jeudi 10 septembre 2020

Le Mans. Un infirmier psy lance une plateforme numérique dédiée aux proches de personnes suicidaires.

Ouest-France (site web)
Sarthe, mercredi 9 septembre 2020

Le Mans. Un infirmier psy lance une plateforme de prévention du suicide
Recueilli par Jérôme LOURDAIS.

À l’occasion de la Journée mondiale de la prévention du suicide, le 10 septembre, Yann Massart, infirmier psychiatrique au Mans, lance une plateforme numérique dédiée aux proches de personnes suicidaires.


Entretien

Yann Massart, infirmier psychiatrique à l’Établissement public de santé mentale de la Sarthe, initiateur de la plateforme #jesuislà

Vous lancez une plateforme web de prévention du suicide. Il existe pourtant déjà des sites de soutien, des lignes téléphoniques dédiées.

Ce qui existe, c’est bien, mais je n’ai pas trouvé de plateforme avec une communication simple, intuitive, claire. Quelque chose qui accroche, mais avec les éléments scientifiques validés. Mon idée, c’est de proposer une porte d’entrée complémentaire destinée à l’entourage d’une personne en crise suicidaire. Pour faire de la prévention, il faut travailler avec les proches.

Comment avez-vous procédé ?

Je me suis inspiré d’un site australien et d’un site américain. Je les ai contactés, ça a été une base, notamment pour le visuel. Ensuite, les contenus ont été travaillés avec plusieurs contributeurs : psychiatres, psychologues, juristes, infirmiers spécialisés.

Pour guider les aidants, le site liste des signes d’alerte…


On a listé trois grandes familles : changements d’humeur, changements de comportement, situations difficiles. On donne une série d’exemples : préoccupation anormale pour l’avenir, peur d’être un fardeau, manque d’estime de soi, isolement, perte d’intérêt pour ce qui est habituellement apprécié, diminution du soin apporté à son apparence, insomnies, vitesse au volant, prise de drogues, pression au travail, difficultés financières, deuil… C’est un rappel de signaux auxquels il faut rester attentifs. En y veillant, chacun peut être le dernier rempart avant un passage à l’acte.

Peut-on vraiment aider une personne suicidaire sans être un professionnel du soin ?


C’est possible, à partir du moment où on est prêt à aller plus loin que le « ça va » quotidien. Quand on offre un moment d’écoute, on entrouvre une porte de sortie. On peut même poser la question franchement : « Penses-tu au suicide ? »

Au risque de donner des idées ?

Pas du tout. Des études montrent que ça peut aider à désamorcer, en laissant s’exprimer le malaise. L’important, c’est surtout de faire confiance à son instinct si on pense que quelque chose ne va pas.

Ça suppose que l’aidant se sente suffisamment solide.

On l’explique sur la plateforme : avant toute chose, apprenez les signes d’alerte puis demandez-vous si vous êtes prêt. Ou si la situation ne demande pas une intervention immédiate des secours.

Il faut oser se demander soi-même si on est en capacité d’entendre la souffrance de l’autre. Est-ce le bon moment, le bon endroit ? Est-ce que j’aurai le temps d’accueillir ? On rappelle aussi que les personnes suicidaires ne veulent pas mourir. Elles veulent juste mettre fin à une souffrance devenue insupportable.

Un onglet s’adresse directement aux personnes suicidaires, avec un message spécifique en cas d’urgence. Un texte où l’auteur tutoie la personne suicidaire…

Le ton est direct, adapté à l’époque. On dit tout de suite qu’on ne prendra pas beaucoup de temps, que le suicide est une chose qu’on connaît. On admet la douleur, mais en disant d’emblée : « On s’en sort ».

Un « psy-geek » mobilisé après les attentats

Il est parti à Paris après le Bataclan. Puis à Nice. Yann Massart, 34 ans, a participé aux cellules de réponse destinées aux familles après les attentats. Cet engagement lui a valu de devenir référent de mission pour Santé publique France. A ce titre, l’infirmier sarthois rentre d’une mission de renfort Covid d’un mois, en Guyane.

Infirmier en psychiatrie depuis près de dix ans, membre d’une cellule d’urgences médico-psychologique et d’une équipe psychiatrique d’accueil aux urgences, Yann Massart, qui a récemment suivi un cursus universitaire en psychotraumatologie, est formé à la prise en charge des patients en crise suicidaire. Parallèlement, ce féru de nouvelles technologies a monté des sites internet, aidé des entrepreneurs dans leur transformation numérique.

Cette double compétence l’a poussé à monté sa plateforme #jesuislà. Un début. « On va développer le site, avec de la vidéo, des posts instagram, peut-être même un accueil spécifique pour les adolescents ou les personnes âgées. » 


Illustration(s) :

Ouest-France
Yann Massart, infirmier psy féru de nouvelles technologies, lance la plateforme #jesuislà avec le soutien de « l’influenceuse » web Amélia Nymphea, très présente sur les réseaux sociaux. 

https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/le-mans-72000/le-mans-un-infirmier-psy-lance-une-plateforme-de-prevention-du-suicide-6967357 

 

Info + https://www.jesuisla.info/

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