Le chiffre du jour. En Belgique, les tentatives de suicide se multiplient parmi les demandeurs d’asile
Délais
d’attente interminables, absence de perspectives, établissements
surpeuplés, violence : en cinq ans, le nombre de demandeurs d’asile qui
ont tenté de mettre fin à leurs jours a triplé dans les centres
d’accueil, rapporte “De Standaard”.
Courrier international Publié le 20 juin 2022
En Belgique, les tentatives de suicide se multiplient parmi les demandeurs d’asile. En 2021, on en recensait 68.
“Le sujet est délicat.” De Standaard s’était déjà enquis du nombre de tentatives de suicide dans les centres pour demandeurs d’asile en Belgique, sans obtenir de réponse du secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration. Voilà que celui-ci communique, à la demande de son prédécesseur, aujourd’hui député d’opposition. Et les résultats sont édifiants, au point que le journal flamand de référence en fait son sujet de une ce 20 juin.
Fedasil, l’agence responsable de l’accueil des demandeurs d’asile, a commencé à recenser les gestes désespérés dans ses centres en 2017. Depuis, ils ont plus que triplé. De 21 tentatives de suicide en 2017, on est passé à 68 en 2021. Quant aux cas d’automutilation, on en comptait 40 l’an dernier contre une dizaine en 2017.
De son côté, l’agence signale que ces données doivent être prises avec précaution, le nombre total de demandeurs d’asile ayant augmenté sur la même période, passant de 17 788 à 27 676. Reste que “l’augmentation du nombre d’incidents est plus forte que celle du nombre de demandeurs d’asile”, oppose De Standaard. Et qu’“en 2020, année qui, pandémie oblige, a vu moins de dépôts de demandes d’asile, le nombre de tentatives de suicide a tout de même augmenté en Flandre – en Wallonie, il a baissé légèrement”.
Incertitude et désespoir
Plus de 20 000 personnes attendent actuellement une réponse à leur demande d’asile, souligne le quotidien. Si les facteurs de souffrance psychique sont multiples, la longueur de ces délais et l’incertitude qu’elle génère jouent un rôle évident dans la détresse des candidats à l’asile, comme l’explique un membre de Médecins sans frontières, évoquant un homme qui s’est récemment immolé par le feu devant un centre Fedasil, tandis qu’un autre s’est jeté par la fenêtre après avoir vu sa demande déboutée.
À cette absence de perspectives, il faut ajouter la barrière de la langue, écrit encore le journal, ainsi que “le stress quotidien que suscite la vie dans un centre, le manque d’intimité et de contrôle par exemple”, comme l’indique une chercheuse de l’université de Gand. Sans compter que, parallèlement aux gestes désespérés, les conflits ont aussi grimpé en flèche dans les centres surpeuplés, ajoutant au mal-être des résidents.
Groupama renforce son dispositif d’accompagnement des agriculteurs
Delphine Jeanne Publié le 21/06/2022
https://www.web-agri.fr/*
Depuis le 16 mai, Groupama a renforcé ses dispositifs d'accompagnement du mal-être agricole avec une ligne d'écoute et des séances gratuites auprès de cliniciens spécialisés. Dans le cadre de la feuille de route gouvernementale mise en place pour lutter contre le mal-être agricole, Groupama met en place un dispositif de soutien psychologique pour les agriculteurs en difficulté, en complémentarité avec les actions déployées par les autres organisations comme la MSA ou les chambres d’agriculture.
Depuis le 16 mai, Groupama a renforcé son dispositif de soutien psychologique pour les agriculteurs en situation de détresse. Désormais, une ligne d’écoute accessible 24h/24 au 01 55 98 71 99 permet d’être mis en relation avec des psychologues cliniciens. En parallèle, deux séances de soutien psychologique gratuites, auprès de cliniciens, spécialisés sont mises en place pour tous les agriculteurs assurés à Groupama. Les assurés en prévoyance ou santé peuvent les cumuler avec les trois séances déjà inclues à leur contrat.
Si ces dispositifs s’inscrivent dans le cadre de la feuille de route initiée par le député Olivier Damaisin et déployée en novembre dernier par les pouvoirs publics pour renforcer la prévention et l’accompagnement du mal-être des agriculteurs, Groupama travaille depuis plusieurs années avec différents partenaires, notamment le Service de remplacement. « Dans le cadre de ces échanges début 2022, nous avons conjointement alerté sur la situation, estimant que l’on devait renforcer notre accompagnement », explique Nadia Roignant-Creis, directrice du marché agricole de Groupama. Une situation globalement difficile pour l’agriculture
La crise aviaire a notamment accéléré les besoins d’accompagnement dans l’ouest, explique-t-elle, mais la hausse des coûts des intrants et de l’énergie pèsent lourdement sur le secteur agricole en général et rendent ces mesures d’autant plus nécessaires. « Au moment du salon de l’agriculture, nous avons organisé avec les services de remplacement une table-ronde en présence du député Olivier Damaisin, des élus et des services de la MSA du département de l’Orne, plutôt en avance sur ces dispositifs et qui travaille avec une association de prévention du suicide "Dites je suis là", explique Nadia Roignant-Creis. « Les échanges, très ouverts, ont montré que l’on avait besoin d’associer nos différents réseaux pour identifier au mieux ces situations de mal-être agricole, chacun ayant une légitimité pour apporter sa pierre à l’édifice », insiste-t-elle, mettant en avant la complémentarité des différents dispositifs.
« On a des clients en ligne tous les jours, des élus sur le terrain, c’est lors de ces contacts que l’on peut jouer notre rôle. L’élu est souvent un agriculteur, il a les mêmes codes, pas toujours les bons mots, mais il peut décrypter et déceler les facteurs de risque auprès d'un exploitant agricole qui travaille dans le même secteur », explique ainsi Nadia Roignant-Creis, rappelant que c’est bien souvent grâce aux échanges entre personnes que l’on arrive à détecter les situations de détresse en agriculture et à orienter les agriculteurs concernés.Retrouvez : Le numéro d’écoute mis en place par Groupama : 01 55 98 71 99 Le service Agri'écoute de la MSA
Santé mentale : une amélioration chez les jeunes en juillet 2021 par rapport à 2020 mais des inégalités sociales persistantes
Jean-Baptiste
Hazo et Aristide Boulch (DREES), en collaboration avec le groupe EpiCov
: Nathalie Bajos et Josiane Warszawski (co-responsables scientifiques),
Guillaume Bagein (DREES), Vianney Costemalle (DREES), Émilie Counil
(Ined), Thomas Deroyon (DREES), Jeanna-Eve Franck (Inserm), Nathalie
Lydié (Santé publique France), Claude Martin (CNRS), Laurence Meyer
(Inserm, univ. Paris-Saclay, AP-HP), Ariane Pailhé (Ined), Philippe
Raynaud (DREES), Alexandra Rouquette (Inserm), Delphine Rahib (Santé
publique France), Patrick Sillard (Insee), Rémy Slama (Inserm)
Études et résultats N° 1233 juin 2022
La
Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des
statistiques (DREES) publie une nouvelle étude consacrée à la santé
mentale et à l’épidémiologie psychiatrique en population générale. C’est
la troisième études d’une série couvrant les années 2020 et 2021
réalisées à partir de la cohorte EpiCov.
