samedi 21 novembre 2020

AUTOUR DE LA QUESTION Comment fonctionne le numéro unique pour les personnes pédophiles

Comment fonctionne le numéro d'écoute destiné aux personnes pédophiles ?
Lucile Descamps
ven. 20 novembre 2020  https://fr.news.yahoo.com/

Comment fonctionne le numéro unique pour les personnes pédophiles, bientôt disponible dans toute la France ?
Depuis un an, un numéro d’écoute pour les personnes pédophiles est à l’essai dans plusieurs régions. Dès janvier, il sera disponible dans tout le pays. Comment fonctionne ce service de prévention, qui a pour but d’éviter les passages à l’acte ?

Après un an d’expérimentation dans cinq régions - avec une extension à Paris, la Lorraine et la région Rhône-Alpes durant le premier confinement - le numéro unique* dédié aux personnes pédophiles va s’étendre à l’ensemble du territoire français.

Dès ce lundi 23 novembre, la mise en place technique commence. “On laisse à nos collègues les mois de novembre et décembre pour qu’ils entrent dans le dispositif”, précise Ingrid Bertsch, secrétaire de la Fédération Française des Criavs (Centres Ressources pour les Intervenants auprès des Auteurs de Violences Sexuelles) et psychologue dans le Centre-Val de Loire. Ce service sera disponible sur l’ensemble du territoire dès le début de l’année 2021.
Un dispositif inspiré de l’Allemagne et l’Angleterre

Si ce numéro unique a rapidement attiré l’attention du secrétaire d’État en charge de l’enfance et des familles, Adrien Taquet - qui en a fait l’un des piliers de son plan de lutte contre les violences faites aux enfants - il est en fait né grâce à la Fédération Française des Criavs. Cette association, qui regroupe un ensemble de services publics hospitaliers, a été créée “afin de pouvoir monter des projets nationaux et internationaux”, nous explique Cécile Miele, psychologue-sexologue au CHU de Clermont-Ferrand et chargée de la communication de la Fédération Française des Criavs.

C’est en s’inspirant de ce qui se faisait en Allemagne et en Angleterre que l’association a décidé de développer un dispositif de prévention des passages à l’acte sur mineurs sous forme de ligne d’écoute. Une expérimentation lancée en novembre 2019 dans cinq régions.



Une organisation propre à chaque Criavs

Derrière le téléphone, on trouve des secrétaires médicales, mais aussi des psychologues, psychiatres, sexologues, infirmiers, éducateurs et même juristes. Toutes ces personnes ne se consacrent pas à plein temps au numéro d’aide. “On travaille dans des services hospitaliers, avec nos missions habituelles”, précise Cécile Miele. “Dans la mesure où on ne pouvait pas créer d’embauches spécifiques pour ce numéro, on l’a intégré dans les appels quotidiens”, poursuit-elle. La seule différence, c’est que la secrétaire qui décroche est informée à l’avance qu’il s’agit d’un appel passé via le numéro d’aide.

Chaque Criavs a ensuite ses propres horaires - le dispositif n’est pas disponible 7 jours sur 7, 24h sur 24 - et gère son organisation comme il l’entend. Certains consacrent, par exemple, des demi-journées ou des journées entières aux évaluations avec les appelants, quand d’autres répartissent ces temps sur l’ensemble de la semaine.

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Un premier contact pour établir le lien

Très concrètement, lorsqu’une personne compose le numéro d’aide, elle tombe sur une secrétaire médicale. “Comme il s’agit d’un service qui doit fournir une orientation, les appelants ne s’étalent généralement pas, ils dévoilent très peu de leur intimité mais demandent simplement de l’aide”, nous raconte la psychologue-sexologue Cécile Miele, membre du Criavs Auvergne-Rhône-Alpes. Cependant, pour certains, la personne au bout du fil est le premier interlocuteur sur ce sujet. “Ils ont donc besoin de déposer et l’échange peut durer plus longtemps”, ajoute Cécile Miele.

Mais le plus souvent, le premier appel n’est qu’un test. Les appelants - très souvent des hommes - ont besoin d’être rassurés sur la façon dont ils vont être reçus. “Le travail fondamental des secrétaires, c’est de réussir à créer un lien, à récupérer des coordonnées pour que la personne puisse être rappelée”, détaille la spécialiste.
Une orientation vers le professionnel adapté

Après ce premier contact, l’appelant est dirigé vers un clinicien. “Comme pour tous les troubles, on procède à une évaluation si le patient l’accepte. On essaie de comprendre la problématique la plus prédominante, afin de l’orienter vers le soignant le plus approprié”, poursuit la psychologue-sexologue. Lorsque ces étapes sont franchies, la prise en charge peut commencer.



Cette première année de tests a permis d’obtenir des résultats satisfaisants. “Bien sûr, on ne peut pas savoir si les personnes qui nous ont appelés seraient vraiment passées à l’acte” précise Cécile Miele. “Mais la plupart de ceux qui travaillent dans les Criavs travaillent aussi dans le soin. Donc on est nous-mêmes impliqués dans les équipes soignantes vers lesquelles sont envoyés les appelants, et on constate que la plupart des patients adhèrent bien aux soins”, se réjouit la psychologue. Car c’est bien de cela dont il s’agit, avec ce numéro : faire de la prévention pour éviter les passages à l’acte.
 

Une communication d’abord timide

Durant la première année de test, la communication autour de ce dispositif s’est surtout faite en interne. “Chaque Criavs a fait connaître le numéro unique à son réseau de professionnels, au cours de formations, d’événements... à Tour par exemple, on a pu l’envoyer aux médecins généralistes de la région”, nous décrit la secrétaire de la Fédération Française des Criavs, Ingrid Bertsch.

“On a reçu plus de 1 000 appels, c’est plutôt satisfaisant, ça veut dire que l’information passe et surtout que les personnes concernées saisissent le dispositif”, commente de son côté Cécile Miele.



Avec l’extension à l’échelle nationale du numéro d’écoute, l’association recevra des moyens du ministère des Solidarités et de la Santé, principalement dédiés à une campagne de communication qui sera lancée en janvier. Une bonne nouvelle qui s’accompagne tout de même d’une certaine inquiétude. “Pour l’heure, tous les appels ont pu être pris en charge, mais on suppose qu’avec une telle campagne de communication, le nombre d’appels va augmenter. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’on pourra apprécier si on a les moyens humains suffisants”, nous précise Ingrid Bertsch.
Un manque de moyens

Là où le manque de moyens humains risque très vite de se faire sentir, c’est dans la disponibilité des soignants. “C’est la limite d’un dispositif comme le nôtre”, regrette Cécile Miele. Car l’idée de ce numéro d’écoute, c’est de pouvoir envoyer les appelants vers des soignants à proximité, afin d’assurer un suivi. Or, “à l’image de la psychiatrie en général, il y a des régions qui sont plus ou moins pourvues de professionnels. Il faut qu’on fasse beaucoup avec peu de moyens” résume-t-elle.

En plus de travailler sur le numéro d’aide, les Criavs s’emploient à cartographier les professionnels spécialisés dans les questions en lien avec les troubles pédophiliques. “Ça nous permet de pointer les inégalités territoriales et de les faire remonter à nos tutelles”, commente Cécile Miele. Un travail qui va s’avérer très vite utile, avec l’ouverture du numéro à l’ensemble du pays.

*Le numéro d’appel unique à destination des personnes attirées par les enfants est le 0 806 23 10 63. Service gratuit.

https://fr.news.yahoo.com/comment-fonctionne-numero-ecoute-pedophiles-162825197.html

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