Du 14 au 16 février, 107 participants ont rejoint les 16 porteurs de projet pour le Hacking Health Lyon 2025 : un événement d'innovation en santé qui invite l'ensemble de l'écosystème de santé lyonnais à s'unir pour repenser la santé de demain pendant 48h. Pour cette 8ème édition, la santé mentale était une des 4 grandes thématiques. Découvrez la solution innovante imaginée par l'équipe Esp'Hop pour la prévention du suicide en milieu hospitalier qui a obtenu le prix dans la catégorie "Santé mentale".
Paris : contre le stress et les pensées suicidaires, la Maison bleus redonne des couleurs aux policiers
mardi 1 avril 2025 Denis Courtine
Le Parisien (site web)
En sueur mais avec un sourire jusqu'aux oreilles. D'un pas pressé, Tibère (le prénom a été changé), policier d'une unité administrative, longe Notre-Dame pour regagner la préfecture où il travaille juste à côté à Paris (IVe). Pendant deux heures ce jeudi midi, il n'a peut-être pas retrouvé la foi dans son métier mais il a en revanche oublié ses soucis. « La salsa, on ne trouve pas mieux pour ça, éclate-t-il de rire. Pourtant l'année dernière, ça n'allait pas trop. J'étais au bord du burn-out. On ne fait pas un métier évident. »
Ce regain de forme, il le doit sans doute à la structure qui a mis en place depuis le début de l'été ces cours de salsa très suivis. Une des nombreuses initiatives, avec le tir virtuel, la réflexologie, la sophrologie, le yoga, de la « Maison bleus ». Bleu, comme la couleur de l'uniforme et peut-être également comme les petites blessures des fonctionnaires. On l'aura compris, il s'agit d'un euphémisme.
En 2024, 27 policiers se sont suicidés en France
Derrière les problèmes de stress et plus globalement de mal-être au travail, il y a le spectre du suicide. Un mot qui n'est plus tabou mais que dans la structure, inaugurée il y a tout juste un an, on rechigne à employer de peur d'effaroucher ceux qui auraient envie de passer. « Être fort, c'est pourtant savoir aussi demander de l'aide », insiste Jean-Christophe Bongibault, chargé de mission pour le programme de mobilisation contre les suicides dans la police et responsable de la Maison bleus.
En 2024, 27 policiers se sont donnés la mort dans tout le pays. Un chiffre historiquement bas depuis plus de 20 ans. Bien loin de 2019 et ses 59 décès. Sur le territoire de la préfecture de police, c'est-à-dire à Paris et dans la petite couronne, 2 policiers se sont tués l'année dernière (1 depuis le 1er janvier 2025 dans les effectifs de la PP), contre 5 en 2023 et 11 l'année d'avant, confirmant la tendance nationale.
Comment l'expliquer ? « On ne cherche pas à expliquer cette baisse, on la constate, avance prudemment Guillaume Douheret, directeur des ressources humaines à la préfecture de police. Ce qu'on essaye de faire, c'est tout simplement d'accompagner nos personnels pour qu'ils se sentent bien. D'où l'importance de la Maison bleus, un endroit qui fait du bien ».
« Il faut être humble avec ces chiffres, renchérit Jean-Christophe Bongibault. C'est un peu comme les accidents de la route. Cela peut augmenter une année sans qu'il y ait vraiment d'explication. Ce qui me semble plus pertinent, c'est l'augmentation du nombre de signalements, 18 ces deux dernières années. Plus on fait de prévention, plus on a de dispositifs et plus on est efficaces ».
Des maraudes contre l'isolement social pendant les JO
La Maison bleus trouve sa place au moment des Jeux olympiques. À cette période, près de 2 000 policiers venus de toute la France montent à Paris pour sécuriser l'événement. Des provinciaux le plus souvent sans grande expérience et sans attache dans la capitale. Bref de quoi broyer du noir quand la journée est terminée.
