jeudi 4 mars 2021

Interview Prévenir le suicide maternel : "Nous manquons encore d’unités mères-enfants"

Prévenir le suicide maternel : "Nous manquons encore d’unités mères-enfants"

Paulina Jonquères d'Oriola Journaliste maman, psycho et famille
Publié le 02 mars 2021https://www.doctissimo.fr/*
en collaboration avec Patricia Pasi Delay (Psychiatre au sein de la maternité de la Croix-Rousse (Lyon)) et Dr Sylvie Viaux (Pédopsychiatre à la maternité de la Croix Rousse)
En janvier 2021, Santé publique France et l’Inserm publiaient un rapport alarmant sur les morts maternelles pour la période 2013-2015. Celui-ci laissait apparaître pour la première fois que le suicide était l’une des deux premières causes de décès maternels, à côté des maladies cardiovasculaires. De véritables tragédies considérées comme "évitables" et qui questionnent le manque de structures adaptées pour accompagner les profils les plus fragiles.
Sommaire
  1. Un suicide par mois chez les futures ou jeunes mamans
  2. La précarité, un facteur aggravant
  3. Des mamans fragiles qui se retrouvent trop vite à la maison
  4. 15 à 20% des jeunes mères en dépression post-partum
  5. Le cas particulier de la psychose puerpérale
  6. Favoriser l’hospitalisation des mamans en unité mère-enfant
  7. Une appli pour détecter les femmes à risques
  8. "Un problème de santé publique"
1 | Un suicide par mois chez les futures ou jeunes mamans

Un suicide par mois chez les futures ou jeunes mamans

Entre 2013 et 2015, 35 futures ou jeunes mamans se sont suicidées, soit 13,4% des morts maternelles sur la période allant de la grossesse jusqu’à 1 an après l’accouchement. "Quand notre chef de service nous a parlé des résultats de cette enquête nationale, j’ai été stupéfaite. Dans ma pratique, je n’ai été confrontée qu’une seule fois au suicide d’une jeune maman que j’avais pourtant réussi à hospitaliser en urgence. Cela a été un véritable drame dans mon histoire professionnelle", nous confie le Dr Patricia Pasi Delay, psychiatre au sein de la maternité de la Croix-Rousse (Lyon) et qui a accepté de contribuer à l’enquête nationale chargée de mettre en lumière les causes de ces suicides maternels, et les moyens pouvant être mis en œuvre pour les éviter.

"Il est clair que pour nous, mourir au 21ème siècle avant, pendant ou après l’accouchement, est devenu quelque chose d’inimaginable, d’intolérable. Car la diminution drastique de la mortalité maternelle et infantile est certainement le plus grand progrès du dernier siècle", poursuit-elle.

La précarité, un facteur aggravant

Il n’existe aucun profil type et malheureusement, toute femme est potentiellement fragile pendant la grossesse et surtout le post-partum, une période de grands chamboulements physiques et psychiques. Toutefois, il est apparu que la géographie avait un impact, avec un risque 4 fois plus élevé dans les territoires d’Outre-mer, ou encore parmi les populations de migrants, notamment d’Afrique subsaharienne (risque 2,5 fois plus élevé). 

"Même si le suicide maternel peut survenir chez n’importe quelle femme, la précarité, qui se cumule à un risque psychique, semble être un facteur important dans plusieurs parcours de vie que j’ai pu analyser. Par exemple, certaines femmes sans-papiers n’ont pas pu accéder à des unités mère-enfant, ou même des foyers mère-enfant. On a aussi des problématiques où les mères ne peuvent pas aller voir leur enfant placé ou en néonatologie", rapporte le Dr Sylvie Viaux, pédopsychiatre à la maternité de la Croix Rousse et membre du pôle d’experts dans l’enquête du CNEMM. 

L’entretien prénatal précoce, important mais insuffisant

L’entretien prénatal précoce à partir du 4e mois de grossesse est un outil précieux qui a été instauré pour détecter les futures mères pouvant être plus fragiles. Malheureusement, la survenue d’un stress intense ou d’autres troubles peuvent survenir plus tard dans la grossesse, être déclenchés par l’accouchement ou se révéler durant la période du post-partum. De plus, cet entretien n’est pas pratiqué automatiquement dans toutes les maternités, sans oublier les femmes qui ne sont carrément pas suivies durant leur grossesse (population de migrants notamment).

Des mamans fragiles qui se retrouvent trop vite à la maison

Le post-partum est une zone rouge qui rend les femmes très vulnérables d’un point de vue psychique. Les risques de décompensation y sont plus élevés, en raison notamment des variations hormonales intenses auxquelles les femmes sont sujettes (chaque femme y est plus ou moins sensible) ; et des remaniements psychiques inhérents au fait de devenir mère. 

Ainsi, dans la période du post-partum, entre 8 jours et 42 jours après l’accouchement, le suicide est la première cause de décès des jeunes mamans. "En post-partum, les tableaux sont brutaux et soudains, avec un risque de décompensation très rapide et violent. Le problème, c’est qu’avec le raccourcissement des séjours à la maternité, les femmes sortent vite et nous ne pouvons pas toujours bien les détecter car les signes psychiques apparaissent plutôt à J+10 après l’accouchement", regrette le Dr Sylvie Viaux. 

15 à 20% des jeunes mères en dépression post-partum

Bien sûr, les mamans qui ont déjà des antécédents psychiatriques ( bipolarité, schizophrénie, toxicomanie, dépression post-partum...) sont particulièrement surveillées, car leur état peut vite se dégrader. "Dans notre jargon, la femme enceinte ou la jeune maman traverse une période de transparence psychique, c’est-à-dire qu’elle va avoir accès à son noyau intérieur, et potentiellement à des souffrances qui n’avaient jusque lors pas éclos. On sait par exemple que l’accouchement peut réveiller des traumatismes de l’enfance, comme des viols", note le Dr Pasi Delay. 

