jeudi 19 juillet 2012

ACTU UNPS : JNPS 2013 et Journée mondiale sept. 2012


L'UNPS (Union Nationale pour la Prévention du Suicide) a retenu comme thème pour les prochaines Journées nationales de Prévention du Suicide Février 2013 :

"La prévention du suicide : accompagnement de l'entourage et avec l'entourage
Famille, collègues, soignants, associations, institutions, ..."


D'autre part Le séminaire annuel de l'UNPS est prévu le 11 septembre 2012 dans les locaux de l'UNPS. Il sera précédé la veille de manifestations publiques en lien avec la Journée Mondiale de Prévention du Suicide pour assurer la visibilité des associations.
Le séminaire reprendra le thème de l'Entourage ; il vise à faciliter les échanges et débats entre les associations adhérentes à l'UNPS et la mutualisation des actions des associations pour les journées JNPS 2013.
Il sera ouvert à tous les adhérents intéressés.

A suivre...

"Validité des outils cliniques d'évaluation du risque suicidaire chez l'adulte en Médecine Générale : revue systématique de la littérature "

"Validité des outils cliniques d'évaluation du risque suicidaire chez l'adulte en Médecine Générale : revue systématique de la littérature " Pierre-Antoine PEYRON, Juvignac, Dr M. DAVID
Powerpoint de laCommunication lors du  6e Congrès de la Médecine Générale France qui se déroule traditionnellement, à Nice au Palais des Congrès Nice Acropolis, du 21 au 23 juin 2012.

http://www.congresmg.fr/presentations/vendredi/salle_gallieni7/09-00-com-orale/peyron/peyron.swf

Site du congrès : http://www.congresmg.fr

PAYS DE LA LOIRE : Pays de mauge Vers un groupement de prévention du suicide

Vers un groupement de prévention du suicide - Beaupréau vendredi 06 juillet 2012  - ouest-france.fr

« Une recrudescence du suicide en milieu rural » - Cholet vendredi 06 juillet 2012

Professionnels, élus et associations veulent unir leurs forces contre le suicide dans le Choletais et les Mauges. Un groupement de prévention pourrait être mis en place.

Entretien

Docteur Kahina Yebbal, chef de pôle du centre hospitalier de Montbert (Loire-Atlantique), responsable de l'unité de prévention suicide qu'elle a créée il y a 10 ans,

et Isabelle Humeau, assistante sociale au sein de la Mutuelle sociale agricole (MSA) de Beaupréau.

Dans quel cadre mettez-vous en place cette action de prévention du suicide dans le Choletais et les Mauges ?

Nous avons mis en place ce module de formation intitulé « Reconnaître et prendre en charge une crise suicidaire » dans le cadre de la stratégie nationale de l'action contre le suicide. Cette session entre en lien avec l'agence régionale de santé.

Pourquoi aborder un tel sujet dans les Mauges ?

On assiste à une recrudescence du suicide en milieu rural. Un des facteurs de risque important de suicide est l'isolement qu'on trouve souvent en milieu rural et donc dans les Mauges. Par ailleurs, la région des Pays de la Loire est la 6 e région la plus touchée. Cela représente 750 décès par suicide par an. En France, on considère qu'il y a 11 000 décès par an, 60 000 personnes endeuillées et 190 000 tentatives.

Quels sont vos objectifs ?

Nous travaillons autour de quatre axes majeurs. Le premier consiste à améliorer le repérage de la souffrance psychologique en favorisant un travail en réseau avec de multiples partenaires comme les agriculteurs, les élus, la MSA, les établissements scolaires, le Secours catholique... Il s'agit de mailler les territoires avec l'implication des citoyens. Le second axe vise à diminuer l'accès aux moyens létaux c'est-à-dire les moyens de se donner la mort. Cela passe par la sécurisation des lieux à risque et par la surveillance de l'obtention de médicaments... Nous ciblons l'amélioration de la prise en charge des suicidants en développant le soutien de l'entourage, aux endeuillés par suicide, enfin, il s'agit d'améliorer les connaissances des données chiffrées

Vos espoirs ?

L'idée est de mettre en place sur Beaupréau ou ailleurs dans les Mauges un groupement de prévention du suicide (GPS) comme il en existe un à Vallet. Il réalise un remarquable travail, de la même manière qu'en Mayenne. Nous faisons appel aux citoyens qu'on appelle dans ce cadre des « veilleurs ».

