lundi 2 décembre 2019

ETUDE RECHERCHE L’insomnie, vigie du suicide

Suicide  Agir sur les rythmes biologiques
L’insomnie, vigie du suicide
Neurologie
Le Quotidien du Médecin
Pathologies du sommeil, lundi 2 décembre 2019
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Les troubles du sommeil pourraient précéder le passage à l’acte suicidaire, indépendamment de toute pathologie dépressive, ce qui ouvre un axe de prévention.

Les troubles du sommeil constituent des facteurs de risque de conduites suicidaires mais aussi un prodrome de passage à l’acte. On estime que 60 % des décès par suicides avaient des troubles du sommeil lorsqu’ils sont passés à l’acte, les éléments les plus prédictifs étant le temps d’éveil et les cauchemars.

Les perturbations du sommeil et des rythmes biologiques sont étroitement liés à l’apparition de symptômes dépressifs, mais l’association entre anomalies du sommeil et risque suicidaire est indépendante du syndrome dépressif. Ces troubles sont bien entendu peu spécifiques, mais « l’apparition ou l’aggravation chez un dépressif – ou une personne en souffrance psychique quelle qu’en soit la cause – de cauchemars, d’insomnie ou d’un temps d’éveil nocturne augmenté peut annoncer un passage à l’acte suicidaire, alerte le Dr Pierre Alexis Geoffroy. On a donc là une fenêtre d’intervention, alors qu’on manque justement de marqueurs prédictifs du passage à l’acte. Cela ouvre des pistes de recherche, avec des montres ou autres objets connectés pour prendre en charge des anomalies du sommeil et prévenir le risque suicidaire. »

Les relations entre risque de suicide et troubles du sommeil sont vraisemblablement bidirectionnelles. Les idées suicidaires entraînent ruminations et hypervigilance qui favorisent réveils nocturnes et cauchemars, mais les insomnies ou la fragmentation du sommeil entraînent une altération de l’humeur, qui progressivement va dégrader l’état anxiodépressif. L’impulsivité, facteur de risque suicidaire, serait aussi aggravée par l’insomnie. « L’ensemble de ces données sont préliminaires, et bien que prometteuses, doivent être confirmées et précisées dans des études futures », ajoute le psychiatre.

Des perspectives thérapeutiques

Certains traitements centrés sur le sommeil et les rythmes circadiens ont montré leur efficacité sur les conduites suicidaires. Les thérapies cognitivocomportementales (TCC), qui constituent le traitement de référence de l’insomnie, ont fait la preuve de leur efficacité dans l’approche des symptômes suicidaires, de même que les thérapies rescénarisant les cauchemars.

Ces TCC n’agissant pas immédiatement, on peut envisager d’autres solutions pour passer le cap aigu, comme la kétamine qui modifie l’architecture du sommeil, la privation de sommeil, généralement associée à une avance de phase qui a un effet antidépresseur en aigu.

On peut associer des antidépresseurs ou des thymorégulateurs comme le lithium, qui a aussi des propriétés chronobiologiques. On peut envisager aussi des anxiolytiques ou des hypnotiques pour une courte période dans les états présuicidaires, même si le corrélat efficacité sur les troubles du sommeil et le risque suicidaire n’a pas été directement testé.

Des traitements agissant sur les anomalies de synchronisation de l’horloge interne comme la mélatonine et/ou la luminothérapie pourraient être intéressants, en association avec d’autres thérapeutiques dans la prévention du suicide.

Entretien avec le Dr Pierre Alexis Geoffroy (Paris)
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