vendredi 3 août 2018

PRESSE la souffrance des médecins et des infirmiers

Taux de suicide, burn-out... SOS médecins en détresse
>Société>Santé|Elsa Mari| 31 juillet 2018 http://www.leparisien.fr/*
Selon un récent sondage, 100 % des soignants se disent épuisés et 50 % ont déjà connu un burn-out.
Après des années de déni, la souffrance des médecins et des infirmiers est enfin devenue un problème que l’on prend à bras-le-corps dans des unités spécialisées que nous avons pu visiter.C’est un médecin généraliste qui s’enfonce dans la forêt, alcool et médicaments à la main, décidé à ne jamais en ressortir. C’est une consœur, qui est retrouvée évanouie par ses patients dans son cabinet. Une autre, en arrêt, qui pleure d’angoisse à l’idée de reprendre les consultations. Pénurie de blouses blanches, lourdeurs administratives, surcharge de travail due au vieillissement de la population… En France, la souffrance des soignants est devenue un problème de santé publique. Selon un récent sondage réalisé par la start-up spécialisée 360 Medics, 100 % se disent épuisés et 50 % ont déjà connu un burn-out. Le taux de suicide est aussi 2,5 fois plus élevé que dans les autres métiers.
Mais aujourd’hui, le tabou se fissure et le milieu médical, conscient du malaise, contre-attaque pour sauver d’urgence ses soldats. De plus en plus de structures inédites émergent pour les aider à panser leurs plaies comme à Châtillon-en-Michaille, dans l’Ain, où une unité dédiée aux soignants vient d’ouvrir ses portes. Comment sont-ils réparés ? Pour le savoir, nous nous sommes rendus dans la première, créée il y a six ans à la clinique psychiatrique Belle-Rive, à Villeneuve-lès-Avignon et inaugurée l’an dernier.
Crises de larmes et addictions
Quinze des 120 lits sont réservés à ces patients pas comme les autres, victimes d’états dépressifs, de palpitations, crises de larmes, d’addiction, de pensées suicidaires. « On s’est dit qu’il était temps de prendre le problème à bras-le-corps », témoigne Emmanuel Granier, psychiatre à l’origine de cette unité où 50 % des soignants sont dépendants à l’alcool et les deux tiers aux psychotropes, tranquillisants, opiacés.
Ici, ils apprennent à verbaliser leur malaise et à rabaisser leur niveau d’exigence. Pas facile lorsqu’on est formaté, depuis ses études, à être insubmersible, à prendre de plein fouet les névroses et blessures des autres, sans jamais écouter les siennes. C’est toujours la même équation : je soigne, sinon je ne suis rien, je n’existe pas. Alors, généralistes, infirmiers, psychiatres, gynécos ou kinés multiplient les ateliers « gestion des émotions », « organisation du travail ».
Chaîne de solidarité
Mais l’hôpital n’est que le dernier maillon d’une stratégie globale. D’abord, il faut endiguer cette vague de mal-être. C’est pour cela qu’une nouvelle plateforme d’écoute téléphonique, d’abord réservée aux médecins et internes, est, depuis avril, ouverte à tous les professionnels de santé, 7 jours sur 7, 24 heures sur 24. Le résultat d’un travail entre les associations et l’ordre des médecins et infirmiers. « Face au malaise général, on a monté ce partenariat tous ensemble, l’union fait la force », s’exclame leur président Patrick Chamboredon.
Depuis quelques mois, une chaîne de solidarité s’est mise en place, baptisée Programme aide solidarité soignant (PASS). Ainsi lorsqu’un professionnel de santé en détresse compose le numéro d’écoute, il peut être redirigé vers une des associations de sa région et, au besoin, être hospitalisé. « L’objectif est de créer une unité spécialisée dans chaque région d’ici quelques années, explique le docteur Granier. On est tous main dans la main pour mettre au point une entité nationale. C’est du jamais-vu ! »
De son côté, le ministère de la Santé a installé, le 2 juillet, un Observatoire national pour la qualité de vie au travail des professionnels de santé, chargé d’élaborer des recommandations de bonnes pratiques. Selon le psychiatre Granier, il ne faut pas oublier « qu’un médecin qui va mal est un médecin qui soigne mal ».
«Allô ? Je suis en train de craquer»
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Au cabinet Psya, une vingtaine de psychologues se relaient jour et nuit pour répondre aux appels de soignants. LP/Jean Nicholas Guillo Un cabinet médical transformé en grand open space, derrière une baie vitrée, interdite au public. Ici arrivent les appels des soignants en détresse, au cabinet Psya, expert dans l’accompagnement psychologique. Pas de blouses blanches, mais une vingtaine de psychologues, casque de téléphone sur la tête, ordi sous les yeux, qui se relaient jour et nuit pour répondre à leurs consœurs et confrères dans une tour de la Défense (Hauts-de-Seine).
Bienvenue sur la nouvelle plateforme d’écoute ultra-discrète dédiée à tous les professionnels de santé depuis le 1er avril. À l’autre bout du fil, ce sont surtout des médecins, étudiants, infirmiers, kiné qui composent gratuitement le 0 800 800 854, à la recherche d’une voix bienveillante. Plus de 700 appels ont été enregistrés depuis avril. Surtout des femmes d’une cinquantaine d’années. « Elles représentent 72 % des appels, sûrement parce qu’elles ont tendance à se confier plus librement que les hommes », explique Sophie Cot-Rascol, psychologue clinicienne.
À chaque fois, c’est le même rituel. Lors d’un échange de près d’une heure, chacun met en mots son épuisement physique et moral. On leur propose un suivi téléphonique avec le même psychologue, ou d’être orientés vers un médecin généraliste ou un psychiatre. Derrière leur téléphone, les répondants doivent faire vite, les amener à se livrer. Pour mieux les aider. Certains, réticents, ne laissent que leurs noms et numéros, préférant écourter la conversation. « Ils ont un sens de l’abnégation très poussé, prendre soin de soi ou tomber malade n’est pas prévu, analyse Sophie Cot-Rascol. Beaucoup minimisent leurs symptômes alors qu’ils sont déjà en burn-out depuis longtemps. »
Ici, ils trouvent des solutions concrètes, comme avec cette infirmière en libéral qui, au bout du fil, confie être « en train de craquer ». « Elle a accepté de prendre une semaine d’arrêt. Puis, on a vu comment elle pouvait réorganiser son emploi du temps, ne plus répondre aux appels de ses patients à 21 heures ou 22 heures », se réjouit Victoria Tchakmazian, l’une des psychologues, coordinatrice du centre d’écoute. « Avant on était dans un déni total, reprend Sophie Cot-Rascol. Aujourd’hui, on en parle plus librement, c’est très positif même si un grand travail d’acceptation est encore nécessaire. » Les deux psys insistent : « Surtout ne restez pas seul, parlez, parlez. »

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