Renseignements : Fédération de santé publique, tél. 02 51 82 93 80. GPS de Vallet, tél. 02 40 46 27 52.

source http://www.ouest-france.fr/actu/actuLocale_--Une-recrudescence-du-suicide-en-milieu-rural-_49099-avd-20120706-63198482_actuLocale.Htm

NOTES ARTICLES : Adolescent suicidant : le non-transmissible du traumatisme et le mythe familial

ARTICLE Adolescent suicidant : le non-transmissible du traumatisme et le mythe familial, de Barbara Ghyssel, Serge Goffinet, Thérapie Familiale 2/2012 (Vol. 33) Page 91-104 Editeur Médecine & Hygiène

"Face au difficile problème des tentatives de suicide de l’adolescent – problème de santé publique reconnu préoccupant depuis un certain temps – Barbara Ghyssel et Serge Goffinet nous proposent un fondement théorique très intéressant. Ils font l’hypothèse d’un choc entre protection de l’économie groupale et protection de l’économie individuelle. Ce choc, secondaire à un traumatisme vécu par l’enfant (les auteurs situent leurs observations au niveau d’un trauma sexuel intra ou extrafamilial) se produit à l’adolescence lorsque le jeune en train d’amorcer la séparation de la famille a besoin de s’adosser à elle pour réussir cette phase. Mais son besoin d’être reconnu dans le traumatisme subi, afin de se reconstruire, se heurte à la mythologie familiale. La tentative de suicide est alors vécue comme une attaque du mythe et menace le groupe familial d’implosion. Aussi bien théoriquement que par leur exemple clinique, les auteurs ouvrent des perspectives utiles à la prise en charge de l’adolescent suicidant." source : Brigitte Waternaux « Les articles », Thérapie Familiale 2/2012 (Vol. 33), p. 89-90. URL : www.cairn.info/revue-therapie-familiale-2012-2-page-89.htm.

L'article :
Adolescent suicidant : le non-transmissible du traumatisme et le mythe familial
Auteurs Barbara Ghyssel Psychologue clinicienne, thérapeute de famille à la clinique Fond’Roy, unité de crise pour adolescents et troubles dissociatifs Bruxelles  Clinique Fond’Roy
Avenue Jacques Pastur 49 1180 Uccle  Belgique barbaraghyssel@hotmail.com
Serge Goffinet Psychiatre, psychanalyste, thérapeute familial. Chef de service du Groupe hospitalier la Ramée – Fond’Roy, unité de crise pour adolescents et troubles dissociatifs, Clinique Fond’Roy, Bruxelles

Résumé

Notre article prend appui sur une réflexion théorico-clinique destinée à créer des dispositifs psychothérapeutiques permettant de prévenir les gestes suicidaires chez des adolescents psychotraumatisés. Dans ce cadre, nous nous sommes demandé s’il y avait des éléments spécifiques liés à l’adolescence dans la question du dépassement du trauma, en particulier l’abus sexuel intrafamilial. Une de nos hypothèses est que, dans cette période adolescentaire, le trauma doit d’abord être incorporé sur la scène familiale avant que le sujet puisse entamer son travail d’élaboration psychique. La tentative de suicide serait ainsi à voir comme un signe de l’échec de ce processus d’incorporation du trauma. Nous développerons l’idée que ce non- transmissible serait lié à ce que le trauma individuel viendrait constituer une attaque mythique trop importante pour l’équilibre familial.

PLAN DE L'ARTICLE
Introduction
Le trauma
Du traumatisme au trauma dans une perspective analytique
Du traumatisme au trauma familial dans une perspective systémique
L’inceste
Adolescence et trauma
Tentative de suicide : être désigné et mettre en scène
Vignette clinique
Conclusion

Source : http://www.cairn.info/resume.php?ID_ARTICLE=TF_122_0091

Épuisement professionnel des psychiatres hospitaliers du Nord - Pas-de-Calais

"Épuisement professionnel des psychiatres hospitaliers du Nord - Pas-de-Calais"
 - Ruth Wiertz, docteur en médecine générale EPSM Val-de-Lys Artois lors des demi-journée de la F2RSM " L’épuisement professionnel en psychiatrie" Le 28 juin 2012 à Saint-Pol-sur-Ternoise
A télécharger sur le site : http://www.santementale5962.com/partage-des-pratiques/les-demi-journees-de-la-f2rsm/article/l-epuisement-professionnel-en  avec la présentation des autres interventions
ou directement : http://www.santementale5962.com/IMG/pdf/ruth-epuisement_professionnel-2.pdf


