mardi 27 juin 2023

PARUTION Prévention et psychothérapie du suicidant âgé dans "Soin et psychothérapie du grand âge "


Chapitre 6. Prévention et psychothérapie du suicidant âgé 
Marguerite Charazac-Brunel
Dans Soin et psychothérapie du grand âge (2023), Parution : janvier 2023 Collection :
Psychothérapies, Dunod pages 67 à 79


L’intérêt pour le phénomène suicidaire au grand âge est relativement récent. La prévention et la prise en charge psychothérapiques se heurtent à des obstacles difficilement surmontables. Le premier tient aux formes très variables des passages à l’acte, pour certains parfois indiscernables, allant du suicide manifeste par défenestration jusqu’au subtil syndrome de glissement, de l’anorexie par refus de s’alimenter jusqu’au désinvestissement radical de la vie qui rappelle certaines pathologies mélancoliques
L’impossibilité d’établir des études épidémiologiques fiables est renforcée par différentes sortes de facilitation voire d’encouragement à cet acte : « suicides assistés » effectués par des personnes proches, don de médicaments ou de substances létales. Ces « suicides assistés » sont très fréquents en France dans les familles de soignants. En outre, le suicide de la personne âgée n’intéresse guère les politiques, au point de se demander s’il ne représente pas une alternative à l’entrée en EHPAD. Pour un sujet vieillissant, en particulier chez les professionnels de santé, la perspective de mise en EHPAD est insupportable. Dans une recherche personnelle menée auprès de 270 professionnels de santé, à la question ; « Quels sont vos désirs pour votre vieillissement ? », ceux qui travaillent en EHPAD ont répondu à 94 % : « Choisir ma mort » ou « ne plus vivre ».Je distingue, de manière un peu arbitraire, les suicides « actifs », tels que la défenestration et l’ingestion de produits létaux, qui peuvent être recensés dans les études épidémiologiques ; et les « suicides passifs » comme le refus de manger et l’arrêt de la prise des médicaments indispensables à la survie…


Chapitre
Plan
 
Les facteurs de risque
Les facteurs sociaux et environnementaux
Les facteurs familiaux
Les facteurs intrapsychiques
Les signes précurseurs
Dans la première période
Dans la deuxième période
Dans la troisième période
Dans la période de prodromes du passage à l’acte
Le dépistage du risque
La prise en charge psychothérapique analytique
La spécificité de la prise en charge des personnes âgées suicidantes
Les représentations de la mort
Transitionnalité et transmission
Les difficultés contre-transférentielles
Conclusion

source https://www.cairn.info/soin-et-psychotherapie-du-grand-age--9782100836376-page-67.htm?contenu=article

lundi 26 juin 2023

RECHERCHE ETUDE AVIS CRITIQUE DEBAT Les politiques britanniques de prévention du suicide donnent la priorité à la surveillance plutôt qu'au changement social

Les politiques britanniques de prévention du suicide donnent la priorité à la surveillance plutôt qu'au changement social

Par Samantha Lilley  20/02/2023 D’après UK suicide prevention policies prioritise surveillance over social change  https://www.madintheuk.com

Les politiques de prévention du suicide sont un terrain de jeu de "surveillance biopolitique", selon un nouvel article publié dans Critical Social Policy par les auteurs britanniques Alexander Oaten, Ana Jordan, Amy Chandler et Hazel Marzetti.

Les chercheurs ont constaté que les politiques de prévention du suicide atténuent la complexité de la suicidalité et présentent le suicide comme un objet visible, prévisible et évitable à 100 %, qui peut être prévenu par la surveillance et la gestion des risques.
"Le suicide est souvent caché au regard de l'État et expose l'incertitude et la contingence explicites et inhérentes qui existent dans la vie et la mort des citoyens. La gouvernance biopolitique répond à cette incertitude par la tentative de construction d'une régularité structurée au niveau de la population. En effet, il y a toujours eu une pression pour générer une connaissance du suicide considérée comme 'utile' pour l'administration gouvernementale de la vie de la population et pour la prédiction scientifique de tout risque posé à cette administration de la vie", écrivent les auteurs.
"Fondé sur des connaissances statistiques, scientifiques et biologiques, l'État biopolitique cherche à assurer la sécurité et à annuler l'incertitude du suicide par la surveillance, la prédiction et la gestion des risques au niveau de la population. Cependant, comme cette sécurité biopolitique s'intéresse à la population dans son ensemble, en gérant les événements possibles et probables, elle est résolument myope en termes de vies individuelles".


Oaten et ses collègues utilisent un cadre foucaldien dans leur analyse qualitative critique pour mettre en évidence les implications problématiques de la politique de prévention du suicide dans les quatre nations du Royaume-Uni. Ils s'appuient sur ces résultats pour affirmer que la politique de prévention du suicide de chaque pays est une sorte de surveillance biopolitique qui limite la possibilité pour la société de comprendre le suicide dans des contextes d'injustice sociale.

Le Pays de Galles, l'Irlande du Nord, l'Écosse et l'Angleterre ont chacun des approches différentes mais similaires en matière de prévention du suicide. Les auteurs ont examiné huit de ces politiques, deux par pays, et les ont analysées à l'aide de l'approche post-structurale d'analyse politique de Bacchi appelée "What's The Problem Represented To Be (WPR) Approach" (Approche de la représentation du problème). Ce cadre met l'accent sur six questions analytiques pour les chercheurs. Toutefois, dans le cadre de leur projet, les auteurs ont donné la priorité à deux questions pour orienter leur recherche.

  Comment cette représentation du problème est-elle apparue ?
    Quels sont les effets produits par cette représentation du "problème" ?

Les chercheurs expliquent :
"En utilisant l'approche WPR comme cadre d'orientation, la première étape de l'analyse a consisté en des lectures exploratoires et approfondies des huit documents politiques et en un codage ouvert de chaque document à l'aide du logiciel d'analyse qualitative NVivo 12. Les auteurs A et D ont produit des rapports sur les thèmes (y compris la "surveillance"), qui ont été discutés au sein de l'équipe, les auteurs B et C fournissant une analyse supplémentaire. Ce processus collaboratif et continu nous a permis d'affiner et d'articuler nos interprétations".

Oaten, Jordan, Chandler et Marzetti ont constaté qu'à travers tous les documents, il y avait un intérêt significatif pour l'élargissement de la surveillance du suicide à travers les pays et les politiques - faisant du suicide un projet de politique de santé mentale plutôt qu'une expérience humaine.

