lundi 30 novembre 2020

Remise mardi d'un rapport d'Olivier Damaisin sur le sujet du mal être et suicide agricole et les propositions issues de sa mission interministérielle

Suicide des agriculteurs: les principales recommandations du rapport remis ce mardi au gouvernement

Le député (LREM) du Lot-et-Garonne, Olivier Damaisin, recommande de mieux coordonner localement l’accompagnement des agriculteurs en souffrance et de former davantage de citoyens « sentinelles ».

Par Afp | Publié le 01/12/2020 https://www.lavoixdunord.fr*

La MSA a dénombré en 2015, 372 suicides d’exploitants agricoles, plus d’un par jour.

Le député (LREM) du Lot-et-Garonne, Olivier Damaisin remet un rapport sur la prévention des suicides dans le monde agricole ce mardi au gouvernement. Si le phénomène a longtemps été globalement « mis sous cloche », a estimé l’élu auprès de l’AFP, nombre d’initiatives existent. Le problème, « c’est la coordination entre tout ça ». Voici ses principales recommandations.
> Communiquer à destination des personnes en souffrance

L’élu suggère de diffuser plus largement « une information générale et non stigmatisante sur le mal-être pour qu’il ne soit pas un sujet tabou » et de mieux faire connaître les plateformes d’écoute, comme Agri’écoute, financée par la sécurité sociale agricole (MSA) et accessible 24H/24 au 09 69 39 29 19.



Il plaide aussi pour une publication annuelle du taux de mortalité par suicide et d’une « analyse fine de la typologie des agriculteurs concernés et des causes ». Il n’est « pas normal », a-t-il déclaré à l’AFP, que les chiffres les plus récents datent de 2015. La MSA a dénombré cette année-là 372 suicides d’exploitants agricoles, plus d’un par jour.
> Mobiliser et former des « sentinelles »

Pour repérer les agriculteurs fragilisés et les orienter vers les dispositifs d’accompagnement, Olivier Damaisin suggère de recruter et former de nouvelles « sentinelles » parmi les personnes qui gravitent autour des agriculteurs, comme les salariés de coopératives, conseillers de chambre d’agriculture, techniciens de contrôle laitier, vétérinaires, mais aussi facteurs, élus locaux, médecins et pharmaciens.

> Coordonner

Olivier Damaisin propose la création d’un observatoire national des exploitations en difficulté, sous l’égide du ministère de l’Agriculture.

Selon lui, les cellules d’accompagnement des agriculteurs mises en place par l’État dans la plupart des départements pourraient contribuer « à la nécessaire coordination des acteurs de la prévention ».

Le député souhaite « améliorer » leur fonctionnement et réviser leur composition afin que ces cellules – qui réunissent des acteurs institutionnels – incluent par exemple des vétérinaires libéraux, « qui sont parmi les acteurs les mieux placés pour observer l’état des troupeaux sur les exploitations, indicateur d’un possible mal-être des éleveurs ». Il estime qu’il conviendrait par ailleurs de mieux encadrer « à quel moment et selon quelles règles » les banques « peuvent intervenir ».
> Accompagner les agriculteurs en difficulté

M. Damaisin conseille notamment de développer des dispositifs de mentorat entre un agriculteur et un entrepreneur dont les activités sont étrangères à l’agriculture, à l’image de ce qui est développé par la chambre d’agriculture de Saône-et-Loire.

La question du devenir des terres agricoles étant très sensible, il plaide pour « renforcer et vulgariser » des dispositifs de portage foncier permettant par exemple à un agriculteur de continuer à travailler les terres qu’il a dû se résoudre à vendre, voire de les racheter plus tard.
> Accompagner les nouveaux agriculteurs

« La prévention du mal-être doit commencer très tôt avec une sensibilisation dès la formation initiale », souligne le député, qui juge aussi « utile de développer un dispositif de tutorat par un agriculteur expérimenté, volontaire et sans intérêt personnel ».
> Communiquer positivement sur l’agriculture

« La revalorisation de l’agriculture et de son rôle social sont nécessaires », relève le député. Reprenant à son compte le terme d’« agribashing », popularisé par le premier syndicat de la profession FNSEA, il estime que la contestation visant les pesticides ou les systèmes d’élevage intensifs renvoie aux agriculteurs « une image dévalorisante de leur métier » qui peut se cumuler avec le reste de leurs difficultés.
> Financer

M. Damaisin plaide notamment pour continuer à donner à la MSA les moyens de son « aide au répit », qui finance le remplacement jusqu’à 10 jours des adhérents en situation d’épuisement professionnel, leur permettant de se reposer.

https://www.lavoixdunord.fr/901181/article/2020-12-01/suicide-des-agriculteurs-les-principales-recommandations-du-rapport-remis-ce

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 Remise mardi d'un rapport sur la prévention des suicides d'agriculteurs
lundi 30 novembre 2020

Paris, 30 nov 2020 (AFP) - - Le député LREM du Lot-et-Garonne Olivier Damaisin doit remettre mardi au Premier ministre un rapport présentant des pistes pour accompagner plus précocément les agriculteurs en difficulté et tenter d'enrayer les suicides qui endeuillent régulièrement la profession.

