec une méthodologie adaptée.

Établis à partir des données recueillies dans les Instituts médico-légaux et les tribunaux judiciaires, deux corpus analytiques complémentaires ont été constitués afin de permettre une étude circonstanciée à partir des cas identifiés dans le quart Sud-Est de la France à partir de 2010. Un premier corpus repose sur l’exploitation de données médico-légales à partir de l’examen des expertises thanatologiques réalisées sur réquisition judiciaire de décès (victime(s) et auteur·rice) dans les ressorts des Instituts médico-légaux de Grenoble, Lyon et Marseille. Le second intègre l’ensemble des données collectées à partir des dossiers judiciaires ouverts dans le cadre d’une enquête de flagrance ou d’une information judiciaire.

Plutôt que de réduire le filicide-suicide à un geste impulsif ou à une pathologie isolée, cette étude propose une lecture systémique et plurifactorielle du passage à l’acte. On observe tout d’abord que la terminologie en usage pour qualifier le filicide-suicide est inadéquate. Fondée sur le mode chronologique du déroulement des faits, le suicide étant nécessairement consécutif au geste homicide, elle a pour effet de marginaliser le suicide dans la compréhension du processus criminologique. En croisant les facteurs de vulnérabilité et les événements déclencheurs ou précipitants, la grille d’analyse adoptée témoigne
ensuite de l’intrication singulière de mécanismes défensifs, de traumatismes, de représentations parentales et de contextes socio-affectifs qui fragilisent les tentatives de généralisation ou la validation des typologies utilisées jusqu’ici pour décrire ce phénomène.

Par-delà l’analyse des trajectoires individuelles, cette recherche s’intéresse à la manière dont la considération du filicide-suicide est travaillée par les dynamiques sociétales. La nécessité d’établir la responsabilité pénale d’un individu occulte la réalité émotionnelle et psychique du passage à l’acte. En sacrifiant à l’injonction sensationnaliste propre au fait divers, l’exposition médiatique nuit également à l’intelligibilité du phénomène criminologique. Enfin, l’adoption d’un cadre théorique fondé sur l’analyse des rapports sociaux infantistes – marqués par des asymétries structurelles entre adultes et enfants – met en lumière la manière dont les enfants victimes sont privés de leur statut de sujets autonomes, tant dans le filicide que dans son traitement judiciaire.

Résumé en anglais / English version below
Publication
18 Mar. 2026
Référence / Cote
21.51
Auteur•rice•s
Jérôme FERRAND, Catherine BLATIER, Virginie SCOLAN
Editeur
IRB
Collection Rapports de recherche
Disciplines
Criminologie, Droit, Histoire, Médecine, Psychologie
Nombre de page
204 pages 

jeudi 12 mars 2026

AUTOUR DE LA QUESTION Santé mentale et incarcération : comprendre l’impact de la prison

Santé mentale et incarcération : comprendre l’impact de la prison

À l’entrée en prison, de nombreuses personnes détenues présentent des marqueurs de vulnérabilité psychique, tels qu’un passé de troubles psychiatriques ou d’addictions. De nouveaux travaux révèlent que les semaines qui suivent cette période sont des moments clés en matière de prévention du suicide et de sevrage. Ils indiquent aussi que, si la prévalence des troubles psychiatriques semble globalement stable au cours de l’incarcération, les situations varient largement d’une personne à l’autre. 

S’il est bien établi que les troubles psychiatriques sont surreprésentés dans les prisons françaises, aucune recherche n’avait jusqu’à présent suivi l’évolution de la santé mentale en milieu carcéral.

C’est à cette lacune que répond l’étude « Épidémiologie psychiatrique longitudinale en prison » (EPSYLON) menée entre 2022 et 2025 dans près d’une dizaine de maisons d’arrêt. Voici ses conclusions.