Présentation de la Cellule de veille « souffrance au travail et prévention du suicide » de la DDTM 76

Présentation de la Cellule de veille « souffrance au travail et prévention du suicide » de la DDTM 76 (Direction Départementale des Territoires et de la Mer de la Seine-Maritime
lors d'un seminaire " bien être au travail du 28 juin 2012
- Maryline BLAVETTE – Médecin de Prévention - Sylvie DANET – Conseiller de Prévention

L'article L.4121-1 du Code du Travail impose à l'employeur de protéger la santé physique ET mentale des travailleurs. Le décret 82-453 du 28 mai 1982, modifié par le décret 95- 680 du 9 mai 1995, modifié le 28 juin 2011 fixe les règles relatives à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la prévention médicale dans la fonction publique. Aux Ministères de l'écologie et de l'agriculture, des instructions prévoient des mesures préventives telles que la mise en place d'une cellule de veille sur la souffrance au travail:
- circulaire du 18 janvier 2005 : prévention souffrance au travail,
- circulaire du 26 juillet 2007 : prise en charge des troubles du comportement,
- circulaire du 10 novembre 2009 : prévention des crises suicidaires,
- note de service du Ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation du 15 octobre 2008.

Lire la suite de la présentation  :  http://www.haute-normandie.biep.fonction-publique.gouv.fr/uploads/images/Cellule%20veille-631.pdf

ALSACE Symposium sur le suicide - septembre 2012

Symposium sur le suicide - septembre 2012

Le suicide aux différents stades de la vie.
Symposium organisé au CH de Rouffach le 7 septembre 2012. Bulletin d'inscription à retourner avant le 20 juillet 2012.
Télécharger le bulletin d'inscription


Coordonnées
Centre hospitalier de Rouffach
27 rue du 4ème RSM
68250 ROUFFACH
Téléphone : 03 89 78 70 70
Fax : 03 89 78 74 35
Email : contact@ch-rouffach.fr
http://www.ch-rouffach.fr/le-centre-hospitalier/actualites/382-symposium-sur-le-suicide-septembre-2012.html

ARTICLE PRESSE Michel Debout : Le suicide n’est pas une fatalité

Michel Debout : Le suicide n’est pas une fatalité
Propos recueillis par Anne-Claire Thérizols
http://le-cercle-psy.scienceshumaines.com

Article publié le 18/07/2012

Chaque année en France, 11 000 personnes mettent fin à leurs jours et 120 000 tentent de le faire. Des  chiffres suffisamment éloquents pour que le suicide soit vraiment pris au sérieux. C’est en tout cas le combat que mène Michel Debout, qui milite pour une prévention enfin efficace de cette ultime expression du désespoir. Professeur de médecine légale et de droit de la santé à la faculté de médecine de Saint-Etienne, Michel Debout a été président-fondateur de l’Union nationale de prévention du suicide et membre du conseil économique et social. Son essai Le suicide, un tabou français, écrit avec le journaliste Gérard Clavairoly (Editions Pascal, 2012), plaide pour une politique efficace de prévention du suicide.

Le suicide est-il encore regardé comme une maladie honteuse ?

Nous ne sommes plus au Moyen-Age où l’on suppliciait le corps des suicidés pour cause de blaspheme, et on ne crie plus haro sur les suicidés. Pour autant, on bannit le suicide et on baisse pudiquement les yeux sur tout ce qui pourrait en éclairer le contexte. Le moins que l’on puisse dire est que l’on n’a toujours pas pris conscience du fait que le suicide représente un vrai problème de santé publique. Il était quand même impressionnant que la secrétaire d’Etat à la santé Nora Berra, le 5 février dernier, devant un parterre des spécialistes du problème du suicide, ait pu développer son plan de prévention sans que les mots crise, chômage, licenciement ou surendettement soient prononces, alors que nous traversons une crise sociale sans précédent et que l’on connaît le lien entre souffrance psychique et degré de vulnérabilité sociale. Les personnes en risque d’exclusion sociale ont effectué six fois plus souvent que la population générale une
tentative de suicide ayant entraîné leur hospitalisation (18 % contre 3 %). Il est très inquiétant de passer cet aspect sous silence. Cela montre bien que parler du suicide peut être encore dérangeant pour certains.

