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jeudi 11 juin 2015

DEBAT REACTIONS ACTU SUR LA QUESTION DES ANTI DEPRESSEURS

Idées Non, Mme Rivasi, il n’y a pas de scandale des antidépresseurs
Le Monde.fr | 09.06.2015 à 15h41http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/06/09/non-mme-rivasi-il-n-y-a-pas-de-scandale-des-antidepresseurs_4650516_3232.html
Par Fabien Vinckier (Docteur en neurosciences cognitives, interne en psychiatrie à Paris et étudiant de l'école de l'Inserm Liliane Bettencourt) et Jean-David Zeitoun (Médecin, diplômé de Sciences Po et doctorant en Santé Publique)

Dans une tribune publiée dans Le Monde (5 juin 2015), la députée européenne Michèle Rivasi s’en prenait violemment aux médicaments antidépresseurs, dénonçant « un scandale sanitaire qui ne dit pas encore son nom », et appelant à leur déremboursement par l’Assurance Maladie. Avec un certain sens du récit, elle illustrait son opinion de cas extrêmes d’homicides perpétrés par des patients sous antidépresseurs, osant même évoquer un lien de causalité entre la prise de ces traitements et l’acte suicidaire et meurtrier du pilote de la Germanwings. Elle citait abondamment la revue Prescrire et critiquait la supposée permissivité des régulateurs américain et européen.

Malheureusement pour l’objectivité, sa présentation était fragmentaire et orientée. Sans se livrer à une revue extensive des données concernant les médicaments en question, on peut souligner trois faiblesses majeures dans l’argumentaire de MadameRivasi.

Premièrement, il n’y a aucune révélation dans cette tribune. Certains faits exposés sont bien connus et depuis longtemps, d’autres sont faux et dans l’ensemble, ils ne traduisent pas la réalité. D’abord, MadameRivasi croit savoir que le Cymbalta appartient à la même famille que le Déroxat mais ce n’est pas le cas. Ensuite, l’auteure s’inquiète des conséquences des antidépresseurs sur les comportements des patients. Mais des exemples, mêmes bien choisis, ne font pas une évaluation scientifique.

Le risque de tentative de suicide est diminué

Les mises en garde de l’Agence américaine des médicaments (la FDA) en 2004 et 2007, faisaient suite à des résultats préliminaires concernant surtout des enfants et des adolescents. Depuis, de nombreux travaux ont été réalisés et les dernières études émanant de régulateurs et de chercheurs sans conflits d’intérêt ont conclu que la prise d’antidépresseurs n’était pas associée à un risque substantiel d’actes violents ou suicidaires mais au contraire à un effet protecteur. Le risque de tentative de suicide est même diminué chez les plus de 25 ans et n’est pas modifié chez les patients plus jeunes. Mieux, la majorité des études montrent un lien entre la prescription d’antidépresseurs et une diminution de la mortalité par suicide.

De toute façon, une surveillance médicale accompagne systématiquement la prescription d’un antidépresseur et si le risque suicidaire semble inquiétant – du fait des troubles du patient et non du médicament – un suivi hospitalier est décidé. Ces données rassemblées indiquent que dans l’ensemble, les effets positifs des antidépresseurs l’emportent largement sur leurs effets négatifs. Cela ne change rien au fait que, comme pour n’importe quelle classe de médicaments, certains patients n’auront pas de bénéfice des antidépresseurs voire qu’ils subiront des effets secondaires et parfois sérieux. Mais la dépression est une maladie fréquente et souvent grave et en moyenne, les antidépresseurs ont plus d’avantages que d’inconvénients.

Deuxièmement, en demandant un déremboursement des antidépresseurs mentionnés au prétexte qu’ils feraient courir un risque excessif, MadameRivasi semble méconnaître une règle basique de la grammaire réglementaire. Un médicament qui serait trop dangereux par rapport aux bénéfices thérapeutiques qu’il apporte doit être non pas déremboursé mais retiré du marché. On ne marchande pas la sécurité des patients contre de l’argent. Si certains antidépresseurs s’avéraient un jour trop risqués – ce qui, on le répète n’est pas le cas – il faudrait interrompre leur commercialisation. Du reste, à chaque fois que l’on dérembourse un médicament, que ce soit pour une bonne ou une mauvaise raison, on introduit un gradient social vis-à-vis de l’accès aux traitements, ce qui n’est jamais souhaitable.

Débordements médiatiques

Troisièmement, la formulation virulente de MadameRivasi n’est pas anodine et si elle a étudié les faits historiques dont elle parle, elle doit savoir que les alertes lancées au début des années 2000 ont provoqué des arrêts de traitement intempestifs et ont été associées à une augmentation d’actes de délinquance et de toxicomanies de la part des adolescents ayant interrompu leurs traitements. Une diminution du diagnostic et de la prise en charge de la dépression a aussi été observée, conduisant parfois à une augmentation de la mortalité par suicide. Tout avertissement sur un médicament est susceptible d’engendrer des effets involontaires, contre-productifs et finalement dangereux. En outre, en 2010, les laboratoires pharmaceutiques GSK et Astra-Zeneca ont publiquement annoncé l’arrêt de leurs activités de recherche dans le domaine de la dépression et de l’anxiété en raison des débordements médiatiques qui avaient rendu ces maladies non viables d’un point de vue industriel. Les patients attendent toujours de nouvelles molécules.

Il n’est pas question de nier l’intérêt d’un rappel sur les risques associés aux médicaments, ni d’ignorer les comportements parfois critiquables des certains laboratoires pharmaceutiques. Les antidépresseurs ne sont pas des médicaments parfaits mais aucun médicament ne l’est et toute substance active peut également avoir des effets négatifs. Mais la dépression est une affection dont les effets peuvent être dévastateurs et il est clair que si tous les patients ne tirent pas un bénéfice des antidépresseurs, ces médicaments peuvent aider un grand nombre de malades à surmonter leur pathologie mentale. Ce n’est certainement pas en caricaturant les faits ni en proposant aux patients de payer qu’on les aidera.

Jean-David Zeitoun est médecin, diplômé de sciences po et doctorant en santé publique. Il est également consultant pour plusieurs industries de santé. Au cours des trois dernières années, il n’a touché aucune rémunération des laboratoires dont il est question dans l’article. Il est abonné illimité et relecteur pour la revue Prescrire.

Fabien Vinckier est docteur en neurosciences cognitives, interne en psychiatrie à Paris et étudiant de l’école de l’Inserm Liliane Bettencourt. Au cours des trois dernières années, il a touché une rémunération des laboratoires Servier pour une présentation sans lien avec les thématiques abordées dans l’article et il participe actuellement à deux études sur l’agomélatine.

Jean-David Zeitoun (Médecin, diplômé de Sciences Po et doctorant en Santé Publique)


Fabien Vinckier (Docteur en neurosciences cognitives, interne en psychiatrie à Paris et étudiant de l'école de l'Inserm Liliane Bettencourt)
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