Une vulnérabilité majeure dès l’entrée en détention

Ce projet national s’est appuyé sur une enquête sociologique et une étude épidémiologique menée en trois temps de mesure, auprès de 1 000 personnes détenues au sein de sept établissements pénitentiaires répartis sur quatre directions interrégionales des services pénitentiaires (DISP). Pour ce volet quantitatif, toutes les personnes entrantes dans les établissements qui ont fait l’objet de l’enquête ont été successivement incluses (entre janvier et juillet 2024 pour les hommes, et entre janvier et septembre 2024 pour les femmes). Elles ont ensuite bénéficié de trois entretiens d’évaluation de leur santé mentale avec des enquêtrices indépendantes (à l’entrée en prison, à trois mois et à neuf mois).

Le premier résultat marquant de l’enquête réside dans les multiples marqueurs de vulnérabilité identifiés dès l’entrée en prison. À l’arrivée en détention, plus des deux tiers des répondants présentent un trouble psychiatrique ou addictologique, actuel ou passé. Plus d’un répondant sur dix a déjà été hospitalisé en psychiatrie et la quasi-totalité des personnes interrogées a été exposée à des évènements potentiellement traumatiques.

Cette vulnérabilité s’accompagne de niveaux élevés de précarité sociale : une personne sur deux vivait hors logement personnel avant l’incarcération et 30 % des répondants étaient au chômage. À cela s’ajoutent des parcours judiciaires précoces, 27 % des personnes ayant connu au moins une mesure pénale durant leur minorité.

Une apparente stabilité qui cache une réalité contrastée

Dans l’ensemble, notre étude met en évidence une relative stabilité de la prévalence des troubles psychiatriques en maison d’arrêt au cours du temps : à chacun des temps de mesure – à l’entrée, à trois mois et à neuf mois – environ 40 % des personnes évaluées présentent un trouble psychiatrique ou addictologique actuel.

Seules les prévalences du risque suicidaire et des addictions diminuent au cours des trois premiers mois de détention. Ces risques restent cependant particulièrement élevés, y compris après les premiers mois de détention, tout comme les niveaux des troubles psychiques.

Ce phénomène semble traduire les difficultés spécifiques de l’entrée en prison. Il souligne combien cette période constitue un moment clé du parcours carcéral, appelant une vigilance accrue en matière de prévention du suicide et de prise en charge du sevrage.

Ce constat est largement étayé par le volet qualitatif de notre enquête, qui montre que l’entrée en détention est vécue comme une expérience profondément déstabilisante, tant du fait des ruptures qu’elle génère dans les parcours biographiques des personnes détenues que des conditions d’incarcération au sein du quartier nouveaux arrivants, systématiquement décrites comme particulièrement éprouvantes.

Par ailleurs, l’apparente stabilité de la fréquence des troubles au cours de la détention masque en réalité des trajectoires individuelles extrêmement variées, marquées par des améliorations ou des dégradations de la santé mentale.

Ces résultats peuvent être interprétés à la lumière de facteurs propres à l’environnement carcéral. Le sentiment d’isolement évoqué par un tiers des répondants est par exemple associé à une détérioration de la santé mentale. Il en est de même pour l’expérience de violences en détention, rapportée par un participant sur cinq.

Notre enquête met également en évidence l’insuffisance de l’accès au travail, à une formation ou à des activités, alors même qu’il s’agit d’un déterminant de la santé mentale bien identifié en milieu pénitentiaire.


Quelles pistes d’amélioration ?

Alors que le ministère de la Justice a annoncé en début d’année vouloir mettre en place des établissements pénitentiaires consacrés à l’accueil des personnes détenues souffrant de troubles psychiatriques, notre enquête montre à quel point l’environnement carcéral peut être délétère pour la santé mentale.

Nos résultats permettent d’envisager plusieurs axes d’amélioration, respectueux des grands principes éthiques du soin en prison. Il apparaît indispensable d’accompagner l’entrée en prison, d’améliorer les conditions de détention et d’optimiser l’accès aux soins en milieu pénitentiaire afin de garantir une qualité de soins équivalente à celle offerte en population générale.