« Nous avons organisé des maraudes pour savoir s'ils allaient bien, explique le DRH. Elles partaient toutes d'ici. C'était le point névralgique. » « On ne peut pas obliger un policier à aller voir un psychologue s'il ne se sent pas bien, analyse Murièle Boireau, sous-directrice chargée de la prévention et de la qualité de vie au travail. Mais avec ce dispositif, on a pu renverser le problème en les invitant à la Maison bleus. On renoue aussi avec la famille police. »
À la rentrée, la structure est restée ouverte car ce problème de lien social est plus profond qu'on imagine. « Quand vous avez grandi dans le Sud-Ouest ou au fin fond de la Bretagne et que votre première affectation c'est la banlieue parisienne, la transition est violente, contextualise un gardien de la paix du Val-de-Marne. Vous morflez la journée parce que c'est chaud et le soir vous vous retrouvez souvent tout seul dans votre studio. À part vos nouveaux collègues, vous ne connaissez personne. »
D'où l'intérêt de cette structure où on danse, on fait des jeux de société, on bouquine, on lit la presse. « Les gens qui travaillent ici sont principalement d'anciens policiers à qui on peut se confier parce qu'ils connaissent déjà la difficulté de notre profession. »
« On se retrouve confrontés à une violence qu'on a peu connue »
Une écoute qui va au-delà de l'isolement social. À l'étage, Didier, de l'association Police-action-solidaire, tente de venir en aide à ses collègues victimes de chocs post-traumatiques. Il sait de quoi il parle. Son équipier s'est éteint dans ses bras après avoir été atteint d'une balle. « Aujourd'hui, on se retrouve confrontés à une violence qu'on a peu connue. J'aurais aimé que cette structure soit ouverte plus tôt. »
« On travaille avec plusieurs partenaires comme l'association de Didier mais aussi des hôpitaux comme Saint-Anne ou l'Hôtel-Dieu, précise le responsable de la Maison bleus. Vous savez ce n'est pas toujours évident de parler de son métier. Certains ne le font jamais une fois chez eux. D'autres le font trop et épuisent leurs proches. Si tu cherches à parler, il y a maintenant la Maison bleus. »
Pour l'heure, le dispositif n'est accessible qu'aux policiers de l'agglomération parisienne. Il est question, qu'à l'avenir, il s'ouvre à toute l'Île-de-France. Cet article est paru dans Le Parisien (site web)
Colloque « Dépression et suicide de la personne âgée : comprendre pour prévenir et agir" !
23/04/2025
EVREUX
Nous avons le plaisir de vous informer que le colloque « Dépression et suicide de la personne âgée : comprendre pour prévenir et agir ! » se tiendra le 23 avril 2025, à Evreux.
Cet évènement est ouvert à tous professionnels ou représentants d’association concernés par la personne âgée à domicile ou en établissement. Programme en cours de finalisation, à venir.
En attendant, nous vous invitons à réserver cette date dans votre agenda et vous inscrire via ce lien ou en utilisant le QR Code de l’affiche ci-jointe.
Une nouvelle stratégie pour la santé mentale et la prévention du suicide en Suède
La Suède lance une stratégie nationale pour la santé mentale et la prévention du suicide, couvrant la période 2025-2034. L’intention est de créer une société où personne ne se sent obligé de recourir au suicide.Écrit par Charlotte Pardal Publié le 11 février 2025https://lepetitjournal.com/*
La stratégie nationale sur la santé mentale et la prévention du suicide en Suède recouvre la période entre 2025 et 2034. D’après les Chroniques nordiques de l’Ambassade de France en Suède, cette mesure comprend quatre axes principaux : garantir le bien-être mental, anticiper les troubles mentaux, prévenir les suicides et améliorer le quotidien des personnes atteintes de troubles psychiatriques.
La méthode veut notamment donner la priorité aux enfants et aux jeunes, en faisant participer acteurs locaux et nationaux ensemble. Le Conseil national de la santé et de la protection sociale et l’Agence suédoise de santé publique sont chargés de permettre la mise en place de cette stratégie, avec l’aide de vingt cinq autres administrations. L’objectif est de construire une société « dans laquelle personne ne devrait se retrouver dans une situation où la seule issue est perçue comme étant le suicide ». Source https://lepetitjournal.com/stockholm/nouvelle-strategie-sante-mentale-prevention-suicide-suede-404838
DOSSIER DE PRESSE Enquête Bien-être des étudiant.e.s infirmier.e.s
Cette enquête fait suite à un constat que la FNESI dénonce depuis maintenant 25 ans. Déjà en 2009, une première Enquête Bien-Être avait établi un état des lieux de la santé des étudiant·e·s en sciences infirmières (ESI). Cette enquête avait alors mis en évidence une réalité connue et pourtant jamais quantifiée : la santé des étudiant·e·s infirmier·ère·s, soignant·e·s de demain, est dégradée.
