jeudi 12 janvier 2023

Ces déclics qui ramènent à la vie après une tentative de suicide

Ces déclics qui ramènent à la vie après une tentative de suicide

Marion Mayer — Édité par Natacha Zimmermann — 11 janvier 2023 https://www.slate.fr*
Alors qu'en France, 200.000 personnes essaient de se donner la mort chaque année, des rescapées et des soignants analysent ce qui pousse à commettre ce geste et ce qui permet de remonter la pente.

Des solutions existent pour rouvrir le champ des possibles et retrouver l'espoir.

Temps de lecture: 7 min

«J'ai fait une connerie, il faut rattraper ça, ça va faire de la peine aux autres.» Voilà ce qu'a pensé Juliette Vaillant –qui a raconté son histoire dans un livre, Phénix–, après avoir tenté de se suicider un dimanche d'octobre 2016. Une pensée qui illustre bien le sentiment de culpabilité que peuvent ressentir les personnes ayant des idées suicidaires.

En France, on compte environ 200.000 tentatives de suicide par an, dont 90.000 menant à une hospitalisation, selon infosuicide.org. Chaque jour, 25 personnes se donnent la mort. Mais pour toutes celles qui survivent, commence dès lors un chemin de réparation et de retour à l'espoir d'arriver à vivre sans souffrir, en grande partie grâce aux professionnels de la santé mentale.


D'abord, il faut trouver la cause de la tentative de suicide. Ou plutôt les causes. Car «il faut avoir en tête qu'une TS [c'est ainsi que les suicidologues appellent la tentative de suicide, ndlr] est multifactorielle», explique Christophe Debien, psychiatre et responsable national du dispositif VigilanS, qui permet de rester en contact avec les personnes ayant fait une TS une fois qu'elles sont sorties du système hospitalier et de soin.

«D'emblée, on tient compte du contexte dans lequel évolue l'individu, et on l'oriente vers les personnes compétentes. Cela peut être des psychiatres bien sûr, en cas de maladie mentale, des solutions somatiques en cas de maladie physique et de douleurs importantes, ainsi que les secteurs médicosociaux: si une personne nous dit qu'elle n'a plus d'argent, alors on la met en lien avec un travailleur social, un conseiller juridique, etc.»
«Aujourd'hui, je peux vous dire que ce n'était pas moi ce jour-là»

La majorité des TS (45% à 80% des cas selon les études) sont le résultat de nombreuses années de dépression ou de troubles non diagnostiqués, comme celui de la bipolarité. Lola a ainsi fait trois TS au cours de sa vie (la première à 16 ans), avant d'être «diagnostiquée bipolaire à 28 ans». «J'ai été dans l'errance de diagnostic pendant plus de douze ans», compte-t-elle.

Or, cette errance peut être dangereuse: selon la Haute Autorité de santé, une personne bipolaire sur deux fera au moins une TS dans sa vie. Mais un bon diagnostic amène à un traitement adapté et permet aux patients de reprendre le contrôle. Pour Judith, connaître son trouble a été un soulagement: «J'étais si heureuse! Tout à coup, on me disait que ce n'était pas moi, pas de ma faute! Que c'est une maladie que des médecins connaissent, que des traitements existent.»

D'autres crises suicidaires, si elles sont toujours le fruit d'un épuisement des ressources, peuvent être accentuées après un élément déclencheur et choquant. C'est ce qui est arrivé à Juliette, qui a tenté de mettre fin à ses jours un an après la mort de sa cousine au Bataclan, le 13 novembre 2015.

«Aujourd'hui, je peux vous dire que ce n'était pas moi ce jour-là. J'ai enchaîné des gestes de manière mécanique. J'étais très déterminée, je n'ai pas pleuré, pas hésité, je voulais juste arrêter cette souffrance qui assaillait mon corps depuis des semaines, cette torture. J'étais tout le temps mal, physiquement et mentalement, je ne dormais plus.»
«Quand je suis rentrée chez moi, personne n'a voulu m'écouter parler
de ça. Ça n'existait déjà plus.
Je suis restée seule avec ça.» Émilie

Coline aussi a vécu une situation choquante qui a guidé son geste. En master d'informatique, elle a été «agressée par une personne de [s]a classe, qui a couché avec [elle] alors qu'[elle] étai[t] ivre et ne l'avai[t] pas demandé». Au-delà de l'événement traumatisant, toutes deux souffrent également de troubles psychiques (respectivement bipolarité et dissociation).

«Le plus souvent, la crise suicidaire vient d'une crise psychosociale découlant d'événements de vie, explique Vincent Lapierre, psychologue et directeur du Centre prévention du suicide (CPS) de Paris, qui accueille des personnes en crise suicidaire. Petit à petit, le patient perd son travail, son couple, vit un deuil et use les ressources qui lui restent.» Plus rien ne lui semble possible, plus aucune solution ne semble s'offrir à lui. Alors, il décide de mettre fin à ses souffrances, en arrêtant de vivre.
La nécessité d'un suivi psy

Le travail des professionnels consiste d'abord à «saisir le processus qui a amené la personne à ce point d'impasse et les raisons pour lesquelles aucune autre issue que le suicide ne s'est présentée à elle», décrit Sandrine Vialle-Lenoël, psychanalyste et psychosociologue qui intervient sur le risque et la crise suicidaires à la demande des entreprises confrontées à des salariés en souffrance.

«Soixante pour cent des gens qui font une première TS n'en feront plus jamais dans leur vie», rassure toutefois Christophe Debien. Et si les 40% restants rechutent, c'est sans doute car «les facteurs de vulnérabilité importants ne sont pas traités», avance Charles-Édouard Notredame, responsable adjoint du 3114, qui se matérialise par une ligne d'écoute au sein de laquelle des professionnels de la santé mentale répondent 24/24h, afin de conseiller et d'orienter les personnes en détresse.

Juste après une TS, «il y a des personnes qui regrettent d'être passées à l'acte, qui ont une prise de conscience, qui n'ont plus du tout envie de recommencer. Et il y a celles qui regrettent de ne pas être décédées, énumère le professionnel. Dans les deux cas, il faut bien évidemment un suivi psychologique, si ce n'est psychiatrique.» Et ça marche: «Les centres d'accueil et de crises parviennent à diminuer les idées suicidaires des patients en trois à cinq jours.»