Le suicide n’est-il pas une fatalité, un acte extrême qui ne concerne que les plus fragiles et qui du coup n’intéresse pas trop les pouvoirs publics ?

Je ne crois pas à la théorie selon laquelle il y aurait des gens fragiles. Je crois plutôt que les gens peuvent être fragilisés à des moments particuliers de leur vie. Si on arrive à les soutenir et à leur redonner confiance, ils redeviendront des acteurs de leur vie, des acteurs sociaux. Il faut se dire que l’on a tout à gagner à ce qu’ils retrouvent leurs capacités humaines, économiques, sociales. Un homme de 45 ans qui meurt, ça a un coût. Un coût humain évident, mais aussi un coût économique : c’est quelqu’un qui a des compétences qui va disparaître, et en même temps, autour de lui, il y aura des gens en souffrance ; or, cette souffrance va devoir être soignée, ça va donc coûter en soins, et coûter plus globalement parce que ces personnes en souffrance n’auront plus la même capacité à participer à l’oeuvre commune. C’est un calcul à courte vue que de penser que les gens déprimés coûtent à la société. Ce qui coûte à la société, c’est de les laisser dans cet état.

Vous dites que le suicide est une véritable onde de choc pour de nombreuses personnes. Combien sont concernées ?

En effet, la question du suicide n’est pas marginale. Les experts considèrent que pour 1 suicide, 15 personnes proches sont affectées. 11 000 morts chaque année entraînent 165 000 personnes gravement
meurtries, et combien pour les 100 000 à 120 000 suicidants qui ont fait une tentative de suicide dans l’année ?

Vous vous battez pour que soit créé un observatoire du suicide. En quoi une nouvelle institution serait-elle plus pertinente que toutes les politiques menées jusqu’ici dans ce domaine ?

Cet observatoire nous permettrait d’avoir des données fiables et récentes. Aujourd’hui, il faut attendre deux ou trois ans pour connaître les chiffres de la mortalité par suicide. Par exemple, selon les chiffres officiels publiés par le Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès de l’INSERM, 10 499 personnes, dont 7 765 hommes et 2 734 femmes, se sont suicidées en 2009. Il est plus que déplorable, en 2012, de ne disposer d’aucune donnée chiffrée pour les années 2010 et 2011. Le deuxième intérêt d’un observatoire, c’est que l’on pourrait comparer d’une année sur l’autre ou de cinq ans en cinq ans les évolutions, savoir s’il y a des groupes, en termes de catégories socioprofessionnelles par exemple, qui se suicident moins et d’autres qui au contraire se suicident plus. Il est primordial de pouvoir suivre les évolutions du phénomène pour adapter nos politiques préventives aux situations réelles. Des études et des recherches sont menées, réparties sur plusieurs organismes, mais de façon complètement éclatée, sans lien entre elles, et sans que ceux qui sont les mieux placés pour s’exprimer aient voix au chapitre. Or, pour faire de bonnes recherches, il faut se poser les bonnes questions, et pour se poser les bonnes questions, il faut être au coeur du problème. C’est pour cela que j’imagine cet observatoire composé à la fois de professionnels psychiatres,  psychologues, médecins, mais aussi des accompagnants bénévoles comme les écoutants des associations, sans oublier des représentants des familles qui ont eu à vivre la tentative de suicide ou la mort par suicide d’un proche. Il faut bien évidemment une institution indépendante des pouvoirs publics, de façon à ce que
tout le monde ait la conviction que les chiffres qui sont donnés sont les vrais chiffres et qu’il ne s’agisse jamais d’en atténuer certaines réalités en fonction d’opportunités X ou Y !
Avoir des données fiables, c’est bien mais en quoi est-ce efficace pour mener une lutte concrète pour prévenir le suicide ?