Extraits " 20,33 % des ESI ont déjà eu des idées suicidaires en lien avec la formation. 1 ESI sur 10 a déjà tenté de se suicider."
Un étudiant infirmier sur cinq a déjà eu des idées suicidaires, alerte leur Fédération nationale
https://www.francebleu.fr Cyrille Ardaud Publié le jeudi 27 mars 2025
71% des étudiants en sciences infirmières déclarent que leur santé mentale s'est dégradée depuis leur entrée en formation, affirme la Fédération nationale des étudiants en sciences infirmières. Ces élèves infirmiers sont au nombre de 120 000, dispersés dans environ 350 établissements en France.
Un étudiant en sciences infirmières (ESI) sur cinq a déjà eu des idées suicidaires depuis le début de sa formation, et un étudiant sur dix a tenté de mettre fin à ses jours. Dans un communiqué de presse diffusé ce jeudi, la Fédération nationale des étudiants en sciences infirmières (FNESI) tire la sonnette d'alarme autour de la santé mentale des quelques 120 000 étudiants dispersés dans près de 350 établissements à travers toute la France.
Selon la FNESI, 93% de ces futurs infirmiers et infirmières se disent épuisés mentalement par leur cursus universitaire. 38% des ESI ont déjà consulté un professionnel de santé mentale depuis le début de leur formation, alors qu'en 2022, cette part s'élevait à 23%. Un sur trois prend un traitement (anxiolytiques, antidépresseurs). Selon la Fédération, l'ampleur de cette souffrance puise son origine dans la crise du Covid-19, il y a cinq ans. Les étudiants en question ont subi les conséquences de la crise sanitaire : "isolement social, précarité", avec un "système de santé brutalement fragilisé". Étude à l'appui, elle rapporte que 71% des ESI déclarent que leur santé mentale s'est dégradée depuis leur entrée en formation, alors qu'en 2022, lors de sa précédente enquête, cette part s'élevait à 61%. Des étudiants plongés dans une grande précarité
Une autre explication avancée est que les conditions de stage "n'ont jamais été aussi dégradées". 39% des ESI déclarent être en stage avec d'autres ESI, dans des "conditions qui impactent directement la qualité de l'encadrement", écrit la FNESI, avec un "encadrement qui ne peut plus être personnalisé". 61% des sondés considèrent qu'ils ne sont pas écoutés lorsqu'ils font remonter des problématiques sur leur formation et 7,5% assurent qu'ils n'ont pas de tuteur.
La Fédération nationale des étudiants en sciences infirmières évoque également la précarité de ces étudiants, indemnisés 1,03 euro de l'heure en première année, 1,71 euro de l'heure en dernière année. Or, "le montant minimal pour les indemnités de stage est de 15% du plafond horaire de la Sécurité sociale, soit 4,35 euros de l'heure à ce jour. Une fois de plus, les ESI sont marginalisés", déplore la FNESI. Elle assure ainsi qu'en 2025, plus d'un étudiant sur trois est contraint de sauter au moins un repas chaque semaine, par manque d'argent. La Fédération réclame donc l'accès au repas à un euro pour tous les étudiants. La drogue face à la souffrance
Face au mal-être, de plus en plus d'étudiants en sciences infirmières ont recours à la drogue. Un étudiant sur cinq reconnaît avoir pris du cannabis, de la cocaïne, du LSD ou de l'ecstasy depuis le début de sa formation. En 2022, c'était un sur huit. "Je ne peux plus dormir sans un joint, le stress de la formation m'a fait augmenter ma consommation d'alcool, anxiolytiques, protoxyde d'azote, cannabis, surtout à l'approche et en sortie de stage au point où j'ai été en danger plusieurs fois", raconte un étudiant, sous couvert d'anonymat. En 2025, pour trouver du soutien, chaque mois, plus de 100 étudiants contactent la FNESI par mail. Chaque jour, ils sont 10 à joindre la ligne téléphonique de la Fédération.
