lundi 23 juin 2025

Nouvelle-Aquitaine Webinaire d’information "Repérer, écouter, orienter : renforcer la prévention du suicide avec le 3114" 24/06/25

Webinaire d’information "Repérer, écouter, orienter : renforcer la prévention du suicide avec le 3114"

Début de l'évènement :

La FAS NA s’associe aux centres répondants 3114 de Bordeaux et de Poitiers au travers d’un webinaire pour informer et sensibiliser les professionnels de l’AHI autour du risque suicidaire et préciser les missions des dispositifs ressources en prévention du suicide. Le webinaire se déroule le 24 juin 2025 de 10h à 12h

Trois grands points seront abordés, accompagnés de temps d’échange et de partages d’expérience :
- Mieux comprendre le risque suicidaire et ses spécificités chez les publics en situation de précarité
- Mieux identifier le rôle du 3114 et de VigilanS dans la prise en charge des situations à risque
- Enrichir les ressources des professionnels dans leurs missions auprès des populations vulnérables

Le lien de connexion pour la visioconférence vous sera envoyé le jour même.

 Source : Informations et inscription

Source https://www.ess-et-societe.net/spip.php?page=agenda&id_article=62043 

Suicide : l’IA pourra-t-elle aider à mieux en prévenir le risque ?

Suicide : l’IA pourra-t-elle aider à mieux en prévenir le risque ?
Publié: 17 juin 2025, sur https://theconversation.com*

Auteur  Ruth Melia
Associate Professor in Clinical Psychology, University of Limerick
Déclaration d’intérêts
Ruth Melia a reçu un financement de la Commission Fulbright dans le cadre d'une bourse HealthImpact du Health Research Board. Ce prix a permis de financer une bourse d'étude à l'Université d'État de Floride afin de faciliter la collaboration internationale dans le domaine de la recherche sur le suicide.
Partenaires
University of Limerick apporte un financement en tant que membre adhérent de The Conversation UK.


En cas de crise suicidaire, il est nécessaire de réagir extrêmement rapidement pour réduire le niveau de souffrance émotionnelle de la personne concernée et éviter son passage à l’acte. Le développement des applications numériques et de l’intelligence artificielle pourrait aider à mieux détecter les signaux avant-coureurs, et à mettre en place rapidement une aide appropriée, au moment opportun.

Le suicide fait partie des enjeux les plus complexes – et les plus déchirants – auxquels doivent faire face les responsables de santé publique. L’une des grandes difficultés de la prévention de tels gestes est de parvenir à détecter le mal-être au moment où il survient et risque de se transformer en passage à l’acte. En effet, les pensées suicidaires et les comportements qui y sont associés sont difficiles à repérer au moyen de questionnaires classiques, en raison de leur fugacité : elles peuvent ne pas se survenir durant les consultations médicales ou psychothérapeutiques.

Alors que les outils numériques sont désormais largement utilisés par bon nombre d’entre nous pour effectuer certains paramètres liés à leur santé (qualité du sommeil, nombre de pas effectués chaque jour, surveillance du temps d’écran…), les chercheurs commencent à envisager de les employer pour mieux appréhender la santé mentale.

L’une de ces approches, appelée « évaluation écologique momentanée (EMA) », consiste à recueillir en temps réel des données sur l’humeur, les pensées, les comportements et l’environnement d’une personne à l’aide d’un smartphone ou d’un objet connecté. Ces informations peuvent être saisies manuellement (EMA active) ou collectées automatiquement par des capteurs (EMA passive).

Les études ont montré que l’EMA peut être utilisée en toute sécurité pour surveiller le risque suicidaire, appellation couvrant un large spectre de situations, qui va des pensées suicidaires jusqu’au passage à l’acte. Des recherches menées chez l’adulte ont notamment révélé que ce type de suivi n’accroît pas ledit risque. Il permet en revanche une lecture plus fine et individualisée du vécu d’une personne, à tout moment. Mais concrètement, comment ces données peuvent-elles aider à prévenir un passage à l’acte ?
Des interventions personnalisées

L’un des usages les plus prometteurs de ces technologies est la mise en place d’interventions adaptatives : des réponses personnalisées, en temps réel, sont transmises directement sur le téléphone ou sur l’appareil de la personne concernée. Par exemple, si les données collectées signalent un état de détresse, l’appareil peut suggérer à l’utilisateur de suivre une étape de son plan de sécurité.

Chaque mardi, le plein d'infos santé : nutrition, bien-être, nouveaux traitements… Abonnez-vous gratuitement à notre newsletter Et surtout la Santé !

Élaboré au préalable avec un professionnel de santé mentale, à un moment où la personne se sent bien, le plan de sécurité est un outil qui a fait ses preuves en matière de prévention du suicide. (Il s’agit d’une liste d’instructions écrites, récapitulant les stratégies à adopter en cas de crise suicidaire et les contacts à solliciter, destinée à soutenir et à guider la personne afin qu’elle parvienne à franchir le pic d’intensité émotionnelle qui peut mener à sa mise en danger, ndlr.)


L’efficacité d’un tel plan dépend toutefois en grande partie de son accessibilité au moment critique. Grâce à ces interventions numériques, le soutien peut être mis en place immédiatement, dans l’environnement même de la personne.

De nombreuses questions demeurent néanmoins. Quels sont les changements dans les données enregistrées qui doivent déclencher une alerte ? À quel moment faut-il intervenir ? Quelle forme doit prendre cette intervention ?

