jeudi 20 décembre 2018

SUISSE Opinion Aide au suicide: ce que ce geste dit de notre société

Opinion Aide au suicide: ce que ce geste dit de notre société
Jacques Aubert, médecin, Publié mardi 18 décembre 2018 sur https://www.letemps.ch*

OPINION. Les tabous sur l’assistance au suicide chez les personnes âgées tombent les uns après les autres, constate le médecin Jacques Aubert qui exerce en EMS. Du fait d’injonctions sociétales qu’il est temps de questionner


Les demandes d’aide à mourir augmentent, celles abouties aussi: en Suisse, 86 cas aboutis en 2000, 724 en 2014, 965 en 2015. Dans l’EMS où j’exerce depuis trente-trois ans, nous avons vécu cette année trois suicides assistés. Jusqu’ici, les autres demandes s’étaient éteintes suite à l’écoute attentive et aux réseaux mis en place. A l’évidence, les tabous s’effritent et un processus sociétal est en marche. Ce sont avant tout des seniors qui font appel au suicide assisté.
Dans ses nouvelles directives publiées en juin 2018, l’Académie suisse des sciences médicales (ASSM) propose d’assouplir les conditions d’aide au suicide et d’accepter le critère de «souffrances insupportables». La Fédération des médecins suisses (FMH), le 25 octobre dernier, a refusé d’inscrire ces nouvelles directives dans son code de déontologie. Ce dissensus, si troublant soit-il, présente au moins le mérite de nous inviter à penser davantage cette problématique. Pourquoi ces demandes croissantes? Sous quelles injonctions sociétales?
Les injonctions sociétales
Première injonction: «réussis ta vie», et quel que soit ton âge, sois heureux, sois beau, sois dynamique, n’accepte pas la souffrance! Ces injonctions, avec la puissance d’un inconscient collectif jungien, deviennent problématiques au quatrième âge et semblent valider le non-sens de la poursuite d’une vie qui ne répondrait plus à ces critères. A 78 ans, polyhandicapé, qui suis-je pour vivre encore?
Deuxième injonction: «sois autonome». L’autonomie est aujourd’hui érigée en valeur cardinale par la société et en principe éthique par la médecine. Pour preuve, chacun, quel que soit son genre, est incité à exercer un métier, garantie de l’autonomie. Mais qui suis-je alors dans cette société, si je ne réponds plus aux critères d’autonomie érigés en dogme?
Troisième injonction: «considère l’utilité» en toute chose, et, à défaut, débarrasse-toi de l’encombrant inutile. Dès l’école obligatoire, notre société invite le sujet à «penser utile», dans le choix de ses options par exemple. Qui suis-je dès lors dans cette société, dès l’instant où je ne suis plus utile à rien ni à personne?
Quatrième injonction: «prends soin de toi», recommande cette société fondée sur l’individualisme. Les rôles collectifs (armée, Eglise) se sont érodés, les familles éclatent, les liens réels se fragilisent. Chacun est suroccupé à gérer sa vie et ses réseaux sociaux; dans le même temps, la solitude et l’isolement des sujets très âgés augmentent, même en EMS. Or, le bien-être, c’est le lien avec les autres. Qui suis-je dès lors, si je ne vis plus pour personne?
Cinquième injonction: «sois authentique et en harmonie avec toi-même», quitte à rompre un lien (conjugal, professionnel, ou autre), plutôt que d’effectuer un travail d’élaboration et d’adaptation à la vie qui change. Le zapping auquel la société nous invite induit souvent des comportements de rupture. Dès lors, si, dans cette vie, je ne suis plus en harmonie avec mes idéaux de dignité, voire en souffrance, pourquoi ne pas rompre avec la vie?
Perte de lien et souffrance
On voit bien comment, par ses multiples injonctions, la société d’aujourd’hui invite certains seniors à prendre la décision, souvent très sereinement, d’en finir.
De quoi tout être humain a-t-il besoin? De vivre dans la lumière vivifiante du regard d’un autre, d’appartenir à un groupe de pairs qui lui sont chers. Des études récentes* confirment cette réalité anthropologique: l’être humain est un animal social. «Tout nous vient des autres; être, c’est appartenir à quelqu’un», a dit Jean-Paul Sartre, et Paul Valéry clôt sa pièce de théâtre L’idée fixe par cette belle phrase: «Un homme seul est toujours en mauvaise compagnie.» Comment mieux signifier la place essentielle du lien à l’autre pour donner sens à la vie?
Une perte trop importante des liens à l’autre apparaît bien comme un facteur majeur du mal-être et de la souffrance à l’origine de bien des demandes d’aide au suicide. Ne devrions-nous pas songer à mieux prendre soin de ces liens, redécouvrir les plaisirs simples de proximité, partager plus souvent des repas avec nos aïeux, bref, vivre l’émerveillement des regards échangés avec des êtres chers? Redonner sens à la vie de nos seniors, en les épaulant mieux dans le «métier de survivre»…
* «Why Social Relationships are Important for Physical Health», J. Holt-Lunstad, Annual Review of Psychology, 2017.
*https://www.letemps.ch/opinions/aide-suicide-geste-dit-societe

mardi 18 décembre 2018

ARTICLE PRESSE Sans désir comment peut-on avoir envie de vivre ?

