samedi 30 mai 2026

ETUDE RECHERCHE REVUE DE LITTERATURE Sommeil et comportements suicidaires

Sommeil et comportements suicidaires

Author links open overlay panelAlix Romier a, Jeanne Leseur b c, Anne Moroy d e, Pierre Alexis Geoffroy b c faUnité du sommeil, Fédération de Neurologie, Hôpital Fondation Adolphe de Rothschild, 75019 Paris, FrancebDépartement de Psychiatrie et d’Addictologie, AP–HP, GHU Paris Nord, DMU Neurosciences, Hôpital Bichat–Claude-Bernard, 75018 Paris, FrancecUniversité Paris Cité, NeuroDiderot, Inserm, FHU I2-D2, 75019 Paris, FrancedUnité de Sommeil, Service de Psychiatrie, CHU de Lille, Lille, FranceeCentre du Sommeil et de la Vigilance, AP–HP, GHU Paris-Centre, Hôpital Hôtel-Dieu, 75004 Paris, FrancefGHU Paris – Psychiatry & Neurosciences, 1, rue Cabanis, 75014 Paris, France


L'Encéphale Received 26 February 2026, Accepted 5 March 2026, Available online 13 April 2026.
https://doi.org/10.1016/j.encep.2026.03.004Get rights and content


Résumé

Contexte
Les conduits suicidaires, incluant les idées suicidaires, les tentatives de suicides, et les décès par suicide, représentent un enjeu majeur de santé public dans le monde. L’identification de facteurs de risque modifiables est essentielle pour mieux identifier et prévenir les conduits suicidaires. Les troubles du sommeil apparaissent actuellement comme un facteur de risque précoce et modifiable des conduites suicidaires, mais leur rôle est souvent sous-estimé dans la pratique clinique.

Méthodes
Ce chapitre a pour but de décrire les liens existants entre les altérations du sommeil et les conduites suicidaires, en s’appuyant sur des études épidémiologiques, cliniques, et neurobiologiques. Les marqueurs du sommeil à la fois subjectifs (insomnie, cauchemars, somnolence) et objectifs (polysomnographie, actimétrie, dysrégulation circadienne) sont évalués, ainsi que les mécanismes neurobiologiques potentiels, et les traitements possibles.

Résultats
L’insomnie, les cauchemars, les modifications de la durée de sommeil habituelle, et les troubles des rythmes circadiens veille-sommeil sont associés de façon significative aux idées suicidaires, tentatives de suicide, et décès par suicide, de façon indépendante de toute pathologie psychiatrique. Des altérations des marqueurs objectifs de sommeil, comme la durée de veille intra-sommeil et les modifications du sommeil paradoxal, renforcent cette association avec les conduites suicidaires. Les mécanismes potentiels impliquent des processus inflammatoires, une dysrégulation de certains neurotransmetteurs, une altération de la connectivité préfronto-limbique, ainsi que des facteurs psychosociaux tels que le désespoir et l’isolement nocturne. L’évaluation du risque suicidaire pourrait être renforcée par l’intégration de questions ciblées sur le sommeil lors de l’entretien clinique, l’utilisation de questionnaires validés et le recours à des mesures objectives comme l’actigraphie. Les traitements spécifiques des troubles du sommeil — notamment la TCC-I, certains traitements médicamenteux et la thérapie par répétition d’imagerie mentale — montrent des résultats prometteurs dans la réduction des idées suicidaires.

Conclusion
L’intégration systématique de l’évaluation et de la prise en charge des troubles du sommeil pourrait renforcer de manière significative le dépistage et la prévention du risque suicidaire.

Source https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0013700626000692