Infirmier en pratique avancée en psychiatrie et santé mentale
comme support aux équipes infirmières confrontées à la crise
suicidaire : une recherche qualitative exploratoire
- 24/03/25
Doi : 10.1016/j.refiri.2024.100345
Adriana Palminha Dias, APRN, MSca, ⁎, b, c : Infirmière en pratique avancée mention psychiatrie et santé mentale, Jonathan Biglietto, APRN, PhD-ca, d : Infirmier en pratique avancée mention psychiatrie et santé mentale, Doctorant en sciences de la santé et de la vie
a GHU Paris psychiatrie et neurosciences, 1, rue Cabanis, 75014 Paris, France
b Université Paris Cité, UFR médecine Paris Nord, 85, boulevard Saint-Germain, 75006 Paris, France
c GHU Paris psychiatrie et neurosciences, site Hauteville, 24–26, rue d’Hauteville, 75010 Paris, France
d Laboratoire
Interpsy (EA4432), axe prisme, campus lettres et sciences humaines et
sociales, université de Lorraine, Bâtiment J, 23, boulevard Albert-1er, 54015 Nancy cedex, France
⁎Auteur correspondant.
dans Revue francophone internationale de recherche infirmière
Résumé
Le
phénomène suicidaire est un enjeu actuel et préoccupant des politiques
de santé française. L’objectif de cette étude qualitative exploratoire
est de comprendre le rôle et le positionnement de l’infirmier en
pratique avancée (IPA) en psychiatrie et santé mentale auprès des
équipes de soins, confrontées à la prise en charge de la crise
suicidaire. Dix-huit de ces professionnels ont participé à des
entretiens semi-directifs portés sur trois axes : difficultés
rencontrées, besoins énoncés des équipes et apports de l’exercice de
l’IPA. Les résultats indiquent que la polycompétence de l’IPA lui permet
d’intervenir à plusieurs niveaux : institutionnel, en fluidifiant et
sécurisant le parcours de soins ; auprès des équipes de soins, en
apportant des outils d’évaluation et en améliorant le jugement
clinique ; enfin auprès du patient, en favorisant l’éducation à la santé
et la prévention. La littérature appuie ces résultats. Pour améliorer
la qualité des soins, il sera nécessaire de suivre l’évolution de
l’implantation du métier de l’IPA.
Mots clés : Crise, Formation, Pratique avancée infirmière, Prévention, Suicide
Formation Sentinelles : détecter/aider les personnes en souffrance psychique
19/03/2025 https://www.ch-morlaix.fr*
Le vendredi 13 juin 2025, le CHPM organisera une troisième session de formation Sentinelles, un programme essentiel visant à repérer et à orienter les personnes en détresse psychologique ou à risque suicidaire.
Cette formation gratuite d’une journée a pour objectif d’enseigner aux participants comment identifier les signaux d’alerte, interpréter les signes de détresse et orienter les personnes vers des structures adaptées, comme les services de soins psychiatriques du CHPM.
"Tout le monde peut participer à Sentinelles !", souligne Isabelle de Andrade, infirmière au CHPM. "Il suffit d’être volontaire, majeur, d’avoir une bonne capacité d’écoute, d’être animé par l’envie d’aider et de connaître ses limites." Cette formation est un moment privilégié d’information et d’échange, où chaque participant apprend à devenir un maillon essentiel du réseau de vigilance face à la souffrance psychique.
Inscrivez-vous dès maintenant pour rejoindre le réseau des Sentinelles et contribuer à sauver des vies !
Vendredi 13 juin 2025 de 9h à 17h Centre hospitalier des Pays de Morlaix Nombre de places : 12 personnes (sur inscription)
Pourquoi les hommes ont-ils plus de mal à consulter un psy ?
Les études montrent que les hommes ont plus de mal à exprimer leur
mal-être. Décryptage de ce phénomène social avec Vincent Lapierre,
directeur du Centre de prévention du suicide.
Propos recueillis par Nathan Tacchi
En France, le taux de suicide des hommes est presque quatre fois supérieur aux femmes.
20,8 pour 100 000. C'est le taux de suicide des hommes en France en 2024, selon l'Observatoire national du suicide (ONS). En comparaison, ce taux s'élève à 6,4 chez les femmes. Si la souffrance psychique des femmes est plus élevée
selon des études, les hommes aussi souffrent de problèmes de santé
mentale. Or, cette détresse masculine est sous-diagnostiquée et
sous-évaluée. Autour de cette question règne un tabou, alimenté par les
stéréotypes de genre.