Puerpéralité : pour se rétablir d’un accouchement, il faudrait au moins un an

"La vulnérabilité de chacune est aussi souvent étroitement liée à une histoire familiale. Par exemple, une jeune maman qui aurait eu une mère défaillante, peut avoir beaucoup plus de difficultés à appréhender son nouveau statut. Une mère célibataire ou une grossesse non désirée peuvent aussi jouer. Ou encore une grossesse qui se passe mal d’un point de vue médical ou la détection d’un problème chez le bébé", affirme le Dr Sylvie Viaux. Et puis, un accouchement qui ne se passe pas comme prévu, des difficultés à allaiter, la fatigue des nuits sans sommeil... "Tout ce qui peut remettre en cause la capacité maternelle avant, pendant ou après la grossesse, peut être un facteur de risques", ajoute le Dr Pasi Delay. Au final, 15 à 20 % des femmes peuvent sombrer dans la dépression post-partum pour différentes raisons, et dans des contextes très variés malgré un entourage et un père soutenant.

Le cas particulier de la psychose puerpérale

Bien que très rare (0,2 % des naissances), la psychose puerpérale fait partie de ces troubles qui peuvent survenir de manière très brutale, même sur des mamans qui n’ont pas d’antécédents psychiques, et qui peut potentiellement mener à l’irréparable. "Je me souviens d’une maman à la maternité qui voyait son bébé tout vert ! La psychose puerpérale se traduit par des hallucinations, l’impression d’entendre des voix, la maman peut se sentir persécutée par son bébé, et potentiellement faire du mal à son bébé, ou à elle", rapporte le Dr Pasi Delay. Bien connu des psychiatres exerçant en maternité, des sages-femmes, et des professionnels travaillant en PMI, ce type de tableau clinique est encore mal maîtrisé par la psychiatrie adulte ou encore les généralistes qui peuvent pourtant jouer un rôle de premier plan.

Favoriser l’hospitalisation des mamans en unité mère-enfant

Pour éviter ces passages à l’acte, les psychiatres insistent sur l’importance de créer davantage de structures dédiées à l’accueil des mères et des enfants. Souvent surchargées, elles sont même inexistantes sur certaines parties du territoire. Outre les unités kangourou au sein des maternités, il n’existe presque pas de structures pouvant accueillir les mamans dont les bébés seraient un peu plus âgés.

Les mères suicidaires se retrouvent souvent dans des structures psychiatriques non spécialisées, internées avec d’autres patients qui n’ont rien à voir avec elles, et privées de tout lien avec leur enfant. Sans parler des pères qui se retrouvent démunis, seuls avec leur enfant, sans accompagnement.

"Il est vraiment très important que les mères puissent garder le lien avec leur bébé. On a observé que des passages à l’acte se produisaient quand la mère reprenait un peu d’énergie, et se rendait compte qu’elle avait été défaillante envers son bébé, ce qui entraînait une culpabilité insurmontable", rapporte le Dr Viaux. Pour la psychiatre, l’idéal serait donc qu’il existe trois types de dispositifs : l’accès à une consultation maman-bébé pour les femmes qui en ressentent le besoin, les hospitalisations de jour et les hospitalisations maman-bébé à temps plein afin d’offrir une réponse graduée selon les situations. 

Une appli pour détecter les femmes à risques

Une autre piste à explorer serait de mettre en place une application permettant de contacter les jeunes mères et de détecter des signes de vulnérabilité nécessitant qu’elles soient rappelées par un professionnel averti. Car on l’a vu, le problème est que les mères quittent rapidement les maternités, et passent potentiellement sous le radar des professionnels. "On peut notamment utiliser l’EPDS Edimbourg Post Natal Depression Scale (qu’on peut aussi faire passer en prénatal)", affirme le Dr Viaux. Avec un score supérieur à 12, il serait alors indispensable de recontacter ces mères.

"Un problème de santé publique"

Pour conclure, notons que par-delà le drame que représentent ces décès maternels, l’impact sur les enfants est indéniable, et ce même si la mère ne passe pas à l’acte. "Le bon accompagnement de ces mamans est essentiel afin que la rencontre entre la mère et le bébé puisse se faire, car cela peut laisser de vives séquelles. On a notamment trouvé une corrélation entre la dépression post-partum de la mère et la survenue du suicide chez l’enfant devenu adolescent. C’est un vrai problème de santé publique quand on sait que le suicide est la première cause de mortalité chez les jeunes. Mais j’insiste sur ce point : une maman bien accompagnée et traitée peut très bien se sortir d’une dépression post-partum", conclut le Dr Viaux.

Publié le 02 mars 2021
- Masquer les sources

Enquête nationale confidentielle sur les morts maternelles, ENCMM, publication janvier 2021
Entretiens avec les Dr Viaux et Pasi-Delay, janvier 2021.
Cox JL, Holden JM, Sagovsky R. Detection of postnatal depression. Development of the 10-item Edinburgh Postnatal Depression Scale. Br J Psychiatry. 1987 Jun;150:782-6. doi: 10.1192/bjp.150.6.782. PMID: 3651732.Guedeney N, Fermanian J. Validation study of the French version of the Edinburgh Postnatal Depression Scale (EPDS): new results about use and psychometric properties. Eur Psychiatry. 1998;13(2):83-9. doi: 10.1016/S0924-9338(98)80023-0. PMID: 19698604.

* https://www.doctissimo.fr/grossesse/psychologie-enceinte/bien-dans-sa-tete-apres-l-accouchement/prevenir-suicide-maternel

AUTOUR DE LA QUESTION : Rapport de la cour des comptes : Psychiatrie : comment améliorer les parcours de soins des patients ?

Psychiatrie : comment améliorer les parcours de soins des patients ?

Le système de santé français fait face à une demande de soins de santé mentale et à un nombre d’hospitalisations en hausse en psychiatrie. Face à un contexte de pandémie, la Cour des comptes analyse dans un récent rapport l’offre de traitements et l’organisation des soins en santé mentale.
Par La Rédaction https://www.vie-publique.fr*

Publié le 2 mars 2021





Les troubles dépressifs et anxieux (légers ou modérés) sont assez fréquents dans la population : ils concernent presque un tiers des personnes sur une vie entière.

Dans le rapport sur les parcours dans l'organisation des soins en psychiatrie publié en février 2021, la Cour des comptes contribue à l’analyse du domaine des soins en santé mentale et en psychiatrie. Elle s’inscrit dans la réforme portée par la loi du 26 janvier 2016 "de modernisation de notre système de santé" et place la notion de "parcours du patient" au centre de la réflexion.