L'élu s'était vu confier cette mission par le gouvernement lors du salon de l'agriculture, en février. Il avait initialement un délai de six mois pour remettre son rapport, mais le calendrier a été bousculé par la crise sanitaire.

"Il y a des petites solutions que je vais proposer qui peuvent sauver des vies", a estimé auprès de l'AFP M. Damaisin, en amont de la présentation de son travail à Jean Castex.

Ces mesures ne nécessiteront pas forcément de passer par la voie législative, dans l'optique d'"arriver à faire vite pour diminuer le nombre de suicides", a-t-il précisé.

Une "surmortalité statistique par suicide pour les exploitants agricoles, comparés à la population générale, a été mise en évidence", rappelait en juin l'observatoire national du suicide. Cette surmortalité est "particulièrement marquée chez les éleveurs bovins (lait et viande) âgés de 45 à 54 ans".

Pour la seule année 2015, 372 suicides d'exploitants agricoles avaient été recensés, soit plus d'un par jour, selon les statistiques les plus récentes de la sécurité sociale agricole, la MSA.

Le député, qui regrette l'absence de données actualisées, souligne que ce nombre est réputé en deçà de la réalité, des décès étant susceptibles d'être comptabilisés comme accidents du travail, par exemple.

Si le constat est sombre, Olivier Damaisin veut croire qu'un "tabou" a été brisé depuis la sortie en septembre 2019 du film "Au nom de la terre", qui a remporté un vif succès en France, avec deux millions d'entrées en salles, surtout en régions.

Basé sur l'histoire du père du réalisateur Edouard Bergeon, Guillaume Canet y incarne un éleveur de volailles pris dans la spirale du surendettement, qui sombre dans la dépression.

Jusque-là, la question du mal-être paysan restait globalement "mise sous cloche", de l'ordre du "non-dit plutôt que du déni", estime M. Damaisin.

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Intervention d'Olivier Damaisin sur le sujet du mal être et suicide agricole et les propositions issues de sa mission interministérielle.




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La Dépêche du Midi
Lot-et-Garonne
Locale, mardi 10 novembre 2020 1225 mots, p. 22



INFO plus
PRESSE
Lot-et-garonne
suicide agricole

Y a-t-il quelqu'un pour recevoir le rapport du député Damaisin ?
Propos recueillis par Baptiste Gay https://www.ladepeche.fr*

Missionné l'hiver dernier par Emmanuel Macron et le gouvernement pour faire des propositions sur le mal-être des agriculteurs, le député de Villeneuve-sur-Lot, Olivier Damaisin, a bouclé son rapport depuis quelques semaines déjà. De report en confinement et reconfinement, il tarde à être reçu par le Premier ministre et attend des nouvelles du ministre de l'Agriculture. En attendant, il nous a présenté quelques-unes de ses pistes de travail.

Septembre 2019, le film « Au nom de la terre » sort dans les cinémas français. Guillaume Canet y campe le rôle d'un exploitant agricole en détresse professionnelle et psychologique. Le long-métrage d'Edouard Bergeon (lire encadré ci-dessous) va attirer 1,8 millions personnes et obtenir trois nominations aux Cesar, brisant au passage le tabou du suicide chez les agriculteurs.

Fin du mois de février 2020, à quelques semaines du premier confinement, le Président de la République, Emmanuel Macron, profite des projecteurs braqués sur le Salon de l'agriculture pour évoquer la mission confiée par son gouvernement à un député du Lot-et-Garonne. Olivier Damaisin (LREM) doit faire l'état des lieux du mal-être paysan et proposer des pistes de prévention au suicide agricole.

Novembre 2020, le rapport d'Olivier Damaisin est prêt, mais de confinement en report, de reconfinement en « re-report », personne n'a encore pris le temps de recevoir le député de la troisième circonscription du Lot-et-Garonne pour écouter ses conclusions, dans l'attente que le Premier ministre, Jean Castex, ou le ministre de l'Agriculture, Julien Denormandie, l'invite. Vendredi dernier, il a accepté de détailler quelques-unes de ses recommandations pour lutter contre le mal-être agricole.

« Un jour un agriculteur m'appelle pour me dire qu'il va se suicider avant la fin de semaine... »

Bretagne, Saône-et-Loire, Lot-et-Garonne, Isère, Drôme, Pyrénées-Atlantiques... autant que faire se peut en ces périodes qui compliquent les déplacements, vous avez sillonné l'Hexagone pour rencontrer de multiples acteurs, quel est votre principal constat ?

Que beaucoup de monde s'intéresse au sujet, les MSA, les chambres d'agriculture, les services de l'Etat, de nombreuses associations... mais au final tout le monde travaille de son côté, sans qu'il n'y ait de réelle communication entre tous ces acteurs. Et la difficulté réelle, c'est que lorsqu'il y a urgence face à la détresse psychologique, il manque un numéro à appeler, un peu comme on le ferait avec le 18 pour les pompiers. J'ai été confronté moi-même à cette difficulté. Après que l'on m'a confié cette mission, j'ai vite été repéré sur les réseaux sociaux. De nombreux agriculteurs m'ont sollicité, jusqu'au jour où je me suis retrouvé face à un paysan de la Manche en réelle détresse. Il venait de recevoir un courrier le lundi lui ordonnant de faire un paiement pour le vendredi et il m'a lâché « je vais me suicider dans la nuit de jeudi à vendredi ».