L’enquête EpiCov s’appuie sur un échantillon de plusieurs dizaines de
milliers de participants, représentatif de la population âgée de quinze
ans ou plus, vivant en France métropolitaine, Guadeloupe, Réunion et
Martinique.
16 % de la population concernée par un syndrome anxieux ou dépressif
En juillet 2021, les syndromes anxieux ou dépressifs concernent 16 % de
la population âgée de 16 ans ou plus, 12 % des hommes et 19 % des
femmes. Ces deux syndromes sont très souvent associés. Plus d’un quart
des femmes âgées de 16 à 24 ans sont concernées par l’un ou l’autre de
ces syndromes.
Après avoir cru durant la crise sanitaire, le total des taux de
syndromes dépressifs mineurs et majeurs est revenu au niveau de 2019.
Ils concernent 11 % de la population âgée de 16 ans ou plus, 12 % des
femmes et 9 % des hommes. En revanche, les syndromes dépressifs majeurs,
les plus sévères, se maintiennent à des niveaux supérieurs à ceux de
2019, 6 % des femmes et 4 % des hommes sont concernés.
Chez les jeunes, ces taux de syndromes dépressifs qui avaient fortement
augmenté en 2020 marquent globalement un recul en juillet 2021 sans
toutefois retrouver les niveaux de 2019. Les 16-24 ans restent la
tranche de la population la plus exposée, principalement du fait des
jeunes femmes dont une sur dix est concernée par un syndrome dépressif
majeur.
Accès boulimiques : 4 % de la population déclarent une perte
de contrôle des quantités ingurgitées au moins deux fois par semaine
Les accès boulimiques concernent 2 % des hommes et 5 % des femmes. Pour 1
% de la population, ces accès sont accompagnés de comportements de
compensation de la prise de poids (vomissements, jeûnes etc.). Les
jeunes femmes sont particulièrement concernées : 8 % d’entre elles
déclarent des accès boulimiques dont plus d’un quart met en place des
comportements compensatoires.
Une personne sur cinq a eu besoin d’aide pour raison psychologique depuis la crise
Près d’une personne sur cinq estime avoir eu besoin d’aide pour raisons
psychologiques depuis la crise et 13 % (16 % des femmes et 9 % des
hommes) des personnes interrogées ont consulté un professionnel de santé
pour de telles raisons. À noter que 2 % de la population estime avoir
besoin de l’aide d’un professionnel de santé sans pour autant y avoir
recouru.
Près d’une personne sur dix déclare avoir reçu un diagnostic
de trouble psychiatrique, psychologique ou d’une addiction par un
médecin au cours de sa vie
Les principaux troubles dont les participants déclarent avoir reçu le
diagnostic au cours de leur vie sont les suivants : dépression (6 %),
troubles anxieux (4 %), addictions (2 %) et troubles des conduites
alimentaires (2 %). Un enquêté sur cent déclare avoir reçu un diagnostic
de trouble bipolaire ou de schizophrénie. Les personnes ayant reçu l’un
de ces diagnostics au cours de la vie présentent des taux de syndromes
anxieux ou dépressifs très élevés : 40 % d’entre elles sont concernées
par l’un ou l’autre de ces syndromes en juillet 2021.
Le soutien social en net recul entre 2019 et 2021
Le niveau de soutien social déclaré, très corrélé à la santé mentale des
individus, a reculé entre 2019 et 2021. La part des personnes déclarant
un faible niveau de soutien social progresse de 13 % à 17 % sur la
période. Une augmentation plus fortement marquée chez les enquêtés âgés
de 16 à 24 ans pour lesquels cette proportion est passée de 6 % à 14 %
entre 2019 et 2021.
Niveau de santé mentale, recours aux soins et diagnostics psychiatriques très fortement marqués par les inégalités sociales
La plupart des indicateurs explorés dans l’enquête, comme les pensées
suicidaires, le recours aux soins ou encore la présence d’un diagnostic
psychiatrique sont marqués par de fortes inégalités sociales. C’est en
effet parmi les personnes dont le ménage appartient aux 20 % les plus
modestes que les taux d’indicateurs dégradés sont les plus élevés.
Un seul indicateur est défavorable aux plus aisés : la part de personnes
dont la consommation d’alcool excède les recommandations sanitaires.
Elle passe de 17 % chez les plus modestes à 25 % chez les plus aisés.
Toutefois, les consommations d’alcool à risque important concernent 5 %
de la population, quel que soit le niveau de vie.
Les syndromes anxieux, dépressifs et les comportements boulimiques
partagent souvent les mêmes facteurs de risque : ils sont plus fréquents
chez les jeunes, les femmes, les personnes en situation de précarité
économique, ayant un faible soutien social, ayant des antécédents
migratoires récents, résidant dans des zones de forte densité urbaine,
présentant un handicap ou ayant eu des symptômes évocateurs d’une
contamination au Covid. Des temps ou des fréquences élevés d’exposition
aux écrans et aux réseaux sociaux sont également associés à une santé
mentale dégradée.
Des conditions de travail perturbées par la crise sanitaire,
souvent corrélées à une mauvaise santé mentale, mais pas le télétravail
Parmi les personnes en emploi, 28 % déclarent avoir connu depuis la
crise des périodes inhabituelles de surcharge de travail ; cela est
associé à des taux de syndromes anxieux, dépressifs et de comportements
boulimiques doublés par rapport à celles non exposées à de telles
surcharges de travail. Les personnes déclarant travailler en horaires
décalés ont une plus forte probabilité de présenter une santé mentale
dégradée. Ce n’est en revanche pas le cas des personnes déclarant être
exclusivement ou partiellement en télétravail.