Au cœur de cette problématique : la virilité.
Ce mélange de fierté et de compétition va à l'encontre de l'expression
de sa vulnérabilité, de ses angoisses. Décryptage de la prise en charge
de la santé mentale des hommes et comment changer la donne avec Vincent
Lapierre, psychologue, directeur du Centre de prévention du suicide à
Paris et ambassadeur de la fondation Movember.
Le Point : Quels sont les freins psychologiques qui empêchent les hommes de demander de l'aide ?
Vincent Lapierre :
C'est un des rares domaines où la construction sociale genrée
désavantage le masculin. L'appel à l'aide est généralement plus ardu
pour les hommes. J'évoque souvent l'exemple du couple mixte en voiture :
les femmes demandent leur chemin avec bien plus d'aisance.
Cette
réticence s'intensifie face aux enjeux de santé, particulièrement
mentale. Les hommes s'acharnent à résoudre leurs difficultés en
solitaire. Confrontés à la détresse psychique, ils élaborent des
mécanismes compensatoires souvent nocifs. Le recours aux substances,
l'alcool en tête, est fréquent. Ce schéma domine dans l'univers
masculin, bien que présent chez les deux sexes.
Cette attitude
entrave significativement le soin. Les hommes tardent à admettre leur
vulnérabilité. Certains ne se l'avouent jamais. Ou alors, leur lucidité
survient quand ils envisagent déjà des solutions extrêmes. Parfois
fatales.
Au CPS Paris, spécialisé dans la problématique
suicidaire, notre ratio est éloquent. 70 % de femmes contre seulement
30 % d'hommes consultent.
Est-ce une construction sociale selon vous ?
Absolument.
Ni les gènes ni l'épigénétique n'expliquent ce phénomène. Cette réserve
s'enracine profondément dans l'identité masculine. Face à l'adversité,
l'homme recherche instantanément une issue par lui-même. Les femmes
aussi, mais elles intègrent naturellement autrui dans leur démarche.
Dans
le domaine de la santé mentale, nous touchons à l'intime. C'est un
territoire où les hommes évoluent différemment. Un homme avec un
problème urologique consultera bien plus tardivement, une femme
confrontée à un souci gynécologique hésitera moins.
Nos
collègues québécois proposent une lecture peu consensuelle en France.
Dans leur conception du masculin, l'intime se confond avec le sexuel. Un
homme se confiera sur sa vie affective principalement à sa partenaire
sexuelle. Rarement à d'autres, et encore moins à un inconnu.
La
« pression sociale positive par les pairs » est évoquée par certains
comme levier d'action. Pouvez-vous développer ce concept ?
Cette
stratégie émerge d'un constat simple : les campagnes de prévention
sanitaire échouent auprès des hommes. Leur résistance s'explique par
leur vision particulière de la santé. Elle requiert souvent un proche
partageant cette préoccupation.
Un exemple révélateur : les femmes
célibataires restent bien soignées, pas moins que celles en couple. Les
hommes célibataires, eux, sont nettement moins suivis que leurs
homologues en couple.
La pression sociale positive repose sur
l'influence de figures identificatoires : quelqu'un qui vous ressemble,
attentif à sa santé, qui consulte un médecin ou un psychologue quand
nécessaire. Par son exemple, il légitime ces comportements.
Cette
figure peut être un partenaire sportif. Un collègue apprécié. Un ami de
longue date. Son témoignage authentique surpasse toute campagne
institutionnelle. « J'ai traversé une période difficile après ma
séparation. J'ai consulté un psy. Aujourd'hui, ça va mieux. »
Avez-vous observé une différence générationnelle entre les hommes concernant la santé mentale ?
Indéniablement.
Depuis 2021, notre patientèle masculine rajeunit considérablement.
Parmi les 30 % d'hommes reçus, deux groupes prédominent. Les plus de
70 ans et les moins de 30 ans. La tranche intermédiaire demeure quasi
absente.
La présence des seniors s'explique facilement : nous
avons un programme historique de prévention du suicide des aînés. Le
phénomène nouveau concerne les jeunes hommes. Même ceux de moins de
25 ans. Nous y voyons l'émergence d'une génération différente. Pour eux,
consulter un psychologue est socialement plus accepté. La santé mentale
s'affirme comme préoccupation légitime.
