lundi 30 novembre 2020

MàJ : POST SPECIAL Coronavirus COVID-19 & prévention du suicide

En préambule
Toutes les réponses aux questions que vous vous posez sur le Coronavirus COVID-19 :
sur https://www.gouvernement.fr/info-coronavirus
RETROUVEZ L'ACTUALITÉ, LES ACTIONS du Gouvernement, les informations Coronavirus, Consignes, Point de situation, Numéros utiles, etc


Santé publique France met à disposition des outils destinés aux professionnels de santé et au grand public pour favoriser l''information sur le Covid-19.
Santé publique France propose des affiches, des vidéos et des spots audios à partager pour améliorer l'information et la prévention du Covid-19.
Les affiches téléchargeables :
Alerte coronavirus : que faire face aux premiers signes
Alerte coronavirus : que faire si la maladie s'aggrave
Alerte coronavirus : pour se protéger et protéger les autres

DANS LE CONTEXTE DES MESURES MISES EN PLACE DANS LA LUTTE CONTRE LA PROPAGATION DU VIRUS COVID-19, DE NOMBREUX CENTRES, STRUCTURES, ASSOCIATIONS, PROFESSIONNELS DE SANTÉ MENTALE, COLLECTIFS SOLIDAIRES ETC SE MOBILISENT POUR MAINTENIR UNE ACTIVITÉ, FAVORISANT MAJORITAIREMENT LE TÉLÉPHONE, EN CAS DE SOUFFRANCE PSYCHIQUE, MAL ÊTRE, IDÉES SUICIDAIRES N’HÉSITEZ PAS A CONTACTER VOTRE MEDECIN, UN CENTRE MEDICO PSYCHOLOGIQUE, LIGNES D ÉCOUTE, PSYCHOLOGUES, PSYCHIATRES LIBÉRAUX, ETC. POUR CONNAITRE LEURS MODALITÉS DE PERMANENCES.
Besoin d'aide ? https://www.infosuicide.org/urgences-aide-ressources/

voir aussi https://www.psycom.org/sorienter/les-lignes-decoute/
 
L’évènement suicidaire est un phénomène complexe, impliquant des facteurs autant psychologiques, sociaux et biologiques, que culturels et environnementaux.

***

Conséquence de la crise sur la santé mentale : les enfants en première ligne
Publié le 30/11/2020 https://www.jim.fr/*


Paris, le lundi 30 novembre 2020 - Le Pr Richard Delorme (pédo-psychiatrie, Robert Debré, Paris) alerte tant la presse que son Agence régionale de Santé (ARS) : les enfants et les adolescents semblent particulièrement touchés par la dégradation de la santé mentale en lien avec la crise de la Covid-19.

Les compteurs de la pédopsychiatrie s’affolent
Ainsi, selon un tableau de bord de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) du 19 novembre recensant l’activité hors-Covid des 39 hôpitaux du groupe, le nombre total d’hospitalisation en pédiatrie pour raisons psychiatriques est en constante augmentation depuis début août pour atteindre 3 600, contre 2 400 un an plus tôt, soit une hausse de 50 %.


Les tentatives de suicide (TS) chez les mineurs de moins de 15 ans enregistrées à l’hôpital Robert Debré ont quant à elles doublées en septembre-octobre par rapport à la même période en 2019, passant de 20 à 40. Un phénomène qui semble cependant s’inscrire dans une tendance plus ancienne puisque huit TS avaient été comptabilisées en 2013, tandis que le nombre d’urgences pour motif pédopsychiatrique a doublé en dix ans (atteignant environ 2000 par an).

Richard Delorme est conscient que ces chiffres restent lacunaires et il déplore d’ailleurs le manque de données à l’échelon national. Il souligne néanmoins, dans les colonnes du journal Le Monde que plusieurs études menées en Chine, à Taïwan ou en Europe rapportent une augmentation des idées suicidaires et des tentatives de suicide chez l’enfant depuis le début de la pandémie. Aux Etats-Unis, la proportion de visites aux urgences liées à la santé mentale des enfants âgés de 5 à 11 ans et de 12 à 17 ans a augmenté respectivement d’environ 24 % et 31 %, selon des données des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), publiées vendredi 13 novembre.

Cette dégradation serait particulièrement marquée pour les petits patients atteints de troubles neuro-développementaux dont la prise en charge a été largement perturbée par les reports et les annulations de rendez-vous auprès d’orthophonistes et de psychomotriciens notamment. Pire, certains établissements (instituts médico-éducatifs…) ont dû tout bonnement suspendre leurs activités au printemps.

Xavier Bataille
https://www.jim.fr/medecin/actualites/pro_societe/e-docs/consequence_de_la_crise_sur_la_sante_mentale_les_enfants_en_premiere_ligne_185436/document_actu_pro.phtml

***


Japon et Corée: le suicide chez les jeunes femmes augmente dans la pandémie de coronavirus
by Dacid Rolet
novembre 29, 2020
in https://news-24.fr/*
Mais le Japon et la Corée du Sud font partie des rares pays à publier des données actuelles sur les suicides, la plupart des pays prenant un an ou deux pour publier leurs chiffres. Les experts craignent que les tendances émergentes dans les deux pays alerte précoce pour le reste du monde alors que la pandémie et les verrouillages font des ravages sur la santé mentale.

Recherche menée par les Centers for Disease Control and Prevention des États-Unis pendant l’été, il a été constaté qu’une personne interrogée sur dix avait sérieusement envisagé de se suicider le mois précédent, soit deux fois plus qu’en 2018. Le pourcentage des 18-24 ans dans l’enquête était 1 sur 4, a rapporté le CDC. Il y a aussi quelques preuves que le nombre de suicides parmi les militaires américains a augmenté.

En Grande Bretagne, une étude publiée en octobre Selon le British Journal of Psychiatry, les pensées suicidaires ont augmenté au cours des six premières semaines de confinement, les femmes et les jeunes adultes étant les plus touchés.

Le nombre total de suicides au Japon est passé à 2153 en octobre, le nombre le plus élevé chaque mois depuis plus de cinq ans, avec la plus forte augmentation chez les femmes, selon les statistiques gouvernementales. Entre juillet et octobre, au moins 2 810 femmes japonaises se sont suicidées, près de 41% de plus que les 1 994 qui se sont suicidées au cours de la même période l’année dernière, selon les rapports. Les données préliminaires par groupe d’âge montrent la plus forte augmentation chez les personnes de moins de 29 ans.

Le Japon a déjà le taux de suicide le plus élevé parmi les sept pays industrialisés – juste devant les États-Unis Etats Unis – et c’est le seul pays des sept où le suicide se produit première cause de décès chez les 15 à 34 ans, le ministère de la Santé a rapporté.

La Corée du Sud en a un taux de suicide plus élevé que le Japon, avec un pic de décès par suicide à près de 16 000 en 2011, le taux par habitant le plus élevé des pays industrialisés. Bien que le nombre total de suicides diminue cette année, le nombre de suicides de femmes dans la vingtaine a augmenté de 43% au premier semestre 2020 par rapport à la même période l’an dernier.
Appeler des hotlines

Au Japon, les adolescents et les jeunes femmes lignes d’assistance au suicide inondées et ont demandé de l’aide sur Twitter et dans les forums en ligne, selon des groupes de services sociaux.

Jiro Ito, le chef de OVA, une organisation à but non lucratif de prévention du suicide, a déclaré que les personnes qui contactent la ligne d’assistance de son groupe ont une chose en commun: la solitude.

« Sous le coronavirus, nous avons moins de communication et moins d’opportunités de parler aux gens », a-t-il déclaré.

«Si vous avez une famille, vous passez plus de temps avec eux, et si vous avez une bonne relation avec votre famille, vous seriez heureux», a-t-il poursuivi. « Mais vous n’êtes pas dans une bonne relation, et vous êtes coupé du monde extérieur, ce qui ne ferait qu’ajouter à votre sentiment de solitude et de stress. »

Les hommes étaient responsables de 70% des 20 169 suicides au Japon l’année dernière.

Historiquement, le suicide au Japon a été considéré comme un moyen d’échapper à la honte et au déshonneur, tandis que la recherche d’une aide psychologique a été stigmatisée. À la fin des années 1990, les suicides parmi les hommes d’âge moyen ont augmenté à mesure que l’éclatement de la bulle économique japonaise a provoqué le taux a chuté tandis que l’économie s’est redressée au cours de la dernière décennie.

Michiko Ueda, professeure à l’Université Waseda, qui étudie la suicidologie et la prévention du suicide, a déclaré que la cause de l’augmentation des suicides de femmes cette année n’était pas encore claire, mais que des facteurs économiques ont probablement joué un rôle.

« Les industries les plus touchées par Covid sont les industries du voyage, de la vente au détail, de l’alimentation et de la restauration », a-t-elle déclaré, notant qu’elles emploient de nombreuses femmes, souvent à des postes contractuels. «De nombreuses femmes ont perdu leur emploi ou ont connu une baisse importante de leurs revenus».

Le Japon n’a jamais imposé les verrouillages de grande envergure observés dans de nombreuses autres régions du monde, en s’appuyant largement sur le port d’un masque, le lavage des mains et le fait d’éviter de s’entasser à l’intérieur pour garder le virus relativement sous contrôle.

Pourtant, les écoles du pays ont été fermées entre mars et mai, et la plupart des gens travaillaient à domicile pendant l’état d’urgence d’avril et de mai.

Bien qu’il soit maintenant plus fréquenté dans les rues et les trains de banlieue, la vie est loin d’être normale. De nombreuses personnes ont du mal à faire fonctionner leur entreprise, certaines travaillent encore à domicile ou se socialisent moins fréquemment, et les universités sont passées à l’apprentissage en ligne.

Ironiquement, il y a eu une forte baisse du nombre de suicides pendant l’urgence, ce qui n’est pas rare. « Pendant une période de crise, les gens pensent souvent à leur propre survie, donc ils ne pensent pas au suicide », a déclaré Ueda.

‘Distance psychologique’

Mais lorsque l’été est arrivé et que les gens sont revenus à une «vie semi-normale», le stress a semblé revenir. Ueno a déclaré que ses études sur le trafic Twitter et les forums en ligne ont montré que les niveaux de détresse psychologique avaient augmenté à partir de juillet.

Le projet Bond, une autre organisation à but non lucratif qui aide les jeunes femmes, a mené une enquête en juin auprès de près de 1 000 personnes qui avaient déjà contacté le programme pour obtenir de l’aide. Environ 3 personnes sur 4 ont donné des réactions qui incluaient un sentiment non motivé ou «envie de disparaître et de mourir».

«Beaucoup de ceux qui nous contactent disent qu’ils n’ont nulle part où aller si on leur dit de rester à la maison», a déclaré Jun Tachibana de Bond Project. «Beaucoup ont des problèmes avec leur famille, leurs amis ou leur petit ami. J’ai peur qu’ils commencent à se sentir plus seuls. «

En Corée du Sud, les suicides dans la capitale, Séoul, ont augmenté de 4,8% au premier semestre, y compris chez les jeunes femmes.

La hotline de prévention du suicide de la ville a enregistré un nombre record d’appels téléphoniques depuis le début de la pandémie, a déclaré Joo Ji-young, chef adjoint du Centre de prévention du suicide de Séoul, alors que le nombre de personnes admises aux urgences pour tentatives de suicide a augmenté de 10% dans tout le pays. a augmenté au cours des huit premiers mois de l’année, a indiqué le ministère de la Santé. Les femmes dans la vingtaine représentaient un tiers de ces tentatives.

«Un effet secondaire inévitable de la distance sociale est la« distance psychologique »aliénante entre les gens», a déclaré Joo.

Le directeur du Centre coréen de prévention du suicide, Paik Jong-woo, a déclaré qu’un manque de lien humain menaçait la santé mentale de tout le monde, « mais les femmes sont souvent confrontées à des fardeaux supplémentaires d’une plus grande insécurité de l’emploi par rapport aux hommes et sont préoccupantes. pour les enfants d’âge scolaire à la maison. «

Mais un autre facteur pourrait alimenter l’augmentation des suicides au Japon et en Corée du Sud: un certain nombre de célébrités, dont des acteurs et des stars de la K-pop, se sont suicidées dans les deux pays au cours de l’année écoulée. Suicides de célébrités alimente souvent le désespoir des gens ordinaires, et ont tendance à pousser taux de suicide plus élevés, les experts disent.

Min Joo Kim à Séoul a contribué à ce rapport.

https://news-24.fr/japon-et-coree-le-suicide-chez-les-jeunes-femmes-augmente-dans-la-pandemie-de-coronavirus/

***

Crise Covid : suicides en baisse, c'est l'effet "sidération"

Quel effet la crise a-t-elle sur la santé mentale des Français, maintenant et à plus long terme ? Les suicides et dépressions risquent-ils d'augmenter ? Où trouver de l'aide ? Réponses, parfois à contre-courant, du Dr Pierre Thomas*, psychiatre.
28 novembre 2020 • Par E. Dal'Secco & C.Rogeret  Handicap.fr est gratuit, "aidez-nous à le rester. Soutenez-nous !"
 
* Responsable du pôle psychiatrie du CHU de Lille et co-président du Comité de pilotage de la psychiatrie de la DGOS (Direction générale de l'offre de soins)

Handicap.fr : Quelles pourraient être les conséquences de cette crise sur la santé mentale des Français ?
Pierre Thomas : La crise du Covid-19 a débuté il y a six mois, nous n'avons donc pas encore le recul nécessaire pour connaître avec précision les conséquences sur le long terme. En revanche, nous avons tiré une certaine expérience de la première vague et des mesures sanitaires. Le premier confinement a entraîné une diminution assez nette de l'offre de soins, en particulier en ambulatoire (fermeture d'hôpitaux de jour, de centres d'accueil thérapeutique, baisse des consultations médico-psychologiques...), cumulée à un repli sur soi, qui a également provoqué une diminution de la demande. Autre fait notable : une baisse des recours aux urgences et des tentatives de suicides.

H.fr : Pour quelle raison cette baisse des tentatives de suicide ? Beaucoup imaginent le contraire…
PT : C'est un peu un statu quo... Après des crises majeures, comme les attentats du Bataclan, en 2015, l'effet de sidération est tel que les troubles des conduites, y compris suicidaires, ont tendance à diminuer. Durant le confinement, les personnes qui étaient habituellement déprimées ont eu l'impression de l'être moins que les autres. Ceux qui sortaient peu, en temps normal, se sentaient moins « en décalage » puisque tout le monde était logé à la même enseigne. Au déconfinement, les choses se sont compliquées. Pas facile de reprendre le travail, un rythme régulier...

H.fr : Au sein du réseau VigilanS, vous n'avez donc pas observé une hausse significative du nombre de suicides ?
PT : Rappelons d'abord que VigilanS est un dispositif de soin innovant destiné à la prévention de la récidive suicidaire. Il a été créé par le Pr Guillaume Vaiva du CHRU de Lille. Pour répondre à votre question, au début du confinement, en mars, nous avons en effet plutôt constaté une diminution des suicides, à une période où, habituellement, ils sont en hausse. Au déconfinement, il y a eu une légère reprise mais leur nombre n'a jamais atteint le niveau habituel. Aujourd'hui, les chiffres sont toujours moins importants que les années précédentes. Mais il faut rester vigilant car la mortalité suicidaire connaît généralement un pic en automne.

H.fr : Et également durant la période des fêtes ?
PT : C'est vrai pour les « gestes suicidaires », qui sont davantage de graves réactions à l'isolement familial... Mais le taux de mortalité est plus important en novembre.

H.fr : A plus long terme, une hausse des suicides liée aux conséquences de la crise, notamment économiques, peut-elle néanmoins être redoutée ? Certains medias mettent déjà en lumière des histoires tragiques…
PT : Faire un lien entre une crise sociale et le suicide s'avère très compliqué, tout d'abord car le suicide n'est jamais univoque (avec une seule cause). Prédire le nombre de suicides liés à la crise peut être extrêmement dangereux et contreproductif... Il faut être très prudent. Rappelons que 9 000 suicides ont lieu chaque année en France mais des solutions existent pour les prévenir et stopper la contagion suicidaire. Première étape : en parler et accéder à une prise en charge.

H.fr : Pour revenir au 1er confinement, quel effet la fermeture des structures, essentiellement ambulatoires, a-t-il produit ?
PT : Certaines personnes en situation de handicap psychique ont connu une rupture dans la continuité des soins et vu leur état de santé s'aggraver parce qu'ils avaient, par exemple, négligé des complications, arrêté leur traitement ou entamé une pratique addictive. Ce n'est pas spécifique à la santé mentale, cela touche toute la santé. Des chirurgiens ont dû soigner des péritonites au lieu des « traditionnelles » appendicites. En cancérologie, certains cancers n'ont pas pu être pris en charge à temps...

H.fr : Quel principal enseignement tirer de la première vague ?
PT : Elle a confirmé que toutes les mailles du dispositif de soin sont essentielles. Depuis le mois d'août, les lits d'hospitalisation sont beaucoup plus occupés qu'ils ne l'étaient avant le premier confinement, avec des situations plus sévères (durée de séjour plus longue, moins de turnover...). Résultat, au deuxième confinement, le système tourne déjà à fond.

H.fr : Avez-vous noté une recrudescence de nouveaux patients ?
PT : En effet, de nombreux patients n'étaient pas suivis en psychiatrie et ont fait les frais de cette première vague en raison de l'augmentation du délai d'accès aux soins. Or on sait que plus le diagnostic est tardif plus les troubles psychiques sont sévères et difficiles à prendre en charge.

H.fr : Quel est le profil de ces patients ? Plutôt jeunes ?
PT : Oui, nous avons observé une très nette augmentation des premières demandes chez les jeunes, aussi bien dans les maisons d'adolescents qu'en médecine générale. Ce qui nous amène, depuis le reconfinement, à essayer de maintenir l'ensemble du dispositif de soins, en gardant les CMP (Centres médico-psychologiques) ouverts et en développant la télémédecine, a fortiori pour les primo-demandeurs.

H.fr : Quel est le motif principal de leur consultation ? La suspicion d'un trouble psychique ou davantage une dépression liée à l'actualité ?
PT : Un peu des deux. Mais, ce qui est nouveau et assez surprenant, c'est l'augmentation significative des troubles anxieux chez les jeunes. Par exemple, beaucoup de collégiens ont refusé de retourner à l'école par peur d'être infectés par le Covid. Les troubles anxieux sont les plus répandus, plus que la dépression. Non pris en charge ou négligés, ils peuvent entraîner un retrait social et évoluer en dépression voire, parfois, en état suicidaire.

H.fr : On parle beaucoup de la saturation des services de réanimation. En est-il de même pour la psychiatrie ?
PT : Totalement. Mais la crainte majeure que partagent tous les responsables d'établissements, c'est de ne pas avoir suffisamment de ressources humaines pour maintenir les dispositifs de soins. Des médecins, infirmiers et psychologues peuvent être malades ou cas contact. Pour assurer un roulement, c'est parfois compliqué. Pas facile de trouver des infirmiers disponibles en ce moment pour d'autres missions que la réanimation ou la médecine Covid...

H.fr : Des transferts ont-ils eu lieu vers les unités Covid ?
PT : Effectivement. Des infirmiers, qui travaillaient dans le service psychiatrie d'un hôpital général sont notamment partis en réanimation pour prêter main-forte.


H.fr : Le personnel soignant est-il, lui aussi, accompagné psychologiquement ?
PT : Il existe en effet des lignes d'écoute, animées par des psychologues, dédiées aux soignants qui sont parfois fatigués, ont peur d'être contaminés, redoutent l'absentéisme de leurs collègues... Les conditions d'exercice sont difficiles et la reconnaissance qu'ils avaient lors du premier confinement ne se manifeste plus. Des « maraudes » de psychologues et psychiatres ont également été mises en place pour aller à la rencontre des soignants de médecine Covid ou de réanimation. Ces besoins sont exacerbés depuis le reconfinement.

H.fr : Quel conseil donneriez-vous à une personne en détresse psychique ?
PT : Dans un premier temps, il ne faut pas hésiter à contacter tous les relais qui existent (médecin généraliste, CMP). Par ailleurs, la partie ambulatoire de la psychiatrie a renforcé les possibilités de répondre par téléphone en période de confinement donc n'hésitez pas à les appeler !

H.fr : Et les urgences psychiatriques ?
PT : Il n'y en a pas partout sur le territoire. Les métropoles disposent parfois d'un centre d'accueil et/ou de crise, d'un numéro de téléphone connu mais, en campagne, c'est plus rare, et, dans ce cas, le médecin généraliste, en première ligne, est important.
https://informations.handicap.fr/a-crise-covid-suicides-baisse-effet-sideration-13436.php

 
***


Confinement à Rennes. « Deux fois plus de crises suicidaires chez les jeunes » Ouest-France (site web)
Régions/Bretagne/Ille-et-Vilaine/Rennes, samedi 28 novembre 2020
Linda BENOTMANE.

Premier volet de notre série sur les dégâts psychologiques de ce second confinement. Sylvie Tordjman est professeure en pédopsychiatrie, cheffe du pôle hospitalo-universitaire de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital Guillaume Régnier et à Rennes 1. Elle s’inquiète des conséquences du reconfinement sur le moral des jeunes.

La crise sanitaire et le reconfinement sont difficiles à vivre pour tout le monde. Mais c’est une période particulièrement dure pour certains adolescents. C’est l’inquiétant constat de la professeure Sylvie Tordjman, cheffe du pôle hospitalo-universitaire de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital psychiatrique Guillaume Régnier à Rennes (Ille-et-Vilaine) et à l’université Rennes-1.

Les chiffres sont accablants. Par rapport à novembre 2019, les urgences pédiatriques ont accueilli deux fois plus de jeunes patients aux urgences pédiatriques pour des crises suicidaires, trois fois plus pour les troubles anxieux avec somatisation, et quatre fois plus pour les troubles anorexiques. « Les deux premières semaines de novembre 2020, les urgences pédiatriques ont constaté cinq tentatives de suicide par semaine (en 2019 : une ou deux par semaine) et 11 jeunes par semaine avec idées suicidaires (même période en 2019 : cinq par semaine). »

« Dépression sévère »

Dans les tentatives de suicide, elle relève des recours à la pendaison et à la défenestration anormalement élevés. « Tous les jeunes de 16 à 18 ans hospitalisés en novembre 2019 en unité d’hospitalisation de courte durée sont repartis ensuite chez eux avec des suivis en ambulatoire. Là, sur 11 jeunes hospitalisés, seuls trois d’entre eux ont pu retourner à domicile avec un suivi en ambulatoire. Tous les autres ont été hospitalisés au long cours pour dépression sévère avec risque de récidive suicidaire. »

Pour les jeunes anorexiques, elle observe la même aggravation. « Le nombre par semaine de passages aux urgences pédiatriques a quadruplé pour les anorexiques depuis le déconfinement. Habituellement, aucune anorexique ne passe dans ce service. Elles viennent pour dénutrition et déshydratation, elles ont arrêté de boire et de manger. De plus, six jeunes anorexiques sont actuellement en permanence hospitalisées depuis début novembre sur les lits de pédiatrie du CHU de Rennes alors qu’il n’y a habituellement qu’une seule patiente anorexique hospitalisée par semaine. »

« Diminution des activités »

Quelles explications à cette aggravation du moral des jeunes ? « Le reconfinement général entraîne une diminution des activités sociales, sportives, culturelles… Les journées se suivent et se ressemblent sans tempo venant structurer de façon quotidienne et hebdomadaire l’expérience du temps. La rythmicité, donnée par les temps de travail à l’extérieur et les temps de repos le week-end, a disparu. On se décale, on se désynchronise… L’absence d’horaires ainsi que la réduction drastique des activités sociales, entraînent une désynchronisation des rythmes physiologiques avec une perte des repères temporels. Cela entraîne, selon beaucoup d’études, une vulnérabilité aux troubles anxieux, dépressifs et psychotiques. »

Que peuvent faire les parents ou les proches de l’adolescent ou du jeune concerné ? Sylvie Tordjman répond : « Il est important que les parents respectent et fassent respecter à leurs enfants les rythmes physiologiques avec des heures régulières de coucher, de lever, de repas, ainsi que les activités physiques et sociales. » La professeure est aussi coauteure de l’ouvrage Du confinement au déconfinement : nouvelles perspectives en pédopsychiatrie . Elle y explique que « l’activité physique est une nécessité indispensable ».

« Des rythmes de sommeil inversés »

Une étude de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) alerte sur la sédentarisation des jeunes.Deux tiers des adolescents 11 à 17 ans sont particulièrement exposés à des risques pour la santé parce qu’ils passent plus de deux heures chaque jour devant l’écran et parce qu’ils sont en dessous d’une heure d’activité physique par jour. Elle met en alerte : « Les jeunes peuvent se désynchroniser, avoir des rythmes de sommeil qui sont totalement inversés et avec des conséquences sur le plan de la santé, aussi bien physique que mentale, qui peuvent être très graves. »

> Retrouvez les quatre volets de notre série sur les dégâts psychologiques du second confinement :

- TÉMOIGNAGE. « Deux fois plus de crises suicidaires chez les jeunes »

- TÉMOIGNAGE. Avec ce second confinement, Marie se sent « comme un animal en cage »

- ENTRETIEN. « Le reconfinement est plus envahissant psychologiquement »

- ENTRETIEN. Pendant le confinement, des parents en plein désarroi, voire en détresse

Cet article est paru dans Ouest-France (site web)
 
 
 
***

Les organisations universitaires de psychiatrie et d’addictologie estiment que "la crise sanitaire est aussi psychiatrique, pas de santé mentale sans psychiatrie universitaire"

Rédigé par Rédaction le Vendredi 27 Novembre 2020 https://www.hospitalia.fr/*

  Communiqué commun du Collège National Universitaire de Psychiatrie (CNUP), du Conseil National des Universités (CNU), du Syndicat Universitaire de Psychiatrie (SUP), du Collège National pour la Qualité des Soins en Psychiatrie (CNQSP), et du Collège Universitaire National des Enseignants d'Addictologie (CUNEA).

L’impact de la crise sanitaire sur la santé mentale de la population est important, il pourrait devenir l’un des problèmes majeurs des années à venir. Les enquêtes le montrent clairement : les scores de bien-être mental diminuent, les consommations de substances psychoactives (alcool, tabac, cannabis) augmentent, de même que les symptômes dépressifs, anxieux, psychotiques, y compris chez ceux qui n’en souffraient pas. Plusieurs groupes sont déjà identifiés comme particulièrement vulnérables : les jeunes, les sujets âgés, les étudiants, les personnes sans emploi, les artisans et les chefs d’entreprise, les personnes en situation de handicap.