Consulter la publication et les données associées
Les résultats des autres volets de l’enquête sont disponibles sur le site de la DREES :
Derrière l’automutilation et les tendances suicidaires, l’expérience de violences conjugales Publié le 23 juin 2022 https://www.elle.fr/* Selon l'étude, les violences conjugales concernent environ 15 % d'hommes et 27 % de femmes
Au Royaume-Uni, une étude a démontré que les personnes victimes de violences sur partenaires intimes étaient directement concernées par des tendances à l’automutilation ou au suicide.
Les personnes ayant subi des violences sur partenaire intime (VPI) seraient plus enclines à l’automutilation, voire aux tendances ou tentatives de suicides. C’est en tout cas ce que démontre une récente étude britannique publiée dans The Lancet Psychiatry, qui a interrogé en face à face 7000 hommes et femmes de tous âges, toutes professions, toutes situations économiques et toutes ethnicités.
Il en ressort d’abord que 15 % des hommes ont été victimes de violences physiques, morales et sexuelles sur partenaire intime, pour une part presque deux fois plus élevée chez les femmes, de 27 %. Parmi eux, beaucoup avaient aussi connu une situation économique défavorable ou d’autres difficultés dans leur vie. Mais le lien de causalité entre VPI et automutilation ou suicides est directement établi par l’étude.
Interrogées sur la question, les victimes de violences conjugales établissent elles-mêmes un lien entre ces violences psychologiques et sexuelles et leur tendance au suicide ou à l’automutilation. Ainsi le risque d’automutilation et de pensées suicidaires serait deux fois plus élevé chez les victimes de VPI, et de presque trois fois plus élevé s’agissant de tentatives de suicides. Des taux parfois beaucoup plus élevés en fonction du type, du nombre ou de l’actualité des violences subies. « Les professionnels doivent être prêts à agir en conséquence »
Cette étude, menée uniquement au Royaume-Uni pour le moment, permet désormais de comprendre une partie des raisons qui poussent à l’automutilation ou au suicide. Elle pourrait aussi aboutir à certaines mesures de prévention contre ces tendances autodestructrices, ainsi qu’à une répression plus forte contre les VPI. « Il y a une forte probabilité qu'une personne se présentant aux services pour les personnes en détresse suicidaire soit victime de la violence d'un partenaire intime. Les professionnels de la santé doivent demander aux personnes qui se sont automutilées ou qui risquent de se suicider si elles sont victimes de VPI, et les professionnels doivent être prêts – et soutenus – à agir en conséquence », résume la première autrice de l’étude et maîtresse de conférences à la City University, Sally McManus.
Estela Barbosa, elle aussi de la City University, explique que, dans une Angleterre fortement touchée par les violences conjugales, l’étude « a montré que les femmes sont environ dix fois plus concernées que les hommes par [la VPI sexuelle], ce qui est associé à des probabilités particulièrement élevées d'automutilation et de comportement suicidaire ».
" Je travaille
sur un documentaire sur les violences conjugales chez les jeunes.
Quand on parle de violences conjugales, on oublie souvent qu’elles
ne sont pas seulement physiques, mais tout autant psychologiques et qu’elles
laissent des traumas profonds aux victimes. On imagine aussi qu’elles ne
concernent que les adultes, d’âge plus ou moins mûr. Il existe une autre
réalité, peu connue : celle des adolescents et des jeunes adultes.
Ce phénomène complexe
des violences au sein des jeunes en couple est mal connu, car peu étudié et
son ampleur probablement sous-évaluée. La nature des violences est multiple
(emprise, humiliation, coups et blessures). Aux violences physiques s’ajoutent
pour la victime d’inconciliables tiraillements émotionnels entre amour, haine,
culpabilité, honte, peur, repli et résignation. Et le dénouement est parfois
dramatique, conduisant au suicide voire au meurtre.
Le film veut donner la parole à ces jeunes victimes de violences au sein de leur couple, écouter leurs histoires, suivre leur parcours de résilience, démonter avec elles les rouages de la dépendance dans laquelle elles sont tombées. Il s’agit, à travers leurs trajectoires, leurs difficultés à être écoutées et entendues de donner un éclairage sur les violences au sein du couple, chez les jeunes de 16 à 26 ans.
Je suis à la recherche de jeunes femmes résidant en Ile de France ayant subi des violences qui seraient désireuses de parler de leur expérience. Pourriez-vous relayer ma demande auprès de personnes aptes à me mettre en relation ou auprès de jeunes femmes souhaitant partager leur histoire ?
En vous remerciant par avance, Restant à votre disposition, Bien cordialement. "
RENSEIGNEMENTS psychiatrie.adultes@chu-amiens.fr INSCRIPTION OBLIGATOIRE EN LIGNE https://bit.ly/chuamiens-suicide OUVERT À TOUS GRATUIT
Comment agir ensemble et prévenir la violence d’un geste suicidaire ? Amphithéâtre Marie Curie UniLaSalle Amiens (ESIEE) 14 Quai de la Somme Amiens Jeudi 30 juin de 18h à 20h CONFÉRENCE-DÉBAT Le suicide n’est pas une fatalité Ouverture par Gérard Stark Directeur général adjoint du CHU Amiens-Picardie, Co-présidents de séance Pr Louis Jehel, Chef du service Psychiatrie, psychologie de liaison, psychotrauma, addictologie du CHU Amiens Picardie et Dr Cyrille Guillaumont, Président de la CME de l’EPSM de la Somme, Modératrice Gwenaël Leroy, Directrice de l’association AGENA. Intervention en situation de crise Pr Monique Seguin, université de McGill Montréal et référente internationale pour la Direction générale de la santé des actions de prévention du suicide Numéro national de prévention du suicide 31 14 Dr François Ducrocq, psychiatre au CHU de Lille, expert en suicidologie et psychotraumatologie Le dispositif VigilanS pour veiller après une crise suicidaire Dr Vincent Jardon, psychiatre au CHU de Lille et Dr Cecile Lalanne, psychiatre au CHU Amiens-Picardie Les outils spécifiques pour les adolescents Dr Sébastien Garny de La Rivière, pédopsychiatre au CHU Amiens-Picardie
L’OMS souligne qu’il est urgent de transformer la santé mentale et les soins qui lui sont consacrés 17 juin 2022
Communiqué de presse
Genève
Dans un nouveau rapport, elle exhorte les décideurs
et les défenseurs de la santé mentale à intensifier leur engagement et
leur action pour que changent les attitudes, les mesures et les
approches à l’égard de la santé mentale, de ses déterminants et des
soins qui lui sont consacrés.