L’observatoire sera là aussi pour préconiser des solutions. Il pourra donner des éléments d’analyse qui ne sont pas toujours connus. Par exemple, j’ai récemment fait faire une recherche par mon service qui aurait pu être menée au niveau national s’il y avait eu un observatoire : analyser le parcours de santé des personnes qui meurent de suicide à travers les dossiers assurance maladie que chacun possède. Tout cela dans le plus strict anonymat. On a pu comme cela observer quels étaient les moments de vie et de santé de la personne avant sa mort par suicide. Et on s’est aperçu qu’un certain nombre d’entre elles avaient vu un médecin ou un  spécialiste dans les quelques jours qui précédaient leur passage à l’acte. Cela montre bien qu’on peut alerter. Cela peut aussi amener à des programmes de sensibilisation ou de formation des médecins généralistes ou spécialistes à la crise suicidaire, ce qui se fait déjà mais serait encore renforcé. Dans cette simple recherche, on s’est aussi aperçu que lorsqu’un patient avait vu sa prescription médicale être augmentée d’au moins le double en dosage d’anti-dépresseurs, son risque de passer à l’acte avait nettement augmenté lui aussi. C’est intéressant à double titre : si le médecin a augmenté les doses, c’est qu’il s’est bien rendu compte que son patient n’allait pas bien ; mais sans doute aurait-il dû se dire qu’il fallait qu’il le revoie rapidement et non
pas qu’il fasse une ordonnance pour 3 mois parce que le risque, c’était qu’entre les deux rendez-vous, il soit mort. Là, les données que nous possèderions enfin au niveau national seraient concrètement très utiles en termes de prévention ! Il ne faut jamais dire “appelez-moi si ça ne va pas”. Il faut donner un rendez-vous et, si le patient ne vient pas, l’appeler, avoir une posture volontariste. Donner rendez-vous à quelqu’un, c’est déjà lui dire qu’il est important pour vous, et c’est une façon de montrer qu’on ne s’en débarrasse pas. Et puis, si on lui donne rendez-vous demain ou après-demain, on lui signifie de façon induite que l’on pense qu’il
sera encore en vie, que l’on croit en ses capacités de vie.

Vous croyez vraiment qu’il est possible de prévenir le suicide, mais vous dites dans le même temps que c’est très compliqué… Qu’en est-il exactement ?

Il est en effet difficile de savoir quel individu va passer à l’acte et à quel moment. En revanche, ce que l’on peut plus facilement approcher, ce sont les groupes plus à risque dans la population. Là, on a des facteurs de corrélation déja bien connus : on sait que les hommes meurent plus par suicide que les femmes, on sait que c’est dans la tranche des 30-50 ans qu’il y a le plus de mortalité par suicide, et qu’à 45 ans le suicide est la première cause de décès. A cet âge-là, d’autres facteurs de risques s’ajoutent : les échecs de la vie
personnelle, ruptures de couples, divorces, et puis les pertes d’emploi, les carrières qui régressent, les éventuelles dettes parce qu’il a fallu réorganiser sa vie. Ensuite, pour définir quelle personne sera plus à risque dans ces groupes-là, il faudra une approche plus individualisée et plus clinique. Il faudra repérer les
états dépressifs, les addictions, notamment à l’alcool, et puis les antécédents de tentative de suicide, même s’ils remontent à plusieurs dizaines d’années. Il faudra que les professionnels de santé, psychologues, psychiatres, sachent repérer le risque majeur quand quelqu’un leur paraîtra cumuler ces facteurs de risque. Et il ne faudra pas hésiter à demander à cette personne si elle a des pensées suicidaires, et même si elle a déjà construit un scénario de son suicide. On pense souvent qu’il ne faut pas évoquer le suicide avec une personne dépressive parce que le fait d’en parler lui donnerait de mauvaises idées. Au contraire, pouvoir en parler, c’est briser le processus suicidaire qui au fil du temps envahit ses pensées et l’emmène vers le passage à l’acte. En tout cas, quand on sait que quelqu’un est en risque important de suicide, on ne peut pas l’abandonner. Le suicide n’est pas une fatalité.

Et les jeunes qui se suicident ?