Une « deuxième vague » psychiatrique est observée dans les urgences hospitalières, en particulier chez les jeunes. Les résultats de la récente enquête de la Fondation Jean Jaurès sont alarmants : depuis la crise COVID-19, 20 % des personnes interrogées ont sérieusement envisagé de se suicider, surtout depuis le dé-confinement. Les consommations de psychotropes ont fortement augmenté. L’analyse précise des causes doit être conduite, mais l’expérience des crises passées apporte déjà un éclairage sur la dynamique de cette vague psychiatrique : l’impact des grandes crises sur la santé mentale et sur le suicide est toujours retardé de plusieurs mois à quelques années.


"​Le manque de cohérence en matière de santé mentale est criant"


L’urgence sanitaire est aujourd’hui de sauver des vies, celles des personnes touchées par une forme grave de la COVID-19, celles des personnes pour lesquelles un retard aux soins de leur pathologie aigüe ou chronique constituerait une perte de chance. Les troubles psychiatriques et addictologiques tuent eux aussi : par suicide et par manque d’accès à la prévention et aux soins. Aujourd’hui en France, l’espérance de vie des personnes qui souffrent de dépression ou de psychose est réduite de 15 à 20 ans.

Le manque de cohérence en matière de santé mentale est criant, sans doute expliqué en partie par le retard considérable de la France en matière de prévention et de développement de la santé publique. Alors que l’incertitude est extrême, que les liens sociaux sont mis à mal quotidiennement et qu’une crise économique et morale menace notre cohésion sociale, les professionnels de la santé mentale se trouvent particulièrement désarmés : le manque de financement et d’attractivité des métiers est majeur ; l’accès aux soins psychothérapiques est toujours freiné par l’absence de prise en charge par l’assurance maladie ; alors que tous les professionnels œuvrent dans le cadre des Projets Territoriaux de Santé Mentale pour décloisonner la médecine- chirurgie-obstétrique, la psychiatrie et les activités médico-sociales, une partie des hospitaliers n’est pas reconnue à travers l’attribution du complément indiciaire prévu par le Ségur de la Santé.

 "Le risque qu’une fois de plus les besoins de la psychiatrie ne soient pas pris en compte"

Alors que les arbitrages sont aujourd’hui particulièrement difficiles, nous alertons sur le risque qu’une fois de plus les besoins de la psychiatrie ne soient pas pris en compte, et parmi ces besoins, ceux de la psychiatrie et de l’addictologie universitaire.

Les besoins de formation initiale et continue sont majeurs, dans une période où les pratiques doivent s’adapter et les métiers se transformer. L’attractivité de la discipline doit être soutenue, et les spécialités médicales les plus choisies par les jeunes sont aussi celles qui sont les plus dotées en ressources universitaires.

Le travail accompli ces dernières années par les universitaires de psychiatrie et d’addictologie est considérable : réforme des études médicales, formation des futurs psychiatres en lien avec le territoire, ouverture du parcours psychiatrie et santé mentale pour les infirmiers en pratiques avancées, participation à la formation de nombreux autres métiers de la santé (orthophoniste, ergothérapeute, psychomotricien...), forte productivité d’une recherche de qualité, participation à la diffusion de bonnes pratiques et d’innovations organisationnelles. Il est plus que temps d’inverser la tendance afin que la psychiatrie ne soit plus l’une des disciplines où le taux d’encadrement des étudiants est le plus faible de toutes les spécialités médicales, et la recherche la moins financée de tous les pays européens.

L’impact de la crise actuelle sur la santé mentale nous paraît justifier une large campagne d’information qui permettrait à la population d’accéder à des messages généraux en faveur de cette dimension sanitaire et favoriserait le fait que ceux qui en relèvent accèdent à une écoute et, le cas échéant, à des soins adéquats.

Si dans l’immense majorité des cas ces principes sont respectés pour ces patients vulnérables, il apparaît que ce n’est pas toujours le cas. C’est pourquoi il nous apparaît comme essentiel qu’un psychiatre puisse y être systématiquement associé afin de garantir une éthique concrète du soin et de la vulnérabilité.


Pr Marie Rose Moro, Présidente du CNUP
Pr Amine Benyamina, Président du CNU Addictologie
Pr Olivier Cottencin, Président du CUNEA
Pr Raphaël Gaillard, Président du CNU Psychiatrie d’Adultes
Pr Bernard Granger, Président du SUP
Pr Anne Catherine Rolland, Présidente du CNU Pédopsychiatrie
Pr Emmanuelle Corruble, Présidente du CNPP-CNQSP


** Les inter-titres sont de la rédaction 
 
 
***
"Dans les hôpitaux de l’AP-HP, les hospitalisations en pédiatrie pour raisons psychiatriques sont en hausse de 50 % depuis août  "
Le Monde (site web)
planete, jeudi 26 novembre 2020 - 02:53 UTC +0100 2055 mots
Pascale Santi

Dans les hôpitaux de l’AP-HP, les hospitalisations en pédiatrie pour raisons psychiatriques sont en hausse de 50 % depuis août. Dans le nord-est de Paris, on constate un doublement des tentatives de suicide chez les mineurs de moins de 15 ans par rapport à l’année dernière.

En ce lundi de novembre, il y a affluence à la consultation d’orientation psychiatrique de l’hôpital pour enfants Robert-Debré, situé dans le nord-est de Paris, l’un des plus gros d’Ile-de-France. Marco (les prénoms ont été changés), 15 ans, qui souffre de trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), a très mal vécu le premier confinement. Il s’est mis à jouer aux jeux vidéo, a décalé son sommeil. L’idée d’un nouveau confinement, de ne plus pouvoir aller au skate park, de ne plus voir ses amis, l’a paniqué. Il n’est pas retourné au lycée après les vacances de la Toussaint, et a été hospitalisé en raison d’idées suicidaires.

Ce même jour, à quelques couloirs de là, aux urgences pédiatriques, un garçon de 14 ans attend de voir un pédopsychiatre. Il s’est jeté sur les rails d’un train qui, heureusement, est passé de l’autre côté. Quelques jours auparavant, il avait fui l’école et erré, en Ile-de-France.

Depuis la rentrée de septembre, un enfant de moins de 15 ans arrive ainsi presque chaque jour aux urgences de Robert-Debré pour une tentative de suicide, contre environ un tous les trois jours un an avant. Selon un tableau de bord de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) du 19 novembre recensant l’activité hors-Covid des 39 hôpitaux – majoritairement franciliens – du groupe, les hospitalisations en pédiatrie pour raisons psychiatriques ne cessent d’augmenter depuis août. Elles se situaient fin octobre à 3 600, contre 2 400 un an plus tôt, soit une hausse de 50 %.

Crise économique, attentats, incertitude sur l’avenir, scolarité perturbée, etc., les enfants et adolescents sont en première ligne de cette deuxième vague. Le professeur Richard Delorme, qui dirige le service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent de Robert-Debré, a adressé un message d’alerte à l’Agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France et aux autorités sanitaires. Les tentatives de suicide (TS) chez les mineurs de moins de 15 ans enregistrées dans son établissement en septembre-octobre ont doublé par rapport à la même période de 2019, passant de 20 à 40. Les relevés d’idées suicidaires ont augmenté de plus de 100 %. Et cette tendance se poursuit en novembre.

Ces situations complexes surviennent alors que son service est déjà en tension. Le nombre d’urgences pour motif pédopsychiatrique a doublé en dix ans, à environ 2 000 par an. « Depuis début septembre, à chaque fois que je suis appelée aux urgences, c’est pour l’explosion des TS et idées suicidaires, des troubles anxieux », constate le docteur Alicia Cohen-Freoua, de garde ce lundi. « La vague, nous la voyons depuis la rentrée. Nous gérons des situations de crise, avec des enfants à hospitaliser, et pour qui il faut organiser un suivi, nous manquons de lits », constatent Marion Priam et Cathy Gaudin, infirmières.

A l’instar d’autres établissements, ce service de 207 personnes, dont 140 temps plein, souffre d’un manque chronique de personnels, surtout d’infirmiers, et cela depuis plusieurs années, même s’il y a peu d’absentéisme. Une cinquantaine de patients y sont hospitalisés et le nombre de consultations devrait frôler les 10 000 cette année. Les délais pour obtenir un rendez-vous peuvent aller jusqu’à un an.

Inquiet des chiffres de tentatives de suicide, Richard Delorme a voulu en savoir plus. L’équipe s’est plongée dans les registres des urgences. En 2013, il y avait eu 8 TS entre septembre et octobre. Il déplore le manque de données à l’échelon national, alors que plusieurs études menées en Chine, à Taïwan ou en Europe rapportent une augmentation des idées suicidaires et des tentatives de suicide chez l’enfant depuis la pandémie. Aux Etats-Unis, la proportion de visites aux urgences liées à la santé mentale des enfants âgés de 5 à 11 ans et de 12 à 17 ans a augmenté respectivement d’environ 24 % et 31 %, selon des données des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), l’autorité sanitaire fédérale, publiées vendredi 13 novembre.

Richard Delorme est conscient que ces chiffres sont à prendre avec des pincettes, au regard de la situation géographique de l’hôpital et de la période, plus propice aux dépressions saisonnières. « Notre hôpital se situe à proximité des arrondissements et zones les plus touchés par le Covid, plus précaires », constate-t-il. Il a pris son téléphone, a interpellé ses collègues. Nombre d’entre eux partagent cette inquiétude - même si la situation varie d’une région ou d’un établissement à l’autre.

Dans la cour du service d’hospitalisation, Sandra, 14 ans, déambule avec son éducatrice, en mâchant les lanières de son sweat-shirt. Elle est arrivée ici trois jours plus tôt pour une TS et des troubles anxieux importants liés au confinement. Trois autres enfants sont là en hôpital de jour afin de réévaluer la prise en charge ou le diagnostic.

Depuis la rentrée, après une baisse de fréquentation de mi-mars à mi-mai, comme dans tous les hôpitaux, « nous voyons des patients avec des troubles plus sévères. C’est comme si on ne voyait plus les petites urgences » – les troubles du comportement, les agitations –, explique le docteur Alicia Cohen-Freoua. « Le confinement de mars a eu un retentissement particulier sur les enfants avec un handicap, perturbant l’accès aux soins et le quotidien des familles d’enfant présentant un trouble du neurodéveloppement », détaille Valérie Vantalon, médecin au sein de l’équipe des troubles du spectre autistique.

Outre l’école fermée, la prise en charge (orthophonie, psychomotricité…) s’est quasiment arrêtée pour les enfants présentant un trouble. Certains établissements (instituts médico-éducatifs…) ont fermé, obligeant les enfants à revenir à la maison. « C’était dur, mon fils de 10 ans, autiste, était réfractaire à toutes les activités avec moi, les parcs étaient fermés, il ne comprenait pas la marche sans but, j’allais parfois faire des tours de périphérique en voiture », se souvient Asma, venue pour une consultation.

« Je ne suis pas une assistante de vie scolaire, je ne suis que maman », dit la mère de Nathan, âgé de 8 ans, venu voir le docteur Vincent Trebossen, pour un déficit de l’attention avec hyperactivité, et touché par une maladie rare. « Nathan a perdu tous ses repères, il a besoin de savoir ce qu’il va se passer le lendemain, le fait d’être vu en visio ne le rassurait pas », dit sa mère. « Sans la mobilisation de l’équipe soignante, ça aurait été la catastrophe, le confinement se serait mal terminé pour toute la famille », raconte Alexandra, mère de Théo, 7 ans et demi, qui souffre de troubles du spectre de l’autisme (TSA) et de trouble attentionnel. « Tout devait être réorganisé, l’arrêt de l’école, de toute la prise en charge, nécessitait que l’on soit avec eux tout le temps », dit Emilie, qui élève seule Maël dans un F2. « Il tournait en rond et les gestes barrières n’étaient pas faciles à gérer ».

Tandis que certaines familles ont plutôt bien géré cette période, d’autres enfants l’ont très mal vécue, faisant face à une augmentation du harcèlement en ligne ; mais aussi à des violences intrafamiliales, dont témoigne la hausse des appels au 119. Afin de venir en aide à ces parents qui devaient prendre en charge seuls leurs enfants, le service s’est réorganisé, ne faisant venir que les patients les plus critiques. Il a publié des conseils sous forme de fiches ou vidéos. Depuis mars, le site a enregistré pas moins de 700 000 connexions, précise le Dr Benjamin Landman, chef de clinique, qui s’est improvisé webmaster le temps du confinement. Une nouvelle version du site, qui s’appellera www.clepsy.fr est prévue dans les jours à venir, grâce à une aide de l’ARS. « Le but est de rendre les parents acteurs de la prise en charge de leurs enfants », résume Benjamin Landman.

Un peu plus loin, l’unité des troubles du comportement alimentaire (TCA), qui accueille des enfants de 7 à 12 ans, avec neuf lits d’hospitalisation, fait face à une augmentation des demandes depuis ce printemps, alors que la situation est déjà habituellement tendue. « Depuis mai-juin, nous avons l’impression que nous avons plus d’enfants avec des TCA restrictifs sévères », explique le docteur Coline Stordeur, chef du pôle des TCA, qui voit aussi, en plus de l’anorexie mentale, davantage d’autres troubles tels que l’émétophobie (phobie des vomissements), et de plus en plus d’enfants très anxieux, avec un trouble obsessionnel compulsif (peur d’attraper le Covid-19 et d’autres maladies) et avec une restriction majeure de l’alimentation.

Une enfant de 10 ans a par exemple rapporté qu’« un voisin est mort du Covid ». « J’ai peur d’être à la rue », a fait valoir un garçon de 9 ans, dont l’un des deux parents venait de perdre son emploi. Pour beaucoup, les capacités d’adaptation au stress sont dépassées, la courbe de poids s’est effondrée au printemps. Un patient de 10 ans a commencé à se restreindre en mars, il a perdu 11 kg. Agée de 10 ans et demi, Malika a été admise quatre jours plus tôt, après un séjour dans un service de pédiatrie générale en Ile-de-France. Déshydratée, elle pèse 22 kg pour 1,40 m, contre 33 kg il y a six mois. « Il faut donner plus de moyens à l’hôpital, ce n’est pas normal d’attendre une place trois semaines », dit sa mère, en consultation en visioconférence avec le docteur Anaël Ayrolles.

Autre conséquence des deux confinements : une aggravation des comportements addictifs liés aux jeux vidéo, mais aussi à tous types d’écrans. « Cela a un impact majeur sur les relations familiales, la scolarité, le sommeil », indique le docteur Benjamin Pitrat. L’addiction aux écrans, qui représentait 10 % de ses consultations il y a sept ans, en représente 90 % aujourd’hui. Dans certains cas, « lorsque les parents arrêtent l’écran, cela amène l’enfant à des crises qui peuvent être impressionnantes : insultes, portes brisées à coups de pied, menaces de suicide… », dit-il.

Le docteur Alexandre Hubert, responsable du centre médico-psychologique (CMP) du 20e arrondissement, affilié à Robert-Debré, s’inquiète de l’aggravation de la crise : « Nous n’avons plus de formes light, nous n’avons que du lourd tout de suite » : une mère qui a perdu son travail a demandé à son fils sa cagnotte pour payer les courses. Ils en sont venus aux mains. La précarisation des familles s’est accentuée dans le 20e. « Si les parents ne savent pas comment ils vont manger, stimuler leur enfant autiste en lui lisant une histoire ne peut être leur priorité », regrette le docteur Hubert, qui projette de repérer de façon précoce les troubles psychiatriques avec une équipe mobile, dans les crèches.

L’histoire d’Amir, 17 ans, condense celle de beaucoup de mineurs isolés, dits « non accompagnés », dont la situation s’est encore précarisée depuis le premier confinement avec la fermeture de structures d’accueil. Arrivé aux urgences pour overdose (cannabis et alcool) et scarifications dans la nuit du jeudi 12 au vendredi 13 novembre, il avait été vu pour la première fois en décembre 2019 à Robert Debré pour des troubles anxieux majeurs. « Il était tombé dans la consommation de stupéfiants, poussé par des gens mal intentionnés », résume Emmanuelle Peyret, addictologue. Amir nous raconte son départ du Maroc, seul, à l’âge de 9 ans, caché sous un autobus, puis passant d’un pays à l’autre. « Tu n’es pas seul, on ne te juge pas », le rassure François-Henry Guillot, éducateur spécialisé dans l’unité d’addictologie. « Depuis la levée du premier confinement, on est débordés par l’arrivée aux urgences de mineurs isolés en overdose de stupéfiants. Certains sont enrôlés dans des réseaux de délinquance, dit Emmanuelle Peyret. Du jamais-vu. »Cet article est paru dans Le Monde (site web)
 

***

Le Monde (site web)
planete, jeudi 26 novembre 2020

Hausse des tentatives de suicide chez les mineurs : dans les hôpitaux, des pédopsychiatres inquiets mais prudents
Pascale Santi

Les médecins spécialistes divergent sur le degré de gravité de la situation depuis la rentrée scolaire et le début du deuxième confinement mis en place en raison du Covid-19.

L’alerte a été lancée début novembre par le professeur Richard Delorme, chef du service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent de l’hôpital Robert-Debré, qui s’inquiétait d’une nette hausse des tentatives de suicide chez les mineurs de moins de 15 ans depuis la rentrée scolaire. Ce phénomène touchait-il tout le pays, ou était-il localisé au nord-est parisien ? Si D’un bout à l’autre du pays, les psychiatres ont consulté leurs registres d’entrées aux urgences. Les données ne sont pas toujours disponibles. Tous ne font pas aujourd’hui part du même degré d’inquiétude.

A l’hôpital Necker (AP-HP), dans le centre de Paris, on observe en novembre, et donc depuis le début du deuxième confinement, une nette augmentation de la fréquentation des urgences pédiatriques pour tentatives de suicide ou idées suicidaires par rapport à septembre et octobre 2020. « Cinq patients de moins de 15 ans étaient hospitalisés début novembre à la suite d’une défenestration, alors que cela concerne habituellement un adolescent par mois », indique le professeur Pauline Chaste, chef du service de pédopsychiatrie de l’hôpital Necker.

Au 20 novembre, il y a eu 9 tentatives de suicide depuis le début du mois, contre en général 5 par mois. « Malheureusement, il est difficile de comparer aux chiffres 2019 – alors que ce serait nécessaire pour tirer des conclusions solides, regrette le Pr Chaste. Les TS ne sont pas très bien tracées, et peuvent disparaître derrière les troubles associés, comme par exemple des épisodes dépressifs majeurs. »

La professeure Sylvie Tordjman, chef du pôle hospitalo-universitaire de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent de Rennes, est très inquiète. « Si les crises suicidaires [TS et idées suicidaires] sont restées stables en septembre-octobre pour les moins de 16 ans, elles ont plus que doublé du 1er au 15 novembre, par rapport à la même période de 2019, avec 10 TS et 22 idées suicidaires, contre 3 TS et 10 idées suicidaires en 2019. » Elle relève également un nombre de pendaisons et de défenestrations « anormalement élevé ». Son service accueille aussi trois fois plus de patients pour les troubles anxieux avec somatisation (comme des douleurs abdominales) et pour anorexie. « Le constat est identique à Redon, Rouen, Limoges, Nice… », poursuit la pédopsychiatre.

A Nantes, les tentatives de suicide des moins de 15 ans sont en baisse. « Probablement en raison de sa région moins touchée et peu urbanisée », estime Olivier Bonnot, chef du service universitaire de pédopsychiatrie du CHU de Nantes, qui se dit « préoccupé » par les fortes augmentations de demandes de consultations de 30 % à 70 % avec des cas plus lourds. « Une tendance au niveau de la région », selon lui.

Effets positifs et négatifs

Même constat pour le docteur Charles-Edouard Notredame, du service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent du CHU de Lille, plus prudent. Il constate pour sa part « une légère augmentation des TS et idées suicidaires en septembre-octobre 2020 par rapport à 2019, mais ce n’est pas majeur ». De même, selon le professeur Pierre Fourneret, pédopsychiatre et chef de service adjoint à l’hôpital Femme-Mère-Enfant (HFME) au CHU de Lyon, « il y a aujourd’hui une ambiance alarmiste, mais on n’a pas le sentiment que les tentatives de suicide augmentent en Rhône-Alpes, nous sommes plus prudents ».

« Attention aux discours généralistes, car tous les enfants n’ont pas réagi de la même façon, et d’après une étude que nous avons menée sur 7 300 enfants de l’académie de Lyon lors du premier confinement, certains ont plutôt vu baisser leur niveau de stress », tempère le docteur Pauline Espi, pédopsychiatre à l’HFME. « Il y a eu des effets positifs et négatifs. Le premier confinement a dans certains cas généré de l’apaisement, avec une forte capacité d’adaptation des enfants et adolescents, ajoute Pierre Canouï, pédopsychiatre libéral. Le deuxième confinement provoque plus de détresse psychologique. »

S’ils divergent sur le degré de gravité de la situation, les médecins spécialistes lancent tous un plaidoyer pour une vraie épidémiologie en pédopsychiatrie. Par ailleurs, soulignent-ils, il faut être très vigilant sur les signaux d’alerte, comme un enfant qui dort moins bien, qui est irritable, triste, ou mouille de nouveau ses draps. Un enfant ne verbalise pas forcément ses maux. Cet article est paru dans Le Monde (site web)

 
***
 
La Matinale du Monde
Deuxième confinement; Société; Santé; Santé mentale; Coronavirus et pandémie de Covid-19; Planète, jeudi 26 novembre 2020 1459 mots

Anxiété, dépression, stress post-traumatique… : la pandémie de Covid-19 a un fort impact sur la santé mentale

Par Sandrine Cabut

Anxiété, dépression, troubles du sommeil, mais aussi tentatives de suicide, stress post-traumatique… En France comme ailleurs, les indices des effets sur la santé mentale de la pandémie de Covid-19 et du confinement s'accumulent. « Nous voulons éviter une troisième vague, qui serait une vague de la santé mentale pour les jeunes et les moins jeunes », a prévenu le ministre de la santé, Olivier Véran, le 18 novembre, lors d'une visite dans les locaux d'une plate-forme d'écoute, à Paris.

La veille, s'appuyant sur des données de Santé publique France, le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, soulignait que « la crise sanitaire du Covid-19 a révélé la vulnérabilité psychique de nombreux Français », et donnait des conseils pour « prendre soin de soi » . Le monde médical tire lui aussi la sonnette d'alarme.

En matière de santé publique, les enjeux sont colossaux. « En dehors du suicide, on meurt rarement directement d'un problème de santé mentale, mais c'est une cause de mortalité prématurée, du fait de la dégradation des habitudes de vie et de l'état de santé », souligne Enguerrand du Roscoät, responsable de l'unité santé mentale à la direction de la prévention de Santé publique France.

Les troubles mentaux représentent le premier poste de dépenses du régime général de l'Assurance-maladie par pathologie (19,3 milliards d'euros), devant les cancers et les maladies cardio-vasculaires. Au total, leur coût économique et social est évalué à 109 milliards d'euros par an.

Pour l'heure, c'est la forte hausse des états dépressifs qui est au-devant de la scène. Au 12 novembre, le taux est de 21 % en population générale, soit deux fois plus que fin septembre, selon CoviPrev, une enquête nationale de Santé publique France qui interroge en ligne, à intervalles rapprochés, des échantillons indépendants de 2 000 personnes de plus de 18 ans. A titre de comparaison avec la période antérieure à l'apparition du Covid, 10 % de la population a vécu un épisode dépressif dans l'année précédente (selon la dernière enquête menée en 2017).

Prescription de médicaments psychotropes en hausse

Si un adulte sur cinq serait dépressif, d'après CoviPrev qui utilise une échelle reconnue, la proportion est plus élevée encore chez les personnes déclarant une situation financière très difficile (35 %), celles avec des antécédents de troubles psychologiques (30 %), les inactifs et CSP − (respectivement 29 % et 25 %), et les jeunes (29 % chez les 18-24 ans, 25 % chez les 25-34 ans).

« Quand l'enquête a démarré en mars, pendant le premier confinement, c'était les états anxieux qui dominaient, présents chez 27 % des personnes. Le taux de dépression était, lui, aux alentours de 20 %. Le niveau d'anxiété a rapidement baissé pendant le confinement, tout comme les états dépressifs à la sortie de celui-ci », précise Enguerrand du Roscoät . Dans le bilan du 12 novembre, le taux d'anxiété est de 20,8 %, il repart à la hausse depuis septembre mais en moindre proportion que les états dépressifs.

« La surveillance épidémiologique de la santé mentale fait appel à deux approches : d'une part des enquêtes populationnelles, de l'autre l'analyse de données sur les recours aux soins », explique Imane Khireddine-Medouni, médecin coordinatrice du programme santé mentale à la direction des maladies non transmissibles de Santé publique France. C'est ainsi que, début octobre, un rapport de l'Assurance-maladie et de l'Agence du médicament révélait une hausse notable de prescriptions de médicaments psychotropes (anxiolytiques et hypnotiques) sur le territoire pendant la période de mars à septembre.

Outre CoviPrev, Santé publique France participe à plusieurs enquêtes épidémiologiques autour de la santé mentale, sur des populations d'enfants, d'adolescents et d'adultes, avec d'autres partenaires. Parallèlement, l'agence sanitaire étudie l'évolution entre 2019 et 2020 d'indicateurs comme le nombre d'hospitalisations dans les services de psychiatrie, mais aussi les passages en services d'urgences et les hospitalisations pour tentative de suicide.

Dans ce contexte de crise sanitaire, sociale et économique, le sujet des risques suicidaires est particulièrement scruté, d'autant qu'il y a quelques signaux dans la population pédiatrique. Le service de pédopsychiatrie de l'hôpital parisien Robert-Debré a lancé une alerte après avoir enregistré récemment une nette hausse des tentatives de suicide et idées suicidaires chez les moins de 15 ans, un constat retrouvé dans d'autres endroits .

Stress accru

Chez les adultes, il n'y a pas jusqu'à présent de données en faveur d'une augmentation des tentatives de suicide en France depuis le confinement. Les résultats de recherches évaluant avec précision l'évolution de cet indicateur en 2020 par rapport aux années précédentes sont attendus au premier trimestre 2021.

