Doubs Suicide des agriculteurs : trois élèves voudraient briser le tabou
Hugo, Mathieu et Ethan, trois lycéens en BTS agricole au lycée Granvelle de Dannemarie-sur-Crète, dans le Doubs, ont décidé de s’attaquer à un sujet compliqué dans le cadre de leurs études. Ils vont créer un flyer et une vidéo sur le thème de la détresse des agriculteurs. Ils voudraient que l’on parle plus de ce sujet.
« Nous sommes concernés plus ou moins directement », dit Mathieu. « Mais c’est un sujet qui nous inquiète. Nous serons bientôt acteurs du monde agricole et nous voulons parler de ce phénomène. Faire de la prévention. Contribuer à notre manière. C’est pour ça qu’on a voulu lancer ce projet. »
Mathieu est fils d’agriculteur et destiné à reprendre l’exploitation familiale. Hugo et Ethan viennent d’autres horizons mais s’orientent, eux, vers le métier de vétérinaire en passant par un BTS agricole ME (Métiers de l‘élevage). « C’est un sujet sur lequel beaucoup de gens travaillent. Nous avons pros des contacts avec Solidarité Paysans ou encore la Mutualité sociale agricole (MSA) qui fait un gros boulot. Et puis il y a d’autres acteurs. Mais étrangement dans le monde paysan, on n’en parle pas tellement. Il y a encore un énorme tabou. »
Dans un rapport sur la santé mentale des agriculteurs en 2023 , l’Assemblée Nationale a rappelé que les agriculteurs sont plus exposés de 46 % que les autres professions au risque de suicide. Si les chiffres sont difficiles à confirmer, les trois lycéens citent un chiffre : en 2015, on comptait un suicide d’agriculteur par jour en France.
« Il faut dire que le nombre d’agriculteurs a diminué de moitié en dix ans dans le pays », ajoute Ethan. « Les exploitations sont beaucoup plus grandes et il y a plus d’isolement. Il y a aussi le poids des normes. Il y a aussi les crises à répétition, quand ce n’est pas le prix du lait. En trois ans, il y a eu la FCO (fièvre catarrhale ovine, la MHE (maladie hémorragique épizootique) et la DNC (Dermatose nodulaire contagieuse). Notre idée est de réaliser un flyer pour alerter les acteurs du monde paysan, inviter à réfléchir et puis surtout informer sur les aides qui existent », explique Ethan. « Nous voulons aussi réaliser une vidéo qui sera diffusée le jour de la présentation de nos travaux ».
Les trois garçons confient aborder le sujet avec un peu d’inquiétude. « C’est notre futur, celui de nos collègues. Ce n’est pas forcément rassurant. Il y a aussi l’agribashing, ces normes qui s’accumulent, nous sommes montrés du doigt. Et les vétérinaires ont pris cher aussi pendant la DNC alors qu’ils ne faisaient que leur travail… C’est une bonne raison pour inviter tout le monde à réfléchir à l’agriculture qu’on veut. Et puis nous voulons aussi transmettre notre travail aux élèves qui nous succéderont pour qu’ils puissent le reprendre à leur compte ».
La présentation est prévue fin mai. Dans la classe de Mathieu, Ethan et Hugo, certains élèves sont plus touchés que d’autres, parfois directement. C’est aussi pour eux et tous les autres, aux familles endeuillées, que les trois veulent se battre avec toute leur énergie.