Une offre de soins diverse mais peu coordonnée

En 2018, on compte 552 structures psychiatriques sur le territoire français, dans lesquelles 340 000 patients ont été hospitalisés à temps complet. La notion de santé mentale est large. Elle inclut généralement trois dimensions :
la santé mentale positive qui correspond à un état de bien-être mental ;
la détresse psychologique ou le "mal-être" qui correspond à des symptômes de type dépressif ou anxieux, passagers et de faible intensité ;
et les troubles psychiatriques, passagers ou durables, et qui sont plus ou moins sévères.

La Cour des comptes reconnaît la diversité de l’offre en soins psychiatriques et psychologiques déployée pour palier à ces différents troubles. Cependant, l’analyse met l’accent sur le manque de coordinations entre les hôpitaux, cliniques, établissements médico-sociaux et psychiatres libéraux. Ce manque de complémentarité entre professionnels nuit à l’efficacité du système en place.

La Cour regrette également un nombre trop important de prises en charge en urgence de patients atteints de troubles plus sévères. Certains troubles psychiatriques nécessitent un suivi prolongé et une prise en charge préventive pour éviter les hospitalisations d’urgence et/ou sous contrainte. En l’état, les hospitalisations sont souvent inadéquates et ne sont pas orientées vers une sortie durable.

Des parcours de soins à adapter

L’organisation des soins de manière graduée doit permettre d’offrir des parcours de soins plus pertinents aux patients tout en garantissant un meilleur usage des ressources spécialisées et non spécialisées.

Les parcours de soins

Le parcours désigne une suite de soins reçus à partir de la première prise en charge du trouble jusqu’à la stabilisation du patient. Pour garantir l’efficacité des traitements, le rapport préconise une meilleure articulation des rôles des différents professionnels.

Pour cela, il faut prendre en compte la sévérité des symptômes et mobiliser les intervenants de "première ligne". Les médecins traitants forment ainsi un premier filtre dans l’accès aux centres médico-psychologiques qui doivent être réservés aux publics prioritaires.

En parallèle, la Cour préconise de généraliser le remboursement par la Sécurité sociale des psychothérapies(nouvelle fenêtre). Elles peuvent être assurées par des psychologues libéraux sur prescription du médecin traitant et constituer ainsi une alternative préventive à l’hospitalisation. 

https://www.vie-publique.fr/en-bref/278758-les-parcours-dans-lorganisation-des-soins-de-psychiatrie

ETUDE RECHERCHE Le rôle de médiation de la solitude et du retrait social des adolescents dans l'association entre les symptômes dépressifs de la mère et la suicidalité à l'adolescence : Une étude de 20 ans sur la population

The mediating role of adolescents' loneliness and social withdrawal in the association between maternal depressive symptoms and suicidality in adolescence: A 20-year population-based study

Lamprini Psychogiou  1 , Marilyn N Ahun  2   3 , Michel Boivin  4 , Richard E Tremblay  5   6 , Massimiliano Orri  3   7   8 , Sylvana M Côté  2   3   8
1 Mood Disorders Center, University of Exeter, Exeter, UK.
2 Department of Social and Preventive Medicine, Université de Montréal School of Public Health, Montréal, Canada.
3 Centre Hospitalier Universitaire Sainte-Justine, Montréal, Canada.
4 School of Psychology, Université Laval, Laval, Québec, Canada.
5 School of Public Health, University College Dublin, Belfield, Dublin 4, Ireland.
6 Department of Pediatrics and School of Psychology, Université de Montréal, Montréal, Canada.
7 McGill Group for Suicide Studies, Douglas Mental Health University Institute, Montréal, Canada.
8 INSERM U1219, Université de Bordeaux, Bordeaux, France.

Abstract : We examined whether adolescents' loneliness and social withdrawal mediated the association between maternal depressive symptoms and adolescent suicidality. Secondary analyses on the Québec Longitudinal Study of Child Development data were conducted (n = 1,623). Each mother completed the Centre for Epidemiologic Studies Depression Scale (at child ages 5 months, 1.5, 3.5, 5, and 7 years). Adolescent's social withdrawal (adolescent, father, and teacher reported at 10, 12, and 13 years) and loneliness (adolescent reported at 10, 12, and 13 years), were assessed using items from the Social Behavior Questionnaire and the Loneliness and Social Satisfaction Questionnaire, respectively. Adolescents completed self-reports to assess suicidal thoughts and attempts at 13, 15, 17, and 20 years. Children of mothers with higher levels of maternal depressive symptoms had an increased risk for suicidality (OR = 1.15, 95% CI: 1.03-1.28). Loneliness explained 16% of the total effect of maternal depressive symptoms on adolescent suicidality (indirect effect OR = 1.02, 95% CI: 1.00-1.04). There was no indirect effect of maternal depressive symptoms on adolescent suicidal outcomes via social withdrawal (indirect effect OR = 1.00, 95% CI: 0.99-1.02). Interventions that target loneliness may be beneficial for decreasing the risk for suicidality among adolescents of mothers with depressive symptoms.
Domaine : Sciences du Vivant [q-bio] / Santé publique et épidémiologie
https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-03158041

Soumis le : mercredi 3 mars 2021 - 15:50:10

mardi 2 mars 2021

SUISSE YouTube, nouveau champ préventif du suicide

YouTube, nouveau champ préventif du suicide
Pour rendre les messages préventifs plus accessibles aux jeunes, MALATAVIE collabore avec des YouTubeurs reconnus. Ils et elles déconstruisent des idées reçues sur le suicide dans des vidéos diffusées sur leur chaîne
https://www.reiso.org/articles/themes/enfance-et-jeunesse?task=export.export&id=7067

ETUDE RECHERCHE USA La perception du ralentissement du temps peut influencer le processus suicidaire

La perception du ralentissement du temps peut influencer le processus suicidaire
par Eric W. Dolan 27 février 2021 https://www.psypost.org/*

De nouvelles recherches démontrent un lien entre la perception du temps et le suicide. L'étude, publiée dans European Neuropsychopharmacology , a révélé que de nombreux patients qui ont récemment tenté de se suicider avaient une perception du temps altérée, ce qui peut avoir exacerbé leur détresse.

«Ce projet représente le chevauchement de deux sujets qui m'ont fasciné», a déclaré le chercheur principal Ricardo Caceda , professeur agrégé à l'Université Stony Brook et psychiatre du personnel du Northport VA Medical System.