C’est précisément à ce type de questions que l’intelligence artificielle (IA), et en particulier les technologies d’apprentissage automatique, peut apporter des réponses.
Des résultats encourageants malgré certaines limites

L’apprentissage automatique est déjà utilisé pour modéliser le risque suicidaire, en repérant des signaux faibles dans les émotions, dans les pensées ou dans les comportements d’un individu. Il a également servi à anticiper les taux de suicide à l’échelle de populations entières.

Ces modèles donnent de bons résultats sur les données sur lesquelles ils ont été entraînés. Mais plusieurs limites subsistent. La protection de la vie privée en est une, en particulier lorsqu’il s’agit de données issues des réseaux sociaux ou de données personnelles.

Autre point de vigilance : le manque de diversité des jeux de données utilisés pour l’entraînement des modèles nuit à leur généralisation partout sur la planète. Un modèle développé dans un pays ou un contexte peut difficilement être transposé à un autre.  

Malgré cela, les recherches montrent que ces modèles prédictifs surpassent les outils traditionnels utilisés par les cliniciens. C’est pourquoi, au Royaume-Uni, les recommandations cliniques en santé mentale invitent désormais ces derniers à s’éloigner des seuls scores de risque pour plutôt mettre en œuvre une approche plus souple, centrée sur la personne ; autrement dit, fondée sur le dialogue et la co-construction de solutions avec l’individu concerné.
Prédiction, précision et confiance

Au cours de mes recherches, j’ai analysé les travaux de recherche sur le suicide qui avaient évalué l’efficacité de l’usage combiné de l’IA et de l’EMA. La plupart de ces études portaient sur des personnes suivies en hôpital ou en clinique de santé mentale. Dans ces contextes, l’EMA permettait de prévoir l’apparition de pensées suicidaires après la sortie de l’institution.

Si nombre des publications scientifiques que j’ai analysées vantaient la précision de leurs modèles, seules quelques-unes indiquaient les taux d’erreurs obtenus – en particulier les faux positifs (signalement à tort d’un risque) ou les faux négatifs (non-détection d’un risque réel). Pour y remédier, nous avons mis au point un guide de bonnes pratiques. Son suivi devrait permettre d’améliorer la clarté et la rigueur des futures études.

Il est un autre domaine prometteur en matière d’utilisation de l’IA : son emploi comme outil d’aide à la décision pour les professionnels de santé mentale. En analysant de vastes ensembles de données issues de services de soins, les modèles d’IA pourraient orienter les praticiens afin d’anticiper l’évolution d’un patient et de déterminer les traitements qui lui sont les plus adaptés.

La condition sine qua non, cependant, est que les professionnels fassent confiance à ces technologies. Pour cela, ces systèmes ne doivent pas seulement fournir une réponse : il faut également que le raisonnement ayant conduit à celle-ci soit fourni aux soignants (on parle d’« IA explicable »). En accédant à une meilleure compréhension de la façon dont fonctionnent ces outils, les praticiens seront à même de mieux les intégrer dans leur pratique, à l’instar des questionnaires cliniques.

Le suicide est un fléau mondial, mais les avancées en matière d’IA et de suivi en temps réel ouvrent de nouvelles perspectives. Ces outils ne constituent pas une solution miracle, mais ils pourraient apporter une aide plus rapide et plus pertinente que les outils actuels, qui plus est dans des situations où cela n’était pas jusqu’ici envisageable.

Pour en savoir plus

Les pensées suicidaires sont un signale d’alarme qu’il faut prendre très au sérieux.

Si vous (ou l’un de vos proches) êtes concerné•e, appelez le 3114 (numéro national de prévention du suicide, appel gratuit et confidentiel, 24h/24, 7j/7).

En cas de risque suicidaire imminent, appelez le SAMU (15) ou le 112 (numéro européen).

Pour répondre aux questions sur la crise suicidaire, de nombreuses ressources sont disponibles en ligne, notamment : sur le site 3114.fr de prévention du suicide ;
sur la page du site CléPsy, consacrée aux idées suicidaires et aux façon d’aider les enfants qui en sont victimes ;
sur la page du site Ameli, consacrée à la prévention de la crise suicidaire.

 

Source https://theconversation.com/suicide-lia-pourra-t-elle-aider-a-mieux-en-prevenir-le-risque-259086 

ARTICLE Expériences de professionnels de santé ayant bénéficié d’un programme de postvention collective à la suite du suicide d’un patient

Expériences de professionnels de santé ayant bénéficié d’un programme de postvention collective à la suite du suicide d’un patient

bruno cuvillier,,  philippe villeval ,  anne jakowleff , édouard leaune , benoît chalançon , christine durif-bruckert , laurène lestienne , juliette grison-curinier

Résumé

L’article présente une partie des résultats d’une recherche-action intitulée « Support », menée par le centre de prévention du suicide du centre hospitalier Le Vinatier et par le laboratoire du Groupe de recherche en psychologie sociétale (université Lumière-Lyon-2). Cette recherche-action étudie le soutien apporté aux professionnels après le suicide de patients et évalue un dispositif de postvention professionnelle. Deux approches complémentaires des résultats sont exposées dans cet article : la première, quantitative, a été réalisée grâce à un traitement lexicométrique à partir des témoignages des professionnels ayant participé aux séances collectives de postvention et aux entretiens individuels. La seconde, qualitative, illustre les termes et relations lexicales avec des extraits de témoignages de ces professionnels. Les résultats font ressortir un intérêt marqué pour la mise à disposition d’espaces d’expression autour des pratiques professionnelles qui contribuent à construire un collectif de travail.

