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samedi 27 juillet 2013

Bourg-en-Bresse L’Ain est département pilote pour la prévention du suicide des personnes âgées


Bourg-en-Bresse L’Ain est département pilote pour la prévention du suicide des personnes âgées
le 27/07/2013 à 05:00 | Propos recueillis par Marc Dazy (Le Progrès) sur http://www.lejsl.com/saone-et-loire/2013/07/27/l-ain-est-departement-pilote
Madame Michèle Delaunay, Ministre déléguée chargée des Personnes âgées et de l’Autonomie  Photo L.Thevenot
Madame Michèle Delaunay, Ministre déléguée chargée des Personnes âgées et de l’Autonomie Photo L.Thevenot
Vendredi, Michèle Delaunay, ministre des Personnes âgées et de l’Autonomie, est venue visiter un département pilote en matière de prévention des situations de détresse chez les seniors. Entretien avec une « chienne de garde ».

La prévention du suicide chez les personnes âgées, c’est le thème de votre visite…
On recense environ 10 000 suicides chaque année en France, dont plus de 3 000 chez les plus de 60 ans, et ce de manière radicale. Contrairement aux ados en déprime qui lancent le plus souvent des appels au secours, l’âgé fait en sorte qu’aucune main ne puisse retenir son geste. Face à ces chiffres, nous élaborons une politique de dépistage de la dépression, et donc de la prévention du suicide chez les âgés.
Comment détecter les signes avant-coureurs ?
Il existe des signes authentiques de dépression qui est une maladie de souffrance, pas un coup de blues. Une personne commence à ne plus manger, à boire, à dire « qu’est-ce que je fais là ?… » Les âgés qui se suicident le font après ce chemin de souffrance. Il nous faut d’abord renforcer les dispositifs d’alerte, en enrôlant tous les acteurs susceptibles de repérer la dépression : les travailleurs sociaux, les médecins, l’aide à domicile, les familles, les élus proches de leurs administrés, ou les commerçants de proximité : une coiffeuse à qui l’âgé va se confier par exemple. Je connais un pharmacien qui met une chaise à leur disposition. Elle est toujours occupée
Comment faire remonter ces alertes et y répondre ?
Notre outil, c’est Mobiqual. Des fiches pratiques à portée de tous, qui disent comment repérer la dépression et que faire. De son côté, le groupe Monalisa (Mobilisation nationale contre l’isolement social des âgés) travaille à rompre l’isolement des âgés. J’ai également ravivé le Conseil national pour la bientraitance et les droits, qui n’avait pas travaillé depuis cinq ans, en lui donnant des actions précises, notamment avec le groupe Prévention suicide.
Les expériences menées dans l’Ain vous semblent-elles pilotes ?
Pilotes et modélisables. Le Dr Blond a mis tous les acteurs ensemble. Il a fait du « parcours de la personne âgée » avant l’heure. Au bout du dispositif d’alerte, il y a la cellule de prévention uniquement dédiée aux âgés et aux aidants.
D’un autre côté, les Clic (Centre local d’information et de coordination gérontologique) à la base de ce dispositif, se retrouvent dans une situation périlleuse en raison du désengagement financier de la Carsat (caisse d’assurance retraite)…
Je pourrais vous répondre que cela ne nous regarde pas puisque leur financement dépend du conseil général et des municipalités. Je sais que les collectivités feront ce qu’il faut pour les soutenir. Mais ces contraintes ne leur permettent pas de se développer comme nous voudrions.
Dans les maisons de retraite ou dans les associations d’aides aux personnes âges, le personnel, les familles, se plaignent de l’insuffisance de moyens humains et des budgets contraints. Avez-vous réellement les moyens de vos ambitions ?
Tous les budgets sont contraints. Quand on me dit que je détiens les cordons de la bourse, je réponds que j’ai les cordons mais pas la bourse, et qu’à part les serrer… Mais je suis convaincue qu’il faut donner des moyens à ce secteur, qui générera 300 000 emplois d’ici 2020. Nous ferons la loi, elle sera prête à la fin de l’année. Les mesures monteront en charge par paliers.
À travers ces mesures, vous souhaitez avant tout changer l’image négative des âgés…
Ça commence par là. On n’arrête pas de dire que « les vieux, c’est une charge, et comment on va assumer ! ? » Alors forcément, ils se disent : « pourquoi on est encore là ? » Les âgés étaient autrefois honorés. Ils sont aujourd’hui culpabilisés, dévalorisés. Voir l’exemple de cette pub où des vieux se disputent un paquet de chips. Il y en a qui perd son dentier, enfin, c’est affligeant. J’ai saisi le défenseur des droits. Je ne tolère plus ces images humiliantes, discriminatoires de l’âge. L’association « Chiennes de garde » lutte contre l’image dégradante de la femme. Il faudrait avoir la même attitude avec les âgés. Je suis une chienne de garde ! Ces 15 millions de ressortissants sont la colonne vertébrale de la cohésion sociale. Si un jour, ils font grève, plus rien ne marche. À quand une manif des déambulateurs ? !