En effet, de nombreux documents estiment que la surveillance du suicide est le seul moyen de réduire les suicides de manière fiable. En conséquence, les personnes sont transformées en "constellations de facteurs de risque" qui peuvent être gérées et suivies, et les communautés deviennent des groupes à risque qui doivent être surveillés et contrôlés.

Parmi les facteurs de risque spécifiques, citons

    les problèmes de santé mentale non diagnostiqués et non traités
    l'abus d'alcool et de drogues
    Antécédents d'automutilation délibérée
    L'impact négatif de la récession
    Séparation récente des jeunes hommes de leurs partenaires/enfants
    les conséquences à long terme des abus sexuels subis pendant l'enfance et l'adolescence.


Parmi les groupes à haut risque, on peut citer

    les hommes jeunes et d'âge moyen
    Les personnes prises en charge par les services de santé mentale, y compris les patients hospitalisés
    les personnes en contact avec le système de justice pénale
    des groupes professionnels spécifiques tels que les médecins, les infirmières, les vétérinaires, les agriculteurs et les ouvriers agricoles
    les personnes ayant des antécédents d'automutilation.

Cependant, certains facteurs de risque et groupes à haut risque "à risque" sont souvent difficiles à mesurer parce qu'ils représentent une grande partie de la population, ce qui renforce la surveillance gouvernementale du suicide à l'échelle nationale.

En Angleterre, la politique de prévention du suicide souligne que les bureaux de sécurité sociale et les centres de chômage seraient des endroits prometteurs pour identifier les personnes à risque de suicide. Cependant, cette suggestion manque sa cible et donne la priorité à la collecte de données et d'informations sur le suicide plutôt qu'à l'expression d'une réelle préoccupation, affirment les auteurs.
"Bien que cela soit tacitement accepté dans les politiques, il n'y a pas de reconnaissance, et encore moins de traitement, des contextes politiques d'injustice qui produisent des décès par suicide chez les demandeurs d'allocations. Au lieu de cela, l'agence pour l'emploi a été présentée comme un site apolitique d'identification opportuniste des personnes jugées "à risque", plutôt que comme un élément d'un processus systémique complexe d'injustice".

Les auteurs concluent :
Une approche axée sur la surveillance signifie que même lorsque des populations "à risque" sont identifiées et font l'objet d'une surveillance, aucune mesure concrète n'est prise pour remédier aux injustices structurelles qui peuvent exposer les personnes à un risque accru. Au lieu de cela, l'accent est simplement mis sur l'identification des risques prévisibles afin de fournir un "soutien" et d'améliorer la gouvernance plutôt que d'examiner les raisons pour lesquelles un tel risque peut se produire en premier lieu ; la surveillance devient ainsi le moyen et la fin de la politique de prévention".

Le suicide et sa prévention ont été rendus biopolitiques, visibles, prévisibles et décontextualisés dans les institutions politiques et de santé. En effet, le suicide est un comportement humain complexe qui, malgré tous nos efforts, n'a jamais été prédictible ni ne pouvant être totalement prévenu.
Plutôt que de s'attaquer aux facteurs influençant le suicide comme le racisme et la pauvreté , les politiques cherchent à surveiller et à traiter le comportement par le biais de produits pharmaceutiques et d'engagements involontaires. Malheureusement, ces deux réponses peuvent en fait augmenter la prévalence de la suicidalité.

****

Oaten, A., Jordan, A., Chandler, A. et Marzetti, H. (2023). La prévention du suicide en tant que surveillance biopolitique : une analyse critique des politiques de prévention du suicide au Royaume-Uni. Politique sociale critique , 02610183221142544. (Link)

Article original https://www.madintheuk.com/2023/02/suicide-prevention-policies-surveillance/?utm_source=ReviveOldPost&utm_medium=social&utm_campaign=ReviveOldPost

vendredi 23 juin 2023

L’isolement, facteur de suicide durant la vieillesse

Florence Douguet, «L’isolement, facteur de suicide durant la vieillesse», REISO, Revue d'information sociale, publié le 19 juin 2023, https://www.reiso.org/document/10893


L’isolement, facteur de suicide durant la vieillesse
Lundi 19.06.2023

Le phénomène suicidaire touche particulièrement les personnes âgées. D’un point de vue sociologique, ce geste s’explique par différents éléments, notamment en lien avec l’image que la société véhicule autour de la mort. Éclairage.

Par Florence Douguet, maitresse de conférences en sociologie, Laboratoire d’Études et de Recherche en Sociologie, Université Bretagne Sud, Lorient, France

En France et en Suisse, les taux de mortalité par suicide [1] progressent à mesure de l’avancée en âge. En dépit d’une baisse généralisée de la mortalité par suicide observée ces dernières années, les taux les plus élevés se retrouvent toujours dans les catégories les plus âgées de la population. Dans les deux pays, les personnes octogénaires et nonagénaires sont celles qui mettent le plus souvent fin à leurs jours (ONS, 2022 ; OFS, 2023) [2]. La sursuicidité des plus âgé·e·s est constatée dans la majeure partie des pays européens [3]. Cet article apporte un éclairage sur le phénomène suicidaire au grand âge en croisant des éléments de compréhension, issus de divers travaux sociologiques.

Ruptures biographiques, manque de liens sociaux

Les interprétations sociologiques les plus courantes attribuent la sursuicidité des plus âgé·e·s à un relâchement des liens sociaux consécutif à des événements vécus au cours de la vieillesse (Douguet, 2021).

La cessation de l’activité professionnelle est un fait biographique susceptible de provoquer l’affaiblissement du réseau relationnel, en l’occurrence celui constitué dans la sphère du travail. Anne-Marie Guillemard (2002) décrit la situation de retraité·e·s — appartenant majoritairement aux milieux populaires — vivant leur retraite sur le mode du repli et de l’exclusion sociale. Leur existence se réduit à des actes réflexes centrés sur la vie quotidienne et se caractérise par une absence de projection dans le passé et le futur. Un sentiment d’inutilité sociale prédomine chez ces vieilles personnes. Cette « mort sociale » peut alors conduire certaines d’entre elles à vouloir « hâter » la mort biologique (Balard et al., 2020a). Les pertes de santé et la précarité économique peuvent s’ajouter à ces difficultés et accroitre les risques de suicide au fil de l’avancée dans le grand âge de ces individus.

