lundi 25 novembre 2019

PRESSE journalistes de l'AFP Les suicides des auteurs de féminicides et profil

Un tiers des auteurs de féminicides se donnent la mort
Par Catherine Morozov
fr.sputniknews.com/*
Depuis le 1er janvier, 136 femmes ont été assassinées par leur conjoint ou ex-conjoint. Un tiers de ces meurtriers se donnent la mort. Des actes souvent commis sans préméditation, par des hommes dépressifs, qui ôtent non seulement des vies, mais toute possibilité de jugement de leurs actes.
Le 26 septembre 2019, une femme atteinte d’Alzheimer est tuée à bout portant par son mari, lequel met ensuite fin à ses jours. Fin octobre à Périgueux, un septuagénaire tue sa compagne de 83 ans avant de se donner la mort. Le 11 novembre à la Plaine-sur-Mer, un homme tue son ex-compagne puis se pend. Cette année, les féminicides sont en hausse par rapport aux années précédentes.
Depuis le 1er janvier, ce sont au total 136 femmes qui ont trouvé une mort violente, des meurtres parfois suivis du suicide de l’auteur. L’AFP relate qu’un tiers des auteurs se donnent la mort après être passé à l’acte. Le psychiatre Roland Coutanceau qualifie le suicide de «danger des gens déprimés» et la France compte d’ailleurs le nombre de suicides le plus élevé d’Europe, d’après les chiffres de l’année 2017 du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH), avec 9.000 suicides par an. Mais le psychiatre le rappelle que:
«Le fort taux de suicide chez les auteurs de féminicide montre que dans la masse des sujets violents, certains aussi ont des fragilités, se sentent écrasés, même si ça n’excuse en rien leur violence.» 
Fragilisé, complexé, n’ayant pas la notion de contrôle, mais souhaitant tout contrôler dans la vie de celle qui partage sa vie, voilà un profil courant chez ces meurtriers. Après avoir consulté les rapports des «morts violentes au sein du couple». CheckNews a constitué le profil psychologique de ces auteurs, souvent le même: un homme entre 40 et 50 ans, sans activité professionnelle. L’acte est commis au domicile, sans préméditation. Les homicides conjugaux arrivent fréquemment lors d’une séparation ou d’une dispute, près d’un quart des cas recensés par l’AFP en 2019.
«L’auteur pense: je ne suis plus rien sans elle. Je me tue ou je la tue, ça revient au même, tout s’écroule», estime Gérard Lopez, psychiatre expert auprès des cours d’assises.
Une fois mort, l’auteur du féminicide emporte avec lui non seulement sa compagne, mais aussi la possibilité d’un jugement.
«C’est insupportable pour les familles des victimes qu’aux yeux de la société, ils restent innocents, alors que dans la plupart des cas, il n’y a pas l’ombre d’un doute sur leur culpabilité», déclare Hélène de Ponsay, vice-présidente de l’Union nationale des familles de féminicide (UNFF).
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Les féminicides en 2019: au moins 116 cas et des scénarios qui se répètent
afp,  le 22/11/2019 https://www.la-croix.com/France/feminicides-2019-moins-116-cas-scenarios-repetent-2019-11-22-1301062026

Julie, Stéphanie, Johanna... En France, on n'a jamais autant parlé de féminicides, mais les mêmes histoires se répètent de semaine en semaine : depuis janvier, au moins 116 femmes ont été tuées par leurs conjoints ou ex, selon un décompte et une étude au cas par cas des journalistes de l'AFP.

Le 10 novembre dans le Bas-Rhin, Sylvia, 40 ans, était poignardée par Jacky dont elle voulait divorcer. Le lendemain, en Loire-Atlantique, Karine, 48 ans, était tuée de la même manière par Tony, dont elle était séparée depuis deux ans. Idem le jour d'après en Seine-Saint-Denis pour Aminata, 31 ans, tuée par Alou devant leurs deux enfants.

Samedi à Paris, les proches des victimes de féminicides défileront en tête de la «marche nationale» contre les violences faites aux femmes. Deux jours plus tard, le gouvernement doit annoncer de nouvelles mesures contre les violences conjugales et les féminicides, après six semaines de concertations sur le sujet.i Pourquoi lire La Croix ?+
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Depuis plusieurs années, le nombre de femmes tuées par leurs conjoints ou ex ne baisse pas en France : une tous les trois jours en moyenne, paroxysme de violences conjugales qui touchent 220.000 femmes par an. «Notre système ne fonctionne pas pour protéger ces femmes» et «c'est un drame», a admis vendredi la ministre de la Justice Nicole Belloubet.

