jeudi 14 février 2019

Présentation étude Escapad Pensées et actes suicidaires chez les adolescentes

Pensées et actes suicidaires en augmentation chez les adolescentes
Valérie Devillaine
11 février 2019 francais.medscape.com*

Paris, France – Selon les résultats 2017 de l’étude Escapad, menée chez tous les adolescents français de 17 ans, 3 % de ces jeunes auraient fait une tentative de suicide ayant conduit à une hospitalisation au cours de leur vie. Un chiffre en augmentation chez les jeunes et plus particulièrement chez les jeunes filles depuis 2011 et qui peut avoir plusieurs explications (stress scolaire, réseaux sociaux, attentats…), selon le Dr Nicole Catheline, pédopsychiatre au CHU de Poitiers et présidente du conseil scientifique de la société française de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent et disciplines associées (voir encadré).

20 % de ces jeunes ont un syndrome dépressif modéré à sévère

L’enquête Escapad (Enquête sur la santé et les consommations lors de l’appel de préparation à la défense) est réalisée régulièrement depuis 2000 par l’Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT). Ce sont donc 39 115 adolescents français âgés de 17 ans qui ont été interrogés via un questionnaire auto-administré lors de leur journée défense et citoyenneté en mars 2017. Les résultats de cette édition sont publiés dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire du 5 février 2019, un numéro consacré aux données épidémiologiques récentes sur le suicide et les tentatives de suicide en France[1].
« En France, comme à l’international, le suicide demeure la deuxième cause de décès parmi les jeunes de 15-24 ans », commence par rappeler l’article. Côté résultats : « plus d’un cinquième des adolescents de 17 ans présentaient un syndrome dépressif (modéré pour 16,6 % et sévère pour 4,5 % d’entre eux). Près de 3 % de déclaraient avoir fait au cours de leur vie une tentative de suicide ayant entraîné une hospitalisation, et plus d’un jeune sur 10 déclarait avoir pensé au moins une fois au suicide au cours des 12 derniers mois. Le syndrome dépressif, les pensées suicidaires et, plus encore, les tentatives de suicide sont davantage le fait des filles », rapportent les auteurs.
Le suicide demeure la deuxième cause de décès parmi les jeunes de 15-24 ans.

Augmentation du taux de suicide chez les jeunes et en particulier chez les filles

Ainsi, en 2017, 14,8 % des filles déclaraient avoir eu des pensées suicidaires au cours des 12 mois précédant l’enquête, contre 8,2 % des garçons. En 2011, elles n’étaient que 13,7 contre 7,8 % des garçons. Quant aux tentatives de suicide, 4,3 % des filles affirmaient en avoir fait une ayant entraîné une hospitalisation au cours de leur vie, contre 1,5 % des garçons. Des chiffres respectivement de 3,3 % et 1,3 % en 2011. En augmentation pour les deux sexes donc, mais bien plus marquée chez les filles.
Plus de suicides chez les jeunes : les explications du Dr Nicole Catheline
Dr Nicole Catheline
« On est dans un monde où on a accès à l’information et où l’information est anxiogène, commente le Dr Nicole Catheline, pédopsychiatre au centre hospitalier Henri-Laborit, à Poitiers, et présidente du conseil scientifique de la société française de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent et disciplines associées. Avec la mondialisation et les réseaux sociaux, les adolescents sont plus souvent que par le passé confrontés à des événements anxiogènes. Ils ont également conscience que le monde est devenu exigeant et difficile en termes de formation professionnelle, d’accès au travail. Il faut rappeler que la France est championne du stress scolaire. Enfin, depuis 2011, il y a eu les attentats et on a des retours de beaucoup, beaucoup de jeunes qui nous disent que ça a eu un fort impact sur leur vision de l’avenir. Par ailleurs, ces difficultés pèsent bien plus sur les filles qui ont des capacités émotionnelles bien différentes de celles des garçons. Le fait d’être programmées pour s’occuper des bébés à la naissance rend certainement compte d’un intérêt pour les autres plus important et donc d’une plus grande sensibilité à leur environnement auquel elles cherchent à s’adapter. Alors que les garçons ont plus fréquemment la conviction qu’ils pourront faire ce qu’ils veulent dans ce monde en mutation, qu’ils auront la capacité de faire face et d’y réaliser leurs rêves ».
La spécialiste ajoute qu’« on est dans un monde d’hyperparentalité où les parents veulent le mieux pour leurs enfants et où ils les surprotègent. Je pense que c’est bien sur le long terme. Ils en verront les effets positifs quand les enfants auront 30 ou 40 ans. Mais en attendant, ceux-ci ne sont pas habitués à l’adversité et l’adolescence reste une transition difficile qu’il faut accompagner. Il ne faut pas s’alarmer mais avoir des adultes qui croient en eux, leur dire qu’ils traversent un moment difficile mais que c’est un moment, et leur proposer des activités qui les mettent en responsabilité en dehors des études : humanitaire, service civique, sport, activités créatives… Cela va agir sur la représentation qu’ils ont d’eux-mêmes et les aider à trouver ce qu’ils sont, autrement que par la réussite scolaire. »
Avec la mondialisation et les réseaux sociaux, les adolescents sont plus souvent que par le passé confrontés à des événements anxiogènes Dr Nicole Catheline