Le veuvage est également repéré comme l’une des causes majeures du suicide des personnes âgées. Le risque le plus élevé se situerait au cours de la première année de veuvage et s’amenuiserait à mesure de l’ancienneté du deuil. Le contexte dans lequel s’inscrit le ou la conjoint·e survivant·e participe à la réduction ou à l’aggravation du risque de suicide. Une personne entourée, bénéficiant d’un soutien social et affectif, sera plus épargnée que celle qui vit seule. Il est ainsi constaté que l’éloignement des enfants ou l’absence de descendance concourent à l’augmentation de ce risque.

Isolement et solitude

L’absence de supports sociaux peut déboucher sur l’isolement relationnel et/ou le sentiment de solitude. Le fait d’être et/ou de se sentir seul·e constitue une autre explication sociologique du suicide aux âges élevés. Cependant, il importe d’opérer une distinction entre la solitude « recherchée », celle qui permet de se retrouver et de se donner des forces pour reprendre la relation avec autrui, et la solitude « subie », laquelle résulte de l’abandon, du rejet ou de l’oubli (Douguet, 2002). C’est cette seconde forme de solitude qui peut mener au comportement suicidaire. L’isolement n’est pas nécessairement générateur de souffrance ; certaines personnes vivant seules ne souffrent pas de cette situation. A contrario, des personnes très entourées, qui cohabitent avec leurs enfants ou résident en établissement par exemple, peuvent éprouver un fort sentiment de solitude.

Changements identitaires et déprise

Les transitions et événements de vie évoqués précédemment se trouvent à l’origine de « profonds bouleversements identitaires », contribuant à faire progresser le risque suicidaire au grand âge (Campéon, 2019). D’après les travaux du sociologue Vincent Caradec, « l’épreuve du grand âge » renvoie à une tension entre « éloignement du monde » et « maintien dans le monde ». D’un côté, au fur et à mesure de son avancée en âge, la vieille personne tend à s’éloigner du monde ; d’un autre, elle cherche à se maintenir dans le monde.

Cette tension prend la forme d’un phénomène nommé la « déprise », qui renvoie à la façon dont se transforment les « prises » sur le monde au grand âge. Pour Caradec, la déprise désigne « le processus de réorganisation des activités qui se produit au cours de l’avancée en âge, au fur et à mesure que les personnes qui vieillissent doivent faire face à des contraintes nouvelles : une santé défaillante et des limitations fonctionnelles croissantes, une fatigue plus prégnante, une baisse de leurs "opportunités d’engagement", une conscience accrue de leur finitude » (Caradec, 2007, pp. 14-15). Les personnes âgées qui cumulent les difficultés sont amenées à s’engager dans des réaménagements nombreux de leur existence, allant jusqu’à abandonner des activités essentielles à leurs yeux. Dans ces contextes, l’ennui envahit le quotidien et conduit à adopter une existence « entre deux », entre la vie et la mort. Ces « fortes déprises » ou « déprises ultimes » prédisposent à des passages à l’acte suicidaire.

Sombre image de la vieillesse

D’autres interprétations sociologiques mettent l’accent sur l’impact des représentations et des normes sociales associées à la vieillesse et au vieillissement. Dans le monde occidental, le cycle de l’existence est scandé en trois étapes : une phase d’ascension suivie d’un plateau et d’un déclin inéluctable (Peatrik, 2001). Cette conception du vieillissement conduit l’individu âgé à déprécier le capital de temps lui restant à vivre (Chauvel, 1997).

Le lien entre âge et suicide viendrait de ce que l’âge (ou plus exactement la jeunesse) constituerait une source de potentialités qui s’érode peu à peu. De ce fait, à mesure que s’approche la mort naturelle, le risque de suicide s’accroit. Ainsi, Christian Baudelot et Roger Establet (2018) proposent d’expliquer la progression des taux de suicide au fil de l’avance en âge en termes d’« espérance de vie ». Cette hypothèse consiste à compter l’âge d’une personne à partir de la date probable de sa mort et non à partir de naissance. Si l’on se donne la mort plus facilement lorsqu’on est octogénaire ou nonagénaire, ce ne serait pas parce que la vie pèse davantage, mais parce que le sacrifice à faire serait plus léger. En outre, en lien avec les représentations négatives de la grande vieillesse, ce « petit reste à vivre » serait nécessairement de moindre qualité.

Le suicide est alors envisagé comme le moyen d’échapper à une grande vieillesse synonyme de dépendance, de démence, de décrépitude et de déchéance. Les nouvelles injonctions normatives incitant au « bien vieillir », au « vieillissement actif » ou encore au « bien-être des seniors » ont des effets néfastes sur les personnes qui ne répondent pas à ces attentes sociales (Puijalon, Trincaz, 2014). Plus encore, la simple perspective de « mal vieillir » et de « rater son vieillissement » pousserait certains individus au suicide. Le suicide des personnes âgées est alors appréhendé comme « l’envers du vieillissement réussi » (Campéon, 2019).

Bonne mort et mauvaise mort

Enfin, la sursuicidité des personnes âgées peut être interprétée comme la conséquence des représentations sociales sous-tendant les définitions contemporaines de la « bonne mort » et de la « mauvaise mort ». La bonne mort au grand âge renvoie à l’idée d’une mort entourée, en conscience, sans souffrance, voire en bonne santé (Balard et al., 2020b). À l’inverse, la conception de la mauvaise mort dans la grande vieillesse correspond à l’idée d’une mort solitaire et « prolongée ». Cette mort prolongée, écrit Pascal Hintermeyer, « voit ses coups déviés ou émoussés par la médecine, si bien qu’elle en porte d’autres, eux aussi incapables d’emporter la décision, mais suffisamment incisifs pour ravager un corps destiné à subir de nouveaux assauts » (2002, p. 104).

Cette mauvaise mort au grand âge fait aussi référence à la conception d’un mourir « vivant » et par « morceaux » comme le montre Arnaud Campéon à partir d’entretiens réalisés avec de vieilles personnes (2012). Mourir vivant, c’est mourir lentement, au terme d’une interminable et éprouvante dégradation de son état de santé physique et/ou psychique. Dans ce système de représentations, le suicide, comme forme de mort brutale et rapide, en vient à être assimilé à une espèce de mort digne et authentique, voire à une bonne mort. 