Pour comprendre ce phénomène, l'AFP a, à partir de juillet, mobilisé ses journalistes dans toute la France pour étudier chaque cas de féminicide présumé.



Les féminicides par conjoint ou ex-conjoint en France en 2019 / AFP

Au moins 116 cas sont à ce stade considérés comme des féminicides, selon les informations recroisées localement auprès des services de police et de gendarmerie, de magistrats ou d'élus. A ce rythme, le bilan de 2019 pourrait bien dépasser celui de 2018, où le gouvernement avait dénombré 121 femmes tuées par leurs conjoints ou ex.

Des enquêtes se poursuivent par ailleurs pour une dizaine d'autres affaires où des femmes ont été tuées, selon ces sources.

- «Tu es ma chose» -




Les mobiles des féminicides / AFP

Les trois premières de 2019 ont été tuées le même jour, le 6 janvier. A Toulouse, Monica, 29 ans, est poignardée par son conjoint Felisberto qui l'accuse de la tromper, et la tue alors que leur fille est dans sa chambre. Dans les Yvelines, Pascale, galeriste d'art de 56 ans, se dispute avec son mari Robert, 69 ans, qui l'abat de plusieurs balles. Taïna, 20 ans, est retrouvée sous un pont en Seine-et-Marne: elle a été battue à mort à coups de barres de fer par son petit ami Jonathan, un militaire de 21 ans avec lequel elle venait de rompre.6Dans la plupart des cas, le scénario du féminicide ne fait pas de doute pour les enquêteurs même si la présomption d'innocence continue de s'appliquer.

Selon les psychiatres, témoins et autorités interrogés par l'AFP dans le cadre de cette enquête, les scénarios semblent en tout cas se répéter, mettant en scène, dans tous les milieux sociaux et classes d'âges, des hommes impulsifs, dépressifs ou manipulateurs, des femmes violentées, sous emprise ou qui veulent rester avec leurs enfants, des seniors affaiblis...

La séparation reste le premier motif des meurtres (dans au moins 23,5% des cas), devant les disputes (16,5%) et la jalousie (14%).



Suicide des auteurs de féminicides / AFP

En octobre 2018 à l'Ile-Rousse (Corse), Julie Douib, 35 ans, quitte Bruno, 42 ans, le père de ses deux enfants. Depuis trois ans, raconte-t-elle à ses proches, il la frappe régulièrement, la détruit psychologiquement et l'isole socialement.

«Il lui disait tout le temps: +t'as pas de cerveau, tu es ma chose+», se souvient Lucien, le père de Julie. Le couple se partage la garde alternée des enfants. Cinq mois plus tard, le 3 mars, il débarque chez elle et l'abat de deux balles.

Un meurtre par arme à feu, premier mode opératoire des féminicides en 2019 à égalité avec les armes blanches (32%), les coups (18%) et la strangulation (16%), selon le décompte de l'AFP.

- Suicides et seniors -

Comme Julie Douib, de nombreuses femmes tuées, près de 30%, avaient déjà subi des violences (physiques ou psychologiques).

En début d'année près de Tours, Stéphanie, une institutrice de 39 ans, dépose une main courante contre son ex qui a poussé le harcèlement jusqu'à s'installer dans un appartement de la même résidence.

Le 31 mars dans la nuit, elle envoie un message inquiet à une amie: quelqu'un tente de forcer la serrure de son appartement. Elle sait que c'est Jean-Michel et appelle la police. «On ne se déplace pas pour ça Madame», lui aurait-on répondu selon ses proches. Le lendemain, son père la retrouve égorgée dans son appartement.

Les associations, qui dénoncent le manque d'attention des forces de l'ordre, demandent aussi qu'on «soigne» et «éloigne» les conjoints violents. «Ce ne sont pas les manquements de la police qui ont tué ces femmes, ce sont des hommes», rappelle Sandrine Bouchait, présidente de l'Union nationale des familles de féminicide (UNFF).

Autre enseignement, le fort taux de suicide ou tentative de suicide des auteurs après le meurtre, environ 41%. Comme Jean-Michel, retourné mettre fin à ses jours chez lui après avoir tué Stéphanie.

Le suicide est également très présent chez les plus de 70 ans, dont la part, méconnue, reste importante: environ 22% des victimes et des auteurs en 2019, comme en 2018.

