Santé mentale : un dispositif pour et par les étudiants
Jean Denechau
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Le dispositif Etu’bien à l’université Bourgogne-Europe, créé par la Maison des adolescents de Côte-d’Or, s’inscrit notamment dans ce maillage. Rencontre avec des “étudiants relais”, qui partent à la rencontre de leurs camarades afin de savoir comment ils vont.
« Tu as deux minutes ? » Cette question, certains étudiants la posent toutes les semaines sur le campus universitaire de Dijon. Ils proposent leur aide à leurs condisciples par le biais du dispositif Etu’bien. Imaginée comme un outil de sensibilisation primaire, l’initiative a vu le jour en 2022.
« Le but est de former des étudiants pour diriger leurs pairs en fonction des besoins. On veut capter assez tôt les étudiants qui ne vont pas bien », explique Karyn Alapetite, psychologue et coordinatrice du dispositif au sein de la Maison des adolescents de Côte-d’Or. « Un dispositif d’“étudiants relais”, porté par le service de santé étudiante, qui s’appelle Rescue, venait d’être mis en place à l’université de Strasbourg quand j’ai participé à un congrès en 2016. Je trouvais le principe super. » L’idée est partie de là.
Aujourd’hui, 13 “étudiants relais” composent chaque année l’équipe d’Etu’bien , grâce à des contrats de vacation d’une durée de 20 heures par mois. « Le fait de pouvoir aider les étudiants m’a tout de suite fait accrocher. C’est censé être une des plus belles périodes de notre vie, c’est triste que certains étudiants puissent mal la vivre », raconte Thiébaud, doctorant à l’Institut d’administration des entreprises (IAE) de Dijon quand on le questionne sur ses motivations. « J’étais assez renfermé quand je suis rentré en études supérieures. Je me suis dit qu’il y en a d’autres qui vivent un truc semblable. » Nastasia, en deuxième année à l’école de kinésithérapie, abonde : « J’aurais bien aimé connaître un dispositif de ce genre lors de ma première année. »
« Au début, c’est quand même intimidant »
Avec les autres “étudiants relais”, ils ont pour but de créer du lien avec les jeunes présents sur le campus, notamment ceux venant d’arriver, et de les renseigner sur l’offre d’aide à leur disposition, qu’elle soit psychologique, financière ou alimentaire. Huit d’entre eux sont répartis dans les UFR (unités de formation et de recherche) de l’université Bourgogne-Europe, les autres sont présents à l’école de commerce de Dijon, l’Institut régional supérieur du travail éducatif et social (Irtes), l’École nationale supérieure d’art et design (Ensad) de Dijon, le Centre universitaire catholique de Bourgogne et l’école de kinésithérapie.
Pour rencontrer un maximum d’élèves, les “étudiants relais” sont présents aux événements destinés à leurs pairs et pratiquent “l’aller vers”. Sur le papier, rien de plus simple : il suffit d’arrêter les gens qu’ils croisent et d’entamer la discussion. « Au début, c’est quand même intimidant, mais on le fait avec un ancien du dispositif, on prend vite nos marques », reconnaît Savannah, arrivée au sein d’Etu’bien en septembre. Une démarche à laquelle leurs camarades sont, pour la plupart, réceptifs : « À l’entrée de la bibliothèque universitaire, cela marche plutôt bien quand les gens ressortent », confie Nastasia. Si la plupart des interactions sont courtes, les “étudiants relais” assurent que leurs interlocuteurs n’hésitent pas à les solliciter plus longuement si besoin ou à les contacter plus tard, principalement via Instagram.
« Je suis très en lien avec eux »
Ils peuvent également faire face à des situations complexes. « Des fois, c’est compliqué de répondre. On en parle entre nous, on réoriente la personne pour lui apporter une solution, de l’aide, pour qu’elle ne se retrouve pas seule », explique Thiébaud, “étudiant relais” depuis plusieurs années, après avoir évoqué le jour où une personne leur avait fait part de sa tentative de suicide.
Pour prévenir un mal-être des “étudiants relais” et désamorcer les possibles risques, des temps d’échanges sont organisés. « Je suis très en lien avec eux. On a des temps de réunion de deux heures, deux fois par mois. On prend le temps de discuter. Je les vois également individuellement et ils peuvent venir me parler de ce qu’ils rencontrent », rassure Karyn Alapetite.
C’est censé être une des plus belles périodes de notre vie, c’est triste que certains étudiants puissent mal la vivre.
Thiébaud, “étudiant relais”
Des fois, c’est compliqué de répondre. On en parle entre nous, on réoriente la personne pour lui apporter une solution, de l’aide, pour qu’elle ne se retrouve pas seule.
Thiébaud, “étudiant relais”
J’aurais bien aimé connaître un dispositif de ce genre lors de ma première année.
Nastasia, “étudiante relais”
Contact Tél. 03 80 44 10 10, etubien@chlcdijon.fr, page Instagram : etubien21.