Un sondage IFOP mené en septembre auprès de 2 000 personnes pour la Fondation Jean Jaurès estime toutefois que, parmi les 20 % qui ont envisagé « sérieusement » de se suicider dans leur vie, 11 % l'ont fait pendant le premier confinement et 17 % depuis la fin de celui-ci. Si ce pourcentage global de 20 % est comparable à celui de l'enquête précédente de 2016, trois catégories socioprofessionnelles ont des taux d'intention plus élevés : les dirigeants d'entreprise et les chômeurs (27 %), et les artisans-commerçants (25 %).

La vague de suicides pourrait être devant nous, estime le psychiatre Michel Debout sur le site Internet de la Fondation Jean Jaurès, dont il est membre fondateur. Il rappelle que le lien entre crises socio-économiques et risque suicidaire est connu depuis 1929, les effets suicidaires des crises se faisant en général sentir avec un délai de plusieurs mois ou années.

Des enquêtes sont aussi en cours au niveau international, telle COH-FIT qui vise à évaluer l'impact de la pandémie sur la santé physique et mentale. Elle a déjà inclus plus de 100 000 personnes, dans une quarantaine de pays. Selon les résultats préliminaires, communiqués le 10 novembre, la crise a augmenté le niveau de stress, la sensation de solitude ou de colère, en particulier chez les femmes et les jeunes : 27 % des femmes ressentent un stress accru (contre 14 % des hommes) et 23 % rapportent un sentiment de solitude plus important (contre 12 % des hommes). Un jeune sur quatre indique aussi ressentir une plus grande solitude.

Une vaste enquête menée par le Centre national de ressources et de résilience auprès des universités françaises, à laquelle ont répondu près de 70 000 étudiants, confirme leur souffrance psychologique pendant le confinement : 27,5 % déclarent un haut niveau d'anxiété, 24,7 % un stress intense, 22,4 % une détresse importante, 16,1 % une dépression sévère, et 11,4 % des idées suicidaires.

Les filles et les personnes non binaires (ne se ressentant ni homme ni femme) sont davantage touchées, précise l'article publié dans JAMA Network Open le 23 octobre . D'autres facteurs de risque, comme la précarité et les antécédents psychiatriques, ont été identifiés. Point inquiétant, seulement 12,4 % des étudiants déclarant un trouble ont consulté.

Evénement traumatisant

Quid des conséquences psychiques du Covid-19 pour les individus directement touchés par le virus ? Dans les trois mois suivant l'infection, près d'un patient sur cinq (18 %) développerait des symptômes de type anxiété et dépression, estime une étude à partir des données de santé de près de 70 millions d'Américains ( The Lancet Psychiatry, 9 novembre).

Les malades atteints du Covid-19, et notamment ceux passés en réanimation, sont aussi guettés par un trouble de stress post-traumatique. Encore sous-diagnostiqué en France, ce syndrome se caractérise par de nombreux signes (cauchemars et flash-back, évitement des situations et personnes évoquant le traumatisme, état d'alerte permanent, émotions négatives…) persistant plus d'un mois après l'événement traumatisant.

« Hors Covid, une revue de la littérature a établi qu'un patient sur quatre développe un trouble de stress post-traumatique après un séjour en réanimation . Ce contexte réunit tous les facteurs de risque, à commencer par la peur de mourir, qui est à la base du trauma », résume la psychiatre Coraline Hingray (CHU de Nancy), coautrice avec Wissam El-Hage du récent Le trauma, comment s'en sortir ? (De Boeck Supérieur, 192 pages, 19,95 euros).

Pour l'heure, les données épidémiologiques spécifiques chez des malades atteints du Covid-19 sont encore peu nombreuses, mais si les proportions sont du même ordre, ce sont potentiellement des milliers de patients passés en réanimation qui pourraient être concernés en France. Face à ces risques, des professionnels plaident pour une proposition systématique de suivi psychologique à la sortie de réanimation ou de soins intensifs, un dépistage des traumas, et des enquêtes épidémiologiques.

« Un protocole national de prévention des troubles post-traumatiques, post-réanimation, toutes causes confondues, est en cours en France », indique Coraline Hingray. Elle ajoute que dans le contexte actuel, bien d'autres catégories de population sont à risque de stress post-traumatique : proches de malades décédés, soignants, femmes qui en raison du confinement se sont retrouvées exposées à des violences conjugales, et plus largement toutes les personnes avec des fragilités anciennes chez lesquelles cette crise stressante pourrait favoriser une décompensation.

Cet article est paru dans La Matinale du Monde
***

Les décodeurs Vérification

Le nombre de suicides n’a pas augmenté malgré l’épidémie de Covid-19 et le confinement

Des témoignages de commerçants ayant mis fin à leurs jours émeuvent sur les réseaux sociaux. Ces cas tragiques semblent pour l’instant peu nombreux, mais l’aggravation de la crise fait craindre le pire.

Par William Audureau Publié hier à 17h33, https://www.lemonde.fr/*
« Je ne sais plus subvenir à mes besoins primaires… donc manger, payer mes factures, me chauffer, ça devient très compliqué financièrement. » Désespérée par les effets économiques de la crise liée au Covid-19, Alysson, une barbière de 24 ans qui avait ouvert un salon à Liège (Belgique) au cœur de l’été, a mis fin à ses jours, rapporte la presse belge. Un récit qui fait écho au suicide, à la mi-novembre, de Ghislaine Boriller, gérante d’un restaurant à Plougoumelen (Morbihan).

Ces deux histoires ont provoqué une grande émotion et suscité de nombreux partages et commentaires sur les réseaux sociaux. Elles recoupent en effet les inquiétudes de nombreux Français et francophones, pour qui l’ampleur de la crise du Covid-19 ne se mesurera pas seulement en morts et en malades, mais aussi en suicides liés à l’angoisse, aux incertitudes et à la récession économique.

Ces témoignages et ces inquiétudes ne reflètent pas, pour l’heure, une réalité statistique. « Clairement, on n’a pas aujourd’hui une vague suicidaire. On assiste même plutôt au contraire : selon les remontées de terrain que j’ai, nous sommes en dessous des chiffres de 2019, un peu partout en France », explique Guillaume Vaiva, chef de service en psychiatrie adulte au Centre hospitalier universitaire de Lille et vice-président du Groupement d’études et de prévention du suicide. Mais le constat pourrait être différent en 2021. Enquête : La santé mentale éprouvée par l’épidémie de Covid-19
Le premier confinement, un choc aux effets disparates

Une chute des suicides au printemps

Le premier confinement n’a pas eu d’effet direct sur les suicides. « Nous n’observons pas d’augmentation significative pendant la période », relevait Enguerrand Rolland du Roscoat, responsable de l’unité Santé mentale à la Direction de la prévention et de la promotion de la santé, lors d’une conférence de Santé publique France à la mi-novembre, en se basant sur les entrées aux urgences pour tentative de suicide.

Selon Guillaume Vaiva, ces dernières ont même chuté de moitié. « On assiste souvent à ce phénomène lors des grands cataclysmes, après des déclarations de guerre… C’est un grand classique. Il y avait encore des gestes suicidaires au printemps, mais ils étaient souvent l’expression de fragilités psychiques individuelles, qui n’étaient pas vraiment liées au contexte. »
Des effets psychologiques très variables

L’impact sur le moral des Français a en revanche été majeur. Selon les observations de l’université de Lille auprès de 69 000 étudiants et publiées à la fin d’octobre, 11,4 % d’entre eux ont été traversés par des idées suicidaires, 16 % ont connu une dépression sévère et 27,5 % un haut niveau d’anxiété. Des analyses cohérentes avec celles de l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes), qui a relevé un état de détresse psychologique chez un tiers des 20 000 adultes sondés en avril.

Pour beaucoup, la violence du choc a été passagère. « Les taux de stress, d’anxiété et même de symptômes psychotiques étaient anormalement élevés en début de confinement, mais ils ont baissé progressivement, même s’il est difficile de généraliser », détaille Anne Giersch, psychiatre et directrice de recherche à l’Inserm à Strasbourg, qui a suivi 130 personnes durant le confinement. Cette mise sous cloche avait peu à peu été vécue comme une bulle protectrice, relevait Enguerrand Rolland du Roscoat en mai.

Pas pour tous néanmoins. Précaires, isolés, personnes ayant des antécédents psychiatriques… ont bien plus souffert du confinement que les autres. « Nos résultats montrent un rôle très fort des conséquences économiques (dégradation de la situation financière du foyer suite au confinement) et sociales (confinement dans des logements suroccupés, perte du lien social, difficultés à maintenir ses activités de loisir habituelles) du confinement sur la survenue de détresse psychologique », observe Coralie Gandré, chargée de recherche à l’Irdes et coautrice de l’étude auprès de 20 000 adultes. Article réservé à nos abonnés Lire aussi Covid-19 : la crainte d’une « deuxième vague psychiatrique »

Un contrecoup au déconfinement
Une légère remontée des suicides à l’été

Beaucoup craignaient une explosion du nombre de suicides lors du déconfinement. Au Royaume-Uni, l’université de Manchester n’a toutefois observé aucune hausse significative. En France, le nombre de décès par suicide en 2020 n’est pas encore connu. Toutefois, relève Guillaume Vaiva, le dispositif de veille des suicidants VigilanS suggère que les tentatives, quoique plus nombreuses qu’au printemps, restaient inférieures d’environ 20 % par rapport à 2019.
Embellie globale du moral mais fragilisation pour une minorité

L’enquête CoviPrev sur le moral des Français montre une légère amélioration après le déconfinement, mais, pour une minorité, Coralie Gandré s’inquiète d’une possible « détresse psychologique à retardement ». Celle-ci n’aurait rien de surprenant. « Une revue de la littérature publiée dans [le magazine scientifique] The Lancet en février 2020 sur les impacts des mesures de confinement dans des contextes épidémiques précédents (Ebola, SRAS…) met en évidence un impact sur la santé mentale, d’autant plus important que le confinement dure longtemps et qu’il y a un contexte d’incertitude », rappelle Coralie Gandré.

« L’après-confinement est une période de fragilisation psychosociale, confirme Michel Debout, membre de l’Observatoire national du suicide, dans une étude pour la Fondation Jean-Jaurès. Ce qui doit nous faire prendre conscience collectivement que la crise est devant nous. » Selon un sondage IFOP-Fondation Jean-Jaurès réalisé auprès de 2 000 personnes, 2,2 % des répondants auraient pensé sérieusement à mettre fin à leurs jours durant le confinement au printemps, et 3,4 % par la suite. Ce chiffre reste légèrement inférieur à la prévalence des idées suicidaires chez les actifs en temps normal, mais il témoigne surtout d’une progression des pensées noires à l’été. Article réservé à nos abonnés Lire aussi « De la souffrance psychique est née dans la population confinée et les besoins de soins ont globalement augmenté »
Des signaux inquiétants depuis le reconfinement
Des idées suicidaires chez les soignants et les jeunes

Lors du deuxième confinement, à l’automne, la baisse des suicides constatée au premier confinement a été moins nette que celle observée au printemps. Des propos et conduites suicidaires sont par ailleurs apparus chez les soignants et des jeunes de 10 à 25 ans, ce qui est inédit par rapport à la période du premier confinement, observe Guillaume Vaiva. « Bien sûr, le suicide n’est jamais monocausal. Mais le reconfinement est désormais cité parmi les différentes causes. » Lire aussi : « Ce reconfinement, c’est la double peine. On est enfermés et en plus, c’est notre faute » : une jeunesse en détresse psychologique
Les effets redoutables de la crise économique

L’autre inquiétude concerne les victimes économiques de la crise. Plusieurs articles évoquent une recrudescence de suicides au Japon, au Malawi, ou encore en Thaïlande. Certes, le niveau de risque n’est pas le même d’un pays à l’autre. « Cela dépend du système social. Les conduites suicidaires ont augmenté aux Etats-Unis, en Angleterre ou encore aux Pays-Bas, mais pas en France et en Suède, car nous avons les systèmes sociaux les plus soutenants », explique Guillaume Vaiva. Mais les réactions nombreuses sur les réseaux sociaux aux suicides de commerçants désespérés sont un indice à entendre, estime ce spécialiste. Article réservé à nos abonnés Lire aussi L’absentéisme baisse, mais les troubles psychosociaux augmentent

Des perspectives sombres pour 2021

En multipliant les dispositifs d’aide financière, le gouvernement français espère limiter les effets de la récession. Mais pour combien de temps ? Michel Debout rappelle que le krach boursier de 1929 comme la faillite de Lehman Brothers en 2008 ont été suivis d’une surmortalité par suicide qui n’a pas été immédiate. « Toutes les études montrent que les effets suicidaires des crises se font sentir dans un délai de plusieurs mois voire quelques années » : le pic a été atteint en 1930-1931 pour la Grande Dépression, et en 2009-2010 pour la crise des subprimes.

Avec une chute vertigineuse de 9 % à 10 % du PIB sur l’année, des secteurs entiers à l’arrêt complet, et la menace de faillites à la chaîne, c’est sur le moyen terme que les effets de la crise économique risquent de se faire sentir.
William Audureau

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2020/11/23/covid-19-et-confinement-n-ont-pour-l-instant-pas-fait-augmenter-le-nombre-de-suicides_6060827_4355770.html

***


Interview "En Basse-Normandie, le nombre de suicides a baissé pendant le confinement", assure un psychiatre
Normandie
La Gazette de la Manche Par Maréva Laville Publié le 23 Nov 20 https://actu.fr/normandie/*

Selon le docteur Boittiaux, chargé de la santé mentale dans le Sud-Manche, il y a moins de suicides durant le confinement. Dans une interview, le psychiatre nous explique pourquoi.
 
En charge du pôle de santé mentale au centre hospitalier l’Estran dans le Sud-Manche, le psychiatre Gérard Boittiaux nous dévoile des effets insoupçonnés du confinement. (©La Gazette de la Manche)

Isolement, anxiété, dépression… Alors que beaucoup s’inquiètent des effets du confinement sur la santé mentale, le docteur Gérard Boittiaux, chef de pôle de santé mentale au centre hospitalier de l’Estran, dans le Sud-Manche, porte un avis plus positif.

Au cours d’une interview, le psychiatre répond à nos questions :

Actu : Constatez-vous une augmentation des tentatives de suicide suite aux périodes de confinement ?

Gérard Boittiaux : Lors du premier confinement, au printemps, il y a eu une baisse de - 30% des tentatives de suicide. Et on observe le même phénomène au second confinement. C'est finalement avec le déconfinement qu'on a eu une reprise des chiffres.

Comment expliquez-vous la baisse du nombre de suicides avec le confinement ?

G.B : Les gens se retrouvent en famille pendant le confinement donc les liens sont plus importants et plus valorisés qu'auparavant. Les gens ont commencé à prendre des nouvelles, il y a eu des appels en visio, des Skype... Tout cela a renforcé le sentiment d'appartenance familiale.

Comment expliquez-vous cette diminution dans une période pourtant anxiogène ?

G.B : Le suicide est lié à une détresse psychique et souvent les gens autour ne comprennent pas cette anxiété. Là, on est dans une autre situation. Ceux qui se sentaient exclus se retrouvent inclus car on partage tous les mêmes angoisses et préoccupations.


Rencontrez-vous davantage de patients dépressifs ?

G.B : Pour l'instant, on ne le constate pas. L'inquiétude et l'angoisse créées par la pandémie ne sont pas arrivées jusqu'à nous. Les personnes qui étaient auparavant indemnes de troubles psychiques les gèrent avec leurs médecins traitants.

En tant que psychiatre, quels seraient vos conseils pour les personnes qui développent de l'anxiété ?

G.B : Il faut appeler ceux dont on se sent proche : les amis, la famille... Inquiétez-vous de ce qu'ils deviennent, prenez des nouvelles. C'est extrêmement important.

Conserver du lien pour éviter les récidives

Le psychiatre s'occupe également du dispositif de veille sur les tentatives de suicide : VigilanS. Basé à Pontorson (Manche) depuis 2016, celui-ci assure du lien avec 1 400 personnes de Basse-Normandie qui ont voulu mettre fin à leurs jours.
https://actu.fr/normandie/pontorson_50410/en-basse-normandie-le-nombre-de-suicides-a-baisse-pendant-le-confinement-assure-un-psychiatre_37603126.html

***


Coronavirus. La santé mentale d’adolescents se dégrade, selon une pédopsychiatre
https://saint-brieuc.maville.com* Dimanche 22 novembre 2020

La santé mentale d’un nombre croissant d’adolescents se dégrade en raison du Covid-19 et du reconfinement, s’inquiète la professeure en pédopsychiatrie à Rennes Sylvie Tordjman.© Sam Wasson / Getty Images via AFP
La pandémie de nouveau coronavirus pèse sur le moral des adolescents. Confinement et distanciation sociale mènent à un isolement susceptible d’avoir de graves conséquences.

Crises suicidaires, d’angoisse, somatisation : la santé mentale d’un nombre croissant d’adolescents se dégrade en raison du Covid-19 et du reconfinement, s’inquiète la professeure en pédopsychiatrie à Rennes Sylvie Tordjman.

- Qu’observez-vous au Pôle hospitalo-universitaire de psychiatrie de l’enfant et l’adolescent que vous dirigez ?

- Sylvie Tordjman : A Rennes, comparé à la même période en 2019, nous accueillons deux fois plus de jeunes patients aux urgences pédiatriques (pour les moins de 16 ans, N.D.L.R.) pour des crises suicidaires, trois fois plus pour les troubles anxieux avec somatisation (des douleurs physiques inexpliquées), et quatre fois plus pour les troubles anorexiques.

Des observations similaires ont été faites ailleurs en France par mes collègues, par exemple à l’hôpital (pédiatrique) Robert-Debré, à Paris, à Nantes et Limoges ou à Nice, au CHU- Lenval Hôpitaux (spécialisés en pédiatrie).

Pour nous, cette flambée est liée au reconfinement. Les chiffres étaient stables sur Rennes ces derniers mois, par rapport à la même période de 2019, y compris en octobre.

- Au-delà du nombre plus important de jeunes patients, les cas sont-ils plus graves ?

- S.T. : Dans les tentatives de suicide, on relève des recours à la pendaison et à la défenestration anormalement élevés. Par ailleurs, tous les jeunes de 16 à 18 ans hospitalisés en novembre 2019 en unité d’hospitalisation de courte durée sont repartis ensuite chez eux avec des suivis en ambulatoire. Là, sur 11 jeunes hospitalisés entre le 1er et le 12 novembre 2020, seuls trois d’entre eux ont pu retourner à domicile avec un suivi en ambulatoire. Tous les autres ont été hospitalisés au long cours pour dépression sévère avec risque de récidive suicidaire.

Pour les anorexiques, on observe la même aggravation. Ordinairement, les jeunes filles anorexiques ne vont jamais aux urgences pédiatriques. Là, elles y arrivent dans des états de dénutrition et de déshydratation. Elles arrêtent de boire et de manger et ça interroge sur de possibles tendances suicidaires. Elles sont dans une pathologie beaucoup plus sévère que d’habitude qui ne correspond pas aux modalités habituelles de l’anorexie. Le même constat a été fait à Robert-Debré ainsi qu’aux urgences pédiatriques des CHU de Toulouse et Rouen.

Habituellement, sur la première quinzaine de novembre, nous avons au maximum à Rennes une seule hospitalisation pour anorexie. Cette année, six adolescentes de moins de 16 ans ont été hospitalisées la première semaine de novembre. Trois d’entre elles sont sorties la semaine dernière, mais elles ont alors été remplacées par trois nouvelles patientes, avec donc un total de six lits occupés en permanence.

- Le reconfinement suffit-il à expliquer cette recrudescence et que peuvent faire les proches ?

- S.T. : On peut être surpris par ces chiffres car les écoliers, collégiens et lycéens sont scolarisés à 50 % en présentiel. Mais le reconfinement général entraîne une diminution des activités sociales, sportives, culturelles, etc. C’est aussi un huis clos qui peut exposer davantage ces jeunes à des violences intrafamiliales.

Par ailleurs, le reconfinement est un événement qui se répète et empêche de se projeter vers l’avenir, à commencer par les fêtes de Noël.

Tout cela entraîne une forme de stress chronique, renforcé par la précarité sociale provoquée par le confinement, les attentats, l’effet de saisonnalité (hiver).
https://saint-brieuc.maville.com/actu/actudet_-coronavirus.-la-sante-mentale-d-adolescents-se-degrade-selon-une-pedopsychiatre_54135-4386525_actu.Htm

***

Dossier special du site des Bibliotheques du GHU Paris : Covid-19 et prévention du suicide : sélection d'articles en anglais
https://bibliotheques.ghu-paris.fr/index.php?lvl=etagere_see&id=176

***

A-t-on des données sur le nombre de suicides pendant la crise sanitaire et le confinement ?
Pauline Moullot Libération (site web)
Checknews, mardi 17 novembre 2020

Il est encore trop tôt pour avoir des chiffres. Mais les spécialistes observent que le nombre de tentatives de suicide a chuté lors du premier confinement avant de repartir à la hausse depuis le printemps.

Question posée par Noémie le 28/10/2020

Bonjour,

Les enquêtes en cours sur l'impact du confinement sur la santé mentale démontrent pour l'instant que ce sont les femmes, les jeunes et les plus précaires qui sont touchés psychologiquement par cette crise, selon une réponse CheckNews publiée la semaine dernière. Depuis, une nouvelle vague de l'enquête CoviPrev, menée par Santé publique France et dont les premiers résultats ont été publiés dans le dernier bulletin épidémiologique, a montré que le pourcentage de personnes connaissant des symptômes de dépression a continué à augmenter (pour la deuxième fois consécutive depuis le déconfinement), atteignant un niveau supérieur à celui observé le 30 mars. 20,6% des personnes interrogées déclarent avoir connu de tels symptômes entre le 4 et le 6 novembre, contre 15,5% entre le 19 et le 21 octobre et 10,9% entre le 21 et le 23 septembre.

Cela se traduit-il par une hausse des suicides ? C'est impossible à savoir pour l'instant. En France, c'est le CépiDC de l'Inserm qui produit et analyse les statistiques sur les causes médicales de décès. Pour cela, il s'appuie sur les certificats médicaux, qui indiquent la cause de décès. Mais l'analyse de ces données prend plusieurs mois et est encore en cours sur les décès survenus pendant le premier confinement. L'institut espère avoir de premières données dans huit à dix semaines.

Même réponse du côté de l'Observatoire national du suicide, géré par la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) au ministère de la Santé, qui indique que le «recul épidémiologique n'est pas suffisant» aujourd'hui.

Chute des tentatives de suicide au premier confinement

Pour autant, quelques pistes se dégagent si l'on observe les tentatives de suicide et les idées suicidaires. Ainsi, le réseau VigilanS, mis en place par le centre hospitalier de Lille en 2015 et qui est depuis en train d'être étendu à toute la France, a mis en place un dispositif de veille pour garder un lien avec les personnes après une première tentative de suicide (TS). Sollicité par les services d'urgence après une admission pour TS, le réseau garde le contact pour s'assurer que les personnes qui sont rentrées chez elles ne recommencent pas, soit en leur donnant simplement un numéro de téléphone dédié à appeler en cas de besoin, soit en leur envoyant une lettre dix à vingt jours après leur TS et tous les mois pendant quatre mois, soit en les rappelant directement, selon le profil de la personne.

Pourquoi ce dispositif permet-il de dégager des premières tendances ? «Nous ne sommes pas en première ligne. Mais puisque les centres d'urgence nous appellent après une admission, on a un listing de veille. Cela nous permet de couvrir la moitié des TS qui arrivent à l'hôpital», explique à CheckNews le docteur Vincent Jardon, responsable du réseau VigilanS dans les Hauts-de-France. Même si tous les centres d'urgence ne contactent pas VigilanS, et si toutes les TS ne finissent pas à l'hôpital, «on a une vision quasiment en temps réel de ce qu'il se passe dans l'épidémiologie du suicide».

«Il y a une grande différence entre le premier confinement et celui-ci. Ils sont vécus différemment et les conséquences ne sont pas les mêmes. Au début du premier confinement, on a constaté une baisse des arrivées aux urgences pour TS d'environ 20% à 30%», indique Vincent Jardon. Pour le médecin, cette diminution est principalement due à deux facteurs : premièrement, en mars, les personnes étaient vraiment confinées, et se sont moins rendues aux urgences. Deuxièmement, le confinement a paradoxalement créé un sentiment de lien social, puisque tout le monde était dans la même situation, concerné par la même chose et qu'il fallait faire corps contre l'épidémie. «Ça ne veut pas dire que les gens allaient bien, mais le passage à l'acte s'est exprimé différemment», analyse Vincent Jardon.

Retour à la normale pendant l'été

«Puis au déconfinement, on est remonté progressivement aux chiffres des années précédentes. Dans les Hauts-de-France, cela a été atteint en août. Avec ce deuxième confinement, on ne constate pas de baisse des admissions comme en mars», résume-t-il.

Le constat est similaire au niveau national. Pour le docteur Christophe Debien, aussi basé à Lille et responsable national de VigilanS, la baisse de passage aux urgences pour TS a été de 30% au niveau national (en excluant la Réunion, où le dispositif a été lancé trop récemment pour avoir suffisamment de recul). «Au déconfinement, on a observé un retour à l'activité des années précédentes dès le mois de juin. Pour le reconfinement, c'est encore un peu tôt car cela change chaque semaine, mais on observe une tendance à la reprise depuis une dizaine de jours. Peut-être même une augmentation. Pas tant pour des TS mais pour des consultations pour idées suicidaires de la part des 15-25 ans, qui ne passent pas forcément à l'acte», résume-t-il.

«Les étudiants cumulent tous les facteurs de vulnérabilité : ils sont loin de leur environnement social, peuvent connaître une précarité financière, un accès aux soins difficile. Le confinement précipite des vulnérabilités.» Surtout, «selon les remontées que l'on a des centres médico-sociaux, ils voient de plus en plus de gens nouveaux. Qui n'étaient jusque-là pas connus de la psychiatrie», laissant craindre qu'une usure soit en train de se mettre en place avec le reconfinement, et un risque d'augmentation des TS.

C'est d'ailleurs à ce sujet qu'alerte la fondation Jean-Jaurès, qui a publié une note le 6 novembre s'interrogeant : «Suicide : l'autre vague à venir du coronavirus ?» Son auteur, le professeur Michel Debout, avait déjà publié en 2016 les résultats d'une enquête sur les idées suicidaires. Puisque l'on n'a pas encore de données chiffrées sur le sujet, étudier les idées suicidaires donne un aperçu de l'ampleur du phénomène. «Par ailleurs, toutes les TS n'aboutissent pas à l'hôpital, donc les chiffres ne sont pas complets. Etudier les idées suicidaires permet de compléter les informations que l'on aura en décalé», analyse le chercheur. «Heureusement que le lien entre pensée suicidaire et passage à l'acte n'est pas automatique, mais cela nous permet de faire de la prévention. Il faut connaître les populations qui expriment le plus de risques.»