Mots clés: Psychiatrie - Suicide - Gestion du risque

Historique : Reçu 24 février 2025 – Accepté 21 mai 2025 – Publié 24 juin 2025.

Cuvillier B, Villeval P, Jakowleff A, Leaune E, Chalançon B, Durif-Bruckert C, Lestienne L, Grison-Curinier J. Expériences de professionnels de santé ayant bénéficié d’un programme de postvention collective à la suite du suicide d’un patient. Risques & Qualité. 2025;22(2):79-84.

Source 
https://www.risqual.net/publication-scientifique/experiences-de-professionnels-de-sante-ayant-beneficie-dun-programme-de-postvention-collective-a-la-suite-du-suicide-dun-patient#title4 

Face à la hausse des suicides de détenus, les prisons françaises renforcent la prévention

Actualités Medscape


Face à la hausse des suicides de détenus, les prisons françaises renforcent la prévention

Christophe Gattuso

4 juin 2025 https://francais.medscape.com/*

Le chiffre est glaçant et illustre une effroyable réalité : les détenus se suicident 10 fois plus que la population générale, 20 fois plus quand ils sont placés à l’isolement en quartier disciplinaire. Et malgré les innombrables protocoles et les plans gouvernementaux de prévention du risque suicidaire, l’univers carcéral est un environnement suicidogène.

Dans une récente étude, la Direction de l'administration pénitentiaire (Dap) a rendu publics de nouveaux résultats inquiétants. 157 détenus se sont donné la mort en 2023 contre 139 en 2022, soit 13 % de plus que l’année précédente. Cette évolution est supérieure à la hausse du nombre de prisonniers. Le taux de suicide est ainsi passé de 16 à 17,5 pour 10 000 détenus entre 2020 et 2023.

La moitié des victimes a moins de 40 ans

Pour la première fois, une étude présentée le 28 mars à Paris lors du congrès de l'Association des professionnels de santé exerçant en prison (APSEP) permet d'en savoir plus sur les antécédents de santé des personnes détenues décédées par suicide mais aussi sur les circonstances des passages à l’acte. Alexis Vanhaesebrouck, médecin de santé publique, a exploité les principaux résultats d’une  étude de Santé publique France sur les suicides de 598 personnes détenues en France entre 2017 et 2021.

« Les suicides ont concerné à 95% des hommes et plus de la moitié sont survenus chez des personnes de moins de 40 ans », précise le chercheur.

« Parmi les détenus qui se sont suicidées, près de la moitié avaient présenté des troubles psychiatriques avant l’incarcération et on observe une augmentation des troubles associés à l’incarcération », observe l’épidémiologiste.

Par ailleurs, un tiers des défunts avaient formulé des menaces de suicide auprès des équipes soignantes et des idées suicidaires avaient été identifiées pour un quart des cas.

Souvent un fait traumatique à l’origine du suicide

Lorsqu’elles ont été interrogées sur leur connaissance d’un événement susceptible d’être à l’origine du passage à l’acte, dans un tiers des cas, les autorités pénitentiaires ont répondu par la négative.

 

« Lorsqu’elles pensaient avoir une indication, elles ont rapporté un fait traumatique lié le plus souvent à la situation pénale (condamnation judiciaire) ou une situation carcérale comme un placement en quartier disciplinaire ou à une situation familiale (demande de divorce) », relève Alexis Vanhaesebrouck.

« Peut-être peut-on renforcer le repérage et la prise en charge du risque suicidaire dans les unités sanitaires ? Mais aussi renforcer les dispositifs de soins psychiatriques et de soutien psychologique aux détenus fragiles », a conclu le chercheur devant des professionnels de santé en prison.

La prévention du suicide carcéral, objectif revendiqué des autorités

Le suicide en détention est une préoccupation majeure de la Direction de l’administration pénitentiaire, qui a adopté un vaste plan national élaboré en 2009, régulièrement remis à jour. Des « référents suicide » ont été mis en place au sein de chaque direction interrégionale et de chaque établissement.

Un guide de la prévention du suicide en milieu carcéral a également été élaboré et diffusé en 2023. En outre, la prévention du suicide constitue un objectif important de la feuille de route santé 2024-2028 des personnes placées sous main de justice (PPSMJ).

La surveillance des détenus est engagée dès leur entrée en prison lors d’une visite médicale. L’arrivée en prison est en effet un moment sensible pouvant générer un « choc carcéral ».

« 11% des suicides des détenus entre 2017 et 2021 sont intervenus la première semaine d’incarcération, soit un taux de suicide 6 fois plus élevé que pour le reste de leur incarcération », relève Alexis Vanhaesebrouck.

Des professionnels de prison formés à la prévention du suicide

Une grande partie des professionnels exerçant en prison ont suivi la formation « Terra » sur la prévention du suicide à l’École nationale d’administration pénitentiaire (Enap), puis en formation continue.

« Tout le monde dans l’univers de la détention est plus ou moins formé, le SPIP, les bénévoles, l’équipe médicale des unités sanitaires, on a probablement plus de détection des idées suicidaires en détention car plus de gens posent la question », observe une psychologue clinicienne référente en prévention du suicide et formatrice d’une ville de l’Ouest de la France.

Des commissions pluridisciplinaires uniques (CPU) de « Prévention du suicide » ont été mises en place par l’administration pénitentiaire. Elles se tiennent deux fois par mois dans chaque établissement, réunissant le personnel pénitentiaire et d’autres intervenants en détention, notamment les soignants. Des actions à mettre en œuvre y sont décidées pour les personnes détenues présentant un risque suicidaire majeur, actions qui doivent ensuite être listées et suivies dans des plans de protection individualisés (PPI). 

