vendredi 29 avril 2016

ETUDE RECHERCHE Les scarifications aux urgences : quelle menace suicidaire ?

Scarifications : les mots pour le dire Aux urgences générales, une majorité de patients présentant des scarifications des poignets ont été admis pour une « tentative de suicide » (TS), terme souvent utilisé à mauvais escient dans ce contexte, comme le montre une étude épidémiologique descriptive multicentrique réalisée en 2015 dans 7 services d’urgences générales de Lille et de son agglomération.
À l’aide d’un questionnaire, les soignants ont interrogé les patients présentant une ou des scarifications auto-infligées datant de moins de 7 jours, isolée(s) ou associée(s) à un autre geste auto-infligé. 58 patients ont répondu. Les résultats, analysés avec l’aide de la Fédération régionale de recherche en psychiatrie et santé mentale (F2RSM) Nord-Pas-de-Calais, évoquent une prépondérance féminine jeune (moins de 36 ans), dont le geste de scarification apparaît non prémédité et réactionnel à une situation de perte symbolique, sans désir de mort significativement associé. Cela peut être un contexte de deuil, de séparation, de difficultés financières, familiales, professionnelles, scolaires ou conjugales. Or, une majorité de ces patients ont été admis pour « TS par scarification », essentiellement des femmes, et une autre partie pour « TS par phlébotomie », surtout des hommes. Cette différence d’attribution entre hommes et femmes, et cette indifférenciation entre tentative de suicide et automutilation procèdent probablement des représentations des soignants sur l’autoagressivité. L’attaque du corps semble questionner une forme de tentative de contenance psychique, lorsque les mots sont insuffisants ou absents (1). Par ailleurs, cette étude montre que pour plus de la moitié des patients, il s’agit d’une récidive de scarification. La douleur infligée au corps, souvent répétée, permet ainsi de pallier les angoisses envahissantes. Il est donc important de considérer ce geste comme une tentative d’apaisement d’une souffrance psychique, afin de proposer au patient une écoute et une aide sécurisantes, laissant progressivement la place aux mots.
Une orientation vers une prise en charge spécifique, du fait de la souffrance psychique et d’un risque élevé de récidive et d’aggravation du geste autoagressif (2), paraît indiquée. Le désamorçage d’une chronicisation de ces comportements nécessite de travailler la demande d’aide dès les urgences. Cette condition est le préalable à une alliance thérapeutique en suivi psychologique ou psychiatrique.
1– Suyemoto KL. The functions of self-mutilation. Clin Psychol Rev. 1998 ; 18(5):531-54.
2– Kuehl S, Nelson K, Collings S. Back so soon : rapid re-presentations to the emergency department following intentional self-harm. N Z Med J. 14 déc 2012 ; 125(1367):70-9

*http://www.santementale.fr/actualites/scarifications-les-mots-pour-le-dire.html

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