C'est ce qu'il s'est passé pour Coline qui, après l'agression qu'elle a subie, a commencé à avoir des idées suicidaires très concrètes. «J'ai été orientée vers le CPS de Lyon et j'ai vu une psychiatre une fois par semaine. Un jour, la psychologue de mon école a détecté un risque de passage à l'acte et m'a conseillé d'aller aux urgences psychiatriques. Ce qui est très étrange, c'est que je pensais: “Mais pourquoi, alors que ce que je veux, c'est mourir?” Et pourtant, j'y suis allée deux fois.» Petit à petit, la jeune femme a remonté la pente, grâce à un suivi assidu. «Je considère que je serais morte sans toutes ces personnes. Je leur dis merci.»
«Plein de tout petits déclics qui ramènent à la vie»

À côté des professionnels de santé, les proches jouent bien entendu un rôle essentiel. Mais ils sont insuffisamment informés sur les questions liées au suicide, estime Sandrine Vialle-Lenoël. Or, les personnes en crise ont besoin de se sentir comprises, pour ne pas être «renvoyée à la solitude de leur souffrance, dans une impasse». Mais parler de sa TS avec ses proches peut être difficile, voire impossible. Émilie, qui a tenté de se donner la mort deux fois, n'a ainsi pas pu en parler avec sa famille: «Quand je suis rentrée chez moi, personne n'a voulu m'écouter parler de ça. Ça n'existait déjà plus. Je suis restée seule avec ça.»

Quant à Judith, si elle n'en a pas reparlé avec ses parents, la discussion a été un peu plus libre avec ses frères et sœurs. «On a peur de refaire vivre des choses douloureuses, des deux côtés, alors qu'en fait, ça fait du bien à tout le monde d'en parler. Cela dit, je ne souhaite pas non plus que ma vie tourne autour du suicide et que tout le monde me sollicite dès qu'il s'agit de cela.» Juliette, elle, a choisi l'écriture pour parler de son expérience. «Mes proches ont tous lu mon livre. Mais aujourd'hui, ce qui m'agace un peu, c'est leur côté inquiet, qui me met dans une position inférieure. Même si c'est bienveillant, c'est aussi infantilisant.»

 Il y a donc le suivi au long cours, mais souvent les personnes concernées parlent volontiers de déclic, comme Judith: «Un interne m'a accueillie après ma TS et m'a proposé son aide, que j'ai refusée. Alors, il m'a dit: “Si vraiment vous voulez mourir, eh bien levez-vous et suicidez-vous.” Je me suis mise à pleurer, j'ai crié au scandale… En fait, il a créé le premier déclic. Il m'a dit qu'on pouvait essayer de travailler ensemble, qu'il y avait peut-être quelqu'un dans ma vie qui me motiverait à essayer. J'ai pensé à mon copain. On a passé une sorte de deal.» Pour elle, le rétablissement, c'est «plein de tout petits déclics qui ramènent à la vie»: réapprendre à manger, se remettre à lire, écouter une chanson qui nous fait du bien.
Transformer sa souffrance

Pour Lola, ce déclic est passé par l'empathie. «Quand j'étais aux urgences, mon frère est arrivé et j'ai senti son désarroi en plein cœur. Il ne savait pas quoi faire. Il s'est mis à pleurer, alors que ça n'arrivait jamais, se remmémore-t-elle. Ça m'a énormément touchée, j'ai réalisé que je ne pouvais pas continuer à faire souffrir mes proches.»


Comme elle, Juliette, Judith et Émilie sont devenues médiatrices de santé-pairs quelque temps après avoir remonté la pente. Elles utilisent leur savoir expérientiel pour prendre en charge des personnes souffrant de troubles psychiques et dont certaines passent par une ou plusieurs crises suicidaires.

«Je suis convaincue que quand ce sont les personnes qui l'ont vécu qui vous accompagnent, ça donne plus de poids, estime Émilie. C'est important qu'on donne la parole à ceux qui vivent ça. J'ai envie de participer à faire changer le regard sur le suicide.» Pour Judith, devenir médiatrice de santé-pair a aussi fait partie de son processus de reconstruction: «J'ai quitté le monde de la restauration, j'ai eu mon deuxième enfant et j'ai changé de voie. Je trouve que transformer notre souffrance pour aider les autres est un signe d'espoir.»

Retrouver l'espoir, c'est justement le principal objectif du suivi post-TS, selon Marine Lardinois, médecin coordinatrice au 3114 de Lille: «rouvrir le champ des possibles pour trouver ensemble une autre issue». Pour Judith, «on peut s'en sortir»: «Vous ne savez pas ce que vous allez vivre de beau. Maintenant, je suis vraiment heureuse, alors que je ne pensais jamais l'être pleinement. C'est un combat qui vaut le coup.»

Si vous avez des idées suicidaires, en parler peut tout changer. Appelez le 3114, une écoute professionnelle et confidentielle, 24/24 et 7j/7. Appel gratuit. 

https://www.slate.fr/story/238768/tentatives-suicide-retour-vie-declic-troubles-psy-sante-mentale-combat-espoir

ETUDE RECHERCHE Dépression, anxiété et idées suicidaires à deux mois post-partum : données de l’Enquête Nationale Périnatale de 2021

Dépression, anxiété et idées suicidaires à deux mois post-partum : données de l’Enquête Nationale Périnatale de 2021
Doi : 10.1016/j.gofs.2022.11.083
S. Tebeka 1, , V. Demiguel 1, E. Lebreton 1, J. Boudet-Berquier 1, G. Apter 2, C. Crenn-Hebert 3, M. Vacheron 4, C. Le Ray 5, N. Regnault 1, S. Enp 6
1 Santé publique France, Saint-Maurice, France 
2 CHU Havre, Havre, France 
3 Hôpital Louis-Mourier, Colombes, France 
4 Hôpital Sainte-Anne, Paris, France 
5 Inserm–Équipe Epopé, Paris, France 
6 SpF–Drees–Inserm, Saint-Maurice, France 
Auteur correspondant.
Gynécologie Obstétrique Fertilité & Sénologie Vol 51 - N° 1 P. 78 - janvier 2023 - 11/01/23
Résumé
Introduction
La dépression du post-partum (DPP) est un trouble qui peut avoir des conséquences délétères tant sur la mère que sur le nouveau-né. De l’anxiété ou des idées suicidaires peuvent également s’accentuer ou apparaître après l’accouchement. À partir de données de l’Enquête Nationale Périnatale menée en 2021, nos objectifs étaient (i) d’estimer la prévalence de la DPP, de l’anxiété et des idées suicidaires à deux mois post-partum chez les femmes accouchées en France en 2021, (ii) de décrire la prévalence de la DPP selon les régions.

Méthodes
Notre échantillon incluait 7136 femmes majeures résidant en métropole en 2021 et ayant complété les 10 items de l’auto-questionnaire Edinburgh Postnatal Depression Scale (EPDS) à deux mois post-partum. Les prévalences nationales de la DPP (score de l’EPDS≥13), de l’anxiété (EPDS-3A≥5) et des idées suicidaires (item 10 de l’EPDS≥1) ont été calculées. Pour la DPP et l’anxiété, des prévalences régionales ont été estimées. Les données ont été pondérées pour le traitement de la non-réponse.