Le 3114 expérimenté dans 5 prisons

Depuis 2014, existe également le dispositif des codétenus de soutien, des personnes détenues volontaires, qui après une courte formation, dispensée par la Croix-Rouge française et l’Union nationale de prévention du suicide, deviennent des acteurs de la prévention du suicide dans leur établissement. Le codétenu de soutien peut être appelé par l’administration pénitentiaire pour aller voir certains détenus fragiles. Il sert d’intermédiaire s’il y a des problèmes particuliers.

Dans de très nombreuses prisons des Hauts-de-France a été mis en place le dispositif VigilanS, dont l’objectif est de réduire le risque de réitération suicidaire. Le principe consiste à envoyer des cartes postales aux détenus pour maintenir le contact et leur proposer un soutien psychologique.

Depuis quelques mois, le 3114, numéro national de prévention du suicide, est testé à la maison d'arrêt d'Angers et dans quatre autres prisons (Brest, Poitiers-Vivonne, Uzerche et Rouen). Ce numéro, gratuit, confidentiel et accessible 7J/7 et 24H/24 sur l’ensemble du territoire (métropole et Outre-Mer) offre une réponse professionnelle pour les personnes suicidaires et leur entourage. Ce service est assuré par des infirmiers et psychologues spécifiquement formés et placés sous la supervision d’un psychiatre.

La prévention du suicide concerne aussi les détenus en fin de peine. Des équipes mobiles transitionnelles (Emot), composées de psychiatres, psychologues, infirmières… se déploient dans plusieurs régions, comme à Lille ou à Toulouse, pour accompagner les détenus dans leur réinsertion. « Ces équipes préparent la sortie de prison car c’est une période très anxiogène pour les détenus et potentiellement pourvoyeuse de suicides », relève Lucie Séguret, interne en 5e semestre de psychiatrie à l’UHSA de Seclin (Nord).

Source https://francais.medscape.com/voirarticle/3612952#vp_1 

 

ETUDE RECHERCHE Influence of depressive symptoms and current suicidality on the stability of responses to the childhood trauma questionnaire

 Influence of depressive symptoms and current suicidality on the stability of responses to the childhood trauma questionnaire
Hala Kerbage (1, 2) , Marie Christine Picot (3) , Sylvie Charpentier (4) , Marion Leboyer (5, 6, 7) , Philippe Courtet (4, 5, 8) , Emilie Olié (5, 4, 8)
1 CESP - Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations
2 Hôpital Saint Eloi [CHU Montpellier]
3 CIC Montpellier
4 CHRU Montpellier - Centre Hospitalier Régional Universitaire [Montpellier]
5 Fondation FondaMental [Créteil]
6 IMRB - Institut Mondor de Recherche Biomédicale
7 AP-HP - Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP)
8 IGF - Institut de Génomique Fonctionnelle
Résumé

Background: Childhood maltreatment (CM) is a major risk factor for depression and suicidality. The Childhood Trauma Questionnaire (CTQ) is a widely used retrospective tool for assessing CM, but its stability over time may be influenced by mood state. Objective: This study evaluates the temporal stability of CTQ responses over six months among individuals with a history of suicide attempt and the influence of mood state and suicidality on self-reported CM. Participants and setting: Participants were drawn from a multicenter cohort of 533 adult suicide attempters hospitalized in three French university hospitals. A subset of 164 participants who completed at least one CTQ dimension at baseline and six months were analyzed. Methods: Depressive symptoms were assessed using the Montgomery-Åsberg Depression Rating Scale (MADRS) and the Beck Depression Inventory (BDI). Current suicidal ideation was evaluated via MADRS item 10. CTQ stability was analyzed using intraclass correlation coefficients (ICC), Bland-Altman plots, and correlations with depression changes. Results: The total CTQ score showed excellent stability (ICC = 0.89, 95 % CI: [0.85-0.92]). Abuse subscales had high reliability (ICC > 0.84), while neglect subscales were less stable (ICC = 0.73 for emotional neglect, ICC = 0.65 for physical neglect). Variations in depressive symptoms weakly correlated with physical abuse scores (r = -0.18, p = 0.03). No significant effect of suicidal ideation was found. Conclusions: The CTQ is a stable measure of CM. However, neglect dimensions require cautious interpretation. These findings support the CTQ's use in both clinical and research settings within a trauma-informed care approach.

 

Hala Kerbage, Marie Christine Picot, Sylvie Charpentier, Marion Leboyer, Philippe Courtet, et al.. Influence of depressive symptoms and current suicidality on the stability of responses to the childhood trauma questionnaire. Child Abuse & Neglect : The International Journal, 2025, 167, pp.107560. ⟨10.1016/j.chiabu.2025.107560⟩. ⟨hal-05122949⟩ 

 

Source https://hal.science/hal-05122949v1 

ETUDE RECHERCHE Users of e-Health tools for mental health and suicide primary prevention: description of their characteristics, usage, and satisfaction in the case of StopBlues

Users of e-Health tools for mental health and suicide primary prevention: description of their characteristics, usage, and satisfaction in the case of StopBlues