Sans désir comment peut-on avoir envie de vivre ?

Francis Carrier * 7 décembre 2018
sur http://grey-pride.blogs.liberation.fr**



Toute notre vie nous choisissons avec qui nous mangeons, rions, baisons, dormons, discutons... alors pourquoi cela changerait-il en vieillissant ?

Une des manifestations la plus terrible de l’exclusion des vieux, c’est le suicide. Partie émergée de l’iceberg du mal-être de notre vieillesse.

La France a le triste privilège du record européen de suicides de personnes âgées.

Trois mille personnes de plus de 65 ans se sont donné la mort en 2014, 70% à leur domicile et majoritairement des hommes vivant seuls.

Et pourtant qui en parle ?

Le nombre de tués sur les routes est de 3300 personnes ; le gouvernement propose régulièrement de nouvelles dispositions pour diminuer ce nombre, mais que fait-on pour lutter contre le suicide des vieux ?

Les vieux qui en finissent ne sont généralement pas dépressifs mais désespérés. Désespérés par perte du goût de vivre et la promesse d’une vie qui ne correspond pas à leurs attentes

En vieillissant le désir de vivre devient plus fragile et il suffit parfois d’un regard, d’un changement dans la vie, l’acte d’un proche pour le faire disparaître. Un acte qui ne semble pas à priori d’une grande violence mais qui suffit pour faire vaciller la flamme.

La violence faite aux personnes âgées ne se réduit pas aux violences que la loi sait réprimée : violence physique, privation, abus de faiblesse, etc...

La violence est avant tout une violence que l’on peut qualifier de douce... Violence que l’on ne veut pas voir et qui n’est pas punie par la loi.

Une violence «naturelle» qui me fait penser au regard de la société il y a une trentaine d’années sur les violences conjugales... A l’époque battre sa femme était un fait privé, quelque chose dont les voisins ne voulaient pas se mêler, et même si malheureusement beaucoup de femmes subissent encore la violence, la loi a profondément évoluée et a même reconnu le viol entre époux.

Pour les vieux, nous en sommes encore à considérer que la violence qu’ils subissent est une fatalité liée à leur situation de vieux.

Être vieux, devient peu à peu une identité... qui induit pour l’entourage de progressivement faire des choix à sa place, et de le considérer comme incompétent pour décider de ce qui est bien pour lui ou pour elle.

Etre vieux, devient un délit... délit de sale gueule, délit de lenteur, délit de maladresse, délit d’exhibition pour les personnes désinhibées... ainsi ça ne choque personne de regrouper les vieux ensemble, de les mettre en dehors des villes dans une ambiance sans âme avec des règlements qui interdisent d’avoir un animal de compagnie, d’avoir ses propres meubles s’ils ne sont pas ignifugés, d’être soumis au rythme imposé par l’établissement et avec très souvent l’impossibilité de sortir à l’extérieur..

Ça ne choque personne que des mesures de contention physique ou chimique soient décidées en privant de leurs droits fondamentaux les personnes qui dérangent...

Être vieux devient une pathologie... entouré d’un personnel avec des blouses, dans une ambiance aseptisée, pathologie qui permet de désigner le vieux comme un malade et donc de le réduire progressivement à sa maladie...

Vieux ou jeune, ce qui nous permet de vivre et de nous lever chaque matin c’est le désir. Le désir produit du plaisir et le plaisir entretient le désir. Plaisir que l’on reçoit en rencontrant des amis, en s’occupant des autres, en faisant un bon repas, en faisant l’amour, en évoquant des souvenirs heureux...

Pour pouvoir bien vieillir, il est essentiel de conserver un champ du désir le plus large possible et bien sûr de pouvoir continuer à aimer et à faire l’amour.

Notre perception de la sexualité des vieux est imprégnée de tout un tas de fausses idées :

«Il y aurait une limite physiologique au désir sexuel...

Les personnes âgées ne s’intéresseraient plus au sexe...

Avec l’âge, la tendresse remplacerait la sexualité...»

Toutes ces affirmations sont fausses et font que la sexualité est un sujet qui reste soit tabou, soit déconsidéré, soit ridiculisé.