Résultats
En 2021, la prévalence nationale de la DPP deux mois après l’accouchement était de 16,7 % (IC95 % [15,7–17,7]). L’anxiété et les idées suicidaires concernaient 27,6 % ([26,5–28,8]) et 5,4 % ([4,7–6,1]) des femmes répondantes respectivement. Parmi les femmes atteintes de DPP, 83,3 % ([80,6–85,7]) présentaient également une symptomatologie anxieuse et 23,8 % ([12,1–26,9]) des idées suicidaires. On relevait une disparité régionale importante pour la DPP comme pour l’anxiété avec une prévalence variant de : (i) 11,5 % en Bourgogne-France-Comté, à 21,6 % en Centre-Val-de-Loire pour la DPP et (ii) 22 % en Normandie à 33,6 % en Centre-Val-de-Loire pour l’anxiété.

Discussion
En France, en 2021, près d’une femme sur six avaient déclaré une dépression à deux mois post-partum, deux femmes sur cinq avaient un niveau d’anxiété important et un peu moins d’une femme sur 20 déclaraient des idées suicidaires. Ces résultats sont en accord avec les données internationales publiées. Ils soulignent le caractère fondamental des politiques de prévention, de repérage et de soutien des femmes en période périnatale, à travers par exemple les entretiens pré- et postnataux. D’autres analyses permettront d’analyser les profils des femmes les plus à risque.
Source https://www.em-consulte.com/article/1566414

mardi 10 janvier 2023

MANIFESTATION JNPS 2023 Nancy (54) 6/02/23 conférence destinée au grand public concernant la présentation du 3114

Journée Nationale de la Prévention du Suicide : Conférence Grand public "3114, bien plus qu'un numéro" (CPN)


Vignette Journée Nationale de prévention du suicide : Conférence 3114 CPN 06.02.2023
Lundi 6 février, à l'occasion de la Journée Nationale de la Prévention du Suicide, le Centre Psychothérapique de Nancy (CPN) propose une conférence destinée au grand public concernant la présentation du 3114, le numéro national de prévention du suicide, et l'organisation du dispositif en région Grand Est.
 Affiche Journée Nationale de prévention du suicide : Conférence 3114 CPN Lundi 06.02.2023

Programme de présentation du "3114, bien plus qu'un numéro" par le Centre Psychothérapique de Nancy (CPN) :

Présentation de la stratégie nationale globale de prévention du suicide, des centres et du bilan du 3114 depuis son lancement

Présentation de brèves vignettes cliniques par l'équipe régionale de répondantes du 3114  

Echanges avec la salle.

Modalités pratiques 

Entrée gratuite sur inscription préalable : suicide-prevention@cpn-laxou.com

Nombre de place limité

Parking disponible sur site

L'organisation du dispositif 3114 en région Grand Est

Porté nationalement par le CHRU de Lille, ce dispositif s’appuie sur des centres régionaux. Pour le Grand Est, c’est le Centre Psychothérapique de Nancy (CPN) qui est le centre répondant. Les Dr PICHENE et LIGIER du CPN de Nancy ont œuvré pour constituer et former une équipe de professionnels, qui est opérationnelle depuis le 1er octobre 2021.

Le centre répondant du Grand Est est un « centre de jour » : il reçoit donc les appels de 9 h à 21 h tous les jours. La nuit (de 21h à 9 h le lendemain), une bascule des appels se fait automatiquement sur l’un des 3 centres « de nuit » répertoriés en France (pour le Grand Est, il s’agit du CRHU de Lille).

Infos pratiques

Date de début: 06 février 2023 à 18:30

Date de fin: 06 février 2023 à 20:00

vendredi 6 janvier 2023

MANIFESTATION BRIVE 2/02/22 Conférence sur le phénomène du Hikikomori ou retrait social en France et au Japon: maladie ou mode de vie?

Le Centre Ecoute et Soutien vous invite à participer à une conférence exceptionnelle

du Professeur Tadaaki FURUHASHI de l'Université de Nagoya (Japon)

sur le phénomène du Hikikomori ou retrait social en France et au Japon: maladie ou mode de vie?

 Le Jeudi 2 février de 10h à 12h, à la salle du Pont du Buy,

rue des Trois Provinces à Brive

 FLYER

L'entrée est gratuite, inscription obligatoire jusqu'au 31 janvier 2023 (nombre de places limité), en cliquant sur le lien suivant https://www.eventbrite.com/e/billets-hikikomori-en-france-et-au-japon-maladie-ou-mode-de-vie-506324559387

 

 

 

“Infrarouge” : « Quelqu'un à qui parler » sur France 2 mercredi 4 janvier 2023

“Infrarouge” : « Quelqu'un à qui parler » sur France 2 mercredi 4 janvier 2023

Mis en ligne par Jean-Marc VERDREL lundi 2 janvier 2023


Mercredi 4 janvier 2023 à 23:05, Marie Drucker vous proposera de découvrir sur France 2 dans “Infrarouge” le documentaire « Quelqu'un à qui parler » écrit et réalisé par Anne-Sophie Reinhardt.

Plus de 3 millions d’appels par an font retentir nuit et jour les lignes d’écoute et de soutien en santé mentale. A travers les mots des écoutants, on perçoit, en creux, tous les maux profonds dont souffre notre époque, ses blessures et le besoin patent d’un supplément d’humanité.

Avoir à toute heure la possibilité de composer anonymement un numéro d’appel gratuit pour espérer trouver quelqu’un de bienveillant à qui parler constitue un secours particulièrement inestimable pour toutes celles et ceux d’entre nous qui sont sans personne à qui se confier ; Et ce, parce qu’il y a bien des douleurs, des chagrins indicibles, des failles et des détresses enfouies qui demeurent inentendues ou difficiles à livrer à un proche, ou même à dire face à un médecin ou accompagnant professionnel en santé mentale.

Il y a là, aux bouts des lignes d’écoute, la solitude discrète qui s’exprime modestement à voix basse ou mots étouffés, il y a les colères gorgées d’angoisse de ne plus parvenir à sortir la tête de l’eau, il y a les cris, les regrets et le vertige d’avoir perdu un être cher, il y a les larmes, les silences profonds, puis l’audace d’oser clamer enfin le tumulte et les difficultés du quotidien.

Il y a là au bout des lignes téléphoniques tous les échos d’un monde qui se noie d’un trop plein d’indifférence et d’un manque profond de liens humains. Il y a l’accablement d’hommes et femmes qui s’effacent peu à peu à eux-mêmes et qui recherchent une respiration, un sas, un mince filet de lumière au travers de l’immense couche d’isolement dense et opaque qui les recouvre.

Il y a là aussi les voix d’une population grandissante qui erre et se désespère de ne pas arriver à trouver de rendez-vous ou ni même d’accès aux soins en santé mentale, et toutes celles et ceux forts nombreux dont les prescriptions, les suivis et les hospitalisations ne suffisent plus à réduire ou même à soulager l’envahissement progressif des souffrances produites par le mal-être.