«Le premier est le suicide, et pourquoi et comment une personne décide de se suicider. En tant que clinicien, je vois comment le suicide peut dévaster la vie des victimes de suicide et de leurs proches, et nous essayons d'utiliser les approches disponibles pour le prévenir. Le deuxième sujet est le temps, l'une des dimensions qui régissent notre univers, et comment les humains sont influencés par lui, le perçoivent et lui donnent un sens.

Pour leur étude, les chercheurs ont interrogé 57 personnes qui ont récemment tenté de se suicider, 131 personnes souffrant d'idées suicidaires, 51 personnes souffrant de dépression non suicidaire et 48 témoins en bonne santé. Les participants ont effectué des évaluations de la dépression, de l'automutilation, de l'impulsivité et de la fonction exécutive, ainsi que de deux mesures de la perception du temps.

Les chercheurs ont constaté que ceux qui avaient récemment tenté de se suicider présentaient des niveaux élevés d'impulsivité par rapport aux patients déprimés sans comportement suicidaire récent.

La perception du temps était associée à la durée du processus suicidaire et à la gravité des idées suicidaires, ce qui «suggère des phénomènes de type déréalisation ou dépersonnalisation», ont déclaré les chercheurs. «On pourrait émettre l'hypothèse que la hauteur d'une crise suicidaire pourrait être un état de type dissociatif, déclenché par une douleur psychologique écrasante et caractérisé par une perception ralentie du temps.

En particulier, les participants qui ont tenté de se suicider dans les trois heures suivant la décision de se suicider avaient tendance à avoir une perception du temps plus lente que ceux qui avaient attendu plus longtemps.

«Le principal message à retenir est qu'un nombre considérable de personnes qui tentent de se suicider le font impulsivement. Par exemple, environ 50% des personnes qui tentent de se suicider le font dans les 10 minutes suivant la décision de se suicider. Un deuxième point est que pendant une crise suicidaire, les individus ont tendance à vivre le temps très lentement, ce qui contribue probablement à l'aggravation de l'expérience de détresse psychologique intense », a déclaré Caceda à PsyPost.

L'étude - comme toute recherche - comporte certaines limites.

«Ce travail a été effectué chez des patients adultes souffrant de dépression, mais le suicide peut survenir dans de nombreuses autres populations», a noté Caceda. «La prochaine question de recherche à aborder est d'élucider les mécanismes cérébraux sous-jacents à ces anomalies de la perception du temps.»

«Le suicide est un phénomène hétérogène et complexe», a-t-il ajouté. «Nous en apprenons beaucoup presque tous les jours, mais nous avons encore un long chemin à parcourir avant de pouvoir le réduire. Penser au suicide n'est pas acceptable, et si quelqu'un le fait, il devrait demander de l'aide. »

L'étude, “Slower perception of time in depressed and suicidal patients, a été rédigée par Ricardo Cáceda, Jessica M. Carbajal, Ronald M. Salomon, Jordan E. Moore, Greg Perlman, Prasad R. Padala, Abdullah Hasan et Pedro L. Delgado. European Neuropsychopharmacology Volume 40, November 2020, Pages 4-16 Ricardo Cáceda a Jessica M.Carbajal a Ronald M.Salomon b Jordan E.Moore b GregPerlman a Prasad R.Padala bc Abdullah Hasan a Pedro L.Delgadob
a
Department of Psychiatry, Stony Brook University, Stony Brook, NY, USA
b
Psychiatric Research Institute, University of Arkansas for Medical Sciences, Little Rock, AR, USA
c
Geriatric Research Education and Clinical Center, North Little Rock VA Medical Center, USA Received 7 November 2019, Revised 30 July 2020, Accepted 14 September 2020, Available online 29 September 2020.

https://www.psypost.org/2021/02/perception-of-time-slowing-may-influence-the-suicidal-process-59823

lundi 1 mars 2021

IRLANDE TEMOIGNAGE : "Arrêtons de parler du suicide comme d'un "acte stupide".

Arrêtons de parler du suicide comme d'un "acte stupide".
Chaque fois que j'entendais cela, cela se traduisait dans mon esprit par "ils pensent que tu es stupide, fais-le".

01/03/2021 https://www.irishtimes.com/*
Bronagh Loughlin




Bronagh Loughlin: «Les personnes ayant des problèmes de santé mentale qui vivent ces pensées intensément sombres veulent juste avoir une oreille pour écouter ce qu'elles ressentent.» Photographie: Dara Mac Donaill

Je me souviens du jour où j'ai essayé de me suicider. J'avais beaucoup de choses à faire, j'étais confrontée à un trouble alimentaire, à de l'intimidation et au décès d'un membre de ma famille que j'aimais beaucoup. Mon esprit s'emballait de pensées, de pensées, de pensées et il ne ralentissait pas. Je n'avais pas un instant de silence.

C'était comme si quelqu'un vous criait constamment des mots sans s'arrêter.

Même si mon esprit ne faisait que penser, c'était comme si je ne pouvais pas penser clairement.

J'ai atteint mon seuil ; j'en avais assez d'écouter ces pensées et il n'y avait aucun moyen d'y échapper réellement.

J'ai pensé que la seule façon d'échapper à mes pensées et à mes sentiments était de tout arrêter.

 Mon trouble alimentaire m'a consumé ; c'est la période de ma vie où j'ai eu les pensées les plus déprimées. C'était presque comme si j'étais droguée parce que je ne reconnaissais pas la personne que j'étais alors.

Avec l'intimidation, c'était en personne et en ligne, et pas seulement dans une zone spécifique. Il n'y avait pas d'échappatoire. Je me suis effondrée et je me suis sentie complètement blessée.

 Je m'automutilais déjà à cause de ces brimades, dans les toilettes de l'école et à la maison. Je pense qu'une fois que j'ai atteint le point d'être physiquement capable et d'accord pour me faire du mal, je n'avais plus peur de me faire du mal jusqu'à la mort.

Les mauvaises émotions

 Avant ce jour, je pensais régulièrement au suicide et j'avais des idées de suicide. J'étais tellement rongé par tous ces mauvais sentiments que j'étais convaincue que je ne ressentais plus rien et que disparaître serait la solution.

Il n'est pas difficile de se sentir ainsi quand on est submergé par de négatives émotions.