L’arrêt de la sexualité a pour cause principalement l’absence de partenaire, le regard dévalorisant ou réprobateur de notre environnement, ou une auto-censure liée a l’impossibilité de faire sa révolution narcissique pour accepter son propre corps.

Les personnes appartenant a des minorités sexuelles ou les personnes trans sont totalement invisibilisées. Par crainte d’être discriminées, toutes ces minorités sont condamnées à se cacher, à ne pas montrer leur désir et à taire l’histoire de leur vie.

Comment imaginer une seule seconde que l’on puisse se préoccuper de la qualité de vie des personnes âgées sans prendre en compte leurs désirs d’aimer et d’être aimé-e ?

La campagne que GreyPRIDE a lancé, #REVOLUTIONSENIOR est faite pour pouvoir sensibiliser tous les acteurs du bien vieillir à la nécessité de changer de regard. Parler de sexualité, de désir, de plaisir, devrait être au centre de l’accompagnement des personnes âgées.

Il y a une urgence à former tous les acteurs du monde médico social à la sexualité, aux orientations sexuelles, à l’identité de genre et au VIH.

50 000 personnes séropositives arrivent à l’âge de la retraite et si rien n’est fait elles subiront les mêmes discriminations que nous avons connues dans les années 80 dans le secteur hospitalier.

S’il est une preuve que les seniors restent sexuellement actifs c’est, malheureusement, les statistiques de contaminations par le VIH des plus de 50 ans homos ou hétérosexuels. 20% des cas enregistrés concernent cette classe d’âge, et ce pourcentage est en constante progression.

Alors vous qui me lisez, changez de regard. Ne regardez pas les vieux comme des objets de soin, mais comme des êtres pétris de désirs.

On ne peut pas être bienveillant en décidant à la place de ceux qui sont concernés. On ne peut pas être bienveillant en créant des structures dans lesquelles les personnes ne veulent pas aller. On ne peut pas être bienveillant si on est incapable de les écouter et de veiller à entretenir leur désir de vivre.

Nous devons prendre en compte les personnes âgées dans leur globalité et leur diversité, ainsi cela nous permettra de moins craindre, pour nous-même, de vieillir.

Le désespoir et l’exclusion ne sont pas une fatalité, pensons différemment, pour construire un modèle de société dans laquelle nous pourrons vieillir sereinement.

*Extrait d'Un blog écrit par : Francis Carrier, militant de la première heure de la lutte contre le sida est le fondateur de l’association GreyPRIDE. Son parcours militant et son engagement comme bénévole aux Petits Frères des Pauvres l’ont conduit à se préoccuper des conditions de vie des seniors et plus particulièrement des seniors LGBT+ (Lesbienne,Gay,Bi,Trans).
GreyPRIDE pose le problème de l’accueil des minorités dans les dispositifs existants (aide à domicile, maisons de retraite, EHPAD…) et travaille sur de nouvelles solutions.
S’inspirant du modèle militant de la lutte contre le SIDA, Francis Carrier propose la formation de groupes de pression militants pour faire évoluer les politiques publiques et les dispositifs existants.
contact@greypride.fr

** http://grey-pride.blogs.liberation.fr/2018/12/07/sans-desir-comment-peut-avoir-envie-de-vivre/

ETUDE RECHERCHE Maltraitance dans l’enfance et risque suicidaire à l’âge adulte

Maltraitance dans l’enfance et risque suicidaire à l’âge adulte
Thèse d'exercice
Auteur Deffinis, Blandine
Résumé du mémoire Introduction : Le suicide de même que la maltraitance infantile sont deux fléaux à l’échelle mondiale, problèmes de santé publiques majeurs. Les conséquences en termes de psychopathologie des mauvais traitements subis dans l’enfance sont bien connues : troubles thymiques uni- ou bipolaires plus fréquents, plus graves aussi ; troubles du comportement alimentaires, troubles anxieux et bien sûr risque suicidaire majoré. Objectif et méthodologie : comparer des sujets suicidants et non suicidants aux antécédents de maltraitance (évalués au moyen de la CTQ) afin de définir des facteurs de risque de passage à l’acte suicidaire. Résultats : Absence d’effet propre des antécédents de maltraitance/négligence sur le passage à l’acte suicidaire, rôle des abus sexuels significatif en analyse univariée uniquement. Rôle important des évènements de vie récents : état de santé d’un proche ( OR = 0,21 [0,11 – 0,40] p < 0.0001), rupture ( OR = 0,51 [0,26 – 0,99] p = 0,05) et problèmes judiciaires ( OR = 0,31 [0,13 – 0,77] p = 0,01). Taux de CRP supérieurs à 3 (seuil de « positivité » clinique) significativement moins retrouvés dans le groupe non suicidant : 33,69 % vs 15,57 % (OR = 0,32 [0,19 – 0,56] p = 0,0003). Conclusion : Notre étude suggère le rôle particulier des évènements de vie défavorables récents et de l’inflammation biologique dans le passage à l’acte suicidaire chez les sujets aux antécédents de maltraitance/négligence infantiles
Mots clés CTQ, maltraitance, négligence, abus, rétrospectif
Nb pages 97
Nb de volume 1
Date de soutenance 26/09/2018
Université de soutenance Université de Montpellier
UFR ou composante UFR Médecine
Département ou filière Médecine
Type de diplôme Diplôme d'Etat
 Disponible sur : http://www.biu-montpellier.fr/florabium/jsp/nomem.jsp?NOMEM=2018MONT1128 