Il y a enfin, aux bouts des lignes, tout ce que peut l’écoute et le reflet invisible de notre besoin universel d’être écouté pour se sentir vivant, exister.
Note d'intention d'Anne-Sophie Reinhardt

Si le film est avant tout centré sur l’écoute, il n’est pas à proprement parler un film « sur les écoutants ». Il est plutôt question du besoin universel d’être entendu et écouté pour se sentir vivant et présent au monde. Et interroge tout autant notre besoin d’être écouté, que notre propre capacité à écouter.

Tourné en huis-clos aux côtés d’écoutants et de répondants de lignes d’écoute dédiées au soutien en santé mentale, le film témoigne d’une société en déperdition de liens authentiques en quête d’humanité, d’écoute et de consolation, mais également du manque accru d’accès aux soins en santé mentale. Au fil des appels, il s’agira du besoin de trouver quelqu’un à qui parler, et des dédales dans lesquels se trouvent celles et ceux qui ne parviennent pas à trouver les moyens d’être entendu, ou encore de recevoir des soins médicaux appropriés ou suffisants. Si le film n’a pas vocation à dénoncer ouvertement la déficience de moyens dont souffrent les services de santé en psy, il tente d’alerter sur la difficulté, voire l’impossibilité, que rencontrent les usagers à pouvoir consulter en temps et en heure, lorsque le mal-être et les souffrances psychiques surviennent, et ce sans devoir attendre d’avoir atteint le seuil critique du supportable.

La téléphonie sociale en santé mentale contribue depuis des décennies à dé-stigmatiser le besoin légitime d’écoute et de soutien psychologique en offrant une écoute anonyme, bienveillante, confidentielle et gratuite, afin d’en démocratiser l’accès. Nuit et jour, elle ouvre une fenêtre qui permet de dissiper la honte qu’il y aurait à ne pas aller bien, à rechercher l’aide d’une écoute authentique, tout en participant à la prévention du suicide. Outre ce rôle premier des lignes d’écoute en santé mentale, il advient que des usagers y trouvent pour la première fois l’encouragement à souhaiter consulter « quelqu’un/ un professionnel ».

De fait, les lignes d’écoutes de soutien en santé mentale pallient comme elle peuvent l’impossibilité de consulter, et les écoutants doivent accepter leur propre impuissance à ne pas parvenir à résoudre à eux seuls ce qui conduit les appelants à ressentir un profond sentiment de désespérance. La réalité des lignes d’écoute est donc à mille lieues de la comédie du « Père Noël est une ordure ». Et à l’instar des Restos du Cœur qui offrent des repas à qui a faim, la téléphonie sociale en santé mentale fait don d’une nourriture délivrée à tout un chacun qui a faim d’être écouté.

Lorsque j’ai imaginé qu’il pourrait être possible de rendre compte du besoin d’écoute en santé mental de tout un chacun en tournant ce huis-clos, mon intention a été de souhaiter que l’on entende uniquement les voix des écoutants et de ne jamais chercher à enregistrer celles des appelants. Les échos du monde nous parviennent alors suggérés à travers les bribes de reformulations des écoutants, de sorte qu’on ait la latitude de deviner, d’imaginer ou de projeter la part manquante du dialogue. Ce choix d’écriture permet de préserver la confidentialité et l’anonymat qui sont garantis aux appelants par les lignes d’écoute, mais aussi que le temps d’un film nous puissions être à l’écoute de ce /ceux que l’on écoute rarement, soi y compris. La proposition documentaire est donc que l’on puisse être spectateur d’une image qui ne délivre pas frontalement tout son sujet, afin que l’on puisse être soi-même producteur d’image et de sens. Supposant que la place proposée aux téléspectateurs pourrait leur permettre aussi d’accueillir pour eux-mêmes les mots des écoutants.

Le documentaire est tourné au sein même des espaces réels des lignes d’écoute. Les séquences d’écoute étant portées uniquement par l’intensité que les écoutants mettent à être présent à l’autre au bout de la ligne. Le dispositif scénique des écoutes, réduit à l’essentiel de l’épure graphique, se veut quasi scénique : une table, une lampe, un téléphone.

Afin de matérialiser à l’image le huis-clos qui se joue entre l’écoutant et l’appelant, et de rendre palpable l’abstraction et la sensation hors-temps des échanges téléphoniques, de laisser aux silences le temps de s’exprimer sans autre artifice, les valeurs de cadres et la lumière jouent un rôle majeur puisqu’elles permettent de ressentir vibrer imperceptiblement la « bulle d’écoute ». Ces plans-visages dialoguent avec des plans-larges-extérieurs tournés entre chien-et-loup et de nuit. Il s’agit de lieux d'habitations et de paysages symboliques inspirés des toiles d’Edward Hopper et de « L’empire des lumières » de René Magritte. Ces images représentent l’espace mental symbolique de l’hors-champ des écoutes : les appelants eux-mêmes et les sentiments qui les animent. Cet axe de réalisation souhaitait suggérer la nuit profonde, compacte et irrémédiable dans laquelle le mal être et l’isolement peuvent nous plonger, avec le sentiment qu’elle pourrait n’avoir jamais de fin. 

https://www.coulisses-tv.fr/index.php/documentaires/item/26765-%E2%80%9Cinfrarouge%E2%80%9D-%C2%AB-quelqu-un-%C3%A0-qui-parler-%C2%BB-sur-france-2-mercredi-4-janvier-2023

NOTICE ARTICLE Place des soins primaires dans la prévention du suicide

Conduites suicidaires
[8-3262] - Doi : 10.1016/S1634-6939(22)48056-2
R. Wallaert , N. Carena, D. Baillon-Dhumez, N. Dantchev
Hôtel-Dieu AP-HP, Unité de Psychiatrie, 1, place du Parvis-Notre-Dame, 75004 Paris, France
Auteur correspondant.
  AKOS (Traité de Médecine) Sous presse. Épreuves corrigées par l'auteur. Disponible en ligne depuis le Friday 06 January 2023

Résumé

En France, le suicide est responsable d'environ 10 500 décès et de 200 000 tentatives de suicide chaque année. Les conduites suicidaires constituent un problème majeur de santé publique. Le risque de décès par suicide est plus important chez les hommes que chez les femmes et chez les sujets âgés comparativement aux sujets jeunes. La présence d'une comorbidité psychiatrique ou somatique augmente le risque de récidive suicidaire. La prévalence du suicide en médecine générale est relativement faible (un cas sur 5000 actes en moyenne). Cependant, environ 70 % des suicidants ont consulté un médecin dans le mois précédant le passage à l'acte, dont 36 % dans la semaine. Les soins primaires sont assurés en France par les services de santé de première ligne centrés sur le médecin généraliste et la médecine de ville. Le médecin généraliste est le premier intervenant sollicité dans près d'un tiers des tentatives de suicide ayant donné lieu à un contact médical. En pratique, les personnes souffrant de dépression et les suicidants ont plus facilement accès à leur médecin traitant ou à un médecin généraliste pour une urgence. En effet, même si les psychiatres sont d'accès direct, ils sont moins disponibles du fait de la saturation des consultations en ville.