Pour autant, ces mesures, seules, ont toutes les chances de s’avérer insuffisantes dans un contexte où les prisons françaises font face à une surpopulation carcérale inédite. Au-delà des soins en prison, il importe donc de repenser l’amont en luttant contre les inégalités sociales de santé afin d’améliorer le dépistage et la prise en charge des troubles psychiatriques, mais aussi faciliter l’orientation des personnes souffrant de troubles sévères vers des dispositifs sanitaires.

https://theconversation.com/sante-mentale-et-incarceration-comprendre-limpact-de-la-prison-275328 

ETUDE RECHERCHE SUEDE Différences liées au sexe dans le risque familial et les composantes génétiques des tentatives de suicide : une étude de cohorte basée sur un registre en Suède

Les intentions suicidaires chez les parentes au premier degré pourraient augmenter le risque de suicide chez les femmes. 

D’après article 11 mars 2026https://scienmag.com/*  Suicidal Intentions in First-Degree Female Relatives Could Elevate Women’s Risk of Suicide

Une étude de cohorte populationnelle novatrice, récemment publiée dans le BMJ Mental Health, met en lumière des nuances complexes, liées au sexe, dans les fondements familiaux et génétiques des tentatives de suicide. Cette vaste étude suédoise, basée sur des registres, révèle que si l'hérédité génétique contribue de manière significative au risque de tentative de suicide chez les deux sexes, la plus forte incidence chez les femmes ne peut s'expliquer uniquement par des facteurs génétiques, ce qui souligne le rôle crucial des influences environnementales et sociales spécifiques au sexe.

Chaque année, près de 700 000 personnes se suicident dans le monde, et des différences persistantes et bien documentées existent entre les hommes et les femmes : les hommes ont tendance à mourir plus fréquemment par suicide, tandis que les femmes ont environ deux fois plus de risques de faire une tentative de suicide. Malgré la reconnaissance des facteurs génétiques impliqués dans le risque suicidaire, ceux-ci n’expliquent pas entièrement ces disparités marquées entre les sexes. Cette étude examine rigoureusement l’interaction entre la génétique et l’environnement familial partagé grâce à une analyse approfondie de plus de trois millions d’individus nés en Suède entre 1963 et 1998, intégrant des données sur les hospitalisations, les diagnostics psychiatriques et la mortalité sur plusieurs décennies.

Les chercheurs ont utilisé un cadre longitudinal pour suivre des individus de l'âge de 10 ans jusqu'à l'âge adulte, en garantissant un âge minimum de 21 ans à la fin de 2019, ce qui a permis d'établir un profil de risque longitudinal complet. La composition de la cohorte était équilibrée entre les sexes, avec des différences minimes dans la répartition par âge, permettant des analyses comparatives précises selon le sexe. Au sein de cette vaste population, environ 3 % ont fait au moins une tentative de suicide, les femmes représentant 55 % de ce sous-groupe, confirmant ainsi les différences entre les sexes observées précédemment dans les comportements suicidaires.

L'évaluation du risque familial révèle un constat particulièrement marquant : les tentatives de suicide se concentrent fortement au sein des familles proches. Les dyades mère-enfant présentent un risque plus de trois fois supérieur si la mère a des antécédents de tentatives de suicide, ce qui souligne la transmission potentielle du risque par des voies à la fois génétiques et environnementales. L'analyse des paires de liens de parenté – frères et sœurs germains, demi-frères et sœurs, et parents et enfants – met en lumière les variations du risque familial, important chez les apparentés au premier degré et atténué chez les apparentés au deuxième degré, conformément aux schémas de partage génétique attendus.

De façon surprenante, l'étude révèle des risques accrus au sein des relations familiales entre personnes de même sexe. Les paires de sœurs présentent un risque presque quatre fois plus élevé, un niveau seulement dépassé par les paires mère-fille et sœur-sœur, comparativement aux paires père-fils ou frère-frère. Cette agrégation familiale liée au sexe suggère des interactions complexes entre la vulnérabilité génétique et des facteurs environnementaux ou sociaux spécifiques au sexe, qui potentialisent les risques de tentative de suicide chez les femmes au sein des familles.