A REVOIR. Allô Docteurs, Faire face au suicide

/ Émissions / Allô Docteurs

A REVOIR. Allô Docteurs,  Faire face au suicide
https://www.france.tv/france-5/allo-docteurs/823353-allo-docteurs.html
ou https://www.allodocteurs.fr/emissions/allo-docteurs/allo-docteurs-du-17-12-2018_27064.html

A REVOIR Présenté par
Marina Carrère d'Encausse, Régis Boxelé, Philippe Charlier et Fabien Doguet Diffusé le 17-12-2018
Replay | Durée : 35 minutes
Faire face au suicide

Les invitées
Dr Cécile Omnes, psychiatre, centre hospitalier de Plaisir
Olivia de Lamberterie, journaliste littéraire au magazine Elle et à Télématin sur France 2


Ailleurs sur le web :​
Info Suicide

Fil Santé Jeunes
Tél. : 0800 235 236 (service anonyme et gratuit, tous les jours de 9h à 23h)

Association Suicide Ecoute
Tél. : 01.45.39.40.00 (7j/7 - 24h/24)

SOS Amitié

SOS Suicide Phenix
Tél. : 01.40.44.46.45 (Prix d'un appel local, appel confidentiel et anonyme)

Union nationale pour la prévention du suicide

Groupement d'études et de prévention du suicide

Association Jonathan Pierres Vivantes

Centre Popincourt - Lutte contre l'isolement et prévention du suicide

Association Phare Enfants-Parents
La prévention du mal être et du suicide des jeunes. 5 rue Guillaumot, Paris 12, 01 42 66 55 55 ligne d'écoute : 01 43 46 00 62

ASD Pro
Association d'aide aux victimes et aux organisations confrontées aux suicides et dépressions professionnels.

Vigilans
Rester en contact...

Livres :
Avec toutes mes sympathies
Olivia de Lamberterie
Ed. Stock, août 2018

Vivre avec. Nos chemin après le suicide de notre enfant
(Phare enfants-Parents)

Après le suicide d'un proche. Vivre le deuil et se reconstruire
Dr Christophe Fauré
Ed. Albin Michel, janvier 2007

MàJ Nouvelles de Premiers Secours en Santé Mentale France

Nouvelles de Premiers Secours en Santé Mentale France



Mise en ligne le 23 nov. 2018



HISTORIQUE DU POST

Document INFIPP *– maj 17/09/2018

"Bonjour,
Vous avez souhaité être tenu-e informé-e de l’avancée du projet PSSM at nous vous communiquons donc les informations suivantes :
- Une semaine de travail a été organisée du 9 au 13 juillet dans les locaux d’INFIPP en présence de Gloria Claessen, représentante de International Mental Health First Aid (IMHFA), venue spécialement d’Australie. Nous étions une vingtaine de participants représentant à parts égales les 3 porteurs du projet, l’UNAFAM, Santé Mentale France et INFIPP. Santé Publique France était également représentée, ainsi qu’un représentant d’un projet de mise en place du programme sur la Suisse francophone. Nous avons pu suivre le programme pendant 2 jours, puis travailler sur les modalités de son adaptation à la France.
- A l’issue de la semaine de travail, nous nous sommes répartis l’ingénierie pédagogique : de contextualisation, de validation scientifique et d’adaptation des méthodes et supports, notamment les exercices et vidéos.
Actuellement les 3 porteurs de projet mènent cet important travail de manière à ce que nous puissions disposer d’un programme complet, validé, à la hauteur de nos ambitions.
La semaine passée avec IMHFA nous a permis de conforter l’image que nous avions du programme qui est très intéressant et porteur, tant sur le plan des apports dans le domaine de la santé mentale, parfaitement adaptés à un niveau « sensibilisation », que sur le plan de la pédagogie déployée qui permet d’animer ce programme dans un cadre très sécurisé.
La presse s’est faite l’écho du programme et notamment :
- Un entretien téléphonique avec France Inter
- Des articles dans la presse du groupe LE PROGRES
- Un article dans la revue Santé Mentale
Les travaux d’adaptation devraient se terminer fin 2018, ce qui permettrait de lancer les premiers projets tests en printemps 2019. Nous n’hésitons pas à vous tenir informé dès que nous avons un calendrier plus précis."