 Chaque fois que je parlais à quelqu'un de ce que je ressentais (étant donné que j'ai probablement toujours choisi les mauvaises personnes, celles qui n'ont jamais pensé à cela dans leur vie), il disait des choses comme "ne faites rien de stupide" ou ne savait pas quoi dire et me regardait comme si j'étais une sorte de monstre, ne comprenant pas pourquoi je voulais sortir de la vie et de sa torture.

Chaque fois que j'entendais les mots "ne faits rien de stupide", cela se traduisait dans mon esprit par "ils pensent que tu es stupide, fais-le".

Je déteste absolument cette phrase.

La réalité est que, lorsque vous faites des mouvements dans votre tête et que vous envisagez de vous suicider, cela ne vous semble pas stupide. Au contraire, cela ressemble vraiment à une solution à toutes les douleurs et souffrances auxquelles vous êtes confronté. C'est comme si vous éteigniez la lampe, que vous tourniez l'interrupteur et que la douleur disparaissait pour vous. Même si elle n'a pas disparu pour les personnes qui vous aiment, votre douleur est enfin apaisée, tout comme ces pensées dominantes qui ne s'arrêtent pas.

Ce n'est pas un acte d'attention, une chose à laquelle on pense un instant, c'est quelque chose que les personnes qui souffrent envisagent pendant longtemps, pesant vraiment le pour et le contre de cette action.

La lumière au bout du tunnel

Il n'y a rien de stupide dans le suicide. Le suicide est extrêmement bouleversant et illustre le véritable pouvoir de la douleur sur une personne - qu'elle ne peut pas voir la lumière au bout du tunnel et qu'elle a la capacité de se sortir de tout cela.


Ce n'est pas la mort idéale pour quiconque,, mais c'est malheureusement ce que beaucoup de gens ressentent et il serait bon que lorsqu'ils demandent de l'aide à d'autres personnes, même s'ils n'ont pas encore ressenti ces émotions, ils puissent réagir avec sensibilité et montrer qu'ils se soucient. Il n'est pas facile d'accepter seul le fait que vous voulez vous suicider, sans parler de trouver le courage de dire à quelqu'un ce que vous ressentez. Les mots "Je veux me suicider" ne sont pas faciles à dire.

En tant que personne ayant des problèmes de santé mentale et ayant vécu cette expérience, je me suis toujours sentie mal à l'aise d'admettre ces sentiments car ils sont présentés comme stupides, fous, anormaux et je me suis toujours inquiétée du jugement que je recevrais si j'admettais ces émotions et en parlais aux autres.

La réalité de la situation est que "ne faites rien de stupide" n'est pas le meilleur conseil à donner à quelqu'un qui envisage de se suicider. Nous devons accueillir ces discussions et permettre aux gens de s'ouvrir à nous sur le suicide et de ne pas en faire un concept aussi étrange.

En tant qu'êtres humains, nous ressentons tous de la douleur et souffrons à certains égards et, malheureusement, certains ressentent plus de douleur que d'autres, c'est pourquoi nous devons normaliser ces conversations même si nous ne pouvons pas comprendre ce que c'est. Nous devons y répondre avec prudence, en faisant preuve de compréhension et en ne déclenchant rien.

Certains diront peut-être "C'est difficile, tout ce que je pourrais dire pourrait déclencher quelqu'un", mais ce n'est tout simplement pas vrai.

Si c'est une chose que vous ne savez pas quoi dire pour montrer que vous vous souciez de lui, montrez-lui que vous vous souciez de lui par vos actions. Parfois, vous n'avez pas besoin de dire quoi que ce soit ; souvent, les personnes souffrant de problèmes de santé mentale qui ont ces pensées intensément sombres veulent juste une oreille pour écouter ce qu'elles ressentent.

N'oubliez pas que si vous trouvez qu'il est bouleversant d'entendre ce que la personne vous dit, imaginez ce que cela doit être dans son esprit, en luttant seul contre cela.  

Get support:
– Pieta House, 1800 247 247, text HELP to 51444.
– Samaritans, 116 123, jo@samaritans.ie.
– Suicide Or Survive, 1890 577 577, info@suicideorsurvive.ie.
– Aware, 1800 80 48 48, supportmail@aware.ie.
– Childline, 1800 666 666, text 5101.
– HSE Drugs and Alcohol helpline, 1800 459 459, helpline@hse.ie.
– Traveller Counselling Service, (01) 868 5761, 086 308 1476, info@travellercounselling.ie.
– HSE Crisis Text Service, Text 50808.
– St Patrick’s Mental Health Services, (01) 249 3333, info@stpatsmail.com.
– Alone, 0818 222 024, hello@alone.ie

https://www.irishtimes.com/life-and-style/health-family/let-s-stop-referring-to-suicide-as-doing-something-stupid-1.4492893

RESSOURCES EN FRANCE https://www.infosuicide.org/urgences-aide-ressources/

ETUDE RECHERCHE USA Politiques en matière d'alcool, politiques relatives aux armes à feu et suicide aux États-Unis

Politiques en matière d'alcool, politiques relatives aux armes à feu et suicide aux États-Unis
Tim Naimi & Marlene Lira
  http://blogs.biomedcentral.com*

L'alcool et les armes à feu sont couramment impliqués dans le suicide aux États-Unis, et des politiques moins restrictives en matière d'alcool et d'armes à feu sont respectivement associées à une consommation excessive d'alcool et à des décès violents. Cependant, on en sait peu sur les relations entre les politiques sur l'alcool et les armes à feu et les suicides impliquant de l'alcool, des armes à feu ou les deux. Les auteurs d'une étude publiée aujourd'hui dans
BMC Public Health constatent que des politiques plus restrictives en matière d'alcool et d'armes à feu sont associées à des taux et des probabilités plus faibles de suicides impliquant de l'alcool ou des armes à feu, ainsi que de l'alcool et des armes à feu. 

Contexte
L'alcool et les armes à feu sont une combinaison dangereuse et sont souvent impliqués dans le suicide aux États-Unis. Cela n'a fait que gagner en importance en tant que problème de santé publique, car la consommation d'alcool, les ventes d'armes à feu et les suicides aux États-Unis ont tous augmenté depuis le début de la pandémie de covid-19. Les politiques étatiques en matière d'alcool et les politiques étatiques relatives aux armes à feu peuvent avoir un impact sur les suicides liés à l'alcool et aux armes à feu, mais on ne sait pas comment ces politiques se rapportent spécifiquement à ces suicides, ou comment ces politiques pourraient interagir entre elles.