L’Organisation
mondiale de la Santé a publié aujourd’hui son plus large tour
d'horizon de la santé mentale dans le monde depuis le début des années
2000. Ce travail approfondi propose un plan directeur pour les
gouvernements, les universitaires, les professionnels de la santé et la
société civile, entre autres, qui a pour objectif ambitieux d’aider le
monde à transformer la santé mentale.
En 2019, près d’un milliard
de personnes – dont 14 % des adolescents dans le monde – étaient
atteints d'un trouble mental. Les suicides représentaient plus d’un
décès sur 100 et 58 % d’entre eux survenaient avant l’âge de 50 ans. Les
troubles mentaux sont la principale cause d’invalidité et sont
responsables d’une année vécue avec une incapacité sur six. Les
personnes atteintes de troubles mentaux graves ont une durée de vie
réduite de 10 à 20 ans par rapport à la population générale, souvent en
raison de pathologies physiques évitables. Parmi les causes majeures de
dépression figurent les abus sexuels pendant l’enfance et le harcèlement
par l’intimidation. Les inégalités sociales et économiques, les
urgences de santé publique, la guerre et la crise climatique font partie
des menaces structurelles mondiales qui pèsent sur la santé mentale. La dépression et l’anxiété ont augmenté de plus de 25 % au cours de la première année de la pandémie seulement.
Partout
dans le monde, la stigmatisation, la discrimination à l’encontre des
personnes souffrant de problèmes de santé mentale et les violations de
leurs droits humains sont fréquents dans les communautés et les systèmes
de soins ; les tentatives de suicide sont encore criminalisées dans
20 pays. Dans tous les pays, ce sont les plus pauvres et les plus
défavorisés de la société qui sont les plus exposés au risque de
troubles mentaux et qui sont également les moins susceptibles de
bénéficier de services adéquats.
Même avant la pandémie de
COVID-19, seule une petite fraction des personnes en ayant besoin
avaient accès à des soins de santé mentale efficaces, abordables et de
qualité. Ainsi, 71 % des personnes atteintes de psychose dans le monde
ne bénéficient pas de services de santé mentale. Alors que 70 % des
personnes atteintes de psychose seraient traitées dans les pays à revenu
élevé, elles ne sont que 12 % à bénéficier de soins de santé mentale
dans les pays à faible revenu. Pour ce qui est de la dépression, de
larges écarts dans la couverture des services sont observés dans tous
les pays : même dans les pays à revenu élevé, seul un tiers des
personnes souffrant de dépression reçoit des soins de santé mentale
formels et on estime que le traitement adéquat minimal de la dépression
varie de 23 % dans les pays à revenu élevé à 3 % dans les pays à revenu
faible ou intermédiaire inférieur.
Ce rapport complet de l’OMS
souligne, en s’appuyant sur les dernières données disponibles, en
présentant des exemples de bonnes pratiques et en se faisant l’écho de
l’expérience vécue par les individus, pourquoi et où le changement est
le plus impératif et comment il peut être réalisé au mieux. Il appelle
toutes les parties prenantes à travailler ensemble pour relever
l’importance accordée à la santé mentale et l’engagement en sa faveur,
remodeler les environnements qui l’influencent et renforcer les systèmes
qui prennent soin de la santé mentale des gens.
Le Directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus,
a déclaré : « Chacun dans sa vie est proche d’une personne touchée par
des problèmes de santé mentale. Une bonne santé mentale se traduit par
une bonne santé physique et ce nouveau rapport présente des arguments
convaincants en faveur du changement. Les liens inextricables entre la
santé mentale et la santé publique, les droits humains et le
développement socioéconomique signifient que le changement des
politiques et des pratiques en matière de santé mentale peut apporter
des avantages réels et substantiels aux individus, aux communautés et
aux pays du monde entier. L’investissement dans la santé mentale est un
investissement dans une vie et un avenir meilleurs pour tous. »
Les 194 États Membres de l’OMS ont tous approuvé le Plan d’action global pour la santé mentale 2013-2030 (en
anglais), par lequel ils s’engagent à atteindre des cibles mondiales
pour transformer la santé mentale. Les progrès réalisés localement au
cours de la dernière décennie prouvent que le changement est possible.
Mais ce changement ne se produit pas assez rapidement, et l’histoire de
la santé mentale reste une histoire marquée par l’indigence et la
négligence : sur les maigres dépenses gouvernementales consacrées à la
santé mentale, deux dollars sur trois vont à des établissements
psychiatriques indépendants plutôt qu’à des services de santé mentale
communautaires plus proches des gens. Pendant des décennies, la santé
mentale a été l’un des domaines les plus négligés de la santé publique,
ne recevant qu’une infime partie de l’attention et des ressources dont
elle a besoin et qu’elle mérite.
Dévora Kestel,
Directrice du Département Santé mentale et usage de substances
psychoactives de l’OMS, a appelé au changement : « Chaque pays a de
larges possibilités de faire des progrès significatifs vers une
meilleure santé mentale pour sa population. Qu’il s’agisse d’élaborer
des politiques et des lois plus solides en matière de santé mentale,
d’intégrer la santé mentale aux régimes d’assurance maladie, d’instaurer
ou de renforcer les services de santé mentale communautaires ou
d’introduire la santé mentale dans les soins de santé généraux, les
écoles et les prisons, les nombreux exemples présentés dans ce rapport
montrent que les changements stratégiques peuvent faire une grande
différence. »
Le rapport appelle instamment tous les pays à mettre
en œuvre le Plan d’action global pour la santé mentale 2013-2020.
Plusieurs recommandations sur les mesures à prendre y sont formulées :
elles sont regroupées en trois « voies vers la transformation » axées
sur le changement d’attitude à l’égard de la santé mentale, la prise en
compte des risques pour la santé mentale et le renforcement des systèmes
de soins de la santé mentale, comme suit :
1 Relever l’importance accordée à la santé mentale et l’engagement en sa faveur. Par exemple :
Accroître
les investissements dans la santé mentale, non seulement en obtenant
des fonds et des ressources humaines appropriés dans le secteur de la
santé et d’autres secteurs pour répondre aux besoins en santé mentale,
mais aussi grâce à un leadership engagé, à la mise en œuvre de
politiques et de pratiques fondées sur des données probantes et à
l’établissement de solides systèmes d’information et de suivi.
Intégrer
les personnes ayant des problèmes de santé mentale dans tous les
aspects de la société et de la prise de décision pour surmonter la
stigmatisation et la discrimination, réduire les disparités et
promouvoir la justice sociale.