Parmi eux, Simone, 81 ans et atteinte d'Alzheimer depuis 10 ans, étranglée par son mari Louis qui n'arrivait plus à s'en occuper et refusait de la laisser devenir «une poupée de chiffon» en maison de retraite. Mais aussi Paolo, un paisible retraité de 78 ans, qui n'a pas supporté que sa femme Jackie le quitte et l'a poignardée en pleine rue.
https://www.la-croix.com/France/feminicides-2019-moins-116-cas-scenarios-repetent-2019-11-22-1301062026
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Que sait-on du profil psychologique des auteurs de féminicides ?
Par Pauline Moullot 7 septembre 2019 https://www.liberation.fr*

Les homicides conjugaux surviennent en général dans un contexte de dispute ou de séparation. Les auteurs n'ont pas de maladie mentale, mais des troubles de la personnalité.

Question posée par Dav le 30/08/2019

Bonjour,

Nous avons reformulé votre question, la voici en intégralité : «Y a-t-il déjà eu des recherches scientifiques sur le profil psychologique des auteurs de féminicide, et si oui, quelles conclusions peut-on en tirer ?»

La découverte du corps d’une jeune femme rouée de coups à Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes), le 1er septembre, pourrait être le centième «féminicide» depuis le début de l’année, selon les associations qui décomptent le nombre de femmes victimes d’homicides conjugaux. Alors que le Grenelle des violences faites aux femmes a débuté mardi, vous nous demandez quel est le profil psychologique des auteurs de ces homicides.

Chaque année depuis 2006, le ministère de l’Intérieur étudie les «morts violentes au sein du couple». CheckNews a consulté les rapports des cinq dernières années. Et à chaque fois, le résumé du profil de l’auteur de féminicide est quasiment le même.

Des hommes de moins de 50 ans

2014: «L’auteur masculin est, le plus souvent, marié, de nationalité française, a entre 41 et 50 ans, et n’exerce pas ou plus d’activité professionnelle. Il commet son acte à domicile, sans préméditation, avec une arme blanche. Sa principale motivation demeure la dispute suivie de près par le refus de la séparation.»

2015: «L’auteur masculin est, le plus souvent, marié, de nationalité française, a entre 41 et 50 ans, et n’exerce pas ou plus d’activité professionnelle. Il commet son acte à domicile, sans préméditation, avec une arme à feu. Sa principale motivation demeure le refus de la séparation suivi de près par la dispute».

2016: « L’auteur masculin est, le plus souvent, marié, de nationalité française, a entre 41 et 50 ans, et n’exerce pas ou plus d’activité professionnelle. Il commet ce crime à domicile, sans préméditation, avec une arme à feu. Sa principale motivation demeure le refus de la séparation suivi de près par la dispute.»

2017: «L’auteur masculin est, le plus souvent, marié, de nationalité française, a entre 41 et 50 ans, et n’exerce pas ou plus d’activité professionnelle. Il commet ce crime à domicile, sans préméditation, à égalité quasi parfaite avec une arme à feu ou avec une arme blanche. Sa principale motivation demeure la dispute suivie de près par le refus de la séparation.»

2018: «L’auteur masculin est, le plus souvent, marié, français, âgé de 30 à 49 ans, et n’exerce pas ou plus d’activité professionnelle. Il commet ce crime à domicile, sans préméditation, majoritairement avec une arme blanche ou une arme à feu. Sa principale motivation demeure la dispute suivie de près par le refus de la séparation.»

Dans le détail, voici ce qui ressort de l’étude 2018 : 149 homicides au sein d’un couple ont été recensés cette année-là. Ces 149 homicides conjugaux représentent 19% du total des homicides recensés sur l’année; 121 victimes sont des femmes, contre 28 hommes (comme nous l’expliquions dans cet article, les femmes auteures d’homicides ont en général été victimes de violences antérieures); 43 auteurs d’homicides au sein d’un couple se sont suicidés.

Sur les 118 cas où l’auteur est un homme, une dispute a mené à l’homicide à 43 reprises, et une séparation (passée ou en cours) à 28 reprises. Parmi les autres motifs: la maladie ou la vieillesse de la victime (16), les problèmes psychiatriques ou la dépression (9), la jalousie (8), la maladie ou la vieillesse de l’auteur (1), les difficultés financières (1). Dans cinq cas, il existe des causes multiples, et dans les sept derniers cas, le motif n’a pas pu être déterminé.

Parmi eux, 25 auteurs étaient âgés de 40 à 49 ans, 23 de 30 à 39 ans, 19 de 50 à 59 ans, 14 de 70 à 79 ans, 14 de plus de 80 ans, 13 de 60 à 69 ans, 6 de 26 à 29 ans et 4 de moins de 25 ans.

