vendredi 4 septembre 2020

TEMOIGNAGE Maël, 18 ans : Après une tentative de suicide, «le service psychiatrique m’a redonné goût à la vie»

« Cette hospitalisation m’a rendu plus fort et m’a appris qu’il ne fallait pas forcément garder ses problèmes pour soi. » 

Mercredi 02 septembre 2020  Ouest France sur https://saint-brieuc.maville.com*

 Maël a 18 ans. Il est étudiant à Brest. Après une tentative de suicide, son témoignage a été recueilli par les journalistes de la Zone d’expression prioritaire, lors d’ateliers avec des jeunes.

La Zone d’expression prioritaire (Zep) collecte la parole des jeunes de 14 à 28 ans lors d’ateliers d’écriture encadrés par des journalistes. Ces témoignages sont ensuite publiés par des médias. Ouest-France a choisi d’être l’un d’eux. Tous les mois, le premier mardi, dans le journal et sur ouest-france.fr, on peut lire ces récits de vie, comme celui de Maël, étudiant à Brest, qui a fait une tentative de suicide.

«Dix-sept : c’est le nombre de médicaments que j’ai ingérés le jour où j’ai tenté de me suicider. Un mois : c’est la durée de mon hospitalisation. C’était il y a trois ans, en seconde. À cette époque, rien n’allait malgré le sourire sur mon visage. L’envie de quitter ce monde, et mes problèmes familiaux.

J’ai ingéré ces médicaments au lycée et je me suis réveillé le lendemain à l’hôpital. Un médecin m’a expliqué que j’avais deux possibilités : me faire hospitaliser dans un hôpital spécialisé en psychiatrie, ou intégrer un service spécifique au CHU de Brest, réservé aux personnes de 15 à 25 ans ayant commis des gestes suicidaires.

Je ne voulais qu’une seule chose : rentrer chez moi. Mais ce choix ne m’était pas proposé. J’ai choisi le « moins pire » : mon hospitalisation dans le service spécialisé pour les jeunes.

« Quarante-huit d’observation en arrivant »

En arrivant, un médecin m’a expliqué brièvement comment fonctionnait le service, il m’a demandé si j’avais des objets contondants (je devinais facilement que c’était pour éviter d’éventuelles scarifications), et mon téléphone afin d’éviter les contacts avec l’extérieur pendant au moins deux jours. Ces quarante-huit heures servaient d’observation mais permettaient aussi de couper tout lien afin de pas être perturbé.

Ensuite, on m’a donné une sorte d’emploi du temps et des règles à respecter : le téléphone n’est accepté que vingt minutes le matin et vingt minutes le soir, une pause cigarette le matin et une le soir, aucune sortie autorisée sauf si on en fait la demande. Des entretiens réguliers avec un médecin allaient être mis en place mais aussi des ateliers afin d’extérioriser ses sentiments et son mal-être.

Des visites étaient autorisées mais honnêtement, cela me faisait mal de voir des gens dans ces circonstances… Je n’ai accepté que très peu de visites, seulement de la famille. Je ne voulais en aucun cas que mes amis me voient dans cet état, et encore moins qu’ils s’inquiètent pour moi, qui suis une personne souriante, à l’écoute des autres, toujours prête à aider.

« On s’aidait les uns les autres »

Au début de mon hospitalisation, je me demandais si j’allais réellement m’en sortir ou au contraire si j’allais sombrer encore plus. Heureusement que les autres personnes hospitalisées sont venues très vite vers moi. Elles m’ont beaucoup aidé à traverser cette période difficile. J’ai rencontré des jeunes qui sont passés par les mêmes choses que moi. On s’aidait les uns les autres.

Ça m’a permis de parler avec des gens qui ressentaient vraiment la même chose que moi. On essayait de ne pas y penser même si, au début, il fallait bien savoir pourquoi chacun était là… Et puis après on a arrêté, et on a parlé de plein d’autres choses. On avait des permissions, on pouvait sortir pendant une heure et demie. On se baladait, on faisait les magasins…

Nous avions aussi des activités en groupe afin de dire chacun notre ressenti. Par exemple, dire ce qui nous passait par la tête en piochant un mot dans un regroupement de bouts de papier. Toutes les activités étaient axées sur nos émotions. Le médecin qui m’accompagnait, un homme grand, tout fin, souriant, était à l’écoute. Je sentais qu’il était vraiment là pour m’aider, pour que je m’en sorte.

« Cette hospitalisation m’a rendu plus fort mentalement »

Au fil des jours qui défilaient et des activités qui s’accumulaient, intérieurement j’allais mieux. Je récupérais la joie de vivre qui s’était éteinte il y a quelques semaines de cela. Trois semaines après mon hospitalisation, je me sentais mieux, j’avais extériorisé mes émotions.

Assez vite, je n’ai attendu qu’une chose : la sortie définitive pour pouvoir revoir mes amis et ma famille. Mais j’avais quelques appréhensions sur le fait que mon entourage ne me voit plus de la même manière, qu’il me regarde comme une personne instable émotionnellement.

Je m’étais trompé sur toute la ligne. Mes amis et ma famille n’attendaient qu’une chose, c’est de me revoir avec le sourire aux lèvres. Lorsque je suis rentré, tout le monde était content mais aussi soulagé que j’aie surmonté tout ça. Avec ma famille, on a parlé de ce qu’il s’était passé, de comment je me sentais maintenant. Les amis, ils ont fait comme si rien ne s’était passé et que j’étais toujours la même personne. Heureusement.

 Ouest France Mercredi 02 septembre 2020  Maël, 18 ans : Après une tentative de suicide, «le service psychiatrique m’a redonné goût à la vie»


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