samedi 21 juillet 2018

NOTICE ARTICLE / CRITIQUE DÉBAT RÉFLEXION Plaidoyer d'un chef de service éducatif pour un plan psychiatrie adolescente

Plaidoyer pour un plan psychiatrie adolescente
par Emmanuel Okounholla, chef de service éducatif.
Dans  Le sociographe  2018/3 (N° 63)  Pages I - V
Résumé
À partir d’une situation d’une jeune fille en Maison d’enfants qui se met en danger et met en danger les autres jeunes de la structure, l’auteur s’insurge et appelle à un plan Psychiatrie adolescent de la même façon qu’ont été mis en place des plans Autisme ou Alzheimer.
https://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=GRAPH_063_0100  

Extraits :
"Après une prise en charge de plus de deux mois en structure de soin psychiatrique pour adolescents, Sophie a été jugée apte par les médecins à réintégrer la MECS (Maison d’enfants à caractère social) où elle est placée. Dès son retour en collectivité, elle s’est isolée et son mal-être a refait surface. Elle a recommencé à se scarifier de façon assez massive.  "
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"Tous les jours, l’équipe éducative soigne ses plaies qui sont de plus en plus profondes. Inutile de dire dans quelles tension et angoisse travaille l’équipe éducative. Les éducateurs sont obligés de la surveiller tout le temps afin de l’empêcher de se faire du mal. Surveillance massive qui malheureusement se fait parfois au détriment des autres jeunes du groupe qui ont besoin qu’on s’occupe d’eux aussi. Une ado avec une telle problématique nécessiterait un éducateur en permanence pour assurer sa surveillance et l’empêcher de se mettre en danger."
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 "À chaque incident, les éducateurs font des fiches d’intervention pour interpeller l’équipe de direction qui, à son tour, interpelle le service gardien, c’est-à-dire l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Voilà déjà près de trois ans que cette situation perdure, mais aucune solution pérenne n’est trouvée pour cette adolescente. Quand elle fait une crise, on appelle les pompiers qui la transportent aux urgences pédiatriques. Parfois, elle est hospitalisée quelques jours en pédiatrie ou en secteur adulte où elle est enfermée en chambre d’isolement pour la protéger des autres. D’autres fois, comme elle arrive aux urgences, toute calme, les médecins refusent de l’hospitaliser, car son cas, d’après eux, ne mérite pas une hospitalisation. Donc, retour sur la MECS où elle ne cesse de crier qu’elle ne veut pas y être et qu’elle veut intégrer une structure de soin. Et à chaque crise, c’est le même parcours : urgences, hospitalisation pour quelques jours dans le meilleur des cas et retour à la MECS, jusqu’à la prochaine crise. Ce « cinéma » dure depuis trois ans. Trois ans de souffrance, de mal-être, de manque de solution pérenne pour cette ado, trois ans que l’ASE demande à la MECS de tenir !
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" L’hôpital dit : « Elle ne nécessite pas une hospitalisation… » La structure de soin qui l’accueille après certaines de ses crises nous dit : « Nous sommes une structure de soin, mais pas un lieu d’hébergement pérenne… Il est scandaleux que lorsqu’il n’y a pas d’indications d’hospitalisation à temps complet, les MECS refusent de poursuivre les prises en charge, l’ASE ne propose aucune solution… et les jeunes restent en hospitalisation faute de solution d’hébergement sur l’extérieur ce qui finit par rendre les choses délétères et aggraver les situations… » La MECS dit : « Cette jeune fille nécessite certes une protection, mais elle ne relève pas de notre prise en charge exclusive. Elle a besoin de soin… Et nous n’avons pas les moyens humains ni techniques pour assurer sa sécurité… Elle se met quotidiennement en danger et met en danger les autres jeunes et les équipes éducatives… » Le service de l’ASE dit à la MECS : « Tenez bon, car il n’y a pas de place en structure de soin spécialisée dans la souffrance psychique adolescente. Il y a très peu de structures et les places sont quasi inexistantes… »
 Alors que faire ?" ...
...

"Est-ce sérieusement l’avenir que nous voulons et préparons pour ces jeunes qui ne cessent de crier à l’aide et dont le seul moyen hélas de se faire entendre est le passage à l’acte, actes d’autodestruction (scarifications, tentative de suicide…) ou de violence envers autrui ? Il me semble qu’éthiquement, se taire face à une telle désespérance, c’est non seulement irresponsable et lâche, mais c’est même criminel ! Nous sommes, en tant que travailleurs sociaux, les porte-voix, les avocats de ces jeunes en grande détresse psychique. Alors, que chacun prenne ses responsabilités. Quant à moi, comme le Colibri, j’ai décidé de faire ma part. J’ai décidé de ne pas me taire et de prendre ma plume pour dire ma colère et ma révolte face à cette situation intenable."

https://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=GRAPH_063_0100

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