vendredi 7 décembre 2012

Dépêches : La SNCF confrontée à une forte augmentation des suicides sur les voies


Dépêches : La SNCF confrontée à une forte augmentation des suicides sur les voies
Un TGV de la SNCF
Un TGV de la SNCF (Photo Philippe Huguen. AFP)

Les suicides sur les voies sont en forte augmentation, presque deux par jour en octobre en France, des drames humains qui se doublent d'un défi logistique pour la SNCF: limiter pagaille et retards.
"Les derniers chiffres en matière de suicide sont absolument catastrophiques", avait lâché le PDG de la SNCF Guillaume Pepy le 20 novembre lors d'une audition devant la Commission du développement durable et de l'aménagement du territoire à l'Assemblée nationale.
En octobre, il y a eu 56 suicides sur le réseau ferroviaire français: soit presque deux par jour, dont la moitié en Ile-de-France, qui représente 40% des circulations ferroviaires françaises sur seulement 10% du réseau national.
"Les suicides sont en très forte augmentation, de l'ordre de 30% en 2012 par rapport à ce qu'on connaissait comme moyenne les 3 ou 4 précédentes années", a précisé M. Pepy, "ça donne la mesure des défis auxquels on est confrontés".
Les "accidents de personnes", terme pudiquement utilisé par la SNCF pour informer les voyageurs, sont la hantise de la SNCF. Ils engendrent des retards aux conséquences parfois énormes comme lors du "week-end noir" de la Pentecôte 2012, où une dizaine de suicides sur les voies avaient entraîné des retards en cascade.
Depuis janvier, il y a eu 400 cas "dont 82% sont des suicides présumés", dénombre Marie Adam, responsable du département de soutien opérationnel à Transilien, qui gère le réseau francilien. Conséquences: 1.603 trains touchés, 253 suppressions et 56.621 minutes de retard, soit plus de 943 heures cumulés.
La RATP aussi
Le pire cas de figure: "Quand ça arrive à l'heure de pointe". La fréquence des trains est alors plus grande et plus le temps passe avant la reprise du trafic, plus les usagers s'amassent sur les quais, avec des risques de tomber sur les voies.
"On passe de l'incident à la crise pour deux causes: l'accumulation, si on a 2-3 accidents qui s'enchaînent sur la même ligne en quelques heures et dès qu'il y a des personnes qui descendent sur les voies", explique Marie Adam.
En 2012, il se passait en moyenne 02h27 entre l'accident et la reprise du trafic. "Mais la durée peut varier, selon les arrivées des acteurs principaux et les délais d'enquête", précise Marie Adam.
C'est pour cela que la SNCF a sensibilisé policiers et procureurs à intervenir le plus rapidement possible. Une partie des voies, notamment les zones les plus accessibles, est aussi clôturée.
Sur le réseau de la RATP (métro et RER), 54 personnes ont été heurtées par un train depuis janvier. En 2011, il y a eu 71 suicides ou tentatives. Mais les deux lignes automatiques (la 1 et la 14) sont équipées de portes palières, afin d'empêcher les usagers de tomber sur les voies, ainsi que certains tronçons de la ligne 13, très empruntée.
Un équipement pas envisageable pour la SNCF: "Techniquement, ce n'est pas possible parce que selon les trains, les portes ne s'ouvrent pas au même endroit".
Dans les deux entreprises, le personnel est sensibilisé à ce sujet et les usagers peuvent tirer des signaux d'alarme s'ils repèrent un comportement anormal par exemple.
Des mesures "insuffisantes" selon Michel Debout, professeur de médecine légale, président de l'association Bien-être et santé, qui milite pour la création d'un observatoire du suicide.
"En 2009, il y a eu 11.000 morts par suicide en France mais depuis nous n'avons pas de chiffres. Si on avait un observatoire, on pourrait suivre l'évolution et cibler les actions de prévention", suggère-t-il.


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TRANSPORTS - Alors que les suicides sur les voies sont en forte augmentation sur le mois octobre en France -56, soit presque 2 par jours, +30% par rapport à 2011-, la SNCF a dévoilé la procédure précise quand la mort intervient sur ses rails.
Entre l'annonce par haut-parleurs signalant un "accident de personne", familière et promesse de retards pour les voyageurs, et la reprise normale du trafic, près de deux heures et demie s'écoulent en moyenne.
Voici le scénario de la SNCF prévu après un suicide, avec les durées moyennes d'intervention:
- L'accident survient. Le conducteur appuie sur un bouton qui déclenche un signal d'alerte. Tous les trains de la zone s'arrêtent, le conducteur entre en contact avec une salle de gestion des opérations de la SNCF. Le régulateur décide quels trains peuvent être remis en circulation. Le conducteur reste dans sa cabine et les portes du train ou du RER restent fermées; - Après 5 minutes. Les secours (pompiers et police) sont prévenus. Un chef d'incident local (CIL), responsable d'astreinte de la SNCF, est dépêché sur place;
- 33 minutes. Le CIL arrive sur place;
- 40 minutes. L'Officier de police judiciaire arrive. Il recueille les témoignages, notamment celui du conducteur, visionne les bandes de vidéosurveillance éventuelles, conduit l'enquête. Lui seul peut confirmer s'il s'agit d'un suicide et autoriser la reprise de la circulation après la prise en charge du corps par les pompes funèbres, ou maintenir l'arrêt de la circulation pour des investigations complémentaires. Il reste sur place en moyenne 1h40, en liaison avec le parquet compétent géographiquement;
- 1h17. Le conducteur est relevé, s'il le souhaite, ce qui est en général le cas. Un accompagnement psychologique lui est proposé.
- 1h47. Les pompes funèbres interviennent.
- 2h27. Les pompes funèbres emportent le corps. Reprise du trafic.

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