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vendredi 22 juin 2012

Empêcher le suicide en réduisant l'accès aux méthodes les plus létales

Empêcher le suicide en réduisant l'accès aux méthodes les plus létales

(PARIS ©AFP / 22 juin 2012 11h55) - Pour empêcher le suicide qui fait chaque année quelques 900.000 morts dans le monde, une étude publiée vendredi par la revue britannique Lancet préconise de réduire l'accès à certaines des méthodes les plus létales.
Il s'agit des armes à feu, principalement utilisées aux Etats-Unis, et des pesticides (taux de mortalité de 75%) en Asie et en Amérique latine, précise l'étude dirigée par le Pr Paul Yip, du centre de recherche sur les suicides de l'université de Hong Kong.
Bien que certaines personnes puissent ensuite avoir recours à d'autres méthodes, la plupart ne le font pas ou lorsqu'elles le font, les moyens utilisés sont moins dangereux et associés à une mortalité inférieure, relève le Pr Yip.
L'empoisonnement, principalement par les pesticides, est à l'origine de la moitié des suicides enregistrés en Inde (un des pays qui a un taux de suicide parmi les plus élevés du monde avec 187.000 suicides en 2010), selon une autre étude sur l'Inde, publiée par Lancet dans un numéro spécial sur le suicide.
Les taux de suicide en Inde sont nettement plus importants dans les zones rurales et notamment chez les femmes, proportionnellement plus nombreuses à se donner la mort que leurs homologues occidentales, selon l'étude.
Car si le ratio des suicides hommes/femmes est de trois à un dans les pays développés, selon des estimations de l'OMS, il tombe à 1,5-1 en Inde et même à un-un en Chine, selon Michael R. Phillips et Hui G Cheng, du centre de recherche sur le suicide de l'Université Jiaotong de Shanghai.
Chez les adolescents et les jeunes de moins de 25 ans (164.000 suicides chaque année), qui font l'objet de deux études spécifiques, la prévention passe aussi par un accès plus restreint aux méthodes les plus couramment utilisées.
Le Dr Alexandra Pitman, de l'University College de Londres, mentionne le retrait en Ecosse en 2005 du co-proxamol, un médicament à base de paracétamol et de dextropropoxyphène (connu en France sous le nom Di-Antalvic, également retiré du marché), ainsi que des limitations des importations de pesticides au Sri Lanka qui avaient abouti à une diminution des suicides chez les jeunes gens. Elle relève toutefois qu'une méthode très utilisée en Grande-Bretagne comme la pendaison peut naturellement difficilement être contrée.
De nombreux pays ont mis en œuvre des programmes de prévention du suicide fondés sur la détermination de groupes ou d'individus à risques, mais le passage à l'acte reste extrêmement difficile à prévoir.
Ces programmes, relève Lancet dans un éditorial, sont largement inexistants dans les pays à faibles et à moyens revenus où se produisent 84% des suicides répertoriés dans le monde.
Parmi les mesures préconisées figurent, outre la limitation de l'accès aux méthodes les plus létales, une meilleure compréhension et une décriminalisation du suicide ainsi qu'une responsabilisation des médias visant à éviter le sensationnalisme lorsqu'ils parlent du phénomène.
(©AFP / 22 juin 2012 11h55)


info + :
-Références article cité : "Means restriction for suicide prevention" - Prof Paul SF Yip PhD a b, Prof Eric Caine MD c d, Saman Yousuf FCPS a, Shu-Sen Chang PhD b, Kevin Chien-Chang Wu PhD e f, Dr Ying-Yeh Chen ScD g h - The Lancet, Volume 379, Issue 9834, Pages 2393 - 2399, 23 June 2012
a Department of Social Work and Social Administration, University of Hong Kong, Hong Kong SAR, China
b Center for Suicide Research and Prevention, University of Hong Kong, Hong Kong SAR, China
c Center for the Study and Prevention of Suicide, Department of Psychiatry, University of Rochester, Rochester, NY, USA
d VA Center of Excellence for Suicide Prevention, Canandaigua, NY, USA
e Department of Social Medicine, National Taiwan University College of Medicine, Taipei, Taiwan
f Department of Psychiatry, National Taiwan University Hospital, Taipei, Taiwan
g Taipei City Psychiatric Centre, Taipei City Hospital, Taipei, Taiwan
h Institute of Public Health and Department of Public Health, National Yang-Ming University, Taipei, Taiwan


Correspondence to: Dr Ying-Yeh Chen, 309 Songde Road, XinYi District, Taipei City 110, Taiwan

Summary

Limitation of access to lethal methods used for suicide—so-called means restriction—is an important population strategy for suicide prevention. Many empirical studies have shown that such means restriction is effective. Although some individuals might seek other methods, many do not; when they do, the means chosen are less lethal and are associated with fewer deaths than when more dangerous ones are available. We examine how the spread of information about suicide methods through formal and informal media potentially affects the choices that people make when attempting to kill themselves. We also discuss the challenges associated with implementation of means restriction and whether numbers of deaths by suicide are reduced.