Pour quantifier les contributions respectives des facteurs génétiques et environnementaux, les auteurs ont utilisé des modèles sophistiqués sur un sous-ensemble de paires de frères et sœurs germains et demi-frères et sœurs par alliance. Leur analyse confirme une héritabilité d'environ 42 % pour les tentatives de suicide, constante chez les deux sexes, mettant en lumière une architecture génétique significative sous-jacente au comportement suicidaire. L'environnement familial partagé explique une proportion plus faible, mais statistiquement significative (environ 4 %), soulignant que, bien qu'influents, les facteurs familiaux sont secondaires par rapport aux facteurs génétiques dans la transmission du risque suicidaire.

Les comorbidités psychiatriques se sont révélées être des médiateurs cruciaux dans les tentatives de suicide : 76 % des personnes ayant tenté de se suicider présentaient des troubles psychiatriques documentés, contre seulement 15 % chez celles n’ayant pas fait de tentative. Il est à noter que les troubles psychiatriques étaient plus fréquents chez les femmes ayant tenté de se suicider, en particulier les troubles liés à l’usage de substances, qui présentaient les associations génétiques les plus fortes. Ces résultats confortent l’idée que les maladies psychiatriques, notamment les troubles liés à l’usage de substances, constituent d’importants endophénotypes qui, en convergeant avec une prédisposition génétique, augmentent le risque suicidaire.

Bien que exhaustive, cette étude demeure observationnelle, ce qui limite les inférences causales. De plus, son champ d'application géographique et démographique, restreint aux jeunes Suédois, peut limiter la généralisation des résultats à des populations plus larges et plus diversifiées. Néanmoins, la description détaillée des regroupements familiaux et de l'héritabilité spécifiques au sexe apporte des preuves convaincantes contre le déterminisme génétique comme unique facteur expliquant les différences entre les sexes en matière de comportements suicidaires.

Les auteurs préconisent un élargissement du programme de recherche, mettant l'accent sur les interactions hormonales, neurobiologiques et environnementales nuancées susceptibles de moduler différemment le risque entre les hommes et les femmes. Ils émettent l'hypothèse que le regroupement des tentatives de suicide selon le sexe au sein des familles pourrait être lié à des expositions environnementales communes et à des dynamiques socioculturelles qui nécessitent des investigations ciblées.

En conclusion, cette étude de registre à grande échelle met en lumière un modèle multifactoriel du risque de tentative de suicide, dans lequel la prédisposition génétique, bien que significative, ne suffit pas à expliquer les différences observées entre les sexes. L'importance accrue des interactions gène-environnement, notamment celles agissant de manière spécifique au sexe, ouvre des perspectives essentielles pour l'élaboration de stratégies de prévention adaptées. Ces approches doivent intégrer les dimensions biologiques, psychologiques et sociales afin de mieux atténuer le risque de suicide et de réduire le fardeau disproportionné que représentent les tentatives de suicide pour les femmes.

Cette étude marquante inaugure une nouvelle ère dans la recherche sur le suicide, soulignant l'impératif de décrypter l'imbrication complexe des facteurs génétiques et environnementaux au sein des systèmes familiaux et selon le sexe. Seule cette approche intégrative permettra d'affiner les interventions cliniques et les politiques de santé publique afin de répondre aux besoins hétérogènes des personnes vulnérables au suicide.

Article Title: Sex differences in familial risk and genetic components of suicide attempts: a register-based cohort study in Sweden
News Publication Date: 10-Mar-2026
Web References: http://dx.doi.org/10.1136/bmjment-2025-302082
Keywords: Suicide, Substance abuse, Genetic disorders, Gender studies, Social psychology


Source https://scienmag.com/suicidal-intentions-in-first-degree-female-relatives-could-elevate-womens-risk-of-suicide/