2Remodeler
les environnements qui influent sur la santé mentale, y compris les
habitations, les communautés, les écoles, les lieux de travail, les
services de soins de santé et les environnements naturels. Par exemple :
Intensifier
l’engagement dans tous les secteurs, notamment pour comprendre les
déterminants sociaux et structurels de la santé mentale et intervenir de
manière à réduire les risques, à renforcer la résilience et à éliminer
les obstacles qui empêchent les personnes atteintes de troubles mentaux
de participer pleinement à la société.
Mettre en œuvre des
mesures concrètes pour améliorer les environnements dans l’optique de la
santé mentale, notamment en intensifiant les mesures contre la violence
entre partenaires intimes et la maltraitance et la négligence à l’égard
des enfants et des personnes âgées ; en favorisant les soins attentifs
pour le développement du jeune enfant ; en instaurant un soutien aux
moyens de subsistance pour les personnes souffrant de problèmes de santé
mentale ; en introduisant des programmes d’apprentissage social et
psychologique tout en luttant contre le harcèlement dans les écoles ; en
changeant les attitudes et en renforçant les droits en matière de soins
de santé mentale ; en améliorant l’accès aux espaces verts, et en
interdisant les pesticides hautement dangereux associés à un cinquième
de tous les suicides dans le monde.
3Renforcer
les soins de santé mentale en apportant des changements aux lieux, aux
modalités, aux prestataires et aux bénéficiaires des soins de santé
mentale.
Bâtir des réseaux
communautaires de services interconnectés qui s’écartent des soins en
milieu surveillé dans les hôpitaux psychiatriques et couvrent un
éventail de soins et de soutien grâce à une combinaison de services de
santé mentale intégrés aux soins de santé en général ; des services de
santé mentale communautaires ; et des services au-delà du secteur de la
santé.
Diversifier et élargir les options de soins pour les
problèmes de santé mentale courants tels que la dépression et l’anxiété,
sachant que le rapport avantages/coûts est de cinq pour un. Ceci passe
par l’adoption d’une approche de partage des tâches élargissant les
soins fondés sur des données probantes qui seront également offerts par
les personnels de santé généraux et les prestataires communautaires. Il
convient aussi d’utiliser les technologies numériques pour appuyer
l’autoassistance guidée ou non guidée et fournir des soins à distance.
RENSEIGNEMENTS Service de psychiatrie et psychologie medicale, psychiatrie.adultes@chu-amiens.fr RÉSERVÉ AUX PROFESSIONNELS DE SANTÉ GRATUIT La « postvention » : les interventions pour ceux qui restent Dans presque tout le monde occidental, le suicide demeure la principale cause de décès chez les individus âgés de moins de trente-cinq ans. Certains auteurs estiment que le suicide laisse dans le deuil cinq à dix proches alors que Crosby et Sacks ont évalué à 1,1% la population américaine endeuillée après un suicide. Toutes ces personnes vivent-elles un deuil potentiellement complexe ? Quelles sont les interventions pour ceux qui restent ? Conférencière : Pr Monique SEGUIN Université de Mc Gill Montréal et référente internationale pour la Direction générale de la santé des actions de prévention du suicide depuis la conférence de consensus (2000) Discutant : Pr Louis JEHEL Chef de Service de psychiatrie et psychologie medicale, psychotraumatologie, addictologie du CHU Amiens-Picardie Auditorium du CHU Amiens-Picardie (Site Sud) Vendredi 1er juillet de 9h à 12h CONFÉRENCE-DÉBAT Comment faire face à un deuil, une action de postvention ?
Conditions d’exercice Psychotropes, alcool... la "souffrance" des médecins libéraux équivalente à celle des réanimateurs : "On ne s'y attendait pas" 1 Par Sandy Bonin le 21-06-2022 https://www.egora.fr/* Après avoir analysé la santé mentale des médecins hospitaliers, les
psychiatres Ariel Frajerman et Jean-François Costemale-Lacoste se sont
intéressés à celle des médecins libéraux*. Ils ont évalué la souffrance
psychologique de 1.992 praticiens, toutes spécialités confondues, dont
48 % de médecins généralistes inscrits sur Doctolib pendant la seconde
vague (novembre 2020). Bilan : 71 % des médecins libéraux souffraient de
burn-out… Le Dr Costemale-Lacoste décrypte son étude pour Egora.
Egora : La question de la santé mentale des médecins, notamment des libéraux, est assez peu étudiée. Pourquoi ?
Dr Jean-François Costemale-Lacoste : Il y a d'abord
un effet de population. Peu de libéraux sont chercheurs. Et les
chercheurs s'intéressent généralement à ce qui les entoure. Moi-même, la
première étude que j'ai fait, portait sur les hospitaliers.
La deuxième raison est que l'on sait que les médecins souffrent, mais
il y a une sorte de politique du non-dit. Les médecins s'occupent de
gens qui souffrent donc ils ne parlent pas de leur propre souffrance.
Ce différentiel entre hospitaliers et libéraux s'applique aussi pour
les patients. On constate que dans les études, on s'intéresse beaucoup
moins aux patients suivis par des médecins libéraux qu'à ceux suivis
dans des structures hospitalières.
Parfois le monde libéral est éloigné des hospitaliers et ces deux
mondes se confrontent peu malheureusement. On en entend parler avec la
crise actuelle de l'hôpital.
Comment en êtes-vous arrivé à travailler sur la santé mentale des libéraux pendant la pandémie ?
Ça été un peu par hasard. Nous avions fait une première étude sur les médecins hospitaliers de l'AP-HP.
Je travaillais au Kremlin-Bicêtre à l'époque. Après avoir passé une
journée en cabinet libéral, je me suis dit qu'il n'y avait pas beaucoup
de travaux sur les praticiens libéraux et qu'il serait intéressant de
travailler sur le sujet.
On s'est demandé comment diffuser l'enquête. J'ai alors pensé à
Doctolib. J'ai contacté son PDG, Stanislas Niox-Château, qui était très
intéressé. Mettre en place une étude prend du temps, et il s'est trouvé
que lorsque nous étions prêts à la diffuser, nous étions en pleine
pandémie Covid. C'est plutôt bien tombé finalement.
La pandémie a été vécue comme un stress post-traumatique pour certains médecins, comment cela s'est-il manifesté ?
Certaines études ont effectivement souligné que la pandémie a causé
un stress aigu s'apparentant à un état de stress post-traumatique. On
s'est retrouvés du jour au lendemain dans une situation inattendue avec
la peur de mourir. Chez certains praticiens, cela a entraîné des
modifications dans leur sommeil, dans leur irritabilité. Ils faisaient
des rêves ou avaient des pensées obsédantes…
Peut-on comparer du coup la santé mentale des libéraux et des
hospitaliers, ou la pandémie a-t-elle créé un biais trop important ?