Vous avez
mentionné l'alcool comme facteur masquant les problèmes de santé chez
les hommes. Y a-t-il d'autres formes d'automédication ou comportements
d'évitement spécifiques aux hommes ?
L'alcool reste
l'échappatoire privilégiée. Les anxiolytiques classiques demeurent
davantage féminins chez les plus de 30 ans. Les jeunes générations
s'orientent vers divers psychotropes. Mais après 30 ans, alcool et
cannabis conservent leur primauté.
Fait crucial : l'alcool
amplifie le risque suicidaire chez les personnes vulnérables. De
nombreux patients admis aux urgences après une tentative de suicide
avaient bu. Tous genres confondus. Cette substance agit comme
déclencheur. Elle catalyse le passage à l'acte.
Avez-vous observé des différences socioculturelles dans les profils qui viennent vous consulter ?
Le
dernier rapport de l'ONS est clair. Il souligne une disparité sociale
manifeste, l'accès aux soins psychiques s'avère plus aisé pour les
catégories professionnelles supérieures. Au CPS, nous offrons des
consultations gratuites, financées par l'ARS. L'obstacle financier
disparaît. Persiste néanmoins le frein culturel, lié à la familiarité
avec le système de santé.
Y a-t-il des approches thérapeutiques qui semblent mieux fonctionner spécifiquement chez les hommes ?
La
psychothérapie traditionnelle rebute souvent les hommes. Précisément
par son rapport à l'intime. Une démarche médicalisée rencontre
généralement moins de résistance. Le psychiatre est mieux accepté.
L'invitation
à « s'asseoir et raconter sa vie » suscite des réticences. En revanche,
l'approche clinique trouve plus d'écho. « Vous souffrez de dépression,
c'est une pathologie traitable. » Les solutions médicamenteuses sont
mieux reçues.
Lors de détresses psychologiques, les hommes ont-ils un discours différent des femmes ?
Notre
vigilance s'accentue face à un consultant masculin. Cette démarche,
socialement moins évidente, suggère une souffrance significative. En
épidémiologie, être homme et exprimer des idées suicidaires constitue un
risque majeur.
Une expérience éclairante au CPS : nous
interrogions davantage les femmes sur les violences sexuelles subies.
Nous avons changé d'approche. En posant systématiquement cette question
aux hommes, nous avons découvert un fait inquiétant. Un sur quatre
rapportait de telles violences. Cette proportion dépasse largement les
statistiques générales. Beaucoup confiaient que c'était leur première
évocation du sujet. La première fois qu'on les questionnait.
Y a-t-il des moments de vie identifiés qui sont à risque pour la santé mentale, notamment chez les hommes ?
Essentiellement
tout ce qui crée une rupture : séparation sentimentale, divorce,
déménagement, licenciement, perte d'emploi. Ces transitions exigent une
vigilance accrue. Un handicap soudain peut également fragiliser. Pensez
au sportif contraint à l'inactivité.
Toute discontinuité dans le
mode de vie fragilise. Le déménagement illustre parfaitement ces
événements déstabilisants. Tout change. Le corps subit. Cette période
critique mobilise d'importantes ressources. Si d'autres difficultés
surviennent simultanément, notre résilience s'effondre.
Quels sont pour vous les prochains défis concernant la santé mentale des hommes ?
Le
paradoxe actuel réside dans l'engorgement du système de santé. On est
gêné de dire aux gens « consultez, consultez » quand ils vont nous
répondre qu'ils ont du mal à trouver des rendez-vous.
Je participe
au déploiement du plan national de prévention du suicide. Notre module
« Sentinelle » vise à créer des réseaux efficaces. Des personnes formées
au repérage des individus en souffrance sont capables d'orientation
aussi. Nous avons implanté ce dispositif dans plusieurs milieux : les
universités, la police nationale, le monde agricole via la MSA…
Notre objectif est clair : forger une culture commune autour de
la santé mentale. Dépasser les tabous. Il ne s'agit pas d'imposer des
confidences aux hommes. Plutôt d'instaurer une vigilance bienveillante,
comme quand un collègue est en pleine séparation : celui-ci affirmera
gérer la situation, surtout dans le contexte professionnel, mais en
réalité, ses ressources s'épuisent.
