mardi 26 novembre 2013

MOBILISATION MILITANTE Prisons : le silence et la mort

Prisons : le silence et la mort



Comme chaque année depuis cinq ans, un collectif d’associations dont fait partie le Secours Catholique s’est mobilisé pour honorer la mémoire de ces détenus morts derrière les barreaux, loin de l’affection des leurs.

© Jean-François Joly/Secours Catholique  JPEG - 20.4 ko
© Jean-François Joly/Secours Catholique
« Le 20 décembre 2012, une femme, 73 ans, suicide par immolation. Le 21 décembre, Sofiane, 28 ans, suicide par pendaison. Le 24 décembre, un homme, 40 ans, suicide par pendaison. » Par un froid mordant, sous un ciel plombé, ce jeudi 21 novembre, sont lentement égrenés les prénoms (ou la mention « un homme », « une femme ») des 104 détenus morts en prison, loin des leurs, depuis décembre 2012. Le plus jeune avait 19 ans ; le plus âgé 87.
« Il ne s’agit que des décès recensés par les associations, les médias et les familles », précise le porte-parole du collectif d’associations qui organise chaque année depuis cinq ans ce type de rassemblement.
Depuis la création du collectif, il y a cinq ans, la situation ne s’arrange guère. La population carcérale est toujours en augmentation, les moyens humains sont toujours en baisse... et c’est toujours le détenu qui fait les frais de cette impossible équation. Le taux de suicide derrière les barreaux en France est deux fois supérieur à la moyenne européenne.
Rendre leur dignité à ces personnes mortes seules, manifester un soutien aux familles endeuillées par le départ prématuré d’un père, d’une mère ou d’un enfant : voilà l’objectif de cette commémoration annuelle, à laquelle participe le Secours Catholique précisément au nom de la dignité de la personne humaine. Les responsables du département Prison-Justice du Secours Catholique, Jean Caël et Paul Charvet, ainsi que l’aumônier général, le P. Dominique Fontaine étaient ainsi présents place du Palais-Royal, devant le Conseil d’État à Paris.
Dans l’assistance également, la sénatrice verte Aline Archimbaud, auteur d’un rapport sur l’accès aux soins des plus démunis, ainsi que Stéphane Cazes, le réalisateur du film Ombline, qui raconte le combat d’une prisonnière pour garder son bébé auprès d’elle au-delà des dix-huit mois prévus par la loi.
Silence
C’est du silence assourdissant qui entoure la mort en prison qu’est venue témoigner, dans un texte puissant, Anne Lécu, religieuse et médecin en milieu pénitentiaire : « Mourir en prison c’est d’abord un silence, un grand silence qui recouvre le bruit, le silence de tous les autres, enfermés, vivants. Un silence qui écoute de toutes ses oreilles, un silence éveillé, désolé, rempli de colère et de malheur, un silence d’effroi (...) Pour le soignant, la fatigue, l’angoisse d’avoir mal fait, la grande fatigue de l’échec, de notre insuffisance collective (...). Mourir en prison, c’est du malheur ajouté au malheur. N’en rajoutons pas plus encore par le silence de l’oubli et le bruit du bavardage. »
Écoutez ce témoignage :
Karim Mokhtari, ancien détenu et fondateur du site d’information sur les prisons Carceropolis, s’est lui adressé, dans un témoignage très personnel, aux familles, au personnel pénitentiaire mais aussi aux détenus eux-mêmes pour « leur dire que leur vie, leur être ne se réduit pas à leur seule faute. Leur dire qu’ils ont le choix, qu’ils doivent être acteur de leur vie et de sa reconstruction. Leur dire que la culpabilité qu’ils ressentent ne doit pas être source de désespoir mais un motif pour se forger un nouvel avenir (...). Leur dire qu’ils ne sont pas seuls, pas si seuls que cela, pas seuls pour toujours ». Celui qui, souvent, a lui-même eu envie de céder au dernier renoncement a souligné l’importance d’une présence discrète et bienveillante.
Cette présence, les bénévoles du Secours Catholique l’offrent partout en France. Chaque délégation - ou presque - a son "équipe prison". Les actions sont diverses, de la préparation de la sortie de prison à l’accompagnement des femmes notamment pendant leur maternité, en passant par la confection et la distribution de colis de Noël.
Au-delà de ce type d’actions, et alors que débutent aujourd’hui les Journées Nationales Prison consacrées cette année à la santé, les associations continuent de demander le placement en cellules individuelles pour faire baisser la violence et la désespérance.
Elles soulignent la nécessité d’une prise en charge hospitalière des malades mentaux et celle d’un meilleur suivi des autres malades. Selon les chiffres du ministère de la Santé, 35 à 42 % des détenus souffrent d’une maladie mentale, et selon une étude récente 80 % d’entre eux présenteraient au moins un trouble psychiatrique.
Marina Bellot

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