Comment avez-vous réagi ?

Comme je vous ai dit plus haut, je me suis dit je vais appeler le numéro d'urgence, sauf qu'il n'y en a pas. Au final avec l'aide du président de la MSA Dordogne-Lot-et-Garonne, nous sommes entrés en contact avec son homologue de la Manche et on a pu désamorcer la bombe, mais tout cela a pris du temps et les choses auraient pu basculer dans le drame beaucoup plus vite. Délégué, référent, je ne sais pas comment il faut l'appeler mais il faut mettre sur un pied un « Monsieur » ou une « Madame » détresse agricole par département. Parce que se retrouver face à l'urgence cela peut arriver à un proche, un voisin, un banquier, une personne de l'administration, et on est parfois désemparé.

Cela, c'est pour les situations les plus urgentes, n'y a-t-il pas d'autres pistes de travail, en amont, pour ne pas en arriver aux situations extrêmes ?

Dans mon rapport, j'avance aussi une solution sur la question foncière. Je prends un exemple : vous êtes agriculteur, vous possédez 100 hectares, votre situation économique est mauvaise et on vous demande de vendre 20 hectares pour vous en sortir. Vous n'imaginez pas l'impact psychologique de ce type de situation. Il faut pouvoir assumer devant la famille ou les voisins d'avoir « échoué » à maintenir l'exploitation qu'on vous a léguée. Je propose que les SAFER (sociétés d'aménagement foncier et d'établissement rural), en relation avec les banques, rachètent les 20 hectares et les mettent à disposition de l'agriculteur durant un certain laps de temps. Si, d'ici là, en trouvant une production plus rémunératrice par exemple, l'agriculteur peut dégager à nouveau de la trésorerie, il pourra racheter ses anciennes terres en priorité. J'ai d'autres pistes à proposer, comme la non-divulgation des informations individuelles, dans le cadre d'un redressement financier, ça serait bien que certains courriers à faire signer par les facteurs ne soient pas accessibles à tous. Cela va quand le facteur est discret, mais quand il ne l'est pas...

Est-ce que d'autres constats vous ont marqué ?

Oui, pour être plus positif, j'ai remarqué que les agriculteurs qui adhéraient à des Coopératives d'utilisation de matériel agricole étaient moins sujets à la question du suicide. C'est sans doute parce que ce type de structure rompt l'isolement. Quand un adhérent a du mal à payer sa part du matériel acheté en commun, les autres cherchent à comprendre d'où vient le problème et le soutiennent. C'est un exemple à suivre et à développer sans doute. Je pense aussi qu'on doit aider les agriculteurs qui travaillent parfois 70 heures par semaine pour des salaires dérisoires à prendre le temps de se reposer. Quand, en plus, vient s'ajouter la détresse psychologique, la fatigue est encore plus compliquée à supporter. Des associations d'aide au remplacement existent, mais les agriculteurs n'ont pas forcément les moyens de payer des remplaçants.

D'autant plus que, si besoin était, depuis quelques années, les agriculteurs doivent faire face à un « agribashing » quasi-permanent.

Ah oui, le fameux raccourci « agriculteurs pollueurs » et les dénonciations de prétendues pratiques qui vont à l'encontre de l'environnement. Je crois que l'on doit aider les agriculteurs à communiquer sur leurs métiers. La communication auprès du grand public doit se développer. Même sur des choses évidentes comme le fait d'être obligé d'arroser pour faire pousser des plantes. Quand je vois le nombre de bêtises qui peuvent se raconter concernant le retour des néonicotinoïdes pour les betteraves, alors qu'en leur absence les agriculteurs ont été obligés d'utiliser bien plus de produits bien moins efficaces, je me dis que le fossé entre la réalité et ce qu'on veut bien faire croire, est assez grand.

Aux côtés d'Edouard Bergeon

Une relation d'amitié s'est nouée entre Edouard Bergeon, le réalisateur du film « Au nom de la terre », et Olivier Damaisin. « Au point qu'un jour il m'a interpellé pour intervenir à ses côtés sur une problématique de détresse d'un éleveur de bovins des Pyrénées-Atlantiques dont le troupeau a dû être abattu en raison de la tuberculose », explique le député. Il se trouvait qu'OIivier Damaisin s'était déplacé peu de temps auparavant dans ce département et a donc pu relayer les inquiétudes auprès des banquiers afin de débloquer de l'argent pour venir en aide à l'éleveur. « Le jour où ses vaches sont parties, il n'y avait quand même aucun représentant de la chambre d'agriculture, de la MSA ou d'élus locaux, c'est quand même navrant », se désole encore le parlementaire lot-et-garonnais.

https://www.ladepeche.fr/2020/11/06/suicide-agricole-y-a-t-il-quelquun-pour-recevoir-le-rapport-du-depute-damaisin-9186259.php

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