Article de revue
De l’agir suicidaire au récit. Les Ulysses, une clinique de la mise en récit de l’expérience
Par Émilie Sauvaget
Pages 263 à 266
Les conduites suicidaires ne se laissent pas réduire à une pathologie individuelle ; elles apparaissent fréquemment au point de rupture d’une expérience devenue difficilement soutenable pour le sujet. Dans de nombreuses situations cliniques, ce qui précède le passage à l’acte correspond moins à un excès de parole qu’à une difficulté croissante à penser, à relier et à adresser ce qui est vécu. Là où les espaces d’élaboration viennent à manquer ou à se disqualifier, le sujet peut perdre la possibilité de dire ce qu’il traverse. Le passage à l’acte peut alors apparaître non comme une volonté de mourir, mais comme une tentative de réponse face à une expérience devenue difficilement transformable. Ce défaut d’élaboration ne signe pas une absence d’expérience, mais au contraire un trop-plein devenu difficile à symboliser.
Issue d’un travail de recherche doctorale mené notamment en établissements pénitentiaires – maisons d’arrêt, centres de détention, maisons centrales –, cette hypothèse a conduit à la création du dispositif Les Ulysses. Celui-ci constitue un prolongement clinique centré sur les conditions dans lesquelles une expérience de crise suicidaire, une fois traversée, peut être reprise, élaborée et adressée à d’autres. Là où l’agir traduit une rupture, il s’agit d’ouvrir des possibilités de mise en récit. Le passage de la recherche au dispositif ne relève pas ici d’une simple application, mais d’un déplacement du regard : comprendre les impasses de l’expérience ne suffit pas …
Date de mise en ligne : 23/10/2026 https://doi.org/10.3917/cm.114.0263