Mots-clés : Suicide, Tentative de suicide, Crise suicidaire, Urgences, Dépression


Planhttps://www.em-consulte.com/article/1564620/conduites-suicidaires

USA Nouvelle approche du rétablissement après une tentative de suicide

Nouvelle approche du rétablissement après une tentative de suicide

Megan Brooks 05 janvier 2023

Des chercheurs proposent un modèle conceptuel de rétablissement personnel après une tentative de suicide qui se concentre sur des facteurs non cliniques tels que l'aide aux personnes à trouver un sens et un but à leur vie.

Élaboré par un groupe de professionnels de la santé mentale et de personnes ayant fait une tentative de suicide, le modèle COURAGE comporte sept thèmes : choisir la vie, optimiser l'identité, se comprendre soi-même, redécouvrir le sens de sa vie, accepter, développer des liens et s'autonomiser.

"Les cliniciens peuvent intégrer le modèle COURAGE dans leur pratique en comprenant l'importance de chacun des sept processus du modèle et en adaptant leurs interventions pour répondre aux besoins uniques de leurs patients", a déclaré Yosef Sokol, PhD, de la Touro University School of Health Sciences de New York, à Medscape Medical News.

En reconnaissant les besoins et les expériences de l'individu, les praticiens peuvent donner la priorité à la résolution des problèmes liés au "choix de la vie" ou au "renforcement des liens" pour un patient qui lutte contre une suicidalité permanente, ou se concentrer sur "l'autonomisation" pour un patient qui se sent désemparé dans son parcours de rétablissement", a déclaré Sokol.

Sokol et ses collègues décrivent leur modèle dans un article publié dans le British Journal of Psychiatry Open.
 
Des besoins non satisfaits

En 2020, environ 12,2 millions d'adultes aux États-Unis ont sérieusement envisagé le suicide, 3,2 millions ont planifié une tentative de suicide et 1,2 million ont tenté de se suicider, selon des données fédérales.

Malgré ce besoin important, il n'existe actuellement aucun modèle de rétablissement personnel après un épisode suicidaire aigu qui soit empiriquement dérivé de la littérature sur le suicide, et encore moins un modèle développé avec la contribution de personnes ayant fait une tentative de suicide, indiquent les chercheurs.

Les personnes qui font une tentative de suicide sont souvent confrontées à des défis existentiels liés au but de leur vie et peuvent bénéficier d'un cadre de rétablissement significatif qui va au-delà du modèle traditionnel de planification de la sécurité et de réduction des risques.

Le modèle COURAGE implique les processus suivants.

Choisir la vie. Le processus consistant à prendre la décision cognitive et émotionnelle de vivre, ce qui permet d'accroître l'intérêt pour la vie et l'espoir. Cela peut favoriser le processus de rétablissement en aidant le patient à retrouver le désir de vivre et à commencer à investir dans la vie en planifiant l'avenir.

Optimisation de l'identité
. Le processus de développement du sentiment d'être un individu de valeur avec une histoire de vie cohérente. Ce processus peut inclure le développement de la confiance en soi, de l'estime de soi, d'un rôle de vie plus clair et d'une identité " post-suicidaire " dans laquelle l'épisode suicidaire lui-même est considéré comme une source de croissance personnelle.

La compréhension de soi. Le processus de développement de la compréhension de soi par la réflexion sur l'histoire de sa vie, ses réactions émotionnelles, ses comportements, ses forces et ses faiblesses. Ce processus comprend souvent l'apprentissage du modèle unique de développement d'une suicidalité accrue et le cheminement vers le rétablissement personnel.

La redécouverte du sens de la vie
: le processus de découverte d'un but et d'un sens à la vie renforce les croyances orientées vers l'avenir et la résilience psychologique. Pour beaucoup, le fait de s'engager dans la religion et/ou la spiritualité procure un sentiment de communauté et un but supérieur.

L'acceptation. Le processus consistant à se sentir accepté par les autres et à accepter ses contradictions internes, sa douleur et son décalage par rapport aux autres. Les sentiments d'acceptation émergent souvent dans le contexte d'un environnement sûr dans lequel il est possible de discuter en toute sécurité des pensées et expériences négatives.

Cultiver les liens. Le processus de développement de relations de qualité avec la famille, les amis et la communauté, qui peut réduire la solitude et accroître le sentiment d'appartenance, la valorisation, la foi en l'humanité et la réintégration dans la société. Le soutien d'autres personnes ayant suivi un parcours de rétablissement similaire contribuera à susciter un sentiment plus profond de réintégration, d'appartenance et de connexion.

L'autonomisation. Le double processus de développement de compétences internes (expression de soi, compassion envers soi et régulation des émotions) et externes (empathie, passe-temps et capacités professionnelles). Ce processus inclut souvent l'acquisition de connaissances et le courage de rechercher et d'accepter une aide professionnelle.

"D'une manière générale, ces sept processus COURAGE couvrent l'ensemble de la vie humaine, c'est-à-dire ce que c'est que de vivre, de grandir et de trouver un sens et un but", écrivent les chercheurs.

Ils espèrent que le modèle COURAGE aidera les pairs et la famille, les chercheurs et les professionnels de la santé à reconceptualiser le rétablissement d'une personne qui a connu un épisode suicidaire.

Selon Mme Sokol, il est important de réaliser que "le rétablissement personnel peut être différent pour chaque individu et de souligner l'importance de s'appuyer sur les forces de son patient."

Les chercheurs notent que le modèle COURAGE doit faire l'objet de tests empiriques à l'aide de mesures validées pour la cohérence, la fiabilité et la validité.

Ils prévoient de tester le modèle par le développement et l'évaluation d'un traitement qui intègre chacun des processus de COURAGE. "Ce traitement sera comparé aux interventions existantes pour déterminer son efficacité à promouvoir le rétablissement après un épisode suicidaire", a déclaré Sokol.

Cette recherche n'a bénéficié d'aucune subvention spécifique de la part d'une agence de financement, d'un secteur commercial ou d'un secteur à but non lucratif. Les auteurs n'ont révélé aucune relation pertinente.

