samedi 14 février 2026

ETUDE RECHERCHE AVIS CRITIQUE DEBAT AUTOUR DE LA QUESTION : L’usage problématique des réseaux sociaux, un symptôme de vulnérabilité psychique

 Encéphale 2026 – L’usage problématique des réseaux sociaux, un symptôme de vulnérabilité psychique

PARIS — Les réseaux sociaux provoquent-ils des pathologies psychiques ou révèlent-ils plutôt des vulnérabilités psychiques ? C’est à cette question que la Dre en addictologie (hospices civils de Lyon) Julia de Ternay a tenté de répondre, lors d’une session organisée le 21 janvier dernier au congrès Encéphale 2026 (21-23 janvier 2026, Paris). Un fait semble établi : les réseaux sociaux n’ont pas la cote actuellement. « Plusieurs rapports importants, notamment ceux du Parlement européen, de l’Assemblée nationale (commission TikTok) et de l’ANSES (agence nationale de sécurité sanitaire), se sont penchés sur l’impact défavorable des réseaux sociaux sur la santé mentale des adolescents. Des interdictions ont aussi émergé, l’Australie ayant proscrit l’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 16 ans depuis décembre 2025, une mesure encore difficile à appliquer en France », a introduit la Dre de Ternay. Elle poursuit : « Les réseaux sociaux sont accusés d’induire un usage problématique, car l’addiction à ceux-ci n’est pas encore reconnue. Ils sont aussi suspectés de favoriser l’anxiété, la dépression, le risque suicidaire et les troubles alimentaires, notamment chez les adolescents, un public particulièrement vulnérable. » 

Association faible entre troubles mentaux et réseaux sociaux

Que dit la science à ce sujet ? Les différentes études citées par la Dre Julia de Ternay sont beaucoup moins catégoriques. Il existe effectivement quelques revues systématiques qui concluent à une association nuisible entre l’utilisation des réseaux sociaux et l’apparition de symptômes dépressifs, d’anxiété ou une altération de la santé mentale. Cependant, la majorité des revues de littérature relèvent principalement des associations faibles et inconsistantes entre ces 2 éléments. Mieux : l’usage des réseaux sociaux pourrait s’avérer profitable selon certaines études. « Dans une enquête menée auprès de 60 000 Français adultes, l’Insee a étudié la prévalence des syndromes dépressifs selon la fréquence d’utilisation des réseaux sociaux. Les résultats montrent une légère courbe en U : les personnes qui n’utilisent jamais les réseaux sociaux semblent plus touchées par la dépression que celles qui les consultent occasionnellement », détaille la Dre de Ternay. 

Vulnérabilités psychiques préexistantes

Or, pour déterminer le rapport entre santé mentale et réseaux sociaux, l’addictologue s’appuie sur des études longitudinales : « Plusieurs études menées auprès de milliers d’adolescents montrent qu’il n’existe pas de lien causal significatif entre le temps passé sur les réseaux sociaux et le développement de troubles mentaux, comme la dépression ou l’anxiété. Ces recherches suggèrent que l’utilisation des réseaux sociaux reflète plutôt une vulnérabilité psychique préexistante, sans en être la cause directe », analyse-t-elle. Aussi, plutôt que de prendre en compte comme seul indicateur le temps passé sur les réseaux sociaux, mieux vaut s’intéresser à l’usage qui en est fait : « Les recherches distinguent un usage actif, où l’on publie et interagit, d’un usage passif, où l’on se contente de défiler sans but. Les usagers actifs affichent généralement un meilleur bien-être que ceux qui n’utilisent pas du tout les réseaux, alors que l’usage passif peut dégrader la santé mentale. Cependant, il est rare d’avoir un usage entièrement actif ou passif », explique Julia de Ternay. 

Approche globale

Aussi, plutôt que d’isoler l’usage des réseaux sociaux, il faut le replacer dans un contexte global, poursuit-elle. Une approche globale doit aussi considérer les comorbidités psychiatriques. « Le diagnostic de pathologie psychiatrique est le principal facteur de risque d’usage problématique des réseaux sociaux, entraînant une perte de contrôle. » Julia de Ternay conclut en affirmant qu’« il n’est pas pertinent de se focaliser sur l’ordre d’apparition des troubles ; il est préférable d’adopter un modèle transdiagnostique qui met l’accent sur les symptômes et les processus sous-jacents, comme la rumination ou l’impulsivité, pour cibler efficacement les interventions thérapeutiques. Par exemple, un patient peut utiliser les réseaux sociaux comme moyen de régulation émotionnelle, ce qui finit par renforcer ses difficultés. Ce modèle souple permet d’envisager ces usages comme des comportements à intégrer dans une prise en charge globale, indépendamment du diagnostic d’addiction. »


Références

Usage des réseaux sociaux et santé mentale, Dre Julia de Ternay, Lyon, 21 janvier 2026, Encéphale 2026.

https://www.univadis.fr/viewarticle/enc%25C3%25A9phale-2026-lusage-probl%25C3%25A9matique-des-2026a10003hd?uuid=9e0b6c20-b52a-4f3c-9955-0124bac286ab