http://www.infipp.com/


***

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lundi 17 décembre 2018

ARTICLE Perspectives/Opinion - Pertinence et expérience des dispositifs de veille et de recontact dans la prévention suicidaire auprès des enfants et des adolescents

Perspectives/Opinion
Pertinence et expérience des dispositifs de veille et de recontact dans la prévention suicidaire auprès des enfants et des adolescents
a Pôle de psychiatrie, CHU Lille, 2, rue André Veraeghe, 59000 Lille, France
 b SCALab, CNRS-UMR 9193, 59000 Lille, France
 c Pôle universitaire de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, centre psychothérapique de Nancy, 54000 Nancy, France
d
EA 4360, APEMAC, université de Lorraine, Nancy, France
L'Encéphale Available online 14 December 2018
Résumé
En France, près d’un adolescent sur 10 a déjà fait une tentative de suicide. La récidive suicidaire reste fréquente et grève le pronostic vital, morbide et fonctionnel des jeunes à long terme. Depuis une quinzaine d’années, les dispositifs de veille et de recontact (DVR) se sont ouverts aux populations mineures pour compléter les stratégies de prévention de la récidive qui leur sont dédiées. La cohérence d’une telle ouverture apparaît à la perspective du défaut d’accès aux soins observé à cet âge. En plus de faciliter l’articulation des différents professionnels mobilisés, les DVR contribuent à lever les barrières à la recherche d’aide, parmi lesquelles l’ambivalence dont font preuve les adolescents pour qui l’autonomisation prime. Les premiers résultats des DVR développés en France auprès des adolescents (dispositifs de l’Asma et de Sépia, VigilanS Ado, Mediaconnex) sont encourageants. Même si la mise en place de ces dispositifs rencontre des défis particuliers au jeune public, il nous semble qu’ils constituent une voie de progression franche pour la prévention de la récidive suicidaire, tant ils viennent en articulation, en complémentarité, voire en synergie des forces déjà mobilisées autour des jeunes en souffrance.

POINT DE VUE CRITIQUES REFLEXIONS DEBATS USA la complexité du suicide et la necessité d'une approche multidimensionnelle

D'après Article "Hotlines Aren’t Enough to Help People at Risk of Suicide"
"Les lignes d'assistance ne suffisent pas pour aider les personnes à risque de suicide"
Par CARA ANGELOTTA MD Cara Angelotta, prévention du suicide, politique de la santé
le 14/12/2018 thehealthcareblog.com*

Contrairement à la croyance populaire, le risque de suicide n'augmente pas pendant les vacances. Mais, selon les Centers for Disease Control and Prevention, les taux de suicide annuels aux États-Unis ont augmenté de près de 30% depuis 1999.

Une grande partie de la couverture médiatique qui a suivi les suicides très médiatisés de Kate Spade et Anthony Bourdain, a suivi  les meilleures pratiques recommandées pour réduire le risque de contagion suicidaire ou de suicides par imitation, incluant les signes avant-coureurs selon lesquels une personne peut être suicidaire en raison de dépression et les coordonnées de la ligne nationale pour prévenir le suicide. Cette approche trop simpliste sous entend que nous pouvons prévenir tous les suicides en tendant la main aux proches en détresse émotionnelle et en faisant la promotion de l'existence d'un traitement en santé mentale.

En tant que psychiatre qui traite les personnes hospitalisées pour risque de suicide aigu, je suis préoccupé par le fait qu'une grande partie de la couverture médiatique a minimisé la complexité du suicide. Bien que nous ne sachions pas encore tout à fait pourquoi les taux de suicide augmentent, nous savons cependant que le suicide est un problème de santé publique complexe qui nécessitera une approche multidimensionnelle pour réduire le nombre de décès. Une sensibilisation accrue à la dépression en tant que maladie médicale traitable est une réponse importante mais insuffisante à l’épidémie de suicide.

Les facteurs de risque de suicide vont au-delà de la dépression et de l'idéation suicidaire, qui est le terme psychiatrique désignant les pensées suicidaires. L'abus de substances (en particulier l'alcool et les médicaments d'ordonnance comme les opioïdes et les benzodiazépines), les tentatives de suicide antérieures, les antécédents d'hospitalisation psychiatrique, les maladies psychotiques, les troubles de la personnalité et les antécédents familiaux de suicide sont parmi les nombreux facteurs psychiatriques qui sont associés à un risque accru de suicide.

Les facteurs de stress sociaux, tels que la détresse financière et les problèmes relationnels, et les problèmes médicaux, tels que les lésions cérébrales traumatiques et la douleur physique, augmentent également le risque de suicide. Compte tenu du profil varié des suicidés, une approche unique de sensibilisation accrue au traitement de la dépression ne sera pas efficace pour réduire les taux croissants de suicide.