Crainte d'une «vague» à venir

Résultat, Michel Debout constate lui aussi une diminution des idées suicidaires au moment du confinement, pour les mêmes raisons qu'évoqué précédemment. «Nous étions tous égaux face à la menace qui n'était pas relative à notre personne (comme peut l'être une réaction anxio-dépressive face à une situation personnelle difficile) mais extérieure à nous, provoquant une volonté de survie éliminant en partie les pensées suicidaires pour renforcer les dynamiques de protection collectives», écrit-il dans la note. Le passage à l'acte a aussi été rendu plus difficile par les conditions de confinement, «du fait de l'obligation de résider en permanence avec ses conjoints et ses enfants (seuls 22% des sondés de notre enquête déclarent être restés seuls durant le premier confinement) ou sous le regard policier chaque fois que l'on essayait d'échapper à ce huis clos». Des conditions qui sont assez différentes en ce mois de novembre, notamment car le télétravail et le chômage partiel sont moins généralisés, les écoles restent ouvertes, etc.

«Quand 20% de Français en 2020 affirment avoir déjà envisagé sérieusement de se suicider dans leur vie, trois catégories professionnelles ont des taux d'intention largement supérieurs : les dirigeants d'entreprises à 27%, les artisans-commerçants à 25% et les chômeurs à 27%.» Michel Debout alerte particulièrement sur les artisans-commerçants. «Parmi ceux qui disent avoir des pensées suicidaires, on leur demande s'ils ont déjà fait une tentative de suicide avec hospitalisation. Ce taux est de 42% chez les artisans-commerçants», contre 27% en moyenne.

En résumé, les idées suicidaires et tentatives de suicide ont visiblement diminué pendant le premier confinement, mais ce n'est pas le cas lors de ce deuxième épisode, qui est très différent par sa forme. Si l'on ne dispose pas encore de données épidémiologiques sur le suicide, les conséquences économiques et sociales de l'épidémie font craindre une augmentation des tentatives de suicide. Cet article est paru dans Libération (site web)

***



Communiqué du groupe ICSPRC: International COVID-19 Suicide Prevention Research Collaboration 14 novembre 2020

L'International COVID-19 Suicide Prevention Research Collaboration est un groupe de chercheurs internationaux qui compilent les données sur conduites suicidaires et Covid-19.
Voir publication récente du groupe ici:

https://econtent.hogrefe.com/doi/10.1027/0227-5910/a000731?url_ver=Z39.88-2003&rfr_id=ori%3Arid%3Acrossref.org&rfr_dat=cr_pub++0pubmed&

“Based on the available data on suicide trends during the first months of the COVID-19 pandemic (March-July 2020), there does not appear to be significant increases in high income countries during this period. There are some suggestions that the picture may be different in low- and middle- income countries but it is not possible to be definitive about this due to the paucity of data from these countries.

The relatively reassuring picture in high income countries should be interpreted with caution because patterns may change over time. We know that many of the risk factors for suicide are being heightened by the pandemic, and some of these are yet to fully play out. People working in frontline services and for crisis lines report increased levels of distress.

The economic consequences of the pandemic are of particular concern, and steps need to be taken to ensure appropriate safety nets are in place for people facing financial hardship because of the risk this poses for suicide. We also know that levels of community distress remain high compared to pre-pandemic levels, and that appropriate services must be made available for people facing mental health crises.” Prof Ella Arensman on behalf of ICSPRC
En savoir plus sur ICSPRC https://www.iasp.info/covid-19/international-research-collaboration/



****

Augmentation des troubles de santé mentale chez les étudiants pendant le confinement du printemps 2020 13 novembre 2020 http://clsm-ccoms.org

Les résultats d’une étude réalisée par le CN2R en lien avec les fonds innovation recherche de la FHF ont été publiés dans le Jama Network le 23 octobre 2020 ICI.

Cette étude questionnait l’état de santé mentale des étudiants universitaires en France qui ont été confinés lors de la pandémie de coronavirus 2019 (COVID-19), et quels sont les facteurs associés au développement des symptômes de santé mentale ?

Cette enquête menée auprès de 69 054 étudiants ayant subi une quarantaine a révélé des taux élevés de prévalence de symptômes graves de santé mentale auto-déclarés. Parmi les facteurs de risque identifiés, le sexe féminin ou non binaire, les problèmes de revenu ou de logement, les antécédents de suivi psychiatrique, les symptômes compatibles avec COVID-19, l’isolement social et la faible qualité des informations reçues étaient associés à une altération de la santé mentale.

Les résultats de cette étude suggèrent que la santé mentale des étudiants est une question de santé publique qui est devenue encore plus critique dans le contexte d’une pandémie, soulignant la nécessité de renforcer la prévention, la surveillance et l’accès aux soins.

Téléchargez l’infographie

Source http://clsm-ccoms.org/2020/11/13/augmentation-des-troubles-de-sante-mentale-chez-les-etudiants-pendant-le-confinement-du-printemps-2020/


****

Prévenir la détresse psychique des chefs d'entreprise... et les passages à l'acte
L'Usine Nouvelle (site web)
jeudi 12 novembre 2020

La période est difficile. Et la crise sanitaire n'entraîne pas que des dégâts économiques et des souffrances physiques, elle a aussi des conséquences psychiques avec, au bout des idées noires, pour certains le suicide. Les dirigeants sont en première ligne de ce risque et une cellule d'écoute mise en oeuvre au printemps a été prolongée en novembre. Que se passe-t-il derrière le numéro vert : 0805 65 505 0 ? Oui, les chefs d'entreprise, qui prônent en permanence l'optimisme, vont parfois mal. Et cette souffrance peut les mener au suicide. Ils font même partie des populations les plus à risques, selon l'enquête réalisée en octobre 2020 par l'Ifop pour la fondation Jean Jaurès. Ils sont 27 % à avoir déjà eu dans leur vie "l'intention réelle de se suicider", dont 4 % assez souvent et 15 % une ou deux fois. Seuls les chômeurs atteignent ce taux de 27 % (dont 1 % assez souvent). Les artisans-commerçants sont à 25 %, et les cadres et professions intermédiaires supérieures sont comme les ouvriers entre 20 et 21 %.
Conscient de la situation particulière des dirigeants, le gouvernement lorsqu'il a mis en oeuvre un plan d'urgence économique au printemps, a missionné une association spécialisée pour prévenir les drames, l'Apesa (Aide psychologique aux entrepreneurs en souffrance aigüe). Depuis le 27 avril, cette association créée en 2013 tient une cellule d'écoute dotée d'un numéro vert (0805 65 505 0), dont la permanence est assurée par 400 psychologues répartis sur toute la France. Son fondateur Marc Binnié, greffier au tribunal de commerce de Saintes (Charente-Maritime), confirme que "derrière les entreprises en difficulté, il y a des entrepreneurs en difficulté". Entre avril et début novembre 2020, ce numéro a reçu 957 appels pour 421 prises en charge, c'est-à-dire au-delà de la première conversation de diagnostic une série de trois consultations. Deux appels ont donné lieu à une intervention des pompiers pour une hospitalisation immédiate, le psychologue ayant détecté une crise pouvant entraîner un passage à l'acte. Le 7 novembre, ce numéro vert a été prolongé. L'association a augmenté de 46 % le nombre de ces prises en charge en 2020 par rapport à 2019. Jusqu'ici, elle n'avait jamais mis en oeuvre de numéro vert, son action passait exclusivement par un réseau de "sentinelles" : juges, greffiers, experts-comptables, banquiers... qui, experts sur le sujet des restructurations économiques, se trouvent démunis face aux souffrances psychologiques des dirigeants et leur proposent le soutien d'Apesa. Dire qu'on va mal "Je ne croyais pas au numéro vert mais avec le confinement, c'est apparu comme une solution. Face aux difficultés, certains réagissent par de la colère, d'autres s'effondrent avec la perte de ce qui constituait une grande partie de leur vie. Les dirigeants ne veulent pas dire qu'ils vont mal, il faut ouvrir le dialogue avec eux. Récemment j'ai dit à un chef d'entreprise que pour tenir certains se mettaient à boire. Il m'a répondu :- c'est mon cas", témoigne Marc Binnié. Selon lui face à la souffrance extrême, beaucoup sont tentés de fermer les yeux car ils n'ont pas de solution "mais cela relève presque de la non-assistance à personne en danger". Bloquer dans le présent L'enquête de l'Ifop montre que durant le premier confinement et jusqu'à octobre (sur une courte période de 8 mois), 15 % des dirigeants d'entreprise et 16 % des artisans ou commerçants ont eu "l'intention réelle de se suicider". "Il y a toujours eu une solitude du dirigeant mais avec les incertitudes de la période actuelle, ces gens qui ont l'habitude de se projeter sont bloqués dans le présent", décrypte Marc Binnié. Pour déployer son action, l'Apesa- qui rémunère ses 1 200 psychologues et forme ses 2 500 "sentinelles"- a besoin de fonds. L'Etat qui promeut le numéro vert n'a pas mis un euro dans l'affaire. Les sponsors actuels sont Harmonie mutuelle, les CCI et les chambres des métiers et désormais la banque Thémis. Marc Binnié cherche toujours de nouveaux partenaires et n'a pas eu beaucoup de répondant du côté des fondations des grandes entreprises : "Il faut de la solidarité, on ne peut pas avoir une économie en pleine forme menée par des gens déprimés". Cellule d'écoute et de soutien psychologique aux chefs d'entreprises : 0805 65 505 0 (7 jours sur 7 de 8 heures à 20 heures)


****

Angleterre 11/2020 Suicide en Angleterre depuis la pandémie du COVID-19 - premiers chiffres de la surveillance en temps réel  
Résumé RTS "Nous avons examiné les chiffres du suicide des systèmes de «surveillance en temps réel» établis dans plusieurs régions d'Angleterre, population totale de 9 millions d'habitants, en comparant les mois précédant le confinement ( Janvier-mars 2020) au déconfinement (avril-août 2020). Le nombre moyen de suicides par mois variait, mais il n'y avait aucune preuve d'une augmentation après le confinement. Les chiffres du déconfinement étaient plus élevés que pendant la période équivalente en 2019, mais cela doit être compris dans le contexte de l'augmentation des taux de suicide et de l'amélioration des systèmes RTS. Cependant, nous devons être prudents à propos de ce résultat car il pourrait y avoir des chiffres plus élevés dans certains domaines ou dans certains groupes et parce qu'il est trop tôt pour examiner l'impact à long terme de la pandémie sur la santé mentale et le suicide.
lire le rapport Suicide in England since the COVID-19 pandemic -early figures from real-time surveillance http://documents.manchester.ac.uk/display.aspx?DocID=51861


***

PRESSE Mal-être, dépression, suicide : les conséquences psychiatriques de la crise

Publié le 10/11/2020 https://france3-regions.francetvinfo.fr/*
« Il y a quelque chose qui se passe », entend-on. Les patients sont plus lourdement atteints et les hospitalisations en psychiatrie sont à la hausse à Bordeaux. Une « lame de fond » préoccupante, mais que seules les « hot-lines » téléphoniques mises en place ne pourront pas endiguer.

Impossible de connaître le nombre de morts par suicide depuis le début de l’année. « On les aura dans un an ou deux », annonce Michel Debout. « Pour les tentatives de suicide, il faudra 6 à 8 mois pour avoir une tendance, alors le seul indicateur dont on pouvait se servir, c’était les pensées suicidaires », explique le professeur de médecine légale.
Il a donc coordonné une étude de la Fondation Jean-Jaurès réalisée avec l’IFOP. Une question claire a été posée en septembre dernier, avant même le deuxième confinement, à plus de 2000 Français : « avez-vous envisagé sérieusement de vous suicider au cours de votre vie ? ». Ils ont été 20% à répondre « oui » (17% à l’échelle de la Nouvelle-Aquitaine). Parmi ces personnes, 18 % l’ont envisagé depuis mars dernier.
« Le lien entre le risque suicidaire et les crises économiques et sociales est connu, notamment depuis la crise de 1929 », rappelle Michel Debout.
Alors où en sommes-nous, en ce mois de novembre, dans ce processus ? De quels leviers disposent les pouvoirs publics et les soignants pour faire face ?
"Tout a pris des proportions inédites "« Nous distinguons le suicidant (celui ou celle en plein passage à l’acte) du suicidaire (celui ou celle qui évoque son désir de mourir pendant l’appel téléphonique) », explique Mireille Ferrand Decourt responsable de l’antenne bordelaise de SOS Amitié.
En ce moment nous cochons très souvent la case « suicidaire », l’autre case, pas davantage pour l’instant. Les appels ont explosé. On constate une aggravation de toutes les problématiques évoquées, tout a pris de proportions inédites.»

Loin de l’univers bénévole de SOS Amitié, au Centre Hospitalier Charles Perrens de Bordeaux, la tonalité reste la même. La ligne téléphonique mise en place durant les deux mois du premier confinement (et qui avait reçu plus de 900 appels) a dû reprendre du service. « Avec ce deuxième confinement et cette crise sanitaire qui dure, on constate que la crise sanitaire est brutale et bruyante mais qu’il y a aussi une lame de fond plus silencieuse », affirme Thierry Biais, directeur de l’hôpital.

Nos psychiatres et psychologues nous disent qu’il faut agir avant d’assister à une dégradation.

Thierry BiaisAux urgences psychiatriques, l’activité est stable aujourd’hui, en revanche les patients sont plus lourdement atteints et nécessitent donc une hospitalisation. « On a un taux d’hospitalisation après un passage aux urgences supérieur de 10 points par rapport à la même période l’année dernière », note Thierry Biais. « C’est significatif », analyse-t-il. « La crise sanitaire et l’ambiance difficile et anxiogène font que les patients qui décompensent le font plus lourdement », explique-t-il.

« Nous avons des patients qui ont des tableaux cliniques beaucoup plus sévères » confirme Chantal Bergey, responsable des urgences psychiatriques de Charles Perrens. « On observe des décompensations psychotiques, des manies assez sévères et des tableaux anxio-dépressifs graves avec pensées suicidaires (idéation), sans parler de toute la partie addictologie aussi.»
Un boom "à retardement "Dans l’étude de la Fondation Jean-Jaurès, parmi les personnes ayant eu des pensées suicidaires au moins une fois dans leur vie, 11% d’entre elles les ont eues durant le premier confinement, 17% depuis le déconfinement. Un décalage encore plus frappant en Nouvelle-Aquitaine avec 2% durant le confinement, contre 12 % lors du déconfinement.

« Le confinement a été une période difficile, mais cela s’est traduit avec un petit décalage », analyse Thierry Biais. "Le besoin d’hospitalisation a été marqué au moment du déconfinement. Ces patients souffrent souvent de comorbidité, de précarité, de difficultés de logement, et fréquentent le tissu associatif. Tout cela a été bouleversé pendant le confinement, et les choses se sont aggravées .»
Frappés par une forme de sidération durant le premier confinement, les Français, tous ou presque logés à la même enseigne, ont fait corps. Une fois le confinement levé, la réalité sanitaire économique et sociale a frappé de plein fouet un certain nombre d’entre eux.

A l'hôpital Charles Perrens on enregistre des patients plus lourdement atteints ce qui entraîne une hausse des hospitalisations. • © C.O

"Depuis une quinzaine de jours, on sent qu’il y a quelque chose qui se passe"Une bombe psychiatrique qui exploserait donc à retardement. Il existe en France un dispositif nommé VigilanS, mettant en place un contact téléphonique durant six mois avec des personnes ayant fait une tentative de suicide. « Avec le prisme de ce dispositif, on voit que les prises en charges ont baissé pendant le premier confinement », explique Chantal Bergey.

Depuis les choses s'étaient rééquilibrées. Mais depuis une quinzaine de jours, on sent qu’il y a quelque chose qui se passe, avec des idées suicidaires et des tableaux anxio-dépressifs. On sent les choses monter, mais c’est encore trop tôt pour avoir du recul car certaines prises en charge sont encore en cours.

Chantal Bergey
Et les effets d’un nouveau confinement se font déjà sentir. « Nous avons des patients qui évoquent le fait de ne pas pouvoir supporter d’être à nouveau consignés, avec la solitude et l’isolement que cela engendre et pour certains une arrivée aux urgences psychiatriques dès le jeudi ou vendredi du deuxième confinement », raconte Chantal Bergey.

Durant le confinement, le psychiatre Alain Sauteraud a réalisé ses consultations par téléphone ou en visio. • © C.O

Alain Sauteraud est médecin psychiatre libéral. Pendant le confinement, il réalisait ses consultations au téléphone ou en visio. Il n’a pas traité plus de patients depuis mars dernier. Mis à part deux personnes travaillant dans le milieu médical et qui ont montré un certain stress aigu, l’état de ses patients ne s’est pas aggravé.
Il n'a pas prescrit plus d'anxiolytiques ou d'antidepresseurs. « Non, les gens allaient plutôt bien », dit-il. Un constat qui pourrait peut-être s’expliquer. « En psychiatrie ambulatoire, on a les mêmes pathologies qu’à l’hôpital mais ils sont mieux insérés, autrement dit à diagnostic égal, ce qui fait la différence c’est l’insertion socioprofessionnelle ».
Pour autant, il note qu’ « une morosité s’est installée car cela touche nos routines. Si on prend la théorie de la dépression, qui est une panne de l’humeur liée à la perte de plaisir, alors on peut penser qu’il y aura un effet dépressogène du covid, mais plus tard. »
"La colère"Le médecin légiste n’est pas plus optimiste. Pour Miche Debout, la situation va s’aggraver avec le deuxième confinement dont les mêmes modalités d’applications ne sont pas les mêmes pour tous. « Il est très différent d’une catégorie de la population à l’autre. Pour le premier confinement, tous les Français étaient traités de la même façon. Là, on dit à la plupart restez chez vous mais allez travailler, ce qui est paradoxal, et à d’autres comme les artisans on leur interdit de travailler. Un sentiment d’injustice s’ajoute à cette propension aux idées suicidaires.

Cela peut être dramatique en termes de colère contre ceux qui prennent les décisions ou de colère contre soi.

Michel Debout

Sur les lignes téléphoniques de SOS Amité aussi la colère se fait entendre anonymement. « Elle s’exprime envers le gouvernement et les médias mais il n’y a pas que ça », assure Mireille Ferrand Decourt. « Dans un premier temps c’était nos appelants habituels qui téléphonaient mais ils se sentaient un peu plus en lien avec le reste de la population. Après les choses se sont aggravées et on a été repéré par des gens qui ne nous connaissaient pas. Là c’est pire, la lassitude, le manque de perspective, ça traîne, et jusque quand ? Il y a aussi l’angoisse de ne pas pouvoir fêter Noël non plus. En mars, on parlait moins du chômage. Là, des commerçants nous appellent affolés. Ils évoquent beaucoup l’envie d’en finir ». Plus que d’habitude ? « Oui, plus que d’habitude, mais nous aurons des chiffres plus tard ».

"Ces jeunes privés de leurs 20 ans"Qui sont ces hommes et ces femmes à qui la crise sanitaire économique et sociale fait perdre pied ? Un certain nombre étaient déjà en souffrance avant l’apparition de la Covid 19, et souffraient même parfois de pathologies psychiatriques. D’autres « avaient vécu par le passé un événement traumatique que le confinement a réveillé et qui ont pris conscience qu’il y avait des choses qui n’allaient pas », détaille Chantal Bergey. « Ce sont des personnes que l’on n'aurait pas vues sans le confinement ».

A l’hôpital Charles Perrens, la ligne téléphonique ouverte à la population générale mise en place en mars dernier a permis 1300 consultations. De ces échanges commencent à tomber des analyses de données. On n’en est qu’au début, mais déjà quelques tendances se dégagent. Plus de 20% de ces consultations ont été réalisées avec des retraités. Un chiffre inquiétant illustrant ce sentiment d’isolement partagé par bon nombre de personnes âgées privées de contatcs sociaux et familiaux. « Nous avons aussi eu 6% d’étudiants, c’est un chiffre qui montre qu’il faut prêter une attention particulière à ces jeunes privés de leurs 20 ans, qui n’ont plus de lien sociaux ni de cours à la faculté. Le Centre National de Ressources et de Résilience a réalisé une enquête en avril sur la santé mentale des étudiants pendant le confinement, et qui démontrait qu’ils étaient en souffrance.
Les artisans en dehors des radarsA la Chambre des Métiers et de l’Artisanat de la Gironde, on s’inquiète de situations particulièrement difficiles pour tous les métiers dits de service. Coiffeurs, esthéticiennes, fleuristes ou encore photographes sont les plus vulnérables. En Gironde, plus de 6000 entreprises artisanales sont actuellement fermées du fait des restrictions dues au confinement.
Si la Chambre a constaté une diminution très nette des créations d’entreprises depuis le début de l’année, en revanche pas d’augmentation des radiations après le premier confinement. « Un vrai effet coussin avec les mesures gouvernementales », analyse Béatrice Secondy, directrice du développement des entreprises et des territoires à la Chambre des Métiers et de l’Artisanat.

« Sur le deuxième confinement, ça sera plus difficile, on aura plus de casse, mais on ne le saura pas avant au moins la fin de l’année. Ça ne veut pas dire pour autant qu’il n’y a pas de problème, je pense qu’ils sont en dehors des radars. Quand je regarde les statistiques, on a une catégorie identifiée « besoin de soutien psychologique » je n’en ai que 2%, c’est peu. On est à leurs côtés surtout pour les renseignements sur les dispositifs, ils nous appellent pour ça mais pas quand ça va mal ».
A l’hôpital aussi on a du mal à les « capter ». « Les chefs d’entreprise et les restaurateurs, ceux-là on ne les a pas, ils n’appellent pas, ils ne vont pas vers le soin », constate Chantal Bergey. « Effectivement, il y a la question de la représentation de ce qu'est la psychiatrie, la crainte d’être étiqueté comme ayant recours à la psychiatrie et à Charles Perrens, le fait de reconnaître ses failles, les femmes vont plus facilement aux soins que les hommes et ça joue.»
 
L'hôpital Charles Perrens a remis en service la ligne téléphonique qui avait été ouverte durant le premier confinement. • © C.O
Hot-lines et après ?La Chambre des Métiers et de l’Artisanat avait lancé une ligne téléphonique pour les artisans en difficulté en juin 2018, bien avant la crise de la Covid 19. Elle n’a jamais vraiment été prise d’assaut ni à sa création ni aujourd’hui. Alors, c’est le processus inverse qui est en train de se mettre en chantier. « Nous faisons toute une série d’appels sortants sur les entreprises fermées en ce moment pour prendre des nouvelles de leur activité surtout », explique Béatrice Secondy. « On n’est pas psy mais c’est comme ça que parfois on arrive à en détecter davantage. C’est plus en allant vers les entreprises qu’en attendant que ce soient eux qui nous appellent.»
 
La Chambre des Métiers et de l'Artisanat a lancé une ligne téléphonique pour les artisans en difficulté en juin 2008. • © Capture
En mai dernier, la ligne créée par Charles Perrens pendant le confinement a été stoppée. Depuis une semaine, elle a repris du service. « Nous sommes dans la logique de prévention et de dépistage et d’interventions précoces », résume le directeur général de l’hôpital. Si, lors du confinement, cette ligne téléphonique était le seul moyen de réaliser des consultations aujourd’hui la donne a changé. Les consultations en présentiel ont repris. Cette ligne téléphonique destinée à la population générale vient donc s’ajouter au dispositif classique de prise en charge des patients enregistrés.

Dans les locaux de SOS Amitié aussi on manque de bénévoles pour décrocher le combiné. Des formations sont en cours mais elles sont longues, plusieurs mois. Peut-être seront-ils opérationnels au moment où la crise sera peut-être finalement la plus virulente.
En attendant, la prise de conscience que les différents acteurs doivent se parler pour placer dans les radars ceux qui n’y sont pas, commence à se faire. Chantal Bergey, directrice des urgences psychiatriques de l’hôpital Charles Perrens doit rédiger ce mardi soir 10 novembe un mail allant dans ce sens. Il sera adressé à la Chambre de Commerce et d’Industrie, la Chambre des Métiers et de l’Artisanat, ainsi qu’à l’Union des Métiers et des Industries de l’Hôtellerie. Le temps presse même si les effets de cette crise se feront très vraisemblablement à retardement et dans la durée. Selon Michel Debout, lors de la crise de 1929 aux USA, il a eu dans les deux années qui ont suivi une augmentation manifeste des suicides dans le pays.
https://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/gironde/bordeaux/mal-etre-depression-suicide-consequences-psychiatriques-crise-nouvelle-aquitaine-1893560.html

***

ÉTUDE RECHERCHE Impact de la pandémie de COVID 19 et des précédentes épidémies de virus émergents sur les conduites suicidaires.
SAMUEL Maeva Lou Salomé
sous la direction du Dr Leaune Edouard
Thèse d'exercice en médecine présentée à l'Université claude Bernard Lyon 1 et soutenue publiquement le 6 novembre 2020
https://blogdinfosuicide.blogspot.com/2020/11/etude-recherche-impact-de-la-pandemie.html


***

CANADA : COVID-19 et suicide : Répercussions potentielles et occasions d’influencer les tendances au Canada https://mentalhealthcommission.ca/Francais/media/4403

***

SONDAGE Ifop pour La Fondation Jean Jaurès : Les Français et le suicide
Enquête Ifop commandée par la Fondation Jean-Jaurès sur le risque suicidaire pendant et après le confinement. Octobre 2020
Ifop pour La Fondation Jean Jaurès

https://fr.scribd.com/document/482992364/Enquete-Ifop-FJJ-Risque-Suicide?secret_password=Z8rMho4QKRv6YVgnAL05#download&from_embed

Explications de l'etude sur le site de la Fondation

* précision d'infosuicide.org : ce sondage de l’IFOP aborde la question des idées suicidaires et certains facteurs de risques suicidaires déclarés par les personnes interrogées mais ne porte pas sur les suicides pendant et après le confinement.