Les interprétations sociologiques du suicide des plus âgé·e·s diffèrent des éléments de compréhension issus de la psychiatrie et de la psychologie, même si quelquefois les deux approches semblent se croiser [4]. Il n’en demeure pas moins que tous ces éléments sont complémentaires pour expliquer un phénomène complexe aux multiples dimensions, qu’elles soient individuelles, sociales, culturelles ou encore économiques. Cet état des lieux souligne aussi la nécessité de développer, de façon conjointe, des travaux de recherche fondamentale et appliquée pour proposer des modes de prévention et d’intervention adaptés aux catégories les plus âgées de la population.

Bibliographie

  • Balard F., Moulin P., Schrecker C., 2020a, « Finir sa vie, hâter la mort au grand âge », Gérontologie et Société, n° 63, pp. 12-28.
  • Balard F., Voléry I., Fornezzo E., 2020b, « La construction du suicide des personnes âgées comme problème public », Gérontologie et Société, n° 163, pp. 187-204.
  • Baudelot C., Establet R., 2018, Suicide. L’envers de notre monde, Paris, Ed. du Seuil.
  • Campéon A., 2019, « L’envers du vieillissement "réussi" : de la solitude au suicide des personnes âgées en France », Rhizome, n° 74, 2019, pp. 3-4.
  • Campéon A., 2012, « Le suicide au grand âge : l’ultime recours à une vieillesse déchue ? » Revue Interrogations, n° 14, pp. 25-41.
  • Caradec V., 2007, « L’épreuve du grand âge », Retraite et Société, n° 52, pp. 11-37.
  • Chauvel L., 1997, « L’uniformisation du taux de suicide masculin selon l’âge : effet de génération ou recomposition du cycle de vie ? », Revue Française de Sociologie, n° 38, pp. 681-734.
  • Douguet F., 2021, « Regard sociologique sur la sursuicidité des vieilles personnes », 3ème congrès de la Société Francophone de Psychogériatrie et de Psychiatrie de la Personne Âgée — SF3PA, Université de Bretagne Occidentale, Brest, 16-17 septembre.
  • Douguet F. (dir.), Pennec S. (coll.), 2002, Solitude et isolement chez les personnes âgées de 75 ans et plus, Rapport de recherche-action, Atelier de Recherche Sociologique de l’Université de Bretagne Occidentale & Coordination gérontologique de Quimper.
  • Douguet F., 2021, « La progression du risque suicidaire au cours de l’avance en âge », Les cahiers de l’ARS, n° 1, pp. 141-151.
  • Guillemard A.-M., 2002, « De la retraite mort sociale à la retraite solidaire. Sociologie des conduites en situation de retraite », Gérontologie et Société, n° 102, pp. 53-66.
  • Hintermeyer P., 2002, « La quête d’une bonne mort » in Des vivants et des morts. Des constructions de la « bonne mort » (dir. S. Pennec), Brest, Atelier de Recherche Sociologique et Centre de Recherche Bretonne et Celtique, pp. 101-110.
  • Observatoire National du Suicide (ONS), 2022, « Données épidémiologiques sur les décès par suicide en France métropolitaine », 5ème rapport, pp. 254-255.
  • Office Fédéral de la Statistique (OFS), 2023, Enquête statistique des causes de décès (CoD).
  • Peatrik A.-M., 2001, « Vieillir ici et ailleurs : l’exemple des Meru du Kenya », Retraite et Société, n° 34, pp. 151- 165.
  • Puijalon B., Trincaz J., 2014, « L’injonction normative au "bien vieillir" » in Vieillesses et vieillissements. Regards sociologiques (dir. C. Hummel, I. Mallon, V. Caradec), Rennes, PUR, pp. 91-72.

[1] Le suicide assisté — inexistant en France — n’est pas abordé dans ce texte. Les données statistiques suisses distinguent les suicides assistés des autres cas suicides ; il n’est question que de ces derniers dans la réflexion développée ici (cf. graphique).

[2] Par exemple, le taux standardisé de décès par suicide — les deux sexes confondus — est en France onze fois élevé chez les 95 ans et+ (50,5 pour 100 000 habitant·e·s) que chez les 15-24 ans (4,2 pour 100 000).

[3] Source de données : Eurostat, taux de mortalité par suicide par groupe d’âge, année 2020.

[4] Par exemple, la déprise ultime peut se rapprocher du syndrome de glissement.

Gabon : 1324 le numéro vert pour parler de suicide

Gabon : 1324 le numéro vert pour parler de suicide

Par Gabon Media Time

9 juin 2023 https://www.gabonmediatime.com*

Dans le cadre de la lutte contre le suicide au Gabon, le centre national de santé mentale (CNSM) a mis à disposition un numéro d’appel gratuit : 1324. Une équipe mobile d’urgence est disponible 24h/24 pour discuter avec des personnes ayant des pensées suicidaires mais aussi, des individus qui s’inquiètent pour leurs proches atteints de troubles psychiques.

« Pour beaucoup, aujourd’hui encore, la santé mentale relève de la compétence de la médecine traditionnelle. Aidez-nous à changer ce paradigme ». Tel est le message véhiculé par le gouvernement via le ministère de la Santé et des Affaires sociales qui a mis en place le numéro vert gratuit 1324. Ledit numéro vert permet d’échanger en ligne avec un professionnel de la psychiatrie.

Sachant que le Gabon ne dispose que de deux centres prenant en charge des malades mentaux, le Centre national de malades mentaux de Melen et le service de psychiatrie du Centre hospitalier régional de Mouila (CHRM). En effet, ces services traversent des difficultés, notamment des pénuries de personnels, délabrement des bâtiments, problème d’approvisionnement de médicament etc. Le numéro vert est une possibilité de prendre en charge les personnes suicidaires. Un spécialiste est disposé à écouter et conseiller le potentiel patient, et ce, 24h/24.


Le Gabon a l’un taux de suicide les plus élevés en Afrique. Une sonnette d’alarme tirée par le Centre national de santé mental qui prend des mesures pour prévenir sur les troubles mentaux, pouvant mener au suicide. « Parler de suicide peut sauver des vies. Nous sommes à votre écoute 24h/24 » tel est le slogan du CNMS afin d’inciter à appeler le 1324 en cas de problèmes psychiques à penchant suicidaire.