Étant donné que la plupart des personnes présentant des facteurs de risque de suicide ne tentent pas de se suicider et que beaucoup plus de personnes envisagent le suicide qu ils se suicident, il est au mieux difficile de prédire avec précision le risque de suicide individuel. Les résultats d'une récente étude de l'American Journal of Psychiatry suggèrent que les dossiers médicaux électroniques pourraient être utilisés pour aider les cliniciens à signaler les personnes les plus à risque de comportement suicidaire futur.

La promotion des lignes d'assistance téléphonique en cas de suicide est un bon point de départ pour réduire le risque de suicide chez certaines personnes vulnérables, mais il est peu probable que le traitement psychiatrique seul puisse résoudre l'épidémie de suicide. Selon un rapport de World Psychiatry, bien que le recours aux traitements de santé mentale aux États-Unis ait augmenté depuis le début des années 1990, principalement en raison de l'augmentation de la consommation d'antidépresseurs, rien n'indique qu'il y ait eu une réduction correspondante de la maladie mentale chez les adultes américains pendant cette même période. Dans une étude sur les décès par suicide aux États-Unis, environ 25 % des personnes ont reçu un diagnostic de santé mentale au cours des quatre semaines précédant le suicide.

Bien que le traitement, dans son état actuel, ne soit pas une panacée pour toutes les personnes à risque de suicide, il doit y avoir un traitement de santé mentale de haute qualité, fondé sur des données probantes, facilement accessible pour ceux qui appellent les lignes d'urgence en cas de suicide. Il y a une pénurie de psychiatres à l'échelle nationale. Les traitements psychiatriques sont souvent difficiles d'accès avec une assurance et encore plus difficiles d'accès sans assurance ou sans les moyens de payer directement les soins. La qualité du traitement en santé mentale varie aussi considérablement.

Outre l'accès à un traitement de qualité, il importe de prendre des mesures de santé publique pour réduire l'accès à des moyens de suicide. Selon le CDC, une arme à feu a été utilisée dans près de la moitié des suicides aux États-Unis entre 1999 et 2016 pour lesquels des données étaient disponibles pour analyse. La réduction de l'accès aux armes à feu a réduit les taux de suicide dans d'autres pays. Aux États-Unis, les lois des États qui limitent l'accès aux armes de poing, comme les serrures d'armes à feu, les vérifications systematiques des antécédents et les périodes d'attente pour l'achat d'armes à feu, ont été associées
à une réduction du taux de suicide.

La bienveillance, la sensibilisation et la réduction de la stigmatisation sont des réponses nécessaires au suicide. Les individus jouent un rôle dans la prévention du suicide, mais la société doit procéder à des changements radicaux pour résoudre ce problème croissant. Le meilleur moyen de réduire le suicide au niveau de la population impliquera également des approches de santé publique de bon sens, un accès élargi à une gamme complète de soins de haute qualité dispensés par des professionnels bien formés et un financement accru de la recherche pour améliorer la prévention des risques de suicide et le traitement de la santé mentale.
Cara Angelotta MD est une psychiatre légiste, professeure adjointe de psychiatrie à la Feinberg School of Medicine de la Northwestern University et public

http://thehealthcareblog.com/blog/2018/12/14/hotlines-arent-enough-to-help-people-at-risk-of-suicide/

vendredi 14 décembre 2018

USA En quoi les gens se trompent sur les suicides sur les terres tribales

En quoi les gens se trompent sur les suicides sur les terres tribales
D'après article What People Get Wrong About Suicides On Tribal Lands
huffingtonpost.ca/* 13/12/2018 Par Locke Hughes, HuffPost US  
La conversation autour de la santé mentale et des Amérindiens doit changer, a déclaré l'experte Doreen Bird.

Doreen Bird, Ph.D., est une spécialiste des problèmes de santé mentale dans les communautés tribales.

Les communautés amérindiennes connaissent un taux beaucoup plus élevé de problèmes de santé mentale, tels que la toxicomanie et le suicide, que tout autre groupe racial ou ethnique du pays - et les médias ont tendance à se focaliser sur ces chiffres sinistres.

Les données montrent que les communautés tribales connaissent une détresse psychologique 1,5 fois plus souvent que la population en général et que les Amérindiens consomment et abusent de l'alcool et des drogues plus jeunes et à un taux plus élevé que tout autre groupe ethnique. De plus, le suicide est la deuxième cause de décès chez les 10 à 34 ans dans les communautés tribales.

Mais Doreen Bird, Ph.D., experte des problèmes de santé mentale dans les communautés tribales, affirme que de tels chiffres ne racontent qu’une partie de l’histoire.