BJPsych Open. Published online November 17, 2022. Full text

https://www.medscape.com/viewarticle/986556 

jeudi 5 janvier 2023

USA DEBAT CRITIQUES Une nouvelle ligne de vie pour la prévention du suicide

Une nouvelle ligne de vie pour la prévention du suicide

Les psychologues restent à l'avant-garde de la prévention du suicide, en jouant le rôle de premiers intervenants et en formant des non-psychologues pour répondre aux besoins.

d'apres 2023 trends report Suicide prevention gets a new lifeline - Psychologists remain on the forefront of suicide prevention, serving as critical first responders and training nonpsychologists to help meet the need Date created: January 1, 2023 - Vol. 54 No. 1 sur apa.org

Historiquement, les psychologues ont considéré le suicide principalement comme un symptôme de maladie mentale et ont souvent envoyé les patients qui ne faisaient qu'évoquer le mot "suicide" directement aux urgences. Cette situation commence à changer, car les psychologues de première ligne trouvent de nouvelles façons d'identifier les personnes à risque, d'aborder toute la complexité du suicide et de faire appel à de nouvelles sources d'aide. Leur objectif ? Faire baisser un taux de suicide national qui reste scandaleusement élevé. Après 15 ans d'augmentation constante des taux, le nombre global de suicides aux États-Unis a baissé de 5 % entre le pic de 2018 et 2020, selon les données provisoires des
Centers for Disease Control and Prevention (CDC) (PDF, 463KB).

Mais ces progrès n'ont pas été partagés de manière égale. Alors que le taux global a baissé, les hommes et les femmes blancs ont représenté une grande partie de la baisse, le taux de suicide des hommes blancs ayant diminué de 3 % entre 2019 et 2020 et celui des femmes blanches de 10 %. Outre les disparités raciales, la baisse globale masque des changements importants selon l'âge. Pour les individus âgés de 10 à 34 ans, par exemple, les taux étaient plus élevés en 2020 qu'en 2019. Et les jeunes envisagent de plus en plus le suicide. Le suicide est déjà la deuxième cause de décès chez les jeunes, mais en 2020, les visites aux urgences pour tentatives de suicide présumées ont augmenté de 31 % chez les adolescents de 12 à 17 ans, selon le CDC (Morbidity and Mortality Weekly Report, Vol. 70, No. 24, 2021). Pour les filles, les visites étaient presque 51 % plus élevées qu'en 2019.

Face à ces chiffres, les psychologues plaident en faveur d'un dépistage accru et développent des interventions qui peuvent aider les systèmes de santé à surmonter leurs craintes d'être submergés par le nombre de personnes dont le dépistage des idées et des comportements suicidaires est positif. Et face à une pénurie nationale de professionnels de la santé mentale, les psychologues forment le public à une intervention de prévention du suicide semblable à la RCR et exploitent le pouvoir de la technologie pour fournir un soutien.

"Avec Covid-19 et tout ce qui s'est passé dernièrement, les gens accordent une plus grande attention à la santé mentale", a déclaré Jill Harkavy-Friedman, PhD, vice-présidente senior de la recherche à la Fondation américaine pour la prévention du suicide.

Repenser la prévention du suicide

Pour Craig Bryan, PsyD, ABPP, auteur de  Rethinking Suicide: Why Prevention Fails, and How We Can Do Better (Oxford University Press, 2021), la raison pour laquelle les taux de suicide sont restés obstinément élevés pendant des décennies est la notion dépassée selon laquelle la maladie mentale est la cause du suicide.

"Nous avons des décennies de recherche qui montrent que cette hypothèse de base - le fondement des efforts de prévention de nos jours - est fausse", a déclaré Bryan, qui dirige le programme de prévention du suicide à la faculté de médecine de l'université d'État de l'Ohio. "Nous nous concentrons sans cesse sur une petite pièce du puzzle, puis nous nous grattons la tête en pensant que nous n'avons pas réussi à infléchir la courbe." Cette idée fausse a conduit à se concentrer sur le traitement de la santé mentale comme principale méthode de prévention du suicide. Bryan et un nombre croissant de psychologues pensent que les praticiens devraient plutôt se pencher sur les problèmes plus larges, tels que les difficultés financières, les problèmes relationnels, la discrimination et d'autres facteurs, qui mettent les gens en danger.

"Parce que nous avons considéré le suicide comme un problème de santé mentale - quelque chose à l'intérieur des gens - nous disons : "Vous souffrez de dépression et vous devez suivre un traitement", a déclaré Bryan. "Mais la thérapie et les médicaments ne paieront pas vos factures, ne vous aideront pas à avoir un patron qui vous traite avec dignité et respect, ne changeront pas le quartier dans lequel vous vivez." Selon Bryan, les psychologues doivent aller au-delà de la santé mentale, responsabiliser les patients et devenir des défenseurs de meilleurs politiques d'emploi, de logements et de non-discrimination.

De tels efforts sont déjà en cours, le domaine de la prévention du suicide accordant plus d'attention à des facteurs tels que le rôle que joue le racisme structurel dans les disparités raciales et ethniques des taux de suicide.

L'examen des données sur le suicide dans son ensemble masque des différences importantes, a déclaré Kiara Alvarez, PhD, professeure adjointe de santé, de comportement et de société à la Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health (American Journal of Psychiatry, Vol. 179, No. 6, 2022). Les taux de comportements suicidaires ont augmenté de manière disproportionnée chez les jeunes de couleur au cours des dernières décennies, les filles noires en particulier signalant les taux les plus élevés de tentatives de suicide, a déclaré Alvarez. Et les très jeunes enfants noirs entre 5 et 12 ans ont un taux de suicide presque deux fois supérieur à celui de leurs homologues blancs, a déclaré Alvarez, citant des recherches (Bridge, J. A., et al., JAMA Pediatrics, Vol. 172, No. 7, 2018) citées dans l'avis 2021 du chirurgien général américain Protecting Youth Mental Health (PDF, 1.01MB).

Pourtant, a déclaré Alvarez, les efforts de prévention se sont concentrés sur des facteurs de risque et de protection supposés universels sans être adaptés aux populations individuelles. Et le racisme structurel est apparent dans la réponse aux crises, a-t-elle dit, les jeunes de couleur étant plus susceptibles d'être étiquetés avec des problèmes de comportement que de santé mentale et renvoyés de la suspension scolaire jusqu'au système de justice pour mineurs.

"Se contenter d'apporter des services de santé mentale à l'école, c'est manquer le coche en matière de prévention du suicide", a déclaré Mme Alvarez. "Il faut se demander qui y a accès - qui est traité comme quelqu'un qui a besoin d'un soutien en matière de santé mentale plutôt que de gestion du comportement et de discipline."

Les efforts de prévention se déplacent également en amont pour cibler des populations entières, a déclaré John Ackerman, PhD, qui dirige le Center for Suicide Prevention and Research du Nationwide Children's Hospital à Columbus, Ohio. "Tous nos efforts de prévention du suicide ne doivent pas être déployés au moment de la crise", a déclaré Ackerman, coéditeur avec Lisa Horowitz, PhD, MPH, de Youth Suicide Prevention and Intervention: Best Practices and Policy Implications (Springer, 2022). "Nous devons donner aux gens des outils pour réduire leurs risques avant une crise."