C'est un peu compliqué de comparer les deux études même si les items
sont les mêmes parce qu'il y a eu la pandémie entre-temps.
Effectivement, les chiffres sur la santé mentale des libéraux sont
beaucoup plus inquiétants que ceux de notre première étude sur les
hospitaliers réalisée avant la crise. Ainsi, 71 % des médecins libéraux
souffraient de burn-out, 46 % d’insomnie, 59 % de symptômes anxieux et
27 % de symptômes dépressifs.
Cette souffrance psychologique avait un impact important : au cours
de la dernière année, 31 % avaient pris des psychotropes et 28 % avaient
augmenté leur consommation d’alcool ou de tabac.
Pendant la pandémie, d'autres études ont été faites sur la souffrance
des hospitaliers. Nous avons alors retrouvé un même niveau de
souffrance pour les médecins libéraux, en comparaison avec les médecins
hospitaliers de première ligne pendant la crise comme les réanimateurs
par exemple. C'est quand même un niveau très élevé pour les libéraux.
Nous ne nous y attendions pas vraiment.
Quels types de questions avez-vous posé ?
Le questionnaire comprenait 70 questions avec des échelles de burn
out, d'anxiété, d'insomnie. Nous avons interrogé les médecins sur leur
type d'exercice, l'usage ou non de la télémédecine….
Etes-vous parvenus à des conclusions sur le mode d'exercice par exemple ?
Il n'y avait pas de différence significative en fonction du mode
d'exercice. On a aussi posé une question assez simple qui était :
"Est-ce que la pandémie que nous traversons est un facteur de stress
pour vous ?". Nous nous sommes rendus compte que les médecins qui
répondaient oui à cette question avaient des taux de burn out et de
dépression plus élevés.
Cette
simple question a permis de dépister deux tiers des praticiens, qui
souffraient à ce moment-là de souffrance psychologique.
Avez-vous observé une différence significative entre médecins généralistes et spécialistes ?
Oui. Nous sommes d'ailleurs en train d'écrire un article scientifique
sur le sujet. On observe effectivement que les généralistes ont connu
un taux plus élevé de détresse psychologique pendant la pandémie. Les
médecins généralistes déclaraient souffrir significativement plus de
burn out que les autres spécialités (75 % versus 68 %) et consommer
davantage de médicaments psychotropes (34 % versus 28 %).
On le voit pas mal dans la littérature, d'autres pays s'y sont
intéressés. Les généralistes sont considérés comme les médecins de
première ligne. Au début de la pandémie, les médecins ne savaient pas ce
que c'était, ils n'avaient pas de masque, ils avaient peur d'en mourir
ou de transmettre à leur famille.
Cette souffrance psychologique a-t-elle un impact sur le soin des patients ?
Nous ne l'avons pas mesuré. Ce que l'on sait, c'est que des études
ont montré que la souffrance psychologique ou le burn out sont liés à
une moindre qualité des soins et à un manque d'empathie. On sait
également que cela entraîne plus d'erreurs médicales.
Cette pandémie a-t-elle permis une prise de conscience de la souffrance des médecins ?
On s'en est davantage rendu compte pour les hospitaliers. Le système
de santé est en crise globale. On entend régulièrement des cas de
médecins, à l'hôpital ou même en ville qui partent faire un autre
métier. On parle beaucoup de la souffrance à l'hôpital et moins de celle
des libéraux. En réalité, il s'agit souvent des médecins isolés qui
souffrent, mais ils n'en parlent pas.
La souffrance des médecins est un tabou qui perdure, existe-t-il des moyens d'en sortir ?
C'est compliqué. Il y a des structures qui proposent des soins
spécifiques pour les soignants. Ça reste quelque chose de très tabou.
L'idée c'est d'essayer d'avoir des filières rassurantes pour les
médecins. Leurs craintes, je pense, c'est de se retrouver à la place des
patients qu'ils soignent au quotidien. S'il y a des filières dédiées,
ils iront peut-être plus facilement consulter.
On espère qu'au travers des URPS et des ARS, le message puisse être
transmis. Les médecins doivent savoir qu'ils peuvent être à risque.
Cette prise de conscience est très importante.
Cette posture du médecin qui refuse justement de se faire aider est elle intrinsèque au métier ou peut-elle évoluer ?
Les mentalités ont déjà évolué. Je pense notamment à l'amélioration
de la qualité de vie au travail. Les jeunes médecins en ont de plus en
plus conscience. Il y a eu parfois des grèves pour l'amélioration des
conditions de travail ou pour pouvoir prendre des repos de garde. Donc
on voit qu'il y a des choses qui bougent malgré tout. Les médecins
prennent conscience que ça n'est pas possible de continuer comme ça.
Mais la tension est telle sur la médecine que c'est difficile de pouvoir
se détacher du temps pour prendre soin de soi.
Reportage
En Belgique, la santé mentale se soigne davantage à domicile pour "comprendre d'où vient la crise"
Article rédigé par Envoyée spéciale à Namur (Belgique) - Valentine Pasquesoone France Télévisions Publié le 17/02/2022 https://www.francetvinfo.fr/*
Le psychiatre Pierre-Antoine
Bogaerts et l'éducateur Rémi Marion, devant le domicile de Mélanie près
de Namur (Belgique), le 8 février 2022. (PIERRE MOREL / FRANCEINFO)
Pour réduire le nombre d'hospitalisations de longue durée, le pays a
totalement repensé son système de soins psychiatriques. Les patients
bénéficient désormais d'un accompagnement autant médical et que social. A
Namur, ces consultations à domicile aident Mélanie et Jacques à
reprendre pied.
"Je bois un verre, puis deux. Je noie mon chagrin." Au
sous-sol de la maison médicale de La Plante, à Namur (Belgique), une
patiente se confie. L'alcool est devenu son échappatoire. Son fils aîné
ne lui parle plus, son compagnon part et revient sans cesse. Ces
épreuves ont fait naître en elle "des idées sombres", reconnaît
timidement la jeune femme. Face à elle, Camille Lansmanne et Rémi
Marion. L'assistante sociale et l'éducateur découvrent la situation
de cette patiente. Sa médecin les a contactés pour un premier échange,
préoccupée par cette consommation de boisson alcoolisée. "Toute personne dans sa vie peut avoir des difficultés. C'est aussi une force de dire : 'J'ai besoin d'aide'", assure Camille Lansmanne, à l'écoute. Peu à peu, les mots "psychologue" et "suivi" résonnent dans la salle.