Résumé

Background: Thousands of mental health (MH) applications are currently available. Suicidal behavior prevention could benefit from such tools, but few have been evaluated. StopBlues (SB) is an app-and web-based intervention for suicide primary prevention for the French general population. Our objectives were to better understand who users of e-health tools for suicide prevention are by describing SB users' characteristics and their use of the tool, engagement and satisfaction along with the factors associated with the latter two. Methods: Age, gender, socioeconomic status (SES), and MH were collected from users who registered to SB between March 2018 and February 2020. MH was self-assessed with validated questionnaires on global MH, depression, anxiety and suicide risk. Use of SB was assessed through functionalities users interacted with (questionnaires, moodtrackers and/or safety plan). Engagement was calculated between date of registration and last interaction with those functionalities. Satisfaction was assessed through a dedicated survey between May 2019 to June 2020. Regression models studied the factors associated with satisfaction and duration of engagement. Outcomes: 10,792 people registered to SB during the study period. Two-thirds were women, mean age was was 38⋅5 years old (SD = 13⋅8), and 53⋅9 % lived in municipalities from the two highest SES quintiles. 47⋅8 % presented a risk of moderately severe or severe depression, and 27⋅2 % of severe anxiety. 23 % used the app for more than a day, with a mean duration engagement of 69 days (SD = 105). 96⋅4 % engaged at least once with either self-assessment questionnaires/moodtrackers or the safety plan, and 21⋅5 % interacted with both. 413 users completed the satisfaction survey and mean satisfaction was 61⋅6/100 (SD = 24⋅7). Interpretation: E-health tools for primary suicide prevention appear to be useful for users but close considerations to gender and age should be made when developing such tools. 

 

Z. Elyospeh, B. Nobile, I. Levkovich, R. Chancel, P. Courtet, et al.. The Role of Generative Artificial Intelligence in Evaluating Adherence to Responsible Press Media Reports on Suicide: A Multi-Site, Three-Language Study. European Psychiatry, 2025, pp.1-28. ⟨10.1192/j.eurpsy.2025.10037⟩. ⟨hal-05092378⟩ 

Source https://u-paris.hal.science/hal-05101615v1 

 

ETUDE RECHERCHE Près de la moitié des personnes avec des pensées suicidaires ne se font pas aider

Près de la moitié des personnes avec des pensées suicidaires ne se font pas aider

Selon cette étude, le non-recours aux soins de santé mentale chez les personnes qui paraissent en présenter le besoin est « à un niveau préoccupant ».


L’étude montre une hausse des pensées suicidaires entre 2020 et 2022, bien plus prononcée chez les moins de 25 ans et davantage encore chez les jeunes femmes.

SANTÉ MENTALE - Le niveau de non-recours aux soins est « préoccupant » : il concerne environ la moitié des personnes avec des pensées suicidaires, plus de 60 % de celles avec un syndrome dépressif majeur ou anxieux sévère. C’est ce que révèle une nouvelle étude parue ce 4 juin qui documente la dégradation de la santé mentale post-Covid, insistant sur le poids des discriminations ou des réseaux sociaux.

Cet « état des lieux » s’appuie sur les derniers enseignements d’une enquête, EpiCov, menée en quatre épisodes pour suivre l’évolution de l’épidémie de Covid-19 et ses répercussions sur les conditions de vie et la santé.

Le non-recours aux soins de santé mentale chez les personnes qui paraissent en présenter le besoin est « à un niveau préoccupant ». « Seulement la moitié des personnes ayant eu des pensées suicidaires au cours de douze derniers mois déclarent avoir consulté un professionnel pour un motif psychologique sur la période (44 % des hommes et 56 % des femmes) », indique l’enquête.

Parmi les personnes qui présentaient, à l’été 2021, un syndrome dépressif majeur ou un syndrome anxieux sévère, impliquant un probable besoin de soins, le non-recours aux soins de santé mentale dans les quinze mois ayant suivi atteint 64 % (62 % des femmes et 69 % des hommes).


Une hausse surtout chez les jeunes femmes

Environ 64 000 personnes d’au moins 15 ans représentatives de la population vivant en France (hors Guyane, Mayotte et résidents en Ehpad ou prisons) ont été interrogées entre le printemps 2020 et l’automne 2022 pour cette étude, élaborée par le service statistique des ministères sociaux (Drees) et l’Inserm, avec Santé publique France et l’Insee.

Le dernier volet montre une hausse des pensées suicidaires entre l’automne 2020 et l’automne 2022 (de 2,8 % à 3,4 %), bien plus prononcée chez les moins de 25 ans, et davantage encore chez les jeunes femmes (8,7 %), résume la Drees. Pour les syndromes dépressifs, le constat est mitigé.

D’un côté, un « léger recul » de leur fréquence, de 10,6 % à 9,6 %, entre 2021 et 2022, principalement lié à une décrue des syndromes légers. De l’autre, une stagnation des syndromes majeurs, qui touchaient 5,3 % de la population à l’automne 2022.


Difficultés financières, isolement social et maladie chronique

Selon l’âge, la situation varie fortement. Pour les 15-24 ans, la prévalence des syndromes dépressifs est beaucoup plus élevée en 2022 que juste avant la pandémie -elle avait déjà fortement progressé entre 2014 et 2019. À l’inverse, elle est repassée sous le niveau de 2019 pour les 35 ans ou plus, et même sous celui de 2014 pour les 65 ans ou plus.

Comme facteurs de risque, tous les types de discriminations (âge, sexe, origine, poids, handicap) sont associées à la présence d’un syndrome dépressif, de même que le fait de se définir homosexuel ou bisexuel, d’être exposé aux écrans plus de six heures par jour hors raisons professionnelles, de compulser les réseaux sociaux au moins une fois par heure, pointe l’étude. Plus largement, les difficultés financières, l’isolement social et la maladie chronique sont très liés à la prévalence du syndrome dépressif.