On parle souvent de la tragédie de perdre un enfant, le plus souvent un adolescent par suicide, et il n’est pas question de minimiser la souffrance que cela représente. Mais on parle beaucoup moins des enfants de parents suicidés. Perdre un parent par suicide, c’est devenir orphelin, et en même temps cela questionne l’enfant sur qui il est : si son propre parent a quitté la vie, c’est que lui n’était pas digne d’amour. Quand on est jeune et qu’on grandit avec ça, on se pose beaucoup de questions, presque identitaires. La fragilisation est réelle. Il faut se préoccuper aussi de ceux-là. Il n’y a pas que la question des jeunes tentés par le suicide, il y a aussi la question, et ils sont plus nombreux, des jeunes qui perdent un parent par suicide.

Vous évoquez dans votre ouvrage l’idée d’un “Grenelle de l’humain”

En 2009, on était en plein dans le Grenelle de l’environnement. Aujourd’hui, face à la crise dont on parle toujours en termes financiers et économiques, on commence à dire qu’il s’agit aussi d’une crise sociale… mais on ajoute rarement que c’est aussi une crise humaine. Beaucoup de gens sont en détresse. Certains iront jusqu’au suicide, d’autres pas mais ils auront de lourds problèmes de santé, seront dans le mal-être. La crise a un prix humain dont on ne parle pas. Et on parle encore moins de ce qu’il faudrait faire pour prendre
en compte cet impact humain de la crise. C’est pour cela que j’avais évoqué la possibilité d’un Frenelle qui aurait été la mobilisation de tous les acteurs sociaux, médicaux, syndicaux, associatifs, de façon à ce que l’on ouvre les chantiers. Et que l’on donne un signe fort à  tous ceux qui sont de ces situations : la société ne vous abandonne pas, vous n’êtes pas responsables de ce qui vous arrive. Quelqu’un qui perd son emploi par exemple se culpabilise de l’avoir perdu, surtout quand le chômage dure et que rien ne se passe malgré toutes les démarches pour recommencer à travailler. D’autant qu’on dit aux gens qu’il faut travailler plus longtemps, alors qu’il n’y a pas de travail. On vous envoie chercher du boulot, et en même temps on vous dit il n’y en a pas. Ce n’est pas là le moindre des paradoxes de notre société !

Vous appelez de vos voeux la mise en place d’une médecine des chômeurs…

Je l’avais déjà noté dans un rapport au Conseil économique et social sur le suicide en 1993. Cela fait déjà presque 20 ans que j’en parle. Je partais d’un constat d’une grande banalité : quand on travaille, on
a la médecine qui va avec, regulièrement un médecin se préoccupe de votre santé. Il peut y avoir aussi un service social qui peut s’occuper de vos problèmes matériels. Quand vous êtes licencié, vous perdez votre travail et la médecine qui va avec. Là aussi, on est en plein paradoxe. A ce moment-là, les personnes se sentent abandonnées par leur entreprise et par la société, mais en plus par la médecine.
Je pense qu’il faudrait, dans les trois mois qui suivent un licenciement, un suivi, soit par le médecin du travail de l’entreprise, soit par un autre. Il faut en tout cas une médecine du chômeur, et ce, pendant les deux ans qui suivent le licenciement. On rentre facilement dans la spirale dépressive avec des phénomènes d’autoaccusation, surtout quand on est un homme qui a du mal à faire des démarches, à parler de son mal-être… Un simple rendez-vous chez le médecin quand on a perdu son travail permettrait de faire le point pas seulement du point de vue psychologique, mais aussi sur les problèmes de santé sur le plan général. C’est vraiment à construire !

Vous êtes médecin légiste. Que pourrait faire le médecin légiste en matière de prévention du suicide, lui qui est au contact de beaucoup de suicidés et de familles de suicidés ?

Je considère qu’avant d’être des médecins légistes, nous sommes d’abord des médecins. Nous avons une obligation déontologique, mais pour moi, au-delà de cela, nous avons surtout l’obligation humaine de rencontrer des familles. Quand elles perdent l’un des leurs par suicide, elles sont envahies de questions. Parfois, toute leur vie, pendant des années, n’est plus qu’une lancinante question. Comment les choses se sont-elles réellement passées, est-ce qu’il a souffert, comment est-il mort, pourquoi est-il mort ?... Le médecin légiste peut parler de cette mort en termes plus concrets ; la question de la souffrance, on en parle comme médecin et pas seulement comme commentateur. On peut parler aussi du moment de la mort : a-t-on pu fixer l’heure ? Les familles se demandent souvent ce qu’elles faisaient à ce moment-là, et se disent qu’elles auraient pu passer voir la victime et peut-être sauver sa vie… Nous pouvons réellement aider ces proches à reformuler leurs questions et à ne plus être envahis par les problèmes que posent celles-ci. Le deuxième rôle du légiste est une approche de santé publique. Certes, il donne son avis à la justice mais il a encore, comme médecin, une dimension de santé publique. Je dis souvent que les services de médecine légale peuvent être aussi des observatoires du fait suicidaire en faisant remonter des infos presque en temps réel. Je crois que les sources existent, il faut juste arriver maintenant à les coordonner entre elles !