Par ailleurs, ce numéro vert intervient sur la conduite à tenir face à un proche susceptible d’avoir des tendances suicidaires. C’est dans ce même élan qu’il y a un an, le gouvernement avait mis en place le numéro vert pour signaler la présence des malades mentaux dans le Grand Libreville.

https://www.gabonmediatime.com/gabon-1324-le-numero-vert-pour-parler-de-suicide/

PRESSE Que faire face à un proche qui a des pensées suicidaires?


Que faire face à un proche qui a des pensées suicidaires? 
Le Figaro (site web)
mardi 20 juin 2023 -


PSYCHOLOGIE - Plutôt que de vouloir minimiser sa peine, il faut avant tout écouter la personne et la laisser exposer ses pensées, même si cela est inconfortable. Il est primordial qu'elle consulte un médecin.

Sur le papier, Alix Choppin a tout pour être heureuse. Cette quadra diplômée d'une école prestigieuse, ex-directrice commerciale d'une PME, qui vit entre la Normandie et Paris, a pourtant fait une «énorme dépression» en 2021. «Pendant deux mois, je me suis trouvée dans un état de mélancolie profonde, j'avais perdu l'instinct vital. C'était tellement douloureux que je voulais en finir» , raconte-t-elle .Un jour, atteinte d'une crise suicidaire, elle se rend chez sa psychiatre qui l'oriente immédiatement vers une clinique. Elle évoque cet épisode dans une conférence TEDxChantilly de 2022.

En France, une personne se suicide toutes les heures et une tentative de suicide a lieu toutes les 4 minutes. C'est la deuxième cause de mortalité chez les 15-25 ans, et un individu sur 25 est hanté par des pensées suicidaires au moins une fois dans sa vie. Il s'agit pourtant d'un énorme tabou. À la suite de son intervention sur TEDx, Alix Choppin a d'ailleurs constaté à quel point le sujet était sensible. «Toutes les vidéos doivent être validées par le siège de TED aux États-Unis. Les conférences du TEDxChantilly où j'ai participé ont été mises en ligne dans la semaine qui a suivi l'événement… sauf la mienne, dont la validation a pris plus d'un mois.» La maison mère a tenu à ajouter un avertissement dans le texte descriptif de la vidéo, indiquant que cette dernière pouvait «déranger» et ne reflétait que le point de vue de l'intervenante. Pourtant, les médecins sont formels: «Faciliter la libération de la parole permet d'encourager les personnes en souffrance à demander de l'aide» , souligne le Dr Pierre Grandgenevre, psychiatre au CHU de Lille.

Que faire lorsqu'un proche exprime sa volonté d'en finir? L'entourage se trouve souvent démuni et les premiers réflexes ne sont pas forcément les bons. La famille, les amis veulent à tout prix s'opposer à ces pensées, rassurer leur proche, lui dire de garder espoir et que ce mauvais moment est forcément passager, ou encore lui rappeler que ses enfants, son conjoint, ses élèves ou son animal de compagnie ont besoin d'elle. Mais ce type de réponses génère de la culpabilité et le sentiment d'être incompris dans sa douleur. «L'idée suicidaire génère certes de l'inconfort, mais l'autre doit“ faire avec ” , prendre sur lui et laisser la personne parler car cela va lui faire du bien» , recommande Alix Choppin, qui est devenue pair-aidante en psychiatrie. Gare toutefois si l'on se sent soi-même fragile sur ce sujet, car l'on sait qu'être exposé à des pensées ou à un acte suicidaires s'avère parfois «contagieux». Il faut en ce cas savoir passer la main à quelqu'un de plus aguerri. Il convient surtout de rester en lien avec la personne, de l'inviter à se faire aider, et de reprogrammer une discussion – par exemple en proposant de venir prendre le café le lendemain, ou si c'est trop intrusif de l'appeler au téléphone.

Confronté à plusieurs reprises à des patients suicidaires, le psychologue clinicien Maxime Bellego commence toujours par poser deux questions simples: pourquoi voulez-vous mettre fin à vos jours? qu'est-ce qui vous fait souffrir au point d'en arriver là? « Quand un patient pense au suicide, l'idée de mourir le soulage. Son cerveau lui envoie cette pensée comme la solution ultime. Donc un proche qui s'oppose frontalement à ce projet ne va pas l'aider» , explique Maxime Bellego.

Parler à la personne concernée constitue aussi une occasion d'évaluer la gravité de la situation, car il existe plusieurs «types» de pensées suicidaires qui ne relèvent pas tous de la même urgence. Le premier est l'idée passive de mort, avec des pensées comme «je préférerais ne pas être là» ou «à choisir, j'aurais préféré ne pas naître» . Peuvent ensuite venir des idées suicidaires floues: une volonté d'en finir mais sans planification concrète du passage à l'acte. Puis la scénarisation: quel jour, quelle heure, de quelle manière. Quant à la crise suicidaire, elle correspond à un désir urgent de mourir, la douleur morale est alors tellement forte que l'individu doit faire quelque chose. «Dans une telle situation, il faut appeler les pompiers pour emmener la personne aux urgences psychiatriques», indique Maxime Bellego.

Bien sûr, un proche n'a pas forcément les compétences nécessaires pour juger de la gravité de la situation. «Avoir des idées suicidaires, qu'elles soient concrètes ou non, justifie en soi de consulter un professionnel de santé. Dans certains cas, la souffrance s'exprime autrement: par exemple un isolement de la personne, une consommation d'alcool en hausse ou des troubles du sommeil. Autant de comportements qui peuvent alerter les proches» , complète Pierre Grandgenevre. Les proches peuvent aussi orienter la personne, ou se tourner eux-mêmes, vers une ligne téléphonique de prévention du suicide, le 3114, qui a été créée au lendemain du Covid. Le mieux étant que la personne consulte un psychiatre dès que possible.