Une équipe spécialisée en soins
psychiatriques reçoit une nouvelle patiente, le 9 février 2022, à la
maison médicale de La Plante, à Namur (Belgique). (PIERRE MOREL / FRANCEINFO)
Professionnels du social, Camille Lansmanne et Rémi Marion sont aussi
membres de Pléiade, des équipes mobiles spécialisées en soins
psychiatriques dans la capitale wallonne. Leur travail est au cœur des
réformes qui, depuis douze ans, tentent de transformer la psychiatrie
dans le pays. En 2017, la Belgique était l'Etat européen comptant le
plus grand nombre de lits psychiatriques rapporté à la population :
136 pour 100 000 habitants, selon la Commission européenne. Un niveau élevé, mais en recul depuis plus de dix ans, d'après Eurostat.
D'hospitalisations en psychiatrie, la Belgique a évolué vers un modèle
de soins de proximité, où l'accompagnement s'invite au domicile. Un
modèle salué par l'Organisation mondiale de la santé.
Des problèmes remis dans leur contexte
La réforme porte en elle un "changement de culture", relève le coordinateur fédéral belge des réformes de soins de santé mentale, Bernard Jacob. "Se
concentrer sur les soins dans la communauté, et sur les besoins de la
personne et de son entourage, pas uniquement le diagnostic",résume la tête pensante du projet. La réforme, appelée "Psy107", s'est appuyée sur un article de loi qui "a permis de transformer une partie du dispositif hospitalier en un dispositif plus mobile, et la création de réseaux" en psychiatrie. D'abord pour les adultes, puis en 2015 pour les enfants et les adolescents. Le terme "usager" est d'ailleurs préféré à celui de "patient".
"On met l'individu et son parcours de vie au centre, pas sa maladie mentale."
Pierre-Antoine Bogaerts, psychiatre
à franceinfo
"Psy107" a sonné le glas d'une "tour d'ivoire enfermante" en psychiatrie, où des patients pouvaient être hospitalisés "depuis vingt, trente ans",
souligne Didier de Vleeschouwer, coordinateur du réseau local de santé
mentale pour les enfants et adolescents. Des lits d'hospitalisation de
très longue durée pour les adultes ont été fermés, remplacés par de
nouvelles équipes mobiles de crise et de suivi continu.
Depuis, une trentaine de professionnels (psychologues, psychiatres,
assistants sociaux, éducateurs, infirmiers...) sillonnent les environs
de la capitale wallonne, se relayant dans les lieux de vie de 230
"usagers".
Le psychiatre Pierre-Antoine
Bogaerts et un éducateur écoutent une usagère du réseau de soins en
santé mentale de Namur (Belgique), le 8 février 2022. (PIERRE MOREL / FRANCEINFO)
Cet après-midi, Pierre-Antoine Bogaerts et Rémi Marion ont
rendez-vous au domicile de Mélanie, une mère à la silhouette frêle et
aux traits fatigués. L'équipe mobile de crise la rencontre chaque
semaine, depuis sa tentative de suicide, il y a environ deux mois. "Comment allez-vous ?" lui demande d'emblée le psychiatre. "Ça peut aller, je dors jusqu'à midi", répond la trentenaire, le corps quelque peu prostré.
Mélanie vit seule, séparée du père de son fils depuis les trois mois
de l'enfant. Une photo du garçon est encadrée face à elle. Le petit,
sept ans, est pris en charge par ses grands-parents. "Pour le moment, je ne suis pas capable de l'avoir à la maison seule",glisse
cette salariée en arrêt, confiant souffrir de dépression depuis la mort
de son grand-père, lorsqu'elle était adolescente. La santé fragile de
son enfant et la dépression de son compagnon actuel, ajoutés à des
problèmes au travail, ont précipité sa "chute libre".
"Le domicile permet de comprendre ce qui
fait la crise. La masse d'informations que nous avons en les voyant chez
eux... Quand nous les voyons dehors, nous mettons parfois des mois à
comprendre."
Pierre-Antoine Bogaerts, psychiatre
à franceinfo
Assise face au binôme, la patiente livre ses difficultés pour se
faire à manger, retrouver un rythme de vie. Son salon est plongé dans
l'obscurité. Un seul des volets est entrouvert."En se rendant à son domicile, on voit le manque total d'envie", souligne Rémi Marion.
Des séjours à l'hôpital plus courts
Ces équipes mobiles sont également gage de continuité des soins, estime le soignant. "Le fait qu'ils se rendent à domicile, je trouve ça génial. Je n'aurais pas pu y aller", appuie Mélanie. "Pour les personnes sans moyen de locomotion comme moi, qui suis épileptique, c'est très bien."
Le psychiatre Pierre-Antoine
Bogaerts et l'éducateur Rémi Marion échangent avec Mélanie à son
domicile, le 8 février 2022 près de Namur (Belgique). (PIERRE MOREL / FRANCEINFO)
Mélanie, usagère suivie par une
équipe mobile de soins psychiatriques de crise, à son domicile près de
Namur (Belgique), le 8 février 2022. (PIERRE MOREL / FRANCEINFO)
Depuis son salon, Mélanie aspire à retrouver le chemin du travail, à "reprendre une vie normale". La jeune femme se demande, tout de même, si un premier séjour à l'hôpital n'aurait pas pu "lui faire du bien". Le sujet est sur la table. Pierre-Antoine Bogaerts, encourageant, salue la volonté de sa patiente. "Mais reprendre le boulot, cela va être un autre rythme. Il faut que vous puissiez tenir le coup", s'inquiète le psychiatre. Le professionnel lui conseille "un objectif quotidien" pour
reprendre un rythme, et lui propose un rendez-vous peu après sa
reprise. Le moyen de voir, assez tôt, comment sa patiente tient.
"Nous sommes là pour la raccrocher à son réseau, à son
psychologue et psychiatre qu'elle ne voyait plus. Et pour définir avec
elle ce que pourrait être une hospitalisation", pointe Rémi Marion. L'éducateur insiste sur le choix de la patiente, pilier de la réforme avec l'inclusion des familles.
"Notre travail, c'est d'essayer de
baisser la fréquence des hospitalisations. Ne pas les éviter à tout
prix, car elles restent un outil précieux. Mais les préparer, les rendre
les plus courtes et les plus efficientes possibles."