L'étude
Nous avons mené une étude transversale pour évaluer les relations entre les politiques en matière d'alcool, les politiques relatives aux armes à feu et les suicides aux États-Unis en 2015 impliquant de l'alcool, des armes à feu ou les deux. Nous avons utilisé l'échelle de politique en matière d'alcool, précédemment créée et validée par notre équipe, pour évaluer les politiques en matière d'alcool et le tableau de bord du
Gun Law Scorecard du Giffords Law Center pour quantifier les politiques relatives aux armes à feu. Les données sur le suicide proviennent du Système national de notification des décès par violence. Les modèles GEE Poisson et de régression logistique au niveau de l'État et de l'individu ont évalué les relations entre les politiques et les suicides liés à une arme à feu et / ou à l'alcool avec un décalage d'un an.

Résultats
"Des scores plus élevés en matière de droit de l'alcool et des armes à feu étaient associés à une réduction des taux d'incidence et des risques de suicides impliquant soit de l'alcool, soit des armes à feu."
Aux États-Unis en 2015, l'alcool et / ou les armes à feu étaient impliqués dans 63,9% des suicides. Des scores plus élevés en matière de droit de l'alcool et des armes à feu étaient associés à une réduction des taux d'incidence et des risques de suicides impliquant soit de l'alcool, soit des armes à feu. Par exemple, une augmentation de 10% du score de la politique en matière d'alcool était associée à une réduction de 28% du taux de suicides impliquant de l'alcool ou des armes à feu. De même, une augmentation de 10% du score de la politique sur les armes à feu était associée à une diminution de 14% du taux de suicides impliquant des armes à feu. Ces relations étaient similaires pour les suicides impliquant de l'alcool et des armes à feu. Par exemple, une augmentation de 10% du score de la politique en matière d'alcool était associée à une réduction de 52% du taux de suicides impliquant de l'alcool et des armes à feu. Une augmentation de 10% du score de la politique sur les armes à feu était associée à une réduction de 26% du taux de suicides liés à l'alcool et aux armes à feu. De plus, nous avons constaté des effets synergiques entre les politiques sur l'alcool et les armes à feu, de sorte que les États dotés de politiques restrictives à la fois pour l'alcool et les armes à feu avaient les plus faibles probabilités de suicides impliquant l'alcool et les armes à feu.

Conclusions et prochaines étapes
"Les résultats de l'étude suggèrent que les lois restreignant la possession d'armes à feu chez les personnes à risque élevé, y compris celles qui boivent excessivement ou qui ont été victimes d'infractions criminelles liées à l'alcool, peuvent réduire les suicides par arme à feu. "
Nous avons constaté que les politiques restrictives en matière d'alcool et d'armes à feu étaient associées à des taux et des probabilités plus faibles de suicides liés à l'alcool ou aux armes à feu, à l'alcool et aux armes à feu et nos recherches suggèrent que les politiques sur l'alcool et les armes à feu peuvent être un moyen prometteur de réduire le suicide. Ces relations de protection étaient particulièrement frappantes pour les suicides impliquant à la fois l'alcool et les armes à feu, ainsi que dans la forte interaction protectrice entre les variables de la politique sur l'alcool et les armes à feu, en particulier pour les suicides impliquant de l'alcool. Ces résultats, pris dans le contexte de la littérature plus large, suggèrent également que les lois restreignant la possession d'armes à feu chez les personnes à haut risque (les soi-disant lois `` peuvent émettre ''), y compris celles qui boivent excessivement ou qui ont été victimes d'infractions pénales liées à l'alcool, peuvent réduire les suicides par arme à feu. Comme il s'agissait d'une analyse transversale, elle devrait être considérée comme une étude génératrice d'hypothèses qui ne peut pas prouver une association causale entre les politiques en matière d'alcool ou d'armes à feu et le suicide. Dans les recherches futures, des études utilisant plusieurs années de politiques et de données sur le suicide renforceraient l'inférence causale. Des politiques plus strictes en matière d'alcool et d'armes à feu sont un moyen prometteur de prévenir une cause principale et croissante de décès aux États-Unis.Les résultats suggèrent en outre que le renforcement des deux domaines politiques peut avoir un impact synergique sur la réduction des suicides impliquant soit l'alcool, les armes à feu ou les deux.
 

Face aux suicides, les internes dénoncent un déni de réalité, les doyens regrettent les amalgames

Face aux suicides, les internes dénoncent un déni de réalité, les doyens regrettent les amalgames

Par Sophie Martos -Publié le 26/02/2021 lequotidiendumedecin.fr

Au choc du décès d'un interne fin février, succèdent la colère et l'incompréhension. Les syndicats d'internes (ISNAR-IMG, ISNI) dénoncent en effet l'apathie des pouvoirs publics à agir pour mettre un terme à ces drames. Trois autres suicides sont survenus depuis le début d'année. « Chaque année en France, entre dix et vingt internes en médecine mettent fin à leurs jours. (...) Une trentaine est décédée depuis 2018. Nous, jeunes médecins en cours de spécialisation, avons trois fois plus de risque de mourir par suicide que les Françaises et Français du même âge », dénonce l'Intersyndicale nationale des internes (ISNI). Le sujet fait réagir sur les réseaux sociaux où les jeunes crient leur ras-le-bol.

Les syndicats de jeunes ont pourtant multiplié les alertes. À l'automne, l'Intersyndicale nationale autonome représentative des internes de médecine générale (ISNAR-IMG) et l'Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF) ont publié un rapport avec une centaine de recommandations pour faire face à la croissance des risques psychosociaux. Le document est resté lettre morte.

« Rien n'est résolu »

Fin janvier, le Centre national d'appui (CNA), structure dédiée à la qualité de vie des étudiants en santé, avait aussi alerté les ministères, dans un courrier dont « Le  Quotidien » a pris connaissance, sur la proportion « alarmante » des étudiants en santé en difficulté. Il pointait du doigt les « horaires incontrôlables », des « glissements des tâches en raison de la diminution des personnels d’appui (secrétariat…) », l'« abandon du compagnonnage du fait de la surcharge des seniors » ou encore des « stages dans des services en difficulté ». Pour toute réponse, les ministères se sont contentés de lister les initiatives prises ces deux dernières années, sans perspective d'avenir. « C'est choquant, ils ne disent pas ce qu'il compte faire, mais ce qu'ils ont fait, réagit Morgan Caillault, président de l'ISNAR-IMG. Rien n'est résolu. »

À Reims, la ville où l'interne a mis fin à ses jours, la faculté a proposé une cellule d'écoute temporaire, un goût de trop peu pour l'ISNI. « Autrement dit, pas grand-chose. Ce déni de réalité n’a que trop duré et doit s’arrêter », s'insurge le syndicat, accusant les doyens d'inertie sur les réseaux sociaux.