AFP 6 Juillet : PACA La dépression, qui touche près de 8% des Français, est source d'exclusion

La dépression, qui touche près de 8% des Français, est source d'exclusion
MARSEILLE — Près de 8% des Français déclarent souffrir ou avoir souffert d'une dépression, une "maladie qui fait perdre tout" et qui avance encore masquée, puisqu'une personne sur deux ayant des symptômes dépressifs préfère ne pas consulter par peur de l'exclusion.
Issus du Baromètre santé 2010, ces résultats, dévoilés à l'occasion de la présentation du plan de santé mentale 2011-2015 par l'Agence régionale de santé (ARS) Paca, démontrent que "tant qu'on fera de ces patients des exclus, on n'avancera pas", pour le Dr Helène Lansade, psychiatre référent.
Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a-t-elle rappelé, "sur dix pathologies, cinq sont de l'ordre de la santé mentale, c'est énorme". Or, ces patients-là, le plus souvent "fragilisés et précaires", sont encore mal vus dans nos sociétés.
Ainsi, "disposer de faibles revenus, être peu qualifié ou encore vivre dans un quartier socialement défavorisé favorise la survenue ou le maintien de troubles dépressifs", signale l'Observatoire régional de santé.
La "stigmatisation de ces personnes, cette peur d'être montré du doigt, est encore l'une des causes de non-consultation", explique le Dr Lansade, qui insiste sur l'amélioration de l'accès aux soins.
Pour ce faire, "toute la psychiatrie doit se penser de plus en plus en dehors de l'hôpital", insiste-t-elle, d'où le développement des appartements thérapeutiques, des visites à domicile, des équipes mobiles capables d'aller "chercher le malade dans la rue, les squats etc".
Cette prise en charge nouvelle génération passe aussi par la lutte contre l'isolement et plus de partenariat avec les proches, ajoute le Dr Lansade: bref, il s'agit d'"éviter les ruptures".
Psychotropes ou psychothérapie?
Cette peur d'"une maladie qui fait perdre tout", renchérit Pierre Verger, directeur adjoint de l'Observatoire régional Paca, est l'une des raisons pour lesquelles "une personne dépressive sur deux ne consulte pas de professionnels de santé". Et ce chiffre est encore plus élevé en région Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca) chez les hommes et les jeunes, précise-t-il.
Le manque d'informations, la volonté de vouloir gérer ses troubles seul ou l'idée selon laquelle les traitements ne sont pas efficaces peuvent aussi expliquer la réticence à consulter.
Pourtant, en raison du risque de suicide, il est important que les personnes dépressives se fassent suivre.
Encore faut-il frapper à la bonne porte. Parmi ceux qui ont consulté, 80% sont allés chez un généraliste et non un spécialiste. Résultat, "le traitement de la dépression reste principalement médicamenteux alors que la Haute Autorité de Santé recommande la psychothérapie dans les cas les moins les sévères", souligne M. Verger.
Près de trois personnes sur dix ont déjà consommé des médicaments psychotropes au cours de leur vie, anxiolytiques et hypnotiques en majorité.
Pour le Dr Rémy Sebbah, généraliste depuis 32 ans dans le centre de Marseille, "il y a malheureusement un déficit de formation vis-à-vis de la prise en charge de ces patients" ainsi qu'un "problème de durée de l'écoute". Idéalement, il faudrait 20 à 25 minutes mais "avec une consultation à 23 euros, ce n'est pas possible", analyse le médecin, persuadé que la dépression est encore "sous-diagnostiquée".
Les maux de dos ou de ventre sont bien souvent à considérer comme des signes psycho-somatiques de la dépression, pense le Dr Sebbah: il faudrait "travailler sur la dépression masquée", différente de celle qui se caractérise par des pleurs ou de la simple tristesse, et "surtout écouter la plainte".