***
FRANCE Recommandations de PAPAGENO Journalistes : parler du suicide dans les médias en période de pandémie : précautions à prendre
31 Oct 2020

1 SI VOUS TRAITEZ D’UN SUICIDE SPÉCIFIQUE

Lorsqu’un suicide a lieu, il est important que les journalistes déterminent s’il doit être rapporté, c’est-à-dire si ce sujet spécifique est digne d’intérêt pour le public ?

Conseil : Considérez la valeur informative du reportage sur le suicide et son impact sur le public. Est-ce qu’il informera, clarifiera le problème, aidera à prévenir d’autres suicides… ?

Conseil : Si vous traitez de ce suicide, assurez-vous que l’histoire est conforme à la réalité du sujet, que le traitement journalistique propose des lignes d’appel pour les personnes vulnérables et évoque clairement que dans la majorité des cas, le suicide peut être évité avec les soins appropriés.

Conseil : À moins qu’il n’y ait des preuves directes pour soutenir un lien direct entre le suicide et la pandémie, incluez des éléments contextuels de base sur le suicide.

Conseil : Soyez prudents lorsque vous interviewez les endeuillés qui peuvent faire des déclarations sur la cause du suicide ; leur souffrance peut ne pas objectiver leurs propos.
 
2 LIENS ENTRE SUICIDE ET PANDÉMIE

Le suicide est toujours complexe et résulte de multiples facteurs, certains connus et d’autres inconnus au moment du décès. Il est important de présenter une image complète de ce que l’on sait sur le suicide et les pandémies pour éviter de trop simplifier les deux problèmes.

Conseil : Aidez votre public à comprendre que le suicide a de multiples facettes et comprend des causes biologiques, psychologiques, environnementales et sociétales.

Conseil : Evitez de présenter le suicide comme étant uniquement lié à un facteur causal et / ou la pandémie actuelle

Conseil : Suggérez une raison unique à un décès par suicide (par exemple la pandémie) pourrait amener d’autres personnes (famille, amis, collègues, etc.) à négliger des signes avant-coureurs importants.

Conseil : Interviewer un expert en prévention du suicide pour aider votre public à comprendre les mécanismes du suicide.

Conseil : Il est important de faire preuve de prudence lorsque vous suggérez que les recommandations de distanciation sociale sont la cause de tout suicide. Si, dans certains cas, l’éloignement social et physique peut entraîner l’isolement, ce n’est pas toujours le cas et cela n’entraîne pas toujours une augmentation des symptômes psychiatriques ou un suicide. Il y a plus d’un facteur entraînant un suicide.

Conseil : N’oubliez pas de couvrir médiatiquement le défi que représente la pandémie pour les personnes vivant avec une maladie mentale : elles sont plus isolées des soignants, des soins de santé, des groupes de soutien pendant cette pandémie.
3 LE SUICIDE, UN PROBLÈME DE SANTÉ PUBLIQUE
LIRE LA SUITE https://papageno-suicide.com/parler-du-suicide-dans-les-medias-en-periode-de-pandemie-precautions-a-prendre/

***

JAPON Covid-19: le Japon fait face à une inquiétante vague de suicides
Publié le : 30/10/2020 https://www.rfi.fr*

Le Japon affronte une nouvelle vague de contaminations au coronavirus. Il s'agit déjà de la troisième, puisque la deuxième a déferlé dès cet été sur le pays. L’impact sur la santé mentale des Japonais commence à se faire sentir et alarme notamment les associations.

Avec notre correspondant à Tokyo, Bruno Duval

Les dernières statistiques mensuelles relatives au nombre de suicides sont très mauvaises. Le Japon dénombre 15 à 20% de suicides supplémentaires par rapport à 2019 à la même période. Une hausse de 40% pour les femmes, et même de 75% pour les femmes de moins de 30 ans.

Un impact fort sur la précarité des femmes

La plupart occupaient un emploi précaire qu'elles ont perdu, et elles n'ont pas pu bénéficier d'allocations chômage en raison de leur statut professionnel. Le taux de pauvreté des femmes a donc beaucoup augmenté depuis le début de l'épidémie. Et voilà à présent que le taux de suicide progresse fortement.

Dans cette association de prévention à Tokyo, on est très préoccupé : « En 2011, après la catastrophe de Fukushima, les Japonais avaient tenu le coup moralement dans un premier temps. Mais six mois plus tard, le taux de suicide s'était envolé puis était longtemps resté à un niveau élevé. Ce phénomène inquiétant est en train de se reproduire... », assure un membre de l’association.

Une de ses collègues constate que « beaucoup de gens hésitent à nous consulter. Car ils savent qu'on est débordés et ont la hantise d'attraper le virus dans nos locaux exigus et bondés ». Un autre continue en précisant que « parler de soi, c'est difficile au Japon, où l'individu est toujours prié de s'effacer devant le collectif. En plus, ici, la dépression nerveuse est souvent associée à de la faiblesse. En fait, c'est le regard de la société sur la santé mentale qui devrait changer. »

Les jeunes, notamment, devraient davantage se confier : le taux de suicide des enfants et des adolescents a doublé par rapport à l'an dernier.
https://www.rfi.fr/fr/asie-pacifique/20201030-le-nombre-suicides-augmente-japon-%C3%A0-cause-covid-19


***

CANADA Synthèse des connaissances sur l’impact d’une crise sanitaire ou économique sur les comportements suicidaires
Lire le document

Auteur(s): Pascale Lévesque Marie-Claude Roberge Sujet(s): COVID-19
Santé mentale Suicide Type de publication: Document intérimaire Date de publication:
29 octobre 2020

Une synthèse des connaissances a été menée sur l’impact d’une crise sanitaire ou économique sur les comportements suicidaires. Elle suggère que des facteurs de risque de suicide reconnus peuvent être aggravés et que certaines populations sont plus vulnérables au suicide en contexte de pandémie. En conclusion quelques pistes d’action sont proposées.
Facteurs de risques et population vulnérables associés à une crise sanitaire

Consommation d’alcool : une modification de la consommation d’alcool, comme la consommation solitaire à domicile, pourrait favoriser les décompensations psychiatriques et le passage à l’acte chez des individus déjà porteurs d’une vulnérabilité suicidaire.

Isolement : La diminution des contacts sociaux pourrait augmenter la détresse psychologique et le risque de suicide.

Violence conjugale : Une augmentation de la violence conjugale pourrait conduire à une augmentation des homicides-suicides et une réduction de la disponibilité de l’aide.

Troubles du sommeil : Des perturbations des rythmes du sommeil, associées à un stress accru et une perturbation des activités quotidiennes pourraient accroître le risque d’idées et d’intentions suicidaires.

Traitement médiatique : l’exposition répétée à des récits fatalistes pourrait provoquer de la peur et augmenter le risque suicidaire.

Personnes âgées : les personnes âgées pourraient être plus vulnérables face au suicide en raison d’un sentiment accru de déconnexion avec la société, de la distanciation physique et de la perte d’opportunités sociales habituelles.

Enfants et adolescents : l’éloignement social, des tensions familiales, l’anxiété et la peur liées à la COVID‑19 ainsi qu’un accès réduit aux services de soutien pourraient accroître certaines vulnérabilités et augmenter les comportements suicidaires, surtout chez les jeunes avec des problèmes de santé mentale préexistants.

Professionnels de la santé : La pandémie pourrait accentuer les difficultés vécues par le personnel médical et les rendre particulièrement vulnérables au suicide.

Communautés rurales : les individus dans les communautés rurales sont plus susceptibles de vivre de l’isolement social et de la violence conjugale et la pandémie pourrait intensifier ces facteurs de risque.

Personnes avec des problèmes de santé mentale : la crise de la COVID-19 peut précipiter des sentiments de peur, de colère, d’anxiété, de panique, d’ennui et de solitude et conduire à des comportements suicidaires chez cette population.
Facteurs de risques associés à une crise économique

Perte d’emploi et chômage : En période de récession, la perte d’un emploi peut créer un sentiment d’injustice. La douleur, la confusion et le désespoir croissant peuvent conduire à une diminution de l’estime de soi et à un risque accru de comportements suicidaires

Dette financière incontrôlable : le recours à des prêts pour s’en sortir augmente le sentiment de perte de contrôle de ses finances et conduit à des comportements suicidaires, particulièrement chez les personnes qui ont de la difficulté à rester en emploi.
Quelques pistes d’action

Les travaux recensés confirment l’importance de maintenir une offre de services spécialisés en psychiatrie et de services spécifiques de santé mentale afin de prévenir une aggravation des symptômes, une augmentation des problèmes psychosociaux et agir sur le risque suicidaire.

On reconnaît également l’importance de renforcer les facteurs de protection par des actions de promotion de la santé mentale et du bien-être.

Finalement, il importe de réaliser une surveillance soutenue de l’évolution des suicides et de ses facteurs de risque et de protection.

Pour plus d'information sur la surveillance des suicides au Québec : https://www.inspq.qc.ca/publications/2642

https://www.inspq.qc.ca/publications/3073-impact-crise-sanitaire-economique-comportements-suicidaires-covid19


***

LE CPS PARIS Soutient Movember : SANTE MENTALE (des hommes) ET CONFINEMENT


Votre Santé Paris: La santé mentale éprouvée par l'épidémie - 29/10/2020
BFMTV Paris
Tous les jeudis, suivez toute l’actualité de votre santé grâce à "Votre Santé Paris". Ce jeudi 29octobre 2020, Thomas Joubert a reçu Vincent Lapierre, directeur du Centre de Prévention Suicide à Paris. Il s’est intéressé à la santé mentale en cette période de crise sanitaire. BFM Paris,

A regarder sur https://www.bfmtv.com/paris/replay-emissions/votre-sante/votre-sante-paris-la-sante-mentale-eprouvee-par-l-epidemie-29-10_VN-202010290334.html
 
***

Factors Associated With Mental Health Disorders Among University Students in France Confined During the COVID-19 Pandemic
Marielle Wathelet, MD1,2,3; Stéphane Duhem, MSc2,3,4,5; Guillaume Vaiva, MD, PhD3,5,6; et al Thierry Baubet, MD, PhD3,7; Enguerrand Habran, MSc8; Emilie Veerapa, MD5,6; Christophe Debien, MD3,5; Sylvie Molenda, PhD3; Mathilde Horn, MD, PhD5,6; Pierre Grandgenèvre, MD, PhD5,6; Charles-Edouard Notredame, MD5,6; Fabien D’Hondt, PhD3,5,6
Author Affiliations
1Department of Public Health, Centre Hospitalier Universitaire de Lille, Lille, France
2Fédération de Recherche en Psychiatrie et Santé Mentale des Hauts-de-France, Lille, France
3Centre National de Ressources et de Résilience Lille-Paris, Lille, France
4University Lille, Inserm, Centre Hospitalier Universitaire de Lille, CIC1403–Clinical Investigation Center, Lille, France
5Department of Psychiatry, Centre Hospitalier Universitaire de Lille, Lille, France
6University Lille, Inserm, Centre Hospitalier Universitaire de Lille, U1172–LilNCog–Lille Neuroscience and Cognition, Lille, France
7Department of Infant, Child and Adolescent Psychiatry, Avicenne Hospital, Assistance Publique–Hôpitaux de Paris, Sorbonne Paris Nord University, Centre de recherche en Epidémiologie et Santé des Populations, Bobigny, France
8Fonds Fédération Hospitalière de France Recherche et Innovation, Paris, France

JAMA Netw Open. 2020;3(10):e2025591. doi:10.1001/jamanetworkopen.2020.25591

COVID-19 Resource Center
Key Points

Question What is the mental health state of university students in France who were confined during the coronavirus disease 2019 (COVID-19) pandemic, and what factors are associated with the development of mental health symptoms?

Findings This survey study of 69 054 students who experienced quarantine found high prevalence rates of severe self-reported mental health symptoms. Among risk factors identified, female or nonbinary gender, problems with income or housing, history of psychiatric follow-up, symptoms compatible with COVID-19, social isolation, and low quality of information received were associated with altered mental health.

Meaning The findings of this study suggest that students’ mental health is a public health issue that has become even more critical in the context of a pandemic, underlining the need to reinforce prevention, surveillance, and access to care.

Abstract

Importance The coronavirus disease 2019 (COVID-19) pandemic and quarantine measures have raised concerns regarding their psychological effects on populations. Among the general population, university students appear to be particularly susceptible to experiencing mental health problems.

Objectives To measure the prevalence of self-reported mental health symptoms, to identify associated factors, and to assess care seeking among university students who experienced the COVID-19 quarantine in France.

Design, Setting, and Participants This survey study collected data from April 17 to May 4, 2020, from 69 054 students living in France during the COVID-19 quarantine. All French universities were asked to send an email to their students asking them to complete an online questionnaire. The targeted population was approximately 1 600 000 students.

Exposure Living in France during the COVID-19 quarantine.

Main Outcomes and Measures The rates of self-reported suicidal thoughts, severe distress, stress, anxiety, and depression were assessed using the 22-item Impact of Events Scale–Revised, the 10-item Perceived Stress Scale, the 20-item State-Trait Anxiety Inventory (State subscale), and the 13-item Beck Depression Inventory, respectively. Covariates were sociodemographic characteristics, precariousness indicators (ie, loss of income or poor quality housing), health-related data, information on the social environment, and media consumption. Data pertaining to care seeking were also collected. Multivariable logistic regression analyses were performed to identify risk factors.

Results A total of 69 054 students completed the survey (response rate, 4.3%). The median (interquartile range) age was 20 (18-22) years. The sample was mainly composed of women (50 251 [72.8%]) and first-year students (32 424 [47.0%]). The prevalence of suicidal thoughts, severe distress, high level of perceived stress, severe depression, and high level of anxiety were 11.4% (7891 students), 22.4% (15 463 students), 24.7% (17 093 students), 16.1% (11 133 students), and 27.5% (18 970 students), respectively, with 29 564 students (42.8%) reporting at least 1 outcome, among whom 3675 (12.4%) reported seeing a health professional. Among risk factors identified, reporting at least 1 mental health outcome was associated with female gender (odds ratio [OR], 2.10; 95% CI, 2.02-2.19; P < .001) or nonbinary gender (OR, 3.57; 95% CI, 2.99-4.27; P < .001), precariousness (loss of income: OR, 1.28; 95% CI, 1.22-1.33; P < .001; low-quality housing: OR, 2.30; 95% CI, 2.06-2.57; P < .001), history of psychiatric follow-up (OR, 3.28; 95% CI, 3.09-3.48; P < .001), symptoms compatible with COVID-19 (OR, 1.55; 95% CI, 1.49-1.61; P < .001), social isolation (weak sense of integration: OR, 3.63; 95% CI, 3.35-3.92; P < .001; low quality of social relations: OR, 2.62; 95% CI, 2.49-2.75; P < .001), and low quality of the information received (OR, 1.56; 95% CI, 1.49-1.64; P < .001).

Conclusions and Relevance The results of this survey study suggest a high prevalence of mental health issues among students who experienced quarantine, underlining the need to reinforce prevention, surveillance, and access to care.
https://jamanetwork.com/journals/jamanetworkopen/fullarticle/2772154

***


Le taux de suicide aux États-Unis a diminué l'année dernière après une décennie de hausse constante
d’après article "US suicide rate fell last year after decade of steady rise" By MIKE STOBBE October 23, 2020 https://apnews.com/*
Extraits traduits

NEW YORK - Le taux de suicide aux États-Unis a légèrement baissé l'année dernière, la première baisse annuelle en plus d'une décennie, selon de nouvelles données gouvernementales.

C’est une petite diminution et les données sont préliminaires, mais la baisse est «vraiment prometteur», a déclaré le Dr Christine Moutier, médecin-chef de la Fondation américaine pour la prévention du suicide.

La diminution peut être en partie due à des années d'efforts de prévention du suicide, comme l'augmentation des dépistages en santé mentale, a-t-elle déclaré. D'autres facteurs, comme l'économie pré-pandémique, pourraient également avoir joué un rôle, a-t-elle ajouté.

Les experts ne savent pas comment le coronavirus influencera les chiffres du suicide de cette année, bien que la mortalité américaine dans son ensemble semble bien plus sombre.

Les suicides étaient à la hausse depuis 2005. En 2018, le taux de suicide national a atteint son plus haut niveau depuis 1941 - 14,2 pour 100 000 personnes. Les Centers for Disease Control and Prevention ont publié cette semaine de nouvelles données sur le taux de mortalité montrant que pour 2019, il est tombé à 13,9.

Les surdoses de drogue ont augmenté en 2019, et les décès par chutes ont également augmenté. Mais les taux de mortalité des deux plus grands tueurs du pays - les maladies cardiaques et le cancer - ont baissé, tout comme les taux de mortalité dus à la grippe, aux maladies pulmonaires chroniques et à la maladie d'Alzheimer. Le taux de mortalité par arme à feu est resté stable, probablement parce que la légère baisse des suicides a été compensée par une légère hausse des homicides par arme à feu.

Lorsque tout cela est pris en compte, le calcul de l'espérance de vie aux États-Unis pour 2019 devrait rester le même qu'en 2018 ou peut-être même augmenter légèrement, a déclaré Robert Anderson, qui supervise les données sur les décès pour le National Center for Health Statistics du CDC.

Il y a eu au moins 300 000 décès de plus cette année que prévu, a déclaré le CDC cette semaine dans un rapport séparé. Environ les deux tiers de ceux-ci sont attribués directement au COVID-19, mais beaucoup d'autres seraient liés à la pandémie.

On ne sait pas encore si les suicides sont en hausse cette année.

La pandémie a déclenché une vague de fermetures d'entreprises, certaines temporaires et d'autres permanentes. Des millions de personnes ont été forcées de rester chez elles, la plupart d'entre elles seules. Les enquêtes suggèrent que plus d'Américains signalent la dépression, l'anxiété et la consommation de drogues et d'alcool. En plus de ce mélange dangereux, les achats d'armes à feu ont augmenté de 85% en mars, lorsque le virus a fait son apparition pour la première fois.

"Il y a des forces claires qui poussent les facteurs de risque de suicide dans une direction négative", a déclaré Moutier, mais cela ne signifie pas que les taux de suicide augmenteront automatiquement.

Il y a quelques «points positifs» à la pandémie, a-t-elle ajouté. L’une est de plus en plus admise que la détresse liée à la santé mentale est normale et qu’il est normal de demander des conseils. Un autre est l'augmentation de la disponibilité de la télémédecine.

...
Lire la suite et Source https://apnews.com/article/pandemics-virus-outbreak-mental-health-health-suicide-prevention-3d1a7e9d2f5152952e000db2cd952595
***


Covid-19 : quelles expériences ont été menées en santé mentale ?


Posté le 23/10/20 par Rédaction Weka

Le ministère des Solidarités et de la Santé vient de publier un rapport des « retours d’expériences de la crise Covid-19 dans le secteur de la santé mentale ».

La crise de la Covid-19 a touché tous les secteurs de la santé et les établissements de santé mentale ont été contraints de s’adapter en urgence. Depuis juin, la Délégation ministérielle à la santé mentale et à la psychiatrie (DMSMP), en lien avec la Direction générale de l’offre de soins (DGOS), l’Agence nationale d’appui à la performance (ANAP), les Agences régionales de santé (ARS) et les établissements de santé mentale, identifie les actions innovantes qui ont été menées par les nombreux acteurs du secteur sur le territoire national. Grâce à ce recensement, le ministère des Solidarités et de la Santé a publié en ligne, le 9 octobre, un rapport des « retours d’expériences de la crise Covid-19 dans le secteur de la santé mentale ». Son objectif : pérenniser un certain nombre d’actions innovantes mises en place par les acteurs du secteur pendant l’épidémie.

Voici les principaux enseignements du rapport.
Des dispositifs innovants

150 dispositifs innovants ont été identifiés : 63 % à l’initiative de structures publiques, 18 % de structures privées d’intérêt collectif, 9 % de structures privées et 6 % d’autres structures (CCAS, Groupements de coopération sociale et médico-sociale…). 22 % de ces dispositifs concernent les enfants, 21 % les adultes et 57 % ces deux publics. Parmi les thèmes principaux :
Réorganisation des services, notamment par le déploiement d’actions entre secteurs et l’amélioration de la prise en charge des urgences psychiatriques ;
Maintien des soins pour les personnes concernées et du lien avec leurs aidants, sous forme d’un parcours ambulatoire adapté : entretiens téléphoniques, téléconsultations, interventions au domicile personnel ou en structure… ;
Accès aux soins somatiques, incluant les collaborations mises en place entre psychiatrie et Médecine-chirurgie-obstétrique (MCO) ;
Soutien aux professionnels de santé, grâce à la mobilisation des Cellules d’urgence médico-psychologique (CUMPS) et des réseaux psycho trauma, ainsi que des plates-formes téléphoniques.
Des unités Covid

Près de 90 unités Covid ont été créées, pour une capacité totale de plus de 1 100 lits, afin de pallier la fermeture des structures « hors les murs » liée au confinement. Avec, en priorité, les activités groupales- hôpitaux de jour (HDJ) et centres d’activité thérapeutique à temps partiel (CATTP) – et, dans une moindre mesure, les centres médico psychologiques (CMP).
Des supports technologiques

Les supports technologiques ont joué un rôle majeur : mise en place de plates-formes téléphoniques, développement de consultations téléphoniques et télémédecine, utilisation des réseaux sociaux…
Des dispositifs spécifiques

Certains dispositifs ont ciblé des publics spécifiques : enfants, adolescents et familles, patients avec comorbidités en addictologie, publics précaires ou personnes détenues.

« Un double virage a été constaté, numérique et ambulatoire, privilégiant « l’aller vers » et la réponse personnalisée vis-à-vis des publics », conclut le ministère des Solidarités et de la Santé.

Posté le 23/10/20 par Rédaction Weka
https://www.weka.fr/actualite/sante/article/covid-19-quelles-experiences-ont-ete-menees-en-sante-mentale-111589/


***

CANADA Les gens suicidaires demandent plus d’aide

21 octobre 2020 stremblay@arsenalmedia.com

https://macotenord.com/

Malgré une forte augmentation de la détresse psychologique, d’une majoration des symptômes de troubles mentaux et d’un bond de 20 % en moyenne des appels dans les centres de prévention du suicide au Québec, le nombre de personnes qui sont passées à l’acte en commettant le geste irréparable n’aurait pas augmenté depuis le début de la pandémie en mars dernier.

Stéphane Tremblay, Initiative de journalisme local, MaCôteNord.com

C’est du moins ce que mentionne l’Association québécoise de prévention du suicide.

« Nous n’aurions, et le conditionnel est bien important, pas connu une augmentation de cas de suicides malgré la hausse de ces facteurs de risque qui peuvent être associé au suicide », a indiqué Jérôme Gaudreault, le directeur général de l’AQPS.

Conscient que cette réponse amène un certain questionnement, M. Gaudreault souligne que les chiffres sont préliminaires et proviennent du Bureau du coroner, l’instance responsable au Québec de donner les causes de décès pour les morts non naturelles.

« Nous serions restés stables à 3 suicides par jour au Québec. Des données qui pourraient changer avec les chiffres non comptabilisés du mois d’octobre. Sauf, c’est certain que nous ne sommes pas à 22 et 23 suicides par jour comme cette information erronée qui circulait sur les réseaux sociaux », a-t-il tenu à préciser.

Vraisemblablement, on ne pourrait faire un lien direct de cause à effet sur les augmentations des facteurs de risque et le nombre de suicides sur l’ensemble du territoire québécois.

« Dans le contexte de la pandémie, des facteurs de protection se sont activé notamment la mise en place d’un réseau de soutien pour les personnes aînées et les personnes plus isolées. La PCU a aussi apporté un soulagement pour les personnes qui ont perdu leur emploi. C’est notre hypothèse, rien de certain », a poursuivi M. Gaudreault.
Le double d’appels

Chose certaine, la présente crise sanitaire a fait bondir les cas d’anxiété et le nombre de personnes en mal de vivre aux élans suicidaires. On parle de 20% en moyenne des appels à l’aide dans les centres de crise québécois. Dans certaines régions, la hausse serait beaucoup plus élevée, mais on préfère ne pas les identifier pour ne pas créer de vague ou stigmatiser une population. À elle seule, la ligne Info-Social 811 a reçu le double de téléphones de gens aux idées noires.

L’AQPS croit que la perspective de contracter la maladie et d’infecter d’autres personnes, les conséquences financières, le surmenage ou les barrières d’accès aux soins font partie des éléments qui peuvent avoir des répercussions sur la santé mentale des individus.

« Nous constatons qu’heureusement les gens n’hésitent pas à demander de l’aide. C’est le réflexe qu’il faut avoir », lance M. Gaudreault.

Il ajoute un message d’espoir et de résilience. «  Jusqu’ici, les Québécois ont fait preuve de persévérance et de solidarité. Ils ont réussi à trouver des façons de demeurer en contact, notamment grâce aux technologies. Cela fait partie des facteurs de protection, éléments essentiels pour prévenir le suicide. Il est nécessaire de nous rappeler que nous avons de grandes forces et une capacité importante d’adaptation. La situation est temporaire et il est possible de retrouver un équilibre dans cette nouvelle réalité. Nous avons vécu des difficultés, mais cette crise a également révélé certaines de nos forces individuelles et collectives. «

Toutefois, l’AQPS assure qu’il ne faut pas baisser les bras. Au contraire, il faut continuer de se battre en resserrant le filet humain autour des personnes plus vulnérables susceptibles de faire une tentative de suicide.

D’ailleurs, l’AQPS rappelle au gouvernement l’importance de poursuivre le renforcement au soutien psychologique offert aux Québécois. « Cela nous paraît prioritaire », a conclu Jérôme Gaudreault, en disant qu’il faut porter une attention particulière aux travailleurs du réseau de la santé et des services sociaux et à ceux des milieux de soin ou d’hébergement pour aînés.
Besoin d’aide? 1 866 APPELLE (277-3553)
https://macotenord.com/les-gens-suicidaires-demandent-plus-daide/
***


AUTOUR DE LA QUESTION FRANCE Covid-19 : une enquête pour suivre l’évolution des comportements et de la santé mentale pendant l'épidémie

Depuis le 23 mars 2020, Santé publique France a lancé l'enquête CoviPrev en population générale afin de suivre l’évolution des comportements (gestes barrières, confinement, consommation d’alcool et de tabac, alimentation et activité physique) et de la santé mentale (bien-être, troubles).
Mis à jour le 06 octobre 2020
https://www.santepubliquefrance.fr/etudes-et-enquetes/covid-19-une-enquete-pour-suivre-l-evolution-des-comportements-et-de-la-sante-mentale-pendant-l-epidemie#block-249162

***


Selon une enquête de l’OMS, la COVID-19 perturbe les services de santé ‎mentale dans la plupart des pays ‎
La Journée mondiale de la santé mentale sera célébrée le 10 octobre pour souligner la ‎nécessité urgente d’investir davantage dans un secteur où l’insuffisance du financement est ‎un problème chronique.‎
5 octobre 2020

Communiqué de presse https://www.who.int/fr/*

Selon une nouvelle enquête de l’OMS, la pandémie de COVID-19 entraîne des perturbations ou une interruption des services de santé mentale essentiels dans 93 % des pays, alors que la demande de soins augmente. Cette enquête, menée dans 130 pays, permet de disposer des premières données mondiales montrant l’impact désastreux de la COVID-19 sur l’accès aux services de santé mentale et souligne qu’il est urgent d’accroître le financement.