ARTICLE SUISSE Place de l’imagerie mentale dans la dynamique, l’évaluation et la prise en charge des conduites suicidaires

Place de l’imagerie mentale dans la dynamique, l’évaluation et la prise en charge des conduites suicidaires - 21/06/23

Doi : 10.1016/j.amp.2023.05.007 
Arnaud Pictet a, b, Jean-Pierre Bouchard c, ⁎, d
a Service de santé étudiants (SSE), santé au travail, environnement, prévention et sécurité (STEPS), université de Genève, Genève, Suisse 
b Pôle positif, cabinet de psychothérapie et psychiatrie, Genève, Suisse 
c Psychologie-criminologie-victimologie (PCV), 33000 Bordeaux, France 
d Statistics and Population Studies Department, Faculty of Natural Sciences, University of the Western Cape, Bellville, 7535 Cape - Town, South Africa 
⁎Auteur correspondant.
Dans Annales médico-psychologiques
Sous presse. Épreuves corrigées par l'auteur. Disponible en ligne depuis le Wednesday 21 June 2023


Résumé

Les enquêtes de santé conduites récemment auprès de populations d’adolescents et de jeunes adultes ont mis en lumière des taux alarmants d’idées suicidaires. Un défi important que doit relever tout clinicien face à un patient suicidaire est l’évaluation du risque de passage à l’acte et la prise en charge thérapeutique des pensées et des conduites en lien avec le suicide. Dans ce contexte, la mise en évidence récente chez ces patients d’images mentales intrusives extrêmement fréquentes et vivaces en lien avec le suicide, les flashforwards suicidaires, pourrait ouvrir la voie à d’importantes avancées dans notre capacité à évaluer et aider les patients en prise avec une problématique suicidaire. C’est ce sujet qu’évoque Arnaud Pictet dans cet entretien avec Jean-Pierre Bouchard.Le texte complet de cet article est disponible en PDF.

Mots clés : Évaluation du risque, Flashforward suicidaires, Imagerie mentale, Rescénarisation en imagerie, Suicide, Technique d’interférence visuo-spatiale

Plan
Introduction
Interview
Jean-Pierre Bouchard : Qu’entend-on par imagerie mentale suicidaire ?
Jean-Pierre Bouchard : Quelle place occupe l’imagerie mentale dans la dynamique, l’évaluation et les comportements suicidaires ?
Jean-Pierre Bouchard : Comment peut-on traiter cette imagerie mentale dans le cadre des prises en charge des idéations et des conduites suicidaires ?
Déclaration de liens d’intérêts

https://www.em-consulte.com/article/1598538

La Malaisie modifie la loi de l’époque coloniale britannique qui criminalisait le suicide

 La Malaisie modifie la loi de l’époque coloniale britannique qui criminalisait le suicide

La décision de la Malaisie, qui compte une population majoritairement musulmane, fait suite à une dépénalisation similaire par Singapour il y a trois ans.

La loi n’a pas été largement appliquée, mais il y a eu des condamnations, notamment d’un homme handicapé qui a été condamné à six mois de prison en 2020 dans l’État très conservateur du nord-est de Terengganu.

Sous le gouvernement d’Anwar Ibrahim, l’utilisation de la peine de mort par la Malaisie a été réduite.Crédit: PA

L’incitation au suicide ou à la tentative de suicide est devenue une infraction passible d’une peine pouvant aller jusqu’à 10 ans d’emprisonnement en vertu des modifications apportées au code pénal. Un projet de loi sur la santé mentale qui a également été approuvé par le Parlement malaisien permettra aux agents d’intervention de crise d’entrer de force dans des locaux pour sauver des personnes qui, selon eux, tentent de se suicider.

Singh, le vice-ministre de la Justice, a déclaré à la chambre haute que l’article 309 « doit être abrogé pour changer l’approche du pays en matière de tentatives de suicide, d’une approche actuellement punitive à une approche basée sur le traitement médical ».

Il avait déclaré précédemment que des recherches avaient démontré qu’il y avait eu une baisse des tentatives de suicide dans les pays qui avaient emprunté la voie de la dépénalisation.

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La loi « n’a jamais été dissuasive et constitue en fait un obstacle à l’accès à l’aide et au soutien », a déclaré Hasbeemasputra Abu Bakar du groupe malaisien de défense des droits des personnes handicapées SIUMAN, l’une des organisations qui ont fait pression pour la réforme.

« La criminalisation des tentatives de suicide ne stigmatise que les survivants et ceux qui souffrent de problèmes de santé mentale et de comportements suicidaires », a-t-il déclaré.

« Le rapport mondial de l’Organisation mondiale de la santé [in 2014] n’a trouvé aucune preuve empirique que la dépénalisation des comportements suicidaires entraîne une augmentation des taux de suicide, et exhorte les pays à « revoir leurs dispositions légales en matière de suicide pour s’assurer qu’elles ne dissuadent pas les gens de demander de l’aide ». La dépénalisation est un tremplin dans la prévention du suicide et nécessite l’accompagnement d’efforts de prévention à plusieurs niveaux.

Le gouvernement d’Anwar a agi après avoir vu les Malaisiens, comme les gens d’ailleurs, souffrir des conséquences plus larges de la pandémie de COVID-19.

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L’OMS a déclaré qu’en 2022, il y avait eu une augmentation mondiale de 25% de l’anxiété et de la dépression pendant la crise sanitaire mondiale. L’année dernière, le ministre malaisien de la Santé de l’époque, Khairy Jamaluddin, a signalé qu’il y avait eu une augmentation de 81% des cas de suicide en 2021 par rapport aux chiffres de 2020.

Tout en saluant la dernière décision du gouvernement, Hasbeemasputra a déclaré que davantage de ressources étaient nécessaires « pour traiter les déterminants sociaux de la santé, les facteurs socio-économiques qui influencent les bons ou les mauvais résultats de santé, en plus de rendre les soins de santé mentale plus accessibles, y compris pour les personnes handicapées ». .

« La pandémie aurait dû nous apprendre que les services de santé doivent être inclusifs et accessibles, et que les filets de sécurité sociale et les interventions communautaires doivent compléter cela », a-t-il déclaré.

Lien source 

https://news-24.fr/la-malaisie-modifie-la-loi-de-lepoque-coloniale-britannique-qui-criminalisait-le-suicide/

Santé mentale : ce que signifie la dépénalisation du suicide au Ghana

Santé mentale : ce que signifie la dépénalisation du suicide au Ghana
Les défenseurs de la santé mentale soulignent que le comportement suicidaire est un trouble et que les personnes qui en sont atteintes devraient avoir accès à une assistance médicale et psychologique au lieu d'être poursuivies.