Bird, originaire du Kewa Pueblo du Nouveau-Mexique, a consacré sa carrière à la recherche sur la santé mentale et comportementale au sein des communautés amérindiennes. Elle note que les taux de suicide peuvent varier considérablement d'une tribu à l'autre et met en garde contre le traitement de tous les peuples autochtones comme un monolithe.

"Vous pouvez obtenir une image très différente parmi les différentes nations tribales", a déclaré Bird à HuffPost.

En raison de la stigmatisation entourant le suicide, les chiffres rapportés peuvent aussi parfois être faussés. Dans les communautés tribales, il y a une réticence à parler des personnes décédées par suicide, ainsi que de la méfiance à l’égard des chercheurs extérieurs qui examinent des questions liées au suicide mais qui ne proviennent pas des communautés tribales, a t-elle ajouté. Parler de ceux qui sont morts peut aussi être tabou, a expliqué Bird.

Bird, 48 ans, mère de six ans et grand-mère de trois enfants, veut changer la façon dont les récits des communautés tribales sont racontées et espère changer la conversation autour des défis les plus difficiles auxquels font face de nombreuses populations autochtones du pays.

Elle dit que l'abus d'alcool dans sa propre famille l'a motivée à explorer ces questions du point de vue de la santé publique, ce qui signifie qu'il faut équilibrer son passé tribal avec sa formation universitaire. De 2016 à 2018, Mme Bird a été
Senior Tribal Prevention Specialist au Suicide Prevention Resource Center, où elle a collaboré avec 16 tribus des États-Unis pour lutter contre le suicide. Elle a récemment obtenu son doctorat en sciences judiciaires à l'école de transformation sociale de l'Université de l'Arizona.

HuffPost a parlé à Bird pour en savoir plus sur son travail et sur ce qu'elle souhaiterait que les autres sachent au sujet de la santé mentale dans les communautés amérindiennes.
Doreen Bird


Quelle est la plus grande idée fausse au sujet du suicide dans les communautés tribales?

Les médias et les articles de journaux mettent souvent en évidence des taux de suicide élevés. Mais même dans mon propre État du Nouveau-Mexique, les taux étaient différents. Une étude a révélé que les tribus les plus acculturés avaient un taux de suicide plus élevé que les tribus plus traditionnelles et moins acculturés. [Par acculturation, on entend les tribus plus habituées au mode de vie occidental: avoir un emploi, payer des factures, etc.]

Mais la tribu d'où je viens [Kewa Pueblo] n'avait pas de suicide. Certaines nations tribales ont très peu de suicides, tandis que d'autres ont des taux de suicide très élevés. Ainsi, lorsque vous examinez vraiment les chiffres spécifiques aux tribus, vous pouvez obtenir une image très différente d’une nation à l’autre.

Que faut-il retenir pour les chercheurs en matière de prévention du suicide dans les tribus?

Il existe de nombreuses considérations culturelles qui peuvent être propres à chaque tribu. Certaines communautés tribales considèrent comme tabou le fait de parler de la mort, tandis que d'autres acceptent de parler de la mort et du défunt. Il est également important d’écouter les aînés et les jeunes, car ils ont vécu des expériences dans leur communauté.  En tant que personnes de l'extérieur qui tentent d'avoir un impact, il nous incombe d'examiner les forces et la résilience qui se trouvent dans chaque collectivité.

Dites-moi comment la santé et le bien-être sont perçus au sein des communautés autochtones.

Cela dit, je peux remettre mon regard tribal, car c’est différent dans le monde universitaire. Dans le monde universitaire et dans la littérature scientifique, les autochtones présentent le taux le plus élevé de diabète, d’ESPT, de suicide. Il existe des statistiques, qui sont souvent sous-représentées.

Mais quand je regarde de mon point de vue tribal personnel, on voit que la vie est vraiment difficile et que nous avons nos coutumes et nos façons de vivre pour maintenir notre culture et nos communautés tribales. Nous avons beaucoup de force là-bas et, en matière de santé mentale, nous avons beaucoup de connaissances culturelles et de ressources pour nous aider à faire face au stress de la vie.
Quels sont certains de ces mécanismes d'adaptation?

Pour moi, la prière et la spiritualité sont énormes. Je me rappelle avoir vu mes grand-mères prier tous les soirs, tous les jours. Je pense que mes prières ont en fait manifesté mon doctorat pour moi parce que je veux tellement aider ma communauté. Pour moi, c'était essayer de comprendre les familles qui étaient affligées par des problèmes d'alcool. En fait, je priais à ce sujet et j'ai fini par étudier la psychologie et la santé publique.