Pour Mme Ackerman, cela signifie aller dans les écoles avec un programme fondé sur des preuves, appelé Signs of Suicide. Ce programme enseigne aux collégiens et aux lycéens comment répondre à un ami en crise tout en formant les adultes de l'école, notamment le personnel de la cantine, les entraîneurs et les chauffeurs de bus. "Nous voulons que chacun soit équipé pour réagir aux signes avant-coureurs du suicide", a déclaré Mme Ackerman, qui a travaillé avec 65 000 écoliers dans près de 250 écoles de l'Ohio. Mme Ackerman travaille actuellement avec le développeur du programme pour créer un programme destiné aux élèves de troisième à cinquième année.

Jusqu'à récemment, ajoute Mme Ackerman, les écoles étaient réticentes à introduire des programmes de prévention du suicide. "Parler de jeunes qui mettent fin à leur vie est un sujet qui met mal à l'aise", a-t-il déclaré, "mais les données sont très, très claires : les jeunes enfants envisagent le suicide et passent à l'acte."

Les arguments en faveur du dépistage

Une controverse en cours dans le domaine concerne le dépistage universel du risque suicidaire, en particulier dans les établissements de soins de santé.

"La majorité des adultes et des enfants qui se sont suicidés ont consulté un prestataire de soins de santé dans les mois, parfois même les semaines, précédant leur décès", a déclaré M. Horowitz, scientifique associé principal du programme de recherche intra-muros de l'Institut national de la santé mentale. "Cela représente une opportunité incroyable - on pourrait même dire une responsabilité - de détecter les personnes à risque et de les aider à trouver de l'aide."

Tout le monde n'est pas d'accord. En mai 2020, le groupe de travail américain sur les services préventifs a publié un projet de déclaration de recommandation notant l'insuffisance des preuves pour recommander ou non le dépistage du risque de suicide chez les enfants et les adolescents asymptomatiques, par exemple. En septembre, le groupe de travail a publié un projet de déclaration similaire sur le dépistage chez les adultes. Mais les enfants - et les adultes - ne peuvent pas attendre ces recherches, a déclaré M. Horowitz. "Nous ne pouvons pas attendre cinq ans de plus pour que ces études soient publiées, car des enfants se suicident en ce moment même", a-t-elle déclaré. "Nous devons dépister les jeunes afin de pouvoir identifier ceux qui sont à risque et qui ne parlent peut-être pas de leurs pensées suicidaires avec quelqu'un d'autre."

Un outil de dépistage développé par Horowitz et son équipe appelé Ask Suicide-Screening Questions ne prend que 20 secondes (JAMA Pediatrics, Vol. 166, No. 12, 2012). Les critiques du dépistage universel confondent souvent le dépistage et l'évaluation, a expliqué Horowitz, mais le dépistage représente plutôt un moyen rapide de signaler une personne qui a besoin d'une attention plus poussée et constitue la première étape d'un parcours clinique  ( Academic Pediatrics , Vol. 22, No. 2, 2022 )."Le dépistage est la façon dont vous commencez la conversation", a déclaré Horowitz. "C'est l'occasion de tendre la main avant qu'il ne soit trop tard".

Derrière la résistance au dépistage universel se cache la crainte qu'un tel dépistage signifie ouvrir la boîte de Pandore, a déclaré Edwin Boudreaux, PhD, professeur de médecine d'urgence, de psychiatrie et de sciences quantitatives de la santé à la faculté de médecine Chan de l'Université du Massachusetts. « Ils soutiennent que s'ils n'ont pas la capacité d'intervenir, ce dépistage ne va pas vraiment aider », a déclaré Boudreaux.

Ce que Boudreaux a découvert, c'est que le dépistage universel permet de repérer de nombreuses personnes qui, autrement, passeraient à côté. Dans une vaste étude multisite, il a constaté avec ses collègues que le dépistage universel des patients adultes des services d'urgence doublait presque la détection des risques, passant d'un peu moins de 3 % à près de 6 %  (Contemporary Clinical Trials, Vol. 95, 2020). Ce chiffre est encore suffisamment bas pour que les hôpitaux n'aient pas à s'inquiéter d'être inondés de patients à risque, a-t-il ajouté, surtout si les hôpitaux mettent en place des protocoles sensibles à la gravité du risque des patients. Par exemple, certains patients présentant un niveau de risque aigu moins élevé n'ont pas besoin d'un bilan psychiatrique complet ou de mesures de sécurité telles que la fouille de leurs effets personnels à la recherche d'objets potentiellement mortels ou la désignation d'une personne chargée de les surveiller en permanence.

De plus, selon Mme Boudreaux, les systèmes de soins de santé peuvent prendre certaines mesures pour tirer le meilleur parti des ressources existantes au lieu de la réponse traditionnelle - et coûteuse - qui consiste à envoyer les patients qui évoquent le suicide aux urgences.

Le système UMass Memorial Health, par exemple, a apporté des changements basés sur les principes de  Zero Suicide – le modèle actuellement prédominant, qui préconise de remanier des systèmes entiers pour lutter contre le suicide au lieu de se contenter de former des praticiens individuellement. Le système UMass procède désormais à un dépistage universel des patients âgés de 12 ans et plus, puis les stratifie par niveau de risque, les patients à haut risque bénéficiant d'interventions fondées sur des preuves. La planification de la sécurité, par exemple, est une intervention facile dans laquelle le patient et le clinicien travaillent ensemble pour identifier les facteurs de risque et les signes d'alerte ainsi que les moyens d'y faire face. Un système de dossiers médicaux électroniques remanié permet de s'assurer que les patients ne passent pas à travers les mailles du filet lors de leur transition vers le niveau de soins approprié.

Même quelque chose d'aussi simple que d'appeler les patients après leur sortie des urgences peut réduire le suicide, a découvert Boudreaux. Dans une étude multicentrique portant sur des adultes ayant récemment eu des idées ou des tentatives de suicide, les chercheurs ont découvert que les patients qui recevaient des appels téléphoniques de suivi et des ressources de sortie avaient 30 % moins de tentatives de suicide que les patients qui recevaient un traitement habituel (JAMA Psychiatry, Vol. 74, No. 6, 2017).

Limiter l'accès aux moyens mortels, en particulier les armes à feu, est également essentiel, a déclaré Michael Anestis, PhD, directeur exécutif du New Jersey Gun Violence Research Center de l'Université Rutgers. Les armes à feu représentaient 53 % des suicides en 2020, selon le CDC (Kegler, S. R., et al., Morbidity and Mortality Weekly Report, Vol. 71, No. 19, 2022).

La démographie change cependant. "Il y a eu une augmentation sans précédent des ventes d'armes à feu, pas seulement dans les États rouges profonds", a déclaré Anestis. Cela signifie que les psychologues doivent élargir leur idée des personnes à risque au-delà des anciens combattants et des autres groupes à haut risque traditionnels. Les personnes qui ont acheté des armes à feu pendant la pandémie de Covid-19, a constaté Anestis, sont plus susceptibles de signaler des idées suicidaires au cours du dernier mois, de l'année écoulée et de la vie entière que les personnes qui n'ont jamais acheté d'armes à feu ou qui en ont acheté avant la pandémie (JAMA Network Open, Vol. 4, No. 10, 2021).