Par Mazhun Idris 15/06/23 source https://www.trtafrika.com*

En mars 2023, un amendement parlementaire historique à la loi ghanéenne de 1960 sur les infractions pénales et autres vise à décriminaliser le suicide, relançant le débat sur la façon dont l'héritage de la pensée coloniale a retardé la reconnaissance du comportement suicidaire comme quelque chose qui nécessite de la compréhension plutôt qu'une punition.

L'emprisonnement de personnes pour tentative de suicide s'apparente à une punition pour des problèmes de santé mentale, ce qui est totalement injuste", déclare le professeur Akwasi Osei, ancien directeur de l'autorité ghanéenne chargée de la santé mentale.

Selon lui, au cours des 15 dernières années, une cinquantaine de personnes ont été condamnées et emprisonnées entre trois mois et cinq ans pour avoir tenté de se suicider.

Selon M. Osei, les données montrent qu'environ 1 500 cas de suicide sont signalés chaque année au Ghana. "Nous savons depuis longtemps que 95 %, voire plus, des comportements suicidaires sont liés à des problèmes mentaux", a déclaré Akwasi Osei à TRT Afrika.

Les causes qui poussent les gens au bord du gouffre sont la détresse mentale grave, la dépression, la honte extrême, la pauvreté ou les difficultés financières, les problèmes de santé majeurs et les problèmes liés à la famille ou à l'amour.

Dans une étude réalisée avant la modification de la loi et publiée dans l'International Journal of Offender Therapy and Comparative Criminology, Mensah Adinkrah, de la Central Michigan University, a étudié l'ampleur de la punition infligée aux personnes ayant survécu à un suicide au Ghana à la suite de poursuites pénales.

Une méthode contre-productive

"Les résultats indiquent que la majorité des accusés ont plaidé coupable ou ont été reconnus coupables de l'accusation et condamnés à des peines allant de l'amende à l'incarcération", indique le rapport.

Avant l'amendement, l'article 57(2) de la loi, qui considère la tentative de suicide comme un "délit", était exactement le contraire de ce qui était requis, selon Vida Badu Oppong, psychologue clinicienne régionale au sein du Service de santé du Ghana.

"Les personnes suicidaires sont en détresse mentale. La criminalisation du suicide va donc à l'encontre de notre objectif d'atténuer la menace", explique-t-elle.

La tentative de suicide, ou l'expression ambivalente "je veux mourir", est en fait un appel à l'aide et l'expression névrotique d'un sentiment de désespoir et d'impuissance", a-t-elle déclaré à TRT Afrika.

L'impact collatéral de la criminalisation des actes suicidaires est ironique, dans la mesure où elle pourrait encourager les personnes ayant des idées suicidaires à utiliser des méthodes mortelles qui leur permettraient de ne pas échouer dans leur tentative de mourir.

De l'aide, pas des reproches

Selon la psychologue, la loi ne tient manifestement pas compte de l'état de santé ou de la situation sociale des personnes concernées.

"La loi a également découragé les personnes suicidaires de signaler les crises suicidaires suffisamment tôt pour obtenir de l'aide, et a conduit à une sous-déclaration, ce qui à son tour a empêché des estimations précises qui pourraient guider la planification de la prévention du suicide", souligne M. Vida.

Les défenseurs de la santé mentale soulignent que le comportement suicidaire est un trouble. Au lieu de risquer d'être arrêtés, les survivants du suicide devraient avoir accès à une assistance médicale et psychologique.Les groupes locaux et internationaux de défense de la santé mentale au Ghana, y compris les travailleurs de la santé mentale, les psychologues, les psychiatres et les organisations non gouvernementales de défense des droits de l'homme, ont passé des années à demander la dépénalisation des comportements ou des actes suicidaires non mortels au Ghana.

La modification de la loi par le parlement ghanéen, qui considère désormais les personnes qui tentent de mettre fin à leurs jours comme des personnes ayant besoin d'un soutien pour surmonter leurs problèmes de santé mentale plutôt que comme des victimes de la loi, a donc constitué une immense victoire dans leur combat.

Un bond en avant

Les Ghanéens, notamment les thérapeutes en santé mentale et les défenseurs des droits de l'homme, se réjouissent de la dépénalisation des actes suicidaires, qu'ils considèrent comme une avancée vers une meilleure compréhension de ce type de comportement.

Les gens sont particulièrement heureux que les personnes ayant des tendances suicidaires soient à nouveau considérées comme des êtres humains et reconnues comme ayant besoin d'une intervention médicale.

"Cela signifie que si une personne tente de se suicider, son cas doit être considéré comme un problème de santé mentale nécessitant une évaluation par des professionnels de la santé mentale", explique le professeur Osei.

 
Le président Nana Akufor Addo estime que la criminalisation du suicide est injuste : Reuters

Le président ghanéen Nana Akufo-Addo aurait déclaré que la dépénalisation du suicide supprimerait la stigmatisation associée à ce comportement, tout en améliorant les résultats pour les personnes souffrant de troubles mentaux.

Les responsables d'organisations à but non lucratif avec lesquels TRT Afrika s'est entretenue sont unanimes : pour faire progresser les soins de santé mentale au Ghana, il faut améliorer la prestation des services. Des experts comme Osei sont du même avis.

"En termes de changement social, un système de soins de santé complet et accessible devrait être disponible pour que les individus puissent demander de l'aide sans craindre d'être jugés ou isolés socialement", suggère-t-il.
Les experts estiment que la loi contribuera à la campagne d'amélioration de la santé mentale : Reuters
https://www.trtafrika.com/fr/insight/sante-mentale-ce-que-signifie-la-depenalisation-du-suicide-au-ghana-13629584 
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"Ça vaut le coup de se battre" : à Amiens, des ados en souffrance retrouvent espoir grâce à un programme

"Ça vaut le coup de se battre" : à Amiens, des ados en souffrance retrouvent espoir grâce à un programme

Amiens  De Jeanne Daucé
Jeudi 22 juin 2023 à 16:34 Par France Bleu Picardie  francebleu.fr

Le Centre Ados Post-crise a été créé en mars 2023 à l'EPSM de la Somme, ex-centre hospitalier Philippe Pinel. 38 ados anxieux, en décrochage scolaire ou avec des idées noires, ont été suivi dans le programme : beaucoup retrouvent confiance, voire ont repris le chemin de l'école.