Elle a été publiée en prévision du grand rendez-vous de la santé mentale, un événement mondial en ligne, organisé par l’OMS le 10 octobre prochain à des fins de sensibilisation, qui réunira des dirigeants mondiaux, des célébrités et des militants pour défendre l’augmentation des investissements en faveur de la santé mentale dans le contexte de la COVID-19. L’OMS a déjà signalé que la santé mentale est un secteur où l’insuffisance du financement est chronique : avant la pandémie, les pays consacraient moins de 2 % de leur budget national de la santé à la santé mentale et avaient du mal à répondre aux besoins de leur population.

Aujourd’hui, la pandémie fait augmenter la demande de services de santé mentale. Le deuil, l’isolement, la perte de revenu et la peur entraînent ou aggravent des pathologies mentales. Beaucoup de gens consomment plus d’alcool ou de drogue et souffrent davantage d’insomnie et d’anxiété. Parallèlement, la COVID-19 peut entraîner des complications neurologiques et psychiatriques (état confusionnel, agitation ou accident vasculaire cérébral, par exemple). Les personnes qui présentent des troubles mentaux, neurologiques ou liés à l’usage de substances psychoactives sont également plus vulnérables face à l’infection par le SARS-CoV-2 car, pour elles, le risque d’être atteintes d’une forme grave de la maladie et d’en mourir peut être plus élevé.

« Une bonne santé mentale est fondamentale pour la santé et le bien-être en général », a déclaré le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé. « La COVID-19 a entraîné une interruption des services essentiels de santé mentale dans le monde au moment même où ils sont le plus nécessaires. Les dirigeants mondiaux doivent agir rapidement et résolument pour investir davantage dans des programmes de santé mentale qui sauvent des vies, pendant et après la pandémie », a-t-il ajouté.

Une enquête révèle que les services de santé mentale essentiels ont été gravement perturbés

L’enquête a été menée de juin à août 2020 dans de 130 pays des six Régions de l’OMS. Elle visait à évaluer l’effet de la COVID-19 sur l’évolution de la prestation des services de soins psychiatriques, neurologiques et liés à l’usage de substances psychoactives, les types de services qui ont été perturbés et la façon dont les pays s’adaptent pour surmonter ces difficultés.

Les pays ont signalé des perturbations généralisées de nombreux types de services de santé mentale essentiels :
Plus de 60 % des pays ont signalé des perturbations des services de santé mentale destinés aux personnes vulnérables, y compris les enfants et les adolescents (72 %), les personnes âgées (70 %) et les femmes qui ont besoin de services prénatals ou postnatals (61 %).
67 % des pays ont constaté des perturbations des thérapies brèves et des psychothérapies ; 65 % des services essentiels de réduction des risques ; et 45 % du traitement d’entretien par agonistes opioïdes de la dépendance aux opioïdes.
Plus d’un tiers (35 %) des pays ont signalé des perturbations des interventions d’urgence, y compris pour les personnes présentant des convulsions prolongées, un syndrome de sevrage grave lié à l’usage de substances psychoactives ou un état confusionnel, souvent signe d’une maladie grave sous-jacente.
30 % des pays ont signalé des perturbations de l’accès aux médicaments utilisés pour le traitement des troubles mentaux, neurologiques ou liés à l’usage de substances psychoactives.
Environ les trois quarts des pays ont signalé des perturbations au moins partielles des services de santé mentale dans les établissements scolaires et sur les lieux de travail (78 % et 75 %, respectivement).

Alors que de nombreux pays (70 %) ont adopté la télémédecine ou la téléthérapie pour remédier aux perturbations des services où les patients sont physiquement présents, il existe d’importantes disparités dans l’adoption de ces interventions. Plus de 80 % des pays à revenu élevé ont indiqué avoir recours à la télémédecine et la téléthérapie pour combler les lacunes en matière de santé mentale, contre moins de 50 % des pays à revenu faible.

L’OMS a publié pour les pays des orientations sur la façon de maintenir les services essentiels, y compris ceux de santé mentale, pendant la pandémie de COVID-19 et elle recommande aux pays de consacrer des ressources à la santé mentale dans le cadre de leurs plans de riposte et de relèvement. L’Organisation exhorte également les pays à suivre l’évolution et les perturbations des services afin de pouvoir y remédier, si nécessaire.

Bien que 89 % des pays aient signalé dans le cadre de l’enquête que la santé mentale et le soutien psychosocial étaient intégrés dans leurs plans nationaux de riposte à la COVID-19, 17 % seulement de ces pays disposent d’un financement supplémentaire suffisant pour couvrir ces activités.

Tout cela montre qu’il faut plus d’argent pour la santé mentale. Avec la poursuite de la pandémie, les programmes nationaux et internationaux de santé mentale, insuffisamment financés depuis des années, devront répondre à des exigences de plus en plus grandes. Consacrer 2 % des budgets nationaux de la santé à la santé mentale ne suffit pas. Les bailleurs de fonds internationaux doivent également en faire plus : aujourd’hui encore, moins de 1 % de l’aide internationale destinée à la santé va à la santé mentale.

Ceux qui investissent dans la santé mentale en tireront des bénéfices. Il ressort des estimations établies avant la pandémie de COVID-19 que la dépression et l’anxiété à elles seules entraînent une perte de productivité économique de près de 1000 milliards de dollars par an. Cependant, des études montrent que chaque dollar dépensé pour une prise en charge de la dépression et de l’anxiété fondée sur des bases factuelles rapporte 5 dollars.

Note sur la Journée mondiale de la santé mentale : Mobiliser la communauté mondiale pour #AgirpourlaSantéMentale

À l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale (samedi 10 octobre), dans le cadre de sa campagne Agir pour la santé mentale : investissons !, l’OMS invite la communauté internationale à participer au grand rendez-vous de la santé mentale, un événement en ligne sans précédent organisé à des fins de sensibilisation et pour favoriser un investissement accru dans la santé mentale à tous les niveaux, des particuliers aux entreprises en passant par les pays et la société civile, afin que le monde puisse commencer à combler les lacunes signalées dans le rapport publié aujourd’hui.

Le grand rendez-vous, gratuit et ouvert au public, sera diffusé le 10 octobre de 16 heures à 19 heures (HNEC) sur les comptes Youtube, Facebook, Twitter, TikTok et LinkedIn et le site Web de l’OMS.

Pour obtenir les dernières informations sur le grand rendez-vous de la santé mentale, y compris pour connaître le programme des spectacles et la liste des participants, consultez la page Web du grand rendez-vous. Pour en savoir plus sur la Journée mondiale de la santé mentale, consultez la page de la campagne de l’OMS.
https://www.who.int/fr/news/item/05-10-2020-covid-19-disrupting-mental-health-services-in-most-countries-who-survey


***

Covid-19 pandemic and suicide in France: An opportunity to improve information systems

- 03/10/20 Pandémie à Covid-19 et suicide en France : l’occasion d’améliorer les systèmes d’information médicale
F. Jollant a, b, c, d, ⁎
a University of Paris (ex-Paris-Descartes University), Paris, France
b GHU Paris psychiatrie et neurosciences, Sainte-Anne Hospital, Paris, France
c McGill Group for Suicide Studies, Department of psychiatry, McGill University, Montréal, Canada
d CHU de Nîmes, Nîmes, France
⁎Correspondence. Centre hospitalier Sainte-Anne, CMME, 100, rue de la Santé, 75014 Paris, France.Centre hospitalier Sainte-Anne, CMME100, rue de la SantéParis75014France
https://www.em-consulte.com/article/1395199/covid-19-pandemic-and-suicide-in-france-an-opportu


***

CRISIS. 2020 Sep;41(5):321-330. doi: 10.1027/0227-5910/a000731. Epub 2020 Jul 27.
Suicide Research, Prevention, and COVID-19

Thomas Niederkrotenthaler 1 , David Gunnell 2 , Ella Arensman 3 , Jane Pirkis 4 , Louis Appleby 5 , Keith Hawton 6 , Ann John 7 , Nav Kapur 8 , Murad Khan 9 , Rory C O'Connor 10 , Steve Platt 11 , International COVID-19 Suicide Prevention Research Collaboration
Affiliations
1 Unit Suicide Research and Mental Health Promotion, Department of Social and Preventive Medicine, Centre for Public Health, Medical University of Vienna, Austria.
2 National Institute of Health Research Biomedical Research Centre, University Hospitals Bristol NHS Foundation Trust and the University of Bristol, UK.
3 School of Public Health and National Suicide Research Foundation, College of Medicine and Health, University College Cork, Republic of Ireland.
4 Melbourne School of Population and Global Health, University of Melbourne, VIC, Australia.
5 Centre for Mental Health & Safety, The University of Manchester, UK.
6 Centre for Suicide Research, Department of Psychiatry, Warneford Hospital, University of Oxford, UK.
7 Population Psychiatry, Suicide and Informatics, Medical School, Swansea University, UK.
8 Centre for Mental Health and Safety & Greater Manchester NIHR Patient Safety Translational Research Centre, University of Manchester and Greater Manchester Mental Health NHS Foundation Trust, Manchester, UK.
9 Department of Psychiatry, Aga Khan University, Karachi, Pakistan.
10 Suicidal Behaviour Research Laboratory, Institute of Health & Wellbeing, University of Glasgow, UK.
11 Usher Institute, College of Medicine and Veterinary Medicine, University of Edinburgh, UK.

PMID: 32716205
DOI: 10.1027/0227-5910/a000731
No abstract available
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/32716205/


***

USA Santé mentale, consommation de substances et idées suicidaires pendant la pandémie du COVID-19
- États-Unis, 24-30 juin 2020 rapport des Centers for Disease Control / 14 aout 2020

Mental Health, Substance Use, and Suicidal Ideation During the COVID-19 Pandemic — United States, June 24–30, 2020
Weekly / August 14, 2020 / 69(32);1049–1057

Mark É. Czeisler1,2; Rashon I. Lane, MA3; Emiko Petrosky, MD3; Joshua F. Wiley, PhD1; Aleta Christensen, MPH3; Rashid Njai, PhD3; Matthew D. Weaver, PhD1,4,5; Rebecca Robbins, PhD4,5; Elise R. Facer-Childs, PhD1; Laura K. Barger, PhD4,5; Charles A. Czeisler, MD, PhD1,4,5; Mark E. Howard, MBBS, PhD1,2,6; Shantha M.W. Rajaratnam, PhD1,4,5 (View author affiliations)

Summary

What is already known about this topic?
Communities have faced mental health challenges related to COVID-19–associated morbidity, mortality, and mitigation activities.
What is added by this report?
During June 24–30, 2020, U.S. adults reported considerably elevated adverse mental health conditions associated with COVID-19. Younger adults, racial/ethnic minorities, essential workers, and unpaid adult caregivers reported having experienced disproportionately worse mental health outcomes, increased substance use, and elevated suicidal ideation.
What are the implications for public health practice?
The public health response to the COVID-19 pandemic should increase intervention and prevention efforts to address associated mental health conditions. Community-level efforts, including health communication strategies, should prioritize young adults, racial/ethnic minorities, essential workers, and unpaid adult caregivers.
Lire la suite https://www.cdc.gov/mmwr/volumes/69/wr/mm6932a1.htm


***

ECOSSE Déclaration COVID-19 du National Suicide Prevention Leadership Group
DÉCLARATION COMMUNE
La ministre de la Santé mentale, Clare Haughey, MSP et porte-parole du COSLA pour la santé et les services sociaux, Stuart Currie, a déclaré:

Les moments difficiles provoqués par la pandémie de coronavirus ont eu un impact négatif sur la santé mentale et le bien-être de beaucoup d'entre nous. Bien que nous ne sachions peut-être pas encore quel effet la pandémie aura sur l'incidence des pensées suicidaires, de l'automutilation et du suicide, nous saluons la déclaration National Suicide Prevention Leadership Group’s (NSPLG) COVID-19 Statement. . Leurs recommandations d'actions fondées sur des données probantes recommendations for evidence based action sont conçues pour garantir qu'il existe une approche spécifique à la pandémie de la prévention du suicide.

Le gouvernement écossais et le COSLA ont soigneusement examiné le contenu de la déclaration COVID-19 et les recommandations formulées. Le gouvernement écossais et le COSLA saluent le leadership du groupe en formulant ces quatre recommandations que nous acceptons. Nous voulons que ces recommandations, parallèlement à l'accent mis sur certaines actions du plan d'action pour la prévention du suicide, contribuent à améliorer la prévention du suicide en Écosse.

Le gouvernement écossais et le COSLA prennent note de la recommandation du NSPLG sur un successeur au plan d'action de prévention du suicide existant et nous travaillerons ensemble pour réfléchir à la manière dont la stratégie future pourrait être élaborée.

Nous sommes reconnaissants de l'engagement du National Suicide Prevention Leadership Group. La prévention du suicide est l'affaire de tous et nous voulons nous assurer que nos communautés sont soutenues. Nous voulons qu'il soit clair que si vous ou quelqu'un que vous connaissez avez des pensées suicidaires, une aide est disponible: www.nhsinform.scot/campaigns/suicide Source https://www.cosla.gov.uk/news/august-2020/national-suicide-prevention-leadership-groups-covid-19-statement

***

Covid-19 et gestes suicidaires : les leçons d’une pandémie
Françoise Chastang, Pierre Gérard, Alexandre Makdassi, Louise Collonge, Gérard Boittiaux
Dans Revue de neuropsychologie 2020/2 (Volume 12), pages 205 à 206

Françoise Chastang
Praticien hospitalier, Unité d’urgences psychiatriques, Service de psychiatrie adulte/DATU, CHU Caen Normandie ; CESP, Inserm, Université Paris-Saclay
chastang-f@chu-caen.fr
Cette publication est la plus récente de l'auteur sur Cairn.info.
Pierre Gérard
Praticien hospitalier, Unité d’urgences psychiatriques, Service de psychiatrie adulte/DATU, CHU Caen Normandie ; EPSM de Caen
Cette publication est la plus récente de l'auteur sur Cairn.info.
Alexandre Makdassi
Unité d’urgences psychiatriques, Service de psychiatrie adulte/DATU, CHU Caen Normandie
Cette publication est la plus récente de l'auteur sur Cairn.info.
Louise Collonge
Unité d’urgences psychiatriques, Service de psychiatrie adulte/DATU, CHU Caen Normandie
Cette publication est la plus récente de l'auteur sur Cairn.info.
Gérard Boittiaux
Praticien hospitalier, Centre hospitalier de l’Estran, Pontorson
Cette publication est la plus récente de l'auteur sur Cairn.info.

Dans notre société hypermoderne marquée par l’accélération [1], l’arrivée brutale d’une pandémie a imposé, par le biais du confinement, une décélération à chaque citoyen, tout en plaçant le monde soignant face à l’inédit, à ses limites technoscientifiques, organisationnelles et humaines comme si la nature, par le biais de l’infiniment petit, confrontait l’homme prométhéen à son devenir.
La psychiatrie, dont la temporalité n’est pas celle des soins somatiques, ne fut pas impactée de la même façon ; bien que n’étant pas de façon immédiate au-devant de la scène dans la prise en charge des patients Covid-19, et confrontée à des problématiques différentes, elle a également dû se réorganiser et faire face à des constats inédits.
Le premier constat fut que les personnes ont moins consulté, y compris dans le domaine de la santé mentale, alors que l’on s’attendait à une explosion de symptômes de souffrance psychique traumatique, à des décompensations psychiatriques graves chez les patients psychotiques, voire à une surmortalité liée aux difficultés pour ces patients à respecter les règles du confinement. Tout s’est en fait passé comme si les patients souffrant de troubles psychiques graves et présentant souvent des comorbidités somatiques, toléraient relativement bien le confinement malgré des prises en charge réorganisées avec notamment la fermeture des hôpitaux de jour et la réduction drastique des consultations ambulatoires remplacées par des appels téléphoniques. Allaient-ils mieux pour autant …
https://www.cairn.info/revue-de-neuropsychologie-2020-2-page-205.htm#


***

USA Treating Suicidal Patients during COVID-19

Date: 2020 http://www.sprc.org/*
(For resources, this is the publication date. For programs, this is the date posted.)
Information
Type: Video/Audio Recording
Author: Suicide Prevention Resource Center (SPRC)
Publisher: Education Development Center, Inc (EDC)

During the COVID-19 pandemic, opportunities for mental health professionals to connect with clients in person are limited. Yet the emotional impact of the pandemic—social isolation, financial concerns, anxiety, loss—place many people at increased risk for suicide.

In the short videos that follow, Dr. Barbara Stanley, professor of medical psychology at Columbia University and director of the Suicide Prevention - Training, Implementation, and Evaluation Program at the New York State Psychiatric Institute, provides concrete tips for making sure clients stay safe without having to rely on hospitalization.

These videos were adapted from the SPRC webinar Treating Suicidal Patients During COVID-19: Best Practices and Telehealth.

Initiating and Maintaining Remote Contact
Hear recommendations for initiating and maintaining remote contact with clients who may be at risk for suicide, with an emphasis on gathering specific information to access the client and their supports in the event of an emergency, preparing for technology interruptions, and best practices to include at every visit.

Assessing Suicide Risk Learn tips for assessing the suicide risk of clients remotely.


Developing a Safety Plan Remotely
Listen to guidance on developing a safety plan remotely, highlighting how the process is the same—and different—from safety planning in person.

Additional Resources
COVID-19: Adult Suicide Risk Screening Pathway and COVID-19: Youth Suicide Risk Screening Pathway - Use these suicide risk screening pathways from the National Institute of Mental Health's Ask Suicide-Screening Questions (ASQ) Toolkit during telehealth screenings (e.g., phone, video).
Patient Safety Plan Template - Use this fill-in-the-blank template to develop a safety plan with a patient who is at increased risk for a suicide attempt.

Source : http://www.sprc.org/resources-programs/treating-suicidal-patients-during-covid-19


***

CANADA : Prévention du suicide : l’autre courbe à aplanir
14 juillet 2020, /theconversation.com/*

L’isolement, le manque de soutien, l’intimidation, le manque d’accès à des ressources adéquates et l’insécurité économique sont tous des facteurs fortement associés au suicide. La pandémie de Covid-19 exacerbe certains de ces facteurs et pourrait amener à moyen terme une augmentation des comportements suicidaires dans la population.

Cependant, il n’y a pas assez de données sur les comportements suicidaires en période de crise sanitaire pour pouvoir faire des prédictions pertinentes. Par exemple, chez les jeunes, les taux de détresse augmentent dans certains groupes vulnérables, mais les expériences d’intimidation vécues à l’école et associées à des gestes suicidaires ont diminué du fait de la fermeture des écoles.

Aussi, l’impact du chômage amplifié par la pandémie s’étale dans le temps, et varie en fonction des mesures de mitigation mises en place. Par exemple, une compensation salariale temporaire, comme la Prestation canadienne d’urgence (PCU) permet de réduire ponctuellement le stress associé à l’insécurité économique. L’urgence sanitaire a aussi créé une mobilisation pour réduire les facteurs de vulnérabilité au suicide (inégalités sociales, pauvreté, manque de ressources d’aide adaptées) révélés au grand jour par cette crise.

Une étude réalisée par des chercheurs de l’Université de Toronto, prévoit qu’il pourrait y avoir de 418 à 2114 suicides de plus au Canada en 2020-2021 en raison de la Covid-19. Or il faut être extrêmement prudent avec ce type de modèle qui ne retient qu’un seul facteur (le taux de chômage) pour établir des projections, alors que ce taux peut varier en fonction des différentes mesures en place.

L’effet de la pandémie sur les comportements suicidaires est donc complexe et dépend fortement des interventions macrosystémiques mises en place par les instances fédérales, provinciales, locales et communautaires.
Des facteurs prédisposants

Sur le plan des caractéristiques personnelles, les éléments les plus souvent associés au risque de décès par suicide sont le fait d’être un homme, de souffrir d’un trouble de l’humeur, de troubles psychotiques et de la personnalité. Les problèmes de consommation (alcool, drogues, médicaments), le fait d’avoir des traits impulsifs ou agressifs, de présenter des rigidités dans la pensée, du désespoir et du découragement ou d’avoir déjà fait une tentative de suicide sont aussi des facteurs de risque bien documentés.

Les idées suicidaires n’apparaissent pas spontanément chez une personne vulnérable. Certaines trajectoires de vie ou des facteurs psychosociaux entrent en jeu. Les victimes de violence familiale, d’abus, de négligence ou ayant vécu des évènements traumatiques sont plus à risque. Les personnes qui ont des parents ou des proches ayant des troubles de santé mentale importants ou des comportements suicidaires présentent aussi un risque accru.

Certains groupes sont également plus vulnérables, comme les autochtones ou les communautés LGBTQ2+ en raison de leurs difficultés sociales, économiques et culturelles.

À ces trajectoires de vie complexes s’ajoutent des évènements déclencheurs, ponctuels ou récurrents comme une perte, une séparation ou un conflit important que l’entourage associe au suicide du fait de cette proximité temporelle. Ainsi, une perte d’emploi liée à la pandémie pourrait agir comme déclencheur chez certaines personnes vulnérables, tout comme le confinement pourrait en amener d’autres à développer des difficultés de santé mentale.
Moins de suicides, plus de tentatives

Au Québec, la crise actuelle survient dans un contexte où les décès par suicide ont reculé de façon continue depuis 20 ans, après avoir connu un pic de 22 par 100 000 personnes dans les années 1990. Les dernières données disponibles indiquent que ce taux était de 12,4 par 100 000 en 2017 (1 045 décès), alors qu’il était de 18 par 100 000 en 2001. Les hommes présentent un taux de suicide plus élevé (17,9 par 100 000) que les femmes (6,1 par 100 000). Et ceux qui sont âgés entre 50 et 64 ans sont les plus vulnérables.

Toutefois, les tentatives de suicide augmentent et sont plus nombreuses chez les femmes, pour qui les [hospitalisations pour tentatives de suicide] sont passées de 34,5 par 100 000 en 2007 à 59,5 par 100 000 personnes en 2017. Chez les hommes, elles ont augmenté de 26,3 à 37,9 par 100 000 personnes pour la même période. L’augmentation la plus marquée est observée chez les jeunes filles de 15 à 19 ans.

Enfin, la dernière enquête québécoise de 2014-2015 sur la santé de la population montre que 2,8 % des Québécois disent avoir pensé sérieusement au suicide dans l’année précédente. Ici encore, les femmes ont plus d’idées suicidaires que les hommes et ces données sont relativement stables dans le temps.
La prévention : un effort collectif

La prévention du suicide peut prendre diverses formes et la recherche a permis de soutenir le développement de pratiques solides et efficaces. Le Québec est en train de se doter d’une stratégie pour coordonner les efforts de différents acteurs.

Ces stratégies nationales permettent de responsabiliser toute la société face à la prévention du suicide, d’harmoniser les actions de prévention, d’organiser adéquatement les ressources et d’adopter des pratiques cliniques fondées sur les meilleures connaissances. Elles permettent aussi de soutenir des projets en prévention du suicide associant milieux communautaires et centres de santé et services sociaux.

Les milieux communautaires sont très actifs pour offrir des services adaptés aux besoins de divers groupes de personnes vulnérables. Ils offrent de l’accompagnement téléphonique, des suivis étroits auprès de personnes ayant fait une tentative de suicide, de l’accompagnement et du soutien aux familles et aux endeuillés par suicide.

Il existe également des programmes de sentinelles pour aider à repérer les personnes à risque dans leurs milieux de vie, des formations pour les intervenants ainsi que des services de postvention (intervention effectuée suite à un suicide) dans des milieux touchés par un suicide.

Les milieux communautaires sensibilisent également la population grâce à des campagnes de communication, la promotion de pratiques journalistiques et artistiques responsables pour limiter les risques de « contagion » à la suite de la médiatisation d’un suicide, ou encore l’inclusion des enjeux associés à la prévention du suicide dans les politiques publiques.
Maintenir les services en santé mentale

Dans une perspective de prévention, le diagnostic et le traitement des troubles de santé mentale ainsi que l’accès à des services de soutien psychologique sont cruciaux. L’accompagnement après l’hospitalisation pour une tentative de suicide compte également parmi les bonnes pratiques.
  La vice-première ministre et ministre de la Sécurité publique du Québec, Geneviève Guilbault, à gauche, et la ministre de la Santé du Québec, Danielle McCann, ont présenté un plan d’action Covid-19 accompagné d’une enveloppe de 31 millions pour soutenir les personnes souffrant de problèmes de santé mentale, le mercredi 6 mai 2020 à l’Assemblée législative de Québec. LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot

En temps de crise sanitaire, il peut être tentant de concentrer toutes les ressources à limiter contagion et soigner les personnes infectées. Il convient cependant de maintenir les services de soutien social à leur niveau maximum. Il faut continuer à promouvoir la santé mentale, prévenir la détresse, sensibiliser les professionnels de la santé et offrir des services adaptés aux mesures de distanciation physique. Le repérage et l’offre proactive d’aide aux personnes isolées et vulnérables sont des mesures préventives prometteuses.

Dans le contexte du déconfinement, la reprise d’activités socio-économiques adaptées aux besoins des populations est essentielle pour aplanir le risque à long terme. La recherche doit aussi se poursuivre afin de développer et valider des approches de prévention adaptées localement. Si nous agissons collectivement, l’augmentation des comportements suicidaires pourrait être moins importante que les modèles ne l’anticipent.