L'idée
n'est pas de traiter tout le monde comme un « flocon fragile », mais de
ne pas s'arrêter à ce qui est dit et d'essayer de voir un peu derrière.
Mon aspiration serait qu'on ait les moyens de créer des environnements
bienveillants sur les questions de santé mentale au masculin dans le
plus d'endroits possible.
Research article Réitération suicidaire chez les adolescents et les jeunes adultes après une première tentative de suicide. Résultats de l’étude de cohorte prospective SURAYA
Nadine Barakat a b, Jérôme Brunelin a b, Erika Abrial b c, Cécilia Neige a b, Benoît Chalancon a, Jacqueline Scholl a b, Anthony Fourier d, Julie Brossaud e, Marianne Hermand f, Vincent Besch g h, Louis Simon c, Charline Magnin c, Edouard Leaune a b i, Emmanuel Poulet a b c
a Le Vinatier, Psychiatrie Universitaire Lyon Métropole, 69500 Bron, France b Université
Claude-Bernard Lyon 1, Centre National de la Recherche Scientifique,
Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale, Centre de
Recherche en Neurosciences de Lyon U1028 UMR5292, PSYR2, 69500 Bron,
France c University Hospital Édouard-Herriot, Hospices Civils de Lyon, 69000 Lyon, France d Laboratory of Medical Biology and Anatomo-Pathology, Hospices Civils de Lyon, Groupement Hospitalier Est, 69500 Bron, France e University of Bordeaux, NutriNeurO, UMR 1286, CHU de Bordeaux, Laboratory of hormonology, Bordeaux, France f Louis-Mourier Hospital, Assistance publique–Hôpitaux de Paris, 92700 Colombes, France g Department of Psychiatry, Geneva University Hospitals, Geneva, Switzerland h University of Geneva, Geneva, Switzerland i Université Claude-Bernard Lyon 1, Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale U1290, Lyon, France L'Encéphale Available online 14 March 2025
Received 5 September 2024, Accepted 18 December 2024, Available online 14 March 2025.
Introduction Le suicide est un problème de santé publique particulièrement important chez les jeunes, puisqu’il est la quatrième cause de décès chez ceux âgés de 15 à 29 ans. Malgré diverses stratégies et efforts de prévention, le taux de tentatives de suicide chez les jeunes a augmenté au fil du temps et s’est encore accru depuis la pandémie de COVID-19.
Objectifs L’objectif de cette étude était de déterminer le taux de réitération suicidaire précoce dans une cohorte de jeunes, âgés de 16 à 25 ans, ayant fait une première tentative de suicide. Les objectifs exploratoires étaient d’étudier les facteurs de risque potentiels associés à la réitération suicidaire dans cette population.
Méthodes Nous avons mené une étude monocentrique prospective naturalistique incluant 182 patients hospitalisés en psychiatrie d’urgence pour une première tentative de suicide. Des données sur 31 facteurs sociodémographiques, cliniques et biologiques connus pour être associés au suicide ont été recueillies à l’inclusion.
Résultats Sur les 182 patients inclus, 146 participants sont restés dans l’analyse de suivi à 3 mois (âge moyen : 19,71 ± 2,5 ans, 71,9 % de femmes). Parmi ces patients, 20 ont refait une tentative de suicide : soit une prévalence de 13,7 % (14,3 % des femmes et 12,2 % des hommes). Seuls 4 facteurs cliniques et biologiques étudiés étaient significativement associés à la réitération suicidaire.
Conclusion Nos résultats soulignent le besoin critique de stratégies de prévention ciblées pour les adolescents et les jeunes adultes, car ils constituent un groupe à haut risque de réitération suicidaire précoce. Il est essentiel de poursuivre les recherches sur les facteurs de risque afin de caractériser plus précisément les profils des jeunes qui font une nouvelle tentative de suicide, ce qui permettra d’élaborer des interventions préventives efficaces et d’éviter les conséquences négatives.
Un collectif de professionnels s'est réuni pour rédiger un manifeste
et réunir suffisament de signataire pour donner lui donner un écho
national
RDV est donné le 10 septembre prochain pour la journée journée
mondiale de prévention du suicide. Des témoignages de personnes ayant
traversé une crise suicidaire et de professionnels seront diffusés
pour lever les tabous, donner de l'espoir et faciliter la diffusion
des moyens de prévention.