vendredi 8 octobre 2021

ETUDE RECHERCHE CANADA Psychose : un diagnostic rapide peut sauver des vies

Psychose : un diagnostic rapide peut sauver des vies

Les adolescents et les jeunes adultes qui vivent une première psychose peuvent s’en rétablir complètement si le problème est dépisté et traité dans les plus brefs délais.

Nathalie Kinnard  5 octobre 2021 https://lactualite.com*

Désorganisation, hallucinations, idées délirantes, voix dans la tête… Environ 3 % de la population canadienne vivra un épisode de psychose au cours de sa vie. Ce trouble du cerveau se caractérise par une perte de contact avec la réalité pendant laquelle la personne ne fait plus la différence entre ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas.

Le premier épisode psychotique survient généralement entre 15 et 26 ans chez les hommes et entre 24 et 32 ans chez les femmes. Il est difficile de prévoir qui sera touché, car une combinaison de facteurs entre en cause. Ainsi, une crise peut se déclencher chez une personne qui a des prédispositions génétiques si elle vit un événement stressant ou traumatisant, comme des problèmes financiers, des abus ou de la violence, explique Roxanne Sicotte, psychoéducatrice au CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal auprès de personnes ayant un trouble psychotique et candidate au doctorat en sciences biomédicales, option sciences psychiatriques, au Département de psychiatrie et d’addictologie de l’Université de Montréal.

Un diagnostic rapide est la clé pour prévenir une mauvaise évolution de la maladie et même en guérir. « La psychose se traite et on peut se rétablir. Ce n’est pas vrai qu’une psychose progresse toujours vers des troubles psychotiques comme la schizophrénie, une dépression majeure ou des troubles affectifs avec caractéristiques psychotiques », précise celle qui est aussi chargée de cours au Département de psychoéducation de l’Université de Sherbrooke.
Chaque journée compte

« Il faut réagir rapidement lorsqu’une personne déclare des signes avant-coureurs de psychose, car le délai de prise en charge est déterminant à court et à long terme pour l’aggravation des symptômes, le fonctionnement global dans la vie et les idées suicidaires », signale Roxanne Sicotte. Par exemple, une étude réalisée au Royaume-Uni révèle que la gravité des symptômes d’une psychose non traitée augmente de 20 % en quatre semaines. Des chercheurs de Hong Kong, du Canada et du Royaume-Uni ont par ailleurs noté qu’une psychose soignée en deçà de 30 jours est associée à un risque moins élevé de rechutes au cours des 10 années suivant le diagnostic.

« Il est primordial de sensibiliser les gens à la reconnaissance d’un premier épisode psychotique », insiste la doctorante. Elle cite à ce sujet une étude réalisée en Norvège qui montre qu’une campagne de sensibilisation combinée à un programme de détection précoce accessible peut réduire le délai de prise en charge des psychoses de 26 à 4,5 semaines. Selon les chercheurs, cela entraîne une diminution des comportements suicidaires et un plus haut taux de rémission.

Être attentif aux symptômes

En règle générale, les symptômes surviennent graduellement. On peut remarquer un manque d’énergie, des comportements désorganisés, de l’isolement social, une baisse de performance à l’école ou au travail, de la méfiance envers les autres.

Chez certains, l’apparition de la psychose sera plus franche, avec des hallucinations, des idées délirantes ou des voix dans la tête. D’autres adopteront des rituels bizarres ou manifesteront un intérêt soudain pour des activités paranormales et mystiques.

« Le problème, c’est que certains symptômes avant-coureurs ne sont pas propres à la psychose. Ils peuvent être associés à la transition vers l’âge adulte, ou encore à un problème de consommation, avoue la psychoéducatrice. Ce qui fait que les gens ne vont pas d’emblée consulter un professionnel. »

En cas de doute, Roxanne Sicotte suggère de vérifier les symptômes et les facteurs de risque en remplissant les questionnaires du site refer-O-scope.

« Plusieurs cliniques au sein de différents CIUSSS et CISSS reçoivent les gens qui ont un premier épisode psychotique, ajoute-t-elle. On peut s’y rendre sans passer par un médecin, c’est accessible et les délais de traitement sont rapides. »

Ces cliniques offrent des programmes d’intervention spécialisés particulièrement adaptés au niveau de développement des jeunes adultes : ceux-ci auront accès à des équipes multidisciplinaires constituées de psychiatres, d’infirmières, d’ergothérapeutes, de travailleurs sociaux et d’intervenants en toxicomanie, entre autres.


Psychose et suicide

Selon une revue de la littérature sur le sujet publiée par la doctorante en 2021, avant leur premier contact avec les services psychiatriques, de 21 % à 31 % des personnes vivant une première psychose ont des idées suicidaires, et de 7 % à 33 % d’entre elles feront une tentative de suicide. « Pour les personnes présentant un premier épisode psychotique, le risque de suicide est jusqu’à 18 fois plus élevé que pour la population générale », précise Roxanne Sicotte.

Les différentes études analysées par la chercheuse montrent toutefois une diminution des idées suicidaires et des tentatives de suicide lorsque le patient bénéficie d’un suivi sur cinq ans dans le cadre d’un programme d’intervention spécialisé. Les interventions psychosociales — individuelles, familiales ou de groupe —, ainsi que les thérapies cognitivo-comportementales, fréquemment offertes dans les cliniques spécialisées, ont notamment contribué à faire baisser le risque de suicide lié à la première psychose.

Pour mieux comprendre les facteurs cliniques, psychologiques et sociaux associés au risque de suicide chez les gens ayant un premier épisode psychotique, Roxanne Sicotte analyse l’évolution sur cinq ans de 567 jeunes adultes, âgés de 18 à 30 ans, admis entre 2005 et 2013 dans deux établissements proposant des services pour psychose émergente (CHUM et IUSMM).

« Nous voulons être capables de prédire le risque de suicide ou d’aggravation des idées suicidaires selon différents profils de personnes, explique la chercheuse. Car chez certains patients, les idées suicidaires et les tentatives de suicide persistent même après cinq ans. »

Elle mènera également une étude comparative de l’évolution du comportement suicidaire de 333 patients suivis pendant deux ans dans deux lieux d’intervention précoce pour la psychose, situés à Montréal et à Madras, en Inde.

Des idées suicidaires ? 1 866 APPELLE

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