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mardi 17 juillet 2012

ARTICLE PRESSE : Suicides et accidents sur le rail: des conducteurs préparés mais pas épargnés

Suicides et accidents sur le rail: des conducteurs préparés mais pas épargnés
Nouvel Observateur 17-07-2012
http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20120717.AFP3058/suicides-et-accidents-sur-le-rail-des-conducteurs-prepares-mais-pas-epargnes.html

Face à l'accident de voyageur - très souvent un suicide - sur les voies du métro ou de la SNCF, les conducteurs sont formés pour parer à l'urgence mais bénéficient aussi de dispositifs pour surmonter cette situation traumatique, dont ils ont été acteurs malgré eux.

"Tous les accidents ne sont pas égaux, certains sont plus impressionnants que d'autres, mais il y a toujours un avant et un après", raconte à l'AFP Sylvie Teneul, responsable du Pôle de soutien psychologique à la SNCF.

A la RATP, Luc Roumazeille, en charge de l'Institut d'accompagnement psychologique et de ressources (IAPR), explique que "parfois l'impact est mesuré et dans d'autres cas, il y a littéralement un effondrement".

Sur le réseau RATP, environ 75 tentatives de suicide sur les voies sont enregistrées chaque année: la moitié sur le RER, l'autre moitié dans le métro.

A la SNCF, qui fait circuler des trains sur 32.000 km de voies dans l'Hexagone, un peu moins de 400 accidents voyageurs mortels surviennent tous les ans.

Le week-end dernier, un TGV a percuté de nuit près de Lorient trois hommes, dont deux sont décédés. Dimanche, toujours dans le Morbihan, un train Corail a percuté une personne: à priori, c'était un suicide.

Au-delà de l'arrêt de la circulation et de la désorganisation du trafic à gérer, se pose le problème de la prise en charge des conducteurs.

Depuis une vingtaine d'années, le thème est abordé dès leur formation initiale, via l'aspect technique (freinage, sécurisation du train, alerte au centre de régulation) et l'aspect psychologique.

"On ne se prépare pas à ce genre d'événement mais on peut essayer d'intégrer la possibilité d'y être confronté", souligne Luc Roumazeille.

Sylvie Teneul indique: "on peut expliquer comment on réagit à ça et le sens des procédures entourant l'accident, qui peuvent être lourdes".

"Grand moment de solitude pour le conducteur"

Après l'arrêt du train et une fois l'alerte donnée, à la RATP, "dans la minute, l'encadrement descend sur le quai et prend en charge le conducteur (...) pendant que les interventions des secours se font".

A la SNCF, où le réseau est bien plus immense, les accidents peuvent survenir en rase campagne. Le conducteur doit aller constater lui-même l'accident, notamment pour voir si le corps n'a pas été projeté sur une autre voie.

"C'est un grand moment de solitude pour le conducteur", note Sylvie Teneul, même s'il est parfois accompagné d'un contrôleur.

"Il y a le face-à-face avec la mort qui rappelle notre propre condition de mortel et aussi l'accès à une intimité du corps qu'on n'est pas censé avoir", poursuit la psychologue.

Arrivent ensuite pompiers et forces de l'ordre, et, le plus rapidement possible, un cadre SNCF d'astreinte qui va accompagner le conducteur.

La déposition au commissariat est "un moment difficile", note Sylvie Teneul. L'agent sera reconduit chez lui et le dispositif en place rappelé: permanence téléphonique 24h/24 avec un psychologue, possibilité de rendez-vous en face-à-face, visite au médecin du travail, entretien avec son responsable avant la reprise.

Le but est de faire "un état des lieux des ressources de la personne" car l'événement aura un impact psychologique différent en fonction du contexte personnel.

"L'idée, c'est un accompagnement à la reprise le plus rapidement possible pour ne pas bloquer, mais il y a des situations où il faut quelques jours d'arrêt", note Luc Roumazeille.

Lors des entretiens, "le conducteur dit souvent +j'ai tapé+, on lui apprend à dire +le train a tapé+", explique Sylvie Teneul.

Dans de rares cas, il peut y avoir une impossibilité à reconduire. Une inaptitude provisoire sera d'abord prononcée, avant un éventuel reclassement dans l'entreprise.