59% d’entre eux étaient les époux de leurs victimes, et 20% les concubins.



Sur la nationalité et la profession des auteurs d’homicides au sein des couples, l’étude ne détaille pas selon le sexe: 19 d’entre eux sont de nationalité étrangère, dont deux Européens, et près de 72% n’exercent pas d’activité professionnelle, 61 d’entre eux sont sans emploi et 46 retraités. Parmi les actifs, la majorité des auteurs sont des employés.



Enfin, «dans 54,6% des cas (soit 81 faits), on constate la présence d’au moins une substance susceptible d’altérer le discernement de l’auteur et/ou de la victime au moment des faits (alcool, stupéfiants, médicaments psychotropes)», note l’étude.

Ces données ne permettent pas pour autant de dresser un profil psychologique des auteurs d’homicides. Médecin légiste au CHU de Poitiers, Alexia Delbreil analyse depuis 1999 tous les dossiers judiciaires d’homicides conjugaux ou tentatives d’homicide jugés par la cour d’appel de Poitiers. Soit, 54 cas à ce jour.
Des troubles de la personnalité

La chercheuse explique ainsi que deux profils généraux se dégagent, dans le contexte des homicides conjugaux commis par des hommes sur des femmes. «Il y a d’abord l’auteur de violences conjugales physiques, qui exerce sa violence de manière chronique dans un rapport dominant-dominé et qui passe à l’acte dans ce contexte». Cela se passe souvent dans un cadre précaire et d’alcoolisation.

Deuxième contexte : les séparations. «La période la plus à risque est celle des trois à six mois qui suivent la séparation», note Alexia Delbreil. «Ce sont des auteurs qui pour la plupart n’ont jamais exercé de violences physiques mais qui exerçaient une emprise à bas bruit sur leur compagne. Ils sont incapables de se projeter dans cette séparation et celle-ci peut réactiver un sentiment d’abandon. Ils vivent leur relation comme immuable, et quand elle n’est plus là, tout s’effondre».

Dans ces deux situations, un profil psychologique des auteurs se dessine. Premièrement, ils ne sont pas atteints de maladie mentale, et ont donc tous été jugés responsables. «Mais beaucoup d’entre eux ont des troubles de la personnalité, qui se forment autour de carences affectives et éducatives et qui entraînent des angoisses d’abandon», analyse la chercheuse.

«Ces carences sont majorées au moment de la rupture et les hommes ne vont ni reconnaître ni prendre en charge ce mal-être», poursuit-elle. Dans 50% des passages à l’acte, des menaces suicidaires ont ainsi été évoquées. «Ce mal-être évolue jusqu’à créer des tensions internes très importantes, qui aboutissent à un acte pulsionnel: pour qu’il y ait un retour à l’équilibre, il faut que l’un des deux disparaisse.»
Négation de l’autre

Il existe aussi une absence de distinction de l’autre, qui n’est pas considéré comme un individu propre. «L’autre est un effet miroir, qui apporte une valorisation de la personne et comble des failles narcissiques. Il y a une espèce de fusion qui a souvent été confondue avec ce qu’on appelait le "crime passionnel". Il y a un déni de l’autre: "J’ai besoin de l’autre et besoin de dominer la situation et la partenaire." Mais ce n’est ni de la passion ni de l’amour.»

Ces recherches, les seules aussi précises en France, sont transposables aux autres régions, explique Alexia Delbreil. «Nos résultats sont similaires aux chiffres annoncés par le ministère de l’Intérieur, et aux résultats d’enquêtes dans les autres pays: au Canada, en Europe du nord, en Espagne, au Portugal…»

Dans un article plus global recensant ses propres travaux de recherches et la littérature internationale, la légiste constate: «L’acte meurtrier est commis lorsque l’homme se rend à l’évidence que la séparation est irrémédiable, pour se venger de l’abandon ressenti, pour empêcher la femme d’être avec une autre personne. L’homicide est alors une réaction à la "dépossession", où l’amour laisse place à la haine. La compagne est assimilée à un objet qu’il désire être tout à lui. La vengeance et la querelle sont les motivations suivantes, le plus souvent dans un contexte où la violence et la consommation d’alcool sont courantes.» Pauline Moullot
https://www.liberation.fr/checknews/2019/09/07/que-sait-on-du-profil-psychologique-des-auteurs-de-feminicides_1748755

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