Entre 2021 et 2022, les enfants et adolescents (5-17 ans), « plus particulièrement les filles », ont connu une hausse « significative » des difficultés émotionnelles, tristesse ou anxiété.

https://www.huffingtonpost.fr/life/article/pres-de-la-moitie-des-personnes-avec-des-pensees-suicidaires-ne-se-font-pas-aider_250899.html

vendredi 20 juin 2025

Inauguration de la chambre thérapeutique Wavecare : une innovation au service des adolescents en détresse suicidaire au CH La Chartreuse

Inauguration de la chambre thérapeutique Wavecare : une innovation au service des adolescents en détresse suicidaire au CH La Chartreuse


Le jeudi 12 juin 2025, un pas important a été franchi en matière de santé mentale des jeunes au Centre Hospitalier La Chartreuse de Dijon, avec l’inauguration d’un espace thérapeutique novateur dédié aux adolescents hospitalisés à risque suicidaire élevé.

Un projet humain et innovant au cœur de l’unité Adolits

C’est au sein de l’unité Adolits, qui accueille des adolescents de 11 à 17 ans en situation de grande vulnérabilité psychique, qu’a été installée la toute nouvelle chambre thérapeutique Wavecare. Financée grâce à la Fondation des Hôpitaux via l’appel à projets Pièces Jaunes, cette chambre représente une avancée majeure dans l’approche non médicamenteuse de la crise suicidaire chez les jeunes.

Porté par le Dr Mathilde Chemelle, médecin référent et cheffe de service des filières Adolescence, Recherche & Innovation, en collaboration avec Béranger Masson, cadre de santé, le projet s’inscrit pleinement dans une dynamique d’équipe pluridisciplinaire. Il vient enrichir le parcours de soins individualisé proposé à chaque adolescent.

Un cocon sensoriel pour apaiser et soutenir

La chambre Wavecare repose sur une technologie immersive développée par l’entreprise CREE : jeux de lumières, ambiances sonores, vidéos apaisantes et fauteuil sensoriel Protac composent un environnement multisensoriel destiné à favoriser la détente, le recentrage corporel et la régulation émotionnelle.

Accessible en autonomie ou accompagné d’un soignant, ce lieu sécurisé permet aux jeunes de participer à des séances de relaxation, des entretiens avec la diététicienne ou simplement de bénéficier d’un moment de calme. Loin des pratiques de contention ou d’isolement – absentes de l’unité Adolits –, cette chambre répond à des besoins fondamentaux : réduction du stress, amélioration du sommeil, apaisement des pensées suicidaires.

Un accueil enthousiaste des acteurs institutionnels

La cérémonie d’inauguration a réuni de nombreux partenaires et représentants du CH La Chartreuse. Anne-Lucie Boulanger, directrice par intérim, a salué « un projet collectif exemplaire, qui illustre à la fois l’engagement des équipes et la capacité d’innovation du service public hospitalier ».

Le Dr Audrey Pingaud, cheffe du pôle Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent, a qualifié la chambre de « véritable outil au service des patients, mais aussi des professionnels », tandis que le Dr Chemelle a exprimé sa fierté de voir aboutir un projet qui incarne une vision du soin « globale, humaine, innovante et respectueuse des besoins émotionnels de chacun ».

Présente également, Mme Jennifer Kunakey, Directrice des programmes et de l’innovation à la Fondation des Hôpitaux, a encouragé l’établissement à poursuivre dans cette voie, en participant au prochain appel à projets « Parlez jeunesse ».

Un outil aussi au service des soignants

Au-delà du bénéfice pour les adolescents, la chambre Wavecare a aussi été pensée comme un espace de ressourcement pour les soignants, confrontés à une forte charge émotionnelle. Elle leur offre un moment pour souffler, se recentrer, et ainsi prendre soin d’eux-mêmes afin de mieux accompagner les jeunes en détresse.

Vers une validation scientifique

Un partenariat est en cours avec l’Unité de Recherche Clinique du CHLC et la DRCI du CHU Dijon Bourgogne afin d’évaluer scientifiquement les apports de ce dispositif. Une première étude portera sur l’acceptabilité et la satisfaction des usagers, avant une évaluation plus poussée de ses effets sur l’anxiété et les idées suicidaires. La chambre thérapeutique Wavecare sera présentée en détail lors de la prochaine Journée « Recherche & Innovation » du CH La Chartreuse, le 25 septembre 2025.

 

 

 

https://dijon-actualites.fr/2025/06/19/inauguration-de-la-chambre-therapeutique-wavecare-une-innovation-au-service-des-adolescents-en-detresse-suicidaire-au-ch-la-chartreuse/ 

jeudi 19 juin 2025

EPIDEMIOLOGIE Le nombre d’adolescentes et de jeunes femmes hospitalisées pour tentatives de suicide et automutilations progresse à nouveau en 2024

Le nombre d’adolescentes et de jeunes femmes hospitalisées pour tentatives de suicide et automutilations progresse à nouveau en 2024

Paru le 18/06/2025 https://drees.solidarites-sante.gouv.fr*

La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) diffuse les comptes des hospitalisations en lien avec un geste auto infligé : c’est-à-dire une tentative de suicide ou une automutilation non suicidaire (scarifications, brûlures, coups contre un mur, etc.). Ces comptes proviennent des données du système national de données de santé (SNDS). Ils sont présentés par âge et sexe et couvrent la période 2012-2024. Le code SAS permettant leur extraction du SNDS à partir du portail sécurisé de l’Assurance Maladie accompagne cette diffusion.