Contacté, le président de la Conférence des doyens, le Pr Patrice Diot, estime les propos de l'ISNI inappropriés. « Je regrette les amalgames qui ne servent pas la cause, cette tendance à chercher des coupables n'est pas une bonne voie », s'explique-t-il au « Quotidien ». La conférence « n'est pas tolérante envers le temps de travail non respecté », insiste-t-il, ajoutant être prêt à régler tous les dysfonctionnements. Les doyens ont annoncé, en janvier, l'arrivée d'un numéro vert géré par le Centre national d'appui (CNA). Il ne sera disponible que « d'ici à quelques jours ».

Des mesures concrètes

De son côté, l'ISNI a formulé une dizaine de mesures parmi lesquelles, la création d'une mission indépendante nommée par le directeur d’ARS et comprenant des représentants des internes après chaque suicide. Plus largement, le syndicat demande qu'une enquête soit menée par l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) sur les risques psychosociaux à l'internat. Ils sont aussi favorables à la suppression du cumul des fonctions managériales et d’enseignement. « Un praticien ne peut pas être chef de service et coordonnateur d'un DES. Les décisions sur le parcours de l'interne doivent être prises avec les autres membres de l'équipe pour éviter qu'une seule personne ne décide de l'avenir du jeune », observe le président de l'ISNI, Gaétan Casanova.  

Par ailleurs, en cas de suspicion de maltraitance ou de situation de danger grave dans un service, l'ISNI souhaite que des mesures conservatoires soient prises telles la fermeture du terrain de stage, la suspension des professionnels de santé en cause ou une extraction des internes rapidement, mesures encore trop rares. « Il y a une concentration de pouvoir à l'hôpital et personne à qui parler, même quand c'est anonyme les jeunes sont terrorisés qu'on leur brise leur carrière », ajoute Gaetan Casanova. L'ISNAR-IMG abonde en ce sens : « Il n'existe que des extractions en urgence, on pourrait réaffecter rapidement, comme ce qui a été fait lors du premier confinement », suggère son président Morgan Caillault.

Le temps de travail est un autre cheval de bataille. Les syndicats rappellent que les jeunes travaillent 58 h par semaine en moyenne contre les 48 h réglementaires. Les juniors réclament un décompte du temps de travail en heure et non en demi-journée ou de borner les demi-journées. Deux réunions de travail doivent se tenir début mars entre les réprésentants des internes et les cabinets des ministères de la Santé et de l'Enseignement supérieur. 

https://www.lequotidiendumedecin.fr/internes/etudes-medicales/face-aux-suicides-les-internes-denoncent-un-deni-de-realite-les-doyens-regrettent-les-amalgames 

 *** 

AUTRE ARTICLE SUR LE SUJET

Suicide des Internes : l’ISNI dénonce une violence institutionnalisée

Après le décès de Tristan, l’InterSyndicale Nationale des Internes (ISNI) a réagi par voie de communiqué de presse. Elle rappelle l’ampleur des risques psychosociaux auxquels sont soumis les étudiants en médecine et dénonce une violence institutionnalisée « parfaitement assumée par l’encadrement universitaire des facultés de Médecine ». Face à l’inertie des autorités, elle exige l’adoption de 10 mesures urgentes.

3 fois plus de risques de suicide chez les jeunes médecins

« Chaque année en France, entre dix et vingt internes en médecine mettent fin à leurs jours. Nous, jeunes médecins en cours de spécialisation, avons trois fois plus de risque de mourir par suicide que les Françaises et Français du même âge. »

Pour étayer son propos, l’ISNI rappelle les chiffres édifiants de l’enquête qu’elle avait diligentée en 2017 sur le sujet. 2 internes suis trois présentent des troubles de l’anxiété, soit 4 fois plus qu’en population générale. 28% d’entre eux sont dépressifs. Pire, si 23 % des internes déclaraient avoir eu des idées suicidaires, 3,8 % d’entre eux soit 738 jeunes médecins avaient tenté de passer à l’acte. Ce qui est d’autant plus facile lorsqu’on a accès à toute la pharmacopée française. Pour elle le constat est clair « les futurs médecins sont des centaines à être en danger de mort durant leur formation. »

Pourtant les suicides ne sont que la partie immergée d’un immense iceberg de souffrance au travail et de risques psychosociaux. Un cursus éducatif très sélectif et très exigeant, une charge de travail (58h en moyenne) intense pour ne pas dire illégale, des responsabilités immenses, un encadrement souvent défaillant ou absent, parfois délétère, la confrontation à la mort d’autant plus fréquente avec la crise sanitaire sont autant de facteurs de risques qui mettent la santé mentale des jeunes médecins à rude épreuve.

L’ISNI rappelle qu’elle est confrontée presque quotidiennement à la détresse de ces étudiants qui ne sachant vers qui se tourner la sollicite afin de trouver une oreille attentive.