Nous avons également un réseau de famille élargie, qui est très utile pour faire face à la vie. Par exemple, quand je suis rentré à la maison, j'ai déménagé à la maison avec ma mère, mes frères, mes enfants, puis tous les voisins de ma communauté tribale autour de moi. C’est un formidable lien entre la famille et les amis qui s’entraident. Même pour terminer mes études, je n’aurais pas pu le faire sans que mes frères restent à la maison pour surveiller mes enfants alors que je partais en cours ou que je travaillais. La famille élargie est énorme pour nous.

Quelles ont été les conséquences des efforts de prévention du suicide dont vous avez été témoin?

J'ai constaté beaucoup d'effets positifs dans les écoles. Le programme American Indian Life Skills (AILS) en est un exemple. Il s'agit d'un programme de formation en dynamique de la vie en milieu scolaire qui vise à réduire les taux élevés de comportements suicidaires chez les adolescents dans les communautés amérindiennes. Il incorpore dans son programme les guérisseurs de la culture amérindienne traditionnelle, tout en enseignant aux élèves les techniques pour faire face aux crises, les signes de pensées suicidaires et la façon de s’entraider. Dans une tribu où ce programme a été mis en œuvre, le taux de suicide est tombé à zéro.

Quels défis avez-vous rencontrés en tant que chercheur amérindien dans les communautés autochtones?

Les données sont connues sous le nom de «
D-word» chez certains Amérindiens. Dans ma propre communauté, on m'a demandé de parler de prévention du suicide. Lorsque j'ai prononcé le mot «données», il y a eu un recul. Un chef de tribu me disait: «Vous n’obtiendrez jamais ces données, car nous ne comptons pas le nombre de nos enfants que nous avons perdus."

Je dois absolument respecter cela en tant que membre tribal, cette vision du monde. Mais en tant qu’épidémiologiste, lorsque nous essayons de créer des interventions sur la base de données, c’était un choc de valeurs très intéressant.

En tant qu’universitaire américain, je dois équilibrer le monde de notre communauté tribale et le respecter, ainsi que le monde universitaire et les sciences. Et aussi juste essayer de voir comment engager respectueusement les deux dans le travail que nous faisons.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune Amérindien aux prises avec des problèmes de santé mentale?

Je dirais tendre la main à quelqu'un, car il y a toujours quelqu'un qui se soucie de nous. Parfois, nous nous sentons très seuls ou nous nous isolons, mais il y a toujours quelqu'un qui se soucie vraiment de nous.

Cela peut vraiment sauver des vies en montrant simplement que vous l'aimez. J'aime dire aux gens que nous pouvons tous être des guérisseurs. Vous n’êtes pas obligé d’être un médecin ou un guérisseur. Nous pouvons aider à nous soigner mutuellement en étant gentil ou en souriant à quelqu'un.

If you or someone you know needs help, call 1-800-273-8255 for the National Suicide Prevention Lifeline. You can also text HOME to 741-741 for free, 24-hour support from the Crisis Text Line. Outside of the U.S., please visit the International Association for Suicide Prevention for a database of resources.

https://www.huffingtonpost.ca/entry/native-american-tribal-suicides-mental-health_us_5c11218ce4b084b082fedbc2

Bernardo Scerpella est un acteur péruvien qui a réalisé un court-métrage en faveur de la prévention du suicide

Bernardo Scerpella est un acteur péruvien qui a réalisé un court-métrage en faveur de la prévention du suicide. Objectif du clip vidéo ? Éveiller les consciences et rappeler que chacun.e d'entre nous peut être acteur.trice de la prévention !

https://www.facebook.com/stopsuicide.suisse/videos/362381177658976/

Info signalée par Stop Suicide Suisse

Ecosse Plan de prévention du suicide: analyse de l'engagement du public

Plan de prévention du suicide: analyse de l'engagement du public
source 10 décembre 2018 https://www.scottishrecovery.net*

Le gouvernement écossais (Scottish Government) a publié un rapport d'analyse de l'engagement du public basé sur les réponses reçues lors de l'élaboration du plan d'action pour la prévention du suicide 2018. Suicide Prevention Action Plan 2018.

Entre le 8 mars et le 30 avril 2018, le gouvernement écossais a engagé un engagement public afin de recueillir les points de vue pour la préparation de son plan d'action pour la prévention du suicide 2018.

L'engagement a reçu un total de 290 réponses, la majorité ayant été soumise par des membres individuels du public et le reste par des organisations. Cet engagement était structuré autour de quatre points d'action:

la formation d'un groupe «Knowledge Into Action»
la modernisation des dispositifs de formation
la mise en place d'une Confédération de prévention du suicide
le développement d'une présence en ligne de prévention du suicide en Écosse.

Engagement du public - Analyse des réponses donne un aperçu des réponses reçues.
Public Engagement – Analysis Responses