Si vous ou un de vos proches pensez au suicide, contactez dès maintenant les services d’aide au 1-866-277-3553 (Québec) et au 1-833-456-4566 (ailleurs au Canada). https://theconversation.com/prevention-du-suicide-lautre-courbe-a-aplanir-132946

***

ANGLETERRE : National Child Mortality Database – Report on Child Suicide during the COVID-19 Pandemic in England
Reports | Published: 09 Jul 2020
The National Child Mortality Database (NCMD) responded to the COVID-19 pandemic by accelerating its notification and analysis service to develop a real-time surveillance system. This report describes findings from that system relating to death by suicide.
Likely suicides occurring between 1st January – 17th May 2020 were identified from NCMD records. Rates pre and during lockdown (from 23rd March 2020) were compared. A second comparison was made between deaths occurring between 1st April to 17th May in 2019 and 2020.
Click on the link below to read the full report. Please note you will be prompted to register your details so you can receive updates. You may skip the registration process if you prefer.
Download the report
Thank you. Your download is now ready. Download
https://www.hqip.org.uk/resource/national-child-mortality-database-report-on-child-suicide-during-the-covid-19-pandemic-in-england

***

BELGIQUE Le Centre de Prévention du Suicide publie un premier bilan des effets de la crise sanitaire sur les personnes suicidaires 25/06/2020
Bilan à consulter ou télécharger
https://www.preventionsuicide.be/media/static/cps-premierbilaneffetscrisesanitaire-25-06-2020.pdf

Nous détaillons les effets de la crise sanitaire sur les personnes suicidaires dans le bilan, tout en précisant que le suicide est multifactoriel et qu'il nous faut plus de recul sur la situation pour prendre l'exact mesure de tout ce qui s'est passé.

Le Centre de Prévention du Suicide a été proactif et créatif durant la crise sanitaire :

Il a maintenu ses activités avec une grande mobilisation des bénévoles sur la ligne d’écoute 0800 32 123 et un suivi sans interruption des consultations pour la crise suicidaire.

Nous encourageons les citoyens à relayer les personnes en difficulté vers nos divers services :
Notre ligne d’écoute (0800 32 123) est disponible 24h/24, gratuite et anonyme. Nos bénévoles accueillent tout appelant avec bienveillance et sans jugement.
Notre secrétariat (0476 53 00 84) accueille les demandes pour consultation.
Les psychologues de la plateforme « A l’écoute du deuil » (0800 20 220) accompagnent les personnes endeuillées par le biais d’une écoute active téléphonique dédiée et puis, si les personnes le souhaitent, d'un suivi psychologique individuel gratuit.
Source https://www.preventionsuicide.be/fr/actualit%C3%A9/le-centre-de-pr%C3%A9vention-du-suicide-publie-un-premier-bilan-des-effets-de-la-crise-sanitaire-sur-les-personnes-suicidaires%0D%0A%C2%A0.html 
***



Wissam El-Hage : "Le déconfinement présente une difficulté supplémentaire pour certaines personnes" Par Claire Manière le 19.06.2020 www.sciencesetavenir.fr/*

Le psychiatre Wissam El-Hage, professeur de psychiatrie à l’Université de Tours et co-directeur de l’équipe de psychiatrie neurofonctionnelle de l’unité Inserm Imagerie & Cerveau, explique que de multiples facteurs sont à l’origine de troubles psychologiques post-confinement.

Bien souvent, la difficulté psychologique à gérer l'après confinement s'explique par plusieurs facteurs pour lesquels demander de l'aide est essentiel.
Priscilla Du Preez/Unsplash

Sciences et Avenir : La période du confinement a-t-elle engendré un stress post-traumatique chez certaines personnes, voire un risque accru de dépression profonde ?

Wissam El-Hage : Comme son nom l'indique, le stress post-traumatique ne concerne que les personnes qui ont vécu un traumatisme. Le confinement n'est pas en soi un traumatisme particulier, sauf pour les gens qui ont été victimes de violence pendant cette période ou si des traumatismes antérieurs ont été réactivés. Cette période a pu être traumatisante pour les soignants, témoins de nombreux décès. On ne sait pas encore avec précision l'impact de la crise sur le nombre de stress post-traumatiques chez les soignants. Et pour la dépression, c'est très variable d'un individu à l'autre. On a observé que pour certains la période de confinement était presque du répit, alors que pour d'autres elle était inquiétante et problématique ! Le déconfinement est un retour à la réalité qui présente plusieurs enjeux : certains ont perdu leur emploi, d'autres un proche… la dépression est toujours liée à une ou plusieurs situations.

Le déconfinement peut-il s'avérer plus dramatique que le confinement lui-même ?

Oui pour une petite partie de la population. De façon générale, le confinement est beaucoup plus compliqué à gérer que le déconfinement. Mais chez certaines personnes qui ont mal vécu le confinement, le déconfinement représente encore une difficulté supplémentaire. Par exemple pour celles qui souffraient d'anxiété sociale ou de troubles obsessionnels compulsifs, le déconfinement devient source d'angoisse avec la peur des relations sociales ou celle d'être contaminé.

Un rapport de l'Observatoire national du suicide paru en début d'année présente des liens entre perte d'emploi et suicide. La situation économique liée au coronavirus peut-elle expliquer une crise suicidaire ?

A l'inverse de la dépression, il faut garder en tête que le suicide est toujours multifactoriel. Les personnes victimes de crise suicidaire se sentent en difficulté pour des problèmes pour lesquels ils pensent ne pas avoir de solution. Chez des personnes déjà vulnérables, la présence de facteurs de risques sociaux, économiques ou amoureux (difficulté d'être ensemble pendant le confinement, séparations) peut être à l'origine de la crise suicidaire. Mais la perte d'emploi ne peut à elle seule expliquer la survenue de cette crise.

Quelle est la situation en France dans les services de psychiatrie depuis la fin du confinement ?

Au début de la période de confinement il y a eu une sorte de calme plat. Maintenant nous arrivons à saturation donc j'imagine que toutes les personnes qui se sont contenues pendant la période de confinement opèrent comme un rattrapage. Ce n'est pas forcément une conséquence du confinement mais un rééquilibrage après une période de creux. Plus de gens viennent en consultation mais pas particulièrement en hospitalisation. Dans tous les cas on manque de recul, il n'y a pas encore d'études avec des données qui soient fiables.

Comment gérer les troubles psychologiques liés au déconfinement ?

En cas d'angoisse pour sortir de chez soi il faut y aller progressivement pour se rassurer petit à petit et éventuellement avec un proche. Il s'agit d'un processus d'habituation. En cas d'idées noires de plus en plus insistantes, il ne faut pas hésiter à demander de l'aide aux associations de son département, à son médecin ou dans un service d'urgence. Peu importe son métier, son milieu et ses difficultés, il y a toujours des solutions possibles qu'on ne visualise pas sur le moment.

https://www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/interview-wissam-el-hage-le-confinement-est-beaucoup-plus-complique-a-gerer-que-le-deconfinement_145277


***
Suicide Prevention During and After the COVID-19 Pandemic Evidence-Based Recommendations2020 On behalf of the World Psychiatric Association –Section of Suicidology Danuta Wasserman, MD.PHD. Professor in Psychiatry and Suicidology at Karolinska Institute, Stockholm, Sweden, Director for the WHO collaborating Centre
https://www.afpbn.org/suicide-et-covid-19-recommandations-de-la-world-psychiatric-association/

***


Confinement : SOS Amitié a constaté une hausse des idées suicidaires

Pendant les huit semaines de confinement, les écoutants ont reçu 32% d'appels de plus qu'à l'accoutumée.
Camille Sarazin et AFP sur www.rtl.fr/* publié le 17/06/2020

Les écoutants de SOS Amitié ont reçu pendant le confinement 40% d'appels en plus émanant de personnes songeant au suicide, comparé à la même période de l'an dernier. Un tiers du total des appelants ont cité le confinement comme une cause de leur mal-être, a annoncé mardi l'association.

La crise sanitaire a "exacerbé les difficultés de la solitude" et "provoqué des angoisses profondes, de la détresse et des souffrances exceptionnelles", analyse SOS Amitié dans son "observatoire des souffrances psychiques", où elle dresse un bilan de ses activités en 2019 et pendant le confinement de 2020.

Du 15 mars au 10 mai, les quelque 1.800 bénévoles de l'association ont répondu à plus de 102.000 appels, soit 32% de plus qu'à la même période l'an dernier. En télétravaillant massivement depuis chez eux, les écoutants ont pu répondre à une plus grande proportion d'appels qu'à l'accoutumée. Cependant les deux tiers des appels n'aboutissent pas, faute de bénévoles en nombre suffisant.
L'écoute via internet se développe

Pendant le confinement, les appelants ont davantage évoqué leurs peurs et leurs angoisses, mais aussi des "nuisances du logement et du voisinage", ainsi que des "violences familiales et conjugales", relève l'association, qui cherche à recruter 500 nouveaux écoutants "pour répondre à une demande en croissance continue".

Avant la crise sanitaire, SOS Amitié a par ailleurs observé en 2019 une légère augmentation, par rapport à 2018, de la proportion d'appelants évoquant le suicide, sujet qui reste "parmi les premières raisons d'appels". En outre, même lorsque la personne n'exprime pas "clairement de pensées suicidaires", les "problèmes de santé mentale, dépression, burn-out, violence, ruptures, deuil" représentent "la part la plus importante" des appels reçus.

L'écoute via internet - par mail ou par chat - occupe une place croissante dans les activités de l'association, qui s'adapte ainsi aux habitudes des jeunes générations. Le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les 15-24 ans, qui représentent 12% des appelants au téléphone, mais 35% au chat et 28% par mail. "Pour chacun de ces médias, 30% d'entre eux évoquent le suicide", précise SOS Amitié.
https://www.rtl.fr/actu/bien-etre/confinement-sos-amitie-a-constate-une-hausse-des-idees-suicidaires-7800610063


***

SUISSE Crise sanitaire et crise suicidaire : éclairages en miroir

Paco Prada, Christian Greiner, Mélanie De Néris, Guido Bondolfi
Rev Med Suisse 2020; volume 16. 1057-1059

Service de psychiatrie de liaison et d’intervention de crise, Unité d’investigation et de traitements brefs, Département de psychiatrie, HUG

Résumé

La prise en charge psychothérapeutique d’une crise suicidaire permet de penser la crise sanitaire liée au COVID-19 sous un angle particulier. Dans cet article, nous montrons les parallèles mais également les différences entre ces deux types de crises. Le déroulement séquentiel de la crise, l’agent viral qui agit comme un facteur déclenchant et la foule de réactions qui s’ensuivent peuvent ainsi évoquer une crise suicidaire durant laquelle un sujet perçoit souvent un événement externe comme facteur précipitant. Toutefois, contrairement au confinement dans le cas du virus, c’est bien la relation, notamment la relation thérapeutique, qui permet de traverser la crise. Cette relation doit nous permettre de faire connaissance avec nos vulnérabilités spécifiques, celles sur lesquelles le facteur déclenchant a précisément agi.
Acces article https://www.revmed.ch/RMS/2020/RMS-N-694/Crise-sanitaire-et-crise-suicidaire-eclairages-en-miroir


***
Nouvelle rubrique sur STOPBLUES
"En période de pandémie de Covid-19, nous vivons une situation inédite et angoissante pour la plupart d’entre nous. Il est normal de se sentir stressé.e, déboussolé.e ou dépassé.e par les événements. Cette rubrique a été créée pour vous accompagner."
https://www.stopblues.fr/fr/detente/covid-19


***

Épidémie de COVID-19 et prise en charge des conduites suicidaires: challenge et perspectives
Ismaël Conejero a Sofian Berrouiguetb Deborah Ducasse a Marion Leboyer c Vincent Jardon d Emilie Olié a Philippe Courtet a
a PSNREC, Univ Montpellier, INSERM, CHU de Montpellier, Montpellier, France, Department of Emergency Psychiatry and Acute Care, Lapeyronie Hospital, CHU Montpellier, Montpellier, France, FondaMental Foundation, Créteil, France
b CHU de Brest, Université de Bretagne Occidentale, France
c Université Paris Est Créteil, Inserm, Fondation FondaMental, AP-HP, Paris, France
d Pôle de psychiatrie, médecine légale et médecine en milieu pénitentiaire, CHU de Lille, France
L'Encéphale
Available online 8 May 2020
Resume

Objectifs: La pandémie de Covid-19 touche à ce jour plus de 3,000,000 de personnes à travers le monde et les mesures de prévention ont conduit au confinement de plus de la moitié de l’humanité. La communauté scientifique et les autorités politiques redoutent une épidémie de suicides secondaires à cette crise. L’objectif de cette revue de la littérature est d’analyser l’impact de la pandémie de Covid-19 sur les dimensions du processus suicidaire, son interaction avec les différents facteurs de risque. Nous proposons également des solutions innovantes pour y remédier.

Méthodes: Nous avons réalisé une revue narrative des articles internationaux traitant des grandes pandémies (Covid-19, SRAS) et de leur influence sur la vulnérabilité suicidaire.

Résultats: De nombreux facteurs sont susceptibles de majorer l’émergence d’idées de suicide et le passage à l’acte suicidaire au cours de cette crise. La distanciation et le confinement pourraient favoriser un sentiment de déconnexion et la perception d’une douleur sociale chez les individus vulnérables. Certaines populations déjà «à risque suicidaire élevé» pourraient être encore fragilisées par la pandémie actuelle: personnes âgées, personnel médical et individus exposés à une forte précarité économique. Plusieurs solutions innovantes adaptées aux contraintes de la distanciation et du confinement permettront de prévenir le risque suicidaire: outils de santé connectée, protocole VigilanS, Thérapie Comportementale et Cognitive de troisième vague et pratique artistique.

Conclusions: Il est possible que cette crise inédite exacerbe certaines dimensions du processus suicidaire. Cependant, à l’heure de l’innovation, plusieurs outils de prévention du suicide ont toute leur place dans les nouveaux modes de soins et devront être expérimentés à grande échelle.

Mots clés
Covid-19 vulnérabilité suicidaire suicide crise économique déconnexion sociale prévention
https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0013700620300853
***


CANADA QUEBEC Prévenir la violence et le suicide dans un contexte de pandémie de COVID-19 – quelques pistes
Lire le document

Des situations préoccupantes pour la sécurité et le bien-être de la population

En plus des préoccupations sanitaires directement liées à l’épidémie de COVID-19, la communauté scientifique s’inquiète des répercussions sur le bien-être de la population du ralentissement de l’économie, des pertes d’emploi, de la perturbation des liens sociaux (isolement social, réduction des contacts avec la famille et l’entourage, changement de la routine, tensions sociales), des modifications dans les pratiques de consommation et des enjeux d’accès aux services, pour ne nommer que ceux-là. Ces bouleversements génèrent du stress, de la détresse et de l’anxiété dans la population, en plus de précariser la situation économique de plusieurs. Certains groupes pourraient être affectés plus fortement. Au Canada, par exemple, on observe des baisses d’emploi deux fois plus marquées chez les femmes que chez les hommes. Les jeunes sont aussi plus touchés par cette diminution. Parallèlement, les effets de l’épidémie et des mesures de confinement et de distanciation sur la santé mentale et le bien-être sont de plus en plus documentés et un consensus émerge selon lequel les impacts psychosociaux de la crise doivent être atténués, tant aux plans clinique que populationnel.

Encore peu de données sont disponibles au Québec et ailleurs dans le monde pour mesurer les répercussions de l’épidémie de COVID-19 sur la violence et le suicide. Cependant, en se basant sur des situations d’urgence et de crises humanitaires précédentes, il semble qu’une hausse de la violence envers les femmes et les enfants et des suicides soit à craindre. Même si le portrait est moins clair en ce qui a trait à la maltraitance envers les personnes aînées, plusieurs facteurs de risque de maltraitance sont exacerbés dans la crise sanitaire actuelle (ex. : isolement social) et peuvent faire craindre une augmentation, surtout compte tenu de l’épidémiologie de la COVID-19. Pour ce qui est de la criminalité et de la sécurité dans les communautés, les effets de la crise pourraient aussi se faire sentir dans les prochains mois. Puisque la violence et le suicide sont des enjeux bien présents au Québec, ils demeurent une préoccupation pour la sécurité, la santé et le bien-être de la population.

Dans ce bref état de situation, différentes problématiques de violence sont abordées, en identifiant des pistes d’actions émergentes et des exemples concrets lorsque possible. Ces pistes d’actions s’appuient sur des stratégies prometteuses dans le domaine de la prévention de la violence et du suicide. Cependant, les évidences scientifiques dans un contexte de pandémie, tel que celui de la COVID-19, sont peu nombreuses et ne permettent pas de poser un regard sur l’efficacité des mesures à mettre en place pour prévenir la violence et ses effets. Malgré tout, un effort a été fait pour identifier les facteurs les plus probants pour agir et fournir une liste de ressources et d’outils pouvant soutenir les efforts des différents acteurs interpellés.

Auteur(s): Andréane Melançon Julie Laforest André Tourigny Dominique Gagné Dave Poitras Marie-Claude Roberge Véronique Leclair
Sujet(s):
Date de publication:
8 mai 2020
https://www.inspq.qc.ca/publications/2994-prevenir-violence-suicide-covid19
***
NOUVELLE-ZELANDE La Fondation pour la santé mentale estime qu'une rumeur selon laquelle le taux de suicide aurait atteint un niveau d'alerte est "irresponsable et fausse"

D'apres article NEW ZEALAND Covid 19 coronavirus: 'No evidence' suicide rate up during lockdown
https://www.nzherald.co.nz/*
3 mai, 2020
Shaun Robinson, directeur général de la Fondation pour la santé mentale, se dit profondément déçu que de fausses informations circulent en ligne. Photo / Fournie
Par : Dubby Henry journaliste au New Zealand Herald
Coronavirus Covid 19 : Le taux de suicide "sans preuve" en hausse suite au confinement

- Cet article porte sur le suicide et peut être bouleversant pour certains lecteurs.
La Fondation pour la santé mentale estime qu'une rumeur selon laquelle le taux de suicide aurait atteint un niveau d'alerte 4 est "irresponsable et fausse", tandis que le ministère de la santé affirme que cette affirmation est "absolument fausse".
Les deux organisations affirment que si le Covid-19 peut avoir des effets importants sur la vie des gens, une augmentation des problèmes graves de santé mentale ou des suicides n'est pas inévitable.
Cela vient alors que la police affirme que les appels liés à la santé mentale et à l'automutilation sont restés stables.
La police s'attendait à une augmentation du nombre d'appels liés à la santé mentale, car les gens luttent contre l'isolement et le stress général de la pandémie, a déclaré le commissaire adjoint de police Sandy Venables.
Mais s'il est trop tôt pour donner des données officielles, il n'y a pas eu de hausse ou de baisse significative des appels liés à la santé mentale et à l'automutilation, a déclaré M. Venable.
"Nous savons que la situation actuelle sera source de stress et d'incertitude pour beaucoup. Nous voulons rappeler à tous qu'il est normal de demander de l'aide pour soi-même ou pour quelqu'un d'autre. De l'aide est disponible".
La rumeur largement répandue a fait état de suicides en une semaine, ce qui équivaudrait à près de cinq fois la moyenne. En 2018-19, il y a eu 685 suicides, soit un peu plus de 13 par semaine.
Le Dr Caroline McElnay, directrice de la santé publique, a été interrogée lors d'une conférence de presse la semaine dernière sur les taux de suicide pendant le confinement, mais elle a déclaré qu'elle n'avait pas les chiffres sous la main.
Le ministère de la santé a déclaré aujourd'hui que les spéculations sur le nombre de suicides présumés étaient inexactes et inutiles.
Le bureau de prévention du suicide et le coroner en chef surveillent le nombre de suicides suspects, et des données mensuelles sont publiées chaque année par le coroner en chef.
Toute décision sur la publication de données en dehors de ce cycle serait prise par le coroner en chef, mais aucune donnée n'a été publiée, selon une déclaration conjointe de Robyn Shearer, directrice générale adjointe de la santé mentale et de la toxicomanie, et de Carla na Nagara, directrice du Bureau de prévention du suicide.
"Nous avons tous la responsabilité de promouvoir et d'encourager le bien-être mental - le nôtre et celui des autres. Il est trop tôt pour dire quels seront les effets de la réponse à Covid-19 sur la santé mentale des gens ou sur le taux de suicide", ont-ils déclaré.
"Se focaliser sur les pires scénarios et en parler comme s'ils étaient inévitables est contre-productif et ne soutient pas nos personnes les plus vulnérables".
Le nombre de suicides pourrait augmenter ou diminuer suite à la réponse du Covid-19 - les données des crises internationales précédentes ont montré les deux résultats, a déclaré le ministère.
"Parfois, les gens réalisent à quel point la vie est précieuse après une crise et le nombre de suicides diminue. Chaque vie compte ; il est vital que nous nous concentrions sur la préservation de la vie plutôt que de spéculer sur la probabilité d'y mettre fin".
Agir maintenant, prêter attention au bien-être mental et avoir accès à un soutien en cas de besoin permettrait d'éviter un pic de détresse dans les mois à venir, selon la déclaration du ministère.
Nombreux sont ceux qui ont partagé la rumeur en ligne et qui ont attribué la prétendue augmentation des suicides à l'impact de l'isolement, des pertes d'emploi et d'autres facteurs de stress induits par la pandémie.
La Fondation pour la santé mentale a déclaré dans un communiqué qu'elle était profondément déçue de voir la rumeur circuler - et qu'elle était particulièrement inquiète de l'impact que cela pourrait avoir sur les personnes qui sont actuellement vulnérables au suicide.
"Chaque fois que nous avons une discussion publique sur le suicide, les personnes qui sont actuellement suicidaires ou qui sont vulnérables au suicide sont toujours à l'écoute", a déclaré le directeur général de la fondation, Shaun Robinson.
"Il est souvent impossible de dire qui sont ces personnes, en particulier en ligne. Mais elles sont là et, souvent, elles cherchent des raisons pour justifier ou rationaliser leurs sentiments - elles sont très vulnérables à l'idée que si d'autres personnes prennent cette voie, elles pourraient la prendre aussi. Nous ne devrions pas aggraver ce risque grave.
"Ces rumeurs et les commentaires qui les accompagnent impliquent que le suicide est une réponse attendue, compréhensible et proportionnée à Covid-19, et c'est à la fois faux et extrêmement inutile de le suggérer".
La directrice de la santé publique, le Dr Caroline McElnay, s'adresse aux médias le 30 avril, plusieurs jours après la fin du confinement. Photo / Mark Mitchell
Le 23 avril, le ministère de la santé a déclaré au Herald qu'une enquête quotidienne sur la santé était menée, comprenant des questions sur l'anxiété et la dépression. Le ministère était également en communication régulière avec les conseils de santé et les prestataires de soins pour obtenir des informations sur les facteurs de risque, la réponse aux crises et les taux d'admission.
Il n'y avait pas de données à ce moment-là suggérant une augmentation de ces chiffres suite à Covid-19, mais il y avait parfois eu une demande accrue sur les lignes d'assistance nationales.
Outre l'investissement record du gouvernement actuel dans le bien-être mental, des programmes de soutien supplémentaires ont été lancés pendant la crise du Covid-19, notamment des applications et un programme d'e-thérapie.
Selon M. Robinson, de la Fondation pour la santé mentale, très peu de personnes en Nouvelle-Zélande sont en mesure d'évaluer avec précision et en temps réel le nombre de suicides au niveau national.
"Il est essentiel de ne pas contribuer aux malentendus et aux fausses informations sur le suicide en Nouvelle-Zélande.
"Alors que les travailleurs de la santé mentale, la police et d'autres personnes font partie intégrante des efforts de prévention du suicide en Nouvelle-Zélande, les individus ne seront pas en mesure de donner une image précise des suicides nationaux.
"C'est une période difficile pour les Néo-Zélandais, mais nous constatons beaucoup de bonne volonté à travailler ensemble et à se soutenir mutuellement pour passer au travers", a déclaré M. Robinson.

OÙ TROUVER DE L'AIDE :
Si vous êtes inquiet pour votre santé mentale ou celle de quelqu'un d'autre, le meilleur endroit où trouver de l'aide est votre médecin généraliste ou votre prestataire de soins de santé mentale local. Toutefois, si vous ou quelqu'un d'autre êtes en danger ou met en danger d'autres personnes, appelez immédiatement la police au 111.

OU SI VOUS AVEZ BESOIN DE PARLER À QUELQU'UN D'AUTRE :

0800 543 354 (0800 LIFELINE) or free text 4357 (HELP) (available 24/7)
https://www.lifeline.org.nz/services/suicide-crisis-helpline
YOUTHLINE: 0800 376 633
• NEED TO TALK? Free call or text 1737 (available 24/7)
KIDSLINE: 0800 543 754 (available 24/7)
WHATSUP: 0800 942 8787 (1pm to 11pm)
• DEPRESSION HELPLINE: 0800 111 757 or TEXT 4202

Source https://www.nzherald.co.nz/nz/news/article.cfm?c_id=1&objectid=12329202


***


Commentary : COVID-19 : Keep Socially (but Not Physically) Connected and Carry on:

Preventing Suicide in the Age of COVID-19
Philippe Courtet, MD, PhDa,b,c,*; Emilie Olié, MD, PhDa,b,c; Christophe Debien, MDd,e; and Guillaume Vaiva, MD, PhDd,e
a Department of Emergency Psychiatry and Acute Care, Lapeyronie Hospital, CHU Montpellier, Montpellier, France
b PSNREC, Univ Montpellier, INSERM, CHU de Montpellier, Montpellier, France
c FondaMental Foundation, Créteil, France
d Department of Psychiatry, University Hospital of Lille, Lille, France
e Centre National de Ressources et Résilience, Lille, France
*Corresponding author: Philippe Courtet, MD, PhD, Université Montpellier, CHRU Montpellier, Montpellier, France 34090 (philippe.courtet@univ-montp1.fr).
J Clin Psychiatry 2020;81(3):20com13370
Published online: April 14, 2020.