 

Hausse du nombre de patients hospitalisés pour tentatives de suicide ou automutilations entre 2023 et 2024

En services de soins somatiques1  , près de 82 000 personnes âgées de 10 ans ou plus ont été hospitalisées au moins une fois en 2024 pour un geste auto-infligé, 64 % d’entre elles sont des femmes. Sur longue période,  le nombre de patients hospitalisés varie peu de 2013 à 2019, diminue fortement en 2020, et augmente continûment depuis. Par rapport à 2023, le nombre total de patients en 2024 est ainsi en augmentation de 6 % (+6 % chez les femmes contre +4 % chez les hommes). 

 

Une hausse des hospitalisations pour tentatives de suicide ou automutilations particulièrement marquée chez les très jeunes filles et les adolescentes 

Cette évolution globale masque des évolutions différentes selon les âges et les sexes, l’augmentation du total étant principalement attribuable à de persistantes hausses des hospitalisations d’adolescentes et de femmes jeunes. La progression du nombre de patientes âgées de moins de 20 ans, très forte entre 2020 et 2021, s’était amoindrie en 2022 et 2023. Les données 2024 montrent que l’augmentation persiste et s’accentue : elle est particulièrement marquée chez les très jeunes filles âgées de 10 à 14 ans avec une progression de + 22 % entre 2023 et 2024 tandis qu’elle atteint +14 % chez les 15-19 ans. Le nombre de patientes un peu plus âgées est également à la hausse : +4 % de patientes âgées de 20 à 24 ans et + 9 % parmi les 25-29 ans, deux classes d’âge avec le plus de personnes hospitalisées. Le nombre d’hospitalisations de femmes âgées de 40 à 60 ans a, en contraste, régulièrement baissé depuis 2012. 

Parmi les hommes, habituellement moins concernés par les tentatives de suicide bien que majoritaires parmi les décès par suicides, des augmentations entre 2023 et 2024 sont également observées dans certaines classes d’âge. C’est le cas chez les moins de 30 ans : +17% chez les 15-19 ans, +8% chez les 20-24 ans et +7 % chez les 25-29 ans, +9 % chez les 40-44 ans.  

Près de 12 000 femmes ont été hospitalisées en psychiatrie en 2024 avec un diagnostic renseigné de geste auto-infligé

Les données d’hospitalisations en psychiatrie sont moins fiables et subissent d’importantes évolutions liées aux pratiques de codage. Cependant, des évolutions très comparables à celles documentées en soins somatiques sont enregistrées, particulièrement dans le cas des adolescentes et jeunes femmes. Ainsi, près de 12 000 femmes ont été hospitalisées en psychiatrie en 2024 avec un diagnostic renseigné de geste auto-infligé (contre moins de 6 000 hommes). La moitié des femmes hospitalisées avec ce motif ont moins de 30 ans. Parmi ces dernières, les hausses d’hospitalisations sont constantes depuis les années 2015-2017 et massives chez les moins de 25 ans. Parmi les hommes des mêmes âges, beaucoup moins concernés, de substantielles augmentations s’observent également ces dernières années.

La brutale dégradation de la santé mentale d’une importante minorité d’adolescentes et de femmes de moins de 30 ans est un phénomène international apparu dans les années 2010, que la crise sanitaire de 2020 parait avoir accentué. Bien qu’il soit difficile de déterminer les causes de cette détérioration, une hypothèse semble se démarquer pointant le mésusage des réseaux sociaux et les agressions spécifiques à cette population qui peuvent y avoir lieu. Des travaux plus complets doivent être menés afin d’estimer notamment à quel point les augmentations chez les jeunes femmes sont pour partie le fait d’hospitalisations réitérées (les patientes hospitalisées une année le seraient à nouveau les années suivantes ce qui, avec l’afflux de nouvelles patientes, viendrait expliquer l’importance des augmentations année après année).

 

Pour aller plus loin

  • 1Services de médecine et de chirurgie du secteur MCO. N’incluent pas les passages aux urgences non suivis d’une hospitalisation, les hospitalisations en psychiatrie, en soins de suite et de réadaptation ni les hospitalisations à domicile.

Sources, outils & enquêtes

 

https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/communique-de-presse-jeux-de-donnees/DATA_250618_Gestes-auto-inflig%C3%A9s 

mardi 17 juin 2025

Dispositif VigilanS : une indispensable mutation ?

Dispositif VigilanS : une indispensable mutation ?


Pour les 10 ans de sa création, le dispositif VigilanS a organisé en mai dernier à Lille, des journées de travail sur le thème « VigilanS, une indispensable mutation ? ». L’occasion de mettre à l’honneur les équipes qui œuvrent chaque jour pour la prévention du suicide et de dégager des perspectives.

Le dispositif VigilanS est né d’une expérimentation menée à Lille en 2015. Son objectif est d’éviter la réitération suicidaire, en proposant une veille téléphonique et épistolaire. Une initiative basée sur le souci de l’autre, l’aller vers, et le maintien du lien autour des personnes ayant réalisé une tentative de suicide à la sortie d’un séjour hospitalier. Ce dispositif consiste à maintenir le lien avec le suicidant et à partager la veille avec les professionnels de santé du sujet et son entourage. 

La veille VigilanS c’est quoi ?