Repérer les facteurs de gravité et les facteurs de risque

Sur le plan clinique, Le Dr Catheline invite à être attentifs aux facteurs de gravité : des idées suicidaires qui ne passent pas (qui durent sur plusieurs mois, qui se répètent régulièrement) et qui se cumulent avec d’autres éléments comme une recherche de moyens d’y parvenir ou des moments d’agressivité.
Dans le détail, l’étude montre aussi que la prévalence des pensées suicidaires et des tentatives de suicide est plus importante chez les jeunes qui ont redoublé, ou qui sont sortis du système scolaire, ceux souffrant de dépression, qui sont en insuffisance pondérale ou en surpoids/obésité, de familles monoparentales ou recomposées, de milieux très modestes, et enfin chez ceux qui consomment quotidiennement du tabac, de l’alcool, du cannabis ou d’autres substances illicites. « Cela fait 30 ans qu’on dit que les problématiques de dépendance font partie de l’adolescence. Quand on se détache de ses parents, qu’on doit prendre ses décisions tout seul, on transforme cette difficulté en la transférant sur une substance en se disant qu’on n’est pas dépendant, qu’on arrête quand on veut… », rapporte encore le Dr Catheline.
Les événements traumatiques vécus dans l’enfance pèsent d’un poids très lourd dans le bien-être à l’adolescence Dr Catheline 
Elle souligne par ailleurs que ces études populationnelles sont « une très bonne chose, mais ne tiennent pas compte de certains éléments, comme les expériences de vie. On peut avoir été élevé par des parents d’une catégorie socioprofessionnelle très favorisée mais d’une manière abandonnique ou dans un milieu modeste mais très chaleureux. Or, les événements traumatiques vécus dans l’enfance pèsent d’un poids très lourd dans le bien-être à l’adolescence ».
Enfin, elle rappelle que le nombre de suicides d’adolescents a baissé de 50 % en un quart de siècle, selon une étude du Conseil économique social et environnemental publiée en 2013 mais « le nombre de tentatives, lui, a augmenté. On repère donc sans doute mieux les choses graves, mais pas assez les moments de flottement, de transition difficiles »… Ce que confirment les auteurs : « Un axe d’investissement majeur, au regard de nos résultats, doit concerner le repérage et la prise en charge précoces des états dépressifs chez les adolescents afin d’en réduire les impacts, en particulier en termes de passage à l’acte suicidaire. Cet axe est repris dans la feuille de route santé mentale et psychiatrie 2018 du ministère de la Santé, qui vise à expérimenter les conditions d’un repérage et d’une prise en charge psychothérapeutique précoce remboursée au profit des jeunes en situation de “souffrance psychique”, afin de prévenir l’installation et l’aggravation de troubles psychiatriques. À ce titre, nos données confirment que les usages de substances psychoactives sont des indicateurs potentiels pour le repérage d’un risque accru de conduites suicidaires ».
Le nombre de suicides d’adolescents a baissé de 50 % en un quart de siècle mais le nombre de tentatives, lui, a augmenté.

1. Santé Publique France. Suicide et tentatives de suicide : données épidémiologiques récentes. Bulletin épidémiologique hebdomadaire. 5 février 2019


* https://francais.medscape.com/voirarticle/3604752#vp_1


en savoir plus sur Santé Publique France. Suicide et tentatives de suicide : données épidémiologiques récentes. Bulletin épidémiologique hebdomadaire. 5 février 2019 http://invs.santepubliquefrance.fr/beh/2019/3-4/index.html

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