Until the beginning of 2020, we believed that our modern societies had replaced microbial epidemics with behavioral epidemics such as depression, opioid use, and the most silent one, suicide.1 Contributing to these epidemics, as Jeste et al1 highlighted, the “lethal behavioral toxins of loneliness and social isolation increase the risk of mortality comparable with smoking and obesity.” This explains why in recent years the World Health Organization declared that social disconnection had become a major new public health challenge, and the United Kingdom created a Ministry of Loneliness! Ironically, our beloved globalization brought us a new dystopia, in which the fight against the coronavirus disease 2019 (COVID-19) epidemic is essentially based on social distancing all over the world, with perhaps half of humanity being in quarantine today. While loneliness is already highly prevalent in the general population, it is feared that it will be more pronounced during the COVID-19 outbreak quarantine, leading to dramatic effects on the most vulnerable people, including psychiatric patients. Psychiatrists must be cautious about the negative psychological consequences of quarantine in both the short term and long term.
lire la suite https://www.psychiatrist.com/JCP/article/Pages/2020/v81/20com13370.aspx?sclick=1
***


USA Traitement des patients suicidaires pendant le COVID-19 : Bonnes pratiques et télésanté
D'apres Treating Suicidal Patients During COVID-19: Best Practices and Telehealth

Type d'événement : Webinaire général
Date : Mardi 14 avril 2020 - 13h00 à 14h30 (America/New_York)
http://www.sprc.org*

Les professionnels de la santé mentale continuent à fournir des thérapies aux patients utilisant la télésanté malgré cette nouvelle ère de quarantaine et de COVID-19. Il s'agit d'un changement important pour la plupart, mais les recherches suggèrent que la télésanté peut être tout aussi efficace que la thérapie en face à face et pour certains patients, elle est même préférable. Avant cette quarantaine, de nombreux cliniciens traitaient en toute sécurité les patients à risque de suicide en ambulatoire, se tournant rarement vers l'hospitalisation, et peuvent continuer à fournir des soins sûrs et efficaces grâce à la télésanté. De nouveaux patients exprimant des pensées suicidaires peuvent également émerger pendant cette période. À une époque où les hôpitaux ont déjà dépassé leur capacité et où le risque de transmission du coronavirus est extrêmement élevé dans les murs des établissements de soins de santé, l'hospitalisation ou les visites aux urgences pour les personnes exprimant des pensées suicidaires devraient être réduites au minimum. Le recours à des pratiques de soins aux suicidés fondées sur des données probantes peut réduire considérablement les pensées et les comportements suicidaires, même lorsqu'ils sont dispensés par le biais de la télésanté.

Ce webinaire a abordé l'utilisation de trois meilleures pratiques de soins aux personnes à risque de suicide qui peuvent être appliquées facilement et efficacement via la télésanté : les plans de sécurité, le traitement qui cible directement les pensées suicidaires et les compétences et ressources d'auto-assistance basées sur la DBT que les cliniciens peuvent commencer à utiliser immédiatement dans le traitement et partager avec les patients.

Intervenants :

Dr Barbara Stanley, Université de Columbia et Institut psychiatrique de l'État de New York, Dr David Jobes, Université catholique d'Amérique, et Dr Ursula Whiteside, fondatrice de NowMattersNow.org et de la faculté clinique de l'Université de Washington. Ces trois conférenciers sont des experts nationaux et internationaux en matière de prévention et de traitement du suicide. Ils ont présenté ces trois pratiques de traitement en mettant l'accent sur la manière de les utiliser immédiatement avec les patients via la télésanté.
Event Materials
Archived Webinar
PowerPoint Slides
Supplemental Resources: Treating Suicidal Patients during COVID-19: Best Practices and Telehealth Webinar
Transcript

source http://www.sprc.org/events-trainings/treating-suicidal-patients-during-covid-19-best-practices-telehealth?
***


Prévention du suicide en période de crise sanitaire : messages à faire passer à la population
14 Avr 2020

https://papageno-suicide.com/prevention-du-suicide-en-periode-de-crise-sanitaire-messages-a-faire-passer-a-la-population/

En tant que professionnels de la psychiatrie et de la santé mentale, vous êtes susceptibles d’être interviewés par les médias sur la question de l’impact psychologique de la crise sanitaire. Le sujet du suicide pourrait également être évoqué par le journaliste.
Dans la mesure où nous avons des craintes quant à une augmentation des suicides et que ces craintes sont partagées par la communauté des spécialistes du suicide, nous vous invitons à suivre ces messages-clés.
Dans le contexte actuel, nous rappelons également l’impact du traitement médiatique du suicide. Et invitons les professionnels interviewés ainsi que les journalistes à la plus grande prudence quant aux propos relayés dans les médias. Il est essentiel de répondre aux journalistes, tout en veillant à limiter l’effet d’incitation suicidaire (effet Werther) à laquelle la période se prête de façon inquiétante, et promouvant un effet de prévention (effet Papageno).
1er message : IL EST CERTAIN QUE L’ON VIT UNE PÉRIODE DIFFICILE

La crise sanitaire que nous vivons actuellement confronte l’ensemble des français à l’incertitude et à la perte de repères, voire, pour bon nombre, à un sentiment d’angoisse et d’insécurité. Bien que nécessaires, les mesures mises en place pour y faire face, fragilisent des liens sociaux : confinement, distanciation sociale, isolement, etc.
Alors que les élans de solidarité et les coopérations sont nombreux, le manque de cohésion et de régulation engendrent des changements importants qui peuvent faire le lit d’idées suicidaires chez les personnes les plus vulnérables.
2ème message : LE SUICIDE N’EST PAS UNE FATALITÉ

Plus que jamais, il est important de rappeler que le suicide n’est pas une fatalité et qu’il est possible d’agir pour le prévenir. Tout d’abord, en repérant les signes de souffrance psychique. Il arrive que les personnes évoquent clairement leurs idées suicidaires ce qui permet de consulter rapidement un médecin. Mais parfois, les propos sont plus indirects. Ainsi, des phrases telles que « Je n’en peux plus de cette vie là » ou « Vous seriez plus tranquilles sans moi » sont à prendre au sérieux. Tout comme un changement de comportement habituel comme l’isolement, le repli, l’irritabilité, l’alcoolisation… Dans tous les cas, la question des idées suicidaires peut être simplement posée. Cela permettra à la personne d’exprimer sa souffrance et de contacter rapidement un professionnel.
3ème message : IL EXISTE DES RESSOURCES D’AIDE

Compte tenu du contexte, nombre de français hésitent à contacter leur médecin traitant ou à appeler le 15 de peur de surcharger les lignes d’appel. Soyez assurés que de nombreux professionnels de santé mentale se sont réorganisés afin de compléter la palette de soutien psychologique. Sur le territoire national, les Samu centre 15 sont majoritairement renforcés en équipes de professionnels de santé mentale. Ce message doit être diffusé à la population.

D’autres leviers de prévention peuvent également être levés :
Mobiliser l’entourage : Même s’ils sont virtuels, les liens sociaux peuvent être maintenus en utilisant les techniques à notre disposition : téléphone, mail, réseaux sociaux, visioconférence… Passer un appel à un proche, prendre de ses nouvelles, s’inquiéter de son bien-être peut changer la donne.
Solliciter les lignes d’écoute : Disponibles pour la plupart par téléphone ou par chat, les professionnels des plateformes téléphoniques apportent soutien et écoute aux personnes en situation de vulnérabilité et de détresse psychologique.
Jeunes et adolescents : Fil Santé jeunes 0800 235 236, 7j/7, de 9h à 13h et de 14h à 18h
Pour tous : 0800 130 000, 7j/7, 24h/24
TOUTE INTERVIEW DOIT SI POSSIBLE SE TERMINER PAR LE MESSAGE SUIVANT

Prenez soin de vous et de vos proches. N’oubliez jamais que vos proches, votre famille, votre entourage, votre communauté… sont d’une aide précieuse dans ce contexte ; n’hésitez pas à les contacter. Si vous vous sentez envahi par des idées suicidaires, appelez le 15.

L’équipe du programme Papageno
Pr Frank Bellivier, Délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie
Pr Pierre Thomas, Co-président du comité national de pilotage de la psychiatrie, Responsable du groupe prévention du suicide au sein de la Direction générale de la santé
https://papageno-suicide.com/prevention-du-suicide-en-periode-de-crise-sanitaire-messages-a-faire-passer-a-la-population/
***


USA prévention suicide et covid 19 ; "Malgré les défis, il existe des possibilités d'améliorer les efforts de prévention du suicide en cette période unique"


Mortalité par suicide et maladie à coronavirus 2019: une tempête parfaite?
d’après article April 10, 2020 Suicide Mortality and Coronavirus Disease 2019—A Perfect Storm?
Mark A. Reger, PhD 1,2; Ian H. Stanley, MS 1,3; Thomas E. Joiner, PhD 3
https://jamanetwork.com/journals/jamapsychiatry/fullarticle/2764584
Affiliations d'auteur Informations sur l'article

1 VA Puget Sound Health Care System, Seattle, Washington
2 Département de psychiatrie et des sciences du comportement, Université de Washington, Seattle
3 Département de psychologie, Florida State University, Tallahassee
JAMA Psychiatrie. Publié en ligne le 10 avril 2020. doi: 10.1001 / jamapsychiatry.2020.1060

Les taux de suicide ont augmenté aux États-Unis au cours des deux dernières décennies. Les dernières données disponibles (2018) montrent le taux de suicide ajusté selon l'âge le plus élevé aux États-Unis depuis 1941.1 C'est dans ce contexte que la maladie à coronavirus 2019 (COVID-19) a frappé les États-Unis. En ce qui concerne les modèles de maladie, des actions de santé publique historiques et sans précédent ont permis de freiner la propagation du virus. Des interventions de distanciation sociale remarquables ont été mises en œuvre pour réduire fondamentalement les contacts humains. Bien que ces étapes devraient réduire le taux de nouvelles infections, le risque d'effets indésirables sur le risque de suicide est élevé. Des mesures pourraient être prises pour atténuer les conséquences imprévues potentielles sur les efforts de prévention du suicide, qui représentent également une priorité nationale de santé publique.

COVID-19 Interventions de santé publique et risque de suicide

Les conséquences secondaires de l'éloignement social peuvent augmenter le risque de suicide. Il est important de considérer les changements dans une variété de facteurs de risque économiques, psychosociaux et liés à la santé.

Stress économique

Il est à craindre que la combinaison d'événements publics annulés, de fermetures d'entreprises et de stratégies de confinement conduise à une récession. Les ralentissements économiques sont généralement associés à des taux de suicide plus élevés par rapport aux périodes de prospérité relative.2 Depuis la crise du COVID-19, les entreprises ont été confrontées à l'adversité et à des licenciements. Les écoles ont été fermées pour des périodes indéterminées, obligeant certains parents et tuteurs à s'absenter du travail. Le marché boursier a connu des baisses historiques, entraînant des changements importants dans les fonds de retraite. Les recherches existantes suggèrent qu'un stress économique soutenu pourrait être associé à des taux de suicide plus élevés aux États-Unis à l'avenir.

Isolement social

Les principales théories du suicide mettent l'accent sur le rôle clé que les liens sociaux jouent dans la prévention du suicide. Les personnes ayant des idées suicidaires peuvent manquer de liens avec d'autres personnes et souvent se déconnecter des autres à mesure que le risque de suicide augmente.3 Les pensées et les comportements suicidaires sont associés à l'isolement social et à la solitude.3 Par conséquent, du point de vue de la prévention du suicide, il est préoccupant de constater que le public le plus critique la stratégie sanitaire pour la crise du COVID-19 est la distanciation sociale. De plus, la famille et les amis restent isolés des personnes hospitalisées, même lorsque leur décès est imminent. Dans la mesure où ces stratégies augmentent l'isolement social et la solitude, elles peuvent augmenter le risque de suicide.

Accès réduit au soutien communautaire et religieux

De nombreux Américains participent à diverses activités communautaires ou religieuses. La fréquentation hebdomadaire des services religieux a été associée à un taux de suicide 5 fois plus faible que ceux qui n'y participent pas.4 Les effets de la fermeture des églises et des centres communautaires peuvent contribuer davantage à l'isolement social et donc au suicide.

Obstacles au traitement en santé mentale

Les établissements de santé ajoutent des questions de dépistage du COVID-19 aux points d'entrée. Dans certaines installations, les enfants et les autres membres de la famille (sans rendez-vous) ne sont pas autorisés à entrer. Ces actions peuvent créer des obstacles au traitement de la santé mentale (par exemple, les rendez-vous annulés associés aux restrictions imposées aux enfants pendant que l'école est annulée). L'information contenue dans les médias peut également laisser entendre que les services de santé mentale ne sont pas priorisés pour le moment (p. Ex. Représentations de milieux de soins de santé débordés, chirurgies électives annulées). De plus, les services d'urgence surpeuplés peuvent affecter négativement les services aux survivants de tentatives de suicide. Un accès réduit aux soins de santé mentale pourrait nuire aux patients ayant des idées suicidaires.

Maladie et problèmes médicaux

Des problèmes de santé physique exacerbés pourraient augmenter le risque pour certains patients, en particulier chez les personnes âgées, chez qui les problèmes de santé sont associés au suicide. Un patient a illustré le bilan psychologique des symptômes de COVID-19 lorsqu'il a dit à son clinicien: «J'ai l'impression que vous m'avez renvoyé chez moi pour mourir 5.

Résultats de l'anxiété nationale

Il est possible que la couverture médiatique 24h / 24 et 7j / 7 de ces événements sans précédent soit un facteur de stress supplémentaire, en particulier pour les personnes ayant des problèmes de santé mentale préexistants. Les résultats de l'anxiété nationale sur la dépression, l'anxiété et la consommation de substances d'un individu méritent une étude supplémentaire.

Taux de suicide des professionnels de la santé

De nombreuses études documentent des taux de suicide élevés parmi les professionnels de la santé6. Ce groupe à risque est maintenant en première ligne de la bataille contre COVID-19. Une discussion nationale est en train de voir le jour sur les préoccupations des travailleurs de la santé concernant l’infection, l’exposition des membres de la famille, des collègues malades, le manque d’équipements de protection individuelle nécessaires, les installations débordées et le stress au travail. Cette population particulière mérite des services de soutien et de prévention.

Ventes d'armes à feu

De nombreux médias ont signalé une augmentation des ventes d'armes aux États-Unis à mesure que le COVID-19 progressait. Les armes à feu sont la méthode de suicide la plus courante aux États-Unis, et la possession ou l'accès à une arme à feu et le stockage dangereux sont associés à un risque de suicide élevé.7 Dans ce contexte, les questions de sécurité des armes à feu pour la prévention du suicide sont de plus en plus pertinentes.

Variation saisonnière des taux

Dans l'hémisphère nord, les taux de suicide ont tendance à culminer à la fin du printemps et au début de l'été. Le fait que cela coïncidera probablement avec le pic des efforts de prévention du COVID-19 est préoccupant et mérite une étude supplémentaire.

Possibilités de prévention du suicide

Malgré les défis, il existe des possibilités d'améliorer les efforts de prévention du suicide en cette période unique. Le maintien de certains efforts existants est également possible.
Distance physique, pas une distance sociale

Malgré son nom, la distance sociale nécessite un espace physique entre les personnes, pas une distance sociale. Des efforts peuvent être faits pour rester en contact et maintenir des relations significatives par téléphone ou vidéo, en particulier chez les personnes présentant des facteurs de risque de suicide importants. Des solutions de médias sociaux peuvent être explorées pour faciliter ces objectifs.

Télé-santé mentale

Il existe un élan national pour accroître l'utilisation de la télésanté en réponse à COVID-19. Malheureusement, les traitements de télésanté mentale pour les personnes ayant des idées suicidaires sont loin derrière le domaine de la télésanté. Des opportunités d'augmenter l'utilisation de traitements fondés sur des preuves pour les personnes ayant des pensées suicidaires ont été notées pendant des années, en particulier dans les zones rurales, mais la crainte d'événements indésirables et de poursuites judiciaires a paralysé le terrain. Les disparités dans les ordinateurs et l'accès à Internet haut débit doivent également être corrigées. La recherche, le changement de culture et potentiellement même des protections législatives sont nécessaires pour faciliter la prestation de traitements de prévention du suicide à des personnes qui, autrement, ne recevraient rien.

Accroître l'accès aux soins de santé mentale

À mesure que les précautions COVID-19 se développent dans les milieux de soins de santé, il est essentiel d'envisager la gestion des personnes aux prises avec des crises de santé mentale. Les procédures de dépistage et de prévention du COVID-19 qui pourraient réduire l'accès aux soins (par exemple, les rendez-vous annulés, le renvoi des patients à domicile) pourraient inclure le dépistage des crises de santé mentale; le personnel clinique serait nécessaire dans une certaine mesure dans les milieux qui peuvent actuellement reléguer le dépistage des symptômes du COVID-19 au personnel administratif. De plus, plutôt que d'envoyer un patient avec un enfant à la maison, d'autres paramètres de traitement pourraient être envisagés (par exemple, un espace privé à l'extérieur).

Prévention du suicide à distance

Il existe des interventions de prévention du suicide fondées sur des preuves qui ont été conçues pour être dispensées à distance. Par exemple, certaines interventions brèves de contact (sensibilisation par téléphone) 8 et l'intervention Caring Letters (dans laquelle des lettres sont envoyées par la poste) 9 ont réduit les taux de suicide dans les essais cliniques randomisés. Le contact de suivi peut être particulièrement important pour les personnes positives pour COVID-19 et présentant des facteurs de risque de suicide.

Rapports médias

En raison de la contagion suicidaire, les reportages des médias sur ce sujet doivent suivre les directives de signalement et inclure le National Suicide Prevention Lifeline (1-800-273-TALK). La hotline reste ouverte.

Considérations optimistes

Il y a peut-être un bon côté à la situation actuelle. Les taux de suicide ont diminué au cours de la période qui a suivi les catastrophes nationales passées (par exemple, les attentats terroristes du 11 septembre 2001). Une hypothèse est ce que l'on appelle l'effet de rapprochement, selon lequel les individus qui vivent une expérience partagée pourraient se soutenir mutuellement, renforçant ainsi la connectivité sociale. Les récents progrès technologiques (par exemple, la vidéoconférence) pourraient faciliter le rapprochement. Les épidémies et les pandémies peuvent également modifier les opinions sur la santé et la mortalité, rendant la vie plus précieuse, la mort plus redoutable et le suicide moins probable.

Conclusions

Les préoccupations concernant les résultats secondaires négatifs des efforts de prévention de COVID-19 ne doivent pas être prises pour impliquer que ces mesures de santé publique ne doivent pas être prises. Cependant, la mise en œuvre devrait inclure une approche globale qui tient compte des multiples priorités de santé publique des États-Unis, y compris la prévention du suicide. Il existe des possibilités d'améliorer les services de prévention du suicide pendant cette crise.

Article Information
Corresponding Author: Mark A. Reger, PhD, VA Puget Sound Health Care System, 1660 S Columbian Way (S-116), Seattle, WA 98108 (mark.reger@va.gov).
Published Online: April 10, 2020. doi:10.1001/jamapsychiatry.2020.1060
Conflict of Interest Disclosures: None reported.
Disclaimer: The views expressed in this article are those of the authors and do not necessarily reflect the position or policy of the Department of Veterans Affairs or University of Washington.

References

1.Drapeau CW , McIntosh JL . U.S.A. suicide: 2018 official final data. Published 2020. Accessed April 1, 2020. https://suicidology.org/wp-content/uploads/2020/02/2018datapgsv2_Final.pdf
2.Oyesanya M , Lopez-Morinigo J , Dutta R . Systematic review of suicide in economic recession.  World J Psychiatry. 2015;5(2):243-254. doi:10.5498/wjp.v5.i2.243 PubMedGoogle ScholarCrossref
3.Van Orden KA , Witte TK , Cukrowicz KC , Braithwaite SR , Selby EA , Joiner TE Jr . The interpersonal theory of suicide.  Psychol Rev. 2010;117(2):575-600. doi:10.1037/a0018697 PubMedGoogle ScholarCrossref
4.VanderWeele TJ , Li S , Tsai AC , Kawachi I . Association between religious service attendance and lower suicide rates among US women.  JAMA Psychiatry. 2016;73(8):845-851. doi:10.1001/jamapsychiatry.2016.1243
ArticlePubMedGoogle ScholarCrossref
5.CBS News. Coronavirus patients describe symptoms. Published 2020. Accessed March 19, 2020. https://www.cbsnews.com/news/coronavirus-symptoms-fever-dry-cough-shortness-of-breath/
6.Dutheil F , Aubert C , Pereira B , et al. Suicide among physicians and health-care workers.  PLoS One. 2019;14(12):e0226361. doi:10.1371/journal.pone.0226361PubMedGoogle Scholar
7.Mann JJ , Michel CA . Prevention of firearm suicide in the United States.  Am J Psychiatry. 2016;173(10):969-979. doi:10.1176/appi.ajp.2016.16010069 PubMedGoogle ScholarCrossref
8.Fleischmann A , Bertolote JM , Wasserman D , et al. Effectiveness of brief intervention and contact for suicide attempters.  Bull World Health Organ. 2008;86(9):703-709. doi:10.2471/BLT.07.046995PubMedGoogle ScholarCrossref
9.Motto JA , Bostrom AG . A randomized controlled trial of postcrisis suicide prevention.  Psychiatr Serv. 2001;52(6):828-833. doi:10.1176/appi.ps.52.6.828PubMedGoogle ScholarCrossref

https://jamanetwork.com/journals/jamapsychiatry/fullarticle/2764584

*** 
Crise sanitaire et suicides
Pourquoi faut-il davantage de prudence sur la couverture médiatique du suicide en période de crise sanitaire ?

source Programme Papageno 07/04
La crise sanitaire que nous vivons actuellement confronte l'ensemble des français à l'incertitude et à la perte de repères, voire, pour bon nombre, à en sentiment d'angoisse et d'insécurité. Bien que nécessaires, les mesures mises en place pour y faire face, fragilisent des liens sociaux : confinement, distanciation sociale, isolement, etc.
Alors que les élans de solidarité et les coopérations sont nombreux, le manque de cohésion et de régulation engendrent des changements importants qui peuvent faire le lit d'idées suicidaires.

Les craintes d'assister à une augmentation des suicides sont partagées par la communauté des soignants. Que peut-on faire ?

En terme de prévention du suicide, tout à chacun a un rôle à jouer :

l'entourage : Même s'ils sont virtuels, les liens sociaux peuvent être maintenus en utilisant les techniques à notre disposition : téléphone, mail, réseaux sociaux, visioconférence... Passer un appel à un proche, prendre de ses nouvelles, s'inquiéter de son bien-être peut changer la donne.
les associations : Disponibles pour la plupart par téléphone ou par chat, plusieurs associations apportent soutien et écoute aux personnes isolées et en situation de vulnérabilité.
les soignants : Mobilisés pour maintenir le lien avec les personnes déjà connues des services de soins, de nombreux professionnels de santé mentale se sont réorganisés afin de compléter la palette de soutien psychologique : renforts d'équipes de psychologues au sein des régulations du Samu centre 15, ligne d'appel nationale pour les personnes en détresse, dispositifs de soutiens aux endeuillés.
les journalistes : Plus que jamais, le rôle des journalistes est essentiel afin de limiter un effet d'incitation suicidaire (effet Werther) à laquelle la période se prête de façon inquiétante, et promouvoir un effet de prévention (effet Papageno). Nous invitons donc à une grande prudence en cas de médiatisation de cas de suicide et rappelons les 12 recommandations de l'OMS à ce sujet.

Prenez soin de vous et de vos proches. N'oubliez jamais que vos proches, votre famille, votre entourage, votre communauté... sont d'une aide précieuse dans ce contexte ; n'hésitez pas à les contacter. En cas de grande détresse psycho-sociale (caractère anxiogène du confinement, sentiment d'insécurité, difficultés relationnelles...), appelez le 15.source Programme Papageno 07/04

https://papageno-suicide.com/


***
SUISSE Dossier STOP SUICIDE 2/04/2020
Coronavirus et risque suicidaire
La pandémie de Coronavirus est venue brusquement chambouler nos habitudes et notre mode de vie. Pour cette raison, le bien-être et la santé mentale de chacun.e peuvent être mis à mal.
Dans ces circonstances, informer sur le risque suicidaire reste essentiel, mais il est plus que jamais nécessaire de prendre toutes les précautions afin d'éviter l'effet d'imitation (effet Werther).
Pour cela soutenir le travail des professionnel.le.s de l'information sur cette thématique, STOP SUICIDE a synthétisé les recommandations de la prévention dans un document unique, présentant également les ressources d'aide en lien avec la pandémie.
Nous sommes également à disposition pour les journalistes :
leonore@stopsuicide.ch
Lire la fiche d'information


*** 
BELGIQUE de Un pass dans l'impasse
http://www.info-suicide.be/recommandations-de-bonnes-pratiques/
Dossier spécial Recommandations de bonnes pratiques en prévention du suicide
COMMENT COMPRENDRE le phénomène du suicide, COMMENT REPERER les personnes à risque, QUE FAIRE et COMMENT REAGIR face à une personne en crise suicidaire ? Que l’on soit un particulier, un professionnel de la santé ou un journaliste, nous pouvons tous être confrontés de différentes façons au suicide. C’est pour cette raison que le Centre de référence de prévention du suicide a mis en place diverses recommandations de bonnes pratiques afin d’être préparé au mieux à cette éventualité.
Nous avons mis en place trois documents.
Le premier s’adresse à la population. Que dire ? Quels gestes adopter ? Nous répondons à toutes ces questions.
Recommandations population générale Le deuxième document concerne tous les professionnels de la santé. Que vous travaillez avec des adolescents, des adultes, des personnes âgées ou encore avec des personnes incarcérées, nous vous proposons différents conseils pour prendre en charge une personne en crise suicidaire et pour appliquer au mieux la prévention suicide. Recommandations pour les professionnels du secteur psycho-médico-social Le troisième document s’adresse quant à lui aux journalistes. Thématique récurrente dans l’actualité, les journalistes doivent parfois aborder des cas de suicide. Comment en parler sans tomber dans le drama, sans donner trop d’informations précises et peu pertinentes ? Nous avons élaboré différents conseils pour mettre en place une médiatisation dite responsable. Recommandations journalistes
Recommandations spécifiques COVID19 à destination de la population générale Le confinement peut avoir un impact sur notre santé mentale et cela peut s’exprimer par un sentiment de solitude, des angoisses, du stress,… Afin d’éviter ces émotions négatives, nous avons mis en place un manuel de survie en période de confinement à destination de la population générale.
Manuel de survie en période de confinement – COVID-19
source http://www.info-suicide.be/recommandations-de-bonnes-pratiques/
***

Service Hospitalo-Universitaire –Pôle Ouest—23/03/2020 CPS Centre de Prévention du Suicide du centre hospitalier Le Vinatier CORONAVIRUS : 13 RECOMMANDATIONS POUR «MIEUX VIVRE» LE CONFINEMENT http://www.ch-le-vinatier.fr/documents/Documents/03_le_vinatier/organisation/organisation_polaire/recommandations_generales.pdf

Aucun commentaire:

Publier un commentaire