Pierre-Antoine Bogaerts, psychiatre
à franceinfo
Et le soignant de souligner qu'"une hospitalisation est toujours
une rupture avec son environnement. Si on peut l'éviter, on maintiendra
des repères d'insertion très importants". Une prise de risque, au regard des pensées suicidaires de certains patients ? "Si nous sommes vraiment inquiets, nous indiquerons une hospitalisation",défend le psychiatre.
L'hôpital psychiatrique du Beau Vallon à Namur (Belgique). (PIERRE MOREL / FRANCEINFO)
Douze ans après, la réforme a-t-elle abouti à des séjours plus courts
à l'hôpital ? Au centre neuro-psychiatrique de Saint-Martin, à Namur, "80% des hospitalisations ont une durée moyenne inférieure à trois mois. Avant, on y rentrait parfois à vie",avance
son directeur général Benoît Folens, évoquant en conséquence une hausse
des admissions. Le constat est similaire pour l'hôpital psychiatrique
du Beau Vallon, situé sur les hauteurs de la ville. La durée moyenne
d'une prise en charge aiguë y est de 27 jours, contre 45 auparavant. A
l'hôpital, les soins psychiatriques sont désormais plus intensifs,
pensés pour répondre aux situations les plus difficiles. Des moyens
manquent encore pour ces cas plus complexes, note le directeur du Beau
Vallon, François Rassart.
Quand la santé mentale rime avec social
De retour au "QG" de Pléiade, une maison de ville en briques ocre,
l'heure est à la réunion quotidienne des équipes de crise.
Pierre-Antoine Bogaerts parle d'une "usagère" au "parcours lourd en psychiatrie",mais
ses propos portent aussi sur sa solitude, la recherche de liens sociaux
avec sa paroisse, ou sa crainte de perdre son logement. Dans les
suivis, médical et social s'entremêlent constamment. Les contacts des
services locaux de l'emploi, du logement ou des activités sociales sont
clairement affichés dans les bureaux. Au total, 108 partenaires. "Santé, réinsertion... Nous plaçons autour des besoins de la personne les ressources utiles pour lui construire sa trajectoire", résume Bernard Jacob.
"80% de mon réseau ne sont pas des acteurs en santé mentale."
Didier de Riemaecker, coordinateur du réseau de santé
à franceinfo
Dans son bureau du "QG", sciemment situé "dans la communauté et en dehors de l'hôpital", le coordinateur du réseau Didier de Riemaecker insiste sur un mot : "intersectoriel". Habitation, formation, culture... "Il faut que chaque partenaire soit une porte d'entrée vers les acteurs de la santé mentale", défend ce
psychologue de formation. Et que ces acteurs veillent à la réinsertion
des usagers. Des agents immobiliers jouent ainsi l'intermédiaire auprès
de propriétaires, pour faciliter l'accès au logement. Des restaurateurs
proposent des stages, "pour tester ce que c'est d'être en formation".
Les équipes mobiles de Pléiade
spécialisées en soins psychiatriques de crise, lors d'une réunion dans
leurs bureaux à Namur (Belgique), le 8 février 2022. (PIERRE MOREL / FRANCEINFO)
Un accompagnement social également mené de front, chaque jour, par les équipes mobiles. Ce matin-là, Camille Lansmanne
et sa collègue psychologue retrouvent Jacques*, l'une de ses filles et
ses petites-filles à son domicile. L'homme au sourire facile,
malentendant et analphabète, vit relativement isolé en pleine campagne, à
30 minutes de Namur. Veuf, ce retraité du bâtiment souffre de troubles
dépressifs, de schizophrénie et de paranoïa. Il y a quelques mois, il
s'est laissé tomber dans l'escalier de la maison, alors que sa
petite-fille était présente. Il ne bénéficiait alors d'aucun suivi.
"J'ai des dettes, ma fille est partie... C'est difficile."
Jacques, un patient dépressif
lors d'une consultation à domicile
Tout en veillant sur le moral de Jacques au fil des visites, Camille
Lansmanne a mis en place, depuis son retour de l'hôpital, une infirmière
et des repas à domicile. "Je vais contacter votre médecin pour voir s'il peut faire les démarches pour l'administrateur de biens", précise d'une voix calme l'assistante sociale. "Et la semaine prochaine, on va aucentre public d'action sociale pour faire votre demande de chauffage."
Jacques, sa petite-fille et sa
fille à son domicile près de Namur (Belgique), lors d'une visite d'une
équipe mobile en soins psychiatriques, le 10 février 2022. (PIERRE MOREL / FRANCEINFO)
Seul un petit radiateur d'appoint, déjà bien esquinté, chauffe un
salon orné de guirlandes lumineuses. La fille de Jacques, celle qui a
quitté les lieux, "s'accapare sa pension", souligne Camille Lansmanne. "La médiation des dettes, les repas à domicile, l'accompagnement au centre d'action sociale... Tout cela est très fréquent", liste l'assistante sociale spécialisée en psychiatrie.
"Le social, c'est souvent la porte
d'entrée vers le soin. Une personne peut avoir peur de rencontrer une
équipe psychiatrique. Le social la rassure."
Camille Lansmanne, assistante sociale
à franceinfo
Quand ses repères ont vacillé, Véronique a, elle aussi, été
accompagnée par une assistante sociale. Souffrant de problèmes
neurologiques, l'ancienne pharmacienne à la voix discrète a connu au
passage de la trentaine "l'accident" qui a fait dérailler sa vie. Une opération dont l'issue fût une hémorragie cérébrale. "Ma
fille venait de naître. Cela a explosé : le boulot, mon couple, tout.
Et je n'ai plus su gérer les émotions qui allaient avec tout cela."
Véronique, représentante des
usagers au sein du réseau des soins en santé mentale à Namur, le 9
février 2022 à Loyers (Belgique). (PIERRE MOREL / FRANCEINFO)
Dans ce moment si traumatique, cette aide à la fois sociale et psychologique a été essentielle. "Je
venais de perdre mon emploi, mon mari m'avait dit que c'était terminé
et j'avais encore des problèmes de santé physique. Je devais faire une
demande de handicap", énumère la Namuroise de 47 ans."Tout cela, pour moi, c'était plus qu'une montagne."
"Je ne voyais plus rien, j'étais noyée."
Véronique, représentante des usagers au sein du réseau
à franceinfo
Aujourd'hui représentante des usagers dans les réunions du réseau à
Namur, Véronique se bat pour que ces personnes souffrant de troubles
psychiques aient accès aux soins "les plus globaux possibles". Pour que la réforme aille encore plus loin dans sa vision liant médical et sociétal. Car "si quelqu'un va mal intérieurement, cela donne des répercussions sur tout".
* Le prénom a été modifié à la demande de l'intéressé.