  Au CAP, deux-tiers des jeunes pris en charge ont des idées ou gestes suicidaires, le tiers restant souffrent de troubles anxieux.
Comment venir en aide aux ados en souffrance ? A Amiens, à l'EPSM de la Somme - ex centre hospitalier Philippe Pinel - une cellule vient en soutien aux ados de 12/18 ans, qui souffrent d'une grande anxiété ou ont eu des idées ou gestes suicidaires. Ce dispositif, le Centre Ados Post-crise - le CAP -, s'adresse aux jeunes qui ont besoin d'être suivis après une hospitalisation ou en complément d'un suivi avec un pédopsychiatre, sur maximum 12 semaines. Trois mois après le lancement, 38 jeunes ont été pris en charge, avec des bilans très positifs.

Retour en cours et anxiété mieux maîtrisée : "Je suis fière de moi"

Candice, 17 ans, est déscolarisée. A raison de trois demi-journées par semaine au CAP depuis deux mois, elle retrouve confiance en elle : "Cela me fait beaucoup de bien de voir du monde : ici tout le monde a sa place, personne n'est laissé de côté, détaille la jeune fille. Moi qui ai peu confiance en moi, ça me fait beaucoup de bien : c'est bien de pouvoir exister". Première victoire pour Candice, elle doit retrouver les bancs du lycée en septembre : "J'ai très hâte de reprendre, surtout que je dois décrocher mon bac pour faire des études et devenir anthropologue", conclut la jeune fille.

Une de ses camarades de 15 ans, qui tient à rester anonyme, explique reprendre espoir aussi : "Le stress, le mal-être font tellement partie de moi que je ne sais pas ce que c'est que d'aller bien... Ici, je progresse beaucoup : j'ai de l'anxiété sociale, mais je parle aux gens plus facilement par exemple. Je suis fière de tout ça".

Cette jeune fille en profite pour lancer un message d'espoir : "On m'a toujours dit que j'exagérais sur mon mal-être : que j'avais pas à me plaindre parce que il y a un toit au-dessus de ma tête, j'ai de quoi manger. Mais on a tous le droit d'aller mal, d'avoir des émotions négatives ! insiste cette ado de 15 ans. Quand ça va vraiment pas, il faut demander de l'aide : ça vaut le coup de se battre, on est jamais seuls".


Des professionnels supplémentaires embauchés... et espérés

Au CAP, deux-tiers des jeunes sont accueillis pour des idées ou gestes suicidaires ; le tiers restant, pour des troubles anxieux. Ce n'est pas une hospitalisation : les jeunes sont accueillis sur une ou plusieurs demi-journées par semaine, et participent à des ateliers de cuisine, de bien-être, d'art... tout pour conquérir une confiance, prendre soin d'eux, s'affirmer.

"On fixe les objectifs ensemble, explique le Dr Ugo Pace, pédopsychiatre. Cela peut être soit lâcher-prise, soit apprendre à ne pas se faire du mal quand il y a des débordements émotionnels. On se met d'accord dans une sorte de contrat avec le jeune, ses parents et l'équipe du CAP : puis on fait un point à mi-parcours, pour voir si on continue, si on arrête." Grâce à cette prise en charge, ces professionnels estiment avoir évité une dizaine d'hospitalisations depuis début mars.

Le psychiatre travaille avec une thérapeute familiale, un binôme infirmier-éducateur, une psychologue, un cadre de santé qui gère les équipes. La thérapeute familiale organise depuis peu des groupes de paroles avec les parents des jeunes suivis au CAP : "Il y a des échanges, de l'entraide, explique Bérangère Proyart. *Les parents sont démunis face à ce qui se passe avec leurs enfants : là, ils peuvent dire **'***Je ne sais pas comment réagir quand ma fille me claque la porte au nez', par exemple ; *et les autres parents peuvent répondre : '*Moi dans ce cas, je laisse retomber un peu et j'amorce le dialogue ensuite'. Tout ça se fait sans jugement".

Pour l'heure, le centre accueille environ 7 jeunes par demi-journée ; mais l'idéal serait d'avoir une capacité de 15 ados par demi-journée. "Pour ça, un deuxième binôme infirmier-éducateur va arriver en septembre, explique Frédéric Vézinhet, cadre de santé. Ce binôme ira directement à la rencontre des jeunes en souffrance chez eux, dans toute la Somme". L'équipe ambitionne aussi d'embaucher un troisième binôme d'ici la fin 2023, pour développer son action, et notamment faire de la sensibilisation auprès des écoles.

https://www.francebleu.fr/infos/sante-sciences/ca-vaut-le-coup-de-se-battre-a-amiens-des-ados-en-souffrance-retrouvent-espoir-grace-a-un-programme-8386941

MANIFESTATION JMPS 2023, PARIS (75) 14/09/23 Essaimons l'espoir

14/09/23 à 18h Essaimons l'espoir 

Auditorium de ville de Paris

Dites Je Suis Là
Essaimons l'Espoir


"Bienvenue sur notre page d'inscription dédiée à l'événement Essaimons l'Espoir de Dites Je Suis Là à l'occasion de la Journée mondiale de prévention du suicide. Cet événement exceptionnel aura lieu le jeudi 14 septembre à 18 heures. Votre présence serait une contribution significative à notre initiative de sensibilisation.

Notre événement se concentrera sur la sensibilisation du public à la question cruciale de la prévention du suicide, avec pour objectif de briser les tabous existants et d'encourager chacun à agir face à un proche en crise suicidaire. Votre participation soulignera la responsabilité collective que nous avons tous en matière de prévention du suicide.

Au cours de l'événement, nous partagerons des témoignages de personnalités diverses et mettrons en lumière nos actions menées en France. Nous aimerions également prendre un moment pour discuter des initiatives déjà prises par la Ville de Paris dans ce domaine, et envisager de futures collaborations.

En vous inscrivant à notre événement, vous contribuez à l'importance de cette cause et aidez à la sensibilisation d'un public encore plus large. Nous sommes impatients de vous accueillir et de discuter ensemble des moyens de renforcer nos efforts en matière de prévention du suicide.

Pour vous inscrire, veuillez simplement remplir le formulaire ci-dessous. Nous vous remercions par avance pour votre temps et votre soutien.


Ensemble, nous pouvons faire une différence.


Le 14 septembre 2023 de 18:00 à 22:00

Localisation Auditorium de l'Hôtel de Ville de Paris, 5, rue de Lobau, 75014, Paris France
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