La prochaine frontière consiste à former des personnes extérieures aux soins de santé, telles que les chefs d'unités militaires et les barmans, à donner des informations sur les moyens létaux - évaluer si une personne suicidaire a accès à des armes à feu, à des médicaments sur ordonnance ou à d'autres articles potentiellement mortels et travailler avec la personne. et les membres de la famille pour limiter l'accès à ces articles pendant une crise. "Les personnes qui meurent par arme à feu sont moins susceptibles de s'engager dans les soins de santé", a déclaré Anestis. "Former les autres à avoir ces conversations est un moyen d'aller en amont et de changer les normes sociétales."

Élargir l'accès à l'aide 

D'autres efforts visent à augmenter le nombre de formations sur le suicide que reçoivent les psychologues. La grande majorité des psychologues et des autres professionnels de la santé mentale ne sont pas systématiquement formés à la prévention du suicide, selon un document d'orientation del''  American Foundation for Suicide Prevention (PDF, 229KB) . C'est pourquoi un nombre croissant d'États exigent une telle formation comme condition d'autorisation d'exercer. Onze États exigent désormais une formation à la prévention du suicide ou à l'évaluation, la gestion et le traitement du suicide, tandis que quatre autres États encouragent cette formation.

De nouveaux numéros de téléphone d'urgence permettent aux personnes en crise d'entrer en contact avec des sources d'aide.

En juillet 2022, la National Suicide Prevention Lifeline a changé son nom en 988 Suicide and Crisis Lifeline et a introduit un numéro à 3 chiffres conçu pour être aussi facile à retenir que le 911. Au lieu de composer l'ancien numéro à 10 chiffres, les appelants qui pensent au suicide ou qui vivent d'autres crises de santé mentale peuvent désormais composer le 988 pour entrer en contact avec des conseillers formés dans des centres de crise à l'échelle nationale. Au cours de la première semaine après le lancement du nouveau numéro en juillet, la ligne a vu son volume augmenter de 66 % par rapport aux appels vers l'ancien numéro la même semaine en 2021, selon les administrateurs de Ligne.

"Quand quelqu'un est en détresse, il obtient une aide spécialisée en santé mentale liée à la prévention du suicide au lieu d'avoir à se rendre aux urgences", a déclaré Harkavy-Friedman de la Fondation américaine pour la prévention du suicide, qui a plaidé pour la création du 988 et fait maintenant pression pour un financement accru.

D'autres efforts se concentrent sur la mise en relation des populations particulièrement à haut risque avec de l'aide. Les médecins, par exemple, sont plus à risque de suicide que ceux des autres professions. Même avant les facteurs de stress provoqués par la pandémie de Covid -19, 1 médecin sur 15 avait envisagé de se suicider au cours de l'année écoulée(Lawrence, E. C., Mayo Clinic Proceedings, Vol. 96, No. 8, 2021). Pour aider à changer cela, la Physician Support Line au 888-409-0141 offre un soutien confidentiel de médecin à médecin aux étudiants en médecine et aux médecins.

La AgriStress Helpline, développée par un groupe à but non lucratif appelé AgriSafe Network, fournit un soutien 24 heures sur 24 à un autre groupe à haut risque : les agriculteurs et les éleveurs. Des spécialistes du soutien en cas de crise spécialement formés utilisent un processus de « navigation de soins » pour fournir aux appelants du Missouri, de la Pennsylvanie, du Texas, de la Virginie et du Wyoming l'aide dont ils ont besoin, qu'il s'agisse d'une évaluation des risques, d'un soutien émotionnel ou de références pour aider dans leurs communautés. Tous les appelants reçoivent un appel de suivi dans les 24 heures.

Un autre service spécialisé est la Trans Lifeline, qui offre un soutien par les pairs à la communauté trans. Géré par et pour les personnes trans, Ligne d'aide va au-delà des services directs pour inclure le plaidoyer pour lutter contre les systèmes oppressifs.

La National Maternal Mental Health Hotline, parrainée par la US Health Resources and Services Administration, fournit une assistance gratuite en anglais et en espagnol au 833-9-HELP4MOMS avant, pendant et après la grossesse.

Compte tenu de la pénurie de professionnels de la santé mentale, il y a également eu une tendance à former des non-professionnels à intervenir. Environ six millions de personnes au cours des deux dernières décennies ont appris l'intervention de gardien Question, Persuader et Refer (QPR) développée par Paul Quinnett, PhD, président exécutif de l' QPR Institute, qui vise à rendre la QPR aussi courante que la CPR.

"QPR est une intervention qui permet d'apaiser une ébullition psychique et de dissiper la douleur en la partageant avec une autre personne compatissante", a déclaré Quinnett. "Il y a un mythe commun selon lequel si vous demandez à quelqu'un de se suicider, cela lui met l'idée en tête ; mais la recherche montre exactement le contraire : Poser la question produit un soulagement et réduit l'anxiété et le stress."

L'institut a maintenant développé une formation avancée visant à créer une nouvelle main-d'œuvre d'intervenants de crise certifiés qui peuvent offrir de l'aide dans les zones rurales, les pays en développement et d'autres endroits où les cliniciens sont rares.

Une fois que de nouvelles recherches auront abouti, les personnes qui envisagent de se suicider pourront également obtenir de l'aide de la technologie.

La plupart des interventions anti-suicide ne sont pas accessibles au moment où les gens en ont le plus besoin, souligne Daniel Coppersmith, doctorant en psychologie à l'Université de Harvard (Psychiatry: Interpersonal and Biological Processes, online first publication, 2022). Les nouvelles technologies permettent de fournir de telles interventions au moment même où les individus en ont besoin.

L'innovation technologique antérieure a conduit à l'utilisation de smartphones pour des évaluations écologiques momentanées, ce qui a révélé que le risque de suicide des individus peut changer rapidement. "Nous avons besoin d'interventions qui peuvent s'adapter à la nature rapide de ces changements", a déclaré Coppersmith. La prochaine génération d'outils pour smartphone sont les interventions adaptatives juste-à-temps que Coppersmith et d'autres développent. Ces technologies évaluent les risques, que ce soit en envoyant aux utilisateurs une enquête sur smartphone ou en surveillant passivement des données telles que leur activité physique via des capteurs portables. Si ces données révèlent un risque de suicide accru, les technologies rendent facilement accessibles des stratégies issues de pratiques fondées sur des données probantes telles que la planification de la sécurité ou la thérapie cognitivo-comportementale.

De telles interventions sont toujours en cours, a déclaré Coppersmith, qui prédit que la technologie pourrait être disponible d'ici cinq ans. "Il y a beaucoup de discussions, de débats et d'excitation", a-t-il déclaré. "C'est là que le champ espère aller." 

 https://www.apa.org/monitor/2023/01/trends-suicide-prevention-lifeline