Une violence institutionnalisée « parfaitement assumée par l’encadrement universitaire »

« En 2018, le président de la conférence des doyens assimilait la souffrance des internes à un “coût humain” qui n’aurait qu’à être “régulé”. Des propos d’une violence inouïe envers les familles de la trentaine d’internes décédés depuis 2018. Des propos qui reflètent surtout la mentalité d’une hiérarchie médicale complètement indifférente à la gravité des situations que nous vivons. »

L’ISNI dénonce l’inaction des autorités universitaires et du ministère de la Santé en dépit de promesses répétées. Elle rappelle qu’il a fallu attendre que « Maxime se tue à Marseille pour que son hôpital se penche enfin sur l’application du repos de sécurité, évitant de travailler plus de 24 h sans dormir. »

Pour l’ISNI, « Le diagnostic est brutal et sans appel : tant que la carrière médicale toute entière des internes en médecine sera concentrée entre les mains de quelques-uns sans aucune possibilité d’échappatoire le mal être perdurera et les drames se multiplieront. »

« NOUS EXIGEONS DONC L’ADOPTION DE CES 10 MESURES URGENTES :

    1. Saisine par le ministre de la Santé et des Solidarités, de l’IGAS (Inspection générale des affaires sociales) afin qu’elle diligente une enquête sur les risques psychosociaux durant l’internat.
    2. Chaque suicide d’interne en médecine doit conduire au déclenchement d’une mission d’inspection indépendante nommée par les Directeurs d’ARS et comprenant des représentants des internes.
    3. Mise en place de mesures conservatoires par les directions hospitalières et d’ARS au moindre doute sur une situation de danger grave et imminent pour les personnels, en particulier de risque suicidaire : suspension de la possibilité d’accueillir des internes, suspension des professionnels en cause, extraction des internes.
    4. Doter le Centre National d’Appui (CNA) des moyens nécessaires à la formation des encadrants universitaires et hospitaliers, depuis le doyen aux chefs de service, aux problématiques de harcèlement et de risques psychosociaux.
    5. Toutes personnes reconnues coupables disciplinairement et/ou pénalement de harcèlement envers un ou une de ses collègues ou internes doivent être exclues du champ de l’enseignement de façon immédiate.
    6. Suppression du cumul des fonctions managériales et d’enseignement : la coordination d’une spécialité doit exclure la possibilité de cumul avec une chefferie de service.
    7. Élargissement du droit à changer de spécialité ou de subdivision pour respecter le projet professionnel et de vie des internes.
    8. Éradication de l’arbitraire et du mandarinat par la mise en place d’une collégialité systématique associant les représentants des internes sur les décisions relatives au parcours professionnel individuel de l’interne.
    9. Les établissements de santé et facultaires doivent impérativement créer des cellules d’écoute pour les personnes qui subiraient des violences psychologiques sur leur lieu de travail ou de stage comme les y oblige la loi depuis 1983.
    10. Mise en place d’un décompte du temps de travail puisque le temps de travail moyen d’un interne est de 58 h hebdomadaires, 23 h de plus que la durée normale de travail. »

Malgré les dizaines de drames qui endeuillent le corps médical chaque année, il n’existe à notre connaissance aucun registre, aucune statistique officielle qui recense les suicides, les décès, les burn-out ou toute forme de souffrance au travail que pourraient connaitre les jeunes médecins lors de leur cursus notamment à hôpital. Cette absence est d'autant plus surprenante que ces informations pourraient servir de fondation à la mise en œuvre d’un plan de prévention des risques psychosociaux auprès des internes en médecine. L’état employeur chercherait-il a se mettre des œillères ?

Dans son communiqué, l’ISNI note que ce qui a fait scandale lors de la vague de suicide chez les employés de FranceTelecom semble aujourd’hui faire partie de la routine à l’hôpital. C’est inacceptable. À l’heure où les autorités de tutelle s’inquiètent d’une perte d’attractivité des carrières médicales, elles seraient bien inspirées de commencer par faire de la santé mentale des étudiants en médecine un enjeu prioritaire de santé publique.
https://www.caducee.net/actualite-medicale/15344/suicide-des-internes-l-isni-denonce-une-violence-institutionnalisee.html

ETUDE RECHERCHE Évolution des gestes suicidaires dans les services d’accueil d’urgences en France entre 2010 et 2019

Évolution des gestes suicidaires dans les services d’accueil d’urgences en France entre 2010 et 2019
URL d'accès à la thèse : http://pepite-depot.univ-lille2.fr/nuxeo/site/esup...
Droits d'auteur : Ce document est protégé par le Code de la Propriété Intellectuelle.
Droits d'accès : Accès réservé aux membres de Lille 2 sur authentification jusqu'au 21/06/2021
Langue : Français

Auteur : Gobert, Yann
Date de soutenance : 21/10/2020
Directeur(s) de thèse : Rochoy, Michaël
Type de thèse : Doctorat de médecine

Discipline : Médecine générale

Résumé : Introduction : Les gestes suicidaires sont notamment favorisés par le manque de support social, les évènements de vie, les effets des médias, le sentiment de solitude et par la saison et le jour de semaine. Notre objectif était de déterminer les périodes les plus à risque de gestes suicidaires en France, à travers l’analyse d’une base de données de services d’accueil des urgences. Matériel et méthode : Nous avons réalisé une étude épidémiologique rétrospective multicentrique, à l’aide des données du réseau de l’Organisation de la Surveillance Coordonnée des Urgences (Oscour®) de 2010 à 2019. Nous avons agrégé les données quotidiennes du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2019. Les variations des gestes suicidaires aux dates considérées ont été examinés en comparant leurs fréquences (Zscores ad hoc). Nous avons réalisé des analyses en sous-groupe par sexe, âge découpé en classes (15-24 ans, 25-49 ans, 50 ans et plus). Résultats : Entre 2010 et 2019, 114 805 488 passages aux urgences ont été enregistrés dans la base Oscour®, dont 233 242 passages concernant un geste suicidaire. Les hommes représentaient 45,7 % des passages aux urgences pour geste suicidaire (sexratio de 0,84). Nous montrons une augmentation statistiquement significative de la fréquence des passages au SAU pour gestes suicidaires le dimanche dans les deux sexes, puis le samedi chez les hommes et le lundi chez les femmes ; les mois de mai et juin dans les deux sexes, puis les mois de juillet et septembre chez les hommes et de novembre chez les femmes. Le début des vacances scolaires était associé à une augmentation de passage pour gestes suicidaires chez les hommes, et une diminution chez les femmes et les [15-25[ ans. Il n’y avait pas d’augmentation de passages au SAU pour gestes suicidaires sur les jours en lien avec une superstition (vendredis 13, phases lunaires type pleine lune ou nouvelle lune). Conclusion : Nos données incitent à renforcer la vigilance concernant le suicide du dimanche ou du mois de juin en France.

Mot(s)-clé(s) : tentative de suicide; saisons; périodicité; archives administratives hospitalières, Comportement suicidaire--Épidémiologie; Saisons; Suicide--Facteurs de risque; Tentative de suicide--statistiques et données numériques; Facteurs de risque; Suicide

http://pepite.univ-lille2.fr/notice/view/UDSL2-workflow-16563