 

Michèle Delaunay est ministre des Personnes âgées et de l’Autonomie. Entretien.

La prévention du suicide chez les personnes âgées, c’est le thème de votre visite…

« On recense environ 10 000 suicides chaque année en France, dont plus de 3 000 chez les plus de 60 ans, et ce de manière radicale. Contrairement aux ados en déprime qui lancent le plus souvent des appels au secours, l’âgé fait en sorte qu’aucune main ne puisse retenir son geste. Face à ces chiffres, nous élaborons une politique de dépistage de la dépression, et donc de la prévention du suicide chez les âgés. »

Comment détecter les signes avant-coureurs ?

« Il existe des signes authentiques de dépression qui est une maladie de souffrance, pas un coup de blues. Une personne commence à ne plus manger, à boire, à dire “qu’est-ce que je fais là ?…” Les âgés qui se suicident le font après ce chemin de souffrance. Il nous faut d’abord renforcer les dispositifs d’alerte, en enrôlant tous les acteurs susceptibles de repérer la dépression : les travailleurs sociaux, les médecins, l’aide à domicile, les familles, les élus proches de leurs administrés, ou les commerçants de proximité : une coiffeuse à qui l’âgé va se confier par exemple. Je connais un pharmacien qui met une chaise à leur disposition. Elle est toujours occupée. »

Comment faire remonter ces alertes et y répondre ?

« Notre outil, c’est Mobiqual. Des fiches pratiques à portée de tous qui disent comment repérer la dépression et que faire. De son côté, le groupe Monalisa (Mobilisation nationale contre l’isolement social des âgés) travaille à rompre l’isolement des âgés. J’ai également ravivé le Conseil national pour la bientraitance et les droits, qui n’avait pas travaillé depuis cinq ans, en lui donnant des actions précises, notamment avec le groupe prévention suicide. »

Les expériences menées dans l’Ain vous semblent-elles pilotes ?

« Pilotes et modélisables. Le Dr Blond a mis tous les acteurs ensemble. Il a fait du “parcours de la personne âgée” avant l’heure. Au bout du dispositif d’alerte, il y a la cellule de prévention uniquement dédiée aux âgés et aux aidants.
D’un autre côté, les Clic (Centre local d’information et de coordination gérontologique) à la base de ce dispositif, se retrouvent dans une situation périlleuse en raison du désengagement financier de la Carsat (caisse d’assurance retraite)…
Je pourrais vous répondre que cela ne nous regarde pas puisque leur financement dépend du conseil général et des municipalités. Je sais que les collectivités feront ce qu’il faut pour les soutenir. Mais ces contraintes ne leur permettent pas de se développer comme nous voudrions.
Dans les maisons de retraite ou dans les associations d’aides aux personnes âgées, le personnel, les familles se plaignent de l’insuffisance de moyens humains et des budgets contraints. »

Avez-vous réellement les moyens de vos ambitions ?

« Tous les budgets sont contraints. Quand on me dit que je détiens les cordons de la bourse, je réponds que j’ai les cordons mais pas la bourse, et qu’à part les serrer… Mais je suis convaincue qu’il faut donner des moyens à ce secteur, qui générera 300 000 emplois d’ici 2020. Nous ferons la loi, elle sera prête à la fin de l’année. Les mesures monteront en charge par paliers. »

À travers ces mesures, vous souhaitez avant tout changer l’image négative des âgés…

« Ça commence par là. On n’arrête pas de dire que “les vieux, c’est une charge et comment on va assumer ?” Alors forcément, ils se disent : “pourquoi on est encore là ?” Les âgés étaient autrefois honorés. Ils sont aujourd’hui culpabilisés, dévalorisés. Voir l’exemple de cette pub où des vieux se disputent un paquet de chips. Il y en a qui perd son dentier, enfin, c’est affligeant. J’ai saisi le défenseur des droits. Je ne tolère plus ces images humiliantes, discriminatoires de l’âge. L’association “Chiennes de garde” lutte contre l’image dégradante de la femme. Il faudrait avoir la même attitude avec les âgés. Je suis une chienne de garde !
Ces 15 millions de ressortissants sont la colonne vertébrale de la cohésion sociale. Si un jour, ils font grève, plus rien ne marche. À quand une manif des déambulateurs ? »