Le dispositif VigilanS, est issu des résultats de plusieurs recherches qui ont testé l’efficacité de différents dispositifs de maintien du lien auprès des suicidants. VigilanS est directement inspiré de la recherche Algos qui propose une étude multicentrique randomisée et contrôlée pour tester l’efficacité d’un dispositif de veille sur les conduites suicidaires et reprend plusieurs stratégies de contact simple : la remise d’une carte ressources à la sortie des urgences, des recontacts téléphoniques (avec un nombre de recontacts plus important pour les sujets réitérants), et l’envoi de cartes postales personnalisées lorsque le sujet est injoignable, et enfin un partage de la veille par courrier auprès des professionnels qui entourent le sujet (à minima le médecin généraliste).

Un dispositif national

Sous l’impulsion et le soutien du Ministère de la santé, dès 2019, ce dispositif s’étend sur toute la France. Dix ans plus tard, VigilanS c’est 33 équipes (environ 360 professionnels), réparties sur l’ensemble du territoire, 200 000 veilles, avec une efficacité démontrée (38% de réitérations évitées (2)). Chaque équipe fait preuve d’un professionnalisme et d’un enthousiasme qui ne faiblit pas au fil des années. Être Vigilanseur.seuse, c’est partager des valeurs humanistes et soignantes.

Une veille élargie et de nouveaux outils

A l’occasion du 10eme anniversaire de la création du dispositif VigilanS, ces journées ont rassemblé près de 230 professionnels, autour de nombreux experts (soignants, philosophes, informaticiens, statisticiens, chercheurs, sociologues, artistes, religieux, historiens, suicidants, endeuillés par suicide et cinéastes) qui avaient pour ambition de répondre à une question essentielle : VigilanS, une indispensable mutation ?. Plusieurs axes ont été dépliés :

  • Les philosophes ont interrogés la question du “souci de l’autre” dans le contexte de l’utilisation de Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC) ou de l’Intelligence Artificielle (IA) et leurs limites éthiques notamment avec le risque de « bien surveillance ».
  • La proposition d’une veille typologisée en fonction du degré de souffrance plutôt que sur le seul critère de réitération suicidaire a été évoqué. Cette veille pourrait permettre de cibler plus finement les sous-populations à risques et ainsi de gagner en efficacité.
  • Les philosophes ont également mis au centre de la réflexion le soignant, comme un « autre » dont il faut aussi prendre soin, notamment en termes de qualité de vie au travail, ce qui influerait directement la qualité de la veille. Ils ont également incité les participants à évoluer vers une veille élargie, qui prenne en compte toute l’écologie du suicidant pour s’appuyer sur l’ensemble des ressources de proximité du sujet avec en toile de fond un élargissement socio-politique et la notion de vigilance collective.
  • Ces propositions d’ouvertures ont notamment été validée par les experts de médecine légale et de psychotraumatisme qui ont mis en lumière la notion essentielle d’interdisciplinarité pour être efficient. La session portée par les cinéastes et les endeuillés par suicide a confirmé l’importance d’évoluer vers une veille élargie afin que tout contact dans VigilanS devienne une opportunité de prévention.

L’importance du lien social

La notion de lien social et « d’aller vers » ont été éprouvés. La Lila, une troupe de théâtre d’impro nous a aidé à imaginer le Vigilanseur de demain, accompagné des nouvelles technologies, en interrogeant leurs forces et leurs limites. Des informaticiens nous ont exposé les outils déjà accessible et ceux à venir. Un chercheur, une sociologue et une infirmière ont par ailleurs ouvert des perspectives sur les réseaux numériques comme nouveau territoire social.

Le lien social a été questionné sous d’autres prismes : suicide et spiritualité, douleur sociale versus douleur physique (neuroanatomie et sensibilité partagée) ou encore la transition suicidaire où nous avons appris que l’alcool majore jusqu’à trois fois le risque de développer des idées ou des conduites suicidaires (3) et les troubles du sommeil sont reconnus comme un facteur de risque de suicide (4).

Le lien social passe aussi par l’art, un vecteur mis à l’honneur pendant ces journées sous forme de fil rouge, avec un danseur contemporain, une aquarelliste, une poète compositrice, une exposition et une plénière sur la question de l’art comme lien social. De quoi stimuler la réflexion des équipes notamment sur le pouvoir de la voix, l’outil quotidien du Vigilanseur, mais aussi la création d’une fresque collective qui servira de visuel pour de futures cartes postales.

* Avec le soutien de la Direction Générale de la Santé, de l’Agence Régionale de Santé des Hauts de France, du CHU de Lille, du GEPS (Groupement d’Etude et de Prévention du suicide), de la MEL (Métropole Européenne de Lille), de la Mairie de Lille et de la Fondation du Crédit Agricole

(1)Vaiva, G., Walter, M., Al Arab, A.S. et al. ALGOS: The development of a randomized controlled trial testing a case management algorithm designed to reduce suicide risk among suicide attempters. BMC Psychiatry 11, 1 (2011).

(2)Prévention du suicide : VigilanS, un dispositif efficace face au risque de récidives des tentatives de suicide | Santé publique France (2023)

(3) Suicidal Behavior: Links Between Alcohol Use Disorder and Acute Use of Alcohol Conner & Bagge 2019

(4) L’encéphale : Saisons, rythmes circadiens, sommeil et vulnérabilité aux conduites suicidaires. V.Bernard, P.A. Goeffroy, F. Bellivier. (2015) Le dispositif VigilanS est né d’une expérimentation menée à Lille en 2015. Son objectif afin d’éviter la réitération suicidaire, en proposant une veille téléphonique et épistolaire.

Elise Cleva, Infirmière, coordinatrice adjointe, Mission Nationale d’appui à la coordination du dispositif VigilanS

https://www.santementale.fr/2025/06/dispositif-vigilans-une-indispensable-mutation/